DANS LES GRIFFES DE LA MOMIE (1967)

Des archéologues découvrent le tombeau d’un prince égyptien dans une caverne et réveillent une terrible malédiction…

THE MUMMY’S SHROUD

 

1967 – GB

 

Réalisé par John Gilling

 

Avec André Morell, John Phillips, David Buck, Michael Ripper, Catherine Lacey, Eddie Powell, Maggie Kimberly, Tim Barrett

 

THEMA MOMIES

La Malédiction des pharaons et Les Maléfices de la momie ayant fait leur petit effet, la Hammer décide de tirer profit du filon avec cette troisième aventure, dernier film de la compagnie britannique à être tourné aux studios Bray. Dès le prologue – un flash-back situé dans l’Égypte antique – on sent bien que le budget a considérablement été revu à la baisse. Avec dix figurants en costume et un bout de décor en carton-pâte, nous découvrons l’histoire du jeune prince Kah To Bé, contraint de se réfugier avec son serviteur Prem (Dickie Owen, déjà momie dans le film précédent) dans le désert après l’assassinat de son père Men Ta par son propre frère Ar Men Ta. Sentant la mort venir, le prince déchu confie son sceau royal à son robuste serviteur… et nous voilà transportés au début des années 20. Financée par le riche industriel Stanley Preston et menée par Sil Basil Walden, une équipe d’archéologue cherche la sépulture du défunt prince. Les membres de l’expédition ne sont plus que quatre depuis que les porteurs les ont abandonnés, ce qui s’avère bien pratique d’un point de vue budgétaire. Parmi eux se trouve une dénommée Claire, qui semble avoir un certain don pour les prémonitions, n’hésitant pas à affirmer : « quand nous sortirons du désert commencera le vrai danger, et quelques-uns parmi nous vont en être victimes. »

Les archéologues découvrent enfin la caverne où repose le tombeau du prince, mais se heurtent à la désapprobation de Hasmid, descendant de Prem, qui surgit comme un diable et s’autoproclame gardien du tombeau. A leur retour au Caire, Walden tombe malade et se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique. Après s’en être évadé, il est recueilli par une étrange voyante, Haiti. Complice d’Hasmid, elle récite les incantations et réveille la momie de Prem. Colossale et plutôt bien en chair, celle-ci est affublée d’un maquillage sommaire, genre cagoule blanche de catcheur mexicain, ce qui nuit beaucoup à sa crédibilité. Le design du masque s’inspire pourtant d’une vraie momie exposée au British Museum. Pour incarner le monstre, on fait appel à Eddie Powell, un cascadeur qui doubla souvent Christopher Lee, notamment dans la série des Dracula mais aussi dans La Malédiction des pharaons. La momie attaque d’abord Walden, lui écrasant la tête entre ses puissantes mains, puis regagne sagement son sarcophage. Sa prochaine victime est le photographe de l’expédition, qu’elle asperge d’acide avant d’incendier son labo photo. Quelque peu échaudé, Preston décide de quitter l’Égypte avec son attaché de presse. Mais son projet tourne court. Il finit étranglé sur un quai tandis que son assistant est défenestré sans ménagement…

« L’un fabrique des femmes, l’autre les détruit ! »

Visiblement conscient du manque de panache de sa momie, le réalisateur John Gilling prend le parti de déformer la première vision du monstre qu’ont ses victimes nocturnes : en reflet dans une boule de cristal, dans le bac de révélateur du photographe, ou encore sous forme d’une silhouette floue à travers les yeux d’un myope ayant brisé ses lunettes. L’affrontement final est lui-même un peu terne, la momie finissant vaincue par une formule sacrée prononcée à voix haute par la belle Maggie Kimberley. Elle se décompose alors via un trucage simple mais très efficace : ses mains effritent son visage qui révèle un crâne tombant lui-même en miettes. Écrit en cinq jours à peine par John Gilling et Anthony Hinds, Dans les griffes de la momie n’a qu’un seul véritable atout : le comédien John Phillips, savoureux en businessman odieux et imbu de lui-même qui dicte ses exploits et ses quatre volontés à son attaché de presse servile. Le film sort en double-programme avec Frankenstein créa la femme, le slogan des encarts publicitaires de l’époque n’y allant pas avec le dos de la cuiller : « Quel horrible duo ! L’un fabrique des femmes, l’autre les détruit ! », tandis que l’illustration de Tom Chantrell, reprise par Boris Grinson pour les affiches françaises, montre un visage couvert de bandelettes, le regard fou, empoignant dans sa main une jeune femme en maillot de bain ! Le gigantisme mensonger de la créature est accru par la présence d’un arbre et de figurants paniqués courant sur son crâne, comme s’il s’agissait d’une colline ! Déçu par ce film, qu’il considère comme l’une de ses pires réalisations, John Gilling se tourne ensuite vers le petit écran (Les Champions, Le Saint) puis prend sa retraite en Australie au milieu des années 70.

