LES FAUVES MEURTRIERS (1963)

Un directeur de zoo psychopathe se sert de ses animaux sauvages pour éliminer tous ceux qui l’importunent…

BLACK ZOO

 

1963 – USA

 

Réalisé par Robert Gordon

 

Avec Michael Gough, Jeanne Cooper, Rod Lauren, Virginia Grey, Jerome Cowan, Elisha Cook Jr, Marianna Hill

 

THEMA MAMMIFÈRES I SINGES

Les Fauves meurtriers s’ouvre sur une visite de zoo qu’orchestre le facétieux propriétaire des lieux, Michael Conrad, incarné avec une délectation certaine par Michael Gough. Le clou de cette visite est le spectacle de singes savants que dirige son épouse Edna (Jeanne Cooper). Excentrique, Conrad convoque ses fauves dans son salon chaque soir pour leur offrir un concert d’orgue. Mais sous ses airs affables, cet homme est un psychopathe caractériel qui traite son employé muet Carl (Rod Lauren) comme un esclave et se sert de ses animaux comme instruments de vengeance. Ainsi assiste-t-on dès les prémices du film à l’agression d’une jeune fille par un tigre. Plus tard, lorsqu’un promoteur immobilier menace Conrad de le chasser, il ne tarde pas à finir entre les crocs de King, un lion qui obéit au doigt et à l’œil à la voix de son maître. Le sujet des Fauves meurtriers n’est donc pas très éloigné de celui de Konga, dans lequel Michael Gough se débarrassait déjà des importuns à l’aide d’un gorille agressif.

D’ailleurs, parmi les animaux à son service, Conrad garde derrière une cage un grand singe velu (autrement dit un acteur sous une peu convaincante défroque simiesque), lequel sera chargé de tuer sa propre femme après que celle-ci ait été débauchée par un agent artistique pour produire son spectacle de singes dans un grand cirque. Un jour, l’un des gardiens du zoo est agressé par un tigre et se défend en l’abattant in extremis. Furieux, Conrad n’y va pas par quatre chemins et transforme l’imprudent en apéritif pour son lion. S’ensuit une très photogénique séquence d’enterrement dans un cimetière brumeux. On pourrait croire une seconde que c’est l’homme qu’on enterre, mais en fait c’est le tigre. Au cours de ces funérailles surréalistes, Conrad prononce un discours plein d’emphase au beau milieu de ses autres fauves. Autant dire que dans ce type d’exercice, Michael Gough excelle.

Les « vrais croyants »

Mais ce n’est rien à côté de la séquence suivante, au cours de laquelle une congrégation d’adorateurs du règne animal, qui s’autoproclament les « vrais croyants », jouent du tam-tam, psalmodient, se recouvrent d’une défroque de fauve et orchestrent le transfert de l’âme du félin mort dans le corps d’un bébé tigre ! L’indiscutable pouvoir distractif de telles scènes est hélas noyé dans l’indigence d’un scénario filiforme incapable de soutenir bien longtemps l’attention de son spectateur. A tel point que, pour pouvoir s’étirer sur une heure et demie, le récit s’encombre de longueurs tout à fait inutiles, comme les disputes du couple Conrad en plein dîner (il faut dire que la montreuse de singe est quelque peu portée sur la bouteille, ce qui irrite fortement son époux) ou les discussions interminables des policiers s’efforçant sans grande conviction d’élucider cette étrange affaire. Robert Gordon lui-même, dont le seul titre de gloire, Le Monstre vient de la mer, devait beaucoup aux effets spéciaux de Ray Harryhausen et bien peu à l’éclat de sa mise en scène, assure le service minimum, jusqu’à un climax peu palpitant prenant la forme d’un ultime combat sous la pluie entre Conrad et Carl.

 

© Gilles Penso


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LE LOUP DES MALVENEUR (1943)

Dans l’ombre des « Universal Monsters » des années 30/40, le Français Guillaume Radot met en scène une malédiction familiale ancestrale…

LE LOUP DES MALVENEUR

 

1943 – FRANCE

 

Réalisé par Guillaume Radot

 

Avec Madeleine Sologne, Pierre Renoir, Gabrielle Dorziat, Marcelle Géniat, Louis Salon, Michel Marsay, Yves Furet

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Le Loup des Malveneur est le premier film de Guillaume Radot, un artisan modeste du cinéma français qui réalisa six autres longs-métrages jusqu’en 1957. Une vieille légende concerne la famille des Malveneur dont un lointain aïeul était supposé se transformer nuitamment en loup. La devise familiale est d’ailleurs « Avec eux, je hurle », ce qui en dit long. Or cette famille semble subir encore de nos jours la malédiction, étant donné que la plupart de ses membres périssent de manière violente. Le dernier des Malveneur, Reginald (Pierre Renoir), n’est pas un être franchement recommandable. Il tue en effet sans le moindre état d’âme plusieurs domestiques (qu’il considère quasiment comme des êtres inférieurs) pour effectuer secrètement des expériences sur le rajeunissement des cellules vivantes, sous les yeux épouvantés de son épouse moribonde Estelle (Marie Olinska). Sa sœur Magda (Gabrielle Dorziat), semble liée à lui par une relation étrange, à la limite de l’inceste, et sa première rencontre avec la jeune gouvernante Monique Valory (Madeleine Sologne) est l’un des moments forts du film, proche de l’atmosphère trouble du Rebecca d’Alfred Hitchcock. Monique est chargée d’éduquer Geneviève, la fillette de cinq ans de Reginald. Mais intriguée par l’étrangeté de la situation, elle décide de mener sa petite enquête, aidée par le peintre en villégiature Philippe (Michel Marsay) avec lequel elle va nouer une idylle…

