LA RÉSIDENCE (1969)

Dans ce classique du cinéma d’épouvante espagnol, un tueur mystérieux rôde dans les couloirs d’un pensionnat pour jeunes filles du sud de la France…

LA RESIDENCIA

 

1969 – ESPAGNE

 

Réalisé par Narciso Ibbañez-Serrador

 

Avec Lilli Palmer, Christina Galbo, John Moulder-Brown, Mary Maude, Candida Losada, Tomas Blanco, Pauline Challoner

 

THEMA TUEURS

La Résidence est un film espagnol, mais il aurait tout aussi bien pu être italien tant il s’inscrit dans la mouvance des meilleurs « giallos » des années 60. Il fait d’ailleurs écho aux plus belles œuvres de Mario Bava, Six femmes pour l’assassin en tête, et annonce plusieurs travaux de Dario Argento, notamment Suspiria et Phenomena qui réutiliseront plusieurs composantes de son scénario. L’intrigue se situe dans un pensionnat pour jeunes filles du sud de la France, mené avec autorité par Madame Fourneau (Lili Palmer), une directrice aux méthodes rigoristes qui développe des relations étranges avec ses pensionnaires et voue à son fils de quinze ans un amour extrêmement possessif. En guise de bras droit, Madame Fourneau dispose d’Irene (Mary Maude), une étudiante zélée qui profite de son autorité pour assouvir ses pulsions douteuses et organiser au sein de l’institut de véritables gangs encouragés à la délation et aux expéditions punitives. Cet univers trouble – à travers lequel on peut volontiers lire une métaphore du régime politique répressif de Franco – nous est décrit à travers les yeux de Theresa (Cristina Galbo), une jeune fille de dix-huit ans qui vient d’intégrer l’établissement.

L’épouvante s’immisce progressivement dans ce cadre rigide, via une atmosphère sourde, tendue et moite. Très tôt, les notions d’inceste, d’homosexualité féminine et de sadomasochisme s’insinuent discrètement mais sûrement, tandis que le vernis de l’hypocrisie craque peu à peu. La première séquence éprouvante est celle d’une pensionnaire désobéissante fouettée avec complaisance par trois de ses camarades, sous le regard froid de la directrice agitée par des sentiments contraires. Peu après, c’est un tueur mystérieux qui fait son apparition, assassinant quelques-unes des jeunes filles de l’établissement en prenant soin de faire disparaître les corps et toutes traces du forfait. La première séquence de meurtre, à ce titre, s’avère extrêmement graphique, nimbée d’une musique entêtante, d’un ralenti onirique et d’une succession de fondus enchaînés qui muent quasiment l’horreur en abstraction picturale.

Trouvailles narratives et esthétisme gothique

Débordant d’audace, le metteur en scène Narciso Ibañez-Serrador ose d’autres séquences mémorables, comme celle où l’une des pensionnaires exulte dans la grange, le son de ses ébats amoureux résonnant dans la tête de toutes ses camarades, enfermées dans un cours de broderie, ivres de jalousie et d’envie. Rarement frustration aura été montrée à l’écran avec autant de génie visuel et sonore. Ces trouvailles narratives et cet esthétisme volontiers gothique font oublier les quelques pertes de rythme que subit l’intrigue dans sa seconde partie. Quant à la chute du film, véritable coup de poing émotionnel, elle fait définitivement basculer La Résidence dans l’horreur psychologique, la surprise étant moins liée à l’identité du tueur qu’à son mobile, hallucinant, monstrueux, et pourtant terriblement logique. Souvent considéré comme le point de départ officiel du cinéma d’épouvante en Espagne, le film de Narciso Ibañez-Serrador sortit aux États-Unis sous le titre The House That Screamed.

 

© Gilles Penso


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LE MENU (2022)

Ralph Fiennes entre dans la peau d’un chef austère et renommé dont la table prestigieuse réserve bien des surprises…

THE MENU

 

2022 – USA

 

Réalisé par Mark Mylod

 

Avec Ralph Fiennes, Anya Taylor-Joy, Nicholas Hoult, Hong Chau, Janet McTeer, Paul Adelstein, John Leguizamo, Aimee Carrero, Reed Birney, Judith Light

 

THEMA TUEURS

Le soir de sa lune de miel, le scénariste Will Tracy (plume prolifique du show satirique Last Week Tonight with John Oliver) dîne dans un prestigieux restaurant insulaire norvégien, le Cornelius Sjømatrestaurant, et retire de cette expérience insolite l’idée d’un film qui oscillerait entre la comédie noire, la satire sociale et l’horreur. L’auteur Seth Reiss, lui aussi spécialisé dans l’écriture de shows comiques populaires (The Onion, Late Night with Seth Meyers) se joint à lui pour l’écriture de ce qui deviendra Le Menu. Ce scénario fait le tour d’Hollywood, attirant les convoitises, et sera finalement produit par Adam McKay, Betsy Koch et Will Ferrell. Reste à trouver le réalisateur idéal. C’est d’abord Alexander Payne (Monsieur Schmidt, Nebraska, Downsizing) qui est contacté, avec en tête l’idée de confier le rôle féminin principal à Emma Stone. Mais des contraintes de planning changent les plans initiaux. Stone sera remplacée par l’étonnante Anya Taylor-Joy (The Witch, Last Night in Soho) dont le regard immense lui vaut une réplique taillée sur mesure (« J’ai eu les yeux plus gros que le ventre »). Quant à la mise en scène, elle échoit à Mark Mylod (Ali G, The Big White, Sex List et des tonnes d’épisodes de séries télévisées). Pour doter son film d’un maximum de crédibilité, Mylod s’entoure d’experts du monde de la haute gastronomie (notamment la cheffe étoilée Dominique Crenn) et sollicite le réalisateur de deuxième équipe David Gelb à qui il demande de retrouver certains gimmicks de la célèbre émission culinaire Chef’s Table.

