LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE (1978)

Un croisement étrange entre Tarzan et Le Dernier monde cannibale dans lequel Ursula Andress joue de ses charmes en pleine jungle exotique

IL MONTAGNA DI DIO CANNIBALE

 

1978 – ITALIE

 

Réalisé par Sergio Martino

 

Avec Ursula Andress, Stacy Keach, Caludio Cassannelli, Franco Fantasia, Antonio Marsina, Helmut Berger, Dudley Wanaguru

 

THEMA CANNIBALES

A mi-chemin entre l’aventure exotique à la Tarzan et l’horreur crue façon Le Dernier monde cannibale, cette Montagne du dieu cannibale ne se prive d’aucun des clichés des deux genres qui l’inspirent, autour d’une intrigue empruntant elle aussi des sentiers maintes fois battus. Ursula Andress y incarne Susan, décidée à retrouver par tous les moyens son mari ethnologue, le professeur Henry Stevenson, lequel a disparu corps et biens en Nouvelle-Guinée. En compagnie de son frère Arthur (Antonio Marsina), elle se rend à Port Moresby et y rencontre l’anthropologue Edward Foster (Stacy Keach), ami du professeur Stevenson, pour qu’il les aide dans leurs recherches. Suivi de quelques porteurs commandés par Asaro (Dudley Wanaguru), le trio débarque à Roka Island où il se heurte à des tarentules, des serpents, des crocodiles et des cascades vertigineuses. Très vite, de mystérieux individus maculés de boue et recouverts de masques exterminent tous les porteurs de l’expédition. Il s’agit d’une tribu de cannibales, qui capture les survivants et les emmène dans son village. Là gît le cadavre du professeur Stevenson, vénéré comme un Dieu par les anthropophages, car un compteur Geiger accroché à lui ne cesse de crépiter. La raison de cette activité mécanique est simple : la montagne abrite un important gisement d’uranium, sur la trace duquel s’était lancé Stevenson avant de périr. Bientôt, la tension monte entre les rescapés de l’expédition, chacun s’avérant plus appâté par le gain que concerné par la survie de ses compagnons.

Filmé un peu à la va vite, généreusement truffé d’incohérences et désespérément avare en péripéties palpitantes, La Montagne du dieu cannibale a tout de même deux atouts majeurs : les décors naturels, très photogéniques, et le charme d’Ursula Andress qui, près de quinze ans après James Bond contre docteur No, se dévêt à nouveau pour nous rejouer la scène de Vénus surgie des eaux. Le film se teinte ainsi d’un soupçon d’érotisme, plus glamour et bien moins cru que dans les œuvres voisines de Ruggero Deodato ou Umberto Lenzi. Cette tendance est sans doute due au cinéaste lui-même, a priori plus porté sur le giallo sexy (comme en témoignent certaines de ses œuvres mettant en valeur l’indéniable photogénie d’Edwige Fenech) que sur le gore exotique. Les nombreuses séquences d’horreur conçues par le maquilleur Paolo Ricci dont nous gratifie La Montagne du dieu cannibale (éventrements, décapitations, castrations, écrasements et démembrements en tous genres) seraient même, selon les dires du cinéaste, des ajouts imposés par les producteurs. A ces « passages obligatoires » s’adjoignent les massacres d’animaux qui, hélas, semblent incontournables de la filmographie italienne cannibale. Ici, c’est notamment un iguane qui passe un mauvais quart d’heure, littéralement éviscéré devant la caméra.

Version « trash » et version « soft »

Plus ambitieux, un peu moins gore et largement plus fortuné que la majeure partie des autres films anthropophages transalpins, La Montagne du dieu cannibale a bien sûr subi les foudres de la censure, mais celle-ci facilita à terme sa distribution internationale, le muant en film d’aventure un peu violent (mais pas trop) et gentiment érotique (le strip-tease d’Ursula, toujours très en forme à 42 ans, a été conservé dans son intégralité) agrémenté de têtes d’affiches relativement « bankables » à l’export (Stacy Keach n’avait pas encore incarné Mike Hammer mais son visage était déjà familier du grand public). La Montagne du dieu cannibale existe donc dans une version « soft » qui lui permit de s’inviter en prime time sur nos téléviseurs à plusieurs reprises, et dans un montage plus cru qui le place en émule de Cannibal Holocaust et Cannibal Ferox sans pour autant le doter du statut culte de ces œuvres extrêmes.

 

© Gilles Penso

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LA MORT DE L’INCROYABLE HULK (1990)

Cet ultime téléfilm consacré à Bruce Banner et à son monstrueux alter-égo met en scène une émule de la Veuve Noire de Marvel

THE DEATH OF THE INCREDIBLE HULK

 

1990 – USA

 

Réalisé par Bill Bixby

 

Avec Bill Bixby, Lou Ferrigno, Elizabeth Gracen, Andreas Katsulas, Philip Sterling, Barbara Tarbuck, Anna Katarina, John Novak, Duncan Fraser

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

Après le diptyque Le Retour de l’incroyable Hulk et Le Procès de l’incroyable Hulk, New World Entertainment enchaîne avec un troisième épisode qui, comme les deux précédents, est conçu pour que le géant vert puisse faire équipe avec un autre super-héros de l’écurie Marvel. Après Thor et Daredevil, le champ des possibles est encore large. Les producteurs jettent un temps leur dévolu sur She-Hulk mais abandonnent l’idée dans l’espoir de consacrer un film autonome à la super-héroïne verte, avec Brigitte Nielsen dans le rôle-titre. Des photos de la sculpturale comédienne en tenue de super-héroïne circuleront un temps, ainsi qu’un poster annonçant fièrement la sortie prochaine d’un long-métrage spectaculaire. Mais le projet n’ira pas plus loin. Iron Man est le prochain co-équipier envisagé, Tom Selleck étant pressenti comme l’interprète idéal du moustachu Tony Stark. Si l’idée est séduisante, elle ne sera hélas jamais portée à l’écran, sans doute pour des raisons de faisabilité technique. En ces temps pré-numériques, Iron Man n’est pas simple à mettre en scène. Après moult réécritures, La Mort de l’incroyable Hulk ne comportera donc aucun autre super-héros que le Titan vert, même si le scénario s’intéresse de près à une espionne internationale quittant ses employeurs mafieux pour se rallier à la bonne cause. Ce personnage, interprété par Elizabeth Gracen et surnommé Jasmin, est de toute évidence une réinterprétation libre de Natacha Romanov, la célèbre Veuve Noire qu’incarnera plus tard Scarlett Johansson sur le grand écran.