 

© Gilles Penso


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LA MAISON AUX FENÊTRES QUI RIENT (1976)

Venu restaurer la fresque de la vieille église d’un village italien, un artiste peintre se retrouve plongé dans une atmosphère cauchemardesque…

LA CASA DALLE FINESTRE CHE RIDONO

 

1976 – ITALIE

 

Réalisé par Pupi Avati

 

Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Giulio Pizzirani, Vanna Busoni, Andrea Matteuzzi

 

THEMA TUEURS

Si le nom Pupi Avati est aujourd’hui associé à de jolies comédies dramatiques italiennes telles qu’Histoire de garçons et de filles, Le Sentier des anges ou Le Cœur est ailleurs, le cinéaste fit ses premières armes en participant à l’écriture d’œuvres sulfureuses telles que Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini ou Baiser macabre de Lamberto Bava (qu’il produisit), puis mit en scène quelques films d’épouvante insolites comme l’horrifique Zeder ou le très surprenant La Maison aux fenêtres qui rient. Derrière ce titre surréaliste qui évoque les premiers films de Dario Argento, notamment L’Oiseau au plumage de cristal ou Quatre mouches de velours gris, se cache une intrigue torturée à mi-chemin entre le thriller et l’horreur pure. Le générique de début donne le ton : on y voit un homme nu, pendu par les bras et lardé de coups de couteau par deux silhouettes encapuchonnées, tandis qu’une voix masculine déclame une ode à la couleur, à la peinture et au sang.

Après ce prologue choc, le film prend pour héros Stefano (Lino Capolicchio), un artiste talentueux missionné dans un petit village italien pour restaurer la fresque murale d’une église qui a été détruite puis reconstruite six fois à travers les âges. L’auteur de la peinture, un certain Bruno Leniani, est mort dans d’étranges circonstances vingt ans plus tôt, et s’était spécialisé dans la reproduction hyperréaliste de la souffrance et de la mort. D’où cette fresque, représentant avec une troublante crudité l’agonie de Saint-Sébastien. Stefano se met à l’œuvre, mais se rend bien compte que sa venue n’est pas appréciée de tous. Il y a d’abord ces appels téléphoniques anonymes qui l’enjoignent de rentrer chez lui, puis cet hôtel qui refuse de continuer à l’héberger, et enfin la mort mystérieuse de son ami Antonio (Giulio Pizzirani) sur le point de lui faire d’inquiétantes révélations à propos d’une « maison avec d’étranges fenêtres ». Pour pouvoir prolonger son séjour au village, Stefano est contraint de loger dans une grande demeure un peu à l’écart, où vit une vieille propriétaire constamment alitée.

Rouge sang

Là, l’épouvante va s’immiscer plus profondément, via ces bruits angoissants qui résonnent toutes les nuits dans la maison, où cette bande magnétique à l’étrange contenu que Stefano découvre derrière une tenture… Ainsi, par touches successives, Pupi Avati instille un climat malsain, prenant patiemment son temps pour construire l’atmosphère de son film, jouant sur des décors sinistres à souhait, une photographie de Pasquale Rachini qui compose admirablement avec la palette des couleurs, une bande son subtilement lugubre et un rythme pesant… Jusqu’à ce dénouement choc, où l’horreur éclate enfin sans retenue, et où la folie meurtrière nous renvoie directement à la célèbre chute de Psychose. Méconnue, discrètement distribuée en nos contrées, La Maison aux fenêtres qui rient est une œuvre trouble à ranger sans conteste aux côtés des meilleurs joyaux transalpins du genre, quelque part entre Les Frissons de l’angoisse, La Longue nuit de l’exorcisme et Suspiria.

 

© Gilles Penso

 

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MONSTER FROM GREEN HELL (1957)

Des guêpes irradiées par des rayons cosmiques atteignent des proportions colossales et sèment la panique dans la jungle…

MONSTER FROM GREEN HELL

 

1957 – USA

 

Réalisé par Kenneth G. Crane

 

Avec Jim Davis, Barbara Turner, Robert E. Griffin, Joel Fluellen, Eduardo Ciannelli, Vladimir Sokoloff, Tim Huntley, LaVerne Jones

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Sous l’impulsion de Des monstres attaquent la ville et Tarantula, distribués respectivement en 1954 et 1955, le cinéma de science-fiction du milieu des années 50 s’est soudain pris d’une passion grandissante pour les insectes géants nés d’expériences inavouables. Produit par Al Zimbalist Jr, responsable d’un assez redoutable Robot Monster, ce Monster From Green Hell se contente ainsi d’accumuler tous les poncifs du genre, en prenant pour prétexte un missile transportant des guêpes envoyées dans l’espace à titre expérimental qui finit par s’écraser en pleine Afrique. Devenus gigantesques à cause de rayons cosmiques ayant entraîné leur mutation, les insectes sèment bientôt une belle panique dans la jungle. De toute évidence, Wah Chang, qui est chargé de fabriquer les monstres géants, n’a pas vu de guêpes depuis longtemps lorsqu’il s’attelle à la tâche, car ses créatures ne ressemblent que très vaguement à des insectes, et s’approchent à la limite plus du scarabée que de la guêpe. D’ailleurs, on les voit beaucoup plus souvent ramper que voler.

