FUTURE COP 3 (1992)

Le détective Jack Deth est envoyé en l’an 2005 pour combattre une organisation militaire à l’origine de la création de soldats zombies…

TRANCERS III : DETH LIVES !

 

1992 – USA

 

Réalisé par C. Courtney Joyner

 

Avec Tim Thomerson, Helen Hunt, Melanie Smith, Andrew Robinson, Telma Hopkins, Megan Ward, Stephen Macht, R.A. Mihailoff

 

THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA FUTURE COP I CHARLES BAND

La saga Future Cop est un peu le « bébé » du producteur Charles Band, qui en a réalisé les deux premiers opus et même le court-métrage intégré au film à sketches Pulse Pounders. Mais lorsque vient le moment de s’atteler à Future Cop 3, Band est trop accaparé par ses responsabilités de président de Full Moon Entertainment et doit donc passer la main. Il pense alors à C. Courtney Joyner, talentueux scénariste (Prison, Puppet Master III, Doctor Mordrid) qui désire passer à la mise en scène depuis longtemps. Pas certain de ses capacités à prendre en charge un film tout seul, Band envisage un temps de lui adjoindre David DeCoteau comme co-réalisateur. C’est finalement le producteur Albert Band (le père de Charles) et l’acteur Tim Thomerson qui permettent à Joyner d’avoir gain de cause et de se voir confier en solo sa première réalisation, budgétée à deux millions de dollars. Actrice récurrente de la saga, Helen Hunt est entretemps devenue une célébrité grâce à la série Mad About You. Band père et fils ne cherchent donc pas à la contacter, persuadés qu’elle est désormais hors d’atteinte. Mais Hunt entend parler du tournage imminent de Future Cop 3 et insiste pour y participer, même si son rôle reste limité à cause des contraintes télévisuelles qui compliquent son agenda. La future star de Twister a en effet gardé un excellent souvenir du tournage des deux premiers Future Cop et souhaite poursuivre l’aventure une dernière fois.

En 1992, le policier venu du futur Jack Deth (Tim Thomerson) est devenu un détective privé spécialisé dans la prise d’amants infidèles en flagrant délit. Ses activités ont fini par malmener sa vie personnelle, poussant son épouse Lena (Helen Hunt) à envisager le divorce s’il ne parvient pas à mettre de l’ordre dans ses affaires. Avant qu’il ait pu tenter d’arranger leur relation houleuse, Deth est kidnappé par un androïde massif, Shark (R. A. Mihailoff), qui le transporte en l’an 2352. Là, il retrouve sa première épouse, Alice (Megan Ward), devenue chef militaire d’un groupe de rebelles submergés par des attaques répétées de soldats zombie, les fameux Trancers. La mission qu’on lui confie consiste à se rendre à Angel City en 2005 afin de déterminer l’origine de cette nouvelle vague de Trancers et de l’éradiquer. Son enquête le dirige vers le colonel Daddy Muthuh (Andrew Robinson), en charge d’un programme militaire expérimental sponsorisé par le gouvernement américain…

L’armée des ténèbres

Le scénario de C. Courtney Joyner se laisse visiblement influencer par Terminator, du moins dans sa première partie puisqu’il reprend l’idée de résistants du futur terrés dans un repaire précaire et renvoyant un combattant dans le passé pour éliminer le mal à la racine et renverser la situation. En se réappropriant le concept initialement imaginé par les scénaristes Danny Bilson et Paul De Meo, Joyner en transgresse quelques règles. Ainsi, les voyages dans le temps ne s’effectuent plus en suivant la lignée génétique des ancêtres mais à l’aide d’une plus traditionnelle machine qui se téléporte ici et là à la manière de la cabine téléphonique de Doctor Who. D’autre part, les Trancers ne sont plus des monstres créés par un prédicateur employant le contrôle psychique mais le fruit d’une expérience conçue pour obtenir une armée de « super-soldats ». Joyner étant ami depuis le lycée avec Greg Nicotero, il parvient à embarquer sur Future Cop 3 l’atelier d’effets spéciaux de KNB, habitué à l’époque à participer à des productions de plus grande envergure (Incidents de parcours, Freddy 5, Misery, Le Sous-sol de la peur, Danse avec les loups). Grâce à eux, les altérations physiques des Trancers vont plus loin que dans les deux premiers films (avec une étonnante séquence de veines qui gonflent sur le visage d’une jeune femme en pleins ébats physiques). Très généreux en fusillades et en scènes de bagarres, Future Cop 3 s’achève sur une fin très ouverte et cligne de l’œil au passage vers Casablanca.

 

© Gilles Penso

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SUBSERVIENCE (2024)

Megan Fox incarne un robot docile qui fait le ménage, prépare des petits plats, s’occupe des enfants… et prend d’inquiétantes initiatives !

SUBSERVIENCE

 

2024 – USA

 

Réalisé par S.K. Dale

 

Avec Megan Fox, Michele Morrone, Madeline Zima, Matilada Firth, Jude Greenstein, Andrew Whipp, Atanas Srebrev, Manal El-Feitury, Antoni Davidov, JR Esposito

 

