PROJET WOLF HUNTING (2022)

Un film d’action coréen ultra-violent qui bascule soudain dans l’horreur et la science-fiction en éclaboussant l’écran de litres de sang…

NEUKDAESANYANG

 

2022 – CORÉE

 

Réalisé par Kim Hongsun

 

Avec Seo In-guk, Jang Dong-yoon, Choi Gwi-hwa, Park Ho-san, Jung So-min, Ko Chang-seok, Jang Young-nam, Sung Dong-il, Son Jong-hak, Lee Sung-wook

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Jusqu’alors, le nom de Kim Hongsun n’avait pas beaucoup retenu l’attention. Faiseur compétent de films de genre coréens volontiers portés sur l’action et le suspense, il s’était essayé à l’horreur en 2019 avec Metamorphosis sans pour autant faire couler beaucoup plus d’encre. Pour son cinquième long-métrage, le cinéaste décide de passer à la vitesse supérieure en imaginant un film au concept fort et à la violence exacerbée. Sa première source d’inspiration semble avoir été Les Ailes de l’enfer de Simon West, la fameuse production de Jerry Bruckheimer qui consacré Nicolas Cage comme star de cinéma d’action dans la foulée de The Rock. Du blockbuster de West, Kim Hongsun reprend l’idée d’un huis-clos dans lequel se retrouvent embarquée une horde de malfrats, de criminels et de psychopathes. Il remplace simplement l’avion par un cargo. Son idée complémentaire est d’adopter une tonalité extrêmement nerveuse et brutale et de greffer à l’histoire un élément de science-fiction décuplant en cours de métrage le sentiment d’oppression et de danger. C’est ainsi que se bâtit le scénario du Projet Wolf Hunting, que Kim Hongsun écrit lui-même. Pour brouiller davantage les cartes et sortir des sentiers battus, le réalisateur choisit dans le rôle de l’un des personnages les plus sadiques et les plus désaxés du film une superstar glamour de la pop coréenne, l’éphèbe ténébreux Seo In-guk.

Après qu’une extradition de criminels de Manille a été perturbée par un attentat suicide à l’aéroport (qui permet au film de démarrer de manière explosive), les autorités décident que le prochain groupe de détenus doit être transporté par la mer. Sous une garde lourdement armée, les dangereux condamnés sont menottés à bord d’un cargo. Meurtriers, mafieux, trafiquants, chefs de gangs, ils rivalisent tous de vilénie et de vices et nous sont présentés comme de véritables bombes à retardement. Très tôt, le spectateur sait que la situation s’apprête à dégénérer. La tension est palpable, parfaitement saisie par la caméra de Kim Hongsun. Lorsque les prisonniers s’unissent dans une tentative d’évasion coordonnée qui se transforme rapidement en émeute sanglante, l’ultra-violence s’invite sans retenue. Mais quand l’intrigue bascule subitement dans le fantastique, le gore éclabousse les écrans avec une vigueur accrue. Désormais, c’est par hectolitres que le sang se met à couler au fil de scènes de plus en plus hardcore…

Le bateau de la mort

Le carnage impitoyable qui se déclenche à bord du navire semble ne vouloir épargner personne, tant et si bien qu’il devient rapidement impossible de savoir qui va survivre et quelle sera la tournure des événements. Les notions mêmes d’antagonistes et de protagonistes ne cessent de se redéfinir en cours de route. Lorsque la situation vire au cauchemar sans issue, l’un des rescapés – provisoire ? – a le mot juste : « si ce n’est pas l’enfer, alors je ne sais pas ce que c’est. » La prodigieuse efficacité des effets gore s’appuie sur des effets spéciaux 100% physiques, à l’ancienne. Des prothèses, des maquillages spéciaux, des faux membres, des corps en mousse de latex et 2,5 tonnes de faux sang (selon les calculs du réalisateur) sont sollicités pour les besoins du film. Et ça se voit ! L’argument fantastique évoque Le Retour des morts-vivants et Re-Animator mais en évacuant toute forme d’humour, si l’on excepte cette euphorie burlesque qui finit par jaillir de manière presque incontrôlable face aux passages horrifiques les plus exubérants. D’autres références apparaissent au cours du récit, comme cette vision infrarouge de la créature qui semble empruntée à Predator. Mais plus que les allusions cinématographiques, c’est au cœur même de l’histoire de la Corée et de ses blessures que Le Projet Wolf Hunting semble puiser sa rage et sa folie destructrice. Le scénario se réfère en effet aux camps d’expérimentation humaine mis en place par les Japonais pendant la seconde guerre mondiale. De fait, la bête terriblement sanguinaire qui se déchaîne en deuxième partie de métrage se révèle elle-même une victime des horreurs de la guerre, une sorte de monstre de Frankenstein pathétique en révolte contre ses créateurs et par extension contre l’humanité entière. Ce n’est pas le moindre attrait de ce festival d’hémoglobine et de fureur dont la fin très ouverte semble vouloir appeler une suite.

