MARS EXPRESS (2023)

Une détective privée et son partenaire robotique mènent l’enquête sur la disparition de deux étudiantes sur la planète Mars…

MARS EXPRESS

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Jérémie Perin

 

Avec les voix de Léa Drucker, Mathieu Amalric, Daniel Njo Lobé, Marie Bouvet, Sébastien Chassagne, Marthe Keller, Geneviève Doang, Thomas Roditi

 

THEMA ROBOTS I FUTUR

Suite au succès de la série d’animation Lastman, écrite par Laurent Sarfati et réalisée par Jérémie Périn d’après la bande dessinée de Balak, le producteur Didier Creste envisage d’en tirer un long-métrage et contacte logiquement les deux hommes pour plancher sur le projet. Mais Périn et Sarfati ont une autre idée en tête : un film d’animation futuriste s’appuyant sur un concept original. « La toute première idée était de faire de la science-fiction », explique le réalisateur. « Mais pas n’importe laquelle : de la hard SF. Le vertige que ce genre peut procurer nous manquait avec Laurent Sarfati. On visionnait toujours les mêmes films de SF qu’on adorait, et on en voulait d’autres » (1). La « hard science-fiction », autrement dit celle qui se met en quête d’un certain réalisme en s’appuyant sur des connaissances scientifiques tangibles, n’est pas la plus facile à traiter. Mais le défi n’effraie pas les duettistes, qui décident de spéculer sur les évolutions possibles de la robotique et de l’intelligence artificielle en insufflant à leur récit les codes hérités du film noir et du polar. Cette approche peut faire penser à Blade Runner, mais Mars Express parvient presque miraculeusement à échapper à l’influence du classique de Ridley Scott pour bâtir son propre univers.

Dans les années 2200 de Mars Express, l’humanité côtoie de près les « synthétiques », autrement dit des robots aux formes et aux fonctions multiples. La technologie a fait tellement de progrès que toutes les variantes sont possibles : des duplications de soi-même (pour abattre deux fois plus de travail grâce à un double cybernétique), des « augmentations » (qui permettent de muer les gens en cyborgs aux capacités physiques améliorées) ou des « sauvegardés » (des humains décédés répliqués sous forme d’androïdes au visage holographique). Or une nouveauté est en train de faire son apparition sur le marché : les « organiques », autrement dit des créations étranges qui n’utilisent aucune composante métallique et sembleraient presque issues d’un film de David Cronenberg. C’est dans ce contexte en pleine évolution qu’Aline Ruby, détective privé, et Carlos Rivera, version robotique de son partenaire mort depuis cinq ans, mènent l’enquête autour de la disparition de deux étudiantes sur la planète Mars. Leurs investigations mettent à jour des trafics et des secrets aux ramifications complexes…

Le parfait équilibre

Mars Express nous offre le plaisir rare de découvrir un film de science-fiction qui ne ressemble à rien de connu, qui ne cligne de l’œil vers aucun classique de la culture populaire ni ne s’inscrit dans aucune franchise de studio. Et même si Jérémie Périn assume et cite ses sources (Terminator 2, Ghost in the Shell, Métal Hurlant), elles ne viennent jamais contaminer sa propre esthétique, très personnelle, aux confluents des classiques de l’animation française et japonaise. « On n’échappe jamais aux influences extérieures quand on réalise un film, et c’est normal », confesse-t-il. « J’avais envie de trouver une esthétique qui donne une impression de réel au dessin » (2). La quête du réalisme (dans les mouvements, les expressions, les perspectives, les architectures) s’équilibre d’ailleurs parfaitement avec une certaine simplicité de traits qui, comme dans J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, s’approprie les techniques de l’animation 3D tout en retrouvant la saveur du dessin animé « à l’ancienne », dans les pas d’un René Laloux ou d’un Jean-François Laguionie. La mise en scène millimétrée de Périn (débordant d’idées visuelles et narratives) s’associe ici aux rebondissements d’un scénario qui ne cesse de surprendre en changeant plusieurs fois en cours de route de point de vue et donc de protagoniste principal, achevant de positionner Mars Express aux côtés des meilleurs longs-métrages animés de SF, toutes origines confondues.

 

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur CNC.fr en mai 2024

 

© Gilles Penso


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AVENTURES DE IMPY LE DINOSAURE (LES) (2006)

Un zoologue excentrique vit tranquillement avec ses animaux sur une île volcanique jusqu’au jour où un œuf préhistorique s’échoue sur la plage…

URMEL AUS DEM EIS

 

2006 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Reinhard Klooss & Holger Tappe

 

Avec les voix de P.J. Battisti, Madeleine Blaustein, Wigald Boning, Pete Bowlan, J. David Brimmer, James Carter Cathcart, Anke Engelke, Florian Halm

 

THEMA DINOSAURES

Les romans pour enfants de Max Kruse, publiés dans les années 70, sont de véritables institutions en Allemagne. Le plus fameux d’entre eux est « Urmel aus dem Eis », traduit en France sous le titre « Plodoc, diplodocus de choc », vendu à des millions d’exemplaires et suivi par pas moins de onze volumes. Très vite, le petit dinosaure germanique se décline en produits dérivés et en série télévisée, mais son arrivée sur le grand écran s’avère bien tardive. Il faut attendre le développement des images de synthèse outre-Rhin et l’impulsion du studio Bavaria pour que l’adaptation cinéma de « Plodoc » voit enfin le jour. Aux commandes des Aventures d’Impy le dinosaure, on trouve les réalisateurs Reinhard Klooss et Holger Tappe. Le premier est surtout connu pour ses activités de producteur (sur des œuvres aussi diverses que Prince Vaillant, Astérix et Cléopâtre contre César ou Mortel transfert), le second est un transfuge du film publicitaire et du jeu vidéo (qui co-réalisa Le Monde de Gaya avec Lenard F. Krawinkel) et le projet a tout d’une superproduction. Même le compositeur Hans Zimmer, superstar internationale du monde de la bande originale, est à pied d’œuvre pour superviser la musique du film, confiée au talentueux James Michael Dooley.