La plupart du temps, le trucage utilisé est une tête géante qui terrorise les personnages mais provoque plutôt le rire chez les spectateurs. Pour les plans plus larges, c’est l’animation image par image qui est mise à contribution, sous la supervision de Jack Rabin et Louis DeWitt. Cette technique permet des effets plus intéressants et des images plus mémorables que la grosse tête immobile, mais le look des insectes demeure très peu crédible dans les deux cas, leurs petites ailes battant timidement dans les airs et leurs mandibules s’agitant sans beaucoup de conviction. Pour intégrer les figurines animées dans les prises de vues réelles, l’équipe des effets spéciaux recourt principalement aux transparences, ce qui permet notamment de montrer les guêpes menacer les acteurs, des hordes d’animaux récupérées dans des stock-shots divers ou des foules généreusement puisées dans le film Stanley et Livingstone d’Henry King et Otto Brower (1939). C’est d’ailleurs pour mieux se raccorder avec ces larges extraits que l’ensemble des comédiens portent des costumes victoriens ! Dans d’autres plans, des doubles expositions donnent aux guêpes des tailles godzillesques au mépris de tout sens des proportions.

« La nature sait parfois réparer elle-même ses erreurs… »

L’une des séquences les plus intéressantes est probablement le combat nocturne entre l’une des guêpes géantes et un immense serpent, recourant presque exclusivement à l’animation dans un décor miniature, même si sa brièveté la rend assez frustrante. Finalement, les monstres bourdonnants sont anéantis par une éruption volcanique, via des plans très « cheap » qui se contentent de surimpressionner de véritables images de volcans avec des plans des insectes déjà utilisés plus tôt dans le film. Et les héros de conclure cette belle aventure par quelques phrases hautement spirituelles du style « Il a fallu un volcan pour réussir là où nous avons échoué », ou encore « La nature sait parfois réparer elle-même ses erreurs ». Que d’émotions ! Le réalisateur Kenneth G. Crane tournera deux autres films fantastiques très anecdotiques, The Manster et The Double Garden, avant de revenir à son activité première de monteur.

 

© Gilles Penso

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LES EXPÉRIENCES ÉROTIQUES DE FRANKENSTEIN (1973)

Un délire érotico-horrifique concocté par l’habitué du genre Jess Franco, avec le monstre de Frankenstein, un savant fou et une femme vampire…

LA MALDICION DE FRANKENSTEIN

 

1972 – ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Jess Franco

 

Avec Howard Vernon, Britt Nichols, Dennis Price, Fernando Bilbao, Lina Romay, Anne Libert, Albert Dalbes, Luis Barboo

 

THEMA FRANKENSTEIN I VAMPIRES

Dans cette séquelle assez calamiteuse de Dracula prisonnier de Frankenstein, Jess Franco se distingue une fois de plus par la maladresse de sa mise en scène : les mouvements de caméra sont approximatifs, les coups de zoom anarchiques, l’image souvent floue, les acteurs jouent un peu n’importe comment (surtout dans les scènes où ils sont censés s’affronter) et la musique est assez peu audible. Ici, le monstre de Frankenstein (Fernando Bilbao, le même que dans le film précédent) est entièrement argenté et son maquillage (dont on voit précisément les raccords) évoque très grossièrement celui de Boris Karloff. Ranimé magnétiquement dans un décor de laboratoire excessivement pauvre, il s’écrie « j’ai mal à la tête » lorsque son créateur (le maladif Dennis Price), assisté d’un dénommé Morpho (qu’interprète Jess Franco lui-même), lui transperce le crâne pour des raisons scientifiques qui nous échappent. Bientôt, la créature est kidnappée par le maléfique Cagliostro (Howard Vernon, le Dracula du film précédent) et Melissa (Anne Libert), sa femme-oiseau vampire au corps recouvert de plumes bleues.

Au passage, Melissa occis Morpho puis kidnappe de jeunes vierges pour le plaisir de Cagliostro et pour ses futures expériences. On ne sait pas exactement à quoi elles peuvent servir, d’un point de vue strictement médical, mais à ce stade on ne s’étonne plus de rien. De son côté, Frankenstein trépasse, ressuscite grâce aux efforts de sa fille Vera (Beatriz Savon), puis meurt à nouveau ! Vera Frankenstein tente alors assez maladroitement de s’opposer à Cagliostro en se livrant elle-même comme victime. Friand d’expériences absurdes, Cagliostro, de son côté, décapite une jeune femme et greffe sa tête sur le corps d’une autre, afin de créer la « femelle parfaite ». Il la fait ressusciter par Vera et l’offre aux ardeurs du monstre de Frankenstein, dans le but de faire naître une descendance de surhommes, la race des « Pantos ». Mais le Dr Seward fait comprendre au monstre que Cagliostro a fait tuer son créateur, ce qui provoque sa fureur.

