LA BOUTIQUE FANTASTIQUE (1994)

Deux extra-terrestres prennent possession d’une animalerie et distribuent d’étranges créatures aux enfants du voisinage…

PET SHOP

 

1994 – USA

 

Réalisé par Hope Perello

 

Avec Terry Kiser, Leigh Ann Orsi, Spencer Vrooman, Joanne Baron, David Wagner, Jane Morris, Jeff Michalski, Shashawnee Hall, Sabrina Wiener, Cody Burger

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Scénariste pour Dan O’Bannon (The Resurrected), Tony Randel (Ticks) ou Brian Yuzna (Necronomicon), Brent Friedman cherche à aborder des univers plus légers au milieu des années 90. Il saisit donc l’opportunité de travailler pour le producteur Charles Band, qui vient de créer le label Moonbeam consacré à des petites séries B fantastiques destinées au jeune public et distribuées directement en vidéo. « J’ai toujours voulu écrire des comédies », raconte Friedman. « Mais comme j’avais travaillé sur de nombreux films d’horreur et de science-fiction, on ne m’en proposait pas. Aussi, lorsqu’on m’a confié une comédie familiale, j’ai sauté sur l’occasion » (1). Parmi les différents projets qu’on lui propose, il se laisse séduire par Pet Shop, une histoire délirante imaginée par l’artiste Peter Von Sholly (déjà à l’origine de la trilogie Prehysteria). Friedman travaille conjointement avec Michael Davis et Mark Goldstein pour donner corps à cette Boutique fantastique prometteuse. La mise en scène est confiée à Hope Perello, qui avait participé à plusieurs des productions de Charles Band en tant que réalisatrice de deuxième équipe (Catacombs, Puppet Master) avant de diriger son premier long-métrage, le peu mémorable Hurlements VI.

La Boutique fantastique s’intéresse à la famille Yeagher, qui quitte à contrecœur Brooklyn pour s’installer dans la petite ville de Cactus Flats, en Arizona. La raison de ce déménagement est le programme de protection des témoins auquel ils sont soumis après avoir aidé à l’arrestation d’un redoutable chef de la pègre de la côte Est. Alors que ses parents et son grand-frère s’efforcent de s’acclimater à ce nouvel environnement, la jeune Dena (Leigh Ann Orsi) se morfond d’ennui et rêve d’un petit chien avec qui elle pourrait jouer. Or une animalerie vient d’ouvrir ses portes à Cactus Flats. Déguisés en cowboys, ses propriétaires sont en réalité un couple d’aliens bizarres qui projettent de kidnapper des enfants terriens pour les transformer en animaux de compagnie sur leur planète. Leur plan – pas très clair – consiste à offrir à leurs futures victimes de mignonnes petites bêtes qui ressemblent à un lapin, une tortue, un lézard et un chien mais qui en réalité sont des créatures extra-terrestres…

Drôles de bêtes

Le bestiaire fantastique de Pet Shop est conçu avec l’aide de marionnettes mécaniques supervisées par Mark Rappaport, déjà à l’œuvre sur Prehysteria. Le film ressemble d’ailleurs à une tentative manifeste de surfer sur le succès en vidéo des petits dinosaures mis en scène par Albert et Charles Band. Les étranges compagnons venus d’ailleurs sont donc un petit dragon sauteur, une sorte de peluche à bec d’oiseau, un dinosaure-tortue bizarre et un chien touffu aux grandes oreilles. Pour sympathiques qu’elles soient, ces créatures ressemblent trop à ce qu’elles sont vraiment : des espèces de jouets mécaniques dont les mouvements sont répétitifs et extrêmement limités. Plusieurs éléments intéressants ponctuent La Boutique fantastique, comme ce duo d’hommes de main stupides missionnés pour liquider la famille Yeager, les excentricités de la mère aux goûts esthétiques très discutables ou la gouaille du père qui a du mal à tenir sa langue. Mais ces idées sont jetées çà et là dans le film, un peu au hasard, sans aboutir nulle part. Le scénario initial débordait pourtant de folie et d’exubérances, mais les contraintes financières et le planning très serré imposés par Charles Band amenuisent considérablement les ambitions du film, au grand dam d’Hope Perello qui ressortira très frustrée de cette expérience. « Il y avait tellement de changements de calendrier et de budget au cours de la préproduction et de la production de ces films qu’il était très difficile d’obtenir de la qualité », avoue Scott Faye, responsable de la création pour Charles Band. « Le scénario de Pet Shop était vraiment bon, bien ficelé et amusant, mais il ne s’est pas du tout concrétisé à l’écran comme nous l’avions imaginé » (2).