Face aux moyens considérables mis en chantier pour assurer un succès immédiat au dinosaure vert et à ses compagnons de tous poils, nous étions en droit d’attendre un fier rival des productions Pixar ou Dreamworks. La déception est donc de taille. Malgré trois années de développement intense et soixante infographistes recrutés à temps plein pour gérer l’animation 3D et les sessions de motion capture, la qualité graphique des Aventures de Impy le dinosaure surpasse à peine celle d’un Oui-Oui ou d’un Adibou, et souffre sérieusement de la comparaison avec Le Manège enchanté produit à l’époque en nos contrées par les studios Pathé. Le design des personnages laisse perplexe, les textures manquent singulièrement de finesse et l’animation est loin d’être en phase avec les progrès du début des années 2000. Si l’on jette un coup d’œil rétrospectif à Toy Story, premier long-métrage du genre – réalisé il quatorze ans plus tôt -, force est de constater qu’aucune séquence de Impy n’arrive à la cheville du chef d’œuvre de John Lasseter.

Dino Junior

Ces carences techniques trouvent leur écho dans les errances du scénario de Oliver Huzly, Reinhard Kloos et Sven Severin, qui s’encombre de personnages inutiles (Tim, le neveu du professeur, n’a clairement aucun rôle à jouer ici) et de changements de personnalités illogiques (le roi Pumponell, tour à tour cruel ou sympathique). Une grande part des faiblesses du film s’évapore pourtant aux yeux du public auquel il est destiné, autrement dit les cinéphiles en culotte courte âgés de trois à sept ans. Contrairement à certaines idées reçues, ces spectateurs-là sont aussi exigeants que leurs homologues adultes, mais ils ne placent évidemment pas leurs critères de goût au même niveau. L’exubérance des personnages, la vivacité multicolore de l’univers visuel et la variété infinie des péripéties sont propres à faire de Impy un spectacle très agréable pour la tranche d’âge qu’il cherche à séduire. A la différence d’un Shrek ou d’un Ratatouille, et malgré quelques clins d’œil destinés aux « grands » (le générique de fin au cours duquel tout le monde danse sur le tube « We are family »), Les Aventures de Impy le dinosaure ne trouvera donc faveur qu’auprès de ceux n’ayant pas encore atteint leurs dix printemps.

 

© Gilles Penso


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INDESTRUCTIBLES 2 (LES) (2018)

Quatorze ans après leur première aventure, les super-héros à l’uniforme rouge orné d’un « i » font leur grand retour…

INCREDIBLES 2

 

2018 – USA

 

Réalisé par Brad Bird

 

Avec les voix de Craig T. Nelson, Holly Hunter, Sarah Vowell, Huck Milner, Catherine Keener, Eli Fucile, Bob Odenkirk, Samuel L. Jackson, Michael Bird

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA PIXAR

Brad Bird est un artiste à part qui semble résolument refuser de vivre dans son temps, ou du moins d’inscrire son œuvre dans une époque contemporaine. En se penchant sur sa filmographie, on y découvre une propension quasi-systématique à plonger ses intrigues dans un cadre historique situé généralement au milieu du vingtième siècle, tout en y intégrant souvent des éléments futuristes. Déjà son court-métrage Family Dog, diffusé dans le cadre de la série Histoires fantastiques produite par Steven Spielberg, avait-il les allures d’un dessin animé échappé de l’époque Hanna Barbera. Avec Le Géant de fer, il nous immergeait dans les années 50 de la Guerre Froide pour y faire surgir un robot digne de Jules Verne ou H.G. Wells. Dans Les Indestructibles, il contait les exploits de super-héros déjà passés de mode dans des sixties alternatives inspirées de celles des premiers James Bond. A l’occasion de Ratatouille, il brossait le portrait d’un Paris atemporel empreint de nostalgie. A la poursuite de demain, quant à lui, se situait à cheval entre l’année 1964 et un monde futur parallèle, l’époque actuelle n’étant visiblement qu’un sas entre ces deux périodes. Même Mission Impossible : protocole fantôme n’est contemporain qu’en apparence, puisque le film s’inspire de la série TV créée par Bruce Geller dans les années 60 et l’agrémente d’une technologie en avance sur son temps. En toute logique, Les Indestructibles 2 creuse ce sillon en jouant même la carte de la mise en abyme. En effet, les événements du film se déroulent immédiatement après ceux de son prédécesseur alors que quatorze années séparent la réalisation des deux longs-métrages.

Comme Toy Story 3 en son temps, Les Indestructibles 2 parvient à respecter l’esprit et le style du premier film tout en intégrant les bonds technologiques survenus entre-temps dans le domaine des images de synthèse. Le scope est bien plus large, les décors plus vastes, les scènes d’action plus spectaculaires, mais le minimalisme des années 60 cher à Brad Bird est toujours au cœur de l’univers visuel du film. Ce parti pris radical est d’ailleurs annoncé dès le pré-générique, qui réinvente dans un style proche de celui de la série Mad Men les logos de production de Walt Disney et de Pixar. Le nœud dramatique de l’intrigue se dessine après un combat homérique qui laisse la cité en bien piteux état. Consternées par ces détériorations considérables, les autorités refusent que les super-héros continuent à pratiquer la justice et interdisent à nouveau leurs activités.  Helen va bientôt connaître un essor important dans ses activités de super-héroïne, poussant Bob à rester à la maison pour s’occuper des enfants. Cette réorganisation des tâches domestiques est de toute évidence la partie du récit qui intéresse le plus Brad Bird, les super-pouvoirs et les combats contre les vilains agissant du coup comme métaphores des responsabilités du couple au sein de la cellule familiale. Le thème principal du film reste celui de la difficulté de concilier vie personnelle et vie professionnelle, avec en filigrane les sacrifices que l’un des parents doit faire pour laisser la carrière de l’autre s’épanouir.

