MÉMOIRE EFFACÉE (2004)

Julianne Moore incarne une mère bouleversée par la disparition de son fils… dont elle semble être la seule à se souvenir !

THE FORGOTTEN

 

2004 – USA

 

Réalisé par Joseph Ruben

 

Avec Julianne Moore, Dominic West, Gary Sinise, Anthony Edwards, Alfre Woodard, Christopher Kovaleski, Jessica Hecht

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Mémoire effacée est un scénario signé Gerald Di Pego, auteur de deux téléfilms consacrés au géant vert de chez Marvel (Le Procès de l’incroyable Hulk, La Mort de l’incroyable Hulk) ainsi que d’une poignée de longs-métrages aux concepts originaux portés par des superstars, comme Phénomène avec John Travolta ou Instinct avec Anthony Hopkins. Ce script est acheté par Revolution Studios en 2001 avec la ferme volonté d’en donner le premier rôle à Nicole Kidman. Mais l’actrice de Eyes Wide Shut et Les Autres décline la proposition. Le projet traîne donc jusqu’à ce que Julianne Moore ne soit annoncée comme la tête d’affiche officielle du film. Moins prestigieuse que Kidman, Moore est cependant un excellent « plan B » et permet à Mémoire effacée de redémarrer. Alors que le scénario est officieusement révisé par Zak Penn (Last Action Hero, X-Men 2), la réalisation en est confiée à Joseph Ruben. Signataire de films aussi variés que Dreamscape, Le Beau-père, Les Nuits avec mon ennemi, Le Bon fils ou Money Train, Ruben est un metteur en scène solide mais sans univers particulier, sans style marqué, sans « vision » à proprement parler. Il n’était donc pas simple d’anticiper sur ce que donnerait le résultat final.

Julianne Moore incarne Telly Paretta, éditrice de livres à New York, hantée par la mort de son fils de huit ans, Sam, tué dans un accident d’avion quatorze mois plus tôt. Mais soudain, elle découvre que Sam a disparu de toutes les photos qu’elle a de lui et que les cassettes vidéo et les albums de photos de sa famille sont désormais vierges de sa présence. Bouleversée, elle accuse son mari Jim (Anthony Edwards), mais celui-ci insiste sur le fait qu’ils n’ont jamais eu de fils. Son psychiatre le docteur Munce (Gary Sinise) lui apprend à son tour que son fils n’a jamais existé et qu’elle est probablement sujette à des hallucinations. Elle s’est, selon lui, forgé des souvenirs de toutes pièces suite au traumatisme d’une fausse couche. Telly commence sérieusement à douter de sa santé mentale jusqu’à ce qu’elle rencontre Ash Correll (Dominic West), le père d’une autre victime du crash. Ensemble, ils vont essayer de prouver que leurs enfants ont bien existé pour mettre fin au cauchemar…

Folie ou amnésie ?

Mémoire effacée commence comme un thriller psychologique dont le postulat évoque irrésistiblement Bunny Lake a disparu. Mais le film change ensuite plusieurs fois de cap, s’orientant vers une histoire d’amnésie post-Memento avant de se muer en récit de complot gouvernemental façon Ennemi d’Etat puis de basculer gentiment vers la science-fiction paranoïaque héritée de X-Files. Le mélange des genres était une bonne idée en soi, relançant l’intrigue là où on ne l’attendait pas et ménageant de nombreuses surprises aux spectateurs. Mais la mayonnaise ne prend pas, à cause d’un scénario qui perd peu à peu toute crédibilité en accumulant les invraisemblances, et ce malgré un casting impeccable dominé par le jeu toujours très convaincant de Julianne Moore. Le caractère purement fantastique du film ne semble pas totalement assumé, comme s’il était presque « honteux ». On évoque donc l’origine des phénomènes inexpliqués du bout des lèvres, jusqu’à ce que des effets spéciaux au contraire très démonstratifs n’entrent en jeu pour annihiler les dernières brides de crédibilité du récit et le faire définitivement basculer dans le grotesque. Le compositeur James Horner lui-même, d’habitude très inspiré, se contente ici d’une bande originale discrète et presque transparente, se hasardant par moment dans des envolées synthétiques du plus mauvais effet. Finalement, le titre du film était prophétique, puisqu’il semble aujourd’hui avoir complètement été effacé des mémoires.

 

© Gilles Penso


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VOLCANO (1997)

Tommy Lee Jones et Anne Heche affrontent un gigantesque volcan qui vient d’entrer en éruption au milieu de Los Angeles !

VOLCANO

 

1997 – USA

 

Réalisé par Mick Jackson

 

Avec Tommy Lee Jones, Anne Heche, Gaby Hoffmann, Don Cheadle, Keith David, Jacqueline Kim, John Corbett, Michael Rispoli, John Carroll Lynch, Laurie Lathem

 

THEMA CATASTROPHES

Dans la course aux films de volcans, Volcano est arrivé juste après Le Pic de Dante, les sorties de ces deux longs-métrages concurrents ayant été séparées d’à peine deux mois. L’idée de celui-ci s’inspire d’une monstrueuse éruption volcanique survenue au Mexique en 1943. Mais ce fait réel n’est qu’un prétexte pour que les scénaristes Jerome Armstrong et Billy Ray se laissent aller à tous les excès dans l’espoir que les spectateurs puissent en prendre plein la vue. Tout commence par un tremblement de terre qui frappe le centre de Los Angeles. Aussitôt, Mike Roark (Tommy Lee Jones), le directeur du bureau de gestion des urgences de la ville, insiste pour venir aider à résoudre la crise, bien qu’il soit en vacances avec sa fille Kelly (Gaby Hoffmann). Le séisme semble ne pas avoir causé de dégâts majeurs, mais sept travailleurs des services publics sont retrouvés brûlés à mort dans un collecteur d’eaux pluviales au parc MacArthur. Dépêchée sur place, la sismologue Amy Barnes (Anne Heche) pense qu’un volcan est en train de se former sous la ville, à cause d’une fissure provoquée par le tremblement de terre. Bien sûr, la suite des événements va lui donner raison. Et c’est parti pour 100 minutes de destructions en cascade orchestrées par Mick Jackson, surtout connu pour avoir été le réalisateur du thriller pour midinettes Bodyguard avec Whitney Houston et Kevin Costner.

