HERCULE (1983)

Le réalisateur de Star Crash confie à Lou Ferrigno le rôle du puissant Hercule et invente un nouveau genre : le space opera mythologique

HERCULES

1983 – ITALIE

Réalisé par Luigi Cozzi

Avec Lou Ferrigno, Mirella D’Angelo, Sybil Danning, Ingrid Anderson, William Berger, Brad Harris, Claudio Cassinelli

THEMA MYTHOLOGIE I DRAGONS

Au début des années 80, les producteurs Menahem Golan et Yoran Globus, spécialisés dans le film de genre via leur compagnie « Cannon », décident de se lancer dans un long-métrage mettant en vedette Lou Ferrigno, qui connaît alors un certain succès télévisé dans le rôle de L’Incroyable Hulk. Celui-ci, fan depuis toujours de l’acteur Steve Reeves, héros de nombreux péplums dans les années 60, suggère une nouvelle version des aventures d’Hercule. Les deux producteurs engagent donc Luigi Cozzi, sur la foi de son clinquant Star Crash, et celui-ci réadapte le récit à la sauce space-opera, histoire de profiter du succès de la trilogie de La Guerre des Etoiles. Le scénario de cet Hercule d’un nouveau genre, œuvre de Cozzi et Egle Guarino, se centre sur le maléfique roi Minos et sa fille Ariane, qui font régner la terreur chez les humains. Zeus décide d’envoyer au secours des hommes un champion doté d’une force prodigieuse : Hercule. Mais Héra, l’épouse de Zeus, est irritée par l’importance accordée à Hercule et, prise d’un désir de vengeance, envoie deux serpents dans le berceau du bébé qui n’a aucun mal à les tuer de ses mains.

Adopté par un couple de paysans, l’enfant grandit et devient un colosse. Un jour, son père adoptif est tué par un monstrueux grizzly. Hercule, furieux, lance la bête si fort dans le ciel qu’elle devient une constellation. Minos se rend compte que tant qu’Hercule est en vie, son règne est menacé. Il requiert alors les services d’une divinité qui lui fabrique trois monstres mécaniques… Ici, les Dieux ne sont plus que trois (Héra, Athéna et un Zeus aux allures de Père Noël), les personnages se promènent allègrement de planète en planète, au gré des délires du scénario, et se battent à coup de rayons laser… Bref, c’est un peu tout et n’importe quoi. Restent les effets spéciaux d’Armando Valcauda, colorés et très nombreux malgré des contraintes de temps extrêmement serrées.

Les robots de l'antiquité

Il se lance ainsi dans la construction de bon nombre de maquettes très photogéniques, à défaut d’être réalistes, notamment l’entrée des Enfers en forme de gigantesque crâne grimaçant ou les écuries d’Augias, qui ont ici l’apparence de deux statues de cheval monumentales. Valcauda supervise aussi les effets optiques divers (Lou Ferrigno qui atteint des proportions gigantesques et crée les colonnes d’Hercule) et l’animation image par image. Dans ce dernier domaine, on est un peu déçu, car si les monstres sont animés avec talent et habilement intégrés dans les prises de vues réelles, leur look, lui, laisse à désirer, dans la mesure où ce sont des robots. Le dragon mécanique à trois têtes qui crache des rayons laser, le robot mi-humanoïde mi-cheval qui tire des flèches lumineuses et la machine volante qui attaque notre héros semblent respectivement s’inspirer de l’Hydre de Lerne, des centaures et des oiseaux du lac Stymphale présents dans la véritable légende d’Hercule. Finalement, cet Hercule aura marqué un regain aussi soudain qu’éphémère du péplum héroïque et musclé italien, un feu de paille qui donnera tout de même naissance à une séquelle directement destinée au marché de la vidéo.

 

© Gilles Penso

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LES BARBARIANS (1987)

Le réalisateur de Cannibal Holocaust demande à deux jumeaux blagueurs de jouer des émules de Conan le Barbare dans une heroic fantasy en carton pâte

THE BARBARIANS

1987 – ITALIE

Réalisé par Ruggero Deodato

Avec David Paul, Peter Paul, Richard Lynch, Eva La Rue, Virginia Briant, Michael Berryman, George Eastman

THEMA HEROIC FANTASY

Jamais à cours d’idée pour recycler les grands succès du moment, Menahem Golan et Yoram Globus, les patrons de la mythique société de production Cannon, se posèrent un jour une question cruciale : que se passerait-il si Conan avait un frère jumeau ? Imaginez donc : deux montagnes de muscles pour le prix d’une ! Ainsi naquit Les Barbarians, l’un des nanars les plus euphorisants de la fin des années 80, mixant le mauvais goût quasi-proverbial des productions Cannon aux excès plagiaires du cinéma bis transalpin, puisque le film fut intégralement tourné par une équipe italienne sous la direction de Ruggero Deodato, le légendaire réalisateur de Cannibal Holocaust