Le Menu nous familiarise d’abord avec Tyler Ledford (Nicholas Hoult), un homme tellement passionné par la gastronomie qu’il est prêt à dépenser une fortune pour participer à un dîner très élitiste organisé dans le restaurant du chef Julian Slowik (Ralph Fiennes), situé sur une île privée. Il y emmène sa compagne Margot Mills (Anya Taylor-Joy), moins enthousiaste que lui mais prête à partager ce plaisir à ses côtés. Dix autres convives se joignent à eux : une critique gastronomique blasée et son rédacteur en chef sans personnalité, un vieux couple d’habitués discrets, une star de cinéma roublarde et son assistante personnelle, trois jeunes cadres arrogants et une vieille dame silencieuse. Au fil du repas, les personnalités se révèlent, les caractères affleurent, les sentiments s’exacerbent. Et l’on finit par constater que ces hôtes personnifient à merveille les sept péchés capitaux. C’est presque à une Cène qu’il nous semble assister, scénographiée par un chef/gourou autoritaire, austère et énigmatique dont chaque plat semble être la pièce d’une grande œuvre dont la finalité reste mystérieuse…

L’ultime souper

Le casting de premier ordre du film est dominé par Ralph Fiennes, parfait en maître de cérémonie sévère et glacial, tandis qu’Anya Taylor-Joy joue les mouches du coche et Nicolas Hoult un gastronome aveuglé par son exaltation. La prestation de John Leguizamo en ex-star de cinéma d’action devenue ringarde (rôle qu’il aurait façonné en pensant à Steven Seagal !) est tout autant délectable. Tous deviennent malgré eux les pantins d’une sorte de théâtre de marionnettes sur le point de se transformer en petite boutique des horreurs. L’atmosphère de menace sourde s’installe dès l’entame mais reste encore indéfinissable dans un premier temps. C’est lorsque se met en route le cérémonial exagérément sentencieux et solennel des grands restaurants étoilés (poussé ici jusqu’à la caricature) que l’inquiétude croit. Il n’est pas impossible de lire dans cette intellectualisation extrême de la gastronomie une critique de cette démarche discutable poussant certains chefs à transformer les plats en exercices conceptuels perdant en cours de route leur fonction première, celle de ravir les papilles et de satisfaire les appétits. Mais c’est surtout d’art de la manipulation qu’il est ici question. On pense aux mécanismes des expériences de psychosociologie au cours desquelles le prestige de l’uniforme (ici celui d’un chef renommé) permet d’autoriser l’inacceptable. Jusqu’où est-on prêt à se soumettre face à une figure faisant autorité ? Sur cette base passionnante, le scénario du Menu rebondit sans cesse, menant les spectateurs par le bout du nez sans lui permettre d’anticiper la tournure que s’apprêtent à prendre les événements.

 

© Gilles Penso

 

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LE DERNIER MAÎTRE DE L’AIR (2010)

M. Night Shyamalan adapte la série animée Avatar et se heurte aux difficultés d’une épopée à grand spectacle dont il maîtrise mal les codes…

THE LAST AIRBENDER

 

2010 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Noah Ringer, Nicola Peltz, Jackson Rathbone, Dev Patel, Shaun Toub, Aasif Mandvi, Cliff Curtis, Seychelle Gabriel

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Après La Jeune fille de l’eau et Phénomènes, M. Night Shyamalan souhaite élargir son scope et s’aventurer dans d’autres paysages cinématographiques. La série d’animation Avatar, le dernier maître de l’air, créée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko, va lui en donner l’occasion. C’est grâce à sa fille que le réalisateur découvre ce show ultra-populaire diffusé sur Nickelodeon. Fasciné par le monde dans lequel se déroule la série, par ses personnages, sa philosophie et son traitement des arts martiaux, Shyamalan décide d’adapter la première saison sous forme d’un long-métrage live à grand spectacle. Confiant, le studio Paramount lui confie un budget de 150 millions de dollars et lui laisse les rênes du projet, dont il assure l’écriture, la réalisation et la production (aux côtés de Frank Marshall et Sam Mercer). Le Dernier maître de l’air se situe un siècle après que la nation du feu ait déclaré la guerre aux nations de l’air, de l’eau et de la terre dans le but de conquérir le monde. C’est là qu’intervient Aang (Noah Ringer), un garçon de douze ans découvert au milieu d’un étrange iceberg par des membres de la tribu de l’eau. Aang est maître de l’Air et réincarnation de l’Avatar, seul être capable d’apprendre à maîtriser les quatre éléments et donc de rétablir l’équilibre dans le monde.

Tous les ingrédients susceptibles de servir les ambitions d’un blockbuster fantasmagorique grand public ont été soigneusement réunis : des enfants aux pouvoirs surnaturels, des héros et des vilains, des créatures surdimensionnées, des retournements de situation multiples, de la romance, des trahisons… Mais la mayonnaise ne prend pas vraiment, dans la mesure où Le Dernier maître de l’air manque de souffle, de style et finalement de prise de risque artistique. Certes, Shyamalan semble se faire plaisir et sa démarche est probablement sincère (c’est l’une des qualités majeures de son cinéma, tous genres confondus), mais on ne le sent pas très à l’aise dans le registre de la fantasy à grand spectacle. Son terrain de jeu est d’ordinaire plus confiné et plus intimiste. Par ailleurs, prendre le parti d’adapter toute une saison de la série animée en un seul film l’oblige à des raccourcis pas toujours heureux, notamment une voix off qui résume les faits qu’on n’a pas le temps de raconter, des enjeux pas toujours bien définis, un recours artificiel à l’humour et un gros problème de rythme global.