La musique d’Alan Silvestri, presque guillerette en début de métrage, devient pesante et hurlante lorsque la lave surgit du sol, comme pour traduire la monstruosité du phénomène et lui donner les allures d’un titan destructeur animé d’une vie propre. Cette symphonie soudain fantastique pourrait tout aussi bien accompagner les pas de King Kong ou de Godzilla. La bande son ne rechigne d’ailleurs pas à solliciter des rugissements de fauves pour accompagner la progression du feu. La séquence dantesque au cours de laquelle la lave se déploie inexorablement sur le bitume, engloutissant les voitures qui se trouvent sur son passage, tandis que les flammes montent vers les cieux et que des météores incandescents surgissent du sol pour frapper les bâtiments, est assurément l’un des moments forts du film. Pour que le spectacle soit total, tous les moyens sont bons : des maquettes miniatures, des coulées de lave en méthylcellulose, des pluies de cendres en papier journal, un recours massif aux effets spéciaux pyrotechniques, l’édification de nombreux décors grandeur nature en studio et le déploiement généreux d’effets numériques et d’images de synthèse.

Feu à volonté !

Tommy Lee Jones excelle dans le rôle de l’homme opiniâtre qui ne se démonte jamais et s’adapte à toutes les situations, une caractérisation qui lui colle à la peau depuis Le Fugitif. Il prend donc les choses en main, donne les ordres, mène les hommes d’une poigne de fer en aboyant des instructions que personne n’oserait contester. En filigrane, le film tente d’aborder les dilemmes d’un homme partagé entre sa responsabilité de père et la sécurisation d’une ville entière. Il est aussi question d’un passage forcé à l’âge adulte, la fille de notre héros étant contrainte de sortir plus tôt que prévu de son enfance pour s’occuper de plus petits et de plus faibles qu’elle. Mais les choses restent superficielles, parce que seul le spectacle prime dans un film comme Volcano, ce que Mick Garris et ses scénaristes assument pleinement. D’où quelques séquences de suspense inventives à défaut d’être crédibles comme celle des héros suspendus à l’échelle de pompier au-desus d’une mare de magma incandescent qui ne demande qu’à les engloutir, ou encore la course désespérée pour ne pas se faire écrabouiller par un gratte-ciel de vingt étages qui s’effondre. Nous aurions presque tendance à préférer ce rollercoaster faisant fi de toute logique à l’approche pseudo-naturaliste du Pic de Dante, même si ses péripéties insensées et son final aberrant nous laissent perplexes et parfaitement incrédules.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

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L’AMOUR EN L’AN 2000 (1930)

Cette comédie musicale bourrée d’effets spéciaux spectaculaires tente de nous donner un aperçu de ce que sera notre monde dans le futur…

JUST IMAGINE

 

1930 – USA

 

Réalisé par David Butler

 

Avec John Garrick, Maureen O’Sullivan, El Brendel, Marjorie White, Frank Albertson, Hobart Bosworth, Kenneth Thomson, Mischa Auer, Ivan Linow, Joyzelle Joyner

 

THEMA FUTUR

L’Amour en l’an 2000 est une épopée de science-fiction extrêmement ambitieuse doublée d’un mélodrame, d’une romance, d’un vaudeville et d’une comédie musicale. Autant dire que le long-métrage de David Butler (un cinéaste à l’œuvre depuis la fin des années 20) n’entre pas facilement dans les cases et fait figure d’exception tant il s’amuse à mélanger les genres. Tout commence par des images du New York de 1880. Les chevaux battent le pavé en trainant leurs carioles, les passants déambulent paisiblement, les vélos glissent sur la chaussée… Puis nous faisons un bond en avant de cinq décennies. En 1930, le même quartier a bien changé. Un trafic ininterrompu de voitures et d’autobus sature les rues, les klaxons retentissent, les passants slaloment dangereusement entre les véhicules lancés à vive allure… Sur sa lancée, le film propose de faire un nouveau bond dans le temps de cinquante ans. Nous voilà donc dans le lointain futur… de l’année 1980. Les gens n’ont plus de noms mais des numéros, le gouvernement décide qui doit épouser qui, des pilules ont remplacé les aliments et les bébés s’achètent dans des distributeurs. Désormais, on ne se déplace plus en voiture mais en aéroplane. D’où de très impressionnants panoramas où des avions traversent les cieux par centaines au milieu de buildings gigantesques tandis que les métros se faufilent comme des serpents géants sur des ponts aériens.

Ces visions fantastiques, qui évoquent beaucoup Metropolis et dont la direction artistique est assurée par Stephen Goosson (Horizons perdus), sont obtenues à l’aide de maquettes et de peintures sur verre conçues par une poignée de génies d’effets spéciaux comme Ralph Hammeras (20 000 lieues sous les mers), Willis O’Brien et Marcel Delgado (King Kong). Plusieurs technologies futuristes exhibées dans le film s’avèrent étonnamment prophétiques, du sèche-mains électrique au visiophone en passant par les vidéo-conférences. D’autres sont parfaitement fantaisistes, comme la machinerie utilisée par un médecin pour ramener à la vie un homme mort en 1930 grâce à des rayons de son invention. On note que l’équipement électrique mis en scène dans cette séquence est l’œuvre de Kenneth Strickfaden, qui le réutilisera un an plus tard dans le Frankenstein de James Whale. L’Amour en l’an 2000 (un titre français un peu à côté de la plaque) nous subjugue donc régulièrement par ses trucages étonnants, ses mille trouvailles visuelles et ses superbes designs art-déco réinventant sous un jour futuriste les tendances esthétiques des années 30.