Plus triste, austère et affaibli que jamais, David Banner travaille comme agent d’entretien dans un grand complexe de recherche gouvernemental, sous le pseudonyme de David Bellamy. Mais ce n’est qu’une couverture. Le scientifique profite en effet de cette tâche subalterne pour s’introduire chaque soir dans un des laboratoires du bâtiment sous haute surveillance et trouver la formule qui lui permettra enfin de se débarrasser de Hulk. Jusqu’au jour où le vénérable docteur Ronald Pratt (Philip Sterling) le démasque. Au lieu de le dénoncer, ce dernier lui propose de l’aider à chasser définitivement le monstre vert qui lui gâche la vie. Les deux hommes unissent donc leurs efforts et leurs cerveaux pour mettre au point une expérience qui semble vouée au succès. Mais leurs travaux sont interrompus par l’irruption de Jasmin. Obligée de reprendre du service pour le commanditaire Kasha (l’impressionnant Andreas Katsulas) qui détient sa sœur en otage, cette espionne aux pattes de velours doit voler les inventions du docteur Pratt. La situation dégénère bientôt et Banner ne tarde pas à craquer sa chemise pour laisser libre cours aux rugissements de Hulk…

Un titre prophétique

Comme Le Procès de l’incroyable Hulk, cet opus est réalisé par Bill Bixby et tourné à Vancouver. Hulk y apparaît plus puissant que jamais, comme en témoigne cette scène délirante où il traverse un immeuble en défonçant les murs de plusieurs appartements consécutifs, au grand dam des habitants. Lou Ferrigno lui-même semble avoir encore gagné en masse musculaire. Hélas, l’impact de ses interventions est sérieusement amenuisé par une nouvelle perruque aussi peu seyante qu’une serpillère. La Mort de l’incroyable Hulk parvient à offrir aux téléspectateurs quelques séquences d’action inventives, comme l’attaque des bulldozers dans la casse automobile ou la poursuite finale sur le tarmac, mais cet épisode manque clairement d’énergie et d’enjeux dramatiques forts. Et même si Elizabeth Gracen est une co-équipière de poids, engoncée en fin de métrage dans une combinaison noire qui assume l’inspiration du personnage de Black Widow, l’absence d’un second super-héros digne de ce nom se fait cruellement ressentir. Ce troisième téléfilm ne connaîtra pas le succès espéré, freinant New World dans son envie d’en produire un nouveau dans la foulée. Bill Bixby s’éteindra trois ans plus tard, victime d’un cancer. La Mort de l’incroyable Hulk aura donc finalement porté un titre tristement prophétique, le Titan vert disparaissant dès lors des écrans jusqu’à sa résurrection au cinéma en 2003. Aujourd’hui encore, malgré les prestations ultérieures d’Eric Bana, Edward Norton et Mark Ruffalo, toutes très honorables, Bill Bixby reste pour beaucoup de fans le meilleur et le plus touchant des interprètes de Bruce Banner.

 

© Gilles Penso

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HOLOCAUST 2000 (1977)

Kirk Douglas incarne un ingénieur dont le projet de centrale nucléaire pourrait bien provoquer l’extinction de la race humaine…

HOLOCAUST 2000

 

1977 – ITALIE / GB

 

Réalisé par Alberto de Martino

 

Avec Kirk Douglas, Simon Ward, Agostina Belli, Anthony Quayle, Virginia McKenna, Spiros Focas, Ivo Garrani, Alexander Knox, Adolfo Celi, Romolo Valli

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Les années 70 étant propices à une prise de conscience écologique collective, Alberto de Martino a l’idée d’associer les dangers du nucléaire avec Satan en personne. Le scénariste-réalisateur italien avait déjà eu affaire avec le Malin à l’occasion de son Antéchrist marchant sur les traces de L’Exorciste. Ici, épaulé par ses coscénaristes Michael Robson (Hardcore) et Sergio Donati (Il était une fois dans l’Ouest), il semble plutôt se laisser porter par le succès de La Malédiction, sorti un an plus tôt avec le succès que l’on sait, tout en s’efforçant d’y adjoindre une prise de conscience environnementale. Pour autant, la confusion du diable avec la bombe atomique est une notion qui hante les esprits depuis Hiroshima, comme en témoignait notamment l’écrivain Walter Miller lorsqu’il écrivait en 1960, dans « Cantique pour Leibowitz » : « Le visage de Lucifer s’épandit au-dessus du banc de nuages en un immense et hideux champignon et s’éleva lentement comme un titan qui se serait redressé après des siècles d’emprisonnement au sein de la Terre ». Pour donner un maximum d’ampleur à ce qui n’aurait pu être qu’un film d’exploitation mineur, la production parvient à réunir un casting international dominé par Simon Ward (Les Trois Mousquetaires), Anthony Quayle (Lawrence d’Arabie), Agostina Belli (Parfum de femme) et surtout le sexagénaire Kirk Douglas, alors un peu moins regardant sur ses choix de carrière.