Family Business

Portées par une musique enthousiasmante de Michael Giacchino, les aventures des héros et des vilains du film s’agrémentent d’un discours passionnant sur le rôle qu’occupent les écrans dans nos sociétés. Jouant une fois de plus la carte du paradoxe temporel, Brad Bird mélange les préoccupations du milieu du vingtième siècle – l’arrivée en masse des téléviseurs dans les foyers du monde entier – avec celles du monde actuel – marqué par l’omniprésence des écrans – pour délivrer un message qu’il place ironiquement dans la bouche de son super-vilain. Car l’Hypnotiseur accuse ses contemporains de consommer par procuration la vie des autres, face à leurs téléviseurs, au lieu de sortir vivre eux-mêmes leurs propres aventures. Et pour appuyer son propos, le malfaiteur utilise les écrans pour annihiler la volonté de ses victimes. Malicieux, Brad Bird met même en scène une version rétrofuturiste des caméras go-pro et insère dans son film un extrait du générique de la série des années 60 Au-delà du réel dans lequel des entités extraterrestres prennent le contrôle des téléviseurs. Le passé, le présent et le futur s’entremêlent encore et toujours, marque de fabrique d’un cinéaste à l’univers décidément hors du commun… et du temps.

 

© Gilles Penso


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COCO (2017)

Un conte gorgé d’émotion qui s’appuie sur les traditions mexicaines pour nous emporter dans le monde des morts…

COCO

 

2017 – USA

 

Réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina

 

Avec les voix de Anthony Gonzalez, Gael Garcia Bernal, Benjamin Bratt, Alanna Ubach, Renee Victor, Jaime Camil, Alfonso Arau, Herbert Siguenza, Gabriel Iglesias

 

THEMA MORT I SAGA PIXAR

C’est Lee Unkrich, réalisateur de Toy Story 3, qui se voit confier la mise en scène de Coco, dont le développement aura été assez long. Son héros Miguel est un jeune Mexicain de douze ans qui n’a qu’un seul rêve dans la vie : devenir un musicien comme son idole Ernesto de la Cruz, mort sur scène et désormais adulé comme un demi-dieu. Le problème est que la famille de Miguel a banni la musique, à cause d’une vieille histoire remontant quelques générations en arrière. Mais le jeune mélomane refuse de tourner le dos à son destin. Le soir de la fête des morts, Miguel subtilise la guitare de Ernesto de la Cruz, en espérant qu’elle l’inspire et lui donne le même don. Mais les conséquences ne sont pas du tout celles qu’il attendait. Il disparaît du monde des vivants pour entrer dans celui des morts, un univers coloré et très animé qui n’est pas sans rappeler par son exubérance bigarrée l’au-delà décrit par Tim Burton dans Les Noces funèbres. Désormais, Miguel doit se faire passer pour un trépassé en espérant trouver le moyen de rentrer chez lui. Mais sa quête est semée d’embûches et de surprises, la moindre n’étant pas la rencontre avec le grand Ernesto.

Dans Coco, les squelettes qui hantent le monde des morts jouent un rôle prépondérant, s’agitant avec beaucoup plus d’élasticité et de souplesse que les guerriers d’outre-tombe conçus par Ray Harryhausen pour Le 7ème voyage de Sinbad et Jason et les Argonautes, même si ces derniers restent la référence absolue en matière de « sacs d’os » animés. Parmi les autres créatures qui hantent le monde des morts de Coco, les « Alebrijes » s’avèrent particulièrement étonnants. Ce sont des animaux aux couleurs très vives qui s’inspirent directement de la mythologie mexicaine. Non contents de doter le film d’une touche légendaire et colorée du plus bel effet, ces créatures volantes et hybrides jouent un rôle clé au moment de dénouer le drame qui se construit dans le monde de l’au-delà. La musique joue ici un rôle prépondérant, puisqu’il s’agit d’un des thèmes principaux du film. L’une des idées initiales est de confier l’intégralité de la bande originale à un compositeur mexicain. Mais après réflexion, on opte pour une solution mixte. Le très talentueux Michael Giacchino (Les Indestructibles, Ratatouille, Là-haut) supervise la musique et compose tous les morceaux originaux, tandis que de nombreuses chansons émaillent le film. Le co-réalisateur Adrian Molina s’associe à cet effet à la compositrice Germaine Franco pour écrire certaines les chansons du répertoire d’Ernesto de la Cruz. Pour l’anecdote, le chef d’orchestre du spectacle qu’Ernesto donne dans l’au-delà a été conçu comme une caricature de Michael Giacchino.

Le devoir de mémoire

Les films Pixar n’ont jamais été ouvertement politisés, mais cette déclaration d’amour pour la culture mexicaine est entrée en production pendant une période de tension forte entre le gouvernement de Donald Trump et celui de Peña Nieto, les deux pays étant sur le point d’être séparés par un mur de 1600 kilomètres de long. Or c’est un pont – donc le contraire d’un mur – qui sépare les deux mondes décrits dans Coco, celui des vivants (le présent) et celui des morts (le passé), tous deux se nourrissant sans cesse l’un de l’autre. Les vivants ont besoin du souvenir des morts pour connaître leurs racines, et les morts ont besoin d’exister dans la mémoire des vivants pour ne pas s’évaporer dans les limbes. D’où la nécessité de préserver cette tradition mexicaine selon laquelle les gens décédés doivent être honorés un jour par an en déposant des offrandes près de leur photographie. Coco parle donc de l’importance du devoir de mémoire, du poids de la famille, de la responsabilité, de la passion, de l’individualisme et du difficile équilibre qu’il faut savoir conserver entre le désir et le devoir. Si les anciens ont la responsabilité de transmettre leur histoire aux jeunes générations (un motif qu’on trouve déjà dans Cars 3), la jeunesse a la responsabilité de porter ce flambeau et de le transmettre à son tour. Il est difficile de ne pas se laisser toucher par le récit ni de verser une petite larme lors d’un final poignant. Immense succès à travers toute la planète, Coco remporte l’Oscar du meilleur long-métrage et de la meilleure chanson originale. Deux de plus dans la grande collection d’Academy Awards acquise au fil des ans par les artistes de Pixar.