Des femmes nues et des zombies

Quelques femmes nues et des zombies portant des masques de carnaval ajoutent un peu d’ambiance au délire ambiant. La fin, aussi confuse que le reste du métrage, nous apprend la future naissance d’un autre Cagliostro dans neuf mois (?!). On sent bien que tout – du scénario jusqu’au montage en passant par la fabrication des décors et la direction des acteurs – est fait à la hâte, dans la panique et le désordre le plus total, témoignage à vif de la boulimie maladroite d’un Jess Franco soucieux d’enchaîner les films les plus vite possible sans jamais tirer la moindre leçon de ses erreurs ni tenter d’améliorer la qualité de ses métrages. Dans le rôle d’Esmeralda la Gitane, on reconnaît Lina Romay, qui avait fait ses débuts la même année dans La Fille de Dracula, et qui allait rapidement devenir l’égérie de Jess Franco, héroïne de bon nombre de ses délires érotico-horrifiques, le suivant même jusque dans ses œuvres les plus pornographiques (et il en réalisa un nombre non négligeable, le bougre !). Les Expériences érotiques de Frankenstein est aussi connu sous un titre plus « sage », La Malédiction de Frankenstein.

 

© Gilles Penso

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WARLOCK (1989)

Julian Sands entre dans la peau d’un être démoniaque qui débarque dans le Los Angeles des années 1980 pour retrouver un grimoire magique…

WARLOCK

 

1989 – USA

 

Réalisé par Steve Miner

 

Avec Julian Sands, Lori Singer, Richard E. Grant, Mary Woronov, Kevin O’Brien, Richard Kuss, Allan Miller

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS

À la fin des années 1980, David Twohy n’est pas encore le scénariste de À armes égales, Waterworld et Le Fugitif, ni le réalisateur de la saga Riddick. Mais il a déjà à son actif le script de Critters 2, déployant des trésors d’ingéniosité autour d’un concept se contentant au départ de surfer sur le succès du Gremlins de Joe Dante. L’histoire qu’il concocte pour Warlock séduit l’équipe de New World Pictures, la compagnie créée par Roger Corman, qui en confie la mise en scène à Steve Miner. Ce dernier a alors réalisé Le Tueur du vendredi, Meurtres en trois dimensions et House, démontrant ses affinités évidentes avec l’horreur, mais aussi neuf épisodes de la série Nos années coup de cœur ainsi que le désopilant Soul Man, preuve que la comédie est aussi dans ses cordes. Ces deux composantes vont s’avérer très utile pour donner à Warlock sa forme définitive. Pour le rôle principal, c’est Julian Sands qui est envisagé. Repéré pour ses prestations dans La Déchirure, Chambre avec vue et Gothic, cet acteur d’origine anglaise prête peu d’attention au scénario qu’on lui fait parvenir, persuadé qu’il s’agit d’un de ces innombrables slashers dont sont envahis les écrans depuis Halloween. Lorsqu’il finit par le lire, l’histoire et le ton lui plaisent beaucoup et il s’embarque dans l’aventure.

En 1691, à Boston, le chasseur de sorcières Giles Redferne (Richard E. Grant) capture le démoniaque Warlock (Sands) et le fait condamner à la pendaison. Mais Satan le libère et le propulse dans le futur. Redferne le suit à travers le portail temporel et le retrouve dans Los Angeles trois siècles plus tard. Le Warlock atterrit en catastrophe dans la maison d’une serveuse nommée Kassandra (Lori Singer) qui l’héberge sans se douter qu’elle vient d’ouvrir ses portes à un être démoniaque… A peu de choses près, Warlock suit la trame narrative de Terminator, l’enjeu étant le même (le basculement de la Terre dans le chaos), mais cette fois ci nos deux antagonistes viennent du 17ème siècle. La quête est ici celle d’un grimoire diabolique à reconstituer. Cette espèce de Necronomicon aurait pu permettre à Warlock de s’intituler Pages arrachées au livre de Satan si le titre n’avait déjà été utilisé par Carl Theodor Dreyer en 1920.

« Je suis une sorcière ! »

Julian Sands trouve ici un de ses meilleurs personnages, nimbant chacune de ses apparitions d’une aura inquiétante des plus efficaces. La mise en scène inspirée de Steve Miner joue volontiers avec le suspense (l’héroïne vieillie qui tente de récupérer son bracelet en courant après un train en marche), l’horreur (des yeux et une langue arrachés, un doigt tranché) et le fantastique spectaculaire (les voltiges à la Superman, l’affrontement final). Avec bonheur, l’humour s’immisce de manière quasi-omniprésente, non pour distancier le spectateur de l’intrigue en le faisant ricaner – comme c’était souvent le cas dans le cinéma d’horreur de l’époque -, mais pour lui permettre de partager le cynisme dévastateur du Warlock. La partition de Jerry Goldsmith donne une touche un peu rétro au film. Dommage que le final, qui semble inspiré de Scanners, se débarrasse du sorcier de manière aussi expéditive et aussi peu crédible. Notons les difficultés des traducteurs français avec le mot « warlock », ce qui amène parfois Julian Sands à affirmer avec appoint : « je suis une sorcière » ! Le film est achevé à la fin de l’année 1988 mais la société New World Pictures fait faillite au moment de sa sortie en salles. Les droits de distribution sont alors rachetés par Trimark Pictures qui mettra sur pied les suites Warlock 2 et Warlock III.