L’ancienne star de Spartacus et des Vikings joue le rôle de Robert Craine, un ingénieur sur le point de bâtir une centrale thermonucléaire dans un pays du tiers-monde. Son objectif est de pouvoir alimenter toute la planète en énergie électrique depuis ce réacteur extrêmement puissant. Plusieurs événements étranges contrecarrent peu à peu son projet. Ce sont d’abord des signes évoquant un exorcisme contre le Malin, puis la disparition mystérieuse de plusieurs personnes, et enfin la mort de tous ceux qui veulent s’opposer au lancement de l’usine. La clef de l’énigme s’avère terrifiante : la construction de cette centrale scellera le destin de l’humanité, provoquant une réaction en chaîne fatale à l’humanité ainsi que la venue de l’Antéchrist sur Terre. Et celui-ci n’est autre qu’Angelo Caine (Simon Ward), le propre fils de l’ingénieur !

Apocalypse Now !

Porté par une bande originale d’Ennio Morricone, le film dissémine un climat inquiétant dès son entame, véhiculant une idée visuelle très intéressante prenant corps au cours d’une séquence onirique spectaculaire : les sept cheminées de l’usine, surgissant soudain de l’océan, lui donnent les allures de la Bête de l’Apocalypse, généralement représentée sous l’aspect d’une hydre à sept têtes. Quant aux dix commutateurs et aux dix systèmes de contrôle de l’usine, ils semblent vouloir correspondre aux dix cornes et aux dix couronnes attribuées à cette bête dans le « Livre des Révélations ». Dans le rôle de ce père solide et cartésien dont le caractère en acier trempé s’ébranle progressivement, Kirk Douglas excelle. Face à lui, l’angélique et troublant Simon Ward ne démérite pas, leur affrontement final étant l’un des moments les plus forts du film. Fidèle à sa source d’inspiration majeure – La Malédiction, donc – le film d’Alberto de Martino collecte son lot de morts brutales (la décapitation par la pale d’un hélicoptère étant la cerise sur le gâteau en ce domaine) et de séquences anxiogènes (notamment celles situées dans l’hôpital). Pessimiste en diable, Holocaust 2000 s’achève sur un dénouement très noir mais étrangement anti-spectaculaire. En attente d’un climax digne de ce nom, les spectateurs furent dans leur grande majorité déçus par cette résolution frustrante, ce qui n’empêcha pas le film d’atteindre un petit statut d’œuvre culte auprès des fans du genre.

 

© Gilles Penso

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LE PROCÈS DE L’INCROYABLE HULK (1989)

Le Titan vert de Marvel fait équipe avec le justicier aveugle Daredevil pour tenter d’éliminer l’empire du crime de Wilson Fisk

THE TRIAL OF THE INCREDIBLE HULK

 

1989 – USA

 

Réalisé par Bill Bixby

 

Avec Bill Bixby, Lou Ferrigno, Rex Smith, John Rhys-Davies, Marta DuBois, Nancy Everhard, Nicholas Hormann, Richard Cummings Jr., Joseph Mascolo, Stan Lee

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

L’accueil du Retour de l’incroyable Hulk ayant été globalement enthousiaste, New World Entertainment lance dans la foulée Le Procès de l’incroyable Hulk et tente un autre crossover, dans la lignée des comics « Marvel Team-Up » édités entre 1972 et 1985. Après le puissant Thor, place donc à l’intrépide Daredevil. Autre changement majeur qui influe sur l’atmosphère visuelle de ce téléfilm : l’équipe de tournage quitte le soleil de Los Angeles pour le décor urbain de Vancouver. Quant à Bill Bixby, il occupe cette fois-ci officiellement le poste de réalisateur, fonction qu’il assuma en grande partie sans en être crédité dans le film précédent. Il reprend aussi bien sûr le rôle de David Banner, toujours en fuite sous un nom d’emprunt, en quête d’une paix intérieure qui semble hors d’atteinte. En début de métrage, nous le retrouvons barbu, gagnant quelques maigres dollars en s’astreignant à des travaux physiques ingrats, côtoyant des brutes qu’il refuse d’affronter pour éviter de réveiller le monstre vert qui sommeille toujours en lui. En perpétuel mouvement, il débarque dans une ville qui n’est jamais nommée mais qui pourrait très bien être New York. Alors qu’il s’installe dans un hôtel minable, le montage parallèle nous présente l’avocat Aveugle Matt Murdock (Rex Smith, alors popularisé par son rôle de motard justicier dans la série Tonnerre mécanique) ainsi que le maître du crime Wilson Fisk (John Rhys-Davies, le Sallam des Aventuriers de l’arche perdue et d’Indiana Jones et la dernière croisade) qui règne sur la cité sous les atours d’un puissant businessman.

Les trois intrigues s’entrechoquent lorsque deux gangsters embauchés par Fisk pour le cambriolage d’une bijouterie se réfugient dans le métro et s’en prennent à une passagère. Or Banner est dans la même rame. Un dilemme intéressant s’empare de lui : doit-il laisser cette jeune femme se laisser agresser en détournant le regard, ou faut-il qu’il intervienne au risque de laisser Hulk prendre le relais ? C’est bien sûr la deuxième option qui se profile, avec à la clé la fuite des voyous, l’hospitalisation de la passagère et de beaux dégâts dans le métro. Arrêté, Banner est défendu par Matt Murdock qui compte sur son témoignage pour faire tomber Fisk et le mettre derrière les barreaux. Passé le cap de la méfiance, une relation de confiance s’installe entre les deux hommes qui finissent par partager leurs secrets : alors que Banner avoue réveiller malgré lui la furie de Hulk chaque fois qu’il est en colère, Murdock révèle qu’il endosse le soir la panoplie du justicier Daredevil pour lutter contre le crime. Alors que la victime du métro est kidnappée par les hommes de Fisk, le géant vert et « l’homme sans peur » vont unir leurs forces pour tenter de renverser le parrain et son empire du crime…