Une troupe d’artistes itinérants, les Ragnicks, y est attaquée par des guerriers difformes et barbares, au cours d’une séquence d’introduction généreuse en effets gore (hache dans la tête, visage brûlé, giclures de sang). Le chef de cette horde sauvage, Kadar (Richard Lynch), capture la belle Canary, reine des Ragnicks, pour profiter de ses pouvoirs magiques, lesquels trouvent leur origine dans un rubis caché. Mais deux jeunes frères jumeaux, adoptés par Canary, se révoltent contre le vilain et lui arrachent deux doigts à coups de dents ! Passablement agacé – on le serait à moins – Kadar enferme Canary dans son harem et emmène les jumeaux pour les entraîner au combat. Séparés et enfermés dans « le puits des morts », les charmants bambins (qui répondent aux noms improbables de Kutchek et Gore !) grandissent au milieu des gladiateurs, subissant maints sévices de la main d’un bourreau grimaçant incarné par Michael Berryman (inoubliable depuis sa prestation dans La Colline a des Yeux). Seize ans plus tard, Kutchek et Gore sont devenus deux colosses bodybuildés, tandis que, bizarrement, aucun des autres personnages ne semble avoir pris une ride. Le suspense qui sous-tend leurs retrouvailles – on les envoie se combattre à mort dans l’arène en cachant leur visage sous des casques – est éventé en quelques secondes puisque les jumeaux se reconnaissent immédiatement et s’évadent. 

Gore, gags, nudité et monstres en caoutchouc

A partir de là, le film – qui se prenait plus ou moins au sérieux – bascule dans la farce semi-parodique. Car David et Peter Paul, interprètes des deux lourdauds en pagne, se déplacent comme des gorilles, poussent des cris de gorets et se chamaillent puérilement à coups de répliques grotesques. De toute évidence, Ruggero Deodato, face à la prestation navrante des deux « comédiens » culturistes, a renforcé volontairement l’aspect comique d’un film conçu initialement au strict premier degré. « Les producteurs m’avaient demandé initialement de réaliser un film d’heroïc fantasy très violent et très brutal, une sorte de mixage entre Conan le barbare et Cannibal Holocaust », raconte Deodato. « C’est pour cette raison que j’ai été embauché sur ce film. Ce parti pris explique pourquoi le film commence avec des tueries et des massacres, à grand renfort de cascades et de maquillages spéciaux. Mais en découvrant les deux acteurs principaux Peter et David Paul, j’ai été contraint de changer mon fusil d’épaule. Je me suis dit que je ne pouvais pas envisager un film sérieux avec ces deux-là. D’où l’orientation comique des Barbarians. » (1) Entre deux grimaces des frères Paul, Les Barbarians tente de nous distraire avec des scènes de bagarre pataudes (dont une mettant en vedette George Eastman, alias Anthropophagous), des orgies où s’ébattent des figurantes dénudées, et le surgissement de monstres en caoutchouc délicieusement ridicules dans un marécage de studio garni de machines à fumée. Même le compositeur Pino Donaggio, d’ordinaire fort inspiré (Carrie, PulsionsHurlements), se met au diapason en nous assénant une abominable partition synthétique de bas étage, le film s’achevant comme il se doit par une chanson pop saugrenue.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso 

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LUCY (2013)

Luc Besson décline une fois de plus l'imagerie de Nikita en y ajoutant cette fois un étrange argument de science-fiction

LUCY

2013 – FRANCE / USA

Réalisé par Luc Besson

Avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Choi Min-sik, Amr Waked, Analeigh Tipton

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA LUC BESSON

Luc Besson et EuropaCorp poursuivent dans leur stratégie ambitieuse de produire des blockbusters made in France capables de rivaliser avec leurs homologues américains. C’est dans cette logique que s’inscrit Lucy, un thriller SF porté par la populaire Scarlett Johansson et nanti du plus gros budget jamais levé pour une production estampillée EuropaCorp : 40 millions de dollars. L’histoire d’une jeune femme sans histoire qui, à la suite d’un hasard malencontreux, se retrouve infectée par une drogue nouvelle génération lui ouvrant les portes des zones dormantes de son cerveau. Car comme on le sait tous, l’homme n’utilise qu’approximativement 10% de ses capacités cérébrales. Et si demain, il avait la faculté d’en utiliser les 100% ? Le pitch de Lucy n’est pas sans rappeler le très bon Limitless de Neil Burger avec Bradley Cooper. Transcendance aussi, dans une moindre mesure. Si l’on pouvait s’attendre à une énième série B répondant à tous les codes du marketing à la sauce Besson/EuropaCorp, Lucy surprend.