 

© Gilles Penso

 

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CANNIBAL WOMEN (1989)

Une scientifique féministe est envoyée dans la jungle par le gouvernement américain pour tenter de raisonner une tribu de femmes cannibales…

CANNIBAL WOMEN IN THE AVOCADO JUNGLE OF DEATH

 

1989 – USA

 

Réalisé par J.F. Lawton

 

Avec Shannon Tweed, Bill Maher, Karen Mistal, Adrienne Barbeau, Brett Stimely, Barry Primus, James MacKrell, Paul Ross, Vicky Varner

 

THEMA CANNIBALES I EXOTISME FANTASTIQUE I SAGA CHARLES BAND

Après la chute de son ambitieuse compagnie Empire, le producteur Charles Band entend bien se ressaisir. L’une de ses premières décisions est de s’associer avec la division vidéo de Paramount pour bénéficier de leur large réseau de distribution et de marketing. Charge à lui de proposer des concepts alléchants susceptibles d’alimenter le marché alors florissant des séries B « direct-to-video ». L’un des premiers titres qu’il propose est autant invraisemblable que prometteur : Cannibal Women in the Avocado Jungle of Death (autrement dit « Les Femmes cannibales dans la jungle mortelle des avocats ») ! Conçu autant comme un film d’aventure burlesque que comme une comédie satirique se jouant des clichés féministes et machistes, Cannibal Women est écrit et réalisé par le talentueux J.F. Lawton (sous le pseudonyme de J.D. Athens). Sa plume habile permet d’élever le niveau du film au-delà de ce que son titre improbable laisse imaginer et se permet même de revisiter sous un angle parodique le classique « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad. En tête d’affiche, Cannibal Women s’offre l’ex-mannequin Shannon Tweed (héroïne récurrente des soap operas Falcon Crest et Des jours et des vies) et l’humoriste Bill Maher (futur animateur des shows Politically Incorrect et Real Time with Bill Maher), avec en guest-star Adrienne Barbeau, ex-égérie de John Carpenter (Meurtre au 43ème étage, Fog, New York 1997).

Lorsque le film commence, nous apprenons que le gouvernement américain s’inquiète du manque d’approvisionnement en avocats du pays après plusieurs confrontations avec une tribu primitive de femmes cannibales, les « Piranha Women », qui sévit dans une jungle à l’ouest de San Bernardino. « A la manière des araignées veuves noires, elles s’accouplent avec les hommes puis les tuent », nous apprend le dialogue. « Ensuite elles les découpent en lanières, comme du bœuf séché, et les mangent avec du guacamole. » Les autorités ayant tout tenté, y compris une intervention militaire ratée s’étant terminée en festin pour les femmes cannibales, elles font appel à Margo Hunt (Shannon Tweed), professeur d’études féministes dans le Spritzer College. Sa mission : se rendre dans la jungle et prendre contact avec les Piranha Women pour tenter de les convaincre de déménager dans une réserve à Malibu. Elle est accompagnée dans cette expédition par Bunny (Karen Mistal), une jeune étudiante écervelée, et Jim (Bill Maher), une sorte d’Indiana Jones du pauvre qui s’improvise guide…

Les aventuriers de l’avocat perdu

Cette aventure exotique absurde est un prétexte permanent pour renvoyer dos à dos les exubérances ultra-féministes et les comportements stupidement machistes. Face à une horde de piliers de bar en rut, Margo exhibe ainsi un énorme pistolet en déclarant : « je ne suis pas une poulette, je suis une ethno-historienne avec un doctorat en anthropologie culturelle. » Lorsque nos héros font face dans la jungle à une tribu d’hommes soumis qui tricotent, cuisinent et vivent en paix dans des tentes ornées de statues de flamants roses, Jim s’exclame avec dépit : « Ils n’ont pas de modèles comme John Wayne ou Stallone. » Pour les muer en hommes virils, il leur fait découvrir la bière. Lorsque les cannettes volent au ralenti, une variante de « Also Spracht Zarathustra » cligne alors de l’œil vers 2001. Tout le film est à l’avenant, jusqu’à l’inévitable confrontation avec les Piranha Women, menées par une ancienne féministe star de talk-shows et auteur du livre « Femmes intelligentes, Hommes stupides et insensibles ». C’est Adrienne Barbeau qui tient ce rôle de matriarche opportuniste, l’actrice étant obligée de déclamer ses 17 pages de dialogues en un temps record dans la mesure où la production ne peut lui payer qu’une seule journée de tournage ! Cannibal Women aura servi de galop d’essai à J.F. Lawton, qui connaîtra la gloire l’année suivante en écrivant le scénario de Pretty Woman.

 

© Gilles Penso

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PULSE POUNDERS (1988)

Ce film à sketches, qui a aujourd’hui partiellement disparu, réunit le casting de Re-Animator, Future Cop et Le Maître du jeu

PULSE POUNDERS

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Barbara Crampton, Jeffrey Combs, David Warner, David Gale, Tim Thomerson, Helen Hunt, Art La Fleur, Telma Hopkins, Richard Moll, Jeffrey Byron

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS I LOVECRAFT I SAGA FUTURE COP CHARLES BAND

En 1987, à la tête de sa compagnie de production Empire, Charles Band décide de produire et mettre en scène un film à sketches atypique dont chaque segment serait la suite d’un de ses films à succès : Re-Animator, Future Cop et Le Maître du jeu. C’est l’occasion pour lui de retrouver quelques-uns de ses acteurs fétiches et de solliciter comme toujours les talents du chef opérateur Mac Ahlberg, du chef décorateur Giovanni Natalucci et du créateur d’effets spéciaux John Carl Buechler. Après plusieurs remaniements, le premier segment, baptisé The Evil Clergyman, n’est finalement pas une suite de Re-Animator, même s’il présente de nombreuses filiations avec le classique de Stuart Gordon. Le scénario, inspiré d’une nouvelle de H.P. Lovecraft publiée en 1939, est écrit par Dennis Paoli, grand spécialiste de l’écrivain tourmenté de Providence (nous lui devons les scripts de Re-Animator, From Beyond, Castle Freak et Dagon). Le sketch s’ouvre sur une très belle musique pour piano, chœurs et orchestre composée par Richard Band. Dans le décor somptueux d’un château gothique, Saïd Brady (Barbara Crampton) est accueillie froidement par une gouvernante aigrie (Una Brandon-Jones). L’amant de la jeune femme, l’ecclésiastique Jonathan (Jeffrey Combs), s’est récemment pendu, et Saïd est venue récupérer le reste de ses biens. Partagé entre la mélancolie et le cauchemar, ce sketch d’une demi-heure est ponctué de visions insolites – le visage à moitié défiguré de David Warner, un rat à visage humain – et peut presque s’appréhender comme une parabole du regret et du remords poussés jusqu’au basculement dans la folie. Dennis Paoli en profite pour glisser quelques allusions à une autre nouvelle de Lovecraft, « Les rats dans les murs » de 1924.