THEMA ROBOTS

Sex-symbol des années 2010, Megan Fox fit tourner la tête du public adolescent dans Transformers, Jennifer’s Body ou encore Jonah Hex, puis multiplia les apparitions sur les grands et les petits écrans tout en exposant régulièrement son impeccable silhouette dans les pages glacées de divers magazines de charme. En approchant de la quarantaine, la comédienne tient à varier les plaisirs. Si sa plastique reste irréprochable, ses rôles se veulent plus complexes. D’où sa prestation dans le thriller oppressant Till Death dirigé par S.K. Dale en 2021. Heureuse de cette expérience, elle renoue avec le cinéaste à l’occasion de Subservience dans laquelle Dale lui demande d’incarner un robot faussement docile (le titre pourrait se traduire par « soumission » ou « asservissement »). « Je connaissais plusieurs des points forts de Megan grâce à notre expérience passée, et j’ai pensé à ce qu’elle pouvait apporter au film », raconte le réalisateur « Dès le début, elle a proposé de faire bouger son personnage comme une ballerine, avec des gestes lents et précis. L’idée était excellente, et nous avons essayé de trouver le juste équilibre entre une prestation robotique inhumaine et l’expression d’un certain nombre d’émotions discrètes dans les scènes intimes. » (1) De fait, l’efficacité de Subservience repose beaucoup sur le travail de la comédienne, impeccable dans la peau de cet androïde trop parfait pour ne pas être suspect.

Le film se déroule dans un futur très proche où les robots côtoient de près les êtres humains. Mais nous ne sommes ni dans I, Robot, ni dans Alita : Battle Angel. Le monde décrit dans le film est donc ultraréaliste, très proche de ce que nous connaissons déjà. Les machines équipées d’une intelligence artificielle imitent à la perfection leurs créateurs et les secondent dans diverses tâches manuelles, occupant les chantiers de construction, les hôpitaux ou les jardins d’enfants. Le jour où son épouse (Madeline Zima) est victime d’une crise cardiaque qui la cloue sur un lit d’hôpital dans l’attente d’une greffe du cœur, Nick (Michele Morrone), contremaître dans le bâtiment et père de deux enfants, fait l’acquisition d’un robot humanoïde (Megan Fox) pour l’aider dans ses tâches domestiques. Modèle dernier cri de chez Kobol Industries, cette assistante est baptisée Alice par la fille de Nick et se montre particulièrement efficace. « Mon seul désir est de répondre à vos besoins » dit-elle à son propriétaire. Mais que veut-elle vraiment dire par là ? N’est-elle pas en train de développer des sentiments troubles, des initiatives imprévues et des projets funestes ?

Une nounou d’enfer

Subservience emprunte à priori des sentiers déjà balisés en détournant des motifs traités dans des œuvres aussi disparates que Megan, La Main sur le berceau ou même l’obscur Maid Droid. Si le film de Dale tire son épingle du jeu, c’est parce qu’il s’efforce d’aborder son sujet de la manière la plus crédible possible, inscrivant son intrigue dans un contexte social tangible, abordant frontalement la problématique de la main d’œuvre menacée d’être remplacée par des robots pour gagner en rentabilité. « C’est notre monde, maintenant », dit ainsi le patron de Nick qui s’apprête à licencier tous ses ouvriers au profit d’automates plus performants. Si Megan Fox crève l’écran dans son rôle de Mary Poppins au sourire éclatant, Michele Morrone livre à ses côtés une prestation naturaliste qui renforce beaucoup l’impact du film et ses nombreux moments de tension. Lorsqu’il s’éloigne du cadre intime et familial pour offrir aux spectateurs un climax explosif, Subservience finit par céder aux lieux communs hérités de Terminator, Hardware ou même Jeu d’enfant. Ce n’est certes pas la partie la plus subtile du film, mais elle ouvre une porte inquiétante sur les dérives à plus grande échelle d’une robotisation massive devenue incontrôlable. Ce sujet est d’autant plus d’actualité qu’au moment de la post-production de Subservience, Hollywood fut soudain frappé par une grève sans précédent des scénaristes et des acteurs, inquiets de voir l’intelligence artificielle risquer de menacer leurs emplois. La réalité s’apprêterait-elle à dépasser la (science)fiction ?

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Screen Rant en septembre 2024.

 

© Gilles Penso

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FUTURE COP 2 (1991)

Jack Deth, le flic du futur, combat une nouvelle armée de zombies manipulés par un gourou machiavélique dans l’Amérique des années 90

TRANCERS II : THE RETURN OF JACK DETH

 

1991 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Tim Thomerson, Helen Hunt, Megan Ward, Biff Manard, Richard Lynch, Martine Beswick, Jeffrey Combs, Alyson Croft, Art LaFleur, Barbara Crampton

 

THEMA FUTUR I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA FUTURE COP I CHARLES BAND

Le succès inattendu du premier Future Cop, distribué dans les bacs vidéo en 1985, incite le producteur Charles Band à initier une suite en confiant une nouvelle fois le scénario au duo Danny Bilson et Paul De Meo. Bilson est lui-même pressenti pour se charger de la mise en scène, comme il le fit à l’époque de Zone Troopers. Mais entretemps, les duettistes ont écrit The Rocketeer pour Joe Johnston et ont créé la série Flash. Désormais dans la cour des grands, ils ne sont plus disponibles pour les petits budgets des productions Full Moon et passent donc leur tour. Charles Band décide donc de s’occuper lui-même de la réalisation – ce qu’il fit déjà pour le premier Future Cop – et de solliciter Jack Canson (sous son pseudonyme habituel de Jackson Barr) pour l’écriture du script. Ce dernier, qui signait la même année le scénario de Subspecies, n’est pas particulièrement familier avec le matériau original. Il choisit donc de jouer la prudence en reprenant la grande majorité des ingrédients du premier Future Cop et de suivre une trame relativement similaire. Nous sommes désormais en 1991. Après avoir passé six ans à Los Angeles, le policier du futur Jack Deth (Tim Thomerson), qui coule une vie tranquille avec son épouse Lena (Helen Hunt) tout en sauvant régulièrement les fesses de son ami Hap Ashby (Biff Manard), est sommé par ses supérieurs de retourner au vingt-troisième siècle pour y occuper un poste de conseiller.