Emmené par un casting international trois étoiles (sexy Scarlett, le « old man » Morgan Freeman et le coréen fêlé Choi Min-sik), ce nouvel effort bessonien est probablement l’un des meilleurs exercices du bonhomme, ces dernières années. Emballé avec énergie, inspiration et non sans une pointe d’intelligence, Lucy est un divertissement haletant qui a le double mérite de faire passer un bon moment tout en s’octroyant le droit de poser une petite réflexion sur le genre humain, aussi sommaire sera-t-elle considéré par certains. Mélange de thriller hargneux, de film de gangsters violent et de cinéma d’anticipation, Lucy est tout à tour efficace et barré, jonglant entre le classicisme d’un actioner expéditif et le film de SF à la limite du métaphysique avec paraboles illustrées à l’appui. Un pari audacieux pour papa Besson, qui s’en tire avec les honneurs malgré quelques défauts évidents et une cohérence globale très discutable. En premier lieu, une durée qui applique un principe de concision trop extrême. Réduit à un peu moins d’1h30, Lucy paraît trop court, filant sur l’écran à la vitesse de la lumière là où l’on aurait aimé voir le cinéaste davantage creuser son récit.

Succinct, rapide et déséquilibré

Car mine de rien, il a des choses intéressantes à dire le Besson et il soulève des points qui, malheureusement, ne sont pas assez exploités, peut-être par peur de tomber soit dans la prétention, soit dans l’inefficacité. Clairement, on n’aurait pas rechigné sur une petite demi-heure en plus, histoire de contrebalancer les trop nombreux délires visuels bisseux rendant parfois le film abscons, par une histoire davantage étoffée. Trop succinct dans sa structure, sa narration, trop rapide dans sa progression, Lucy souffre d’un certain déséquilibre qui lui donne une apparence furtive. Reste néanmoins une honnête surprise, pas le chef d’œuvre de l’année, mais un effort divertissant, rondement mené et palpitant, ne cédant pas à la surenchère vulgaire mais au contraire, recherchant une forme de maturité même si elle s’avère parfois maladroite, notamment dans l’abondance des métaphores sur la nature, qui laissent parfois sceptiques. Et quelle belle héroïne badass aux allures de Nikita version SF !  

 

© Nicolas Rieux

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LE PRESTIGE (2006)

En adaptant le roman "The Prestige" de Christopher Priest, Christopher Nolan trouve un nouveau terrain d'expérimentation filmique propice à tous les paradoxes

THE PRESTIGE

2006 – USA

Réalisé par Christopher Nolan

Avec Hugh Jackman, Christian Bale, Michael Caine, Scarlett Johansson, David Bowie, Andy Serkis, Rob Arbogast

THEMA DOUBLES

Même s’il a intégré sans complexe les grands studios hollywoodiens, Christopher Nolan demeure un cinéaste à part, imprégnant chacun de ses films d’une forte personnalité et d’une stylisation raffinée. Confiez-lui le remake d’un polar norvégien, il concocte un somptueux Insomnia dépassant en audace et en noirceur son modèle. Demandez-lui de reprendre la franchise Batman, il la dynamite en bonne et due forme pour revenir aux sources du comic book. On ne s’étonne donc guère, lorsqu’il s’attaque à l’adaptation du roman « Le Prestige » de Christopher Priest, de découvrir un film hors norme, surprenant d’un bout à l’autre et ciselé au millimètre près. Situé à Londres au début du siècle dernier, Le Prestige nous conte la rivalité entre deux jeunes magiciens surdoués, Robert Angier et Alfred Borden. Lorsque la mort de la femme du premier est provoquée par une erreur du deuxième, leur compétition amicale se mue en véritable guerre impitoyable dans laquelle tous les coups sont permis. Un jour, Borden met au point un tour spectaculaire, « l’homme transporté », dans lequel il semble se dédoubler sur scène. Fou de jalousie, Angier décide d’en percer le secret. Ce sera le début de la fin…

Dès les premières minutes, Le Prestige séduit par le charisme sans faille de Hugh Jackman et Christian Bale, deux ex-super-héros (respectivement dans X-Men et Batman Begins) livrant là l’une de leurs prestations les plus fines, les plus complexes et les plus tourmentées. A tel point que dans cette escalade à la destruction d’autrui, on ne sait trop pour lequel prendre fait et cause, tant la profondeur et les souffrances de chacun de leur personnage provoque l’empathie. L’habileté de leurs jeux de main est due à un entraînement intensif aux côtés du célèbre prestidigitateur Ricky Jay, rompu à l’art du coaching. A leurs côtés, on se délecte des excellentes prestations de Michael Caine, mentor avisé et ingénieux inventeur, de Scarlett Johansson, assistante au rôle complexe, et du trop rare David Bowie, incarnant un personnage bien réel, le génial scientifique Nikola Tesla qui vécut toujours dans l’ombre de son émule Thomas Edison. « Vous cherchez le secret », déclare dès le prologue Michael Caine à l’attention du spectateur. « Mais vous ne le trouverez pas parce que vous ne regardez pas vraiment. Vous ne voulez pas vraiment connaître le secret. Vous voulez être berné ». 