Ce film curieux, sur lequel semble planer l’ombre des « monster movies » du studio Universal, brasse des thèmes et des sujets d’inspirations diverses : une malédiction très proche de celle du « Chien des Baskerville » (le titre semble d’ailleurs s’y référer), la lycanthropie, le savant fou, le mystère policier, le château hanté… Hélas, le résultat suscite un ennui profond, pas vraiment à cause du mauvais agencement de ses multiples références, mais plutôt du fait de la désinvolture du film lui-même. Les personnages, interprétés par de bien fades comédiens, sont terriblement transparents, l’intrigue manque singulièrement de clarté (comme si le montage avait omis des scènes significatives), et l’angoisse mêlée de suspense qu’aurait dû dégager cette histoire de morts et de disparitions dans un château maudit voit son potentiel anéanti par une légèreté de ton assez malvenue.

Un faux classique

La direction artistique elle-même manque singulièrement de caractère et de recherche esthétique (malgré un générique prometteur dont le titrage est calqué sur celui des Frankenstein des années 30), et le loup-garou dont il est question dès les prémices ne pointe jamais vraiment le bout de son museau velu. Le spectateur n’aura donc pas la moindre métamorphose à se mettre sur la dent. C’est d’autant plus dommage que le scénario de Francis Vincent-Bréchignac portait en son sein toutes les composantes possibles d’un passionnant film d’horreur doublé d’une satire sociale s’attaquant aux arrogances de l’aristocratie. Faute d’effets spéciaux dignes de ce nom, Guillaume Radot aurait pu s’appuyer sur des effets de suggestion hérités de Jacques Tourneur (La Féline, Vaudou, L’Homme léopard), mais même cette approche est écartée. Le Loup des Malveneur reste donc une œuvre très mineure, malgré ses allures de classique.

 

© Gilles Penso


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NANNY McPHEE (2005)

Emma Thompson entre dans la peau revêche d’une mystérieuse garde d’enfants qui a tous les attributs d’une sorcière…

NANNY McPHEE

 

2005 – GB / USA / FRANCE

 

Réalisé par Kirk Jones

 

Avec Emma Thompson, Colin Firth, Kelly Macdonald, Thomas Sangster, Eliza Bennett, Jennifer Rae Daykin, Raphael Coleman

 

THEMA CONTES

Il aura fallu neuf ans à la comédienne Emma Thompson et à la productrice Lindsay Doran pour récupérer les droits des trois romans « Chère Mathilda », « Chère Mathilda s’en va-t-en ville » et « Chère Mathilda aux bains de mer », signés Christianna Brand, et pour les synthétiser en un scénario susceptible de donner naissance à un long-métrage digne de ce nom. S’il semble surfer sur la vogue Harry Potter, Nanny McPhee est donc en réalité la concrétisation d’un rêve de longue date fomenté par deux fructueuses collaboratrices (Thompson et Doran œuvraient déjà ensemble sur Dead Again et Raisons et sentiments). Confié à Kirk Jones, réalisateur de spots publicitaires qui se fit remarquer avec son premier long-métrage Vieilles canailles en 1998, Nanny McPhee met en vedette Colin Firth dans le rôle de Cedric Brown, un veuf chargé de veiller sur ses sept enfants. Garnements impénitents, les charmants bambins ont déjà fait fuir dix-sept nounous et leur père, débordé, ne sait plus à qui les confier. Jusqu’à ce qu’une voix mystérieuse ne l’incite à engager Nanny McPhee, une femme revêche, autoritaire et franchement hideuse, à qui Emma Thompson donne corps sous un maquillage pas vraiment subtil de Peter King.

Peu à peu, il s’avère que cette garde d’enfants pas comme les autres est dotée de pouvoirs magiques. S’agit-il d’une sorcière, comme semble l’indiquer son apparence et ses manières acariâtres, ou plutôt d’une fée se camouflant sous une défroque de Carabosse (sa laideur s’effaçant au fur et à mesure que l’intrigue avance) ? Tandis que les enfants Brown tentent de lui en faire voir de toutes les couleurs, leur père doit se plier à un ultimatum inattendu : s’il ne veut pas que l’affreuse tante Adélaïde (Angela Lansbury, hilarante) ne le sépare de sa progéniture, il doit trouver une épouse dans les plus brefs délais… Certes, le rythme est enlevé, les comédiens attachants et les séquences d’effets spéciaux plutôt réussies (le cheval qui parle, les différentes bestioles que les enfants utilisent pour faire fuir leurs belles-mères potentielles). Mais Nanny McPhee exhale un sérieux parfum de déjà-vu qui nuit considérablement à son charme.

L’anti-Mary Poppins ?