La justice est aveugle

Le procès que promet le titre n’a lieu que dans une scène de rêve mouvementée où Banner, harcelé par des avocats et un juge, perd ses moyens et se transforme en un Hulk plus colérique que jamais. Stan Lee y apparaît sous les traits d’un juré, premier d’une très longue série de rôles que le cerveau de Marvel tiendra sous forme de clins d’œil jusqu’à la fin de sa vie. Mieux écrit et mieux réalisé que Le Retour de l’incroyable Hulk, ce second téléfilm de la période New World redonne un peu de sa superbe à l’alter-ego de Bruce Banner, coiffé d’une perruque plus seyante que dans l’opus précédent. Fisk lui-même est plutôt bien retranscrit à l’écran. S’il n’est pas chauve et glabre comme dans la bande dessinée, et s’il ne porte jamais son célèbre surnom de Caïd, John Rhys-Davies sait le rendre imposant, charismatique et mégalomane à souhait, juché dans une tour qui surplombe la cité, les yeux rivés sur des écrans de contrôle qui le rendent quasiment omniscient. Même Matt Murdock s’en sort relativement bien – en tout cas mieux que son prédécesseur Thor. Rex Smith lui donne corps avec conviction et les origines du personnage telles qu’elles sont narrées à Banner sont en tout point conformes au comics créé par Stan Lee et Steve Ditko. On s’étonnera que les deux associés de l’avocat aveugle ne soient pas Foggy Nelson et Karen Page, comme dans la bande dessinée, mais deux remplaçants insipides nommés Al Pettiman (Richard Cummings Jr.) et Christa Klein (Nancy Everhard). On regrettera surtout que le costume du super-héros ne soit qu’un justaucorps noir banal (sans logo DD ni cornes) au lieu de la panoplie écarlate originale. Comme Thor, Daredevil n’aura pas droit à la série TV que New World lui destinait dans la foulée de ce téléfilm. Il faudra attendre 2015 pour que le justicier réapparaisse avec panache sur un petit écran, à l’occasion de la remarquable série créée par Drew Goddard.

 

© Gilles Penso

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SLITHIS (1978)

Venice, Californie : un enseignant enquête sur un monstre mutant qui surgit des eaux pour dévorer la population…

SLITHIS / SPAWN OF THE SLITHIS

 

1978 – USA

 

Réalisé par Stephen Taxler

 

Avec Alan Blanchard, Judy Motulsky, Mello Alexandria, Win Condict, Dennis Lee Falt, Prudie Butler, Dale Caldwell

 

THEMA MUTATIONS I MONSTRES MARINS

Le poster spectaculaire de Slithis a titillé l’imagination de beaucoup de fantasticophiles à l’ère bénie des vidéoclubs. Cette créature amphibie transportant dans ses griffes une femme nue sur fond de cité nocturne était prometteuse, ravivant et modernisant la flamme des films de monstres des années 50. Hélas, ce qui se cache derrière cette jaquette évocatrice n’a rien de très enthousiasmant, c’est le moins qu’on puisse dire. Filmé en douze jours à Venice, au fil d’un tournage marathon émaillé de journées de travail s’étirant chacune sur une bonne quinzaine d’heures consécutives, Slithis est l’un des descendants les plus improbables de L’Étrange créature du lac noir, dans la droite lignée de l’Octaman d’Harry Essex. La première scène est déjà assez étrange. Deux enfants jouent au frisbee au ralenti, accompagnés par une musique de dessin animé, puis découvrent au bord d’un canal les cadavres ensanglantés et mutilés de deux chiens. Au bout de cinq minutes de métrage, la silhouette de l’auteur de ce massacre nous est révélée. Même si la pénombre cache les détails de sa morphologie, nous comprenons bien vite la nature de la « bête » : un homme engoncé dans un costume en caoutchouc qui lui donne des allures de bibendum écailleux. Le monstre s’introduit dans une maison au bord de l’eau et en dévore les occupants. Rien ne va plus à Venice, Californie. La police est sur les dents, pensant se trouver face aux meurtres rituels d’une sorte de secte…

Le héros de Slithis est Wayne Connors (Alan Blanchard), enseignant en journalisme dans un lycée californien qui rêve de tomber sur le scoop qui lui permettra de quitter les bancs d’école pour partir sur le terrain. Or ces crimes mystérieux pourraient bien lui en donner l’occasion. En fouinant sur les lieux du double meurtre, il trouve une sorte de boue qu’il fait analyser par l’un de ses confrères, professeur en biologie.  Celui-ci résume la situation en termes abscons : « c’est à la fois organique et non-organique ». Nous voici bien avancés. Voyant que l’intrigue ne semble pas prête à évoluer, le personnage se lance dès lors dans un long monologue explicatif conçu pour justifier le postulat sur lequel repose le scénario du film. Nous apprenons ainsi que les déchets nucléaires d’une usine se sont déversés dans l’eau de la marina et ont provoqué la création d’un organisme protoplasmique en mutation que les scientifiques ont baptisé « Slithis » sans être capables de le reproduire en laboratoire. Serait-il possible qu’un protoplasme de cette nature ait continué à évoluer sous les eaux jusqu’à se muer en prédateur mi-homme mi-poisson ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Wayne sent qu’il tient enfin son scoop.