Quand la science devient magie

Plus le récit du Prestige avance, plus il devient évident qu’il dépasse le cadre de la prestidigitation classique pour basculer vers la magie véritable, pas celle des sorciers et des alchimistes, mais celle des scientifiques avant-gardistes dont les inventions transcendent les lois élémentaires de la physique. Le Prestige est donc un film de science-fiction. C’est là que réside une grande part de son originalité, mais aussi de ses faiblesses. Car dès que cette nouvelle donnée est assumée, l’intrigue perd de sa cohérence, les coïncidences prennent une tournure invraisemblable et les rebondissements, pour inattendus qu’ils soient, n’ont plus grand-chose de crédible. Dommage, car sous ses fanfreluches et ses haut de forme, Le Prestige n’était pas loin du chef d’œuvre inclassable, redéfinissant d’une manière inédite l’univers peu connu des magiciens et de leurs secrets.

 

© Gilles Penso

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FAHRENHEIT 451 (1966)

Quand l'un des maîtres de la Nouvelle Vague française s'intéresse à un classique de la littérature de science-fiction, le résultat possède un indéniable supplément d'âme

FAHRENHEIT 451

1966 – GB

Réalisé par François Truffaut

Avec Oskar Werner, Julie Christie, Cyril Cusack, Anton Diffring, Jeremy Spenser, Bee Duffell, Alex Scott, Noel Davis

THEMA FUTUR

François Truffaut et la science-fiction, le mélange semble antithétique, et l’auteur des 400 Coups avouait n’avoir à priori aucune affinité avec le genre. Mais il a trouvé dans le roman de Ray Bradbury matière à nourrir son univers tout en livrant une fable d’anticipation de haute tenue, s’attelant pour l’occasion à son unique film tourné en langue anglaise (ce qui fut une véritable gageure dans la mesure où, à l’époque, le cinéaste maîtrisait fort mal la langue de Shakespeare). Le monde futuriste de Fahrenheit 451 interdit à la population la détention de livres, quels qu’ils soient, car ils ont été jugés provocateurs de comportements antisociaux. Les pompiers n’ont donc pas comme mission d’éteindre les incendies, mais de brûler tous les ouvrages qu’ils trouvent chez les gens en marge de la loi. Le film est donc régulièrement scandé par les déplacements du camion des pompiers et par divers autodafés tous plus révoltants les uns que les autres. Le plus violent d’entre eux montre une vieille dame refuser d’abandonner ses livres et se laisser mourir au milieu du brasier.

Truffaut est parvenu à capter l’horrible photogénie des ouvrages qui brûlent, certaines pages se recroquevillant comme des pétales fanés. Parmi les livres promis au bûcher, on note « Mein Kampf », « Les Chroniques Martiennes » et un exemplaire des « Cahiers du Cinéma » avec A Bout de Souffle en couverture ! Dans cet univers totalitaire, les journaux ne comportent que des dessins, la population est incitée à la délation, des brigades anti-cheveux longs tondent les jeunes aux coupes non-conformistes, la télévision s’appelle « la famille », et le sommet de l’ascension sociale consiste à posséder plusieurs grands écrans muraux. Même si le plaidoyer en faveur de la lecture passe forcément mieux en livre qu’en film, l’adaptation de Truffaut et de son co-scénariste Jean-Louis Richard est une réussite indiscutable. Sa mise en scène s’amuse d’ailleurs à opposer en permanence la télévision et les livres, notamment lorsqu’un pompier découvre une pile d’ouvrages cachés derrière l’écran d’un téléviseur, ou lorsque le héros se sert de la lumière du grand écran pour lire en pleine nuit.

Les pompiers volants et les hommes-livres

Pour incarner Montag, le pompier qui refuse peu à peu d’assumer son rôle destructeur, Truffaut a choisi Oskar Werner, avec qui il venait de tourner Jules et Jim. Pour donner corps aux deux personnages féminins antithétiques, l’épouse conformiste et la voisine rebelle, il a opté pour une seule et même comédienne, la belle Julie Christie. A la fin du film, Montag quitte la ville, fuit une escouade de pompiers volants qui annoncent les brigades aériennes de Minority Report et rejoint les hommes-livres. Ce sont des marginaux qui ont chacun entrepris d’apprendre un livre par cœur, pour que la mémoire littéraire perdure à travers les temps. Une idée d’une magnifique poésie, née de l’imagination fertile de l’auteur des « Chroniques Martiennes », et que le film prolonge par un générique où les noms ne sont pas écrits mais dits à voix haute. Grand admirateur d’Alfred Hitchcock, Truffaut a eu la joie de confier la partition de son film à l’immense Bernard Herrmann. Onze ans plus tard, le cinéaste allait retrouver l’univers de la science-fiction en jouant l’improbable linguiste Lacombe dans Rencontres du Troisième Type.