La folie des grandeurs

Même d’un point de vue strictement visuel, Le Dernier maître de l’air loupe le coche. Le design de certaines créatures (notamment le bison géant qui accompagne Aang) est étrange, comme échappé de Max et les Maximonstres. Les effets 3D jouent dans la catégorie gadget (un maximum de projectiles sont envoyées à la figure des spectateurs) et les chorégraphies des combats pas toujours très folichonnes. La bataille finale aurait dû être grandiose, spectaculaire et épique. Mais elle fait pâle figure après le raz de marée des Seigneurs des Anneaux. Les stratégies n’étant pas claires et la topographie confuse, il s’avère bien difficile de s’impliquer dans cet affrontement massif et d’en retirer une quelconque émotion. Certes, Le Dernier maître de l’air reste un film distrayant et agréable, mais il ne laisse guère de souvenirs après son visionnage. C’est d’autant plus dommage que les jeunes comédiens sont tous très convainquant et que James Newton Howard, partenaire musical habituel de Shyamalan, signe là l’une de ses bandes originales les plus belles et les plus héroïques. « James et moi sommes très proches », avoue le réalisateur. « Notre méthode de travail est sensiblement la même d’un film à l’autre. Généralement, il lit mon scénario, à partir duquel il écrit ses thèmes. Lorsque je lui montre ensuite le montage, il adapte ses thèmes au rythme de chaque séquence. Nous travaillons ensemble les variations et les nuances qu’il peut y apporter. Nous passons par beaucoup d’étapes d’essais, de tentatives, jusqu’à ce que nous obtenions le bon résultat. C’est un processus long et difficile, d’autant que nous sommes tous deux très exigeants et assez perfectionnistes. » (1) De toute évidence, Le Dernier maître de l’air est la consécration de leur travail commun. La fin du film s’ouvre vers une suite possible, mais son échec commercial empêchera la mise en chantier d’autres épisodes.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso


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ALICE (1988)

Une version insolite, surréaliste et macabre d’Alice au pays des merveilles mêlant les prises de vues réelles et la stop-motion…

NECO Z ALENKY

 

1988 – TCHÉCOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Jan Svankmajer

 

Avec Kristyna Kohoutova

 

THEMA CONTES

Jan Svankmajer est une personnalité clé du monde de l’animation. Inspirateur entre autres des films de Tim Burton et Terry Gilliam, il étudie d’abord la création des décors à l’École d’arts appliqués de Prague et s’intéresse très tôt à l’utilisation des marionnettes. À partir de 1964, il enchaîne les courts-métrages d’influence surréaliste et baroque. L’envie de passer au format long commence à le titiller dans les années 70, mais ce n’est qu’à la fin de la décennie suivante qu’il parvient à mettre sur pied le projet idéal : une adaptation très personnelle des écrits de Lewis Carroll. Très déçu par la grande majorité des versions filmées d’« Alice au pays des merveilles » qu’il a pu voir jusqu’alors (notamment le célèbre dessin animé produit par Walt Disney), Svankmajer estime que les cinéastes font fausse route en voulant faire des aventures d’Alice un conte de fées moral pour enfants sages. Selon lui, il s’agit avant tout de la transcription d’un rêve, avec sa cohorte d’images inexplicables, de désirs refoulés, d’inhibitions morales et de peurs primaires. Voilà l’angle que le réalisateur tchèque choisit pour son film. En guise d’introduction, Alice (ou Alenka en version originale, incarnée par la petite Kristyna Kohoutova) s’adresse aux spectateurs en ces termes : « Vous allez voir un film pour enfants… peut-être. ». Nous apercevons brièvement une adulte – la mère d’Alice – en début de métrage, mais elle est filmée en-dessous de la tête, comme dans les cartoons de Warner. Tout va donc se jouer à hauteur d’un regard d’enfant.

Alice est d’abord assise au bord d’un ruisseau et jette des pierres dans l’eau. Lasse, elle se retrouve ensuite dans un salon un peu sinistre. La pièce est ornée de poupées de porcelaines, d’animaux empaillés, d’insectes épinglés sur les murs, d’objets anciens variés. Ce bric-à-brac épars ressemble à un cabinet de curiosité que n’aurait pas renié Guillermo del Toro. Soudain, un craquement attire l’attention d’Alice. Sous ses yeux ébahis, un lapin naturalisé s’anime, s’habille, récupère une paire de ciseaux dans un tiroir caché et brise la vitrine pour se libérer. Alice suit le lapin dans un bureau situé au sommet d’une colline. C’est le début d’une aventure riche en étranges péripéties. Si l’héroïne est incarnée par une actrice en chair et en os, tout le bestiaire insolite qui l’accompagne est animé en stop-motion par l’expert Bedrich Glaser. La technique chère à Willis O’Brien, Ray Harryhausen et Karel Zeman permet de donner vie non seulement au lapin blanc mais aussi à un rat, des oiseaux, un carrosse fantôme et son cocher squelette, des carcasses d’animaux vivantes, un lit-rapace, des chaussettes qui creusent des terriers, un poisson et une grenouille habillés en valets, le chapelier fou et le lièvre de Mars, des personnages de cartes à jouer et Alice elle-même lorsqu’elle rétrécit pour se transformer en petite poupée. La stop-motion préfère la personnalité à la fluidité, possédant juste ce qu’il faut de saccades pour évoquer le monde des rêves. Plus que jamais, l’animation en volume se révèle le mode d’expression idéal pour traduire les univers oniriques soustraits aux contraintes physiques de la temporalité.