De prime abord, on pourrait croire avoir affaire à un anti Mary Poppins, dans la mesure où le personnage éponyme est laid, méchant et antipathique, donc tout le contraire d’une Julie Andrews chantant sous son parapluie. Mais en réalité, le message est exactement le même (en gros, « soyez sages les enfants, et écoutez bien vos parents »), et le happy end de Nanny McPhee s’avère même dix fois plus moralisateur que chez Walt Disney. « De toutes mes musiques de films, Nanny McPhee fut probablement la plus difficile à écrire », nous raconte le compositeur Patrick Doyle. « D’abord parce que la bande originale d’une comédie est un exercice très difficile, ensuite parce que ce film comporte énormément de musique, et enfin parce que je n’ai eu que deux semaines et demie pour tout composer. Sans compter les incessants changements d’avis des responsables de la production. J’étais sous tension permanente. La qualité de ma musique en a sans doute souffert. » (1) A vrai dire, ce travers semble s’étendre au film tout entier. Dommage, l’initiative était plutôt sympathique.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007

 

© Gilles Penso


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L’EXORCISTE DU VATICAN (2023)

Russell Crowe affronte un démon redoutable face à la caméra de Julius Avery, le réalisateur d’Overlord…

THE POPE’S EXORCIST

 

2023 – USA

 

Réalisé par Julius Avery

 

Avec Russell Crowe, Daniel Zovatto, Alex Essoe, Franco Nero, Peter DeSouza-Feighoney, Laurel Marsden, Cornell John, Ryan O’Grady, Ralph Ineson

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le père Gabriele Amorth est un personnage bien réel dont les activités au sein de l’église méritaient bien un film. Exorciste du diocèse de Rome depuis 1990, ce prêtre italien aurait pratiqué entre 50 000 et 70 000 exorcismes ! Auteur de plusieurs livres à succès, Amorth fascine beaucoup de monde, notamment le réalisateur William Friedkin qui décide, comme pour donner suite à son classique L’Exorciste, de lui consacrer en 2016 un documentaire, The Devil and Father Amorth. « J’ai obtenu une autorisation exceptionnelle pour assister à un exorcisme pratiqué par le père Amorth, mais je n’avais pas le droit d’emmener une équipe avec moi », nous racontait Friedkin. « J’ai donc filmé la séance tout seul avec une caméra numérique miniature. » (1) Le prêtre décède hélas en plein tournage, victime de complications pulmonaires. En 2020, Hollywood s’intéresse au personnage et la compagnie Screem Gems commence à développer un projet de fiction s’appuyant sur deux des livres du père Amorth, « An Exorcist Tells His Story » (1990) et « An Exorcist : More Stories » (1992). Le projet passe de mains en mains jusqu’à ce que le scénario définitif soit rédigé par Michael Petroni et Evan Spiliotopoulos. La mise en scène est alors confiée à Julius Avery, à qui nous devons Overlord, un étonnant mixage de film de guerre et de film d’horreur, et Le Samaritain, un film de super-héros avec Sylvester Stallone en tête d’affiche.

L’histoire du film se déroule en 1987 et raconte les démêlées du père Amorth avec un démon particulièrement puissant qui vient de s’emparer de l’âme d’un petit garçon dont la famille, suite à la mort du père dans un accident de la route, vient de s’installer dans une vieille abbaye à retaper. Russell Crowe campe une version très romancée du père Amorth : exubérant, trivial, insolent avec ses supérieurs et même un tantinet orgueilleux (il est notamment très fier de ses livres, qu’il conseille vivement à un autre prêtre). L’acteur néo-zélandais le joue avec un fort accent italien et une bonhommie qui emporte la sympathie, loin de la relative austérité du personnage réel dont il s’inspire (même si le vrai Amorth ne rechignait pas à employer l’humour pour déjouer le Malin). A la question « que fait-on ? » posée par une mère passablement affolée, l’exorciste du film répond stoïquement « du café ! », avant d’ajouter avec un brin de malice : « Les démons sont plus forts la nuit, j’aurai besoin d’énergie. » Russell Crowe lui-même ajoute son propre grain de sel, proposant par exemple de choisir un scooter comme moyen de locomotion du prêtre dans les rues romaines, symbole à la fois de son autonomie et de sa modernité.

L’enfant du diable

Traiter le principal protagoniste sous cet angle procède d’un choix intéressant, qui permet à L’Exorciste du Vatican d’échapper aux archétypes traditionnels du cinéma d’horreur. L’approche réaliste du récit et le jeu convaincant des autres acteurs (adultes, adolescents et enfants) jouent en faveur du film qui possède l’inestimable atout de ne jamais chercher à ressembler à L’Exorciste. Car depuis 1973, il s’avère quasiment impossible d’aborder les sujets de la possession diabolique et de l’exorcisme sans jouer le jeu de la comparaison avec l’œuvre séminale de William Friedkin. On note la présence dans le film de Franco Nero, très charismatique dans le rôle du pape mais très peu comparable avec le vrai Jean-Paul II dont il est censé s’inspirer. Comme on pouvait le craindre, L’Exorciste du Vatican ne parvient pas à conserver sa sobriété et sa retenue bien longtemps. Le dernier tiers du métrage sacrifie donc aux clichés d’usage (blasphèmes, visage scarifié, phénomènes paranormaux en cascade, lit qui remue…), convoque une imagerie religieuse naïve et cède à la tentation d’une profusion d’effets numériques excessifs (avec même une sorte de clin d’œil bizarre à Terminator 2). Le film ne tient donc pas ses promesses et s’achève de manière décevante, ouvrant une porte vers d’éventuelles suites dont Amorth et son assistant le père Esquibel (Daniel Zovatto) seraient les héros.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2017