Détour vers le futur

Tout cet arsenal ne parvient pas totalement à masquer le simplisme du scénario, qui s’attache principalement aux amours contrariés de J-21 (John Garrick) et LN-18 (Maureen O’Sullivan, la future Jane de Tarzan). Les passages du film qui ont le plus mal vieilli sont certainement les séquences humoristiques assurées par El Brendel, rapidement pénible dans son long sketch de faire-valoir idiot au fort accent suédois (qui exprime sa nostalgie des années 30 à travers la réplique récurrente « redonnez-moi le bon vieux temps ! »). Œuvre composite, le long-métrage de David Butler est aussi une comédie musicale, interrompant donc régulièrement le fil de sa narration pour intercaler des chansons d’opérette susurrées par les protagonistes. Le film vire même au space opera au moment où nos héros s’envolent vers la planète Mars pour y découvrir de belles indigènes en tenues exotiques et une tribu primitive agressive, avec en prime un spectaculaire numéro musical tribal se déployant au pied d’une gigantesque statue au regard menaçant. Nous voilà soudain à mi-chemin entre Georges Méliès et Buck Rogers. Le vaisseau spatial créé pour le film (en version miniature et grandeur nature) sera d’ailleurs réutilisé dans le sérial Flash Gordon de 1936. Alors certes, L’amour en l’an 2000 est un film imparfait et souvent dénué de finesse. Mais quel spectacle ! Quelle démesure ! Quelle générosité ! Redécouvrir cette œuvre bien des années plus tard permet de mesurer la folle audace de cette superproduction délirante dont on ne connaît pas d’équivalent.

 

© Gilles Penso


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SCARY MOVIE 3 (2003)

David Zucker reprend en main la saga pour un troisième épisode mixant maladroitement des parodies de The Ring, Signes, 8 Miles et Matrix

SCARY MOVIE

 

2003 – USA

 

Réalisé par David Zucker

 

Avec Anna Faris, Anthony Anderson, Leslie Nielsen, Camryn Manheim, Simon Rex, Regina Hall, Charlie Sheen, Queen Latifah

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FANTÔMES I SAGA SCARY MOVIE

Les deux premiers Scary Movie ayant remporté un franc succès, il fallait battre le fer tant qu’il était chaud. Dimension Films annonce donc rapidement la mise en route d’un troisième épisode, mais sans les frères Wayans cette fois-ci. Les scénaristes Jason Friedberg et Aaron Seltzer voient là l’opportunité de reprendre la franchise en main, non seulement en tant qu’auteurs mais aussi que réalisateurs. Ce nouvel épisode devrait ainsi marquer leurs premiers pas dans la mise en scène. Leur script s’appelle Scary Movie 3 : Episode 1 – Lord of the Brooms (« Le Seigneur des balais ») et, comme son titre l’indique assez explicitement, s’attache à parodier les sagas Star Wars, Le Seigneur des anneaux et Harry Potter. Mais le producteur Harvey Weinstein n’est pas très amateur de cette idée, préférant continuer à pasticher les films d’horreur en conservant une formule qui a fait ses preuves. Exit donc Friedberg et Seltzer, place au réalisateur David Zucker. Non content d’avoir été l’un des membres du trio détonnant ZAZ (Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, Police Squad, Top Secret !), Zucker a réalisé en solo Y a-t-il un filc pour sauver la reine ? et Y a-t-il un flic pour sauver le président ? Parfaitement dans son élément, il embarque avec lui les scénaristes Pat Proft et Craig Mazin.

Le prologue de Scary Movie est une parodie directe de The Ring – Le Cercle, puisque la jeune journaliste Cindy (Anna Faris, toujours fidèle au poste), a visionné une cassette vidéo au pouvoir démoniaque. Si elle ne veut pas finir comme sa copine Brenda (Regina Hall), il lui faut absolument découvrir le secret de cette effroyable prophétie qui ne lui laisse que sept jours à vivre. Mais l’énigme est loin d’être simple et Cindy doit faire face à d’autres mystérieux phénomènes. Le film prend alors pour cible Signes, avec Charlie Sheen dans le rôle d’un émule de Mel Gibson dont le champ se retrouve couvert d’un message géant laissé par des extra-terrestres. La suite est une interminable et affligeante parodie de 8 Miles à travers un concours de rap qui vient s’intégrer n’importe comment dans l’intrigue. Nous aurons également droit à des allusions à Matrix Reloaded, via la visite de l’Oracle et la reprise de la séquence de l’architecte. Les clins d’œil aux succès cinématographiques du moment se juxtaposent donc les uns après les autres avec une maladresse qui finit par devenir très embarrassante.

Tout tombe à plat

Il y avait certes un vrai potentiel comique dans ce film, notamment avec le détournement des fameuses images de la cassette VHS, mais tout ou presque tombe à plat. Au lieu des sourires escomptés, le film n’arrache que des soupirs, et Scary Movie 3 se révèle plus mauvais encore que ses prédécesseurs. David Zucker avait pourtant sollicité deux visages connus : non seulement Charlie Sheen, transfuge de l’irrésistible diptyque Hot Shots, mais aussi Leslie Nielsen, parfait en président des États-Unis complètement dépassé par les événements. Ce dernier nous offre au passage une petite allusion à Y a-t-il un pilote dans l’avion ? le temps d’entrouvrir une porte pour dire aux héros : « encore bonne chance, nous sommes avec vous ». Il y a bien quelques gags qui surnagent dans le film (les portraits des anciens présidents sur les murs de la Maison Blanche dont celui d’Harrison Ford, la bataille du prompteur avec les présentateurs du journal télévisé, le petit garçon éjecté de la voiture), mais c’est très insuffisant pour satisfaire un public un minimum exigeant. Scary Movie 3 sera pourtant un succès, rapportant presque cinq fois son budget initial. Zucker signera donc pour réaliser un quatrième opus.