 

© Gilles Penso

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LA SENTINELLE DES MAUDITS (1977)

Une histoire de fantômes insolite avec un John Carradine effrayant et d'impressionnants maquillages de Dick Smith

THE SENTINEL

1977 – USA

Réalisé par Michael Winner 

Avec Cristina Raines, Chris Sarandon, Martin Balsam, John Carradine, José Ferrer, Ava Gardner, Burgess Meredith

THEMA FANTÔMES

Film de fantômes relativement atypique, La Sentinelle des Maudits adapte un roman que Jeffrey Konvitz publia en 1975. Interprétée par une Cristina Raines pleine de charme, qui jouait la même année dans Les Duellistes de Ridley Scott, l’héroïne de ce récit tourmenté est le mannequin Alison Parker. Elle enchaîne avec succès les séances photo (avec Jeff Goldblum dans le tout petit rôle du photographe), est fiancée avec un jeune avocat brillant (Chris Sarandon) et vient d’emménager dans un bel appartement de Brooklyn. Les choses se gâtent lorsque son père meurt d’un cancer. Au cours d’un flash-back qui ne fait pas dans la dentelle, Alison se souvient avoir surpris ce dernier en train de faire l’amour avec deux grosses bonnes femmes, et avoir sous le choc tenté de se suicider. Désormais, la voilà sujette à de violentes migraines en pleines séances de travail. Lorsqu’elle fait connaissance avec ses nouveaux voisins, elle découvre une belle brochette d’excentriques : un homme affable qui vit avec un chat et un oiseau, deux lesbiennes exhibitionnistes, un couple étrange, une vieille dame qui tient des propos incohérents…

Sans compter ce vieux prêtre aveugle qui vit au dernier étage et ne bouge jamais de sa fenêtre (incarné par un John Carradine au visage frippé, aux cheveux argentés en bataille et aux yeux blancs). Mais sa surprise est immense lorsque son agent immobilier Miss Logan (Ava Gardner) lui affirme qu’à l’exception du prêtre, l’immeuble est entièrement vide depuis trois ans. Qui sont donc ces voisins ? Des fantômes ? Des hallucinations ? Une nuit, alertée par des bruits inquiétants au-dessus de son appartement, Alison se retrouve carrément nez à nez avec le fantôme blafard de son propre père. Prise de panique, agressée par le revenant, elle le défigure et le tue à coups de couteau (ce qui permet au génial maquilleur Dick Smith de s’en donner à cœur joie, nous gratifiant d’un nez tranché et d’un œil littéralement découpé en gros plan !). Un inspecteur de police et son adjoint (Eli Wallach et Christopher Walken) mènent une enquête de routine, tandis que le fiancé d’Alison pousse plus loin les investigations au sein même de l’immeuble, découvrant qu’il s’agit d’un accès direct vers l’Enfer, protégé par un ordre secret de l’église catholique répondant au nom de « Confrérie des Protecteurs »…

Un train fantôme empli de spectres hideux

La Sentinelle des Maudits est avant tout un film d’atmosphère, distillant une insidieuse ambiance d’épouvante croissante, et gratifiant le spectateur d’un véritable défilé de comédiens familiers (aux noms cités, on peut ajouter Martin Balsam, le détective de Psychose, ainsi que Tom Berenger dans un minuscule rôle à la fin du film). Le climax s’avère quant à lui grand guignolesque, muant l’immeuble en véritable train fantôme empli de spectres plus hideux et difformes les uns que les autres. Reposant sur un manichéisme de catéchisme assez basique, le scénario de La Sentinelle des Maudits a un peu de mal à convaincre, d’autant qu’il multiplie les incohérences. Et pourtant, miracle, le film fonctionne plutôt bien, en grande partie grâce à la mise en scène efficace de Michael Winner, à la qualité de son interprétation, et à l’intrigante étrangeté de son propos.

 

© Gilles Penso

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MISTER BABADOOK (2013)

Le héros très inquiétant d'un conte pour enfants semble vouloir prendre corps dans la réalité pour hanter une mère et son jeune fils

THE BABADOOK

2013 – AUSTRALIE

Réalisé par Jennifer Kent

Avec Essie Davis, Noah Wiseman, Daniel Henshall, Hayley McElhinney, Barbara West

THEMA DIABLES ET DEMONS

Mister Babadook est l’effrayant héros d’un conte pour enfants qui va causer bien des misères à Amélia, veuve et mère célibataire du petit Samuel, un enfant hyperactif à l’imagination débordante. Mister Babadook semble, à première vue, être l’un des amis imaginaires du petit garçon sauf que, comme Harry, cet ami ne lui veut pas que du bien. Loin de là. Par bien des aspects, Babadook rejoint l’excellent Citadel dans une espèce de version plus classiquement féminine. Ici, on retrouve l’histoire attendue d’une mère courage et de son fils livrés à des forces surnaturelles matérialisées par Babadook justement, un monstre représenté sous forme de papier au travers d’un livre vraiment effrayant avant de prendre vie dans la réalité afin de venir déranger le sommeil de la pauvre Amélia qui va peu à peu perdre tout contact avec la réalité. Dans sa forme et son déroulement, le film de Jennifer Kent est on ne peut plus classique : introduction, présentation des personnages et scène de la vie quotidienne qui viennent poser le contexte. On croit d’emblée à la matérialité des protagonistes que la réalisatrice a voulu ancrer dans une réalité tangible et socialement crédible.