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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L’ANTRE DE FRANKENSTEIN (1997)

Le monstre de Frankenstein, des vampires et des loups-garous s’entrecroisent dans ce téléfilm conçu comme un hommage aux Universal Monsters…

HOUSE OF FRANKENSTEIN

 

1997 – USA

 

Réalisé par Peter Werner

 

Avec Adrian Pasdar, Greg Wise, Teri Polo, CCH Pounder, Peter Crombie, Miguel Sandoval, Jorja Fox, Richard Libertini

 

THEMA FRANKENSTEIN I VAMPIRES I LOUPS-GAROUS

Imaginé comme une version moderne de La Maison de Frankenstein d’Erle C. Kenton, ce téléfilm de trois heures, diffusé à l’origine sur NBC pendant un week-end d’Halloween, n’entretient en réalité que peu de rapports avec les classiques d’Universal, si ce n’est qu’il met en scène le monstre de Frankenstein, des vampires et des lycanthropes. « L’Antre de Frankenstein » est le nom d’une boîte de nuit de Los Angeles dirigée par le richissime Crispian Grimes (Greg Wise). Celui-ci est un vampire qui sème la terreur la nuit en accumulant les victimes, au grand dam de la police et notamment du détective Vernon Coyle (Adrian Pasdar, héros de la série Profit) qui mène l’enquête. Les médias ont tôt fait de baptiser ce mystérieux assassin « le prédateur de minuit ». Grimes emploie d’autres vampires, ainsi qu’un loup-garou, et parvient à dénicher le corps du monstre de Frankenstein, conservé intact dans un bloc de glace. Ranimé, le monstre s’enfuit et se met à errer sans but dans la ville. Interprété avec subtilité par Peter Crombie, celui-ci s’assimile alors à un sans-abri anonyme, que les passants ne s’étonnent pas outre mesure de croiser dans les rues malgré son visage couturé de cicatrices et au front orné de plots métalliques.

Le scénario s’amuse alors à cligner de l’œil vers deux scènes mythiques de Frankenstein et de La Fiancée de Frankenstein : la rencontre avec le vieil aveugle, et celle avec la petite fille. Cette vision pathétique de la créature est intéressante, même si elle se prive de tout le potentiel horrifique inhérent habituellement au personnage. Crispian Grimes, lui, se transforme régulièrement en créature ailée mi-homme mi-chauve-souris, via un maquillage efficace créé par Greg Cannom, qui se contente ici de reproduire quasiment à l’identique celui qu’il avait conçu pour le Dracula de Francis Coppola. Quant au loup-garou, il est abattu d’une balle d’argent, mais a le temps de contaminer la belle Grace Dawkins (Teri Polo) dont va s’éprendre le détective Coyle.

Métamorphoses à répétition

Au détour du casting, on découvre quelques futurs visages familiers du petit écran, notamment CCH Pounder (The Shield) en éminente anthropologiste aux connaissances encyclopédiques, et Jorja Fox (Les Experts) en colocataire de la blonde héroïne. Les métamorphoses des monstres, nombreuses, assurent le service minimum, c’est-à-dire de simples morphings à répétition. Quant à la vision nocturne du vampire Grimes, elle est reconstituée par un hideux effet vidéo dénaturant toutes les couleurs. Compositeur de la musique feutrée de Bound, Don Davis signe là une partition flamboyante, entremêlant l’orchestre symphonique et les chœurs avec une emphase qu’on aurait aimé retrouver dans le film lui-même. Or si les allusions aux « monster movies » d’Universal sont nombreuses, cette Antre de Frankenstein dissimulant mal ses moyens de téléfilm est surtout articulée autour d’une enquête policière au rythme un peu lent. D’autant que la mise en scène de Peter Werner manque singulièrement de panache, d’esthétisme et de folie pour succéder aux œuvres mythiques de James Whale et Erle C. Kenton. Dommage, car l’initiative était plutôt réjouissante.

 

© Gilles Penso


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POLTERGAY (2006)

Clovis Cornillac et Julie Depardieu incarnent un couple dont la maison est hantée par les fantômes des habitués d’une ancienne boîte de nuit gay…

POLTERGAY

 

2006 – FRANCE

 

Réalisé par Eric Lavaine

 

Avec Clovis Cornillac, Julie Depardieu, Michel Duchaussoy, Lionel Abelanski, Philippe Duquesne, Jean-Michel Lahmi

 

THEMA FANTÔMES

Poltergay est le premier long-métrage d’Eric Lavaine, jusqu’alors spécialisé dans la production de films publicitaires et l’écriture de sketches humoristiques pour la télévision (Le Bébête Show, Nulle part ailleurs, Les Guignols, H). « L’idée de départ vient d’Hector Cabello Reyes, qui m’a dit un jour : “j’ai pensé à un court-métrage qui s’appellerait Poltergay et qui raconterait l’histoire d’une maison hantée par des fantômes homosexuels“ », se souvient-il. « Le concept et le jeu de mot étaient tellement drôles qu’il y avait à mon avis matière à écrire un scénario de long. Nous nous y sommes donc mis, et il nous a quand même fallu deux ans pour arriver à la mouture définitive » (1). Après avoir envisagé dans un premier temps donner la vedette à Stéfano Accorsi et Marion Cotillard, Lavaine dut changer son fusil d’épaule, le premier n’étant pas assez populaire aux yeux des investisseurs et la seconde pas disponible. Ce sont finalement Clovis Cornillac et Julie Depardieu qui tiennent le haut de l’affiche dans le rôle de Marc et Emma.