 

© Gilles Penso


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CARS 3 (2017)

Depuis ses débuts dans Cars, Flash McQueen est devenu un vétéran de la route, mais saura-t-il rivaliser avec la jeune génération motorisée ?

CARS 3

 

2017 – USA

 

Réalisé par Brian Fee

 

Avec les voix de Owen Wilson, Cristela Alonzo, Chris Cooper, Nathan Fillion, Larry the Cable Guy, Armie Hammer, Ray Magliozzi, Tony Shalhoub, Bonnie Hunt

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA PIXAR

Après les écarts du second volet de la saga Cars, transformant les héros à quatre roues de la bourgade de Radiator Springs en émules de James Bond, cette troisième aventure revient aux sources du concept initial défini par John Lasseter, Joe Ranft et Jorgen Kluben. Flash McQueen revient donc sur le devant de la scène pour se lancer à vive allure sur les circuits et assumer son rôle de voiture de course vedette. Mais cette fois-ci, un jeune coureur arrogant, Jackson Storm, va lui faire de l’ombre jusqu’à susciter une totale remise en question. Car Flash n’est plus le jeune véhicule fringuant que nous avons découvert en 2006. Désormais c’est un vétéran de la piste. Saura-t-il se mesurer à la jeune génération, mieux équipée et plus agressive que lui ? Saura-t-il encore séduire son public ? N’est-il pas sur le point de sombrer progressivement dans l’oubli ? Ces thématiques ont déjà été abordées par le passé chez Pixar, et ce dès le premier Toy Story dans lequel l’arrivée d’un jouet flambant neuf dans une chambre d’enfant remettait en cause la popularité d’un jouet plus ancien. Quant à la problématique du souvenir et de la peur de sombrer dans l’oubli, elle irradie tout le scénario du Monde de Dory et sera le pivot dramatique central du film suivant du studio, Coco.

Pour revenir sur le devant de la scène et montrer qu’il a encore de la puissance sous son capot, McQueen accepte de se faire coacher par Cruz Ramirez, une voiture hispanique qui ne le ménage pas. Cette tentative de reconquête du public par un sportif vieillissant nous rappelle irrésistiblement plusieurs opus de la saga Rocky. Ce n’est pas un hasard. La séance d’entraînement sur la plage, dans laquelle Cruz et McQueen se défient l’un l’autre, est un hommage direct à une scène très similaire mettant en scène Sylvester Stallone et Carl Weathers dans Rocky III : l’œil du tigre. Comme toujours chez Pixar l’émotion est au rendez-vous, notamment au sein de la relation complexe qui se tisse entre McQueen et son coach sportif. Mais il faut avouer qu’il est toujours plus difficile de ressentir des sentiments forts pour des voitures déconnectées d’un univers humain plutôt que pour d’autres types de protagonistes anthropomorphes.

En bout de piste

D’autant qu’à force de vouloir trop prêter aux véhicules des comportements humains, certaines incohérences finissent par jalonner le récit. Cruz, par exemple, a renoncé à ses rêves de course parce qu’elle manquait d’audace et de confiance lorsqu’elle était petite. Mais comment des voitures ont-elles pu être « petites » ? Pendant son entrainement sur la plage avec McQueen, elle refuse de rouler sur le sable de peur d’écraser des crabes. Y’a-t-il donc des crustacés dans ce monde où toute vie organique semble pourtant avoir disparu ? A moins qu’il ne s’agisse de minuscules véhicules à pinces, comme la « luciole Volkswagen » que l’on voit apparaître dans le court-métrage Martin et la lumière fantôme ? On le voit, le concept de Cars finit par trouver ses limites lorsqu’on le pousse un peu trop loin. Du côté des scènes d’action, bien sûr, l’inventivité est toujours au rendez-vous et la force créatrice des équipes de Pixar atteint encore des sommets, comme pendant cette course brutale dans la boue au fin fond de l’Amérique profonde qui restera l’un des plus gros morceaux de bravoure du film. Le dénouement, qui s’appuie sur la notion de transmission et de passation de pouvoir, est d’autant plus marquant qu’il semble avoir des répercussions sur le monde réel. Lorsque Flash cède sa place sur la piste à une autre coureuse moins expérimentée que lui, il est difficile de ne pas penser à John Lasseter, mis à mal par de sérieux problèmes personnels et contraint de passer le relais à Brian Fee pour réaliser le film à sa place.