Un homme-poisson pas très frais

Slithis passant beaucoup plus de temps à détailler l’enquête de son personnage principal qu’à mettre en scène sa créature, nous sommes obligés de subir d’interminables séquences de dialogues filmées dans un style très télévisuel. La plupart du temps, la caméra est fixe et les comédiens débitent leurs tonnes de répliques. Ces derniers s’efforcent de jouer leur rôle avec un maximum naturalisme, sauf l’interprète d’un inspecteur de police (un certain Hy Puke, non crédité au générique) qui, pour une raison qui nous échappe, décide de donner la réplique au héros en criant de manière hystérique, en grimaçant comme un personnage de Tex Avery et en gesticulant de manière visiblement incontrôlable. Cette séquence grotesque est le grand moment d’humour involontaire du film. D’autres personnages improbables surgissent au cours des investigations de Connors, notamment un scientifique dont la moitié du visage a été ravagée par les radiations. Le monstre, lui, n’intervient que de manière sporadique pour attaquer la population, les voitures et les bateaux. Dans ces moments, Stephen Taxler ne sait visiblement plus comment gérer sa mise en scène. Dans le doute, il expérimente tout ce qui lui passe par la tête : image filtrée en rouge, ralentis, faux raccords, sons désynchronisés, effets de solarisation, arrêts sur image… Pendant ce temps, Win Condict, l’interprète de la créature, souffre le martyre, étouffant dans un costume en latex sans fermeture éclair ni boutons qu’il doit donc garder toute la journée. Dans la foulée de Slithis, Taxler envisageait déjà une séquelle où le monstre se mettrait à semer la panique en plein Los Angeles, mais il ne parvint pas à la financer. Il devint alors directeur de production à Hollywood sur de gros films tels que Invasion U.S.A., Waterworld ou Windtalkers. Les autres membres de l’équipe du film ont pour la plupart disparu dans la nature.

 

© Gilles Penso



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LE RETOUR DE L’INCROYABLE HULK (1988)

Six ans après la fin de la série L’Incroyable Hulk, le géant vert revient aux côtés de Thor dans un téléfilm produit par Roger Corman

THE INCREDIBLE HULK RETURNS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Nicholas Corea

 

Avec Bill Bixby, Lou Ferrigno, Jack Colvin, Lee Purcell, Eric Allan Kramer, Steve Levitt, Tim Thomerson, Charles Napier, John Gabriel, Jay Baker

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

En 1982, après cinq ans de diffusion, la série L’Incroyable Hulk s’arrête. Kenneth Johnson avait su trouver le parfait équilibre entre le respect du comics original et une certaine liberté de ton lui permettant de rendre hommage à la série Le Fugitif et d’attirer ainsi un grand nombre de téléspectateurs. Mais toutes les bonnes choses ont une fin… Enfin presque. Car en 1986, la compagnie New World Entertainment créée par Roger Corman rachète Marvel Entertainment et décide de miser sur les super-héros de Stan Lee. Avant de se lancer dans des projets financièrement risqués (le Marvel Cinematic Universe est encore loin), l’idée de capitaliser sur la série à succès de Kenneth Johnson semble judicieuse. Trois téléfilms sont donc initiés à partir de la fin des années 80 : Le Retour de l’incroyable Hulk, Le Procès de l’incroyable Hulk et La Mort de l’incroyable Hulk. Si Stan Lee est sollicité comme consultant, Kenneth Johnson n’est pas invité à la fête et ne découvre l’existence de cette trilogie que lorsqu’est annoncée la diffusion du premier opus ! En revanche, l’acteur principal Bill Bixby est mis à l’honneur. C’est lui qui choisit le scénariste et réalisateur du Retour de l’incroyable Hulk, Nicholas Corea, qui avait déjà signé un certain nombre d’épisodes de la série. Selon certaines rumeurs, Bixby aurait visiblement assuré une grande partie de la mise en scène lui-même. Lou Ferrigno revient lui aussi pour prêter sa musculature à l’alter-égo vert et colérique de Bruce Banner. Et pour que ce premier téléfilm soit un petit événement, on convoque un autre personnage de l’univers Marvel qui n’avait jusqu’alors jamais été incarné en chair et en os : le puissant Thor.

Au début du film, David Banner (qui a emprunté le pseudonyme de David Bannion pour conserver son anonymat) coule des jours heureux avec la bio-généticienne Maggie Shaw (Lee Purcell). Leur bonheur sans vague est filmé avec une candeur sirupeuse digne d’un soap opera. Tous deux travaillent à l’institut de recherche Joshua Lambert et Banner, qui a réussi à empêcher son encombrant « Mister Hyde » de surgir depuis deux ans, est sur le point de s’en débarrasser définitivement grâce à une machine révolutionnaire de son invention : le transpondeur Gamma. Mais alors qu’il s’apprête à s’exposer aux rayons, un de ses anciens élèves pénètre dans les lieux et interrompt l’expérience. Il s’agit de Donald Blake (Steve Levitt), qui lui raconte une bien étrange histoire. Alors qu’il participait à une expédition en Norvège, il découvrit un marteau antique lui permettant de faire apparaître le dieu viking Thor, fils d’Odin. Dès lors, tous deux sont liés. Lorsqu’une organisation criminelle projette de s’emparer du transpondeur et kidnappe Maggie, Banner n’a d’autre recours que de réveiller la bête qui sommeille en lui. Hulk et Thor vont ainsi devoir faire équipe pour sauver la belle et contrecarrer les plans des vilains…

À Thor et à travers

On le voit, le scénario de Nicholas Corea prend un certain nombre de libertés avec le Thor du comics. Car dans les pages écrites par Stan Lee et dessinées par Jack Kirby, le dieu viking et le docteur Blake se passaient le relais dans notre monde, l’un se substituant à l’autre et vice-versa. Ici, tous deux cohabitent dans les mêmes scènes, formant une sorte de duo comique façon « buddy movie » : le savant chétif et malin et la montagne de muscles paillarde et bagarreuse. Pour convoquer le super-héros nordique, Blake procède un peu comme Aladdin et sa lampe. Il brandit le marteau et hurle « Odin ! ». Aussitôt, des arcs électriques en rotoscopie se dessinent un peu partout et Thor surgit. Si l’athlète Eric Allan Kramer a indéniablement le physique de l’emploi, on émettra quelques réserves sur son look : une cuirasse aux épaulettes en fourrure, un pantalon en skaï et un casque garni d’une jolie paire d’ailes. Hulk lui-même a un peu perdu de sa superbe. À cause de l’aggravation de sa surdité, Lou Ferrigno est obligé de porter un équipement auditif encombrant dissimulé sous une nouvelle perruque franchement peu seyante. Lorsque le fils d’Odin et le Titan vert partagent l’écran, il nous semble donc plus assister à un bal costumé qu’à une aventure de super-héros, malgré quelques scènes d’action ambitieuses comme le premier combat dans le laboratoire, l’attaque de l’hélicoptère ou la fusillade finale dans l’entrepôt. En seconds rôles, on note la présence de Jack Colvin, reprenant le rôle du journaliste fouineur McGee, et de Charles Napier dans le rôle d’un des gangsters. L’une des idées majeures du Retour de l’incroyable Hulk était de pouvoir donner naissance dans la foulée à une série TV consacrée à Thor. Mais celle-ci ne verra jamais le jour, malgré le succès honorable de ce téléfilm et la mise en chantier de ses deux séquelles.