Nouveaux propriétaires d’une maison inhabitée depuis trente ans, nos tourtereaux ignorent que la cave a jadis abrité une boîte de nuit gay. Or le 29 avril 1979 à deux heures du matin, en pleine fête disco, un incident électrique survenu dans la machine à mousse provoqua une explosion qui ravagea les lieux et tua sur le coup tous les danseurs. Mais cinq corps ne furent jamais retrouvés, et aujourd’hui, ces cinq fantômes fêtards et exubérants viennent hanter les lieux. Il se trouve que seul Marc semble capable de les voir et de les entendre… Certes, le titre et le concept de Poltergay font mouche immédiatement, mais le film allait-il parvenir à exploiter cette excellente idée jusqu’au bout sans ressembler à un sketch anecdotique artificiellement étiré ? Au début, rien n’est moins sûr. L’humour s’avère en effet lourdaud, et la narration elliptique caviardée de fondus au noir est empreinte de maladresses. Fort heureusement, Eric Lavaine finit par trouver sa vitesse de croisière en cours de route.

Le cauchemar du macho

Il faut dire que Cornillac prend son rôle à bras le corps et sait le rendre bien souvent hilarant. « J’adore changer de style de comédie », avoue-t-il. « L’humour de Poltergay n’est pas le même que celui de Brice de Nice ou d’Astérix aux jeux olympiques, par exemple. Ça ne m’amuserait pas de rester en permanence dans le même registre » (2). Ici, on sent une vraie jubilation dans l’incarnation du macho pur et dur découvrant avec horreur que le seul moyen de se débarrasser de ces apparitions spectrales qui mettent en péril son couple consiste à avoir une expérience homosexuelle ! D’où une irrésistible séquence au cours de laquelle il s’oblige à fréquenter un bar homo et à se laisser séduire par un homme. Les fantômes eux-mêmes échappent peu à peu à l’archétype efféminé au look seventies – extrêmement caricatural en début de métrage – pour révéler de vraies personnalités et même émouvoir le spectateur en de furtifs instants. Autre trouvaille : le parapsychologue amateur de fast-food qu’incarne avec une délectation communicative Michel Duchaussoy. Tout ça ne vole pas très haut, certes, mais Poltergay regorge d’idées et de rebondissements qui rendent son visionnage franchement divertissant.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2006

(2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2007

 

© Gilles Penso


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L’ARCHE DE MONSIEUR SERVADAC (1969)

Le cinéaste magicien Karel Zeman adapte librement Jules Verne et transporte ses héros sur une comète où règnent des dinosaures…

NA KOMETA

 

1969 – TCHECOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Karel Zeman

 

Avec Emil Horvath Junior, Magda Casarykova, Frantisek Filipovski, Josef Vetrovec, Cestmir Randa, Jirina Jirakowa

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

L’Arche de Monsieur Servadac marque la fin d’une période pour le réalisateurKarel Zeman. C’est en effet sa dernière histoire tirée d’un roman de Jules Verne (en l’occurrence « Hector Servadac » publié en 1877), et son dernier long-métrage avec des comédiens en chair et en os. Toujours féru de satire sociale et de fantaisie débridée, le cinéaste tchèque situe son film en 1888. Suite à un séisme survenu en Méditerranée occidentale, un morceau de la Terre se détache et s’envole. Cette nouvelle comète entraîne avec elle la garnison française d’une ville d’Afrique du Nord, des nomades arabes, des trafiquants d’armes, une jeune fille kidnappée à l’intention de l’émir, des commerçants, des navigateurs, un trio d’amoureux, le rocher de Gibraltar et ses tenaces Britanniques… Un tel point de départ est évidemment un terrain propice aux effets spéciaux magiques de Zeman qui, fidèle à son habitude, se plaît à marier les techniques.

L’animation image par image est mise à contribution pour une séquence totalement absurde dans laquelle, venue de nulle part, une horde de dinosaures surgit du désert et s’approche du fort où sont réfugiés les militaires. La séquence a sans doute nécessité un travail intensif, car plusieurs dizaines de sauriens traversent l’écran en même temps. Se libérant des contraintes pédagogiques et paléontologiques de son Voyage dans la préhistoire, Karel Zeman se permet bon nombre de libertés sur la morphologie de ses dinosaures, qui manquent singulièrement de réalisme. Mais la scène en question est la plus impressionnante du film, d’autant que le mélange des dinosaures avec les acteurs est impeccable, malgré des proportions parfois un peu évasives. Constatant que les coups de feu n’effraient aucunement les monstres, les militaires se rendent compte que le bruit de la chute de plusieurs casseroles provoque chez eux une réaction de fuite. Voici donc tous nos héros qui jettent littéralement leurs canons, mettent en place un système de rampes à casseroles et parviennent à faire fuir les gigantesques sauriens en provoquant un vacarme épouvantable.