 

© Gilles Penso


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POINT LIMITE (1964)

Un terrifiant thriller de politique-fiction dans lequel un incident technique s’apprête à provoquer la troisième guerre mondiale…

FAIL SAFE

 

1964 – USA

 

Réalisé par Sidney Lumet

 

Avec Henry Fonda, Walter Matthau, Dan O’Herlihy, Nancy Berg, Dom de Luise, Larry Hagman, Fritz Weaver

 

THEMA POLITIQUE-FICTION

Alors que la crise des missiles de Cuba est encore toute récente, le scénariste Walter Bernstein, blacklisté par les maccarthystes, se lance dans l’adaptation de « Fail Safe », un roman d’Eugene Burdick et Harvey Wheeler qui fit beaucoup parler de lui au moment de sa publication en 1962. Sidney Lumet (qui signait quelques années plus tôt le chef d’œuvre 12 hommes en colère) prend les commandes du film. L’intrigue commence à 5h30 du matin, présentant en parallèle les différents protagonistes du drame. Le Strategic Air Command détecte un engin non identifié dans les airs. Aussitôt, six bombardiers Vindicators, armés de bombes nucléaires de vingt mégatonnes, reçoivent l’ordre de se diriger vers l’Union Soviétique pour bombarder Moscou. Fort heureusement, l’engin non identifié n’est qu’un avion en panne. L’alerte est donc levée. Mais suite à une erreur technique, les bombardiers poursuivent leur mission. Or le protocole interdit aux pilotes d’obéir à la moindre instruction orale. Comment les stopper ? La seule solution semble être d’envoyer à leur trousse d’autres avions et de les abattre. A cours de carburant, les chasseurs manquent leur cible et s’écrasent en mer à mi-parcours. La situation semble alors inextricable…

En adoptant une mise en scène clinique, quasi-documentaire, en choisissant un style brut et direct, en jouant sur les silences et en écartant toute musique, Sidney Lumet renforce le réalisme de son film et le sentiment de malaise qu’il suscite auprès des spectateurs. Tout concourt à faire monter la tension : le noir et blanc savamment contrasté, les focales souvent courtes, les jeux sur les avant-plans (téléphone, mains crispées, visages tendus). Impérial dans le rôle du président des Etats-Unis, Henry Fonda comprend vite la gravité de la situation lorsqu’il affirme : « le contrôle de nos machines nous a échappé. » Un tout jeune Larry Hagman joue à ses côtés un interprète fébrile à la conscience professionnelle inaltérable. Le casting se pare aussi de la présence de Fritz Weaver (un colonel qui perd tous ses moyens lorsqu’on lui demande de révéler aux soviétiques comment détruire les missiles et les avions U.S.), Dom De Luise (un sergent qui prend son relais à contrecœur), Dan O’Herlihy (un général aux opinions modérées) ou encore Walter Matthau (un conseiller scientifique aux idées extrêmes). « Ce sont des fanatiques marxistes, pas des gens normaux », affirme ce dernier à propos des Soviétiques. « Ils ne pensent pas comme nous. Les émotions comme la rage et la pitié leur importent peu. Ce sont des machines à calculer. »

 

« Le contrôle de nos machines nous a échappé… »

Au moment où se noue le drame, les actions parallèles se concentrent sur quatre zones topographiques parallèles : la salle de briefing du Pentagone, le QG de l’armée de l’air à Omaha, le bunker où sont isolés le président et son interprète et le cockpit du dernier bombardier. Si Lumet utilise des images d’avions en vol pour plusieurs plans extérieurs, il doit se débrouiller sans l’aide du gouvernement américain, qui refuse de coopérer avec la production et bloque même les banques d’image. Les animateurs John et Faith Hubley sont donc sollicités pour créer en dessin animé les visualisations schématiques des déplacements d’avions sur le grand écran de contrôle. Cette contrainte devient une force : en se muant quasiment en abstractions, les batailles aériennes n’en sont que plus inconfortables. Les dernières scènes de suspense s’avèrent extrêmement éprouvantes, saisies par une épure visuelle d’une redoutable efficacité, tandis que certains hommes du gouvernement préparent déjà l’après holocauste avec la minutie idiote de bureaucrates zélés. Quelque peu effrayés par le résultat final, les cadres de Columbia imposent un carton final annonçant : « Les producteurs de ce film veulent préciser que, selon les dires officiels du Département de la Défense et de l’Armée de l’Air des Etats-Unis, un système rigoureusement en vigueur de sécurité et de contrôle nous assure que de tels événements ne peuvent pas se produire. » Il n’empêche que Point limite fait froid dans le dos et n’a rien perdu de son impact.

