CAPTAIN AMERICA : BRAVE NEW WORLD (2025)

28 ans après Air Force One, Harrison Ford redevient président des États-Unis tandis que le nouveau Captain America tente d’empêcher un conflit mondial…

CAPTAIN AMERICA BRAVE NEW WORLD

 

2025 – USA

 

Réalisé par Julius Onah

 

Avec Anthony Mackie, Harrison Ford, Danny Ramirez, Shira Haas, Carl Lumbly, Tim Blake Nelson, Giancarlo Esposito, Xosha Roquemore

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE I CAPTAIN AMERICA

À partir de 2021, année au cours de laquelle le studio Marvel entama la diffusion de ses propres séries sur la plateforme Disney +, un lien étroit s’est tissé entre les aventures télévisées et cinématographiques des super-héros de la « Maison des idées ». Pour ceux qui n’étaient pas familiers avec les shows Marvel du petit écran, certaines pièces du puzzle de ce gigantesque univers étendu commençaient à manquer. Sans avoir vu Wandavision, il n’était pas simple de saisir les motivations de la Sorcière Rouge dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Pour comprendre qui était le super-vilain de Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, mieux valait avoir vu Loki. Ceux qui avaient raté Ms. Marvel ne pouvaient pas connaître la jeune Kamala Khan de The Marvels. Captain America : Brave New World suit la même logique mais pousse le bouchon un peu plus loin. En effet, à moins d’avoir suivi les six épisodes de Falcon et le Soldat de l’hiver, difficile d’accepter que le super-soldat à la bannière étoilée ait changé de visage pour prendre celui de Sam Wilson, alias Anthony Mackie. Marvel pousse ainsi à la consommation, tout en reprenant le principe feuilletonnant que Stan Lee avait instauré dans les années 60 en incitant les lecteurs à lire toutes les séries des comics Marvel via une multitude de crossovers.

Captain America est donc désormais équipé non seulement d’un bouclier mais aussi d’ailes quasi-supersoniques et de tout un arsenal qui permet de compenser l’absence de super-pouvoirs. Il est également flanqué d’un sidekick censé nous faire rire et nous émouvoir (un double objectif pas vraiment atteint, avouons-le tout de suite) en la personne de Joaquin Torres (Danny Ramirez) qui devient par conséquent le nouveau Faucon. Cette redistribution des cartes implique aussi l’autre tête d’affiche du film, Harrison Ford, qui entre dans la peau de l’ex-général Ross devenu président des États-Unis. Ford remplace le regretté William Hurt, qui jouait Ross dans L’Incroyable Hulk de Louis Leterrier. Captain America : Brave New World tisse aussi des liens avec Les Éternels via la gigantesque statue céleste à moitié-immergée dans l’océan Indien qui devient ici l’objet de toutes les convoitises, jusqu’à ce qu’un incident international menace de déclencher un conflit mondial. Pas moins de cinq scénaristes sont sollicités pour essayer de mettre un peu d’ordre dans ce chaos et construire une intrigue cohérente. Hélas, l’union ne fait pas toujours la force, et il faut bien reconnaître que le script de ce quatrième Captain America estampillé Marvel n’est pas son point le plus fort. Un certain nombre de rebondissements fonctionnent, certes, mais le gros de l’intrigue, sa structure déséquilibrée et ses longs tunnels de dialogues laissent perplexes.

Service minimum

Étant donné que Julius Onah (The Cloverfield Paradox) assure le service minimum côté mise en scène, en s’appuyant beaucoup sur les animatiques des équipes des effets visuels pour toutes les séquences d’action, il nous semble voir un film techniquement maîtrisé mais sans style ni parti pris. Les combats, séquences de voltige, cascades, fusillades, explosions saturent donc l’écran avec générosité mais nous laissent un peu indifférents. Dans un registre voisin, Captain America : Le Soldat de l’hiver ou Captain America : Civil War nous convainquaient beaucoup plus. Quant à la bagarre musclée entre Sam Wilson et le Hulk rouge, vendue comme le clou du spectacle sur tous les posters et dans toutes les bandes annonce, elle ne manque certes pas de brutalité mais tourne court beaucoup trop vite et s’achève en queue de poisson. L’élément sans doute le plus intéressant du film – même s’il est très sous-exploité – est le « syndrome de l’imposteur » dont souffre Wilson, toujours inquiet à l’idée de ne pas se montrer à la hauteur de l’héritage que lui a légué Steve Rogers. Anthony Mackie n’a rien perdu de son charisme et assume le rôle avec beaucoup de prestance. Harrison Ford, lui, redevient président des USA 28 ans après Air Force One, mais sous un jour plus grincheux et plus renfrogné, dans l’esprit des rôles que l’ex-Indiana Jones a tendance à jouer en pilote automatique depuis qu’il a atteint l’âge vénérable de 80 ans. Voilà donc un épisode raisonnablement divertissant mais pas particulièrement palpitant. C’est le lot de beaucoup de films Marvel, hélas.

 

© Gilles Penso

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THE VAULT (2001)

En explorant les décombres d’un ancien lycée promis à la démolition, des étudiants et leur professeur réveillent une force maléfique…

THE VAULT

 

2001 – USA

 

Réalisé par James Black

 

Avec Java Benson, James Black, Michael Cory Davis, Ted Lyde, Michael G. Maurer, Shani Pride, Austin Priester, Kyle Walker, Parris Washington

 