Les événements racontés au début de Future Cop 2 ne tiennent donc pas tout à fait compte du final du premier Future Cop, ni des péripéties racontées dans Future Cop 1.5, le court-métrage tourné en 1988 et intégré dans le film à sketches Pulse Pounders. Toujours est-il que les envies du Conseil vont être contrecarrées par un enchaînement de situations inattendues. Car dans ces années 90 contemporaines, un nouveau super vilain, le docteur Waldo (Richard Lynch), frère du redoutable Whistler du premier film, est en train de créer une nouvelle armée de Trancers qu’il tient sous sa coupe. Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, la première épouse de Deth, Alice Stillwell, morte dans ses bras, réapparaît dans le corps d’une nouvelle femme (Megan Ward). Pour tenter de mettre de l’ordre dans ce bazar, l’agent du futur McNulty (Art LaFleur), toujours adepte du cigare, vient faire un bond en 1991 et prend possession à nouveau du corps d’une de ses jeunes ancêtres, désormais adolescente (Alyson Croft). Jack Deth a donc du pain sur la planche…

Triangle amoureux

Pour être honnête, il n’est pas simple de ne pas perdre le fil dans cet imbroglio de péripéties entremêlées. « Nous sommes tous les deux dans des corps différents, des centaines d’années dans le passé » dit ainsi Alice à Jack pour résumer cette situation bizarre réunissant deux anciens époux que tout sépare. Le triangle amoureux qui s’installe, avec Lena comme dindon de la farce, n’est pas inintéressant, même s’il n’est pas pleinement exploité. On peut aussi regretter que le sympathique casting que Charles Band a réussi à réunir n’ait pas grand-chose à défendre. Certes, Richard Lynch excelle en gourou psychopathe au visage inquiétant et au regard noir. Mais Martine Beswick (Docteur Jekyll et Sister Hyde) et Jeffrey Combs (Re-Animator) se contentent de faire de la figuration dans le rôle de ses bras droits, tout comme Barbara Crampton (From Beyond) en présentatrice TV. Malgré tout, Band emballe le film avec efficacité, évitant tout temps mort, s’appuyant sur le charisme de ses acteurs principaux (Thomerson bouffe l’écran, Megan Ward et Helen Hunt jouent le jeu avec conviction), clignant de l’œil vers Crash and Burn le temps d’une bande-annonce télévisée et nous offrant quelques répliques invraisemblables telles que : « McNulty, la prochaine fois que vous vous retrouvez avec un jambon explosif, je vous passerai la moutarde ! » À partir de ce second opus, la franchise continuera de se déployer tous azimuts.

 

© Gilles Penso

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THE KILLER EYE (1999)

Un scientifique crée un œil géant qui s’échappe de son laboratoire pour faire subir les derniers outrages aux jeunes femmes qu’il croise…

THE KILLER EYE

 

1999 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Jacqueline Lovell, Jonathan Norman, Nanette Bianchi, Costas Koromilas, Blake Adams, Ryan Van Steenis, Dave Oren Ward, Roland Martinez

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SAGA CHARLES BAND

À la fin des années 90, pour varier les plaisirs, la compagnie Full Moon Entertainment décide de lancer une série de films à tout petit budget inspirés de vieux classiques de la science-fiction des années 50. Le principe consiste à reprendre vaguement leur concept scénaristique, à y ajouter de l’humour, de l’érotisme, et surtout à les tourner à la va vite pour pouvoir faire des économies et alimenter les bacs vidéo. C’est ainsi que naît The Killer Eye, relecture bizarre de Terreur à Trollenberg de Quentin Lawrence (1958). Le producteur Charles Band confie le scénario à Benjamin Carr et demande à son complice de longue date David DeCoteau de s’occuper de la mise en scène. Peu satisfait par le script, DeCoteau propose à Rolfe Kanefsky (Restless Souls) de le revoir et même de s’occuper de la réalisation à sa place. « J’ai lu le scénario original de Ben Carr et j’ai pensé que ce pouvait être un exercice amusant », raconte Kanefsky. « Mon idée était de retrouver l’esprit de Re-Animator ou de Tremors : un film d’horreur comique, fou et excessif. J’ai même envisagé d’en faire une comédie musicale ! J’ai rédigé trois versions succesives du scénario, mais comme David DeCoteau ne parvenait pas à convaincre Charles Band de me laisser réaliser, un autre scénariste, Matthew Jason Walsh, a été engagé pour rédiger une version beaucoup plus simple qui pourrait être tournée en quelques jours. » (1)

Dans sa version finale, The Killer Eye raconte les expériences du docteur Jordan Grady (Jonathan Norman), persuadé d’avoir conçu un collyre permettant de voir la huitième dimension à travers une espèce de télescope de son invention. Sollicité pour jouer les cobayes, un jeune vagabond (Ryan Van Steenis) teste le collyre, regarde dans l’œilleton et finit par s’écrouler, inconscient. Le bon médecin ne s’en rend pas compte tout de suite. Il est en effet pris à part par son épouse Rita (Jacqueline Lovell) qui lui reproche de la délaisser. Frustrée, elle tente alors de coucher avec tout l’immeuble, autrement dit ses deux voisins particulièrement décérébrés, l’assistant de son mari ou même le jeune cobaye. Mais celui-ci est dans un bien sale état. L’un de ses yeux vient en effet de sortir de son orbite pour se transformer en une créature géante et monstrueuse. Lâché dans la nature, cet œil géant et tentaculaire venu de la huitième dimension décide d’observer les ébats amoureux des humains et de s’accoupler avec toutes les femmes qu’il croisera…