En plein cauchemar

L’inventivité sans cesse renouvelée d’Alice n’en finit plus de surprendre les spectateurs, absolument pas préparés à une odyssée aussi peu orthodoxe. Le travail minutieux effectué sur les décors, les accessoires et les lumières remet sans cesse en question les valeurs d’échelle (l’un des moteurs du récit original de Lewis Carroll) en s’autorisant quelques tours de force techniques virtuoses, notamment lorsque la stop-motion cohabite de près avec l’eau et le feu. Plusieurs images récurrentes jaillissent dans le film, en particulier les tiroirs qui s’ouvrent toujours sur de nouvelles surprises, généralement des objets permettant le passage d’une étape à l’autre : clefs, potions, biscuits aux vertus grandissantes ou rétrécissantes, échelles… Sur le parcours d’Alice, le danger se cache souvent derrière la tentation, à l’image de ces punaises dissimulées dans un pot de confiture appétissante ou de ces clous dont se hérisse soudain une baguette de pain. Lorsque les animaux-squelettes hybrides assaillent violemment la fillette, ou lorsque plus tard s’éveille un garde-manger répugnant (une viande vivante qui rampe, des crânes de poussins qui éclosent, des insectes grouillants qui surgissent d’une boîte de conserve), le film bascule irrémédiablement dans le cauchemar et confirme – malgré l’assertion première de l’héroïne – que le public visé n’est pas nécessairement enfantin. En 1989, Alice remporte le prix du long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy, ce qui prouve à la fois ses qualités indiscutables mais aussi son caractère hybride, dans la mesure où il peut se réclamer autant de l’animation que des prises de vues réelles.

 

© Gilles Penso

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LE VAMPIRE ET LE SANG DES VIERGES (1967)

L’Allemagne nous livre ce conte d’horreur gothique très librement inspiré des écrits d’Edgar Poe, avec Christopher Lee en comte sanglant…

DIE SCHLANGENGRUBE UND DAS PENDEL

 

1967 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Harald Reinl

 

Avec Christopher Lee, Lex Barker, Karin Dor, Carl Lange, Christiane Lücker, Vladimir Medar, Dieter Eppler

 

THEMA VAMPIRES

Vétéran du cinéma d’aventure allemand, Harald Reinl réunit deux de ses comédiens fétiche, Karin Dor (la Brunehilde de La Vengeance de Siegfried) et Lex Barker (ex-Tarzan qu’il dirigea dans la trilogie Winnetou) autour du Vampire et le sang des vierges, un conte d’horreur en costume qui s’inscrit dans la vogue des productions Hammer, des films gothiques italiens et des adaptations d’Edgar Poe signées Roger Corman. L’auteur des « Histoires extraordinaires » sert d’ailleurs d’alibi littéraire à ce long-métrage dont le titre original reprend celui du « Puits et du Pendule ». Pourtant, à l’exception des deux fameux instruments de torture imaginés par le romancier (une hallebarde géante qui oscille en se rapprochant d’un prisonnier attaché et un trou béant dans lequel une captive risque de se précipiter), mis en scène à la toute fin du film, Le Vampire et le sang des vierges n’a pas grand-chose à voir avec Edgar Poe.

Nous sommes au 18ème siècle. Le comte Frederik Regula (Christopher Lee) est accusé d’avoir torturé et assassiné douze jeunes filles dans son château. En conséquence, il se voit apposer un masque métallique hérissé de pointes, en tout point semblable à celui que portait Barbara Steele dans Le Masque du démon, avant d’être écartelé sur la place publique. Trente-cinq ans plus tard, l’avocat Roger Mont Elise (Lex Barker), fils du juge de Regula, et la baronne Lilian Von Brabant (Karin Dor), fille d’une victime qui l’avait dénoncé, sont convoqués par le défunt comte lui-même, comme semble l’attester le seau authentique apposé sur les courriers qui leur sont adressés. S’agit-il d’une supercherie ? Pour en avoir le cœur net, tous deux, accompagnés d’un prêtre volubile et d’une suivante, entament un long trajet semé d’embûches.

« Le mystère de la vie éternelle se trouve dans le sang »

Ce parcours initiatique porte les stigmates des nombreux westerns d’influence italienne qu’Harald Reinl dirigea par le passé, comme en témoignent ces visages patibulaires cadrés en gros plans, ces poursuites à cheval ou cette musiques mi-classique mi-pop. Le film se distingue par la beauté lugubre de ses décors, dont la photogénie n’a rien à envier à Mario Bava ou Antonio Margheriti : forêt infestée de corbeaux et de cadavres pendus comme autant de grappes de fruits morbides, château truffé de pièges à la Fu Manchu, de fresques effrayantes, de corps féminin suppliciés, de crânes humains… Christopher Lee, quant à lui, sait se faire désirer. Après sa brève apparition dans le prologue, il ne revient qu’au bout d’une heure, ressuscité par le sang d’un fidèle serviteur. « Le mystère de la vie éternelle se trouve dans le sang, qui est non seulement l’essence de la vie mais la quintessence de la survie », affirme-t-il. Ici, le vampirisme se prive des atours traditionnels de la cape noire et des canines acérées au profit d’une approche plus sadienne, ce qui n’empêche pas le crucifix de s’affirmer comme le rempart ultime face au mal. Un bestiaire répugnant (rats, araignées, scorpions, serpents) et des trucages naïvement macabres (la stop-motion qui visualise la décomposition des corps) parachèvent ce spectacle généreux aux allures de véritable catalogue horrifico-gothique.