 

© Gilles Penso


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EXTRATERRESTRE (2011)

Le réalisateur de Timecrimes raconte une invasion extra-terrestre du point de vue d’un petit groupe de personnages coincés dans un huis-clos absurde…

EXTRATERRESTRE

 

2011 – ESPAGNE

 

Réalisé par Nacho Vigalondo

 

Avec Michelle Jenner, Carlos Areces, Julian Villagran, Raul Cimas, Miguel Noguera

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Après son premier long-métrage Timecrimes, qui fait découvrir son nom en 2007, Nacho Vigalondo dirige une poignée de courts-métrages avant d’attaquer son second long : Extraterrestre. Le titre semble annoncer la couleur, mais c’est un leurre. Car s’il est bien question d’un débarquement d’aliens, le scénario ne s’y intéresse qu’en biais pour mieux décortiquer frontalement le comportement de sa poignée de héros humains. La bande son sur laquelle défile le générique de début laisse imaginer une soirée joyeuse et arrosée. Julio (Julián Villagrán) se réveille un matin dans un appartement inconnu, incapable de se souvenir de ce qui s’est passé la nuit précédente. Il est seul dans les draps froissés du grand lit, mais une jeune femme s’agite dans la salle de bains. A-t-il passé la nuit avec elle ? Probablement. Elle non plus ne garde aucun souvenir des heures précédentes. Elle s’appelle Julia (Michelle Jenner) et, passé le moment d’embarras où tous deux échangent quelques banalités, Julio se prépare à quitter les lieux pour rentrer chez lui. Mais en regardant par la fenêtre, tous deux découvrent une gigantesque soucoupe volante qui plane dans les cieux en tournant sur elle-même, juste au-dessus des immeubles.

La science-fiction s’invite ainsi brutalement dans le quotidien. Les rues ayant été désertées, les lignes coupées et la télévision interrompue, aucune information ne circule de l’extérieur. Le récit reste donc centré sur Julio et Julia, peinant à décider comment réagir. En désespoir de cause, ils restent cloitrés dans l’appartement, jusqu’à ce que deux autres personnages entrent en scène : Ángel (Carlos Areces), un voisin curieux et envahissant, et Carlos (Raúl Cimas), le petit-ami de Julia. Les acteurs de ce « petit théâtre » étant réunis, l’histoire peut se développer. Dans ce huis-clos empruntant certains de ses effets à la mécanique du Vaudeville, tout le monde semble avoir quelque chose à cacher, voire à se reprocher. Les regards en disent plus que les mots. Et pendant que les relations humaines se complexifient, cette immense soucoupe qui semble échappée d’Independence Day reste obstinément suspendue dans les cieux.

Paranoïa

Le décalage entre l’invasion extra-terrestre à grande échelle – dont on ne verra quasiment rien et dont on ne saura pas grand-chose – et l’approche intimiste du film fait toute sa singularité. Car les OVNIS ne sont ici qu’un prétexte pour révéler les travers des personnages, exacerber leurs traits de caractères et inciter à la manipulation et au mensonge. À partir du moment où la théorie des body snatchers se développe au fil des conversations entre nos quatre personnages, tout le monde est suspect d’être un extra-terrestre caché derrière une apparence humaine. Une paranoïa autant grandissante qu’absurde s’installe ainsi jusqu’à faire basculer l’intrigue dans des retranchements extrêmes. Nacho Vigalondo nous mène par le bout du nez, laissant son scénario rebondir sans cesse. Même si les comportements des protagonistes ne sont pas toujours très compréhensibles et si certaines séquences traînent un peu sans aller nulle part, on apprécie la finesse du jeu des acteurs et les facéties de mise en scène de Vigalondo qui joue souvent avec les ellipses pour dynamiser son action et créer la surprise. Comme Timecrimes, Extraterrestre fera le tour des festivals du monde où il recueillera un accueil très chaleureux.

 

© Gilles Penso


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DONJONS ET DRAGONS : L’HONNEUR DES VOLEURS (2023)

Malmené au cinéma dans les années 2000, le jeu de rôle « Donjons et Dragons » tente une nouvelle percée spectaculaire sur grand écran…

DUNGEONS & DRAGONS : HONOR AMONG THIEVES

 

2023 – USA

 

Réalisé par Jonathan Goldstein et John Francis Daley

 

Avec Chris Pine, Michelle Rodriguez, Regé-Jean Page, Justice Smith, Sophia Lillis, Hugh Grant, Chloe Coleman, Daisy Head, Jason Wong, Bradley Cooper

 

THEMA DRAGONS I HEROIC FANTASY I SORCELLERIE ET MAGIE

Jusqu’alors, la transposition du jeu de rôle « Donjons et Dragons » au cinéma n’avait rien de particulièrement enthousiasmant. Il faut dire que le long-métrage de Courtney Salomon et ses deux suites, sortis respectivement en 2000, 2005 et 2012, ressemblaient à de mauvaises blagues affublées d’effets spéciaux hideux, d’acteurs en roue libre et de scénarios grotesques. Pas démontés pour autant, le réalisateur Chris McKay et le scénariste Michael Gilio tentent une nouvelle adaptation à l’écran de cet univers d’heroic-fantasy au fort potentiel spectaculaire. Mais le projet n’en finit plus de passer de mains en mains et de studio en studio. C’est finalement Paramount qui aura le dernier mot, confiant la réalisation de Donjons et Dragons : l’honneur des voleurs aux duettistes John Francis Daley et Jonathan Goldstein. Ces derniers en signent aussi le scénario avec Michael Gilio, puisant plusieurs éléments dans le script initial co-écrit avec Chris McKay. L’ambition du film est de mêler le fantastique, l’aventure épique et la comédie en adoptant une approche au second degré. Parmi leurs influences, Daley et Goldstein citent pèle mêle Princess Bride, Sacré Graal, Le Seigneur des Anneaux et Les Aventuriers de l’arche perdue. Belles références, nous en conviendront. L’équipe s’embarque alors pour un tournage de quatre mois qui commence en Islande et s’achève en Irlande du Nord.