Mauvais œil

Sur le papier, ce scénario n’a rien de foncièrement bouleversant mais promet au moins un spectacle drôle et déjanté. Hélas, DeCoteau n’a que quatre jours pour tourner son film et ça se voit. Les décors se limitent donc à deux ou trois pièces dans lesquels les acteurs font du remplissage en surjouant d’interminables dialogues insipides. Le reste du temps, le réalisateur comble les vides en filmant de très longues séquences érotiques à l’intérêt tout relatif, pesamment rythmées par une musique synthétique atroce de Carl Dante. Le seul élément réjouissant de The Killer Eye est l’œil géant lui-même, une création digne des pulps de SF des fifties qui se promène nonchalamment d’une pièce à l’autre, hypnotise les femmes et laisse ramper sur leur corps ses tentacules en latex, un peu à la manière des hentai japonais. À part ça (et une jolie photographie de Howard Wexler qui colore l’espace comme il peut en reproduisant la lumière tourmentée d’une nuit orageuse), The Killer Eye est un film globalement dénué d’intérêt. Distribué dans les bacs en janvier 1999, il aura pourtant droit à une suite en 2011 baptisée Killer Eye : Halloween Haunt.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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BLINK TWICE (2024)

Deux serveuses sont invitées par un milliardaire sur une île privée pour un séjour beaucoup moins paradisiaque qu’il n’en a l’air…

BLINK TWICE

 

2024 – USA

 

Réalisé par Zoë Kravitz

 

Avec Naomi Ackie, Channing Tatum, Alia Shawkat, Christian Slater, Simon Rex, Adria Arjona, Haley Joel Osment, Liz Caribel, Geena Davis, Kyle McLachlan

 

THEMA TUEURS

Blink Twice marque les premiers pas derrière la caméra de Zoë Kravitz, qui est parvenu à se faire un nom indépendamment de son père grâce à ses activités d’actrice. On l’a aperçue dans des films tels que Mad Max Fury Road, Les Animaux fantastiques ou encore The Batman (où elle incarnait Catwoman face à Robert Pattinson). C’est en 2017 que l’apprentie réalisatrice commence à écrire ce film, qui porte d’abord comme titre Pussy Island (« l’île des chattes »). Mais face aux réactions extrêmement négatives de la puissante Motion Picture Association of America et de ceux à qui elle soumet l’idée (principalement des femmes, à sa grande surprise), elle opte finalement pour le plus sage et énigmatique Blink Twice (autrement dit « clignez deux fois des yeux »). Pour autant, le film entend bien conserver la dureté de son propos, camouflée sous une apparence faussement festive et détendue. MGM décide alors d’afficher un message d’avertissement dans toutes les salles de cinéma qui projettent le film aux Etats-Unis et au Royaume Uni : « Blink Twice est un thriller psychologique sur l’abus de pouvoir. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction, ce film contient des thèmes matures et des représentations de la violence, y compris de la violence sexuelle ». Nous voilà prévenus.

En tête d’affiche, Naomi Ackie incarne Frida, qui gagne sa vie comme serveuse dans les soirées de cocktail et se passionne pour le « nail art », avec une prédilection pour les ongles ornés de motifs en formes d’animaux. Un soir, alors qu’elle sert les boissons lors d’un événement très select, elle semble taper dans l’œil du milliardaire Slater King (Channing Tatum), un magnat de la technologie qui lui propose de se joindre à lui et à un groupe d’amis sur l’île privée dont il a fait l’acquisition. Frida emmène avec elle sa collègue Jess (Alia Shawkat) et découvre un lieu paradisiaque. Les chambres sont somptueuses, les repas succulents, l’alcool coule à flot et tous les convives participent avec un enthousiasme communicatif à ces vacances raffinées et luxueuses. Mais petit à petit, le doute commence à s’immiscer. Toute cette euphorie béate n’est-elle pas un peu excessive ? Cette île digne du jardin d’Eden ne cacherait-elle pas un terrible secret ?

L’île mystérieuse

Au-delà de ses rôles principaux, Zoë Kravitz réunit en arrière-plan une impressionnante galerie d’acteurs populaires, de Christian Slater à Haley Joel Osment en passant par Kyle McLachlan et Geena Davis. La sollicitation de ces anciennes stars ne vise pas seulement à accumuler les noms connus mais contribue surtout à l’atmosphère singulière du film, à la fois réconfortante (ces visages familiers ont quelque chose de rassurant) et décalée (leur présence collégiale nous semble insolite). Or la réalisatrice cherche justement l’effet de rupture, opposant un cadre idyllique et un malaise croissant, cherchant même par moments à tutoyer le cinéma de David Lynch (en particulier à travers cette femme de ménage indienne au comportement incompréhensible). Les pièces du puzzle mettent du temps à s’assembler, tandis que la tonalité du film glisse progressivement de la légèreté insouciante vers l’inquiétude sourde puis la peur panique. Kravitz démontre là un indiscutable savoir-faire, gérant avec virtuosité l’étrangeté et le suspense jusqu’à la terrible révélation. Channing Tatum porte une grande partie de l’impact de Blink Twice sur ses épaules, révélant ici un charisme que peu de ses rôles précédents laissaient affleurer. On pourra regretter la facilité d’un épilogue qui, sous prétexte de cultiver une situation ironique, oublie toute crédibilité. Mais à cette réserve près, voilà un galop d’essai très concluant.

