« Le sommeil de la raison engendre des monstres. »
(Francisco de Goya, “Les Caprices”)

Frankenstein… Ce nom inquiétant aux accents germanisants évoque une créature monstrueuse au comportement meurtrier, un savant maudit qui a bravé les tabous scientifiques les plus graves, des horreurs innommables… Et pourtant, Frankenstein est né de l’imagination d’une douce jeune fille de 18 ans, dans le cadre romantique des bords du lac Léman, un beau jour de l’été 1816. Cette jeune fille, Mary Shelley, répondit au pari de son ami Lord Byron et de son époux, le poète romantique Percy Shelley : inventer une histoire surnaturelle afin de tromper l’ennui de ces trois compagnons réfugiés tous les soirs au coin du feu pour s’abriter d’une pluie incessante. Une conversation sur les théories évolutives d’Erasmus Darwin (le grand-père du célèbre Charles) et un rêve inquiétant alimentent le récit de la jeune Mary, récit qui va devenir le célèbre « Frankenstein ». Le roman est publié en 1818, traduit en français trois ans plus tard, et connaît un succès spectaculaire. Il faut dire que le sujet est pour le moins intrigant : on y suit l’aventure de Victor Frankenstein, un jeune scientifique ben quête du secret de l’existence, qui fabrique de toutes pièces un être humain et lui donne la vie. La créature s’avère monstrueuse et le savant refuse d’en assumer la responsabilité, ce qui entraîne autour de lui de funestes conséquences.

 

Sous-titré « Le Prométhée Moderne », le roman fait ainsi une allusion directe à ce personnage mythologique qui fut châtié par les dieux pour leur avoir volé le feu. Ici, le feu céleste est devenu l’électricité, en plein essor à l’époque. Le monstre, lui, évoque les Furies vengeresses, tandis que la trame globale du récit semble s’inspirer du personnage cabbalistique du Golem, fabriqué par le Grand Rabbin de Prague à partir d’argile, puis révolté contre son créateur. Le thème central de l’œuvre concerne donc l’apprenti-sorcier qui, en voulant aller trop loin, accède à des concepts inconnus qui dépassent son contrôle et se retournent contre lui. L’autre thématique principale du roman est, plus prosaïquement, celle du père qui rejette son enfant et l’abandonne à son sort. Tous deux finissent par se détester, s’opposer, se poursuivre, mais s’avèrent indissociables. Et quand l’un des deux meurt, l’autre ne tarde pas à le rejoindre. Le monstre, auquel Mary Shelley ne donne pas de nom, devient si populaire que le public l’associe tout naturellement au titre du roman. C’est pourquoi, pour la plupart des gens, Frankenstein est le nom de la créature et non celui du créateur. Le succès du roman est tel qu’on l’adapte dès 1823 au théâtre, et que les pièces s’en inspirant abondent alors, jusqu’à ce que le cinéma se penche sur le sujet à son tour.

 

FILMS CHRONIQUÉS
1910: Frankenstein de J. Searle Dewley

1931: Frankenstein de James Whale
1935: La Fiancée de Frankenstein de James Whale
1932: Le Fils de Frankenstein de Rowland V. Lee

1942: Le Spectre de Frankenstein d’Erle C. Kenton
1948: Deux Nigauds contre Frankenstein de Charles T. Barton

1957: Frankenstein s’est échappé de Terence Fisher

1957: Teenage Frankenstein de Herbert L. Strock

1958: La Fille de Frankenstein de Richard E. Cunha
1958: La Revanche de Frankenstein de Terence Fisher

1969: Dracula contre Frankenstein de Tulio Demichelli et Hugo Fregonese
1970: Les Horreurs de Frankenstein de Jimmy Sangster
1971: Lady Frankenstein de Mel Welles

1973: Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey  
1974: Frankenstein Junior de Mel Brooks
1974: Frankenstein : la véritable histoire de Jack Smight
1975: The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman
1984: Frankenstein 90 de Alain Jessua
1985: La Promise de Franc Roddam

1987: Monster Squad de Fred Dekker

1994: Frankenstein de Kenneth Branagh
2004: 
Van Helsing de Stephen Sommers 

2014: I, Frankenstein de Stuart Beattie