Darwin en folie

Une autre scène évoque beaucoup Voyage dans la préhistoire dans la mesure où le héros, passant en bateau devant une île, aperçoit des reptiles antédiluviens et s’extasie devant les forêts du Carbonifère. Mais là aussi, Karel Zeman ne s’embarrasse plus de rigueur scientifique. Et le cinéaste d’enchaîner sur une séquence burlesque dans laquelle, pour symboliser l’évolution des espèces, il montre un poisson sur pattes qui avance de manière un peu ridicule. Son corps se recouvre de poils, sa mâchoire de crocs, une queue touffue lui pousse, et il se transforme en sanglier bipède, ce qui ouvre l’appétit du cuisinier du bateau précédemment cité. Il faut l’avouer, L’Arche de Monsieur Servadac est moins inventif que des films tels que L’Invention diabolique ou Le Baron de Crac, d’autant que son humour et ses longs dialogues tombent souvent à plat, et que son dénouement use le bon vieux cliché « tout ça n’était qu’un rêve ! ». Mais grâce aux touches de magie dont il s’est fait une spécialité, Karel Zeman parvient tout de même à en faire une œuvre unique et rafraîchissante.

 

© Gilles Penso


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SACRÉ GRAAL (1975)

Les Monty Pythons se lancent dans leur premier long-métrage de fiction, une épopée médiévale fantaisiste et délirante…

MONTY PYTHON AND THE HOLY GRAIL

 

1975 – GB

 

Réalisé par Terry Gilliam et Terry Jones

 

Avec Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Terry Gilliam, Terry Jones, Michael Palin, Connie Booth, Carol Cleveland, Neil Innes, Ben Duffell, John Young

 

THEMA HEROIC FANTASY I DIEU, LES ANGES, LA BIBLE I SORCELLERIE ET MAGIE

Entre la troisième et la quatrième saison de leur show télévisé Monty Python’s Flying Circus, les six trublions qui surent dynamiter la télévision britannique avec leur humour « nonsensique » et leur grain de folie inimitable décident de se lancer dans l’écriture d’un long-métrage. Un premier film leur avait certes déjà été consacré, sous le titre And Now for Something Completely Different (« traduit » en France par La Première folie des Monty Pythons), mais il s’agissait alors d’une compilation de sketches issus des deux premières saisons de leur émission. Cette fois-ci, le groupe vise la fiction. Leur idée : raconter la quête du roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde sous un angle burlesque et parodique. Le défi est de taille, d’autant que le budget à leur disposition est très limité (moins de 300 000 livres) et que le duo Terry Gilliam et Terry Jones n’a encore réalisé aucun film. Ce sera donc une expérience d’apprentissage pur s’appuyant sur le même sens comique que celui du Flying Circus : des saynètes isolées reliées l’une à l’autre de manière évasive, des interludes en animation conçus par Gilliam et des digressions joyeusement absurdes. Comme toujours, les Monty Pythons jouent chacun de nombreux rôles, tout comme la majorité des acteurs du film, dont le tournage se déroule majoritairement sur des sites naturels captés en Ecosse.

Dès le générique de début, le délire bat son plein, avec des sous-titres suédois incompréhensibles et des mentions qui n’ont aucun sens. Puis apparaît le roi Arthur (Graham Chapman), trottinant à pied tandis que son écuyer Patsy (Terry Gilliam) imite le bruit des sabots d’un cheval avec deux morceaux de noix de coco. Les Pythons ne nous trompent donc pas sur la marchandise et annoncent très vite la couleur. Ces deux personnages décalés – qui se prennent très au sérieux, ce qui renforce évidement le comique de la situation – parcourent la Grande-Bretagne à la recherche d’hommes pour rejoindre les Chevaliers de la Table Ronde. Bientôt, Sir Bedevere le sage (Terry Jones), Sir Lancelot le brave (John Cleese), Sir Galahad le pur (Michael Palin) et Sir Robin le pas très brave (Eric Idle) se joignent à lui, accompagnés de leurs écuyers et de quelques ménestrels adeptes de chansons embarrassantes. Dieu leur apparaît alors, écartant les nuages pour leur ordonner de partir à la recherche du Saint Graal.

Sacrés gags

Le moyen-âge boueux et misérable décrit dans Sacré Graal s’inspire en partie des films de Pasolini. Cette influence sera réutilisée par Terry Gilliam dans Jabberwocky, qui sent lui aussi la saleté, la misère et la pestilence. Les gags du film partent dans tous les sens et nous ravissent par leur liberté totale. Parfois, ce sont des dialogues délirants à rallonge (le débat autour du poids des alouettes, le paysan syndicalo-anarchiste qui milite pour un gouvernement équitable, la discussion pour déterminer si une femme est une sorcière ou non). D’autres fois, ce sont des effets purement cartoonesques (le parachutage des vaches et des moutons, le chevalier géant à trois têtes). Sans compter les écarts sanglants (le chevalier noir découpé en morceaux qui continue à se battre), les numéros musicaux (la chanson de Camelot, la ritournelle de Robin), les séquences en animation découpée (Dieu qui s’adresse aux chevaliers, la « bête noire » dans la caverne), les intermèdes anachroniques (la mort de l’historien « célèbre » et les gendarmes qui enquêtent) ou les gags qui n’ont absolument aucun sens (les chevaliers qui disent « Ni »). Sacré Graal ne se fixe donc ni règle, ni limite, surprenant sans cesse ses spectateurs qui se demandent bien où ce délire va les mener. Pour un coup d’essai c’est un coup de maître. Il n’était pourtant pas simple d’adapter au format d’un long-métrage l’humour si particulier des Monty Pythons, fait de situations absurdes, de ruptures inattendues, de décalage permanent et de « cadavres exquis » surréalistes. Le groupe enchaînera avec La Vie de Brian et Le Sens de la vie avant que Terry Gilliam se lance avec succès dans une carrière solo – sans jamais complètement oublier l’esprit « Python » de ses débuts.