 

© Gilles Penso

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MEURTRE AU 43ème ÉTAGE (1978)

John Carpenter filme l’angoisse quotidienne d’une jeune femme qu’un maniaque épie et traque sans relâche…

SOMEONE’S WATCHING ME !

 

1978 – USA

 

Réalisé par John Carpenter

 

Avec Lauren Hutton, David Birney, Adrienne Barbeau, Charles Cyphers, Grainger Hines, Len Lesser, John Mahon, James Murtaugh

 

THEMA TUEURS I SAGA JOHN CARPENTER

Après une demi-douzaine de films courts amateurs, John Carpenter tourne coup sur coup deux longs-métrages très remarqués, le space-opera parodique Dark Star et le western urbain Assaut. Le studio Warner s’intéresse alors à ce free-lance au style déjà très marqué et lui propose d’écrire le scénario de High Rise, un thriller horrifique inspiré d’un fait divers. Au fil des mois, le projet évolue, se transforme en téléfilm et change de titre : Someone’s Watching Me ! (« Quelqu’un m’observe ! »). Même si le petit écran semble moins adapté à son univers que le cinéma, Carpenter voit là l’occasion de réaliser son premier long-métrage pour un studio et accepte avec enthousiasme la proposition d’écrire et de diriger ce qui va s’annoncer comme une sorte d’embryon de La Nuit des masques. Tourné en 18 jours, Meurtre au 43ème étage s’intéresse à Leigh Michaels (Lauren Hutton), une jeune femme qui a fui son ancienne vie sur la côte Est pour s’installer à Los Angeles. Elle emménage dans une résidence huppée de 2000 habitants qui lui offre une vue imprenable sur la ville. « J’ai l’impression d’être dans le tiroir du haut d’une boîte en verre » dit-elle en souriant à l’agent immobilier. Le décor étant planté, Carpenter ne tarde pas à faire basculer son intrigue jusqu’à un point de non-retour. Tout commence par des appels téléphoniques inquiétants, puis des cadeaux énigmatiques déposés à son attention. Visiblement, quelqu’un l’observe depuis l’immeuble d’en face, pénètre chez elle, la suit partout… Persuadée qu’un maniaque veut la pousser à bout, Leigh contacte en vain la police avant de décider de poursuivre elle-même cet homme mystérieux qui la harcèle.

Le choix d’une héroïne célibataire, dynamique et indépendante permet d’emblée d’évacuer le cliché traditionnel de la victime hurlante et passive qui se soumet bien vite à la tyrannie de son agresseur. Leigh impose d’emblée une personnalité forte, tant dans sa vie professionnelle (elle travaille en tant que réalisatrice dans une station de télévision locale) que personnelle (dans les bars, c’est elle qui drague les hommes et impose le jeu de la séduction). Sa meilleure amie devient d’ailleurs Sophie (Adrienne Barbeau), une fille tout aussi émancipée et lesbienne de surcroît. Incarnée à la perfection par Lauren Hutton, cette femme libre et un peu excentrique prend le monde avec recul et humour. Ce qui ne l’empêche évidemment pas d’être terrorisée par cette menace invisible qui ne cesse de se rapprocher. Mais c’est à bras le corps qu’elle décide de se mesurer au danger, quitte à se jeter elle-même dans la gueule du loup, armée d’un couteau dérisoire dans une de ces tours modernes déshumanisant ses habitants jusqu’à les muer en entités anonymes. Ce choix d’affronter seule le psychopathe devient une nécessité lorsque ses appels répétés à la police finissent par la faire passer pour une folle doublée d’une paranoïaque.

Sueurs froides

Alfred Hitchcock étant la source d’inspiration majeure de Meurtre au 43ème étage, John Carpenter décide d’assumer ouvertement cette filiation dès le générique de début qui cite celui de La Mort aux trousses : les mêmes lignes géométriques traversant l’écran, la même rythmique nerveuse dans la bande originale d’Harry Sukman. Mais c’est surtout Fenêtre sur cour que convoque le scénario du film, à travers le jeu croisé des télescopes qui permettent d’observer – ou d’être observé par – le voisinage, en un jeu de miroir inquiétant où Lauren Hutton finit par se substituer à Grace Kelly et Adrienne Barbeau à James Stewart. D’autres allusions au maître du suspense jalonnent Meurtre au 43ème étage, comme ce travelling compensé « emprunté » à Sueurs froides ou cette manière très particulière de donner du caractère aux objets (Carpenter filme sous une multitude d’angles de prise de vue un paquet mystérieux déposé dans l’appartement de Leigh, exactement comme Hitchcock avec l’enveloppe pleine de billets dans la chambre de Marion Crane dans Psychose). Les autres clins d’œil sont plus ludiques : un personnage qui se nomme Leone en hommage au grand Sergio et la tour qui porte le nom de Arkham Tower pour évoquer H.P. Lovecraft. Malgré toutes ces références, John Carpenter s’affranchit habilement de ses mentors en imposant un certain nombre d’effets de style qui deviendront ses marques de fabriques. A l’instar du Steven Spielberg de Duel, il transforme même les contraintes de l’exercice télévisé (coupures publicitaires régulières, format 4/3, décors limités) en vecteurs de suspense. La peur s’insinue dans les arrière-plans (la silhouette qui apparaît furtivement derrière Lauren Hutton au téléphone), dans les entrées de champ inattendues où dans des couloirs sombres filmés en caméra subjective. Diffusé sur NBC le 29 novembre 1978, Meurtres au 43ème étage fait entrer Carpenter dans la cour des grands et lui permet de rencontrer son épouse Adrienne Barbeau, que l’on retrouvera dans Fog et New York 1997. Deux semaines plus tard, le cinéaste enchaîne avec le tournage de Halloween.