Comme dans tout bon film d’épouvante, c’est par petites touches que le fil ténu de la réalité va se distendre sous le coup de l’incursion du fantastique dans la banalité quotidienne. Les propos de Samuel vont devenir un peu plus inquiétants, son comportement de plus en plus étrange, ses peurs de plus en plus irrationnelles et terrifiantes. Débordée, Amélia perd pied elle aussi. Le schéma est connu de tous et calqué sur de nombreux classiques du genre, en particulier ceux issus de la tradition du film de fantômes japonais à la Dark Water. Mais, Kent connaît son sujet, tient son film et sa mise en scène. Quand on a été formée à l’école Lars Von Trier, dont elle fut l’assistante, l’intransigeance est une notion bien connue. Là où le film marque des points, c’est dans son atmosphère et dans le design de l’univers du livre et du monstre Babadook. La grande et vieille maison est clairement influencée par le cinéma de genre italien seventies, tandis que le style du livre pour enfants et de la créature doit énormément à l’expressionnisme allemand et ses jeux d’ombres surréalistes à la limite du grotesque. Les sons exprimés par le monstre, eux, sortent tout droit de la bouche des fantômes Kayako et Toshio Saeki, terrifiantes créatures du Ju-On de Takashi Shimizu. Kent multiplie les influences et les emprunts pour booster l’efficacité de son film.

Un sentiment étrange d'abandon

Hélas, les routiniers du genre ne trouveront pas leur quota de frissons dans cette pellicule de bonne facture mais trop balisée dans son déroulement et ses effets que pour vraiment flanquer la frousse. Dommage, car le personnage de Babadook, très absent finalement, est porteur d’un potentiel de flippe non négligeable. Film sur le deuil et l’absence de père, Babadook distille un sentiment étrange d’abandon et une atmosphère un peu aigre, à travers cette mère de famille brisée par la mort de son mari le jour même de la naissance de son enfant. Le monstre symbolise ce lourd passé encombrant, effrayant, posant une chape de plomb sur la vie des personnages et les empêchant d’avancer. Babadook se nourrit de la tristesse qu’elle engendre jusqu’à plonger les protagonistes dans la folie. S’il échoue à totalement convaincre en tant que film d’horreur, le métrage de Jennifer Kent séduit par son aspect drame familial et le portrait d’une femme en détresse joliment brossé par la réalisatrice. On notera aussi la performance convaincante du jeune Samuel, cet enfant au visage lunaire aussi adorable que profondément étrange. Un film à moitié réussi donc qui, au contraire de Citadel, échoue à lier avec la même puissance angoisse et drame humain. Il en reste un film très correct, maîtrisé techniquement, bien rythmé mais trop classique, beaucoup trop classique.

 

© Seb Lecocq

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LE FANTÔME DE MILBURN (1981)

Quatre vieux amis cachent depuis des décennies un secret inavouable qui s'apprête à revenir faire surface…

GHOST STORY

1981 – USA

Réalisé par John Irvin

Avec Douglas Fairbanks Jr, Melvyn Douglas, Fred Astaire, John Houseman, Craig Wasson, Alice Krige, Patricia Neal

THEMA FANTÔMES

Peter Straub étant un auteur de romans d’épouvante à succès dans les années 80, les studios Universal misèrent beaucoup sur l’adaptation de son best-seller « Ghost Story » et parvinrent à réunir un casting de vétérans assez prestigieux. En tête d’affiche, nous retrouvons donc Fred Astaire (dont ce fut le dernier film), Douglas Fairbanks Jr (Sinbad le marin), Melvyn Douglas (Bienvenue Mister Chance) et John Houseman (Rollerball). Ces quatre célèbres octogénaires interprètent les principaux notables de la petite ville de Milburn, en Nouvelle Angleterre. Fondateurs et membres d’un club qu’ils ont baptisé « société de la chaudrée », ils se réunissent à intervalle régulier pour se raconter des histoires d’épouvante. Bientôt, nos braves vieillards sont harcelés par des cauchemars terrifiants et répétitifs. La situation s’aggrave lorsque David Wanderley, le fils d’un des quatre notables, meurt à New-York dans d’étranges circonstances. Don, le frère jumeau de David, revient alors à Milburn, et dès lors les événements inquiétants se multiplient dans la bourgade. Le temps est donc à la confession. Cinquante ans plus tôt, nos quatre compagnons sont tombés amoureux tous ensemble d’une belle et riche jeune femme du nom d’Eva Galli. Flirtant avec elle à tour de rôle, ils ont involontairement provoqué sa mort au cours d’une soirée trop arrosée. Pour camoufler leur crime, ils ont placé son corps dans une voiture qu’ils ont ensuite immergée dans un lac… Pour découvrir avec horreur que la jeune femme était encore vivante avant son engloutissement ! Désormais, son spectre hante les lieux, bien décidé à exercer sa sanglante vengeance. 