 

© Gilles Penso

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LE MONDE PERDU (1951)

Une aventure romanesque maritime qui confronte ses héros à des pirates et à des dinosaures sur une île déserte volcanique…

TWO LOST WORLDS

 

1951 – USA

 

Réalisé par Norman Dawn

 

Avec Laura Elliot, James Arness, Bill Kennedy, Gloria Petroff, Tom Hubbard, Jane Harlan, Michael Rye

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Vingt-six ans après Le Monde perdu d’Harry O’Hoyt, cette petite production réalisée par Norman Dawn n’hésite pas à promettre à ses spectateurs un double monde perdu avec le titre sans équivoque Two Lost Worlds (que les distributeurs belges et français traduisent de manière plus classique, quitte à faire croire de manière mensongère qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle). Le récit commence le 16 août 1830. Nous sommes alors au cœur du développement de la marine marchande, symbolisée par le fier navire Hamilton Queen quittant les rives de Salem pour son premier voyage en direction des Indes orientales. « Le Hamilton Queen transporte bien plus que la précieuse cargaison abritée dans sa cale », déclame une voix off sans demi-mesure. « Il transporte les rêves de l’Amérique et ceux des hommes qui savent saisir la chance que leur offre leur destin ». Kirk Hamilton lui-même nous apparaît alors sous les traits du comédien James Arness (La Chose d’un autre monde, Des Monstres attaquent la ville), fier, le cheveu au vent, la main nonchalamment posée sur la barre du navire, tel l’incarnation en chair et en os d’une gravure d’époque.

L’élément comique du film est apporté par le personnage de Salty (Tim Graham), l’homme à tout faire qui grimace régulièrement avec la finesse d’Abbott et Costello. Lorsque le sinistre capitaine Hackett (Michael Rye), à bord du Phantom, décide de passer à l’abordage, une brève bataille marine garnie de stock-shots s’ensuit, avant que le Hamilton Queen ne parvienne à semer ses assaillants. Blessé, Hamilton fait alors escale dans une petite ville côtière australienne pour se soigner et laisse son équipage poursuivre le voyage. Là, il sympathise avec la fille du gouverneur, Elaine Jeffries (Laura Elliot). S’ensuivent une amourette printanière, la jalousie du rival, le bal du village et le retour de la voix off qui paraphrase tout ce qui passe à sa portée… Plus ce récit romanesque avance, plus il semble évident que le titre du film est aussi mensonger que son poster garni de reptiles géants agressifs. Le spectateur qui aura eu la patience d’attendre jusque-là assistera au retour du pirate et de ses hommes, à l’enlèvement d’Elaine et à une nouvelle bataille en mer garnie de coups de canons et de stock-shots.

Les sauriens qui venaient d’ailleurs

Il faut attendre la toute dernière bobine, à un quart d’heure de la fin du métrage, pour que nos héros échouent sur une île déserte et volcanique. Là, sans crier gare, les dinosaures surgissent enfin… ou plutôt un crocodile et un iguane agrandis à l’écran. Leur présence est d’autant plus incongrue dans l’aventure que rien ne la justifie. Ils sont d’ailleurs empruntés à un autre film, le fameux Tumak, fils de la jungle d’Hal Roach (1940), grand pourvoyeur de stock-shots reptiliens à l’attention de productions fauchées en mal de grands monstres. Les deux sauriens s’entretuent donc, sous le regard des protagonistes via des rétroprojections plutôt bien troussées, avant l’incontournable catastrophe volcanique clôturant comme il se doit la majorité des récits de mondes perdus. Ayant épuisé son lot d’images d’archives, Two Lost Worlds s’achève comme il a commencé, avec l’image d’Épinal d’un navire marchand qui vogue sur les océans et une voix off plus sentencieuse que jamais…

 

© Gilles Penso

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L’ÎLE MAGIQUE (1995)

Un jeune garçon délaissé par sa mère est aspiré par un livre magique qui le transporte dans un monde peuplé de pirates et de créatures fantastiques…

MAGIC ISLAND

 

1995 – USA

 

Réalisé par Sam Irvin

 

Avec Zachery Ty Bryan, Andrew Divoff, Edward Kerr, Lee Armstrong, French Stewart, Jessie-Ann Friend, Oscar Dillon, Abraham Benrubi, Sean O’Kane

 

THEMA CONTES I SAGA CHARLES BAND

L’Île magique s’inscrit dans la série des films à petits budgets produits directement pour le marché vidéo pour le label Moonbeam, destiné au jeune public. Après les dinosaures miniatures de Prehysteria, le monstre amical du Château du petit dragon, les géants comiques de Jack et le haricot magique et les peluches extra-terrestres de La Boutique fantastique, place à un récit fantastique rocambolesque qui semble tirer directement son inspiration des aventures de Peter Pan. Un émule du capitaine Crochet et une charmante sirène y font leur apparition, tandis que l’île magique qui donne son titre au film est une variante manifeste du fameux Pays imaginaire. Tourné au Mexique (plus précisément à Ixtapa-Zihuatanejo) pour pouvoir bénéficier de paysages naturels luxuriants et d’un bord de mer photogénique, L’Île magique met en vedette Zachery Ty Bryan, un « enfant star » de l’époque dont le public américain connaissait alors bien la frimousse grâce à la sitcom Papa bricole avec Tim Allen (plus de 200 épisodes au compteur). Habitué aux productions Charles Band, le réalisateur Sam Irvin dirige ce conte pour enfants entre le tournage de Oblivion (1994) et de sa suite (1996) en s’appuyant sur un scénario co-écrit par Brent Friedman et Neil Ruttenberg, auteurs du très anecdotique Prehysteria 3.