 

© Gilles Penso


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L’ÎLE MYSTÉRIEUSE (1929)

Une adaptation extrêmement libre du roman de Jules Verne, généreuse en scènes de batailles et en créatures sous-marines fantastiques…

THE MYSTERIOUS ISLAND

 

1929 – USA

 

Réalisé par Lucien Hubbard

 

Avec Lionel Barrymore, Jacqueline Gadsdon, Lloyd Hughes, Montagu Love, Harry Gribbon, Snitz Edwards, Gibson Gowland, Dolores Brinkman, Karl Dane

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I MONSTRES MARINS

Malgré son titre, cette Île mystérieuse n’a pas grand-chose à voir avec le roman de Jules Verne dont elle est censée s’inspirer, si ce n’est la présence du capitaine Nemo, ici rebaptisé Dakkar (le véritable nom du personnage, conformément à ce que nous apprenions de la plume même de Verne). Pour le reste, il s’agit d’une aventure exotico-fantastique délirante réalisée dans des conditions aussi épiques que le film lui-même. Budgété à 1 130 000 dollars, L’Île mystérieuse entre en production en 1926 et collectionne d’emblée les problèmes logistiques et techniques, au point que trois réalisateurs se succèdent à tour de rôle derrière la caméra : Maurice Tourneur (La Main du diable), Benjamin Christensen (La Sorcellerie à travers les âges) et le beaucoup moins connu Lucien Hubbard qui sera le seul crédité au générique. Le tournage s’étire tant qu’entre-temps le cinéma devient parlant. Embarrassée avec cette superproduction muette qui risque d’être soudain datée, la MGM fait donc ajouter des séquences parlantes, accentuant la singularité du film qui, majoritairement muet et ponctué d’intertitres, nous laisse parfois entendre le dialogue des personnages.

L’île mystérieuse du titre n’entretient donc aucun lien avec celle où s’échouent les Confédérés du roman de Verne. Il s’agit ici d’une terre volcanique entourée de flots sur laquelle s’est établi le comte Dakkar (Lionel Barrymore), un scientifique passionné par les fonds marins qui règne avec bienveillance sur tous les habitants de l’île œuvrant pour lui. Persuadé qu’une espèce voisine de la race humaine a évolué parallèlement à nous dans les océans, il a fait fabriquer deux sous-marins avant-gardistes avec l’aide de sa fille Sonia (Jacqueline Gadsdon) et de l’ingénieur en chef Nikolaï (Lloyd Hughes). Mais alors qu’ils s’apprêtent à explorer les fonds marins, le vil baron Falon (Montagu Love), ancien ami de Dakkar, débarque avec ses troupes et sème la terreur, bien décidé à s’emparer des inventions de Dakkar pour conquérir le monde. La bataille va se poursuivre plusieurs milliers de lieues sous les mers, là où vivent de bien étranges créatures…

Le peuple des abysses

Honnêtement, L’île mystérieuse aurait parfaitement pu se passer de ses scènes de dialogues, ajoutées artificiellement dans l’intrigue et accusant un certain statisme. D’autant que dans celles-ci, Lionel Barrymore se livre à une prestation très étrange. Bardé de tics nerveux, le cheveu en bataille, le regard vitreux et la veste trop grande, il ressemble plus à un ancêtre de l’inspecteur Columbo qu’à un éminent scientifique doublé d’un comte de haut rang. Si les grandes scènes de cavalcade et de combats se révèlent spectaculaire, la partie la plus divertissante du film se déroule sous l’eau. Là, les sous-marins sont de jolies maquettes évoluant dans des décors miniatures, les héros s’engoncent dans des scaphandres énormes annonçant le look de Robby le robot, le peuple des abysses qui les attaque a les allures d’hommes trapus de petite taille aux yeux brillants et aux pieds palmés, et quelques monstres démesurés se mêlent à cette joyeuse farandole : une pieuvre géante héritée de toute évidence de « 20 000 lieues sous les mers » et une sorte de dinosaure sous-marin. Il s’agit en réalité un petit crocodile affublé de prothèses qui hérissent son dos et son crâne de protubérances pseudo-préhistoriques. De la stop-motion façon Willis O’Brien aurait été bien plus efficace que ce saurien qui avance à pas de fourmi, mais sa présence reste visuellement frappante. Riche en effets visuels ambitieux, le dernier acte de L’Île mystérieuse est donc un spectacle étonnant qui paie son tribut aux tours de magie de Georges Méliès et mérite à lui seul le visionnage de ce film extravagant coincé entre deux époques.