THEMA FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

The Vault est le dernier opus d’une série de films d’horreur « urbains » que les producteurs Charles Band et Mel Johnson Jr. initièrent à la fin des années 90 dans l’espoir de surfer tardivement sur une sorte de seconde vague de blaxploitation motivée par le succès du rap et du RnB. Après Ragdoll, The Horrible Doctor Bones et Killjoy, voici donc The Vault, qui souffre des mêmes travers que ses prédécesseurs : une mise en forme bâclée, des moyens anémiques, un prétexte surnaturel tiré par les cheveux et un casting cumulant bon nombre de stéréotypes caricaturaux. Confié à Carl Washington, qui écrivit Killjoy, le scénario s’efforce d’intégrer des éléments historiques puisés dans les racines du peuple africain. « J’ai eu du mal à trouver une idée, et puis un jour elle m’est apparue », raconte-t-il. « Cette histoire d’un esclave maléfique m’est venue de nulle part. Cela arrive parfois » (1) Douglas Snauffer (Witchouse 2) rédige le script final avec lui. James Black, acteur ayant alterné les apparitions dans de minuscules séries B (Ozone, Ragdoll, Horrorvision) et de plus grosses productions (Godzilla, Hors d’atteinte, Soldier), hérite de la mise en scène de The Vault qui sera sa première – et seule – tentative derrière la caméra. Le tournage se déroule à Tucson, Arizona, dans un décor délabré qui sied à merveille aux besoins du scénario.

Le film s’intéresse d’abord à un jeune gars qui fait des (très vilains) graphs à la bombe sur les murs décrépits d’un immeuble abandonné. Un gardien le surprend et lui demande de partir, puis le tue avant qu’il ait le temps de libérer quelque chose qui se cachait derrière une porte. Après ce prologue énigmatique, The Vault nous présente ses personnages principaux : un professeur et quatre élèves qui s’apprêtent à visiter un ancien lycée qui doit être démoli. Cette école était jadis un lieu de détention d’esclaves, avant de devenir le Washington High School dans les années 40. Leur but : sauver ce qui peut être sauvé avant la démolition, notamment des archives et des morceaux d’histoire. Nos quatre ados obéissent à tous les archétypes. Nous avons donc là le sportif imbu de lui-même, la cheerleader astucieuse, le « bad boy » sympathique et l’intello trouillard. C’est presque le Breakfast Club de l’horreur ! En arrivant sur place, le prof et ses élèves croisent le gardien bizarre vu dans la scène d’ouverture qui les met immédiatement en garde : « Regardez où vous mettez les pieds et restez loin du sous-sol. » Évidemment, cet avertissement ne sera pas respecté. Deux des lycéens s’aventurent donc dans le sous-sol et cherchent à ouvrir une porte solidement verrouillée, sans savoir ce qu’elle abrite…

« Libérez-moi ! »

Le surnaturel se manifeste d’abord par quelques phénomènes bizarres mis en scène avec une certaine sobriété, comme la phrase « Release me ! » (« Libérez-moi ! ») qui s’écrit seule sur un tableau noir puis s’efface, ces reflets grimaçants qui apparaissent dans les miroirs, ou ces sons mystérieux qui résonnent dans un walkman. Lorsque le fin mot de l’histoire est expliqué, par l’entremise de ce personnage parfaitement improbable de gardien qui sait tout en roulant de gros yeux inquiétants, la perplexité nous gagne. Non pas que l’idée du fantôme revanchard d’un ancien esclave praticien de la magie noire soit plus bizarre qu’une autre. Mais le flash-back qui met en scène l’origine du mal est tellement disgracieux (des images vidéo ultra-granuleuses) qu’il dessert fatalement l’impact du film. Le même récit nous est d’ailleurs raconté deux fois d’affilée, de peur que le spectateur ait été distrait. Si les effets spéciaux numériques sont passables (le surgissement du fantôme aux yeux lumineux, le visage des victimes qui vient orner un tableau suspendu à l’entrée de l’école), quelques morts violentes spectaculaires ponctuent joyeusement le métrage (dont un transpercement par un tuyau qui nous rappelle Parasite ou une tête carrément tranchée en deux). Toujours prêt à faire du travail de recyclage, Charles Band effectuera en 2005 un remontage de Ragdoll, The Horrible Doctor Bones et The Vault pour les transformer en trois segments d’un film à sketches très anecdotique : Urban Evil : A Trilogy of Fear.

 

© Gilles Penso

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SATAN, MON AMOUR ! (1971)

Un journaliste spécialisé dans la musique et son épouse font la connaissance d’un célèbre concertiste aux intentions troubles…

THE MEPHISTO WALTZ

 

1971 – USA

 

Réalisé par Paul Wendkos

 

Avec Jacqueline Bisset, Alan Alda, Barbara Parkins, Curd Jürgens, Bradford Dillman, William Windom, Kathleen Widdoes, Pamelyn Ferdin, Curt Lowens

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Prolifique producteur de séries TV américaines très populaires (Les Incorruptibles, Le Fugitif, Les Envahisseurs, Les Rues de San Francisco), Quinn Martin souhaite initier un long-métrage pour le cinéma au tout début des années 70, motivé par le succès colossal de Rosemary’s Baby. En quête d’un sujet similaire, il acquiert pour 250 000 dollars les droits du roman La Valse de Mephisto de Fred Mustard Stewart et demande à Ben Maddow (Quand la ville dort, L’Équipée sauvage, Quand la marabunta gronde) d’en tirer un scénario. Le titre du roman – qui est aussi celui du film – provient d’une série de compositions de Franz Liszt écrites entre 1859 et 1885 d’après l’histoire de Faust. La référence fait sens, dans la mesure où il est ici question de pacte diabolique et de musique classique. Pour mettre en scène le film (qui sera bizarrement rebaptisé Satan, mon amour ! en France), Quinn Martin fait appel à l’un de ses fidèles réalisateurs, Paul Wendkos, vétéran du cinéma et de la télévision depuis la fin des années 50 à qui nous devons une dizaine d’épisodes des Envahisseurs.