 

© Gilles Penso


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MÉANDRE (2020)

Une jeune femme s’éveille dans un tube métallique étrange, revêtue d’une combinaison futuriste, face à une série de pièges mortels…

MÉANDRE

 

ANNEE – FRANCE

 

Réalisé par Mathieu Turi

 

Avec Gaia Weiss, Peter Franzén, Frédéric Franchitti, Romane Libert, Corneliu Dragomirescu, Eva Niewdanski, Carl Laforêt, Henri Bernard

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MORT

Après la bonne surprise d’Hostile, un premier long-métrage plein d’audaces narratives, visuelles et émotionnelles, Mathieu Turi décide de creuser un sillon voisin à travers un second exercice de style à mi-chemin entre la science-fiction et l’horreur. Méandre porte en germes plusieurs composantes de son film précédent, notamment une héroïne seule face à l’adversité dans un environnement hostile et la notion d’enfermement (déjà présente dans le court-métrage Broken). Pour évoquer la genèse de Méandre, le réalisateur cite plusieurs sources d’inspiration complémentaire et pas forcément conscientes au moment de l’écriture du scénario : l’une des scènes claustrophobiques du climax d’Aliens, The Descent, les jeux vidéo d’Hideo Kojima et bien sûr Cube (si ce n’est qu’ici nous avons affaire à un voyage intérieur solitaire, contrairement à la lutte intestine d’un petit groupe que décrivait Vincenzo Natali). On peut aussi penser à Buried, à la différence près que Méandre se définirait plutôt comme un « huis-clos en mouvement ». Car dans le cas présent, l’immobilité est synonyme de mort. Seule la projection (la fuite ?) en avant semble viable. Tourné en studio à la Courneuve pendant 33 jours sur un plateau de 1000 mètres carrés sans cesse reconfiguré pour accueillir de nouveaux décors, Méandre fait fi de ses faibles moyens pour affirmer une ambition et une virtuosité hors du commun.

Mieux vaut éviter de raconter Méandre pour préserver les surprises répétées que réserve son récit alambiqué. Nous nous contenterons donc de son point de départ. Lisa (Gaïa Weiss, visage récurrent de la série Vikings) erre seule dans la forêt hivernale. Une voiture s’arrête et accepte de la prendre en stop. Le chauffeur, Adam (Peter Franzén), est un peu froid mais plutôt sympathique, jusqu’à ce que l’autoradio ne diffuse une nouvelle très inquiétante à propos d’un tueur en série sévissant dans la région. Soudain c’est le black-out. Lorsque Lisa se réveille, c’est pour se retrouver engoncée dans une combinaison futuriste, une lampe/chronomètre au poignet, seule dans ce qui ressemble à un tube métallique étrange. Un terrible parcours du combattant l’attend…

Claustrophobie

Éprouvant, très inconfortable, incroyablement prenant, Méandre est une expérience cinématographique immersive unique en son genre, plongeant presque ses spectateurs en apnée tant la tension ne cesse de croître en même temps que l’espace se resserre. Certes, d’autres films ont su cultiver avec talent le motif de la claustrophobie (au-delà des exemples cités plus haut, on peut évoquer Exit de Rasmus Kloster Bro ou encore Oxygène d’Alexandre Aja), mais rarement la phobie fut poussée aussi loin, jusqu’à son point de non-retour. L’inventivité de la mise en scène, l’implication de Gaïa Weiss, le réalisme des décors, le travail pointilleux sur la lumière et l’impressionnant sound design se mettent au diapason pour évoquer tour à tour les terreurs les plus primaires : l’étouffement, l’écrasement, la noyade, l’embrasement, la mutilation, la dévoration, rien ne nous est épargné ! En filigrane de cette mise à l’épreuve impitoyable se dessine rapidement la métaphore de la volonté désespérée de survivre, malgré des obstacles d’apparence de plus en plus insurmontables.  L’acceptation du deuil, la lutte contre la dépression, la vie après la mort, la présence d’une puissance échappant à nos perceptions et replaçant l’humain à ses justes proportions dans l’univers, toutes ces thématiques s’entrechoquent, se superposent et s’entremêlent jusqu’à un final vertigineux ne donnant pas toutes les réponses mais laissant bon nombre de portes ouvertes. Mathieu Turi transforme ainsi l’essai d’Hostile et laisse augurer une suite de carrière passionnante.

 

© Gilles Penso

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BUNKER PALACE HOTEL (1989)

Pour son premier long-métrage, le créateur de bandes dessinées Enki Bilal dresse le portrait désenchanté d’un monde futuriste déchu…

BUNKER PALACE HOTEL

 

1989 – FRANCE

 

Réalisé par Enki Bilal

 

Avec Jean-Louis Trintignant, Carole Bouquet, Maria Schneider, Roger Dumas, Yann Collette, Jean-Pierre Léaud, Hans Meyer

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

A partir du milieu des années 80, le cinéma français s’est mis en quête d’émancipation en sortant des rails à travers les expérimentations audacieuses d’une nouvelle génération impertinente représentée notamment par Luc Besson, Jean-Jacques Beinex ou Jean-Jacques Annaud. C’est dans cette mouvance que s’inscrit le premier long-métrage d’Enki Bilal, talentueux créateur de bandes dessinées dont les albums léchés font le bonheur des amateurs de science-fiction. Mais l’approche cinématographique de l’artiste est beaucoup plus conceptuelle que celle de ses pairs, portée par une angoisse existentielle que reflètent bien les univers délabrés et oppressants de ses BD. Par certains aspects, son bunker n’est pas sans rappeler celui de « la dernière rafale » que Caro et Jeunet mettaient en scène dans un moyen métrage expérimental de 1981. Mais Bunker Palace Hotel porte indubitablement la signature visuelle de son auteur. Désireux de revenir dans sa ville natale, Bilal s’installe avec son équipe à Belgrade et brosse un monde rétrofuturiste autocratique qui évoque 1984 – et par rebond Brazil. Les voitures, les costumes et une partie de la technologie couvrent un spectre allant des années 40 aux années 80, les téléviseurs diffusent des messages sibyllins en noir et blanc, une atmosphère de guerre froide plane lourdement dans l’atmosphère. Quant à l’alphabet des immatriculations et des graffitis sur les murs, il semble cyrillique sans qu’il soit possible d’identifier clairement où se situe l’action du film.