 

© Gilles Penso


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PRIEST (2011)

Dans un futur dystopique, une guerre séculaire entre vampires et humains a poussé ces derniers à se réfugier dans des cités fortifiées…

PRIEST

 

2011 – USA

 

Réalisé par Scott Charles Stewart

 

Avec Paul Bettany, Karl Urban, Cam Gigandet, Maggie Q, Luly Collins, Brad DOurif, Stephen Moyer, Christopher Plummer, Alan Dale, Mädchen Amick, Jacob Hopkins

 

THEMA VAMPIRES I FUTUR

Adapté d’un manhwa (manga coréen), Priest est co-scénarisé par l’auteur lui-même, Min-Woo Hyung, ainsi que par Cory Goodman, lequel œuvrera plus tard sur la franchise vampirique bien connue Underworld, avec l’opus Blood Wars (2016). Côté réalisation, on trouve un ancien spécialiste des effets visuels (Mars Attacks, Superman Returns, Sin City…), Scott Charles Stewart, passé derrière la caméra avec Légion, l’armée des anges (2009), comptant déjà Paul Bettany au générique. Avec son univers aux airs de western post-apocalyptique mâtiné de fantastique et de réflexion sur la religion, Priest baigne dans une noirceur qui le rapproche de la saga emmenée par Kate Beckinsale, mais aussi du tout premier métrage de Scott Stewart dans sa thématique théologique. Priest se voulait être le premier d’une nouvelle franchise, mais son échec au box-office, avec soixante-cinq millions de dollars de recettes pour un budget quasi-équivalent, en décidera autrement. Le film nous plonge dans un futur quasi-orwellien, après un conflit dévastateur tant pour l’humanité que pour son environnement, cloisonnant les survivants dans des cités-forteresses dirigées par l’Église, entité religieuse tutélaire et autoritaire. Sans plus aucun but après avoir mené la guerre contre les vampires, les prêtres-guerriers dont l’ordre a été dissous peinent à trouver une place dans une société qui les rejette et les tient à l’écart. Mais une brutale attaque de vampires et l’enlèvement d’une jeune femme va pousser l’un d’entre eux à affronter ses supérieurs et partir à la recherche de la captive… 

Si l’esthétique est léchée, avec une photographie soignée, aux couleurs désaturées qui soulignent le désespoir de l’humanité poussée dans ses derniers retranchements, l’amateur de récit vampirique risque de rester quelque peu dubitatif face à cette nouvelle mouture du mythe des suceurs de sang. Car ici, exit la sensualité de la créature de Bram Stocker, telle qu’elle s’exprimait dans le Dracula de Coppola : les vampires sont des monstres informes qui évoluent en ruches, sous la coupe d’une reine que l’on apercevra au détour d’une scène mais dont on ne saura rien, puisque l’antagoniste véritable est un « hybride » humain-vampire. Le principal souci de cette adaptation est le manque de contextualisation, d’explication de l’univers présenté. On découvre, sans le moindre indice auparavant, les pouvoirs des prêtres qui défient les lois de la physique jusqu’à l’absurde. Il s’agit là de l’une des problématiques lorsqu’on adapte une œuvre qui compte une quinzaine de volumes et qui a le temps, elle, de déployer et détailler son univers. Priest ne dure que quatre-vingt-sept petites minutes et sacrifie donc beaucoup d’exposition pour se concentrer sur l’action, et reste par conséquent avant tout destiné aux fans du manhwa.

Pour les accrocs des crocs ?

Les effets visuels sont réussis, les scènes de combats également, même si elles souffrent d’inévitables comparaisons avec quelques prestigieux prédécesseurs tel que Blade. Le casting, Paul Bettany et Maggie Q en tête, tient l’ensemble, avec un Karl Urban peut-être un peu trop sous-exploité. Malgré tout, le film laisse le spectateur sur sa faim. Car après un excitant prologue sous forme de dessin animé, réalisé par Genndy Tartakovsky (Star Wars : Clone Wars, Primal : Tales of Savagery), la suite ne sera malheureusement jamais aussi sanglante, et la première apparition des vampires dans le film, conçue poue être une révélation, tombe à plat, par la faute même de ce prologue. Outre le manque d’exposition et de contexte pour les néophytes, l’histoire en elle-même, qui rappelle le principe du mythique western La prisonnière du désert (1956), est cousue de fil blanc et n’apporte aucune surprise. Priest reste donc un honnête film de vampires, stylisé et bien réalisé, mais qui s’adresse davantage aux fans de la bande dessinée dont il est issu qu’aux amateurs du genre.

 

© Christophe Descouzères 

 

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GUEULES NOIRES (2023)

Un groupe de mineurs s’enfonce au fin fond de galeries inexplorées et réveille une chose inquiétante en sommeil depuis très longtemps…

GUEULES NOIRES

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Mathieu Turi

 

Avec Samuel Le Bihan, Amir El Kacem, Thomas Solivérès, Jean-Hugues Anglade, Diego Martin, Marc Riso, Bruno Sanches, Philippe Torreton, Antoine Basler

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Après Hostile et Méandre, deux incursions très réussies dans le domaine de la science-fiction, Mathieu Turi continue de creuser bravement le sillon du genre fantastique en se focalisant cette fois-ci sur un petit groupe de protagonistes exclusivement masculins – marquant de fait une rupture avec les deux films précédents qui adoptaient chacun le point de vue d’un personnage féminin. À l’origine de Gueules noires, il y a l’envie de combiner les codes du cinéma d’horreur et ceux du film d’aventures à l’ancienne, avec à la clef la découverte sous terre d’artefacts anciens qui réveillent une malédiction vieille de plusieurs milliers d’années. Désireux d’inscrire son récit dans un contexte français, le réalisateur évacue donc les décors antiques situés dans des pays exotiques lointains. D’où l’idée de s’intéresser au monde des mineurs de charbon, à une époque où l’industrialisation commence progressivement à gagner du terrain. Mathieu Turi n’étant pas du genre à faire les choses à moitié, il tient à offrir aux spectateurs la vision la plus réaliste possible de ce milieu ouvrier des années 50, quitte à transporter son équipe sur des sites authentiques du nord de la France, à évacuer tout usage du fond vert et à ne pas recourir au tournage en studio. Si Gueules noires sent la poussière, le calcaire, la pierre, l’humidité et le charbon, c’est parce que les galeries dans lesquelles se promènent les caméras du film sont bien réelles.