Myles Clarkson (Alan Alda) a depuis longtemps abandonné ses espoirs de faire carrière comme pianiste de concert pour devenir journaliste musical. Un jour, il a l’opportunité d’interviewer Duncan Ely (Curt Jurgens), un virtuose du piano mondialement reconnu. D’abord distant et un tantinet désagréable, Duncan remarque que les mains de Myles semblent parfaites pour le piano et l’encourage à s’y remettre. Le ton s’allège, le fossé social se comble, et bientôt l’artiste célèbre et sa fille Roxanne (Barbara Parkins) se lient d’amitié avec Myles et avec son épouse Paula (Jacqueline Bisset). Mais celle-ci se montre méfiante. Duncan la met mal à l’aise et Roxanne lui déplaît fortement. Cette attention soudaine qu’on leur porte et cette nouvelle amitié inattendue lui semblent suspectes. « Ils nous observent comme des souris dans un labyrinthe », dit-elle à son mari qui ne voit pas les choses de la même manière et entend bien profiter de l’aubaine de fréquenter ce beau monde. Ce que tous deux ignorent alors, c’est que Duncan et Roxanne sont des satanistes aux sombres intentions…

Le chien à tête d’homme

Si l’impressionnant Curt Jürgens (futur super-vilain de L’Espion qui m’aimait) crève l’écran à chacune de ses apparitions, si Jacqueline Bisset nous offre une interprétation sensible à fleur de peau et si Barbara Parkins excelle dans le registre de l’hypocrisie larvée et de la courtoisie faussée, Alan Alda nous semble en revanche très effacé, sa prestation lisse et sans éclat pâlissant face à celle de ses partenaires. C’est l’un des points faibles du film. L’autre est sans doute sa trop forte aliénation à la trame de Rosemary’s Baby. Ici aussi, en effet, nous sommes en présence d’un jeune couple modeste confronté à des gens fortunés qui forcent un peu leur amitié, jusqu’au développement d’une paranoïa grandissante chez l’héroïne, seule à comprendre l’horreur qui se trame… Wendkos transcende ce schéma connu par une mise en scène inventive multipliant les expériences sensorielles intéressantes, altérant l’image par le choix de focales très courtes, de plongées et de contre-plongées extrêmes ou de flous partiels, le tout aux accents d’une musique atonale angoissante composée par Jerry Goldsmith. Satan, mon amour ! se constelle aussi d’images perturbantes, comme lors de cette soirée d’Halloween décadente, mi-baroque mi-pop, où un chien porte un masque d’homme (ce qui lui donne les allures d’un monstre hybride comme on en verra plus tard dans L’Invasion des profanateurs). On note aussi une allusion à la nouvelle L’Étrange histoire de Benjamin Button de F. Scott Fitzgerald, le temps d’une réplique de Duncan Ely affirmant : « Il faudrait naître à 70 ans et vivre à l’envers. » Même s’il n’est pas totalement convaincant, le film de Wendkos reste un exercice de style fascinant, témoignage d’une époque où les cinéastes s’autorisaient beaucoup de liberté de ton et de style, quitte à désarçonner leurs spectateurs.

 

© Gilles Penso

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JOSH KIRBY : TIME WARRIOR ! CHAPITRE 4 – EGGS FROM 70 MILLION B.C. (1996)

Le jeune voyageur temporel se retrouve cette fois-ci confronté à une nuée de vers préhistoriques amicaux mais très voraces…

JOSH KIRBY TIME WARRIOR! CHAPTER 4 : EGGS FROM 70 MILLION B.C.

 

1996 – USA

 

Réalisé par Mark Manos

 

Avec Corbin Allred, Jennifer Burns, Barrie Ingham, Steve Wilder, Derek Webster, Gary Kasper, Illinca Goia, Carmen Lacatus, Claudiu Trandafir, Steve Blum

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA JOSH KIRBY I CHARLES BAND

Arrivée à mi-parcours de sa réalisation, l’ambitieuse saga de science-fiction Josh Kirby connaît une déconvenue imprévue lorsque le studio Paramount décide de stopper son partenariat avec la compagnie de production Full Moon et de ne plus distribuer ses films sur le marché de la vidéo. Les cordons de la bourse se resserrent donc, les budgets – déjà très étriqués – se réduisent d’avantage et les équipes de production quittent les lieux de tournage roumains pour une réunion de crise aux Etats-Unis. Il n’est certes pas question d’arrêter la série en cours de route, mais une certaine réorganisation s’impose. Entretemps, Ernest D. Farino, qui devait réaliser le quatrième opus, n’est plus disponible, puisqu’il est chargé de superviser les effets visuels de Planète hurlante au Canada pour Christian Duguay. Fort de son expérience réussie sur le film d’épouvante érotique Huntress : l’esprit de la nuit pour Full Moon, Mark Manos le remplace, même si ce type d’aventure fantastique tout-public est très éloigné de son univers. « J’avais à l’époque un jeune fils, et j’ai pensé qu’il serait amusant de faire un film qu’il pourrait regarder », explique-t-il. « Voilà pourquoi j’ai donné mon accord, même si les sensibilités nécessitées pour un Josh Kirby sont assez différentes des miennes » (1).

Alors qu’ils voyagent dans le temps pour récupérer les composants du Nullifier, redoutable artefact extra-terrestre qui ne doit surtout pas tomber entre de mauvaises mains, Josh Kirby (Corbin Allred), le professeur Irwin 1138 (Barrie Ingham) et la guerrière Azabeth Siege (Jennifer Burns) découvrent des grands œufs fixés sur la coque de leur vaisseau spatial. Irwin détermine qu’ils datent de 70 millions d’années avant notre ère. Lorsque ces œufs éclosent, c’est pour donner naissance à des dizaines de vers mignons avec de gros yeux, des antennes et des museaux arrondis. Apparemment inoffensives et particulièrement affectueuses, ces bêtes montrent en revanche un appétit redoutable pour toutes les matières métalliques. En un clin d’œil, elles dévorent ainsi une partie du vaisseau qui, en difficultés, s’écrase sur une planète inconnue. Or en émergeant de l’engin, nos héros découvrent qu’ils ont atterri sur la terre d’origine d’Azabeth, le monde des Kang. Les humains étant les ennemis jurés des Kang, Irwin et Josh sont emprisonnés tandis que la guerre fait rage sur place et que les lignes de défense locales sont affaiblies par la voracité des vers préhistoriques lâchés dans la nature…