Le deuxième segment de Pulse Pounders est une suite directe de Future Cop, nommée Trancers : City of the Los Angels mais également connue sous le titre de Trancers 1.5, dans la mesure où son intrigue se situe entre Future Cop et Future Cop 2. Tim Thomerson, Helen Hunt et Art La Fleur sont donc de retour, dans les rôles respectifs du policier Jack Deth, de sa petite amie Lena et de son supérieur McNaulty. Le scénario est l’œuvre du duo Paul de Meo & Danny Bilson et la bande originale synthétique outrageusement eighties est signée Mark Ryder & Phil Davies. Tout commence par l’évasion d’une dangereuse criminelle dans une prison du futur, responsable de la mort de 13 prisonniers et des blessures de plusieurs gardes. Son objectif : retrouver Jack Deth dans le Los Angeles de 1986 pour lui faire la peau. Relativement anecdotique, cette courte aventure aux allures de Vaudeville, dont l’action est majoritairement confinée dans l’appartement de Deth, souffre d’un certain statisme, malgré deux ou trois bagarres.

Trois salles, trois ambiances

Pour le troisième sketch, Michael Cassut écrit une suite du Maître du jeu qu’il baptise Dungeonmaster II : A Sorcerer’s Nightmare. Richard Moll reprend le rôle du maléfique sorcier Mestema et Jeffrey Byron celui du valeureux Paul Bradford. Plusieurs séquences en stop-motion égaient ce sketch, en particulier une poupée en costume d’Arlequin animée par Paul Jessel (préfigurant les personnages de Puppet Master) et deux statues de pierre en plein combat (conçues par Justin Kohn et Kim Blanchette). Tout ceci est très prometteur, mais personne hélas n’a vu ce troisième segment. En effet, après le tournage, les négatifs originaux en 35 mm ont disparu quelque part dans les environs de Rome, alors que la compagnie Empire était en train de déposer le bilan. Vingt-cinq ans plus tard, une cassette VHS avec les rushes des trois segments a été retrouvée. Charles Band s’est mis en tête de restaurer ce qu’il pouvait pour réhabiliter ce film perdu. A ce jour, The Evil Clergyman et Trancers : City of the Los Angels ont été exhumés en vidéo dans des copies passables mais visionnables. Dungeonmaster II, en revanche, reste invisible. Espérons qu’un jour les archéologues de chez Full Moon Vidéo retrouvent suffisamment d’éléments pour ressortir dans une édition digne de ce nom ce film à sketches longtemps considéré comme une légende urbaine.

 

© Gilles Penso

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BRIGHT (2017)

Dans un monde alternatif où les humains cohabitent avec des créatures fantastiques, deux policiers enquêtent sur un puissant artefact magique…

BRIGHT

 

2017 – USA

 

Réalisé par David Ayer

 

Avec Will Smith, Joel Edgerton, Noomi Rapace, Lucy Fry, Edgar Ramirez, Veronica Ngo, Alex Meraz, Happy Anderson, Ike Barinholtz, Dawn Olivieri, Matt Gerald

 

THEMA HEROIC-FANTASY

Le concept de Bright est audacieux et surprenant : détourner les codes et les éléments récurrents du conte de fées, de la mythologie et de l’héroïc-fantasy (les orques, les elfes, la magie, les fées, les centaures, les dragons, les nains) pour les intégrer dans un contexte urbain et contemporain. Œuvre de Max Landis, le scénario prend place dans un Los Angeles alternatif où les humains cohabitent avec des créatures fantastiques et où la pratique de la magie est illégale. Will Smith y incarne Daryl Ward, un flic bourru et dur à cuire à qui on adjoint de force Nick Jakoby (Joel Edgerton), le premier policier orque du pays. Ce dernier est autant déprécié par les autres officiers de police que par ses anciens amis orques qui le voient comme un traitre. Comme on peut l’imaginer, les relations entre les deux coéquipiers sont loin d’être au beau fixe, surtout depuis qu’un voleur orque a tiré sur Ward et que Jakoby n’a pas réussi à l’arrêter. Un soir, les deux policiers interviennent dans le refuge d’un groupe extrémiste qui prophétise le retour du « Seigneur des Ténèbres », une ancienne figure semi-mythique vaincue il y a plusieurs millénaires. La seule survivante de cette intervention musclée est une jeune fille elfe nommée Tikka (Lucy Fry), en possession d’un objet rigoureusement interdit : une baguette magique.

Si le plaidoyer contre le racisme et les inégalités sociales qui sous-tend le récit (les orques sont les mal-aimés exploités par le système, les elfes représentent les castes supérieures) part d’un bon sentiment, il faut bien avouer qu’il est lourdement asséné aux spectateurs. D’autant que le concept d’un buddy movie dans lequel un flic humain fait équipe malgré lui avec un flic non humain est directement repris à Futur immédiat, qui détournait de manière bien plus subtile l’argument fantastique pour décrier les travers xénophobes de la société américaine. Les amateurs de jeux de rôles repèreront aussi de nombreuses similitudes entre Bright et « Shadowrun ». Au-delà de cette impression de déjà-vu, on peut regretter les failles d’un scénario finalement peu convaincant. Tout se résume en effet à une course-poursuite autour d’une baguette magique que chacun convoite pour des raisons différentes. Les dialogues ne font pas dans la finesse, les enjeux dramatiques sont confus et plusieurs rebondissements s’avèrent franchement difficiles à avaler, en particulier pendant le climax au cours duquel tout semble désespéré et tout se dénoue par miracle. Pourtant, l’initiative de Bright reste réjouissante, ne serait-ce que parce qu’elle se donne les moyens de ses ambitions. La direction artistique est soignée, les effets visuels très réussis, les scènes d’action généreuses (on ne compte plus le nombre de poursuites, de fusillades et de combats) et le travail des maquillages spéciaux est colossal. C’est l’œuvre du studio ADI, dirigé par Tom Woodruff Jr. et Alec Gillis.