 

© Gilles Penso

 

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UGLIES (2024)

Dans le futur, tous les adolescents qui atteignent l’âge de 16 ans se voient offrir une opération chirurgicale qui les rend parfaits…

UGLIES

 

2024 – USA

 

Réalisé par McG

 

Avec Joey King, Brianne Tju, Keith Powers, Chase Stokes, Laverne Cox, Charmin Lee, Jay DeVon Johnson, Jan Luis Castellanos, Sarah Vattano, Ashton Essex Bright

 

THEMA FUTUR

Au départ, « Uglies » est une série de romans pour ados en cinq tomes lancée en 2005 par l’écrivain Scott Westerfeld. Situé dans une société dystopique, le récit évoque beaucoup celui de la nouvelle « The Beautiful People » de Charles Beaumont, publiée en 1952 et adaptée dans l’un des épisodes de La Quatrième dimension (« Portrait d’une jeune femme amoureuse » d’Abner Biberman). On y découvrait un monde futuriste dans lequel tous les gens, une fois arrivés à l’âge adulte, voyaient leur corps modifié de manière chirurgicale afin d’atteindre la perfection physique. « Uglies » part du même principe et séduit une frange importante du lectorat adolescent, notamment la jeune Joey King qui s’apprête alors à faire ses premiers pas à l’écran. Devenue une actrice reconnue puis une productrice exécutive (notamment grâce aux séries TV The Act, We Were the Lucky Ones et Hamster et Gretel), elle décide de faire porter le premier roman à l’écran et d’en interpréter le rôle principal (même si elle a alors 25 ans, soit dix ans de plus que l’héroïne Tally Youngblood). Ce rêve d’adolescence se concrétisera grâce à Netflix et au réalisateur McG, devenu un habitué de la plateforme de streaming depuis son diptyque The Babysitter et The Babysitter : Killer Queen.

Nous sommes donc dans le futur. Après avoir épuisé toutes ses ressources naturelles, le monde a sombré dans le chaos. Pour maintenir l’humanité en vie, les scientifiques créent des orchidées génétiquement modifiées qui constituent une nouvelle source d’énergie, puis mettent en place une procédure chirurgicale pour que chaque jeune citoyen, arrivé à l’âge de 16 ans, atteigne la perfection physique. Ceux qu’on surnomme les « Uglies » (« les moches ») deviennent donc des « Pretties » (« beaux »). Si les premiers vivent dans des cités universitaires où la plupart des enseignements visent à les préparer à cette opération qui les fait tous rêver, les seconds semblent passer leur temps à festoyer de l’autre côté de la mer, dans la baie idyllique de Garbo. Une fois ce postulat posé, le scénario s’intéresse plus particulièrement à Tally (Joey King) et Peris (Chase Stokes), deux amis inséparables qui se préparent pour le grand changement. Mais une fois que Peris (plus âgé de trois mois que Tally) se fait opérer, son comportement change radicalement. Notre jeune héroïne commence alors à se méfier. Et si la beauté parfaite promise à tous ses semblables cachait quelque chose ?

Moi, moche et méfiant

Il n’est pas simple d’adhérer au concept un peu absurde du film, qui laisse légitimement perplexe dans la mesure où il est énoncé en ces termes : pour résoudre les conflits dans le monde, tout le monde doit être beau. Cette idée bizarre, beaucoup plus subtilement amenée dans la nouvelle de Charles Beaumont, freine d’emblée les capacités du spectateur à entrer dans le film. Pour autant, ce pourrait être l’occasion de discourir sur la dictature de la beauté et sur les vertus de la marginalité face à l’uniformisation de la jeunesse qui est formatée pour juger sur les apparences. Mais ici encore, la subtilité n’est pas de mise et les dialogues se contentent d’enfoncer des portes ouvertes : « Je ne veux pas être libre, je veux être jolie ! » crie l’héroïne, tandis que le dictatorial docteur Cable (Laverne Cox) déclare que « la liberté de penser est un cancer ». La satire sociale n’ira pas plus loin, le scénario servant surtout de prétexte à enchaîner des séquences d’action dignes d’un parc d’attraction (principalement des courses en skateboard volant). Certes, le travail des effets visuels reste admirable (les cités futuristes, les panoramas post-apocalyptiques, les nuées de vaisseaux volants), mais sans intrigue suffisamment solide ni de mise en scène un tant soit peu inspirée, comment se laisser porter par le film ? L’approche minimaliste de La Quatrième dimension avait finalement beaucoup plus d’impact. À la réflexion, McG n’aura connu que deux véritables coups d’éclat dans sa carrière cinématographique : Charlie’s Angels et Terminator Renaissance. Le reste n’est hélas que poudre aux yeux trop vide de sens pour convaincre. La fin ouverte de Uglies nous prépare malgré tout à une suite qu’on imagine tirée du second volume de la saga littéraire de Scott Westerfeld.

 

© Gilles Penso


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THE CROW (2024)

Trente ans après la romance noire fantastico-mélancolique concoctée par Alex Proyas, ce remake tente en vain d’en retrouver la formule miracle…

THE CROW

 

2024 – USA

 

Réalisé par Rupert Sanders

 

Avec Bill Skarsgård, FKA twigs, Danny Huston, Josette Simon, Laura Birn, Sami Bouajila, Karel Dobry, Jordan Bolger, Sebastian Orozco, David Bowles

 