 

© Gilles Penso

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LA FEMME INVISIBLE (1941)

Pour sa troisième incursion dans le thème de l’invisibilité, le studio Universal féminise son personnage principal et joue la carte de la comédie

THE INVISIBLE WOMAN

 

1941 – USA

 

Réalisé par Edward Sutherland

 

Avec John Barrymore, Virginia Bruce, Charlie Ruggles, John Howard, Oscar Homolka, Maria Montez

 

THEMA HOMMES INVISIBLES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Déjà auteurs du Retour de l’homme invisible, Joe May et Curt Siodmak proposent une nouvelle variante autour du roman d’H.G. Wells en écrivant l’histoire de cette Femme invisible volontiers axée sur le potentiel comique de la thématique, et n’assurant plus le moindre lien avec le personnage de Jack Griffin. Le vétéran John Barrymore y incarne avec force grimaces un vieux professeur excentrique du nom de Gibbs, clamant partout avoir trouvé la formule qui permet aux gens de se rendre invisible. Fort peu considéré par ses pairs, Gibbs en est réduit à passer une annonce dans le journal pour qu’un cobaye humain accepte de se prêter à l’expérience. Étant donné que celle-ci n’est pas rémunérée, l’annonce n’attire personne, à l’exception de Kitty Carroll (Virginia Bruce), une jeune femme qui arrondit ses fins de mois en travaillant comme mannequin sous les ordres du tyrannique Monsieur Growley (Charles Lane). Soucieuse d’échapper à son train-train quotidien, Kitty vient rendre visite à Gibbs dans le but de tester la formule, laquelle mixe cette fois l’injection d’un sérum avec l’exposition du corps à des ondes électromagnétiques via une machine complexe et excentrique.

Autre grosse différence avec les héros invisibles précédents : l’invention de Gibbs permet aux cobayes de redevenir visibles au bout de quelques heures et ne présente aucun effet secondaire comportemental. Exit donc les tourments psychologiques et les séquences de suspense dignes de ce nom. Ici, seul le rire et la détente sont à l’ordre du jour. Notre jeune héroïne profite de son invisibilité pour prendre sa revanche sur son odieux patron, défilant sous forme d’une robe sans tête pour effrayer les snobs clients de Growley, puis terrifiant ce dernier en se faisant passer pour sa conscience. Les choses se compliquent lorsque trois gangsters s’intéressent de près à l’invention de Gibbs et s’efforcent de la subtiliser par tous les moyens pour permettre à leur patron (Oscar Homolka), exilé au Mexique, de se rendre invisible. Une intrigue amoureuse mettant en scène l’oisif aventurier Dick Russell (John Howard) vient compléter le cocktail.

Des enjeux transparents

Les situations comiques édictées par ce scénario burlesque s’enchaînent sans beaucoup de finesse, à mi-chemin entre Abbot et Costello et les trois Stooges. Les seconds rôles cabotinent plus que de raison – notamment les gangsters maladroits, la gouvernante grimaçante ou le majordome George qui se prend les pieds dans les tapis et tombe dans les escaliers de manière récurrente – et l’intrigue ne présente que peu de rebondissements captivants. Les effets spéciaux eux-mêmes, toujours signés John P. Fulton, oscillent entre l’excellence (la femme invisible qui enfile ses bas, la bouteille de cognac qui remplit les verres) et la maladresse (certaines lignes de cache sont bien visibles, les cagoules et gants noirs sont aisément repérables dans certaines scènes de déshabillage). Dès son troisième long-métrage consacré à l’invisibilité, le studio Universal cède ainsi à la facilité, amorçant le mouvement parodique qui sera relayé par tous les Deux nigauds à venir.

 

© Gilles Penso

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THE MANSON FAMILY (2003)

Une sorte de docu-fiction expérimental qui aborde sans tabous les excès de la secte meurtrière menée par le plus sordide des gourous

THE MANSON FAMILY

 

2003 – USA

 

Réalisé par Jim Van Bebber

 

Avec Marcelo Games, Marc Pitman, Leslie Orr, Maureen Allisse, Amy Yates, Jim Van Bebber, Tom Burns, Michelle Briggs

 

THEMA TUEURS

Cinéaste underground natif de l’Ohio, Jim Van Bebber s’est fait connaître par une poignée de courts et de longs-métrages produits avec les moyens du bord, dans des conditions semi-professionnelles. Distribué à une plus vaste échelle, The Manson Family est un peu l’œuvre de sa vie. Commencé au milieu des années 80 sous le titre provisoire Charlie’s Family, ce film troublant à mi-chemin entre le reportage, la reconstitution hyperréaliste et le documentaire, ne fut achevé qu’une vingtaine d’années plus tard. Tout autre cinéaste aurait lâché l’affaire en cours de route, déprimé par son incapacité à boucler son tournage faute de moyens. Mais Van Bebber transforme le handicap en avantage. Ainsi les comédiens qui jouent les protagonistes du drame réapparaissent-ils deux décennies plus tard, sous des traits naturellement vieillissants, pour témoigner des horreurs passées face à une fausse caméra de reporter. Le réalisme obtenu est imparable. The Manson Family s’intéresse donc au sinistre Charles Manson, ancien détenu, musicien raté et hippie mystique, qui fonda à la fin des années 60 « la famille », une communauté prônant l’amour libre, puis le culte de la peur, et enfin le meurtre gratuit et sanglant.