 

© Gilles Penso


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MONDE DE DORY (LE) (2016)

Extrêmement populaire depuis sa première apparition dans Le Monde de Nemo, le poisson amnésique a droit à son propre long-métrage…

FINDING DORY

 

2016 – USA

 

Réalisé par Andrew Stanton et Angus MacLane

 

Avec les voix de Ellen DeGeneres, Albert Brooks, Ed O’Neill, Kaitlin Olson, Hayden Rolence, Ty Burrell, Diane Keaton, Eugene Levy, SLoane Murray, Idris Elba

 

THEMA MONSTRES MARINS I SAGA PIXAR

Malgré le succès du Monde de Nemo et les innombrables réclamations des fans, Andrew Stanton n’a jamais voulu donner de suite à l’odyssée de son poisson clown pour pouvoir se concentrer sur des sujets différents. Mais un jour il redécouvre le film, redistribué en salles pour fêter ses dix ans dans une version en 3D. Là, face au spectacle transcendé par la stéréoscopie et devant la réaction enthousiaste du public, Stanton se dit qu’il y a encore une histoire à raconter : celle de Dory. Un autre facteur joue sur sa décision. Après avoir réalisé son premier film en prises de vues réelles pour Disney, l’ambitieux péplum de science-fiction John Carter, Stanton pensait se mettre au travail sur le scénario d’une autre aventure martienne du héros imaginé par le romancier Edgar Rice Burroughs. Mais John Carter est un échec cuisant au box-office, annulant toute possibilité d’une séquelle. Stanton se tourne alors vers une autre suite promise à un avenir beaucoup plus radieux, celle du Monde de Nemo. Le personnage de Dory était sans conteste l’une des plus belles trouvailles du Monde de Nemo, le trouble dont elle était affublée (des pertes de mémoire immédiates) étant à la fois vecteur de rire et d’émotion. C’est donc sur ce double registre que joue Le Monde de Dory, une sorte de spin-off dans lequel nous nous intéressons à ses pérégrinations sous-marines avant, pendant et surtout après les aventures racontées dans Le Monde de Nemo.

 

Le récit commence lorsque Dory a soudain un souvenir fugitif de ses parents. L’image qu’elle perçoit est très furtive et difficile à identifier, mais sa force est suffisante pour que Dory décide de traverser l’océan dans l’espoir de les retrouver. C’est un nouveau prétexte pour une grande aventure sous-marine semée de rencontres inattendues et d’embûches. Selon un principe proche de celui adopté par Cars 2, Le Monde de Dory fait passer à l’arrière-plan le héros du premier film, en l’occurrence Nemo, et transforme son « sidekick » en personnage principal. La quête de ses parents devient pour Dory une sorte d’enquête policière passionnante dont chaque indice est une bribe de souvenir qu’il faut décoder et identifier. C’est aussi pour l’attachant poisson à la mémoire si fragile une introspection, le tout sous forme d’un jeu de piste mouvementé qui se poursuit dans les méandres labyrinthiques d’un institut océanographique. Le titre original Finding Dory (« A la recherche de Dory ») peut sembler inapproprié, dans la mesure où ici ce n’est pas Dory qu’on recherche mais ses parents. Cependant, au-delà du jeu de miroir avec Finding Nemo, ce titre nous fait bien comprendre que le scénario a été conçu sous forme d’un voyage initiatique à l’issue duquel Dory se sera retrouvée elle-même.

La quête des origines

Lorsque les poissons vedettes du film pénètrent dans l’institut océanographique et entrent en contact avec le monde des humains, le rendu visuel est si réaliste qu’il devient difficile de savoir si nous avons affaire à de l’image de synthèse ou à des prises de vues réelles. Mais cette fois-ci, contrairement au Voyage d’Arlo, le mixage entre l’hyper-réalisme et la caricature fonctionne à merveille. Le personnage de Hank en est le meilleur exemple. Ce poulpe désopilant qui fomente une infinité de plans pour s’évader de l’institut et regagner l’océan, muni de seulement sept tentacules (hommage à la pieuvre animée par Ray Harryhausen dans Le Monstre vient de la mer), est un pur personnage de cartoon. Pour autant, la texture humide de sa peau est incroyablement réaliste, presque palpable. Un autre céphalopode intervient plus tôt dans le film. Il s’agit d’un calamar cyclope géant qui attaque nos héros au cours d’une séquence très impressionnante. Ce monstre s’avère être le sosie de celui de 20 000 lieues sous les mers de Richard Fleischer, une allusion à Jules Verne qui ne manque pas de sel quand on sait d’où vient le nom Nemo. Adulé par le public et par une grande partie de la presse, Le Monde de Dory réalise un démarrage spectaculaire dès sa sortie en salles (plus de 130 millions de dollars pour son premier week-end, soit un record absolu dans le domaine du cinéma d’animation) et séduit bien vite les spectateurs du monde entier preuve de la santé encore excellente à l’époque du studio Pixar.

 

© Gilles Penso


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VOYAGE D’ARLO (LE) (2015)

Et si la météorite qui heurta la Terre pendant la préhistoire avait raté son objectif, laissant les dinosaures cohabiter avec les humains ?

THE GOOD DINOSAUR

 

2015 – USA

 

Réalisé par Peter Sohn

 

Avec les voix de Raymond Ochoa, Jack Bright, Jeffrey Wright, Frances McDormand, Jack McGraw, Peter Sohn, Steve Zahn, A.J. Buckley

 

THEMA DINOSAURES I SAGA PIXAR

En développement pendant six ans, Le Voyage d’Arlo connaît une genèse un peu compliquée. Sa première date de sortie est prévue en 2013, puis repoussée d’un an. C’est alors Bob Peterson, co-réalisateur de Là-haut, qui est censé le mettre en scène. Mais le scénario est jugé insatisfaisant, notamment son troisième acte que l’équipe de Pixar ne parvient pas à structurer correctement. Le film est donc décalé d’une année supplémentaire. Dans l’intervalle, le film est repris par Peter Sohn, qui avait réalisé le très beau court-métrage Passages nuageux. L’histoire du Voyage d’Arlo (dont le titre français semble vouloir se rapprocher de celui du Monde de Nemo) se déroule pendant la préhistoire, alors que les dinosaures dominent encore la Terre. Mais il s’agit d’un monde parallèle au nôtre. Car ici, la fameuse météorite qui aurait mis fin au règne des grands sauriens passe à côté de notre planète, évitant de justesse l’extinction de masse. Bien des années plus tard, les dinosaures sont toujours là et continuent de fouler le sol. Entretemps, ils sont devenus intelligents, construisent des objets, des outils, des abris, cultivent la terre et élèvent d’autres espèces animales. C’est dans cet univers alternatif que les humains font timidement leur apparition. Arlo, le plus jeune d’une famille de brontosaures, se prend d’affection pour Spot, un petit humain qui devient pour lui une sorte d’animal de compagnie.