THEMA FANTÔMES I CLOWNS I SAGA THE CROW

Voilà un projet qui avait tout de la fausse bonne idée. Tenter de refaire l’un des films les plus culte des années 90, un joyau gothique mué en œuvre maudite suite à la mort de son acteur principal, c’était forcément risquer de se casser les dents. Mais à Hollywood, rien n’arrête la machine à remakes, et rares sont les classiques du genre ayant échappé à cette manie du recyclage. L’idée d’un nouveau The Crow ne date d’ailleurs pas d’hier. Dès 2008, la bande dessinée de James O’Barr prépare son retour sur grand écran à l’initiative du réalisateur Stephen Norrington. Mais les choses n’avancent pas. Au cours des années suivantes, un nombre incalculable de metteurs en scène est attaché un temps au projet, de Juan Carlos Fresnadillo, à F. Javier Gutiérrez en passant par Corin Hardy, tandis que les noms de Bradley Cooper, Luke Evans, Jack Huston ou Jason Momoa sont évoqués pour incarner le héros tragique. C’est finalement Rupert Sanders, le réalisateur de Blanche Neige et le chasseur et de la version live de Ghost in the Shell, qui hérite du bébé. Charge à lui de nous faire oublier les trois séquelles du film d’Alex Proyas (avec respectivement Vincent Pezez, Eric Mabius et Edward Furlong), tout comme la série TV avec Marc Dacascos, et de tenter un retour aux sources.

James O’Barr lui-même redouble d’efforts pour justifier la naissance de ce nouveau The Crow. « Nous ne refaisons pas le film », affirme-t-il. « Nous réadaptons le livre. Ma métaphore est qu’il y a un Dracula de Bela Lugosi et un Dracula de Francis Ford Coppola. Ils utilisent le même matériel, mais on obtient deux films totalement différents. Celui-ci sera plus proche de Taxi Driver ou d’un film de John Woo, et je pense qu’il y a de la place pour les deux. » (1) Force est de constater que l’auteur du comic book original se laisse un peu trop emporter. Malgré la volonté manifeste qu’a Rupert Sanders de bien faire, nous ne voyons pas bien ce que Martin Scorsese et John Woo viennent faire là-dedans. D’ailleurs, bien malin sera celui qui comprendra les véritables intentions artistiques de ce The Crow cru 2024 qui semble hésiter entre plusieurs tonalités sans vraiment savoir quel public viser. Misérabiliste jusqu’à la dépression (son couple de héros végète dans un établissement pour toxicomanes, hanté par des cauchemars sinistres et des souvenirs traumatisants), le film se prend très au sérieux, abordant cette histoire fantastique avec un premier degré frontal et désarmant, jusqu’à se lâcher plus tard au cours d’une séquence de combat extrêmement gore, quelque part à mi-chemin entre le Quentin Tarantino de Kill Bill et le Peter Jackson de Braindead, qui semble presque échouée là par erreur…

Crow c'est Crow !

Bill Skarsgård fait ce qu’il peut pour remplacer Brandon Lee, promenant sa grande silhouette dégingandée couverte de tatouages, son regard de chien battu et ses allures de clown triste, mais il a tendance à nous indifférer. Son visage ne manque certes pas d’expressivité, mais l’acteur n’a malheureusement pas grand-chose à défendre, pas plus que la chanteuse FKA twigs dans le rôle d’une petite amie désespérément fade. Le rôle du grand méchant échoit à Danny Huston, certes délectable dans des films comme Aviator, Les Fils de l’homme ou Horizon : une saga américaine, mais complètement à côté de la plaque sous la défroque de ce chef de gang dandy ayant pactisé avec le diable. Mais le plus gros défaut de ce The Crow est son absence cruelle de poésie. Montrer l’héroïne lire un recueil d’Arthur Rimbaud n’y change évidemment rien ! La somptueuse mélancolie du film d’Alex Proyas n’est plus qu’un lointain souvenir auquel se substitue une brutalité balourde exempte de finesse et d’élégance. Le public et la presse bouderont de concert ce remake mal-aimé, lui réservant un accueil glacial et incitant tout un chacun à redécouvrir la beauté plastique du film original. Oui, c’était définitivement une fausse bonne idée.

 

(1) Extrait d’une interview publiée publié dans « Digital Spy » en octobre 2014

 

© Gilles Penso

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LES MORTS HAÏSSENT LES VIVANTS (2000)

La petite équipe de tournage d’un film d’horreur s’installe dans un hôpital abandonné et tombe sur de véritables zombies…

THE DEAD HATE THE LIVING

 

2000 – USA

 

Réalisé par Dave Parker

 

Avec Eric Clawson, Jamie Donahue, Brett Beardslee, Wendy Speake, Benjamin P. Morris, Rick Irwin, David Douglas, Matt Stephens, Kimberly Pullis

 

THEMA ZOMBIES I SAGA CHARLES BAND

Homme à tout faire pour la compagnie Full Moon depuis 1992, Dave Parker avait participé à l’écriture de projets divers (dont la plupart n’aboutirent pas, notamment la trilogie Puppet Wars) et fait office de réalisateur de deuxième équipe sur des films comme Kraa ! The Sea Monster. Mais son désir le plus ardent était de réaliser son propre long-métrage au sein de la compagnie. Ce rêve se concrétisa avec Les Morts haïssent les vivants. Au départ, ce film n’existe que sous la forme d’un titre et d’un poster (un zombie en décomposition qui attaque une jeune femme court-vêtue, comme sur une couverture de EC Comics). Le scénariste Benjamin Carr et le réalisateur David DeCoteau sont chargés de concrétiser ce projet à la demande du producteur Charles Band. « Dans un geste que je n’ai jamais vu se reproduire nulle part, David est allé voir Charles Band et lui a dit qu’il devait me laisser réaliser ce film », raconte Parker. « Heureusement pour moi, Charlie s’est mis d’accord avec David et a accepté que j’en sois le metteur en scène. » (1) Ce baptême du feu est une bénédiction pour le réalisateur novice, même si se retrouver seul aux commandes d’un film aussi ambitieux avec un budget ridicule et seulement dix jours de tournage pourrait ressembler à un cadeau empoisonné.