Un ver de trop…

Les invertébrés amateurs de métal sont donc les attractions principales de cet épisode. Animées comme des muppets par l’équipe de Mark Rappaport, ces bestioles ne sont pas du tout réalistes, ce qui n’est pas gênant dans la mesure où le film assume pleinement leur caractère cartoonesque. Ces vers farceurs reviennent régulièrement tout au long de l’histoire pour dévorer tout ce qui leur passe entre les mâchoires, influant sans le vouloir sur la guerre galactique qui se joue entre les humains et les Kang. Il n’est pas simple de reconnaître ici l’esthétique chère à Mark Manos, mais le cahier des charges est évidemment sans comparaison avec ses travaux précédents et notre homme doit se conformer à l’esprit de la saga co-réalisée jusqu’alors par Ernest Farino et Frank Arnold. En quelques rares instants, Manos stylise pourtant sa mise en scène, comme lorsque la caméra s’attarde lentement sur une nuée de débris jonchant un sol désertique et crépusculaire jusqu’à révéler le maléfique Zoetrope, échoué avec la carcasse de son armure sur une planète inconnue. L’un des aspects les plus intéressants de cet épisode est le dilemme vécu par Azabeth Siege qui, du reste, est sans conteste le personnage le plus attrayant de cette saga inégale. Quant à Josh Kirby, il se découvre de nouveaux pouvoirs surprenants dus à son statut de voyageur temporel. Moins cheap que l’épisode 3, Eggs From 70 Million B.C. bénéficie de décors plus convaincants (parce que souvent ramenés à quelque chose de simple et primitif), d’une mise en scène plus précise et d’enjeux plus resserrés, à la hauteur des protagonistes. Le final nous promet une nouvelle aventure improbable, située cette fois dans une grotte peuplée par des hommes-champignons !


(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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BETTER MAN (2024)

Dans ce biopic de Robbie Williams surréaliste et excentrique, la pop star est remplacée… par un chimpanzé !

BETTER MAN

 

2024 – GB / USA / CHINE / FRANCE / AUSTRALIE

 

Réalisé par Michael Gracey

 

Avec Robbie Williams, Jonno Davies, Steve Pemberton, Alison Steadman, Kate Mulvany, Frazer Hadfield, Damon Herriman, Raechelle Banno, Tom Budge

 

THEMA SINGES

« Je me suis toujours senti moins évolué que les autres », avouait Robbie Williams au moment de la sortie de Better Man (1). De là à développer l’idée d’un film qui retrace sa carrière en remplaçant son personnage par un singe, il y a tout de même un fossé que la superstar s’est empressée de franchir avec la bénédiction de son réalisateur Michael Gracey, signataire du très remarqué The Greatest Showman. « J’aime ce qui est excentrique, insolite et surréaliste, et ça m’a paru totalement logique lorsque Michael me l’a proposé. Je doute que ce film ait autant fait parler de lui sans la présence du singe » (2) Effectivement, ce biopic serait probablement passé inaperçu s’il s’était contenté d’emprunter une voie plus traditionnelle, d’autant que sa mise en chantier peut à priori sembler un peu présomptueuse. Après tout, Williams n’a que 51 ans. Sa carrière, si prestigieuse soit-elle, méritait-elle qu’un film entier s’y consacre ? Ça ne tombait pas sous le sens. Il était bien sûr très difficile de convaincre un grand studio de se lancer dans un pari aussi fou. Le financement de Better Man aura donc été assuré par des acheteurs indépendants du monde entier sollicités par la société de vente Rocket Science avant que Paramount n’accepte finalement de l’acquérir et de le distribuer. Pour le meilleur et pour le pire…

Pour construire le film, Michael Gracey utilise de nombreux entretiens qu’il a réalisés avec Williams pendant un an et demi dans son studio d’enregistrement de Los Angeles. Ces interviews servent non seulement à établir la structure du récit mais aussi à le nourrir d’une voix off spontanée et vivante – celle de la star elle-même. Le parti-pris de Better Man est de couvrir trois décennies de la vie de Williams, depuis ses débuts dans le boys band Take That jusqu’aux sommets de sa carrière solo, en passant par de nombreuses périodes de crises et d’incertitudes. Gracey reconstitue donc l’Angleterre des années 80, 90 et 2000 et sollicite Jonno Davies – équipé d’une combinaison de performance capture – pour incarner le chanteur. Les artistes de Weta Digital sont ensuite chargés de transformer l’acteur en singe, ce qui lui donne quelques airs de familles avec le jeune Cesar de La Planète des singes : les origines. Ce primate est clairement une vue de l’esprit, puisque tous les autres personnages du film sont humains et se comportent sans jamais se référer au caractère simiesque du héros.

Bête de scène

Ce projet atypique, qui pourrait passer de prime abord pour un ego trip à 110 millions de dollars, est en réalité plus complexe qu’il n’y paraît. Car si la trame narrative suit assez sagement celle d’un biopic classique, voire d’un documentaire (impression renforcée par la voix off de Robbie Williams qui nous guide pas à pas au fil de son parcours), le recours aux codes de la comédie musicale pour traduire les pensées et les tourments du héros, ainsi que la virtuosité fulgurante de plusieurs morceaux de bravoure (le clip en plan-séquence dans la rue sur la chanson « Rock DJ », la séquence de l’accident de voiture), transportent le film dans une autre dimension. Le choix de remplacer la star par un animal anthropomorphe, quant à lui, ne se contente pas de colorer bizarrement l’histoire mais lui donne presque les allures d’un conte de fées déviant, une sorte de Disney trash avec alcool, sexe et drogue. Better Man est donc un objet filmique définitivement « autre », une sorte de docu-fiction lyrique combiné avec un épisode de La Planète des singes. Mais il s’agit aussi d’une introspection restituant bien les incertitudes, le manque de confiance en soi, la lente dépression et les pulsions autodestructrices de Williams. En ce sens, le film prend presque les atours d’une séance de psychanalyse. Better Man était décidément trop insaisissable pour plaire. D’où ses résultats catastrophiques au box-office. Il n’en demeure pas moins que sa démarche reste surprenante, touchante, déstabilisante… et surtout sacrément culottée.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans Variety en décembre 2024.