Le Fantôme de Milburn est avant tout un film d’atmosphère, transcendant une intrigue assez convenue par la grâce d’une narration complexe entremêlant les flash-back, d’une mise en scène élégante de John Irvin (Hamburger Hill), d’une photographie somptueuse de Jack Cardiff (Mort sur le Nil), de très beaux matte paintings d’Albert Whitlock (Les Oiseaux) et d’une partition envoûtante signée Philippe Sarde (La Guerre du feu), laquelle cligne régulièrement de l’œil vers Bernard Herrmann. Ces partis pris artistiques n’empêchent pas la ponctuation du récit par des effets choc extrêmement efficaces, par le biais des maquillages spéciaux de Dick Smith (L’Exorciste) révélant le cadavre d’Eva Galli à différents stades de sa décomposition.

Visions horrifiques d'outre-tombe

Horrifiques et furtives, ces visions sont tout à fait en accord avec les codes du cinéma d’épouvante des années 80, plus porté sur le démonstratif spectaculaire que sur la suggestion ambiancée. Le film oscille ainsi entre ces deux courants, comme en témoigne son étonnant casting, car les quatre vénérables vedettes tiennent le haut de l’affiche aux côtés de jeunes espoirs alors méconnus. Notamment Craig Wasson, futur héros claustrophobe de Body Double, qui incarne ici les frères jumeaux victimes de la malédiction de Milburn, et Alice Krige, future reine de Borgs dans Star Trek Premier Contact, qui prête son visage angélique et sa voix rauque à l’inquiétant spectre d’Eva Galli. Elle est la vraie révélation du film, et l’impact de ce Fantôme de Milburn repose en grande partie sur ses jolies épaules.

 

© Gilles Penso

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LES GARDIENS DE LA GALAXIE (2014)

Transfuge des productions Troma, le garnement James Gunn intègre l'univers Marvel sans rien perdre de son grain de folie

GUARDIANS OF THE GALAXY

2014 – USA

Réalisé par James Gunn

Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Autista, Michael Rooker, et les voix de Bradley Cooper et Vin Diesel

THEMA SPACE OPERA I SUPER-HEROS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA MARVEL I AVENGERS

Avec la construction méthodique d’un univers complexe conçu comme une gigantesque saga ultra-lucrative, le studio Marvel semblait avoir déniché la poule aux œufs d’or. De la trilogie Iron Man au diptyque Captain America en passant par les deux Thor et le choral Avengers, la firme aux super-héros balisait un terrain confortable, flattant les amateurs des comics de Stan Lee tout en se ralliant un raz de marée de jeunes spectateurs enthousiastes. Qu’est-il donc passé par la tête des cadres de Marvel/Disney en initiant Les Gardiens de la Galaxie ? Difficile d’imaginer un projet aussi risqué. Qu’on en juge : des héros totalement inconnus du grand public, un environnement de space opera qui valut au studio Disney l’un de ses plus gros flops (John Carter), un ton décalé en équilibre instable entre le premier degré et la parodie potache, des protagonistes improbables (un raton laveur hargneux, un homme-arbre taciturne) et surtout un réalisateur absolument pas consensuel. Car James Gunn, auteur de Tromeo & Juliet, scénariste de L’Armée des Morts, réalisateur de Horribilis et Super, n’a pas vraiment le profil d’un « yes man » acquiesçant face à toutes les demandes d’un studio tout-puissant. La réussite et le succès des Gardiens de la Galaxie n’en sont que plus remarquables, Gunn nous offrant un film de science-fiction grandiose et spectaculaire sans rien perdre de son irrévérence.

Dans un rôle qui semble conçu comme un hommage aux héros incarnés par Harrison Ford dans les années 70/80, quelque part à mi-chemin entre Han Solo et Indiana Jones, Chris Pratt incarne Peter Quill, un aventurier traqué par tous les chasseurs de prime pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le redoutable Ronan. Pour éviter que cet item ne tombe en de mauvaises mains, Quill conclue une alliance avec quatre aliens qu’il rencontre dans une prison spatiale : le raton laveur génétiquement modifié Rocket, l’humanoïde végétal Groot, le massif Drax et la mystérieuse Gamora. Cette équipe hétéroclite et mal assortie devient bizarrement le dernier rempart contre la destruction qui menace la galaxie toute entière. 