Plusieurs séquences qui avancent progressivement dans le temps s’enchâssent les unes dans les autres avant que l’intrigue à proprement parler puisse commencer, histoire de planter le décor et de mettre en place une atmosphère très particulière, partagée entre l’ultra-réalisme et une certaine féerie. Le prologue situé en 1855 nous offre l’image d’Épinal de mineurs à l’ancienne qui détectent les éventuelles fuites de gaz à l’aide d’un pénitent aux allures de sorcier vaudou. Leur destin qu’on imagine funeste ne s’éclairera que bien plus tard. Le film nous transporte ensuite en 1956, d’abord au Maroc où sont recrutés sans ménagement de futurs mineurs destinés à creuser les galeries du Nord de la France, ensuite sur « l’île du diable », une zone de charbonnage extrêmement dangereuse menée avec fermeté par Fouassier (Philippe Torreton, dont le jeu rugueux et naturaliste ajoute une couche de crédibilité supplémentaire au film). Parmi les hommes qu’il coordonne, Roland (Samuel Le Bihan) est l’un des plus expérimentés. Vétéran de la guerre, il mène chaque jour avec poigne une équipe hétéroclite de mineurs qui ne contestent jamais son autorité. Cette routine quotidienne va s’enrayer suite à l’arrivée de deux nouveaux venus : Amir (Amir El Kacem), qui débarque tout juste du Maroc et ne connaît encore rien à la mine, et surtout le professeur Berthier (Jean-Hugues Anglade), qui se soulage de quelques pots de vin pour s’embarquer avec ce petit groupe mille mètres sous terre, à la recherche d’un trésor archéologique mystérieux…

Mauvaise mine

Il ne faut pas longtemps pour détecter les sources d’inspiration majeures de Mathieu Turi. Si ce groupe d’hommes isolés en proie à une créature inconnue nous évoque rapidement les héros de The Thing, la mécanique de sept personnages en huis-clos agressés l’un après l’autre par une entité cachée dans l’ombre nous ramène illico à Alien. Mais si le réalisateur connaît ses classiques (et les assume sans détour), Gueules noires ne joue jamais la carte de la référence, du clin d’œil ou du post-modernisme cinéphilique. Bien campé sur ses positions, le film embrasse son contexte minier réaliste et n’en démord pas. La mise en forme impeccable du film, la photographie soignée d’Alain Duplantier (qui compose habilement avec les lampes portées par les personnages) et les décors bien réels concourent à captiver très tôt les spectateurs et à les embarquer dans cette mission claustrophobique (avec le personnage d’Amir comme pôle d’identification idéal). Le basculement dans le surnaturel est frontal et brutal, porté par des effets spéciaux à l’ancienne qui possèdent la qualité tactile dont sont encore dépourvues certaines images de synthèse (et qui fleurent bon le latex et l’animatronique des années 80, bien sûr !). En ce sens, Mathieu Turi nous offre ce que nous espérions, avec une indiscutable générosité. On pourra regretter qu’à ce stade de la narration le scientifique campé par Jean-Hugues Anglade (une sorte de professeur Tournesol exalté à contre-courant total des autres protagonistes) se sente obligé de surexpliquer à grand renfort de commentaires et de citations la mythologie qui sous-tend l’intrigue. Lever autant le voile sur le mystère n’était peut-être pas nécessaire, et nous n’aurions pas été contre un peu plus d’incertitudes. Après tout, H.P. Lovecraft – auquel le film se réfère ouvertement – n’était-il pas le roi de l’indicible ? À cette réserve près, comment ne pas saluer l’audace sans cesse renouvelée d’un cinéaste qui ne cesse film après film de déclarer sa flamme au genre fantastique ?

 

© Gilles Penso


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LA LÉGENDE D’HERCULE (2014)

Le réalisateur de Cliffhanger réinvente l’histoire du célèbre demi-dieu en pillant allègrement 300 et Gladiator…

THE LEGEND OF HERCULES

 

2014 – USA

 

Réalisé par Renny Harlin

 

Avec Kellan Lutz, Gaia Weiss, Scott Adkins, Roxanne McKee, Liam Garrigan, Rade Serbedzija, Johnathon Schaech, Luke Newberry, Kenneth Cranham, Mariah Gale

 

THEMA MYTHOLOGIE

Voilà bien longtemps que Renny Harlin, passionné par la mythologie gréco-romaine, caressait l’idée de consacrer un long-métrage au demi-dieu Hercule. L’occasion se présente en 2014, mais force est de constater que le cinéaste de Prison, 58 minutes pour vivre et Cliffhanger n’est plus que l’ombre de lui-même, nous livrant là un nanar colossal qui serait presque hilarant au second degré si sa tonitruance n’annihilait pas tous nos sens. Dans le rôle principal, Harlin choisit Kellan Lutz, qui jouait Poséidon dans Les Immortels et Emmett Cullen dans la saga Twilight. Charge à lui de porter sur ses épaules ce film hélas sans queue ni tête. Le scénario, qui n’entretient qu’un très lointain rapport avec le mythe tel que nous le connaissons, se déroule dans la Grèce antique en 1200 avant JC. Assoiffé de pouvoir, le roi Amphitryon joue du glaive avec délectation, au grand dam de son épouse Alcmène qui se tourne vers la déesse Héra pour ramener un peu de paix dans le royaume. Celle-ci consent à ce que son époux, le puissant Zeus, féconde Alcmène afin de lui donner un fils qui sauvera le peuple. Son nom sera Hercule, même si Amphitryon, en voyant le nouveau-né, décide de le baptiser Alcide. On le voit, la mythologie est malmenée sans vergogne dans ce récit alambiqué.