Amateurs de viande, les tyrannosaures sont ici des cowboys éleveurs de troupeaux de bisons, mais les chasseurs les plus redoutables sont les vélociraptors, dont le corps est couvert de plumes, conformément à quelques-unes des découvertes paléontologiques les plus récentes. Les ptérodactyles charognards ne sont pas beaucoup plus rassurants, vénérant les tempêtes qui leur apportent de la nourriture à foison. Heureusement, des créatures pacifiques et végétariennes paissent aussi dans cette jungle antédiluvienne, comme ce styracosaure peureux qui se fond dans le paysage et dont les cornes abritent toute une foule de petits animaux de la forêt. Jouant presque la carte de l’auto-citation, le dinosaure vedette du film ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du logo de la station-service Dinoco, vue dans Toy Story, et auquel il est fait allusion dans la majorité des films produits par Pixar. Membre d’une fratrie qui comporte deux sauropodes plus forts et plus puissants que lui, Arlo semble fragile, presque frêle, et sollicite toute l’attention de ses massifs parents. Paradoxalement, et comme le laisse imaginer un scénario un peu prévisible, c’est le plus « faible » qui aura le plus grand destin.

Une préhistoire post-apocalyptique ?

Les choix artistiques du Voyage d’Arlo marquent un décalage très fort entre le rendu des décors, ultraréalistes jusque dans leurs détails géologiques et botaniques les plus fins, et celui des personnages, presque aussi caricaturaux que ceux d’un film en pâte à modeler animé par l’équipe d’Aardman. S’il fonctionnait dans les autres films Pixar, ce fossé visuel entre les protagonistes et leur environnement crée ici une impression étrange, comme si ces deux éléments cohabitaient mal au sein du même film. Ce décalage se ressent aussi dans l’histoire elle-même. Le concept initial d’un monde parallèle où les dinosaures n’auraient pas disparu est prometteur, mais il faut reconnaître que le scénario ne sait trop qu’en faire. Les brontosaures deviennent fermiers et les tyrannosaures éleveurs (au sein d’une imagerie américaine à la Norman Rockwell qui s’éloigne beaucoup de l’universalité généralement de mise chez Pixar) et les humains restent sauvages. Mais tout finira par rentrer dans l’ordre. Car ce monde alternatif n’est que provisoire et ne se déploie pas avec l’audace et les surprises qu’il faudrait, comme si personne n’assumait jusqu’au bout l’idée servant de base au film. Certains spectateurs du film ont même bâti une théorie selon laquelle le monde du Voyage d’Arlo ne serait pas préhistorique mais post-apocalyptique, situé donc des dizaines de millions d’années après le passage de la météorite. Il est vrai que nous ne sommes pas si loin du futur de La Planète des singes, dans lequel les animaux règnent tandis que les humains sont retournés à la sauvagerie. Sorti la même année que Vice-versa, Le Voyage d’Arlo ne connaît pas le même succès et se comporte moins bien au box-office que la plupart des autres films du studio Pixar. Mais il aura tendance à être réévalué à la hausse quelques années plus tard.

 

© Gilles Penso


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LEGO BATMAN, LE FILM (2017)

Après le succès de La Grande aventure Lego, la version « petite brique » du Dark Knight a droit à son propre film…

THE LOGO BATMAN MOVIE

 

2017 – USA

 

Réalisé par Chris McKay

 

Avec les voix de Will Arnett, Zach Galifanakis, Michael Cena, Rosario Dawson, Ralph Fiennes, Jenny Slate, Hector Elizondo, Ellie Kemper, Mariah Carey

 

THEMA SUPER-HÉROS I JOUETS I SAGA BATMAN I DC COMICS

Le triomphe de La Grande aventure Lego n’était pas gagné d’avance, mais Phil Lord et Chris Miller surent trouver le ton juste pour ravir les publics de tous âges en cachant derrière leur grain de folie débridé une réflexion sur le pouvoir de l’imagination et sur la nécessité de ne pas réfréner la pulsion créative de l’enfance. Parmi la multitude de « vedettes invitées » venues faire leur numéro dans ce film choral, Batman avait marqué les esprits dans un exercice d’auto-dérision désopilant. L’idée de consacrer un long-métrage à part entière au Dark Knight dans sa version Lego est donc née dans la foulée. Réalisateur et co-producteur du programme télévisé Robot Chicken, monteur de La Grande aventure Lego, Chris McKay se voit offrir la mise en scène de Lego Batman, le film, qui sera son premier long-métrage. Féru d’humour parodique et grand amateur du trio Zucker, Abrahams et Zucker, McKay cherche à retrouver l’esprit de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? et de la « saga » des Y’a-t-il un flic… ? avec Leslie Nielsen. Voilà qui s’annonce prometteur. Un casting vocal prestigieux le rejoint dans cette aventure : Zach Galifanakis, Michael Cena, Rosario Dawson, Ralph Fiennes ou encore Mariah Carey. Quant à Will Arnett, il reprend la voix rauque du super-héros masqué qu’il interprétait déjà dans La Grande aventure Lego.