Les morts haïssent les vivants s’intéresse à une petite équipe de tournage venue réaliser un film d’horreur indépendant dans une sorte d’hôpital/laboratoire visiblement abandonné depuis de nombreuses années. Le décor est idéal mais le réalisateur David (Eric Clawson) doit composer avec les états d’âmes de ses deux sœurs, Shelly (Wendy Speake) et Nina (Kimberly Pullis), qui veulent toutes deux être la star du film. Les jeunes artistes en charge des effets spéciaux, Paul (Brett Beardslee) et Marcus (Rick Irwin), sont pleinement acquis à la cause du film, tout comme l’apprenti acteur Eric (Benjamin P. Morris), qui espère s’en servir de tremplin pour une carrière plus sérieuse, le chef opérateur excentrique Chas (David Douglas) et la régisseuse Topaz (Jamie Donahue) qui ne laisse pas indifférent le metteur en scène. Malgré certaines tensions, le tournage se déroule bien, jusqu’à la découverte sur place d’une sorte de grand cercueil orné d’une étrange sculpture. David décide d’en tirer parti pour son film, mais ce qui se trouve à l’intérieur va sérieusement faire dégénérer la situation…

Ça tourne à Zombieland

Chaque séquence du film laisse transpirer l’amour que Dave Parker a pour le cinéma d’horreur, quitte à multiplier les clins d’œil au fil des dialogues de ses protagonistes (à George Romero, Tom Savini, Sam Raimi, David Warbeck, Dick Miller, Gianetto de Rossi) ou à les saupoudrer au fil de l’action (un autocollant « Lucio Fulci Lives ! », une reprise du trucage de la machette de Zombie). Cette surcharge de références n’entrave pas le cours du récit, bien au contraire, puisque les personnages sont eux-mêmes des amateurs du genre désireux de percer dans le milieu. D’où un intéressant effet de mise en abyme qui n’est pas sans annoncer certains éléments du futur Ne coupez pas ! et de son remake Coupez ! Parker a d’ailleurs l’intelligence de tirer parti de ses faibles moyens pour circonscrire son intrigue, ses personnages et ses situations à une échelle modeste, en s’appuyant sur une petite troupe de comédiens très sympathiques. Avec cette actrice capricieuse, ce chef opérateur qui fume de l’herbe pour aiguiser ses sens, ce créateur d’effets spéciaux amoureux d’une des sœurs du réalisateur, puis soudain ce surgissement de zombies bien réels, il nous semble presque assister au croisement improbable entre Ça tourne à Manhattan et Le Retour des morts-vivants. Les zombies sortent d’ailleurs du cadre habituel, tant dans leur look que dans leur design, et nous acheminent vers un épilogue surprenant qui semble vouloir payer son tribut à L’Au-delà. Parker signera plus tard The Hills Run Red, Puppet Master : Doktor Death et You Shouldn’t Have Let Me In.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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MA PROF EST UNE EXTRATERRESTRE (1989)

Le nouveau professeur de biologie du lycée Corman est une blonde sexy qui affole tous les élèves mais cache bien son jeu…

DR. ALIEN

 

1989 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Billy Jayne, Judy Landers, Olivia Barash, Stuart Fratkin, Raymond O’Connor, Arlene Golonka, Jim Hacknett, Bobby Jacoby, Julie Gray, Scott Morris

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Dans les années 80, les comédies adolescentes de John Hugues cartonnent (Breakfast Club, Une créature de rêve, La Folle journée de Ferris Bueller) et les lycéens semblent faire bon ménage avec la science-fiction (Retour vers le futur, Les Aventuriers de la quatrième dimension). Le producteur Charles Band et le réalisateur David DeCoteau tentent donc de s’engouffrer un peu tardivement dans la brèche en s’appuyant sur un scénario de Kenneth J. Hall (Evil Spawn, Puppet Master). Conçu sous le titre I Was a Teenage Sex Mutant (qui résume relativement bien son concept), le film est plus sagement rebaptisé Dr. Alien (et donc Ma prof est une extraterrestre en nos contrées). Pour l’anecdote, un jeune Brad Pitt encore inconnu auditionne pour le rôle principal mais est finalement rejeté au profit de Billy Jayne, sans doute parce qu’il ne correspond pas à l’ado au physique moyen que recherche le réalisateur. Pitt sera révélé deux ans plus tard dans Thelma et Louise. Le tournage de Ma prof est une extraterrestre se passe dans la bonne humeur, malgré des moyens limités, mais à mi-parcours DeCoteau reçoit un coup de film de son producteur lui annonçant en substance : « La banque a saisi tous nos comptes, la compagnie est en train de faire faillite, mais fais comme si de rien n’était et termine le film ! » Le cinéaste s’acquitte donc de sa tâche du mieux qu’il peut sans prévenir ses acteurs ni son équipe.