Dès les premières minutes, la source d’inspiration principale de Renny Harlin saute aux yeux : 300 de Zack Snyder. Le traitement visuel, la photographie, les effets d’ultra-ralenti en cours d’action, la musique « carmina-buranesque », le look des combattants, tout dans le prologue de La Légende d’Hercule joue la carte du mimétisme. Scott Adkins, quant à lui, calque son timbre de voix sur celui de Gerard Butler, muant son Amphitryon en copie carbone de Leonidas. Rarement plagiat – ou parodie involontaire ? – n’est allé aussi loin. Lorsqu’Hercule grandit, tombe en disgrâce et finit dans les arènes siciliennes puis grecques, le film se mue en remake appauvri de Gladiator, que Renny Harlin pille également sans la moindre retenue. Kellan Lutz se prend alors pour Russel Crowe et se lance dans des combats brutaux auxquels la mise en scène maniérée (ralentis à outrance, sauts en apesanteur) ôte toute crédibilité. Rétif à la moindre demi-mesure, le film sature ses panoramas d’images de synthèse, se surcharge en gimmicks conçus pour projeter aux yeux des spectateurs des effets 3D et appuie son dynamisme sur une imagerie de jeux vidéo. La Légende d’Hercule sonne donc faux de sa première à sa dernière minute.

Kellan le barbant

Et que dire de la prestation de Kellan Lutz ? À la manière des culturistes qui imitaient Conan le barbare dans les films bis italiens des années 80, l’acteur promène gauchement sa silhouette massive, exhibant ses pectoraux gonflés comme des ballons de baudruche face à la frêle Gaia Weiss qui semble sur le point d’être engloutie par cet amas de muscles. La boutade de Groucho Marx à l’époque de Samson et Dalila nous revient alors à l’esprit : « il est difficile de s’intéresser à un film dans lequel le héros a une plus grosse poitrine que l’héroïne. » Cela dit, la chose la plus spectaculaire chez Kellan Lutz reste son abyssale inexpressivité. Nous qui voulions un demi-dieu fier et puissant, nous voilà en présence d’un émule du Miles O’Keeffe d’Ator, du Conrad Nichols de Thor le guerrier ou du Reb Brown de Yor le chasseur du futur ! Si au moins le film parvenait à nous distraire avec un bestiaire fantastique digne de ce nom. La véritable légende d’Héraclès n’en manque pas. Mais nous n’avons droit qu’à un lion de Némée en image de synthèse s’agitant dans une séquence bien peu palpitante. Bref, le ratage est complet. Le flop du film au box-office sera d’ailleurs cruel, le public préférant se tourner la même année vers le Hercule incarné par Dwayne Johnson.

 

© Gilles Penso

 

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J’AI ÉPOUSÉ UNE EXTRA-TERRESTRE (1988)

Dan Aykroyd et Kim Basinger incarnent un savant sympathique et une E.T. glamour qui tombent dans les bras l’un de l’autre…

MY STEPMOTHER IS AN ALIEN

 

1988 – USA

 

Réalisé par Richard Benjamin

 

Avec Dan Aykroyd, Kim Basinger, Jon Lovitz, Alyson Hannigan, Joseph Maher, Seth Green, Ann Prentiss, Wesley Mann, Tony Jay, Peter Bromilow, Nina Henderson

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Au départ, J’ai épousé une extra-terrestre aurait dû être un drame. C’est en tout cas la vision qu’avait le scénariste Jericho Stone en écrivant la première mouture de ce qui s’appelait alors They’re Coming (« Ils arrivent »). Pour lui, l’invasion extra-terrestre était un moyen habile d’aborder des sujets graves et bien réels, notamment la maltraitance des enfants. Paramount Pictures apprécie son script mais n’a pas du tout envie de se lancer dans un film anxiogène et dépressif. Pourquoi ne pas réadapter cette histoire sous forme de comédie ? Entamée en 1981, l’écriture du film ne sera définitive que sept ans plus tard. Entre-temps, le réalisateur Richard Benjamin (Les Moissons du printemps, Haut les flingues, Une baraque à tout casser) tombe sur le script et accepte de le réaliser. Après que plusieurs plumes se soient succédées, le scénariste Jonathan Reynolds y met la touche finale, Stone n’étant crédité que comme auteur de l’histoire originale (sous le simple nom de Jericho). Honnêtement, au vu du film, il semble difficile de croire qu’au moins quatre auteurs se soient associés pour écrire un scénario pareil…

Steven Mills (Dan Aykroyd) est un scientifique passionné qui travaille sur différents moyens d’envoyer des ondes radio dans l’espace. Or l’une d’entre elles vient accidentellement de heurter une planète lointaine, provoquant une sérieuse perturbation de sa gravité. Persuadés qu’il s’agit d’une attaque, les habitants décident d’envoyer sur Terre l’une des leurs, Celeste, afin d’y mener l’enquête. Elle aura l’apparence d’une femme humaine (Kim Basinger, donc pas n’importe quelle femme !) et sera aidée dans sa mission par un dispositif appelé Bag : un tentacule extraterrestre doté d’un œil unique et d’un esprit propre déguisé en sac à main (à qui Ann Prentiss prête sa voix). Bag a de nombreuses capacités, comme celle de créer instantanément toutes sortes d’objets. En débarquant sur notre planète, Celeste fait une entrée fracassante dans une soirée organisée par Ron (Jon Lovitz), le frère de Steven. Ce dernier tombe bien sûr sous le charme de la blonde pétillante. La fille de Steven elle-même, Jessie (Alyson Hannigan), est heureuse de voir son père veuf envisager de refaire sa vie. Mais le comportement de plus en plus étrange de Celeste commence à les intriguer sérieusement…

Ma femme est un alien !