Zachery Ty Bryan incarne Jack Carlisle, un garçon de 13 ans désabusé. Depuis le départ de son père, sa mère (Schae Harrison) est toujours accaparée par son travail et le délaisse trop souvent. Alors qu’il s’apprête à fuguer, sa nounou Lucretia (Ja’net DuBois) le convainc de lire « L’île magique », un livre qui lui appartient depuis plusieurs générations. Zach s’isole dans sa chambre et le feuillette distraitement. Mais soudain, le voilà aspiré par le livre et projeté en 1796, sur une île sauvage où le prince Morgan (Edward Kerr), la guerrière Gwyn (Lee Armstrong) et le valeureux Dumas (Oscar Dillon) affrontent le redoutable Barbe Noire (Andrew Divoff) et ses sbires. Alors qu’il prend la fuite, Zach est sauvé par une petite sirène, Lily (Jessie-Ann Friend), et tente de sauver les héros de cette aventure en se faisant passer pour un grand magicien…

Requin des sables, arbre à pizzas et statue géante

Bardée de clichés, cette petite histoire fantastique qui paie son tribut au Magicien d’Oz et à L’Histoire sans fin échappe à la mièvrerie grâce à une approche systématiquement humoristique. La véritable attraction du film n’est cependant pas à chercher du côté des personnages humains mais plutôt auprès des créatures bizarres et des phénomènes fantasmagoriques qui ponctuent cette aventure : un requin des sables au look reptilien dont le héros se débarrasse avec du chewing-gum, un totem vivant dont les trois visages caricaturaux se disputent sans cesse (clin d’œil au géant tricéphale de Sacré Graal ?), un arbre à pizzas, un fantôme squelettique ricanant ou un bas-relief qui prend vie, tous conçus sous la supervision du créateur d’effets spéciaux Mark Rappaport. Le clou du spectacle est une statue en stop-motion qui rend ouvertement hommage au Talos de Jason et les Argonautes et offre au film sa meilleure séquence. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas David Allen (l’animateur habituel des productions Charles Band) qui anime la créature mais Joel Fletcher, sous la supervision de Joseph Grossberg. A l’image de la grande majorité des productions Moonbeam, L’Île magique est un film plaisant mais pas foncièrement mémorable, ce qui explique pourquoi peu de gens s’en souviennent encore aujourd’hui.

 

© Gilles Penso

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THE UNDEAD (1957)

Roger Corman raconte une étrange séance d’hypnose qui ramène une jeune femme dans une vie antérieure où règnent sorcières et démons…

THE UNDEAD

 

1957 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Richard Garland, Pamela Duncan, Allison Hayes, Val Dufour, Mel Welles, Dorothy Neumann, Billy Barty

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VOYAGES DANS LE TEMPS I DIABLE ET DÉMONS

Extrêmement prolifique au milieu des fifties, Roger Corman réalisa pas moins de huit films en 1957, notamment Not of this Earth, Viking Women and the Sea Serpent, L’Attaque des crabes géants, et cet étonnant The Undead. Parallèlement aux extra-terrestres belliqueux, aux crustacés monstrueux et aux serpents de mer, ce stakhanoviste de la mise en scène et de la production s’attaqua ainsi à un récit complexe mêlant sorcellerie, hypnose, diable, voyages dans le temps et réincarnation. Tout ça avec un budget minuscule, une poignée de décors et une petite semaine de tournage à peine. « Je voulais profiter de l’éphémère passion du public pour la réincarnation au milieu des années 1950, comme en témoignaient les excellentes ventes du livre “A la recherche de Bridey Murphy“ », raconte Corman. « Chuck Griffith avait écrit un scénario intitulé The Trance of Diana Love mais l’engouement était déjà passé et nous l’avons sorti sous le titre The Undead. » (1). Le film raconte l’étrange expérience de Quintus Ratcliff (Val Dufour), un étudiant en psychologie qui, après avoir passé sept ans au Tibet, revient voir son professeur. Il le convainc de pratiquer une séance d’hypnose conforme à celles auxquelles il a assisté auprès des chamanes du Népal. Son cobaye sera Diana Love (Pamela Duncan), une prostituée qui accepte de se prêter au jeu du moment qu’on la paie bien. L’objectif de Quintus est de la faire régresser jusque dans une vie antérieure.