(2) Extrait d’une interview diffusée sur The One Show en décembre 2024.

 

© Gilles Penso

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LE FESTIN NU (1991)

En se frottant à l’univers trouble et hallucinogène de William S. Burroughs, David Cronenberg réalise l’un de ses films les plus étranges…

THE NAKED LUNCH

 

1991 – CANADA / GB / JAPON

 

Réalisé par David Cronenberg

 

Avec Peter Weller, Judy Davis, Ian Holm, Julian Sands, Roy Scheider, Monique Mercure, Nicholas Campbell, Michael Zelniker, Robert A. Silverman

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Il était impossible d’adapter littéralement Le Festin nu de William S. Burroughs. Ce roman non linéaire, écrit sous influence de drogues hallucinogènes, fait de collages surréalistes qui abordent pêle-mêle le sexe, la politique et le délire paranoïaque, est résolument anti-cinématographique. De nombreux cinéastes s’y sont penchés depuis sa première publication avant de jeter prudemment l’éponge. Mais David Cronenberg veut tenter sa chance. Après les deux coups d’éclat que sont La Mouche et Faux semblants, alors qu’il est en train de jouer dans le Cabal de Clive Barker, il se lance dans l’écriture en se fixant une règle : ne pas chercher à retranscrire directement le livre à l’écran. Son travail d’adaptation est donc une réinvention libre, puisant autant dans le texte nébuleux de Burroughs que dans la vie privée de l’écrivain. L’épisode de la mort accidentelle de sa femme suite à un jeu stupide sous emprise de la drogue, par exemple, est bien réel, tout comme l’escapade de Burroughs à Tanger pour tenter d’écrire ce qui allait devenir Le Festin nu. Le film se vit certes comme une sorte de trip hallucinogène au sein duquel il devient de plus en plus difficile de distinguer la réalité de l’illusion. Mais Cronenberg cherche surtout à explorer les méandres du processus créatif. Le Festin nu s’affirme donc moins comme une transposition du livre que comme une exploration des conditions bizarres dans lesquelles il fut écrit.

« Je pars toujours du principe que tout ça n’est qu’un jeu », raconte Cronenberg pour évoquer ses méthodes de travail. « Quels que soient les budgets ou les pressions que nous pouvons subir, faire un film, c’est redevenir enfants, se déguiser, porter des faux noms, des fausses moustaches et s’amuser. Lorsque je demande à un acteur de jouer dans un de mes films, c’est un peu comme si je demandais à un copain de venir jouer dans mon bac à sable ! » (1). Le « copain » en question est ici Peter Weller, acteur cronenbergien par excellence dont le visage taillé à la serpe et le regard perçant s’inscrivent dans la continuité des « gueules » chères au cinéaste, celles de James Woods, Christopher Walken ou Jeremy Irons. L’ex-Robocop entre dans la peau de William Lee, alter-égo de Burroughs. Écrivain junkie, notre homme est réduit à gagner sa vie en exterminant des cafards dans le New York de 1953. Un jour, il découvre que son épouse se drogue avec la poudre jaune censée tuer les insectes. Curieux, il la teste à son tour et commence à ne plus pouvoir distinguer la réalité de l’hallucination, son monde se peuplant peu à peu de créatures bizarres qui lui dictent son comportement au sein d’une trouble affaire d’espionnage qui le pousse à partir s’exiler dans un coin reculé d’Afrique du Nord baptisé « l’Interzone »…

« Rien n’est vrai, tout est permis »

La citation en exergue du film (« Rien n’est vrai, tout est permis »), la musique entêtante d’Howard Shore détournant les sonorités jazzy des années 50, les répliques désabusées de William Lee (« Il faut exterminer toute pensée rationnelle ») nous permettent très tôt de comprendre que Le Festin nu va nous transporter sur un terrain inconnu, ses allures de film noir classique n’étant évidemment qu’un faux semblant. Les bêtes kafkaïennes s’invitent très tôt dans le film, du cafard géant s’exprimant avec son abdomen vaginal aux mille-pattes aquatiques géants dont on extrait une drogue nommée « viande noire », en passant par les machines à écrire-cancrelats biomécaniques ou l’incroyable « Mugwump » aux allures de grand bipède gluant dont les antennes laissent échapper un liquide séminal. Pour donner corps à ce bestiaire inédit, le créateur d’effets spéciaux Chris Walas réalise un travail remarquable. Redoublant d’inventivité à l’aide de marionnettes animatroniques complexes, de prothèses et de maquillages spéciaux, Walas retrouve Cronenberg après La Mouche et s’autorise tous les délires. Y compris cette scène impensable dans laquelle Roy Scheider émerge du corps d’une femme qui s’ouvre en deux pour le laisser sortir ! Aux côtés de Peter Weller, Judy Davis, Ian Holm et Julian Sands nous offrent des prestations troubles et ambiguës en accord avec la tonalité insaisissable du film. Échec financier lors de sa sortie en salles – mais comment pouvait-il en être autrement ? – , Le Festin nu acquerra par la suite un statut de film culte et sera reconnu comme l’un des opus majeurs de l’œuvre de Cronenberg.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

 

© Gilles Penso

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WOLF MAN (2025)

Dans le même esprit que son Invisible Man, Leigh Whannell revisite le mythe du loup-garou sous un angle modernisé et intimiste…

WOLF MAN

 

2025 – USA

 

Réalisé par Leigh Whannell

 

Avec Christopher Abbott, Julia Garner, Matilda Firth, Sam Jaeger, Ben Prendergast, Zac Chandler, Benedict Hardie, Milo Cawthorne, Leigh Whannell, Rob MacBride