Dans les entrailles de la terre, les dignitaires d’un pays ravagé par la pollution et la guerre civile se terrent dans un bunker réputé inexpugnable. Servis par des robots humanoïdes au fonctionnement approximatif (ce qui occasionne quelques gags à répétition), les pensionnaires de ce microcosme attendent avec impatience l’arrivée de leur président-messie. Mais c’est Klara (Carole Bouquet), une révolutionnaire intrépide, qui parvient à entrer dans cette forteresse. Accueillie avec suspicion, elle découvre des êtres bizarres, corrompus et décadents. Le plus mystérieux d’entre eux est l’industriel et ancien ministre Holm (Jean-Louis Trintignant). Deux idées majeures guident le scénario atypique écrit par Enki Bilal et Pierre Christin. La première est la reprise de la mécanique de la pièce « En attendant Godot » de Samuel Beckett, puisque tous les personnages réunis dans ce huis-clos finalement très théâtral passent leur temps à attendre un président qui ne vient pas. La seconde est de transformer l’abri souterrain de cette élite en hôtel de luxe à l’abandon. C’est la métaphore idéale d’une fin de règne. L’eau de la piscine-spa est trouble, froide et sans fond, la température baisse, les robinets laissent s’échapper un liquide sombre et poisseux, le givre s’installe partout, les murs craquent et se fissurent… Et au milieu de la déliquescence, un corbeau omniprésent, oiseau de mauvais augure, coasse avec insolence.

La fin d’un règne

Bilal ne cherche pas le réalisme à tout prix, comme en témoigne son recours intéressant aux peintures sur verre qui prolongent les décors de manière très graphique. Dans ces moments furtifs, le dessin s’invite frontalement dans les prises de vues réelles et s’approche donc logiquement du ressenti qu’offrent les planches de l’artiste. Même la pluie incessante qui coule au dehors ressemble à de la peinture, exagérément épaisse et blanchâtre, tandis qu’hors-champ retentissent les bruits des batailles et des coups de feu en continu. Parfois une explosion ou une destruction s’invite dans le champ, mais le conflit reste la plupart du temps lointain. Partisan d’une approche avant tout esthétique, le réalisateur attend dix minutes avant de faire intervenir la première ligne de dialogue. Le film est d’ailleurs chiche en texte pendant un bon moment, et ce n’est pas plus mal. Car Bilal est manifestement plus à l’aise avec la mise en scène visuelle qu’avec la direction des acteurs, qui semblent tous jouer dans un état second lorsqu’ils parlent, comme s’ils ne comprenaient pas vraiment ce qu’ils disaient. En ce domaine, la palme revient bien sûr à Jean-Pierre Léaud, en totale roue libre. Seul Trintignant tire vraiment son épingle du jeu, grâce à son magnétisme naturel et sa diction saisissante. L’austérité du film – à l’image du visage froid, rasé de près et acéré comme un profil de rapace du personnage de Holm – finit par desservir le film. Car le spectateur est bien en mal de s’impliquer pleinement dans la situation oppressante que vivent ces personnages antipathiques aux motivations floues et confuses. L’exercice reste intéressant mais ne s’apprécie qu’avec distance et circonspection. Les autres longs-métrages de Bilal seront de la même trempe.

 

© Gilles Penso


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GAMERA, L’ATTAQUE DE LÉGION (1996)

La célèbre tortue géante japonaise se heurte à une armada d’insectes monstrueux prêts à menacer l’équilibre de la Terre…

GAMERA 2 : REGION SHURAIM

 

1996 – JAPON

 

Réalisé par Shunsuke Kaneko

 

Avec Toshiyuki Nagashima, Miki Mizuno, Tamotsu Ishibashi, Mitsuru Hukikoshi, Yusuke Kawazu

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA GAMERA

Face au succès mérité – et inespéré, il faut bien l’avouer – de Gamera, gardien de l’univers, une suite fut aussitôt mise en chantier par le studio Daei avec la même équipe technique. Gamera, l’attaque de Légion démarre avec la chute sur Terre de plusieurs météorites, prélude à une série de phénomènes alarmants. Tandis que des créatures invertébrées et cyclopéennes de deux mètres de long se mettent à hanter les couloirs du métro, une plante gigantesque fleurit sur le toit d’un immeuble, prête à projeter ses spores dans l’espace et à provoquer une gigantesque catastrophe. Comme dans le film précédent, Gamera sait se faire attendre. Surgissant au bout d’une bonne demi-heure de métrage, elle asperge de son haleine enflammée la plante extra-terrestre, évitant de justesse le désastre. En réaction à cet assaut soudain, des milliers d’insectes géants s’envolent bientôt en direction de la tortue antique et la recouvrent intégralement, tels d’affreux parasites. En pleine crise de foi face à un tel spectacle, un militaire se met à citer la Bible : « Mon nom est légion, car nous sommes nombreux ». Et voilà un nom tout trouvé pour ce nouvel ennemi de la Terre.

Si le film précédent conservait quelques attributs enfantins hérités des Gamera originaux, celui-ci s’amorce comme une œuvre bien plus adulte, à mi-chemin entre le film catastrophe et le film d’épouvante. Témoin cette séquence stressante d’invasion située dans le métro de Sapporo, qui s’achève par la mort sanglante d’un chauffeur, de la plupart des passagers et de toute une escouade de police dépêchée dans les tunnels. Les combats eux-mêmes sont bien plus brutaux qu’à l’accoutumée, Gamera saignant abondamment (c’est du sang vert, mais tout de même !) au cours de ses échauffourées avec les hideux arthropodes d’outre-espace. Gamera, l’attaque de Légion se distingue ainsi par de nombreuses séquences de suspense et d’action inédites, la moindre n’étant pas cet affrontement des monstres à quelques mètres d’un hélicoptère plein à craquer qui ne parvient pas à décoller.