Urban-Fantasy

« Dans l’histoire du cinéma et de la télévision, rares sont les films qui se seront avérés être de véritables festivals de maquillages spéciaux : Le Magicien d’Oz, La Planète des singes, Futur immédiat, Le Grinch… », explique Woodruff Jr. « Bright s’inscrit dans cette lignée. Cette production représentait une masse de travail colossale à la fois pour le design et la fabrication des prothèses et des effets de maquillage. Nous devions concevoir environ 200 orques aux looks spécifiques. » (1) Il est agréable de voir que les vieilles techniques – malgré la réussite indiscutable des créations numériques de la nouvelle Planète des singes – sont encore viables et marchent à merveille. Sous les prothèses de l’orque Nick Jacoby, Joel Edgerton s’avère incroyablement expressif. « Pour l’acteur, supporter le maquillage que nous lui avons appliqué pendant toute la durée du tournage fut une véritable épreuve », raconte Alec Gillis. « Nous avons tout fait pour que ces prothèses soient le moins inconfortables possibles, mais ça reste toujours difficile pour un acteur. Ce personnage était crucial dans le film, parce qu’il devait permettre aux spectateurs de comprendre et d’accepter le monde des orques. Nous n’avions donc pas droit à l’erreur. » (2) Cette réussite artistique et technique fait battre le cœur du film, malgré ses nombreuses scories, et l’on aurait largement tendance à préférer Bright au film précédent de David Ayer, le poussif Suicide Squad. A l’époque, Bright fit beaucoup couler d’encre dans la mesure où il s’agissait d’une des premières superproductions produites par Netflix. Mais la suite un temps envisagée ne fut finalement jamais tournée.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2018

© Gilles Penso


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SIGNES (2002)

Mel Gibson et Joaquin Phoenix doivent lutter contre une invasion extra-terrestre qui menace leur famille et l’humanité tout entière…

SIGNS

 

2002 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, M. Night Shyamalan, Cherry Jones, Patricia Kalember, Ted Sutton, Merritt Wever

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Comme souvent chez M. Night Shyamalan, le scénario de Signes s’est développé à partir d’une idée simple : raconter la fin du monde de manière intimiste en adoptant le point de vue d’une famille. En creusant cette envie première, l’auteur-réalisateur opte pour une invasion extra-terrestre et pour le motif visuel des signes circulaires mystérieux apparaissant dans les champs. Le récit qu’il bâtit sert finalement de métaphore à un sujet plus universel : la foi. « Pour moi, le recours au fantastique et à la science-fiction est le meilleur moyen d’aborder des sujets liés à la spiritualité d’une manière qui ne soit pas trop frontale, trop directe », nous explique-t-il. « Ça permet de traiter ces thèmes en se déconnectant de la religion. On peut parler de la foi sans pour autant aborder les croyances « traditionnelles ». Dans mes films, il ne s’agit pas de croire à Dieu, au diable ou aux anges, mais aux extra-terrestres, aux fantômes ou aux créatures. Ce qui revient au même, finalement. La foi est un sujet fascinant. Sommes-nous capables de croire à des choses que nous ne pouvons pas prouver ? C’est une question qui m’intéresse, et le Fantastique est un vecteur idéal pour tenter d’y répondre. » (1) Plusieurs classiques du fantastique le guident dans son écriture puis dans sa mise en scène, notamment Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, La Nuit des morts-vivants de George Romero et L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel. Charge à lui de bien digérer ces influences complémentaires pour signer une œuvre personnelle.

La prodigieuse symphonie composée par James Newton Howard pour l’ouverture du film semble vouloir faire écho à la bande originale de Rencontres du troisième type. Nous sommes dans le comté de Bucks, en Pennsylvanie, à 70 km de Philadelphie. Durement ébranlé par la mort de sa femme dans un accident de voiture, le père Graham Hess a renoncé à la foi et à ses fonctions de prêtre pour devenir fermier. Pour ce rôle, Shyamalan envisageait au départ Paul Newman ou Clint Eastwood, avant d’opter pour un acteur plus jeune, en l’occurrence Mel Gibson. Ce dernier s’avère parfait sous la défroque d’un ancien homme d’église aux convictions ébranlées. Quelques détails discrets témoignent de son ancienne vie, comme une photo où il porte le col blanc ou encore la marque d’un crucifix qui a été décroché du mur. « Personne ne veille sur nous », dira-t-il plus tard pour bien marquer l’évaporation de ses croyances. « Nous sommes seuls. » Alors qu’il mène une vie paisible entouré de ses deux enfants, Morgan (Rory Culkin) et Bo (Abigail Breslin), et de son frère cadet Merrill (Joaquin Phoenix), un ancien joueur de base-ball, Graham devient le témoin d’apparitions et de signes mystérieux dans sa propriété. Quelle est la véritable origine de ces étranges phénomènes ?