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Lorsque Joe Johnston réalisait en 2010 un remake très élégant du Loup-garou de George Waggner, la porte semblait ouverte vers une relecture à grand spectacle des films de monstres classiques d’Universal. Mais après l’accueil glacial réservé à Dracula Untold et La Momie, il était clair que le « Dark Universe » envisagé par le studio menait à une impasse. D’où un changement radical de cap. Les reconstitutions historiques et les têtes d’affiche coûteuses cèdent la place à des récits minimalistes produits pour de petits budgets. La première tentative allant dans ce sens, Invisible Man de Leigh Whannell, est un grand succès. Le co-créateur de la saga Saw est donc logiquement invité par Universal à proposer un sujet voisin. C’est dans la foulée du confinement imposé par la pandémie du Covid-19 que Whannell et son épouse Corbett Tuck se lancent dans l’écriture d’une première version de Wolf Man. Leur scénario aborde les notions d’isolement, de maladie, de déséquilibres au sein d’une cellule familiale dysfonctionnelle, bref s’éloigne volontairement du Loup-garou de Waggner et du Wolfman de Johnston pour réinventer le mythe du lycanthrope sous un tout nouveau jour. Confiants, les dirigeants d’Universal allouent au cinéaste un budget de 25 millions de dollars, soit plus du triple de celui d’Invisible Man.

En 1995, dans les montagnes isolées de l’Oregon, la disparition d’un randonneur soulève des rumeurs autour d’un mystérieux virus touchant la faune locale. Un matin, lors d’une partie de chasse, le jeune Blake Lovell (Zac Chandler) et son père autoritaire Grady (Sam Jaeger) aperçoivent une étrange créature humanoïde dissimulée dans la forêt. Terrifiés, ils se réfugient dans une cabane surélevée. La suite des événements est volontairement occultée par le scénario qui nous transporte aussitôt trente ans plus tard. Désormais adulte, Blake (Christopher Abbott, vu dans Possessor) vit à San Francisco avec sa femme Charlotte (Terry Garner, l’héroïne de L’Appartement 7A), très absorbée par son travail de journaliste, et leur fille Ginger (Matilda Firth). À l’image de son père, avec qui il a coupé les ponts, Blake lutte pour maîtriser son tempérament. Or un jour, il reçoit un certificat de décès concernant Grady, disparu depuis longtemps, ainsi que les clés de la maison de son enfance. Blake décide alors de s’y rendre pour y passer des vacances et tenter de reconstruire son couple qui bat de l’aile…

Dégénérescence

Choisir une approche intimiste pour aborder le mythe du loup-garou est de toute évidence la meilleure idée du film. Ces parents en crise sont crédibles, leurs interprètes très convaincants, et la dynamique du couple fragilisé s’appuie sur une mise en scène habile isolant souvent par ses cadrages une mère un peu laissée sur le bas-côté, trop occupée par ses activités professionnelles pour passer suffisamment de temps avec sa fille. La transformation de l’homme en loup, cœur de l’enjeu dramatique de Wolf Man, est ici lente et graduelle, suivant fidèlement le schéma dicté par La Mouche (auquel le film se réfère plusieurs fois). La lycanthropie se vit ici comme une contamination inexorable, une maladie dégénérative incurable. Whannell évoque d’ailleurs parmi ses influences Still Alice, qui abordait frontalement les affres de la maladie d’Alzheimer. Nous pensons aussi au Mutants de David Morley, avec lequel Wolf Man partage de nombreux points communs. Redoublant d’inventivité, le réalisateur nous permet de vivre la mutation de son héros « de l’intérieur », nous montrant l’altération de son ouïe et de sa vue, mais aussi son incapacité progressive à s’exprimer dans un langage intelligible et à comprendre les mots qu’il entend. Il faut souligner au passage la qualité des effets spéciaux de maquillage d’Arjen Tuiten, Whannell ayant pris le parti d’évacuer les images de synthèse pour visualiser la créature. Toutes ces bonnes idées – et une poignée de séquences de suspense réussies comme celle située au-dessus de la serre – sont un peu sabordées par une chute qui nous semble bâclée et très prévisible. Cette réserve – qui contribua à un bouche-à-oreille échaudé et à des résultats décevants au box-office – n’empêche pas Wolf Man d’être une excellente surprise redynamisant intelligemment un des motifs les plus classiques du cinéma fantastique.

 

© Gilles Penso

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FRANKENSTEIN (2004) (TV)

Kevin Connor s’attaque à une adaptation très fidèle de Mary Shelley, sous forme d’un long téléfilm au casting international prestigieux…

FRANKENSTEIN

 

2004 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Luke Goss, Alec Newman, Julie Delpy, William Hurt, Nicole Lewis, Monika Hilmerova, Donald Sutherland, Jean Rochefort

 

THEMA FRANKENSTEIN

Très apprécié des amateurs de cinéma fantastique grâce à ses adaptations des récits d’Edgar Rice Burroughs (Le Sixième continent, Centre Terre : Septième continent, Le Continent oublié), à ses épopées exotiques (Les Sept cités d’Atlantis, Le Trésor de la montagne sacrée) et ses films d’horreur excessifs (Frissons d’outre-tombe, Nuits de cauchemar), Kevin Connor s’est spécialisé à partir du début des années 2000 dans les téléfilms et mini-séries de luxe produits par Hallmark Entertainment. Ainsi, après le biblique Au commencement, le mignon S.O.S. Père Noël ou le thriller Innocence suspecte, le voilà qui s’attaque à Mary Shelley. Il n’était pas évident de renouveler Frankenstein, d’autant qu’une autre adaptation sortait la même année sous la direction de Marcus Nispel (le remake de Massacre à la tronçonneuse). Connor, Hallmark et le scénariste Mark Kruger se distinguent en prenant l’option d’une fidélité maximale au texte original. Le Frankenstein de Kenneth Branagh prônait déjà un retour complet aux sources, mais force est de constater que cette version télévisée (diffusée sous forme d’une mini-série de 200 minutes en deux épisodes les 5 et 6 octobre 2004 puis ramenée au format d’un téléfilm unitaire de trois heures) pousse encore plus loin le respect de la prose de Mary Shelley.