Pour jouer la carte de la rupture, McKay décide de donner la vedette à un Batman sombre, grincheux et dépressif (dans la mouvance de ceux incarnés par Christian Bale et Ben Affleck) et de lui adjoindre un Robin coloré, fougueux et immature (inspiré de celui que jouait Burt Ward dans la série TV des années 60). Lego Batman, le film s’amuse ainsi à mélanger toutes les époques et à entrechoquer les différentes itérations du Chevalier Noir à l’écran, celles du show des sixties, de Tim Burton, Joel Schumacher, Christopher Nolan, Zack Snyder, sans oublier un certain nombre de séries animées. Cette approche « patchwork » annonce en quelque sorte les choix postmodernes délirants qu’adoptera Spider-Man New Generation. Mais si l’homme-araignée mis en scène en 2018 par Peter Ramsey, Bon Persischetti et Rodney Rothman parvient miraculeusement à conserver sa cohérence et même à nous émouvoir, l’homme-chauve-souris de Lego Batman ne quitte jamais son statut de pantin caricatural et monolithique.

Patchwork

Car à trop vouloir jouer la carte de l’humour visuel mené sur un tempo d’enfer et de l’enchaînement de gags référentiels en cascade, le film de Chris McKay finit par se noyer dans ses propres excès. La richesse se confond bientôt avec l’accumulation et le rythme avec la précipitation. Tout va trop vite, tout est trop fort, tout nous saute aux yeux sans laisser au cerveau le temps d’enregistrer ce trop-plein de données, ce qui laisse peu de place pour s’attacher aux personnages et à leurs problèmes – fussent-ils des Legos. On s’amuse donc face aux multiples guest-stars échappées de moult blockbusters populaires (principalement ceux des studios Warner), de King Kong à Gremlins en passant par Le Seigneur des anneaux, Doctor Who, Le Magicien d’Oz, Harry Potter et même Le Choc des Titans (avec une version « briques » du Kraken de Ray Harryhausen) sans pour autant s’impliquer pleinement dans cette épopée mouvementée qui confine à l’hystérie. Le miracle de La Grande aventure Lego n’aura donc pas été réitéré, d’autant que la géniale trouvaille du film de Phil Lord et Chris Miller (tout ce que nous venons de voir est le fruit de l’imagination d’un enfant) n’a plus cours dans Lego Batman, qui n’offre donc qu’un seul niveau de lecture. Le succès sera certes au rendez-vous, mais la suite envisagée sera annulée après le rachat de la franchise Lego par Universal Pictures.

 

© Gilles Penso


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REBELLE (2012)

Le premier film « féministe » de Pixar met en scène une jeune héroïne contestataire piégée par le maléfice d’une vieille sorcière…

BRAVE

 

2012 – USA

 

Réalisé par Mark Andrews, Brenda Chapman et Steve Purcell

 

Avec les voix de Kelly Macdonald, Billy Connolly, Emma Thompson, Julie Walters, Robbie Coltrane, Kevin McKidd, Craig Ferguson, Sally Kinghorn, Elidh Fraser

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA PIXAR

C’est à Brenda Chapman que nous devons la genèse du film Rebelle. Après avoir participé à l’écriture de plusieurs longs-métrages Disney comme La Belle et la Bête, Le Roi lion ou Le Bossu de Notre-Dame, elle rejoint les rangs du studio d’animation Dreamworks et co-réalise avec Steve Hickner et Simon Wells le remarquable Prince d’Égypte. C’est aussi pour Dreamworks qu’elle co-écrit le film Chicken Run du studio Aardman. En 2006, elle intègre l’équipe de Pixar et collabore au scénario de Cars. C’est alors qu’elle fait part à John Lasseter du projet Rebelle. L’histoire de cette princesse en butte à l’autorité lui est inspirée par sa propre relation avec sa fille. Mais le scénario du film ne prend forme qu’au bout de quatre ans de travail. A mi-parcours, Mark Andrews finalise l’écriture et co-réalise le film, à la demande de John Lasseter et Ed Catmull. Cette passation de pouvoir n’est pas très bien perçue de l’extérieur, d’abord parce que laisser les commandes d’un long-métrage à une femme aurait été une première chez Pixar, ensuite parce que cette situation évoque le départ de Jan Pinkava qui avait quitté Ratatouille dans des conditions un peu similaires. Fair-play, Brenda Chapman affirmera plus tard que Rebelle, dans sa version finale, est très proche de ce qu’elle avait initialement en tête et s’avouera fière du film.

S’éloignant du cadre contemporain habituel des films Pixar, Rebelle se déroule dans un monde ancien féerique et met en vedette une jeune fille destinée à hériter des responsabilités d’un royaume dirigé par ses parents. Son héroïne Merida s’inscrit-elle donc dans la lignée de toutes les princesses Disney dont l’aïeule fut Blanche-Neige 75 ans plus tôt ? Oui et non. Car Merida (dont le nom signifie « rebelle » en hébreu) ne chante pas et ne vit pas de relation amoureuse. Elle passe son temps à lutter pour contrôler sa destinée et donc à refuser ce statut de princesse que tout le monde aimerait lui coller à la peau. Elle prend des cours d’escrime et de tir à l’arc, monte à cheval, pratique les activités généralement prévues pour les garçons, bref cherche à tout prix à éviter la vie toute tracée d’épouse de seigneur qu’on lui réserve. Cette démarche évoque celle de l’héroïne de Mulan, même si Merida s’en distingue par une effronterie qui confine à l’insolence. Elle ne cherche pas à imiter les garçons ou à infléchir une situation insoluble. Elle veut simplement atteindre une autonomie lui permettant de décider seule de son avenir. Pour l’aider à régler ses problèmes, la princesse rend visite à une vieille sorcière recluse dans un coin isolé du royaume. Mais le résultat ne sera pas du tout celui qu’elle attendait. Car un sort transforme bientôt sa mère en grande ourse ! Dès lors, toutes deux vont devoir œuvrer ensemble pour trouver le moyen d’inverser le sort…