 

© Gilles Penso

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LE CHÂTEAU DES MORTS-VIVANTS (1964)

Christopher Lee incarne un comte sinistre obsédé à l’idée de pratiquer sa passion de la taxidermie sur des spécimens humains…

IL CASTELLO DEI MORTI VIVI

 

1964 – ITALIE

 

Réalisé par Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini

 

Avec Christopher Lee, Gaia Germani, Philippe Leroy, Mirko Valentin, Donald Sutherland, Renato Terra, Antonio de Martino

 

THEMA SUPER-VILAINS

Produit avec des capitaux franco-italiens par Paul Maslansky, le futur initiateur de la saga Police Academy, Le Château des morts-vivants porte un titre mensonger, car aucun cadavre ambulant n’y traîne la patte, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les attraits aux yeux des fantasticophiles. Nous sommes dans l’Europe du début du 19ème siècle, au lendemain des guerres napoléoniennes. Une troupe d’artistes ambulants est invitée par le comte Drago (Christopher Lee) pour venir donner un spectacle privé. Dans le vaste château de leur hôte, les saltimbanques découvrent une multitude d’animaux empaillés. Le teint livide, les yeux cernés, le menton grignoté par un petit bouc, Drago leur fait part de sa passion pour la taxidermie : « ce que je cherche, c’est la suspension de la vie, le figeage de l’éternité ». L’aristocrate a en effet découvert une substance naturelle qui, lorsqu’elle est ingérée par un animal ou injecté sous son épiderme, le pétrifie totalement. Les artistes découvrent hélas que ces expériences d’embaumement ne se limitent pas aux animaux, Drago s’érigeant alors en psychopathe illuminé, sorte de variante taxidermiste de L’Homme au masque de cire.

Aux côtés de Christopher Lee et du couple vedette saupoudrant l’intrigue d’un soupçon de romance (le français Philippe Leroy-Beaulieu et l’italienne Gaia Germani), plusieurs personnages singuliers ponctuent le film de leur insolite présence, notamment Mirko Valentin sous la défroque d’un assistant disgracieux et ricanant et surtout un tout jeune Donald Sutherland dans un double rôle étonnant : un sergent pleutre et incompétent ainsi qu’une vieille femme excentrique aux allures de sorcière ! Le film bénéficie d’extraordinaires décors naturels à l’indéniable photogénie, notamment le château de Bracciano (qui accueillit également les tournages de Maciste en enfer et Chair pour Frankenstein) et le jardin de Bomarzo, hérissé de gigantesques statues aux allures d’animaux fantasques et de démons grimaçants.

Visions gothiques

Ces lieux sont magnifiés par les éclairages du chef opérateur Aldo Tonti, qui œuvra sous la direction de grands maestros tels que Rosselini, Visconti ou Fellini. L’ombre du gibet de théâtre qui se projette sinistrement sur les murs du château, l’ancienne bien-aimée du comte pétrifiée dans un lit abandonné aux toiles d’araignées, la silhouette monstrueuse de Hans massacrant un malheureux à coups de faux font partie des visions d’épouvante marquante ponctuant régulièrement ce long-métrage étonnant. Certes, la quête minutieuse d’une atmosphère horrifique cède largement le pas à la rigueur du scénario, comme souvent dans le cas des films gothiques produits en Italie dans les années 60, mais Le Château des morts-vivants s’en tire avec les honneurs, malgré une paternité difficile à déterminer précisément. Au générique, la réalisation est en effet signée Herbert Wise et Warren Kiefer (pseudonymes respectifs de Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini), mais il semblerait que le scénariste Michael Reeves (futur réalisateur de La Créature invisible et du Grand inquisiteur) soit venu prêter main-forte au duo pour peaufiner cette œuvrette finalement très recommandable.