Le capitaine Robert Walton (Donald Sutherland) part explorer le pôle Nord et approfondir ses connaissances scientifiques dans l’espoir de devenir célèbre. Alors qu’il est pris dans les glaces, son équipage aperçoit deux traîneaux à chiens, l’un poursuivant l’autre. Quelques heures plus tard, les hommes de Walton sauvent l’un des conducteurs de traîneau, Victor Frankenstein (Alec Newman, le Paul Atreides des mini-séries Dune et Les Enfants de Dune), qui s’avère gravement malade. Alors qu’il se rétablit, Victor raconte à Walton l’histoire de sa vie. Né à Genève en 1793 dans une famille aisée, Victor décide très tôt de devenir médecin. Quelques semaines avant son départ pour l’université en Allemagne, sa mère (Julie Delpy) meurt de la scarlatine. À l’université, il met au point une technique secrète pour donner vie à des corps inanimés, avec les encouragements de son mentor, le professeur Waldman (William Hurt, affublé d’un accent européen indéfinissable). Après avoir temporairement ressuscité un chien, Victor passe à l’étape suivante, crée un être humain à partir de morceaux de cadavres et le ramène à la vie.

Haute-fidélité

Indubitablement, ce Frankenstein atteint au moins l’un de ses objectifs : se positionner comme l’une des versions filmées les plus proches du roman de Mary Shelley, toutes époques confondues. Mais ce parti pris n’est pas sans inconvénient. Car la quête de fidélité génère finalement un film très classique, dénué de surprises et de prises de risque narratives. James Whale nous avait prouvé en son temps les merveilleuses vertus d’une trahison flamboyante du matériau littéraire original. D’ailleurs, lors des rares moments où il s’éloigne un peu du texte de Mary Shelley, le Frankenstein de Kevin Connor se réfère aux classiques d’Universal, reproduisant – avec une issue moins dramatique – la séquence de la petite fille au bord du lac, mais aussi le soulèvement colérique des villageois ou encore la rencontre avec le vieux violoniste aveugle (ici campé par ce bon vieux Jean Rochefort). Formellement, ce téléfilm se distingue par la beauté de sa photographie et le lyrisme de sa bande originale (signé Roger Bellon, compositeur de la série Highlander). En revanche, on émettra plus de réserves sur la créature elle-même, interprétée sans beaucoup d’intensité par Luke Gross (le prince Nuada de Hellboy 2) et affublée d’un maquillage au design très discutable.

 

© Gilles Penso

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STITCHES (2001)

Un démon déguisé en vieille dame s’installe dans une pension de famille des années 20 pour capturer l’âme de ses occupants…

STITCHES

 

2001 – USA

 

Réalisé par Neal Marshall Stevens

 

Avec Elizabeth Ince, Robert Donavan, Kaycee Shank, Lindy Bryant, Marc Newburger, Alex Peabody, Debra Mayer, Maggie Rose Fleck, Marsy Blasgen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

Stitches est le premier long-métrage réalisé par Neal Marshall Stevens, un scénariste stakhanoviste ayant signé des tonnes de scripts pour les productions Charles Band, généralement sous le pseudonyme de Benjamin Carr (Zarkorr ! The Invader, Le Cerveau de la famille, Hideous, The Creeps, Shriek, Le Retour des Puppet Master, Talisman, Frankenstein Reborn, The Killer Eye…). Le scénario qu’il écrit pour Stitches est au départ destiné au film Witchouse, mais son metteur en scène, David DeCoteau, préfère changer de cap et adopter un autre récit, plus conforme à ce qu’il a en tête (en gros une imitation de Night of the Demons). Charles Band n’étant pas du genre à jeter ce qui pourrait toujours servir, il propose donc à Stevens de récupérer le script non utilisé pour son premier film en tant que réalisateur. Ainsi naît Stitches, dont le titre pourrait être traduit par « Points de suture ». D’où une phrase d’accroche sur-mesure sur la jaquette du film lors de sa distribution en France : « L’horreur cousue main ». La séquence d’introduction se situe dans un décor infernal enfumé où pendouillent des bouts de cadavres ensanglantés et où un démon brièvement aperçu s’adonne à des travaux de couture avec de la chair humaine pour pouvoir adopter un déguisement qui lui permettra de passer inaperçu : une vieille dame bien sous tous rapports répondant au nom de Madame Albright (Elizabeth Ince).

Cette dame, à qui on donnerait le bon dieu sans confession, s’installe dans une pension de famille des années 20 tenue par Madame Grove (Lindy Bryant). Elle y découvre les autres occupants des lieux : l’agent d’assurances Robert Delaney et son épouse Ellen (Alex Peabody et Debra Mayer), la très timide Miss Lester (Kaycee Shank), l’étudiant Will Reynolds (Marc Newburger), le retraité Sam Gray (Robert Donavan) et l’employée maladroite Kathryn (Maggie Rose Fleck). Lorsqu’elle arrive, la discussion dans le petit salon tourne autour de l’existence présumée du diable. Ça ne peut pas mieux tomber. En effet, Madame Albright a pour mission d’utiliser tous les maléfices à sa disposition pour capturer l’âme des occupants et les emprisonner dans son « livre de souvenirs »…