Crise de foi

Très tôt dans son film, Shyamalan renforce le sentiment d’inconfort en optant pour des angles de prise de vue bas, au ras du sol, évoquant une sorte de menace invisible. Lorsque le chien familial, occupant une grande partie de l’avant-plan, se met soudain à aboyer de manière inquiétante en direction des enfants, le cadrage le transforme presque en monstre. Le décor du grand champ lui-même convoque une imagerie proche de celle des Démons du maïs. Tous les partis-pris de mise en scène accentuent le caractère oppressant de cette invasion extra-terrestre qui mettra longtemps à s’affirmer concrètement dans l’esprit des protagonistes. Dans la scène de la cave, le réalisateur pratique presque du « found footage » avant l’heure, détournant la caméra de l’action principale, ne décrivant les événements que par l’entremise du hors-champ, cadrant une lampe torche tombée par terre alors que l’essentiel se joue ailleurs. Plus tard, lorsqu’une créature s’immiscera chez nos héros, ce n’est qu’un reflet qui sera offert aux spectateurs. Cette approche est audacieuse, mais – revers de la médaille – très frustrante, car finalement nous ne verrons rien. A trop vouloir jouer la carte de l’épure et du non-dit, le cinéaste nous donne le sentiment de tourner autour de son sujet sans l’aborder frontalement. Comme en outre le double-sens du mot signe (les cercles dans les champs mais aussi les indices « divins » qui pavent notre destinée) nous est expliqué sans beaucoup de finesse, avec en prime une image finale illustrant lourdement la reconquête de la foi, le cinquième long-métrage de Shyamalan ne nous convainc qu’à moitié.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso

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SINBAD THE FIFTH VOYAGE (2014)

Pour rendre hommage aux films de Ray Harryhausen, ce conte des Mille et une nuits met en scène toute une ménagerie en stop-motion…

SINBAD THE FIFTH VOYAGE

 

2014 – USA

 

Réalisé par Shahin Sean Solimon

 

Avec Shahin Sean Solimon, Danielle Duvale, Said Faraj, Patrick Stewart, Marco Khan, Sadie Alexandru, Lorna Raver

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS I DRAGONS

En initiant Sinbad the Fifth Voyage, Shahin Sean Solimon souhaite rendre un hommage énamouré à Ray Harryhausen, et en particulier au 7ème Voyage de Sinbad, de toute évidence son film de chevet. Il décide donc de concevoir sous le label « Giant Flick Productions » un long-métrage ambitieux – malgré un budget extrêmement limité – laissant la part belle à une série de créatures animées en stop-motion qui s’inspirent des travaux les plus populaires de son idole. Non content de réaliser, de co-écrire (avec Evelyn Gabai) et d’assurer la production exécutive du film, Shahin Sean Solimon s’octroie le rôle principal et s’offre les services du grand Patrick Stewart (le capitaine Picard de Star Trek la nouvelle génération et le professeur Xavier des X-Men) pour assurer la narration en voix off. Le récit ne cherche pas à réinventer la roue. Sinbad est donc amoureux de la princesse Parisa, malgré la désapprobation de son père le sultan. Lorsqu’un maléfique sorcier la kidnappe, notre intrépide héros a quarante jours et quarante nuits pour la sauver. Son aventure va le conduire aux confins du monde et le pousser à affronter un grand nombre de créatures mythiques.

L’intérêt principal du film, on s’en doute, repose sur sa généreuse ménagerie de monstres « à l’ancienne ». Tour à tour surgissent ainsi à l’écran un cyclope bicorne, des squelettes vivants, un oiseau Roc géant, une bête grimaçante armée d’une lance, une statue aux bras multiples, un crabe monstrueux et un dragon quadrupède et cornu au dos garni d’écailles (dont Sinbad vient à bout au cours d’un combat frustrant tant il est court). Ce bestiaire hétéroclite et hautement référentiel est animé par de nombreux passionnés plus ou moins aguerris comme Ron Cole (avec à son actif quelques fausses têtes pour S.O.S. fantômes 2 et des effets spéciaux pour la série Monsters), Mark Sullivan (à qui nous devons les créatures en stop-motion de House et House 2) et Peter A. Montgomery Scott (signataire de l’animation du squelette de Legend of the Golden Fishcake).

Old School

La démarche de Sinbad the Fifth Voyage est forcément louable et son caractère anachronique a quelque chose de délicieusement rafraîchissant. Mais le film croule sous les maladresses. Ses acteurs peu convaincants, son intrigue filiforme et sa mise en scène anonyme jouent forcément en sa défaveur. Même les créatures – aux designs souvent intéressants et à l’animation fluide – sont dépréciées par les effets visuels qui les combinent avec les acteurs réels. Les incrustations sont souvent ratées, les effets de flou excessifs, l’abus de particules flottantes saute aux yeux, bref le rendu visuel n’est pas à la hauteur malgré une bonne volonté manifeste. Quelques très jolis tableaux surnagent – les plans féeriques de la montgolfière survolant les volcans en éruption par exemple – et l’ambition du projet force le respect. D’autres initiatives de ce type sont évidemment à encourager, à condition qu’un soin plus attentif soit apporté à l’esthétique générale et à la dramaturgie. Il s’en fallut de peu que Sinbad the Fifth Voyage se mue en petite œuvre culte pour amateurs d’effets spéciaux « old school ». En l’état, le film de Solimon est une simple curiosité passée quelque peu inaperçue. Bien sûr, le générique de fin remercie chaleureusement Ray Harryhausen « pour son inspiration ».