Les abominations du gourou et de sa secte atteignirent leur point culminant lors de l’assassinat de l’actrice Sharon Tate, alors épouse de Roman Polanski et enceinte de plusieurs mois, ainsi que de quatre de ses amis. Trois autres meurtres furent commis par « la famille » dès le lendemain, avant que la police ne démantèle la secte et n’emprisonne à vie Charles Manson. S’il s’octroie toutes les libertés artistiques qu’il juge nécessaires, Jim Van Bebber colle de près aux événements tels qu’ils furent rapportés par les différents témoins, et surtout à l’imagerie de l’époque, grâce à des prises de vues brutes et granuleuses qu’on jurerait issues des années 60/70. Le film commence en 1996 et raconte le projet d’un documentaire consacré à Manson, à l’initiative du journaliste Jack Wilson (Carl Day). Ce prétexte permet d’alterner les reconstitutions de 1969 (en 16 mm) et les « interviews » des survivants dans les années 80 (en vidéo), par le biais d’un montage extrêmement minutieux.

Orgies sanglantes

Ne reculant devant aucun tabou, Van Bebber filme des séquences d’orgie impensables, Manson (Marcelo Games) et ses adeptes s’ébattant nus dans la campagne, buvant le sang d’un animal égorgé et s’en enduisant le corps, s’accouplant dans toutes les positions imaginables, tandis que le gourou prend des allures de diable cornu et grimaçant aux yeux de ses « frères » passablement défoncés. La descente aux enfers de la communauté est progressive et insidieuse. La fraternité bon enfant se laisse peu à peu contaminer par d’étranges idées. On y parle de philosophie raciale, on commet des cambriolages nocturnes, on apprend à manier le couteau, la haine s’insinue. Et puis survient le premier meurtre, choquant par sa crudité. Les épouvantables scènes de massacre qui s’ensuivent sont à la limite du supportable. Le sang, les hurlements, l’hystérie envahissent l’écran, et Van Bebber achève son film sur une note fort peu rassurante, laissant sur le carreau des spectateurs pas vraiment préparés à un spectacle aussi déstabilisant.

 

© Gilles Penso

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LES FEMMES DE STEPFORD (1975)

Une fable de science-fiction féministe dans laquelle les femmes d’une petite ville américaine se transforment en ménagères soumises…

THE STEPFORD WIVES

 

1975 – USA

 

Réalisé par Bryan Forbes

 

Avec Katharine Ross, Paula Prentiss, Peter Masterson, Nanette Newman, Tina Louise, Carol Eve Rossen, William Prince

 

THEMA ROBOTS

Le romancier Ira Levin passa à la postérité lorsque Roman Polanski adapta son effrayant « Rosemary’s Baby » en 1968. Sept ans plus tard, un autre récit de l’écrivain est porté à l’écran par le scénariste William Goldman et le cinéaste Bryan Forbes. Et si les deux hommes semblent avoir vécu une pénible relation conflictuelle tout au long de l’élaboration des Femmes de Stepford, le film n’en souffre pas outre mesure, exhalant toutes les obsessions paranoïaques de l’auteur. Photographe dilettante, Joanna est mariée à Walter, un brillant avocat. Un beau jour, ils quittent la vie trépidante de New York avec leur enfant pour partir s’installer dans le petit village de Stepford, dans le Connecticut. Là, l’existence est paisible et tout le monde se connaît. Les hommes se réunissent sous forme de clubs aux occupations variées et anecdotiques. Quant aux femmes, elles semblent toutes béates d’assumer leur rôle de ménagères soumises et attentionnées, leur discussion se limitant principalement aux recettes de cuisines et aux produits ménagers. Et pourtant, à Stepford se tenait jadis un club féministe comportant une bonne cinquantaine de membres…

Lorsqu’une des nouvelles venues au village, professeur de tennis sculpturale et émancipée, se mue brusquement à son tour en ménagère docile troquant sa tenue de sport contre une robe d’intérieur et faisant détruire son court de tennis pour que son mari possède la piscine chauffée de ses rêves, Joanna et son amie Bobby décident de mener l’enquête. Soucieuses de comprendre le comportement étrange des femmes de Stepford, elles se mettent à imaginer que les hommes ont mêlé à l’eau de la ville une forte dose de tranquillisant. Mais les analyses d’un ami chimiste évacuent cette théorie. Et puis Bobby se métamorphose à son tour. Sombrant dans un état paranoïaque, Joanna décide de consulter une psychiatre, à qui elle confie : « si j’ai tort, c’est que je suis folle. Et si j’ai raison c’est encore pire ! »

Intelligemment dérangeant

Le fin mot de l’histoire nous plonge dans un coup de théâtre digne des meilleurs épisodes de La Quatrième dimension, que ne vient guère tempérer un épilogue terriblement cynique. Les Femmes de Stepford est donc avant tout un film féministe dans lequel l’angoisse s’immisce lentement, craquelant peu à peu le vernis d’une vie de banlieue paisible qui semble faire écho aux publicités caricaturales des années cinquante. Nous étions alors au cœur des mouvements féministes les plus virulents. Les MLF s’organisaient, les soutiens gorges brûlaient en signe de protestation, et le film aurait dû résonner fortement dans un tel contexte. Pourtant Les Femmes de Stepford ne connut qu’un accueil des plus timorés. Il faudra attendre quelques années pour que l’œuvre finisse par acquérir un véritable statut de classique, le public et la critique saluant enfin à son juste titre un scénario intelligemment dérangeant ainsi que la belle performance de Katarine Ross dont le rôle était à l’origine prévu pour Diane Keaton. Or on a beau apprécier l’actrice fétiche de Woody Allen, il faut bien reconnaître que nous n’y avons pas perdu au change, l’ex-star du Lauréat portant une grande partie du film sur ses épaules.

 

© Gilles Penso

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