Hot couture

Pour mener à bien ses sinistres besognes, notre démone est capable de changer d’apparence à loisir, peut déplacer les objets à distance et utilise une boulette de papier-espion qui arbore un visage grimaçant. Son mode opératoire est toujours le même : elle promet aux pensionnaires de les aider à exaucer leurs vœux les plus intimes (répondre à des questions métaphysiques, apprendre à lire, guérir d’une blessure mortelle, échapper à la police). En échange, elle récupère la peau de ses victimes qu’elle étire pour en faire du fil qu’elle enroule dans les bobines de sa machine à coudre. Des effets numériques passables visualisent cet étrange phénomène qui tombe un peu comme un cheveu dans la soupe au beau milieu de ce huis-clos par ailleurs économe en effets spectaculaires. Chaque âme capturée habite ensuite une poupée en papier qui vient orner sa collection diabolique. Une première version du scénario envisageait plutôt des poupées en chiffon, mais il était préférable d’éviter une redite après Ragdoll. Construit sur un rythme lent, ce petit film élégant à défaut d’être particulièrement passionnant s’appuie beaucoup sur la prestation d’Elizabeth Ince, parfaite dans le registre de la duplicité et de la fausse affabilité. Sous ses allures de Cluedo mâtiné d’un soupçon d’Agatha Christie, Stitches se révèle finalement bien plus réussi que le balourd Witchouse.

 

© Gilles Penso

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I SPIT ON YOUR GRAVE 2 (2013)

Dans cette fausse suite, une jeune apprentie-mannequin qui cherche à faire carrière à New York tombe dans un piège redoutable…

I SPIT ON YOUR GRAVE 2

 

2013 – USA

 

Réalisé par Steven R. Monroe

 

Avec Jemma Dallender, Joe Absolom, Yavor Baharov, George Zlatarev, Mary Stockley, Valentine Pelka, Aleksandar Aeksiev, Peter Silverleaf, Michael Dixon

 

THEMA TUEURS I SAGA I SPIT ON YOUR GRAVE

Particulièrement apprécié malgré – ou à cause de – son caractère sulfureux et profondément dérangeant, I Spit on your Grave de Steven R. Monroe, remake d’un classique du cinéma d’exploitation des années 70, poussa logiquement les producteurs de Cinetel Films et les distributeurs d’Anchor Bay à plancher sur une suite. Mais il aura fallu près d’un an pour aboutir à un scénario qui tienne la route. « L’histoire a été très difficile à trouver », raconte Monroe. « Les producteurs avaient une idée de ce qu’ils voulaient faire lorsque je suis arrivé, mais il restait encore beaucoup de chemin à parcourir. Il y a eu de nombreuses et très longues tables rondes créatives avant que nous ayons une ébauche acceptable. Il y avait eu un autre concept que nous avons fini par mettre au rebut, parce qu’il n’allait nulle part et me paraissait totalement irréaliste. » (1) Pour que la franchise possède une certaine cohérence, Monroe tient à conserver la même approche esthétique et à s’appuyer toujours sur la même mécanique scénaristique du « rape and revenge », tout en poussant un cran plus loin la violence et la brutalité. Pour autant, I Spit on your Grave 2 n’est pas à proprement parler une suite mais plutôt une variante sur le même thème, dans la mesure où aucun personnage ne relie les deux films.

Ce second opus se distingue déjà par un changement radical de décor. La campagne de l’Amérique profonde cède le pas à un cadre urbain et la dynamique s’en trouve inversée. Au lieu d’une citadine s’échappant dans la nature (comme dans I Spit on your Grave premier du nom et son remake), nous découvrons ici une provinciale qui cherche à se faire une place dans la cité. La jeune Katie Carter a en effet quitté les fermes du Missouri pour tenter sa chance dans le mannequinat à New York. Elle vit dans un petit appartement mal insonorisé et gagne sa vie comme serveuse en attendant son heure de gloire. Le book qu’elle a constitué est jugé comme un peu trop « amateur » par ceux à qui elle le présente, mais faire appel à un photographe professionnel n’est financièrement pas à sa portée. Aussi, lorsqu’elle tombe sur une petite annonce proposant des séances photo gratuites, Katie y voit naïvement une aubaine. Le studio photo dans lequel elle se rend, installé dans le sous-sol d’un petit immeuble newyorkais, n’est guère engageant. Connaissant le principe narratif des deux films précédents, le spectateur imagine aisément la tournure dramatique que vont prendre les choses. Le scénario réserve tout de même un certain nombre de rebondissements inattendus. D’autant qu’ici, le sujet de la traite des blanches, du trafic humain et de l’esclavage sexuel organisé vient se greffer à l’intrigue. 

D’entre les morts

Conformément aux codes déjà établis par Meir Zarchi puis Steven R. Monroe, la descente aux enfers que vit la protagoniste est lente, pénible et éprouvante. Difficile pour autant de dire si elle sert un quelconque propos féministe, social ou politique, ou si elle se contente de donner au public avide de sensations fortes ce qu’il attend, en s’aventurant parfois sur le même terrain qu’Hostel d’Eli Roth. On note qu’ici, la toxicité n’est pas l’unique apanage des hommes, même si elle reste majoritairement masculine. Contrairement au film précédent, qui s’éloignait provisoirement du destin de la protagoniste pour la faire ensuite ressurgir d’entre les morts, ce second opus ne lâche pas d’une semelle son infortunée héroïne, donnant à sa résurrection une tournure quasiment christique. D’où le détournement d’un certain nombre de symboles religieux, de l’église orthodoxe au petit crucifix en passant par la mise en exergue de la phrase « À moi la vengeance » issue de l’Ancien Testament. Une fois ressurgie des sous-sols crasseux où elle croupissait – métaphore à peine voilée de l’Enfer -, Katie entame la vengeance tant attendue, retournant contre chacune de ses victimes les arguments qu’elles s’amusaient à débiter lorsqu’elle subissait les pires sévices. Comme toujours, l’implication physique et émotionnelle de l’actrice principale – ici la remarquable Jemma Dallender – reste très impressionnante et laisse imaginer des conditions de tournage pas toujours simples. Fort du succès de cette variante, I Spit on your Grave 3 sera produit deux ans plus tard.

 

(1) Extrait d’une interview parue dans The Movie Sleuth en septembre 2013

 

© Gilles Penso

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