Après l’assassinat de son épouse par une horde de sorciers rouges, le ménestrel Edgin (Chris Pine) rompt son serment et devient voleur. Les comparses qui participent à ses larcins sont la barbare Holga (Michelle Rodriguez), le malicieux Forge (Hugh Grant) et la sorcière Sofina (Daisy Head). Pour son dernier grand coup, Edgin rêve de dérober la légendaire amulette de renaissance afin de ramener sa défunte femme d’entre les morts. Mais Holga et lui se font attraper la main dans le sac et sont jetés en prison. Sofina et Forge parviennent quant à eux à prendre la fuite et promettent de veiller sur Kira (Chloe Coleman), la fille d’Edgin. Nos deux captifs finissent par s’évader au bout de deux ans et reprennent leur quête, accompagnés de deux nouveaux complices : le magicien Simon (Justice Smith), dont les pouvoirs se révèlent très approximatifs, et la druidesse Doric (Sophia Lillis), capable de se transformer en toutes sortes d’animaux. Un paladin particulièrement charismatique, Xenk (Regé-Jean Page), accepte de leur prêter main forte momentanément. Sa présence ne sera pas superflue face à l’infinité de dangers et de sortilèges qui les guettent…

Jeux de drôles

Le moyen-âge imaginaire dans lequel se déroule Donjons et Dragons : l’honneur des voleurs est donc un monde fantastique où surgissent çà et là des créatures bizarres, des elfes, des magiciens et des sorcières. Étrangement, les dragons n’y font que de brèves et furtives apparitions, ce qui peut légitimement surprendre étant donné le titre du film. Quelques séquences originales et audacieuses ponctuent le métrage, comme la fuite de Doric qui n’en finit pas de se transformer (en insecte, en rat, en rapace, en chat, en biche) pendant que Sofina se lance à ses trousses. Ce morceau d’anthologie semble s’inspirer du Merlin l’enchanteur de Disney, de Willow… et peut-être même de la série Manimal ! On note aussi des décors très graphiques, notamment ce cimetière embrumé qu’on croirait presque échappé de L’Armée des ténèbres (et où les morts seront d’ailleurs provisoirement ramenés à la vie). Hugh Grant semble prendre beaucoup de plaisir à jouer les fourbes gorgés de duplicité, même s’il en fait un peu trop. Chris Pine et Michelle Rodriguez nous livrent de leur côté les prestations qu’on attend d’eux, respectivement le héros sympathique et la guerrière dure à cuire. On s’amuse au passage de la petite apparition de Bradley Cooper dans le rôle d’un villageois grand comme un Hobbit. L’idée la plus intéressante du scénario est sans doute d’adopter les mécanismes du « film de casse » s’appuyant sur une équipe dysfonctionnelle dont les capacités et l’héroïsme sont bien fragiles. Certes, Donjons et Dragons : l’honneur des voleurs n’a rien d’un chef d’œuvre et s’oublie rapidement après son visionnage. Mais c’est une honorable réhabilitation cinématographique du jeu créé dans les années 1970 par Gary Gygax et Dave Arneson.

 

© Gilles Penso


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LE RETOUR DE FRANKENSTEIN (1969)

Peter Cushing incarne le plus cruel, le plus immoral et le plus pervers des docteurs Frankenstein dans cet épisode très subversif…

FRANKENSTEIN MUST BE DESTROYED

 

1969 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Peter Cushing, Veronica Carlson, Freddie Jones, Simon Ward, Thorley Walters, Maxine Audley, George Pravda

 

THEMA FRANKENSTEIN

Si L’Empreinte de Frankenstein lorgnait du côté des classiques d’Universal, et si Frankenstein créa la femme proposait une étrange variante romantico-vengeresse, Le Retour de Frankenstein revient à la férocité et à la subversion des premiers films de la série initiée par le studio Hammer, nous dévoilant les penchants les plus inavouables d’un docteur obéissant plus que jamais à l’archétype du savant fou. Après la décapitation du docteur Otto Heidecke (Jim Collier) avec une faucille, le baron, caché derrière un masque monstrueux, provoque la fuite d’un cambrioleur, puis gagne Altenburg sous une fausse identité et descend à la pension de famille d’Anna Spengler (Veronica Carlson). Là est interné le docteur Frederick Brandt (George Pravda), spécialiste des transplantations du cerveau. Aidé du fiancé d’Anna, le docteur Karl Holst (Simon Ward) qu’il fait chanter depuis qu’il a découvert son trafic de médicaments, il vole du matériel de laboratoire et enlève Brandt. Les exactions du baron atteignent leur point culminant lorsque, troublé par la beauté d’Anna, il la viole soudain sans le moindre état d’âme ! Véritable terminator de la science impie, Frankenstein kidnappe ensuite le docteur Richter (Freddie Jones) et lui décalotte la boîte crânienne pour lui transplanter le cerveau de Brandt, qui vient de passer l’arme à gauche.

Allons bon ! Qu’est donc devenu le gentil Victor Frankenstein du roman de Mary Shelley, animé de tant de bonnes intentions et victime larmoyante de sa monstrueuse création ? Plus glacial que jamais, Peter Cushing nous propose une vision franchement détestable du personnage. Chez lui, le chantage, le kidnapping, le meurtre et l’agression sexuelle sont devenus désormais monnaie courante. Il devient du coup difficile, pour le spectateur, d’éprouver la moindre sympathie pour ce peu recommandable individu. La fameuse scène du viol, qui embarrassa singulièrement Cushing au point de s’excuser auprès de sa partenaire, fut une idée de dernière minute ajoutée au tournage après que le producteur James Carreras ait déploré un cruel manque de sexe dans le film !