La grande ourse

Mi-comique mi-dramatique, cette situation pour le moins inhabituelle pose la question de la barrière sociale qui empêche tout être humain de sombrer dans la bestialité. Comment la mère de Merida peut-elle conserver son humanité et ses bonnes manières dans la peau d’un ours livré à la sauvagerie du monde extérieur mais aussi des chasseurs qui en veulent à sa peau ? Si les personnages du film gardent une stylisation « cartoonesque » chère à l’esprit de Pixar, de nombreux détails – cheveux, poils, grain de peau, regards, costumes – troublent par leur réalisme extrême. Quant aux décors, ils ressemblent comme deux gouttes d’eau à des prises de vues réelles. Les expérimentations photo-réalistes entamées dans les premières séquences de Wall-E poursuivent donc ici leur élan avec des résultats souvent étourdissants. Rebelle permet une nouvelle fois à Pixar de remporter l’Oscar du meilleur film d’animation, ainsi qu’une foule d’autres récompenses à travers le monde, dont les prestigieux Bafta Award et Golden Globe. D’une manière générale, le film est très bien accueilli par le public et la critique, même s’il semble s’éloigner quelque peu de la singularité habituelle des univers Pixar pour s’approcher de ceux de Disney. La réalisation de Rebelle ayant été marquée par la mort de Steve Jobs, le film lui est dédié et plusieurs clins d’œil au créateur d’Apple jalonnent le métrage, notamment l’utilisation du nom de famille MacIntosh et la présence d’une pomme que l’héroïne essaie régulièrement de croquer.

 

© Gilles Penso


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CARS 2 (2011)

Ce deuxième opus prend les allures inattendues d’un film d’espionnage et transforme la dépanneuse Martin en émule de James Bond !

CARS 2

 

2011 – USA

 

Réalisé par John Lasseter et Brad Lewis

 

Avec les voix de Owen Wilson, Larry the Cable Guy, Michael Caine, Emily Mortimer, Eddie Izzard, John Turturro, Brent Musburger, Joe Mantegna

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA PIXAR

C’est au cours de la tournée promotionnelle de Cars aux quatre coins du monde que John Lasseter commence à réfléchir à l’idée d’une séquelle. Le projet lui tient tellement à cœur qu’il souhaite le réaliser lui-même, quitte à renoncer à la mise en scène de Toy Story 3 qui échoit donc à Lee Unkrich, avec le succès que l’on sait. Mais Lasseter veut éviter la redite et surtout prendre ses spectateurs par surprise, quitte à faire démarrer Cars 2 de manière déstabilisante. L’entrée en matière du film nous transporte en effet dans une intrigue d’espionnage pastichant les aventures de James Bond avec force poursuites de voitures, gadgets et explosions spectaculaires, le tout au beau milieu d’une plateforme pétrolière où se jouent des rivalités dont l’enjeu nous échappe de prime abord. Parmi les nouveaux venus dans cette séquelle, on note principalement la voiture espionne britannique Finn McMissile, dont le design s’inspire de la fameuse Aston Martin DB5 de Goldfinger (et dont les dialogues sont prononcés par le vénérable Michael Caine), la charmante Holley Shiftwell, bourrée de gadgets high-techs, et le maléfique professeur Z, un tacot affublé d’un monocle et d’un fort accent allemand.

Flash McQueen, lui, prend quelques jours de repos à Radiator Springs lorsqu’il est défié en direct à la télévision par Francesco Bernoulli, une arrogante Formule Un qui lui propose de se mesurer à lui lors d’une grande course organisée à Tokyo. Poussé par Sally, McQueen accepte le défi et voyage jusqu’au Japon en compagnie de son fidèle ami Martin. Mais suite à un quiproquo, ce dernier est pris pour un agent secret américain. Car ici, fait assez original, la gaffeuse dépanneuse rouillée qui n’était qu’un personnage secondaire de Cars occupe désormais le rôle principal, se muant malgré lui en espion aussi improbable que Pierre Richard dans Le Grand blond avec une chaussure noire. L’intrigue tourne bientôt autour d’un nouveau carburant écologique, l’Alinol, que les vilains veulent bannir pour écouler les stocks d’essence dont ils ont le monopole. L’aventure transporte bientôt les protagonistes roulants aux quatre coins du monde, du Japon à la France en passant par la ville italienne imaginaire de Porto Corsa et enfin les rues de Londres.

Rien que pour vos pneus

Cars 2 est très généreux en scènes de suspense et d’action inédites et spectaculaires, comme cette course contre la montre à Porto Corsa, où les vilains à la solde du Professeur Z tirent sur les concurrents avec un rayon électromagnétique, provoquant un immense carambolage sur le circuit, pendant que Flint McMissile essaie de stopper les effets du canon et que Martin, sous couverture, est immergé dans le repaire des méchants. Le morceau de bravoure reste cependant la gigantesque poursuite finale dans les rues de Londres, où les carrosseries des véhicules dévoilent une infinité de gadgets inventifs tandis que Martin menace d’exploser à cause d’une bombe embarquée sous son capot. Pour accompagner ces folles péripéties, le compositeur Michael Giacchino rend de nombreux hommages aux musiques des films d’espionnage des années 60. L’exercice est compliqué par le fait que Giacchino avait déjà cligné de l’œil vers le travail de John Barry pour Les Indestructibles. Il parvient à éviter les redites en déchaînant son orchestre avec une dynamique un peu différente et en laissant la part belle à une guitare surf, en hommage à celle utilisée par Vic Flick pour le fameux James Bond Theme. La critique boudera un peu cette séquelle, jugée moins inventive que son modèle. Il faut reconnaître que Cars 2 vaut beaucoup plus pour sa mise en scène et ses nombreuses trouvailles visuelles que pour son histoire, finalement très anecdotique. Mais le public répond largement présent, permettant au film d’être largement bénéficiaire, et les produits dérivés de la franchise se vendent mieux que jamais.

 

 

© Gilles Penso


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