Nous la retrouvons donc en plein moyen âge dans la peau d’Hélène, une jeune femme accusée de sorcellerie et condamnée à la décapitation. Tandis qu’elle croupit dans un cachot et s’efforce de ne pas céder aux avances de son gardien disgracieux, elle entend la voix de Diana – c’est-à-dire elle-même dans le futur – et en profite pour s’échapper. A partir de là, elle vit une aventure confuse qui laisse imaginer un certain surmenage chez les scénaristes. Fuyant dans une forêt embrumée qui annonce le cycle d’adaptations d’Edgar Poe que Corman réalisera peu après, elle rencontre le fossoyeur ensorcelé Smokin (Mel Welles), puis la vieille et caricaturale sorcière Meg Maud (Dorothy Neuman). Dans la foulée, nous apprenons que le beau Pendragon (Richard Garland) est amoureux d’Hélène, mais qu’il est lui-même convoité par la sorcière Lydia (Allison Hayes, qui fut l’inoubliable géante d’Attack of the 50 Foot Woman et qui constitue le seul éclat d’un casting par ailleurs assez terne). Lydia est accompagnée d’un diablotin aux oreilles pointues et à la jolie houppette, et tous deux passent la majeure partie du film à se muer en animaux divers : chat noir, lézard, rapaces, chauves-souris ou araignées.

La danse des ghoules

« Pour l’unique décor réel du film, je me suis servi d’une magnifique maison des années 1930, à Beverly Hills, et j’ai soigneusement cadré de sorte que les maisons voisines n’apparaissent pas à l’écran », raconte Corman. « Pour reproduire l’ambiance du Moyen Âge, nous avons construit les décors intérieurs sur le plateau, nous avons fait venir beaucoup d’arbres, avons apporté de la terre par pelletées pour recouvrir le sol en béton, diffusé du brouillard en arrière-plan et avons loué les éléments de décor, accessoires et costumes auprès des établissements fournissant également les films à gros budget. » (2) C’est ainsi que le réalisateur/producteur parvient à boucler son film pour 75 000 dollars seulement. L’un des moments les plus improbables de The Undead est le sabbat des sorcières, présidé par un diable sans panache (un barbu dans un habit noir arborant une grande fourche et incarné par un Richard Devon surjouant à outrance), au cours duquel trois ghoules entament une chorégraphie improbable. Parallèlement, la séance d’hypnose prend des allures de véritable voyage dans le temps, puisque Quintus s’avère capable de traverser les âges pour venir lui-même en aide à Hélène. Le scénario propose alors un dilemme surréaliste : soit Hélène se sacrifie et permet à ses vies futures de se dérouler, soit elle brise le continuum espace-temps et annule du même coup ses prochaines existences. L’idée ne manque pas d’intérêt, mais elle se noie dans un maelström d’incohérences scénaristiques et de péripéties improbables, signe d’une écriture, d’un tournage et d’une production exagérément précipités.


(1) et (2) Extraits de la biographie “Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime” par Roger Corman et Jim Jerome, publiée en 1990

 

© Gilles Penso

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BASILIK, MONSTRE DU DÉSERT (2006)

Un gigantesque reptile aux yeux paralysants sort de son sommeil millénaire et sème la panique dans le musée où il est exposé…

BASILISK, THE SERPENT KING

 

2006 – USA

 

Réalisé par Louie Myman

 

Avec Jeremy London, Wendy Carter, Cleavant Derricks, Griff Furst, Sarah Skeeters, Stephen Furst, Yancy Butler, Doug Dearth

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Créature terrifiante citée par plusieurs mythologies occidentales, notamment dans l’Antiquité et au moyen âge, le Basilic est un hybride du reptile et du coq qui pétrifie du regard, empoisonne l’air et crache un redoutable venin. Il est surprenant qu’un tel monstre ait été si peu exploité au cinéma, si l’on excepte quelques apparitions en « guest-star » comme dans Harry Potter et la chambre des secrets. En 2006, Sci-Fi Channel a décidé de lui offrir la vedette dans un téléfilm ambitieux. Le prologue se situe dans la province de la Cyrénaïque, en l’an 112 après Jésus Christ. Un groupe de pèlerins traverse le désert jusqu’à la grotte qui abrite le monstre afin de le mettre hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes. Généreux, le réalisateur Louie Myman nous révèle la créature dès les premières minutes du film, et force est de constater qu’il s’agit d’une indéniable réussite. Conçu en images de synthèse par Jesse Mesa Toves (pilier de la série Battlestar Galactica) et animé par Alexander Yanchkolovski (Shark Attack 3), le Basilic prend ici les allures d’un serpent géant dont le corps se hérisse de nombreux petits appendices et dont la gueule redoutable mixe les caractéristiques du dragon et du dinosaure.