Les flammes de l’enfer

Ici, le monstre ne déborde pas vraiment de panache, puisqu’il s’agit simplement d’un ancien collaborateur de Frankenstein dont le cerveau a été transféré dans un autre corps. Physiquement, il a donc la timide apparence d’un homme au crâne rasé dont la tête est parcourue d’une cicatrice circulaire. L’intérêt de l’intrigue se trouve quelque peu amenuisé par l’insensibilité du savant et l’apathie de sa créature, d’autant qu’aucun personnage positif ne permet au spectateur de s’identifier et donc de participer pleinement au récit. Mais Terence Fisher a de beaux restes, dotant son film d’une atmosphère souvent oppressante et d’un rythme très soutenu. Il faut également reconnaître que Freddie Jones sait se montrer touchant en victime déboussolée ne reconnaissant plus son propre corps. Parmi les séquences marquantes, on retiendra surtout l’opération du cerveau, à base de serre-joint et de perceuse, et l’incendie final, apothéose d’un récit torturé au cours duquel le monstre emporte son créateur dans les flammes de l’enfer, seule issue possible à une telle croisade sanglante.

 

© Gilles Penso


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SEPT JOURS EN MAI (1964)

John Frankenheimer dirige Burt Lancaster et Kirk Douglas dans une Amérique légèrement futuriste où la guerre froide sème la discorde…

SEVEN DAYS IN MAY

 

1964 – USA

 

Réalisé par John Frankenheimer

 

Avec Burt Lancaster, Kirk Douglas, Frederic March, Ava Gardner, Edmond O’Brien, Martin Balsam, Andrew Duggan, Hugh Marlowe, Whit Bissell, Helen Kleeb

 

THEMA POLITIQUE-FICTION

Deux ans après la crise des missiles de Cuba, la guerre froide bat toujours son plein et motive la réalisation de films témoignant de l’inquiétude générale qui frappe alors l’Amérique. Coups sur coup sortent ainsi sur les écrans Docteur Folamour, Point limite et Sept jours en mai qui, chacun à leur manière, anticipent sur la manière dont la situation pourrait facilement dégénérer. « Sept jours en mai » est d’abord un roman écrit au début des années soixante par Fletcher Knebel et Charles W. Bailey II, sous le premier mandat de John Kennedy. Le livre s’inspire notamment de l’opposition entre le président et le général Edwin Walker, farouchement anticommuniste. La transposition du roman à l’écran se fait à l’initiative de John Frankenheimer et de Kirk Douglas, à travers sa compagnie Joel Productions. Le scénariste du film n’est autre que Rod Serling, légendaire créateur de La Quatrième dimension et futur auteur du script de La Planète des singes. Le cadre du récit est légèrement futuriste puisque l’action se déroule au début des années 70. Mais cette anticipation reste volontairement discrète, à travers certaines technologies, armes et décors en avance sur leur temps. Car Frankenheimer cherche avant tout le réalisme et la tangibilité.

En 1970, la guerre froide reste un problème sécuritaire et politique majeur, ce qui conduit le président américain Jordan Lyman (Frederic March) à signer un traité de désarmement nucléaire avec l’Union soviétique. Cependant, la ratification ultérieure du traité par le Sénat américain produit une vague de mécontentement, en particulier parmi l’opposition politique de Lyman ainsi que parmi les militaires, persuadés qu’il est impossible de faire confiance aux Russes. La popularité de Lyman atteint son niveau le plus bas alors que des émeutes éclatent devant la Maison-Blanche. C’est dans ce contexte tendu que Jiggs Casey (Kirk Douglas), un colonel du corps des Marines, découvre par hasard que l’hyper-patriotique général James Mattoon Scott (Burt Lancaster) — idole des foules et des conservateurs — prépare en douce une action visant à destituer Lyman en sept jours. Sa stratégie consiste, sous couvert d’un exercice d’entraînement de routine, à mettre en place une unité secrète pour prendre le contrôle des réseaux de téléphone, de radio et de télévision du pays avec l’appui des généraux et amiraux de l’armée. Comment empêcher un tel coup d’État ?

Paranoïa

Millimétrée, la mise en scène de Frankenheimer laisse souvent les acteurs s’exprimer et se réorganiser dans l’espace au fil de longs plan-séquence habiles mais volontairement non ostentatoires. C’est en creux que se dévoile la virtuosité du cinéaste, s’effaçant volontairement derrière son sujet pour donner toute la latitude de jeu nécessaire à son casting quatre étoiles. Burt Lancaster est parfait en général extrémiste, au point qu’il occulte presque la présence de Kirk Douglas par son incroyable charisme. La présence féminine, quant à elle, se révèle limitée et stéréotypée, comme en témoigne le rôle schématique que tient Ava Gardner. Nous étions alors dans une ère où les hommes étaient souvent les grands décisionnaires et les femmes leurs subordonnées. Telle était l’Amérique des années soixante. On regrette évidemment certains raccourcis scénaristiques faciles et un discours final pacifiste qui enfonce les portes ouvertes, mais étant donnée le contexte dans lequel fut réalisé film et la peur viscérale qui envahissait les consciences de l’époque, une telle séquence fait sens. Comme souvent chez Frankenheimer, les écrans sont omniprésents, qu’il s’agisse des projections d’images dans le bureau du général, des dispositifs avant-gardistes de visioconférence ou des moniteurs de télévision lors de la conférence de presse finale. Cette saturation d’images démultipliées renforce le caractère paranoïaque du film (Big Brother n’est pas loin), tout comme la musique minimaliste de Jerry Goldsmith dont les accords au piano et les roulements de caisse claire rythment nerveusement les moments clés du film.