Plus complexe et profond qu'il n'y paraît

Si Gunn connaît ses classiques et leur rend ici un vibrant hommage (la saga Star Wars initiale nous vient souvent à l’esprit), d’autres références moins évidentes affleurent au fil du film (la scène de l’évasion du pénitencier interstellaire évoque Star Crash de Luigi Cozzi), tandis que le cinéaste affirme fièrement ses origines en laissant apparaître quelques secondes son ancien employeur Lloyd Kaufman, légendaire patron de Troma Films. Mais l’un de ses apports les plus intéressants est le choix d’une bande originale scandée par des standards pop/rock des années 70/80. Totalement intégré au récit (les musiques sont les extraits d’une playlist sur cassette audio que la mère de Peter Quill lui légua avant de succomber), ce parti-pris n’est pas une simple démarche post-moderne visant à cligner de l’œil vers le spectateur et à affirmer le statut « cool » du film. Il s’agit aussi et surtout d’un vecteur d’émotion inattendu au sein d’une poignée de séquences en état de grâce. Voilà tout le paradoxe d’une œuvre finalement plus complexe et plus profonde qu’il n’y paraît.

 

© Gilles Penso

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LE CERCLE INFERNAL (1977)

Mia Farrow incarne une mère traumatisée par le deuil de sa fillette et dès lors hantée par des visions très perturbantes…

FULL CIRCLE / THE HAUNTING OF JULIA

1977 – GB

Réalisé par Richard Loncraine

Avec Mia Farrow, Keir Dullea, Tom Conti, Jill Bennett, Robin Gammell, Cathleen Nesbitt, Anna Wing, Edward Hardwicke 

THEMA FANTÔMES

Neuf ans après Rosemary’s Baby, six ans après Terreur Aveugle, Mia Farrow prête une fois de plus son joli visage androgyne à un drame viscéral nimbé d’épouvante. Œuvre rare, écrin de l’une des meilleures prestations de la comédienne, seul véritable titre de gloire de son réalisateur Richard Loncraine, Le Cercle Infernal adapte le roman « Julia » de Peter Straub, dont il reprend fidèlement la trame et l’atmosphère anxiogène. Dès les premières minutes, le ton est donné. Une scène banale de petit déjeuner vire à l’horreur lorsque la jeune Kathy s’étouffe en mangeant une pomme, face à deux parents désemparés et parfaitement incapables de la sauver. Cette mort brutale est d’autant plus éprouvante qu’elle est traitée de manière réaliste, sans fioriture. Richard Loncraine nous annonce ainsi la substance de sa mise en scène, empreinte de classicisme et d’élégance, privilégiant les mouvements de caméra amples, suivant les comédiens au plus près de leurs évolutions, n’hésitant jamais à les sertir de gros plans implacables jusqu’à frôler la claustrophobie. A l’avenant, la photographie douce et les lumières diffuses du chef opérateur Peter Hannan cultivent ce sentiment de fausse sérénité, tout comme la bande originale mélancolique de Colin Towns.

Après la mort de sa fille, Julia sombre dans la dépression et échoue dans une chambre d’hôpital. Une fois sur pied, elle refuse de rentrer chez elle et prend la fuite, en quête d’un nouvel environnement, d’un nouveau quartier, d’une nouvelle maison… Le traumatisme semble avoir agi comme un révélateur sur une vie de couple faite de convenances et de faux-semblants. Son époux Magnus (Keir Dullea, le héros de 2001 l’Odyssée de l’Espace) l’aimait-elle encore ? « Il était très important que je prenne un nouveau départ pendant que j’en avais encore le courage » explique-t-elle à sa belle-sœur Lily. Lorsque Julia visite sa nouvelle demeure, elle y découvre une ancienne chambre d’enfant avec de vieux jouets cassés. Dès lors, sa fêlure s’accroît. Comme le confirment ces visions furtives devant une école ou dans un square, où elle croit apercevoir l’espace d’une seconde la silhouette de sa défunte fille. Or il semblerait que sa maison ait elle aussi été le théâtre d’un drame passé, lié à la disparition d’une autre petite fille et à la mort d’un jeune garçon.

D'où la hantise vient-elle ?

Les pièces du puzzle s’assemblent ainsi une à une, au fil de l’enquête que mène Julia avec opiniâtreté, jusqu’à l‘invraisemblable vérité. Lorsque Richard Loncraine nous livre l’ultime plan de son film, c’est un choc d’un nihilisme absolu qu’il assène à ses spectateurs, l’effet de malaise étant une fois de plus accentué par la douceur avec laquelle s’affiche ce douloureux épilogue. Et, comme toutes les œuvres majeures ayant abordé avant lui le thème de la hantise, La Maison du Diable et Les Innocents en tête, Le Cercle Infernal se garde bien d’expliquer fermement et définitivement la nature du fantôme venu tourmenter Julia. La réponse est-elle d’ordre surnaturel ou psychiatrique ? A chacun de trancher, même si le roman initial, adepte lui aussi de l’ambigüité, laissait échapper quelques indices optant plus ouvertement pour une des deux hypothèses.

 

© Gilles Penso

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