Visions d’apocalypse

En l’espace d’un an seulement, les effets spéciaux de la saga semblent s’être considérablement améliorés. Les images de synthèse interviennent ainsi de manière plus intensive et plus ostensible que dans le précédent Gamera, permettant de visualiser notamment les envolées de la tortue héroïque (muée quasiment en vaisseau spatial, mi soucoupe volante, mi toupie géante) et les nuées de Légions qui traversent les cieux par milliers. Le directeur des effets spéciaux Shinji Higuchi, qui fit ses premières armes sur le Godzilla de 1984, effectue là un travail remarquable, mixant avec génie toutes les techniques à sa disposition. L’un des passages les plus impressionnants du film demeure probablement la monstrueuse explosion qui annihile intégralement la ville de Sendai, via un mélange habile de pyrotechnie et d’effets numériques. Gamera, l’attaque de Légion joue ainsi la carte de la surenchère tout en gommant une à une les petites scories de son prédécesseur. La séquelle surpasse donc l’original, mais le meilleur épisode reste encore à venir.

 

© Gilles Penso


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DANS LES GRIFFES DU LOUP-GAROU (1975)

En partant enquêter sur les apparitions d’un yéti dans les montagnes du Tibet, un homme rencontre deux jolies lycanthropes qui le contaminent…

LA MALDICION DE LA BESTIA

 

1975 – ESPAGNE

 

Réalisé par Miguel Iglesias Bonns

 

Avec Paul Naschy, Mercedes Molina, Silvia Solar, Gil Vidal, Josep Castillo Escalona, Luis Induni, Ventura Oller, Veronica Miriel, Juan Velilla

 

THEMA LOUPS-GAROUS I YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Se souciant bien peu d’une quelconque continuité, le scénariste et acteur Paul Naschy concocte une septième aventure du loup-garou Waldemar Daninsky qui ne tient compte d’aucun des épisodes précédents et reprend l’histoire depuis le début. Chaque opus de cette étrange série agit donc comme une sorte de reboot, déstabilisant forcément ceux qui auraient pu espérer suivre la saga dans l’ordre chronologique. Connu aux États-Unis sous divers titres folkloriques (The Werewolf and the Yeti, Night of the Howling Beast ou encore Hall of the Mountain King), Dans les griffes du loup-garou commence par l’attaque de deux hommes dans les montagnes tibétaines (en réalité filmées en Catalogne) par une sorte d’homme-singe. S’agirait-il de l’abominable homme des neiges ? C’est ce que pense le professeur Lacombe (Josep Castillo Escalona), dont la fille Sylvia (Mercedes Molina) est fiancée à ce bon vieux Waldemar (Paul Naschy, toujours aussi taciturne et monolithique). Ce dernier accepte de servir de guide à l’expédition que mène Lacombe au Tibet pour chercher des preuves de l’existence du yéti. Dès qu’ils arrivent sur place, nos explorateurs se heurtent aux superstitions locales des indigènes. Un monstre rôde-t-il vraiment dans les parages ?

Bientôt, Waldemar est séparé du groupe principal (qui regagne le campement et assiste à d’interminables danses folkloriques locales), se perd dans la forêt hivernale (plus ou moins enneigée selon les plans) et se retrouve dans une étrange grotte décorée d’artefacts tribaux étranges. Il s’agit en réalité d’un lieu sacré dédié à la redoutable déesse Kali la noire. Là, alors qu’il est à moitié inconscient, deux femmes nues se jettent langoureusement sur lui (car Waldemar est irrésistible comme toujours, son regard noir et son torse viril en ayant fait chavirer plus d’une par le passé). Hélas ces autochtones peu farouches sont anthropophages (comme nous montre cette scène improbable où elles se repaissent bestialement d’un bras et de quelques morceaux de viande humaine non identifiée) et aussi lycanthropes. Notre héros parvient à les éliminer, mais l’une d’elles le mord avant de périr. Dès lors, chaque fois que les rayons de la lune le frappent, Waldemar se mue en bête velue. Contrairement à La Furie du loup-garou, le yéti vaguement intégré à l’intrigue n’a donc rien à voir ici avec la malédiction qui frappe ce pauvre Daninsky.

La chair, le sang et les poils

Un peu plus soignée qu’à l’accoutumée (malgré quelques coups de zoom intempestifs et des nuits américaines bleutées très naïves), la réalisation de cet opus est signée par le vétéran Miguel Iglesias Bonns (Le Fugitif d’Anvers, Échec au tueur, L’Épée du Cid). Côté effets spéciaux, on assure en revanche le service minimum. Le maquillage est peu soigné et la transformation d’homme en bête recycle la vieille technique des fondus enchaînés héritée des productions Universal d’antan. Qu’il joue sous son apparence humaine ou lupine, Paul Naschy se bat avec plus d’énergie et de fougue que jamais, nous rappelant son passé de catcheur et de cascadeur. Curieusement, entre les attaques du loup-garou, les exactions sanglantes d’une bande de redoutables mercenaires, l’intervention d’un vieux sage mentionnant des herbes magiques susceptibles de guérir la lycanthropie, un palais tibétain où les prisonnières sont dénudées et torturées ou encore une super-vilaine sadique et sexy qui pratique des expériences occultes, on finit par perdre totalement de vue l’objet premier de l’expédition, autrement dit le yéti. Le scénario lui-même semble l’avoir oublié, le convoquant à la toute dernière minute pour un combat final avec Waldemar expédié en deux coups de cuiller à pot. Très généreux en scènes de nudité et en passages gore (décapitations, mutilations, empalements, écorchage vif), Dans les griffes du loup-garou affolera la censure anglaise qui interdira sa sortie sur l’ensemble du territoire britannique.