 

© Gilles Penso


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MOSQUITO (1994)

Suite au crash d’un OVNI, des moustiques atteignent des proportions gigantesques et attaquent la population…

MOSQUITO

 

1994 – USA

 

Réalisé par Gary Jones

 

Avec Gunnar Hansen, Ron Asheton, Steve Dixon, Rachel Loiselle, Tim Lovelace, Mike Hard, Kenny Mugwump, Josh Becker, Margaret Gomoll, John Reneaud

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Une mystérieuse capsule extraterrestre (une très jolie maquette qui nous met toute de suite dans l’ambiance « série B du film) se dirige vers notre planète et s’écrase au cœur de la forêt du Michigan. De la carcasse échouée émerge le corps d’une entité extra-terrestre conforme au look des aliens de La Guerre des mondes : un long bras reptilien et de grands doigts effilés. Un moustique se pose sur la peau de la créature et la pique. Dès lors une étrange mutation génétique se met en branle. Voilà comment commence le premier long-métrage de Gary Jones, un grand fan de cinéma de genre qui pense à cette idée de moustiques mutants depuis les années 80 et s’implique à fond dans le film (ses parents participent, plusieurs véhicules familiaux sont mis à contribution). Malheureusement, le budget à sa disposition se réduit comme peau de chagrin et les grandes ambitions qu’il caresse pour son Mosquito doivent être drastiquement revues à la baisse. D’où des effets spéciaux de qualité très variables. Si les maquillages spéciaux, les effets mécaniques et la pyrotechnie (supervisés par Jones lui-même) tiennent la route, et si les marionnettes mécaniques coordonnées par Matt Hundley fonctionnent plutôt bien, on ne peut pas en dire autant des figurines en stop-motion. Leur animation n’est pas en cause (elle est assurée par le talentueux Paul Jessel), mais les incrustations sont tellement horribles qu’elles feraient presque saigner les yeux des spectateurs.

Suite à la rencontre impromptue entre l’insecte et l’extra-terrestre en début de métrage, la situation dégénère. Dans toute la région, les habitants sont sauvagement attaqués par des moustiques géants de presque deux mètres d’envergure en quête de sang humain. La garde forestière Megan (Rachelle Loiselle), son petit-ami Ray (Tim Lovelace) et le docteur Parks (Steve Dixon), un météorologiste envoyé par le gouvernement, découvrent l’effroyable carnage et tentent d’unir leurs forces contre la menace vrombissante qui infeste les cieux. Plusieurs scènes parviennent à sortir du lot malgré les faibles moyens du film, notamment la poursuite du camping-car, l’assaut final de la maison ou l’homme armé d’une tronçonneuse qui s’en prend aux moustiques géants (par l’entremise de rétroprojections efficaces). On note que l’homme en question est interprété par Gunnar Hansen, le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse, ce qui ne manque pas d’ironie. Il se fend d’ailleurs d’une réplique en forme de clin d’œil lorsqu’il empoigne son engin : « ça doit bien faire vingt ans que je ne me suis pas servi d’un de ces trucs ».

Moustiques à la tronçonneuse

Mosquito se permet quelques passages gore, en particulier lorsque le dard d’un des insectes géants s’enfonce dans l’œil d’un pêcheur, ou lorsqu’un homme se vide de son sang jusqu’à ce que ses yeux s’éjectent de leur orbite. Gary Jones n’hésite pas à exhiber quelques cadavres sévèrement amochés, comme au moment de cette vision de cauchemar au cours de laquelle le camping-car est jonché de corps exsangues et desséchés. La mise en scène joue aussi habilement sur le bruitage stressant des insectes géants. Mais le film souffre de beaucoup de maladresses et de l’injection quasi-systématique d’un humour balourd véhiculé par une poignée de personnages affligeants : le garde forestier voyeur, les gangsters stupides, les pécheurs idiots, tous accompagnés dans leurs actions par une musique éléphantesque qui croit bon de surligner les effets comiques. Mosquito n’entra donc guère dans les mémoires, mais la carrière de Gary Jones était lancée, poursuivant sans complexe la voie du fantastique débridé avec une prédilection pour les grosses bébêtes. Il dirigea ainsi plusieurs épisodes de séries TV (Xena la guerrière, Hercule, Chérie j’ai rétréci les gosses, Sheena) puis quelques « creature features » plus ou moins convaincants, en particulier Spiders, Crocodile 2, Planet Raptor ou encore l’impensable Axe Giant et son titan armé d’une hache.

 

© Gilles Penso


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JEKYLL & HYDE (1990)

Michael Caine entre dans la peau du docteur Jekyll aux côtés de l’ex-Drôle de dame Cheryl Ladd dans cette version télévisée britannique…

JEKYLL & HYDE

 

1990 – GB

 

Réalisé par David Wickes

 

Avec Michael Caine, Cheryl Ladd, Joss Ackland, Ronald Pickup, Diane Keen, Kim Thomson, Kevin McNally, David Schofield, Lee Montague, Miriam Karlin

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Le long téléfilm Jack l’éventreur réalisé par David Wickes pour Thames Television, avec Michael Caine en tête d’affiche, fit son petit effet lors de sa diffusion en 1988 un peu partout dans le monde. Face à ce succès public et critique, les deux hommes décident de se réunir pour un autre récit victorien, en l’occurrence une adaptation de « L’Étrange cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde » de Robert Louis Stevenson. Ce sera un nouveau téléfilm (deux fois moins long que le précédent, 90 minutes au lieu des trois heures de Jack l’éventreur), cette fois-ci destiné à ITV. Pour se distinguer des innombrables œuvres déjà consacrées à ce bon docteur Jekyll, le scénario que Wickes écrit lui-même s’attarde sur le scandale social en inventant pour l’occasion de nouveaux personnages. Nous sommes dans l’Angleterre de 1884 et Jeffrey Utterson (Ronald Pickup), exécuteur testamentaire d’Henry Jekyll, s’apprête à disperser ses biens quand il retrouve Sara Crawford (Cheryl Ladd, ancienne espionne de charme chez les Drôles de dames). Disparue depuis cinq ans, Sara est légataire universelle du docteur, dont elle a eu un fils, mais ne veut rien recevoir. Pour éclaircir le mystère qui pèse sur la mort d’Henry, Sara accepte de raconter son étrange histoire, à l’occasion d’un long flash-back qui constitue le corps principal du film.