 

© Gilles Penso


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LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL (1969)

Ce « slasher » atypique détourne les codes du film documentaire pour conter la croisade bien réelle d’un couple d’assassins sanguinaires…

THE HONEYMOON KILLERS

 

1969 – USA

 

Réalisé par Leonard Kastle

 

Avec Shirley Stoler, Tony Lo Bianco, Mary Jane Higby, Doris Roberts, Kip McArdle, Marilyn Chris

 

THEMA TUEURS

Inspiré de l’histoire vraie de Martha Beck et Ray Fernandez, un couple se rencontra par l’intermédiaire d’un courrier de « cœurs solitaires » et qui se rendit responsables de la mort violente de trois femmes et d’une petite fille, ce film rompt avec tous les principes connus du psycho-killer, lesquels furent édictés neuf ans plus tôt par le magistral Psychose d’Alfred Hitchcock. Avec son image noir et blanc très brute, ses cadrages un peu tremblotants, son éclairage entièrement naturel (même en intérieur où les sources de lumière ont tendance à surexposer la pellicule), ses mises au point parfois approximatives, Les Tueurs de la lune de miel a des atours de film documentaire, un caractère pris sur le vif qui renforce son atmosphère plus que malsaine, et qui rend les scènes de violence verbales ou physiques presque insoutenables. Le texte du prologue joue d’ailleurs la carte de la véracité, précisant notamment que « les faits monstrueux décrits ici sont basés sur des reportages et des comptes rendus d’audience ».

Le malaise est d’autant plus grand pour le spectateur qu’il ne peut s’identifier à aucun des personnages du drame, car pas un seul n’inspire la sympathie ou ne suscite l’attachement. Les comédiens y sont pour beaucoup. Très convaincants, ils apportent au film une crédibilité précieuse, et enrichissent leurs personnages de complexité et d’ambiguïtés. Ainsi, il nous est difficile de savoir si Ray, avec ses allures de gigolo latino sur le retour qui n’hésite pas à esquisser quelques pas de rumba pour séduire Martha, s’est vraiment amouraché de cette femme boulimique, possessive, jalouse, autoritaire et presque obèse. Ses intentions nous échappent quelque peu tout au long du film. Mais il est indiscutable que cette histoire vraie d’horreur est aussi une histoire d’amour, glauque, sordide, très noire, certes, mais une histoire d’amour tout de même, qui s’affirme ouvertement comme telle au moment d’un dénouement étrangement émouvant.

Les histoires d’amour finissent mal…

En attendant que cette fin ne vienne libérer le spectateur, le film baigne dans une angoisse sourde qui croît lentement et qui fait basculer d’un coup le fait divers dans l’horreur crue très réaliste et donc difficilement supportable. C’est notamment vrai au cours des séquences de meurtres dont l’atrocité est accentuée par le fait qu’ils sont filmés par une caméra neutre ne s’impliquant volontairement pas dans l’action. Au titre des réserves, on peut regretter un usage un peu maladroit des extraits musicaux de Gustav Mahler. Judicieusement pathétiques mais quelque peu grandiloquents, ils ne s’accordent pas toujours avec la sobriété visuelle du film, d’autant qu’ils ne durent souvent que quelques secondes, s’éteignant alors qu’ils commençaient à peine leurs complaintes déchirantes. Ces maladresses étonnent d’autant plus de la part d’un réalisateur qui fut d’abord compositeur, et dont Les Tueurs de la lune de miel constitua une expérience unique, puisqu’il fut son premier et unique film. Cette œuvre d’exception fut interdite dans de nombreux pays au moment de sa sortie, notamment en Australie où elle resta invisible pendant une bonne quinzaine d’années.

 

© Gilles Penso


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LES DÉCIMALES DU FUTUR (1973)

Un film de science-fiction inclassable et psychédélique dans lequel une technologie futuriste est sollicitée pour créer un nouveau messie…

THE FINAL PROGRAMME

 

1973 – GB

 

Réalisé par Robert Fuest

 

Avec Jon Finch, Jenny Runacre, Hugh Griffith, Patrick Magee, Sterling Hayden, Harry Andrews, Julie Ege, Graham Crowden

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I FUTUR

Robert Fuest restera dans les mémoires comme l’homme qui réalisa L’Abominable docteur Phibes et sa séquelle. Mais juste après les exploits du grandiloquent super-vilain incarné par Vincent Price, Fuest décida de mettre son exubérance au service d’un autre film fou, empruntant cette fois-ci les voies d’une science-fiction atypique. D’où cet inclassable Les Décimales du futur, inspiré d’un roman de Michael Morcook, sur lequel Fuest assura également le rôle de directeur artistique. Lorsque le récit commence, l’éminent biophysicien Alexandre Cornélius vient de mourir en Laponie, où il vivait depuis neuf ans. Ses recherches en cinétique avancée ayant été laissées en plan, le monde tourne désormais ses yeux vers Jerry (John Finch), son fils aîné, lauréat du prix Nobel. Ce dernier, un dandy oisif et dilettante, commence par traîner sa silhouette dégingandée chez un ami major excentrique (Sterling Hayden) dans le but de récupérer un jet, puis se renseigne sur l’achat éventuel d’une certaine quantité de napalm.