 

© Gilles Penso

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ALUCARDA (1977)

Deux jeunes filles se rencontrent dans un couvent et se lient d’une amitié profonde… jusqu’à ce que le diable s’en mêle !

ALUCARDA

 

1977 – MEXIQUE

 

Réalisé par Juan Lopez Moctezuma

 

Avec Tina Romero, Susana Kamini, David Silva, Claudio Brook, Lily Garza, Tina French, Birgitta Segerkog, Adrianna Roel, Martin LaSalle, Edith Gonzalez

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le titre Alucarda ressemble presque à une blague : la féminisation du nom « Alucard », autrement dit « Dracula » épelé à l’envers (une astuce qui apparaissait pour la première fois dans Le Fils de Dracula de Robert Siodmak). Pourtant, le film de Juan Lopez Moctezuma ne prête pas vraiment à rire et prend même son sujet très au sérieux. Il n’est d’ailleurs pas question de vampirisme ici, même si la structure du récit se calque assez fidèlement sur celle de la fameuse nouvelle « Carmilla » de Sheridan le Fanu. Le cœur du sujet du film est la possession diabolique de deux jeunes filles et les conséquences de leur comportement dans leur entourage immédiat. Mais ici aussi, Alucarda nous prend par surprise. Au lieu de se glisser confortablement dans la brèche grande ouverte par L’Exorciste et de se muer en énième imitation du classique de William Friedkin, Moctezuma (dont il s’agit du troisième long-métrage après The Mansion of Madness en 1973 et Mary, Mary, Bloody Mary en 1975) opte pour une approche très différente. De fait, Alucarda évoque plus le cinéma de Ken Russell (notamment Les Diables) que celui de Friedkin. Même s’il s’agit d’une production 100% mexicaine, le film est tourné en anglais, afin de lui offrir une distribution internationale plus large. C’est une sage décision, dans la mesure où cette curiosité vénéneuse aura un fort impact aux quatre coins du monde.

L’intrigue se résume à peu de choses, en réalité. En 1850, Lucy Westenra (Tina Romero) donne naissance à la petite Alucarda qu’elle confie à un vieux gitan avant de mourir. Quinze ans plus tard, la jeune fille (à nouveau incarnée par Tina Romero) vit toujours dans le couvent où elle a été élevée. Lorsque la nouvelle venue Justine (Susana Kamini) intègre l’institution, Alucarda s’intéresse de près à elle. Bientôt, les deux adolescentes sont liées par une amitié solide qui semble inébranlable. Mais un jour, elles visitent un palais abandonné – l’endroit même où Alucarda est née – et y découvrent la tombe de Lucy. Lorsqu’elles l’ouvrent, une force démoniaque s’empare d’elles et les possède. Voilà donc l’essence du scénario, qui sert d’abord de prétexte à l’établissement de tableaux macabres surréalistes d’une étrange beauté : la panique de Lucy face aux vieilles statues couvertes de toiles d’araignée qui semblent soupirer et gémir tout autour d’elle ; la cérémonie occulte où les participants nus dansent et s’accouplent dans la forêt tandis que surgit un prêtre à tête de bouc ; la nonne suspendue au-dessus du sol de sa cellule alors qu’une lueur surnaturelle scintille à sa fenêtre…

Délivrez-nous du mal

Les designs surprenants des décors et des costumes du film, œuvre du directeur artistique Kleomenes Stamatiades, cultivent un primitivisme insolite, à l’image des traditions séculaires de cet ordre religieux qui semble ne pas avoir évolué depuis le moyen-âge. Le couvent ressemble ainsi à une caverne sommairement aménagée dans laquelle une chapelle cyclopéenne abrite une infinité de bougies et des dizaines de statues du Christ en suspension. Les religieuses elles-mêmes sont affublées de haillons leur donnant des allures de momies. Quant au palais abandonné, berceau d’Alucarda et siège du Mal, c’est désormais un bâtiment décrépi où la nature a repris ses droits et où se dressent de sinistres statues. La première grande scène choc montre Alucarda en pleine crise de possession, nue comme un ver, contorsionnée, un poignard à la main, tandis qu’un gitan surgi inexplicablement du néant dévêt Justine. Pour sceller un pacte indélébile, chacune boit le sang de l’autre. Dès lors, l’hystérie et la culpabilité se répand comme une traînée de poudre au sein du couvent, chacun s’auto-flagellant pour chasser le démon qui pourrait se montrer trop tentateur. L’inévitable scène d’exorcisme montre Justine crucifiée, dénudée et saignée devant une assistance de nonnes gémissantes. La thématique du conflit entre la science et la religion s’invite lorsqu’un médecin s’insurge en découvrant ce spectacle. « C’est la chose la plus honteuse que j’ai vu de ma vie ! » s’exclame-t-il, outré. « Nous ne sommes plus au 15ème siècle. Je pensais que la raison avait remplacé la superstition ! » Mais ses fermes convictions vont se heurter à l’inexplicable… Et pour mieux semer le trouble, Juan Lopez Moctezuma confie au même acteur, Claudio Brook, deux rôles antithétiques : le docteur qui ne jure que par la raison et le gitan bossu qui perpétue les croyances et les superstitions. Baigné dans une étrange musique synthétique, porté par une mise en scène inventive, Alucarda s’achève sur un climax apocalyptique saturé de hurlements de terreur qui n’est pas sans évoquer celui de Carrie.

 

© Gilles Penso

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