Dans cette version de l’histoire, Jekyll est veuf, ayant perdu sa femme d’une pneumonie. Il s’éprend alors de Sara, sa belle-sœur, une femme déjà mariée mais qui ne ressent plus aucun amour pour son époux parti à Singapour. Au départ, la relation est purement platonique et le père de Sara, le docteur Lanyon (Joss Ackland), regarde Jekyll d’un mauvais œil, le tenant pour responsable de la mort de sa première fille. On le voit, plusieurs intrigues non imaginées par Stevenson viennent s’immiscer dans le récit pour compliquer la vie de notre savant obnubilé par ailleurs par ses expériences. Car Jekyll, on le sait, étudie la limite insaisissable qui sépare le bien du mal. En testant sur lui-même sa précieuse formule, Henry se transforme en monstrueux Edward Hyde, une brute sans foi ni loi qui commence à entacher la ville de ses crimes sanglants…

Idylles compliquées et mutations difformes

À l’instar d’autres téléfilms remaniant les mythes fantastiques classiques, comme le Dracula de Dan Curtis ou le Frankenstein de Jack Smight pour n’en citer qu’une poignée, cette version prend donc plusieurs libertés avec les évènements décrits dans l’œuvre originale, ajoutant même des parents que nous ne connaissions pas (le père de Jekyll étant incarné par le vétéran Lionel Jeffries) et un journaliste avide de scandale (David Schofield). Malgré ses nombreuses infidélités, Jekyll & Hyde s’attache à retranscrire avec le plus de fidélité et de rigueur possibles l’ambiance et l’essence de la prose de Stevenson, ainsi que le cadre historique du récit. Michael Caine possède tout le charisme nécessaire au rôle de Jekyll et sa transformation en Hyde, à grand renfort de prothèses gonflables, est servie par des effets spéciaux de maquillages spectaculaires, œuvre conjointe de Stuart Conran (Hellraiser) et Mark Jones (Cabal). En revanche, Hyde, au stade final de sa métamorphose, est bien trop monstrueux – sorte d’Elephant Man chauve et boursouflé – pour être plausible. Ce téléfilm à l’approche pourtant réaliste pèche bizarrement par excès dans ces moments-là. Quant au dénouement, il offre aux téléspectateurs une surprise propre à susciter le malaise. Même si ce Jekyll & Hyde remporte beaucoup moins de suffrage que Jack l’éventreur, Caine sera nommé aux Golden Globes et aux Primetime Emmys pour sa performance.

 

© Gilles Penso


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TED (2012)

Mark Wahlberg incarne un trentenaire dont le meilleur ami est un ours en peluche aussi oisif, graveleux et potache que lui…

TED

 

2012 – USA

 

Réalisé par Seth MacFarlane

 

Avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Joel McHale, Giovanni Ribisi, Sam Jones, Patrick Warburton et la voix de Seth MacFarlane

 

THEMA JOUETS

Le soir de Noël, un petit garçon de huit ans formule un souhait un peu fou : que son ours en peluche prenne vie et devienne son ami pour la vie. Or le vœu se réalise et Ted et John sont désormais inséparables. Voilà qui pourrait donner lieu à un joli film pour enfants, un de ces contes enjôleurs susceptibles d’être diffusés en boucle sur Disney Channel pendant les périodes de fêtes. Mais ce n’est que le point de départ de Ted. Après le générique, nous découvrons que John a désormais 35 ans, et si son ours en peluche est toujours à ses côtés, il a désormais une voix de ténor et traîne avec lui sur le canapé en regardant la télé tout en échangeant des blagues graveleuses et en se gavant de bière. Car voilà : malgré son argument fantastique, Ted est une comédie trentenaire classique reproduisant une formule connue, celle du jeune adulte qui refuse de grandir, flanqué d’un bon copain sympathique mais lourdaud et d’une petite amie qui peine à trouver sa place dans l’équation. Tout l’intérêt – et l’originalité – du film repose donc sur l’intégration dans ce sous-genre comique classique d’un élément purement fantastique dérivé d’un conte de fée traditionnel. Un peu comme si Winnie l’Ourson venait envahir l’univers des frères Farrelly.

Jusqu’à présent, Seth MacFarlane s’était spécialisé dans les séries d’animation déployant déjà un humour adulte et référentiel (Family GuyLes Griffin, American Dad). Si Ted est au départ envisagé comme un autre show animé, le réalisateur décide finalement de passer à la prise de vues réelles. Le studio 20th Century Fox, qui accompagne depuis longtemps ses travaux, n’est pas très confiant dans cette entreprise et préfère se désister. C’est donc Universal qui prend le relais. Totalement investi dans le film, MacFarlane l’écrit et le réalise, mais prête également sa voix à l’ours en peluche. Il lui donne aussi sa gestuelle via la technique de la motion capture. « Seth sait exactement ce qu’il veut et peut souvent le dessiner pour vous sur une serviette de table » nous raconte Eric Leven, l’un des superviseurs des effets visuels du film. « Si les paupières dans ce plan sont un peu trop hautes, si elles doivent être décalées, si la forme de la bouche n’est pas tout à fait correcte, il dessine exactement ce qu’il veut sous forme de petit dessin animé pour que les animateurs sachent précisément ce qu’il a en tête. » (1) Ce sens de la minutie s’avère payant. Ted est en effet criant de vérité, fruit du travail conjoint de deux compagnies d’effets spéciaux complémentaires : le Tippett Studio et Digital Pictures Iloura.