Nous voici donc dans un univers absurde proche de l’atmosphère décalée de Chapeau melon et bottes de cuir, impression renforcée par les décors proprement hallucinants qui s’étalent tout au long du film : salle de jeu en forme de flipper géant, grand hall de la maison Cornélius équipé d’un échiquier mural, restaurant au milieu duquel trône un ring dédié aux combats de catch dans la boue… La mode vestimentaire, quant à elle, n’a rien à envier à celle d’Orange mécanique, les deux films se déroulant dans le même type de futur indéterminé. Ici, les personnages s’affrontent avec des pistolets-seringues translucides, tandis que certains prophètes annoncent une fin du monde imminente. Un cynisme permanent s’exhale notamment via les dialogues, comme lorsqu’une infirmière explique à notre héros : « il est plus facile de diriger un hôpital quand tous les patients dorment », ce à quoi Cornélius rétorque : « ça serait aussi la meilleure façon de diriger le monde. »

« L’être humain parfait »

A vrai dire, l’intrigue des Décimales du futur s’avère rapidement confuse, tout le monde courant après un microfilm qui appartenait au père Cornélius. Pour qui n’est pas familier avec le roman initial, l’ensemble manque sérieusement de clarté et de cohérence. Et tout s’achève face au gigantesque ordinateur DUEL, alimenté par les cerveaux les plus brillants d’Europe. Cette machine possède ainsi la somme de toutes les connaissances humaines. Le but de l’opération est de la mettre à contribution pour créer un être humain parfait, hermaphrodite, auto-fertilisant, auto-régénérateur et immortel. En ces temps troublés, un tel être serait accueilli comme rien moins que le nouveau messie. Et pour lui donner naissance, il suffit de placer dans un grand incubateur solaire un homme et une femme triés sur le volet. Or le choix s’est porté sur Jerry Cornélius et la sémillante Miss Bruner (Jenny Runacre). Film OVNI échappant aux classifications, Les Décimales du futur s’apprécie surtout comme un témoignage du cinéma british le plus déjanté qu’aient pu engendrer les seventies psychédéliques. Au détour du casting, on retrouve avec plaisir cette bonne trogne de Patrick Magee, dans son rôle favori de vieil excentrique misanthrope.

 

© Gilles Penso


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LES QUATRE CRÂNES DE JONATHAN DRAKE (1959)

Une malédiction ancestrale, des décapitations, des crânes flottants, des têtes réduites et un Indien à la bouche cousue hantent ce film déroutant…

THE FOUR SKULLS OF JONATHAN DRAKE

 

1959 – USA

 

Réalisé par Edward L. Cahn

 

Avec Edward Franz, Valerie French, Grant Richards, Henry Daniell, Paul Wexler, Paul Cavanagh, Lumsden Hare

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Incroyablement prolifique dans les années cinquante et soixante, Edward L. Cahn s’est principalement illustré dans le western et la science-fiction à petit budget. Quelques nanars d’anthologie parsèment sa filmographie, notamment The She Creature avec sa femme-poisson à la morphologie improbable, ou Invasion extraterrestre et ses mémorables extra-terrestres à tête de choux. Mais de temps en temps – hasard heureux ou inspiration soudaine ? – Cahn sort miraculeusement du lot, en particulier avec La Fusée de l’épouvante, souvent considéré comme l’une des sources d’inspiration principales d’Alien, Invisible Invaders, qui semble annoncer La Nuit des morts-vivants avec presque dix ans d’avance, ou encore ces Quatre crânes de Jonathan Drake qui savent distiller une épouvante très originale. Le Jonathan Drake du titre, incarné par Eduard Franz, est un professeur d’université spécialisé dans les sciences occultes. Mandé d’urgence au chevet de son frère Kenneth (Paul Cavanagh), il arrive trop tard, découvrant avec stupeur que celui-ci a succombé à une mort violente et que sa tête, décapitée, a disparu. Les conclusions d’un tel drame sont sans appel : une malédiction ancestrale plane de toute évidence sur la famille Drake et Jonathan est le prochain sur la liste des victimes…

Très prenant, construit autour d’une ambiance qui évoque les classiques d’Universal, Les Quatre crânes de Jonathan Drake met en scène un monstre au physique inoubliable : Zutaï (Paul Wexler), un Indien à la bouche cousue qui hante le film de son inquiétante présence et orne son poster avec beaucoup de panache. Côté horreur, Cahn n’y va pas avec le dos de la cuiller, montrant des décapitations en gros plans mais aussi les détails du processus de fabrication d’une tête réduite (la peau arrachée et recousue puis plongée dans un bain bouillonnant) à l’aide d’effets spéciaux basiques mais extrêmement efficaces. Le surréalisme a aussi droit de cité, notamment lorsque Jonathan Drake voit apparaître des crânes volants qui se dirigent vers lui en grimaçant.

Un conte macabre à redécouvrir

Plus l’intrigue se développe, plus il devient évident que le sinistre Zutaï n’est qu’un subalterne, le grand méchant de l’histoire étant un mort-vivant dont l’anatomie singulière combine la tête d’un homme blanc, celle du professeur Emil Zurich (Henry Daniel), greffée sur le corps d’un Indien. Survivants d’un massacre survenu dans la jungle sud-américaine quelque deux cents ans plus tôt, Zurich et Zutaï ont dans leur ligne de mire la famille Drake, dont le lointain ancêtre fut responsable de la mort de leur peuple. D’où cette série de meurtres rituels qui semble ne devoir finir qu’avec le pauvre Jonathan. Les Quatre crânes de Jonathan Drake aurait pu devenir un classique du genre, mais le statisme de sa mise en scène joue beaucoup en sa défaveur. La scène de la poursuite dans les bois, notamment, dénote d’une absence de dynamisme assez confondante. Tombé dans un semi-oubli, ce conte macabre mérite sans conteste d’être exhumé et redécouvert.