 

© Gilles Penso


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LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOLUME 3 (2023)

Après avoir donné un nouveau souffle à Suicide Squad, James Gunn refait un tour chez Marvel pour clore sa délirante trilogie cosmique…

GUARDIANS OF THE GALAXY VOL. 3

 

2023 – USA

 

Réalisé par James Gunn

 

Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Karen Gillan, Pom Klementieff, Vin Diesel, Bradley Cooper, Sean Gunn, Chukwudi Iwuji, Will Poulter, Sylvester Stallone

 

THEMA SUPER-HÉROS I SPACE OPERA I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Les coulisses de la fabrication et de la production des Gardiens de la galaxie volume 3 sont presque aussi riches en rebondissements et en coups de théâtre que le film lui-même. Dès 2014, alors que le premier épisode de la saga vient de sortir sur les écrans, James Gunn annonce qu’il a déjà développé des idées pour deux suites. En 2017, date de la distribution des Gardiens de la galaxie volume 2, il est officiellement chargé d’écrire et de réaliser le troisième opus de la série. Mais un an plus tard, un retournement de situation inattendu bouleverse tout. Après la réapparition d’anciennes déclarations de Gunn sur Twitter, jugées provocatrices et « inappropriées », Marvel décide de le renvoyer sans autre forme de procès. Plusieurs réalisateurs sont envisagés pour le remplacer – notamment Taiki Waititi ou Bradley Cooper – mais tous refusent. Le studio fait finalement machine arrière et décide de réintégrer James Gunn. Mais ce dernier est entretemps « passé à l’ennemi », c’est-à-dire chez Warner, pour diriger The Suicide Squad puis la première saison de sa série dérivée The Peacemaker. Il se retrouve même nommé co-président des studios DC, aux côtés de Peter Safran. Le voir revenir faire un dernier tour de piste chez la concurrence pour réaliser Les Gardiens de la galaxie volume 3 a donc quelque chose de très ironique. Pour autant, Gunn prend sa mission très à cœur et livre un film d’une générosité, d’une intensité et d’une folie inespérées…

Toute l’intrigue de ce troisième épisode tourne autour du personnage de Rocket Racoon. Grièvement blessé suite à l’attaque d’Adam (William Poulter), un être surpuissant qui semble mal maîtriser ses pouvoirs, le raton hargneux est ramené à bord du vaisseau des Gardiens de la galaxie. Alors que ses compagnons bravent tous les dangers pour trouver le moyen de le sauver, une série de flash-backs nous permet de découvrir les origines de Rocket, liées aux expériences d’un savant fou autoproclamé « Maître de l’évolution » (Chukwudi Iwuji). Ces bonds dans le passé se teintent d’une noirceur inattendue, muant quasiment ce bon vieux raton en héros tragique, confronté aux problématiques bien réelles de l’expérimentation animale face à un super-vilain dont les exactions semblent directement héritées du docteur Moreau imaginé par H.G. Wells. Plus que jamais, James Gunn ose les grands écarts émotionnels et les ruptures de ton abruptes, alternant le drame, la comédie, l’action et même l’horreur sans jamais que le film ne perde sa cohérence ni son esprit résolument rock’n roll. Seul le réalisateur d’Horribilis et de Super pouvait opérer un tel miracle.

La quête de Rocket

L’ampleur du film donne le vertige, tant le nombre de péripéties, de personnages, de créatures et de morceaux de bravoure saturent l’écran avec frénésie. Du coup, les 2h30 de métrage défilent à toute allure sans laisser aux spectateurs beaucoup de temps pour reprendre leur souffle. L’apogée de ce bouillonnement d’idées est une bataille mano-a-mano saisie par un plan-séquence virtuose dont la folle énergie nous laisse sans voix. Entretemps, Gunn aura eu l’occasion d’assumer avec exubérance son mauvais goût insolent hérité des productions Troma (notamment lors de l’épisode situé dans la station spatiale organique gluante et visqueuse à souhait), son attrait pour le gore cartoonesque, son sens de l’humour irrésistible mais aussi son attachement sincère pour chacun des protagonistes. Car au-delà de Rocket, chacun des gardiens de la galaxie évolue selon son propre arc dramatique. C’est aussi le cas d’Adam Warlock, que Gunn éloigne volontairement de son modèle dessiné (quitte à faire hurler les fans du personnage créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1967) pour le muer en anti-héros gauche et immature incapable de canaliser sa force prodigieuse. James Gunn semble s’être donné à fond dans le film, comme pour prouver aux dirigeants de Marvel l’énorme erreur qu’ils firent en l’écartant provisoirement, mais aussi pour faire ses adieux aux Gardiens de la galaxie, ce que confirme ce générique de fin en forme d’album photos nostalgique.

 

© Gilles Penso


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