Un ours bien léché

Extrêmement référentiel, l’humour de Ted tourne principalement autour de la culture pop des années 80. On y trouve donc en vrac un téléphone qui sonne avec la musique de K 2000, une allusion au chapeau d’Indiana Jones, la reprise de la chorégraphie de « Staying Alive » façon Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (une parodie de parodie, en somme), des clins d’œil à Superman Returns, Octopussy, Star Wars, et surtout un hommage récurrent au Flash Gordon de Mike Hodges avec une longue apparition pleine d’autodérision du comédien Sam Jones (en très grande forme). D’autres guests apparaissent aussi dans leur propre rôle, comme Tom Skeritt, Norah Jones ou Ted Danson. Quant à Giovanni Ribisi, il est comme toujours parfait dans la peau d’un inquiétant sociopathe (personnage qu’il esquissait déjà dans la série Friends et qui lui ouvrit en grand les portes d’Hollywood). Ted se consomme donc sans modération et avec une jubilation communicative. Le gigantesque succès du film au moment de sa sortie en salles entraîna la mise en chantier d’un second épisode en 2015. La 20th Century Fox s’en mordit bien sûr les doigts.

 

(1) Propos extraits du livre « Mad Dreams and Monsters: the Art of Phil Tippett and the Tippett Studio » (Cameron Books)

 

 

© Gilles Penso

 

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KNOCK AT THE CABIN (2023)

Le quinzième long-métrage de M. Night Shyamalan place une famille face à un dilemme dont l’issue est l’avenir de l’humanité…

KNOCK AT THE CABIN

 

2023 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Dave Bautista, Jonathan Groff, Ben Aldridge, Nikki Amuka-Bird, Kristen Cui, Abby Quinn, Rupert Grint, M. Night Shyamalan

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Knock at the Cabin n’était pas destiné initialement à M. Night Shyamalan. Le scénario de Steve Desmond et Michael Sherman, adaptation du roman « The Cabin at the End of the World » de Paul Tremblay, fut acquis par la compagnie FilmNation avant même la publication du livre. Mais le réalisateur de Sixième sens tombe sur ce script et l’adore. Il en fait une affaire personnelle, y ajoute sa plume pour se le réapproprier et lance une co-production entre sa propre société Blinding Edge Pictures et Universal Pictures (pour qui il a déjà réalisé Old). Énigmatique, le récit prend d’abord la forme d’un « home invasion » oppressant avant de s’orienter vers quelque chose de beaucoup plus surprenant, jouant sans cesse le décalage entre un huis-clos avec une poignée de personnages et des conséquences extérieures à échelle planétaire. C’est une illustration inattendue de l’effet papillon, ramené sous un jour beaucoup plus mystique que scientifique. Voilà donc un sujet taillé sur mesure pour celui qui mit en scène Signes et Phénomènes. Dans le rôle clé de Leonard, l’homme par qui les événements se déclenchent, Shyamalan pense immédiatement à l’impressionnant Dave Bautista après avoir apprécié sa prestation dans le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Le reste du casting est moins familier du grand public, à l’exception de Rupert Grint, le Ron de la saga Harry Potter, dans un contre-emploi savoureux de « chien fou » incapable de réfréner ses émotions.

Le film commence dans un cadre idyllique digne du jardin d’Eden, que Shyamalan filme pourtant avec une certaine étrangeté. Wren, une fillette asiatique (Kristen Cui), capture des sauterelles et les installe dans un bocal, en prenant bien soin de noter leurs caractéristiques dans son cahier. Bientôt, une silhouette imposante vient à sa rencontre. L’homme se veut rassurant, son regard est affable, mais sa carrure est celle d’un colosse. Il s’agit de Leonard, qui affirme ne rien vouloir d’autre que sympathiser avec la gamine. Wren, logiquement méfiante, répond qu’elle n’est pas autorisée à parler aux étrangers. Leonard comprend, mais il entame la conversation malgré tout. Et pendant qu’il parle, d’autres inconnus s’approchent, armés d’outils tranchants fort peu rassurants. Wren prend peur et s’enferme dans sa maison, rejointe par ses deux pères Eric (Jonathan Groff) et Andrew (Ben Aldridge). Tous trois s’inquiètent. Qui sont ces gens à l’extérieur ? Et pourquoi tiennent-ils tant à entrer chez eux ?

Apocalypse Now ?

Le cinéaste n’a pas choisi par hasard de commencer son film avec des sauterelles, symbole évident d’un fléau divin (elles représentent l’une des dix plaies d’Égypte) mais aussi métaphore du microcosme enfermé dans la cabane. Ces humains minuscules ne sont-ils pas eux aussi soigneusement étudiés par une force supérieure ? La question qui taraude assez vite le spectateur est somme toute assez simple : Shyamalan va-t-il réussir à tenir sur une idée aussi minimaliste pendant toute la durée du métrage ? Certes, des échappées sous forme de flash-backs s’intéressant à des épisodes importants de la vie d’Eric et Andrew permettent de sortir furtivement du huis-clos et de nous faire découvrir avec plus d’acuité leurs caractères respectifs et la force du lien qui les unit. Mais pour le reste, l’enfermement et la tension restent les maîtres mots. Or non seulement le réalisateur parvient à nous tenir en haleine, mais il va surtout jusqu’au bout de son concept, nous poussant sans cesse à nous positionner moralement par rapport à cette situation inédite. Sa mise en scène virtuose – et pourtant discrète – parvient à créer le malaise à partir des choses les plus banales, tandis que raisonne de manière obsessionnelle le mantra d’un des personnages : « Crois en quelque chose de plus grand que toi ». Nous ne sommes finalement pas loin des questionnements autour de la foi que développait Signes, avec à la clé une interrogation lancinante : les coïncidences existent-elles, ou tout est-il déjà déterminé à l’avance ? Passionnant et inconfortable, Knock at the Cabin ne pouvait évidemment pas plaire à tout le monde. Mais combien de films parviennent-ils encore autant à bousculer et à surprendre sans jamais emprunter les sentiers battus ?

 

© Gilles Penso

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