Au cours d’un massacre assez gratiné, le monstre élimine tous les intrus, pétrifiant certains du regard, crachant son venin sur d’autres, dévorant, écrasant ou déchiquetant les derniers. Mais le meneur du groupe, avant de rendre l’âme, parvient à brandir son sceptre en forme de serpent, « l’Œil de la Méduse » au moment précis où survient une éclipse totale du soleil. Le regard du Basilic s’y reflète et le monstre finit pétrifié puis enseveli sous une avalanche de pierres. Après ce prologue choc, l’action nous transporte dans la Lybie des années 2000, où une jeune équipe d’archéologues déterre le sceptre et la créature, croyant avoir affaire à une immense statue antique sculptée dans un matériau inconnu. Mais le soir où l’impressionnante relique est exposée dans un muséum, une éclipse totale obscurcit le ciel, le sceptre s’illumine, et notre bébête revient à la vie, semant la panique au milieu des universitaires. Tandis que l’armée débarque avec ses gros sabots et qu’une financière appâtée par le gain tente de s’emparer du sceptre, le monstre s’échappe dans les égouts et débouche dans une galerie marchande bondée…

« Ce n’est pas un petit serpent ! »

Si Basilik, monstre du désert est une œuvre très divertissante, bénéficiant d’effets spéciaux convaincants et d’une mise en scène dynamique, son impact est considérablement amoindri par ses personnages caricaturaux (dont quelques faire-valoir comiques insupportables), ses dialogues ridicules (« j’ai vu pas mal de documentaires animaliers, et je peux vous dire que ce n’est pas un petit serpent ! ») et ses péripéties téléphonées. Autre problème : l’absence totale de suspense malgré l’extraordinaire potentiel de la créature. L’idée intéressante des héros s’immobilisant au milieu des mannequins de la galerie marchande pour que le Basilic ne les repère pas (réminiscence de la scène du T-Rex de Jurassic Park) tombe ainsi à plat. Le climax se déroule dans une usine nucléaire, jusqu’à un épilogue un peu niais qui ramène nos protagonistes en Lybie.

 

© Gilles Penso


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LA VIERGE DE NUREMBERG (1963)

Un classique du cinéma d’épouvante gothique italien des années 1960 avec Christopher Lee en domestique défiguré…

LA VERGINE DI NORIMBERGA

 

1963 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti

 

Avec Rossana Podesta, George Rivière, Christopher Lee, Jim Dolen, Anny Dehli Uberti, Luigi Severini, Mirko Valentin

 

THEMA SUPER-VILAINS

Fidèle en esprit à de nombreux films d’horreur gothiques des années 1960 influencés par Mario Bava et Roger Corman, La Vierge de Nuremberg privilégie la construction de son atmosphère à celle de son scénario, suivant en cela la trace d’un Riccardo Freda (L’Effroyable secret du docteur Hichcock et sa suite). La beauté des décors gothiques, l’admirable travail du chef opérateur Riccardo Pallottini et la photogénie de l’héroïne interprétée par Rossana Podesta l’emportent donc sur un récit à rebondissements qui s’embarrasse peu de cohérence mais permet le développement d’intéressantes scènes d’épouvante à l’ancienne. Adaptée d’un roman de Frank Bogart, l’intrigue se situe dans un vieux château, comme il se doit, que le scénario ne situe pas géographiquement, même si l’un des protagonistes évoque « les châteaux du Rhin ». Patrimoine familial de Max Hunter (Georges Rivière), il lui revient de droit, et l’homme vient donc s’y installer avec sa jeune épouse Mary (la belle Rossana). Le lieu est pour le moins sinistre, occupé qu’il est par des domestiques étranges, notamment le taciturne Erich au visage à moitié brûlé interprété par Christopher Lee en personne.

Et puis il y a cette chambre des tortures, jadis utilisée par le lointain ancêtre de Max, et aujourd’hui transformée en musée. Pièce maîtresse de l’exposition, la « Vierge de Nuremberg » est une statue creuse dont l’intérieur est hérissé de pointes acérées, où périssaient jadis d’infortunées victimes. Or un soir, Mary y découvre le cadavre ensanglanté d’une jeune femme. Terrifiée, elle se laisse convaincre par Max qu’il s’agit d’un simple cauchemar. Mais les visions de cet acabit se multiplient, et le tortionnaire apparaît sous les traits de l’ancêtre des Hunter, surnommé « Le Punisseur », dissimulé sous une capuche de bourreau médiéval. Il s’en prend à d’autres victimes féminines, notamment une malheureuse dont le visage est en partie dévoré par un rat…

« Le Punisseur »

Le film multiplie ainsi les séquences horrifiques, tout en jouant la carte du whodunit façon Cluedo. Qui donc est cet ange de la mort ? Max lui-même ? L’inquiétant Erich ? A moins qu’il ne s’agisse d’un fantôme vieux de 300 ans ? La clef du mystère est des plus excentriques. L’assassin n’est autre que le père de Max, torturé par les nazis pendant la guerre pour avoir participé à un attentat contre Hitler, et transformé en véritable squelette vivant. Chauve, malingre, le visage déformé par un hideux rictus, il a donc sombré dans la folie et perpétue impunément les méfaits de son ancêtre… Au-delà de ses indéniables qualités formelles et de son solide casting, La Vierge de Nuremberg se pare d’une étonnante partition de Riz Ortolani oscillant entre les effets d’épouvante traditionnels et un free jazz enjoué pour le moins déconcertant. Margheriti, lui, cumule les postes, ajoutant à son rôle de metteur en scène celui de co-scénariste et de concepteur des effets spéciaux. Petit détail surprenant : Bertrand Blier, qui faisait alors ses débuts de metteur en scène à l’occasion du documentaire Hitler connais pas, occupa sur La Vierge de Nuremberg le poste d’assistant-réalisateur.

 

© Gilles Penso


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