 

© Gilles Penso


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UFO SWEDEN (2022)

Un petit groupe de chasseurs d’OVNIS part à la recherche de l’un des leurs, disparu depuis plusieurs années…

UFO SWEDEN

 

2022 – SUÈDE

 

Réalisé par Victor Danell

 

Avec Inez Dahl Torhaug, Jesper Barkselius, Eva Melander, Sara Shirpkey, Oscar Töringe, Håkan Ehn, Isabelle Kyed, Niklas Kvarnbo Jöhnsson, Mathias Lithner

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES  I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I VOYAGES DANS LE TEMPS

Le collectif suédois « Crazy Pictures » avait frappé très fort en 2018 avec The Unthinkable, un film catastrophe particulièrement audacieux qui fit grand bruit non seulement dans leur pays natal mais aussi un peu partout dans le monde. Gonflée à bloc, la petite équipe se lance quelques années plus tard dans une nouvelle aventure ambitieuse. Comme toujours, les cinq joyeux drilles, amis depuis le lycée et praticiens du court-métrage de longue date, font à peu près tout ensemble : la production, l’écriture, la réalisation, la photographie, les effets spéciaux, le sound design, le montage. « Nous nous considérons comme un groupe de rock qui joue en direct », explique le producteur Alvin Pettersson. « Nous faisons tout de manière collective, et nous changeons parfois d’instrument. » (1) Ainsi, même si Victor Danell est généralement crédité à la réalisation, tout le monde met la main à la pâte. Avec un budget très raisonnable (équivalent à environ 3,4 millions d’euros), les voilà cette fois-ci à la tête d’UFO Sweden, que l’on pourrait décrire un peu rapidement comme un croisement entre les X-Files et Stranger Things. Certes, l’époque à laquelle se situe l’action (les années 90) et les tonalités électroniques de la bande originale accentuent les similitudes avec ces deux séries emblématiques, au-delà des thèmes traités dans le scénario. Mais UFO Sweden possède indubitablement sa propre personnalité et un style unique.

Depuis que son père Uno (Oscar Töringe), obsédé par les OVNIS, a disparu un soir sans laisser de trace, Denise (Inez Dahl Torhaug) voyage de famille d’accueil en famille d’accueil, poursuivant les recherches scientifiques de celui qu’elle admirait malgré ses excentricités. Désormais adolescente, elle continue donc d’étudier les phénomènes climatiques étranges et les anomalies météorologiques. Un soir, une voiture qui semble tomber du ciel s’écrase dans la grange d’un fermier terrorisé. Or ce véhicule est exactement le même que celui que conduisait Uno le soir de sa disparition. Même couleur, même modèle, même année… et même cassette dans l’autoradio ! Envers et contre tous, Denise mène sa propre enquête et finit par solliciter une petite association de chercheurs qui ont bien connu son père et tentent d’étudier le phénomène des OVNIS de la manière la plus objective possible. Leur nom : UFO Sweden.

La vérité est-elle ailleurs ?

Vendu comme une comédie, UFO Sweden révèle une tessiture plus complexe, abordant frontalement son sujet sans jamais le tourner en dérision, et laissant les spectateurs s’interroger jusqu’au bout sur la possibilité ou non d’une explication extra-terrestre derrière les mystères qu’égrène le scénario. Il y a certes de l’humour dans le film, mais jamais au détriment de cette poignée d’hurluberlus que les comparses de « Crazy Pictures » filment avec une certaine tendresse. L’équipe de « UFO Sweden » s’inspire d’ailleurs d’un véritable groupe de chercheurs suédois qui passent leur temps libre à étudier le phénomène des objets volants non identifiés. « J’ai passé ma vie à chercher une réponse, et maintenant j’ai peur de la trouver », confie ainsi Lennart (Jesper Barkselius), le chef du petit groupe, alors que leur investigation s’apprête à prendre une tournure décisive. Cette quête de l’OVNI, c’est avant tout celle du père chez la jeune héroïne, en manque de cette figure paternelle extravagante dont elle retrouve quelques facettes éparses auprès des membres de l’association. Mais son obsession n’est-elle pas en train d’altérer son jugement et son sens des valeurs ? Ne risque-t-elle pas de mettre tout son entourage en danger pour prouver qu’elle a raison ? Le scénario prend plusieurs risques intéressants, notamment celui de rendre son personnage principal antipathique pour mieux décrire ses failles. Dommage que de nombreuses incohérences altèrent la crédibilité de l’intrigue, notamment au cours d’un dernier acte qui en fait sans doute trop. Mais voilà au moins une œuvre qui sait sortir des sentiers battus pour affirmer une singularité franchement rafraichissante.

 

(1) Propos extraits d’une interview parue dans « Nordisk Film & TV Fond »

 

© Gilles Penso

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