Ma prof est une extraterrestre s’intéresse aux élèves du lycée Corman (ainsi nommé en hommage au fameux Roger, bien sûr). Alors que le professeur de biologie de l’établissement, le docteur Ackerman (clin d’œil à Forrest J. Ackerman, éditeur du magazine « Famous Monsters »), vient d’être victime d’un accident de voiture après avoir vu un OVNI, il est remplacé par une enseignante blonde et sexy, Madame Xenobia (Judy Landers). Un soir, après les cours, le très sage lycéen Wesley Littlejohn (Billy Jayne) accepte de participer à une expérience susceptible de lui faire gagner quelques points. Mais Xenobia est une extraterrestre aux intentions louches, tout comme son assistant Drax (Raymond O’Connor). Ils injectent donc à Wesley un produit inconnu censé être une vitamine. Aussitôt, un étrange appendice phallique surgit de son crâne, variante burlesque de la glande pinéale de From Beyond, et le transforme en véritable bombe sexuelle attirant comme des mouches toutes les filles qui le croisent. Wesley va avoir bien du mal à gérer cette situation inédite…

Une créature de rêve

Raisonnablement distrayante à défaut d’être très subtile, cette comédie de SF calibrée pour le public teenager des années 80 accumule les scènes obligatoires : rivalités dans la cour du lycée, courses de voiture, scènes de drague maladroites, le tout aux accents d’une série de « tubes » des eighties composés par Chris Wilkening. Au passage, DeCoteau profite d’un rêve érotique de Wesley et d’une scène dans le vestiaire des filles pour exhiber tout un lot de playmates aux seins nus, histoire d’agrémenter le film d’une petite touche érotique. Il joue également la carte de l’autocitation en montrant sur une télévision un extrait d’une de ses séries B précédentes, Creepozoids (dont il reprend le nom pour une marque imaginaire de céréales). Le résultat est bon enfant, laissant au maquilleur Greg Cannom (Dracula, The Mask, Hannibal) le loisir de concevoir une créature extraterrestre cartoonesque pour le grand final, au moment où Xenobia révèle son véritable visage. Étant donné que la compagnie Empire, qui produisait le film, ferme ses portes en cours de tournage, le producteur Charles Band crée dans la foulée une nouvelle société, Full Moon Entertainement, et fera de Ma prof est une extraterrestre une monnaie d’échange pour conclure un accord de distribution avec le studio Paramount Pictures. Car chez Band, rien ne se perd, tout se transforme.

 

© Gilles Penso

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VIDEOVERSE (2021)

Une mystérieuse cassette vidéo déterrée dans un jardin transporte ceux qui la visionnent dans une dimension parallèle érotique…

VIDEOVERSE / CASSEX

 

2021 – USA

 

Réalisé par Lindsey Schmitz

 

Avec Anna Claire Clouds, Jazmin Luv, Jayden Cole, Michael Vegas, Ian Mark, Lexi Luna, Lauren Philips

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

Tourné sous le titre Cassex avant d’être rebaptisé Videoverse au moment de son exploitation sur les plateformes de streaming, ce petit film érotico-fantastique inaugure le cru « Surrender » des années 2020, un label créé par le producteur Charles Band en 1996 pour lancer une série de séries B égrillardes aux prétextes science-fictionnels évasifs destinés à alimenter les bacs vidéo. Le titre Cassex est un mot-valise combinant « cassette » et « sexe » (puisqu’il est ici question d’une VHS qui active dangereusement la libido de ceux qui la visionnent) tout en compressant le prénom et le nom de Cassandra Essex, personnage clé de cette intrigue invraisemblable. En optant finalement pour l’appellation Videoverse, Band souhaitait-il évoquer les « multiverses » alors popularisés par les films Marvel dont il a toujours été un grand fan ? C’est probable. Toujours est-il que cette histoire de cassette maudite, version cochonne de celle de Ring, fut d’abord exploitée sur le site de Full Moon Features sous forme de deux épisodes de 30 minutes, « La tentation de Doreen Duke » et « La corruption de Maya », avant que les deux parties soient regroupées pour former un seul film.

Videoverse met en scène un jeune couple marié, la bimbo Maya (Anna Claire Clouds) qui s’active dans son jardin avec une pelle, comme si elle était à la recherche d’un trésor, et le sympathique Tim (Ian Mark), occupé à décorer son bureau avec des tonnes de posters et de produits dérivés issus des films Full Moon (histoire de donner au film un petit côté « meta » amusant). À force de creuser, Maya trouve une mallette avec à l’intérieur un vieux camescope et une cassette vidéo. En la visionnant avec son époux, elle découvre Cassandra Essex (Lexi Luna), ancienne propriétaire de leur maison et star du X aujourd’hui décédée. Ils ignorent qu’une fois passée dans leur magnétoscope, la bande magnétique de cette VHS olé olé va libérer des esprits sur le point de hanter les lieux. Les choses se compliquent lorsqu’une des amies de Maya, Doreen (Jazmin Luv), vient leur rendre visite. Bientôt, la frontière entre la réalité et la dimension parallèle de Cassex se brouille…

Bande à part

S’il effeuille régulièrement et généreusement ses jolies actrices en les dotant de toutes sortes de tenues affriolantes, Videoverse reste curieusement pudique lorsqu’il s’agit de les montrer passer à l’acte. L’érotisme omniprésent du film prend de fait la tournure d’un enchaînement de longs préliminaires qui ne mènent nulle part. Ce parti pris est d’autant plus étrange que le casting est intégralement constitué de spécialistes du cinéma X et que le film est ouvertement vendu comme un festival de débauche décomplexée. Cela dit, comme c’est souvent le cas, il existe une version longue beaucoup plus explicite. Face au montage plus « sage » exploité sur la plateforme de Full Moon, l’amateur de frissons polissons devra se contenter de la photogénie des comédiennes et d’une intrigue de science-fiction filiforme que le scénario tient pourtant à développer du mieux qu’il peut. De nombreuses scènes de dialogue alimentent en effet ce récit sans queue ni tête pour justifier l’intrusion spectrale de la défunte actrice porno et le basculement des protagonistes dans cette « quatrième dimension du sexe ». Même les séquences au potentiel comique – comme celle de l’aérobic – traînent en longueur puis s’interrompent brutalement sans chute. Les acteurs sont sympathiques, prennent visiblement leur travail à cœur et semblent passer du bon temps, certes, mais c’est tout de même un peu court. 

 

© Gilles Penso

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