Quelques gags absurdes parviennent à nous arracher des sourires et une poignée de dialogues font mouche, comme le fameux « tu peux parler d’être marié à son travail : j’ai passé toute ma carrière à essayer de prouver qu’il y a une vie sur d’autres planètes, et lorsque finalement je l’ai trouvée, je l’ai épousée ! » Mais est-suffisant pour que J’ai épousé une extra-terrestre soit un bon film, ou tout du moins un divertissement de qualité ? Pas vraiment, hélas. Ce script simpliste bourré de clichés et de stéréotypes, qui puise son inspiration au hasard des succès de la décennie (E.T., S.O.S. fantômes, Retour vers le futur), prend l’eau de tous les côtés et finit par venir à bout de la patience des spectateurs les moins regardants. On sauvera du film l’abattage de Kim Basinger (qui crève l’écran et change de tenue à chaque scène) et du beau-frère campé avec une certaine jubilation par Jon Lovitz, ainsi que les impeccables effets visuels de John Dykstra. De là à dire que J’ai épousé une extra-terrestre est mémorable, n’exagérons rien ! Et malgré toute la sympathie que nous éprouvons pour Dan Aykroyd, le rôle du fiancé romantique et fleur bleue ne lui sied guère. D’où ce final interminable qui hésite sans cesse entre loufoquerie et larmoiements sans parvenir à se décider. Comme on pouvait le prévoir, le film de Richard Benjamin ne déplacera pas les foules, ne parvenant pas même à rembourser son budget de 19 millions de dollars.

 

© Gilles Penso


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THE ALIEN FACTOR (1978)

Trois créatures extra-terrestres aux looks improbables débarquent sur Terre et sèment la panique dans une petite ville américaine…

THE ALIEN FACTOR

 

1978 – USA

 

Réalisé par Don Dohler

 

Avec Don Leiffert, Tom Griffin, George Stover, Richard Dyszel, Mary Mertens, Richard Geiwitz, Eleanor Herman, Anne Frith, Christopher Gummer

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Grand amateur de films d’horreur et de science-fiction, Don Dohler réalise une poignée de courts-métrages depuis la fin des années 60 mais se met à travailler comme comptable pour une chaîne de restaurant pour pouvoir gagner sa vie. Le jour où il est licencié, il décide de franchir le pas et de réaliser son premier long-métrage. Après avoir envisagé une comédie fantastique mettant en scène une quinzaine de monstres, il revoit ses ambitions à la baisse et conçoit un récit de science-fiction au premier degré avec au menu trois créatures extra-terrestres. Ce sera The Alien Factor, dont il signe non seulement l’écriture et la mise en scène mais aussi la production et le montage, comme à l’époque de ses films courts. Faute d’un budget digne de ce nom, le tournage est étalé sur plusieurs années, entre octobre 1976 et avril 1977, avec une équipe n’ayant encore jamais travaillé dans le milieu professionnel, principalement dans la ville de Baltimore et ses environs. Tout commence avec un jeune couple qui passe du bon temps dans une voiture près d’un lac. Soudain, une créature les attaque sauvagement et assassine le jeune homme. Alors que la jeune fille s’enfuit, en état de choc, d’autres agressions du même type se poursuivent dans les bois. Selon les témoignages, le coupable semble être un monstre bipède au corps cuirassé et au visage d’insecte.

Alors que l’on se perd en conjectures, un homme est retrouvé vidé de son énergie et prend bientôt les allures d’un cadavre en décomposition. La police est sur les dents mais le maire de la petite ville, qui a sans doute trop vu Les Dents de la mer, ne veut pas ébruiter l’affaire pour éviter de faire fuir les touristes, car un grand complexe de loisirs sera bientôt construit dans la région. Lorsque les coupables de ces exactions font enfin leur apparition, les spectateurs sont partagés entre la stupeur et le rire. Car si l’on ne peut reprocher à Don Dohler son audace et l’originalité de ses monstres, il faut bien avouer que leur look laisse rêveur. Le premier, le Leemoid, est un reptile invisible qui aspire la force vitale de ses victimes (et qui apparaît à la fin du film sous forme d’une sorte de lézard géant animé en stop-motion par Ernest Farino). Le second, l’Inferbyce, est une créature gluante et griffue aux allures d’insecte bipède (en réalité un costume créé et porté par Larry Schlechter). Le troisième est le Zagatile, un monstre au corps couvert de peluche qui mesure plus de deux mètres et qui semble monté sur des échasses (un costume conçu et porté par John Cosentino). Cette ménagerie improbable constitue l’attraction principale du film.

Le zoo de l’espace

Bientôt, le scénario nous explique la présence de ce trio infernal sur notre planète : un vaisseau spatial zoologique s’est crashé sur Terre, libérant trois spécimens venus de planètes différentes. Désormais, le héros du film (incarné par Don Leifert) va s’employer à essayer d’éradiquer la menace extra-terrestre. Tout dans The Alien Factor transpire l’amateurisme et le manque de moyens : des acteurs qui semblent avoir été choisis au hasard parmi les passants, des décors naturels dénués de la moindre photogénie, des éclairages et une prise de son déficients, des scènes parfaitement inutiles conçues de toute évidence pour rallonger un métrage jugé trop court (le mauvais groupe de rock chevelu qui joue un morceau dans son intégralité dans un bar)… Mais l’opiniâtreté de Don Dohler force l’admiration, tout comme l’’ingéniosité de l’équipe des effets spéciaux bricolant avec trois bouts de ficelle des bestioles originales à défaut d’être convaincantes. The Alien Factor sera finalement exploité commercialement en 1978 et poussera son réalisateur à initier d’autres séries B du même acabit, notamment Nightbeast, The Galaxy Invader ; Blood Massacre et même Alien Factor 2 : The Alien Rampage.

 

© Gilles Penso


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