LE SOUS-MARIN DE L’APOCALYPSE (1961)

Un sous-marin expérimental a pour mission de lancer des ogives nucléaires pour dissiper des radiations électromagnétiques qui pourraient être fatales pour notre planète…

VOYAGE TO THE BOTTOM OF THE SEA

 

1961 – USA

 

Réalisé par Irwin Allen

 

Avec Walter Pidgeon, Joan Fontaine, Robert Sterling, Peter Lorre, Barbara Eden, Michael Ansara, Frankie Avalon

 

THEMA CATASTROPHES I MONSTRES MARINS I POLITIQUE-FICTION

Pour le grand-public, le nom d’Irwin Allen est associé aux fleurons du cinéma catastrophe qu’il réalise dans les années 70, tels que L’Aventure du Poséidon, La Tour infernale et dans une moindre mesure L’inévitable catastrophe. Mais sa filmographie en tant que réalisateur et producteur se définit également par ses contributions régulières au genre fantastique à tendance rétro (même pour l’époque) marquée par l’esprit de Jules Verne, avec le remake du Monde perdu et Cinq semaines en ballon (« tiré du roman de » justement). Ayant pressenti le vent du Nouvel Hollywood, il mise aussi pas mal sur le petit écran dès 1970 (avec notamment les séries TV culte Perdus dans l’espace et Voyage à travers le temps), même si, paradoxalement, ses plus gros succès au box-office cités plus haut interviennent dans cette même décennie. Si la prédilection d’Irwin Allen pour la science-fiction et les films catastrophes peut légitimement être considérée comme matricielle pour l’œuvre à venir de Roland Emmerich (Independence Day, 2012, mais plus encore Le Jour d’après lui doivent beaucoup), son attrait pour l’élément marin pourrait également avoir marqué l’esprit du petit James Cameron. Le générique du Sous-marin de l’apocalypse est accompagné d’une chanson interprétée par le crooner Frankie Avalon (celui-ci jouant également dans le film) et peine à nous mettre dans l’ambiance, laissant augurer d’une gentille comédie de mœurs avec Marylin Monroe plutôt qu’un huis clos se déroulant à bord d’un sous-marin nucléaire. Mais ce dernier, le Seaview, montre le bout de son nez dès la première scène et il a fière allure, bien que les effets spéciaux ne cherchent pas à dissimuler le fait que l’on contemple des maquettes. Mais cela n’est guère un défaut et contribue au contraire au charme du film.

Après une première bobine faisant office de visite guidée du submersible et d’introduction de son équipage composé essentiellement de stars hollywoodiennes au crépuscule de leur carrière (Peter Lorre, Joan Fontaine), l’amiral Nelson (Walter Pidgeon, déjà auto-proclamé Dieu dans Planète interdite) se rend au siège des Nations Unies à New-York en tant que dernier espoir pour la sauvegarde de l’humanité, rien que ça. D’étranges ondes électromagnétiques dans l’atmosphère terrestre menaceraient en effet de s’embraser et d’éradiquer toute vie sur notre belle planète bleue. Ce phénomène tout juste découvert en 1961, dit des « radiations de la ceinture Van Allen », n’est en fait nullement dangereux mais la science n’en avait pas encore percé les mystères. La solution désespérée préconisée dans le film consiste donc à lancer les missiles nucléaires de notre joli sous-marin à un endroit et un moment stratégiques, pour contrer le mal par le mal en quelque sorte. Mais des opinions discordantes se font entendre jusqu’au sein de l’équipage, certains optimistes ayant la conviction que les ondes se dissiperont d’elles-mêmes. Or la situation empire, la température mondiale augmente et des incendies se déclenchent un peu partout. Dans un Seaquest au bord de la mutinerie, les tensions entre l’amiral et son second en chef annoncent avec 34 ans d’avance la prise bec entre Gene Hackman et Denzel Washington dans USS Alabama, aux rebondissements très similaires.

À en perdre Allen

De prime abord, Le Sous-Marin de l’Apocalypse apparait comme une histoire sans ennemi célébrant la solidarité et l’entente entre les nations pour éviter une catastrophe naturelle mondiale, avec son amiral visionnaire tenant plus de Walt Disney que de Patton. Sauf que… la menace a beau être invisible, elle se manifeste comme par hasard par des effets de radiation rougeoyants dans le ciel, symbolisant bien sûr comme toujours la peur du communisme. Notons que si le film dégage aujourd’hui un charme naïf et suranné, il sortit en pleine guerre froide, deux ans seulement avant la crise des missiles de Cuba qui faillit déclencher une troisième guerre mondiale. Bien que cette production 20th Century Fox se lise finalement avant tout comme un acte de propagande pour la superpuissance américaine, on peut aussi discerner une discrète tentative de brouiller la frontière du manichéisme. Car si l’ennemi russe n’est jamais évoqué explicitement, le film pose la question de la responsabilité politique et militaire. L’amiral Nelson succombe à la paranoïa et doute même de sa mission alors que les communications avec la surface sont coupées. Sa santé mentale est même remise en question lorsque ses officiers le soupçonnent d’avoir lui-même écrit des lettres de menace qui lui sont adressées – une aliénation évoquant peut-être le capitaine Némo de Jules Verne, tout comme la pieuvre géante qu’affrontera le Seaview en cours de métrage. Et si les enjeux politiques constituent la base thématique du récit, Irwin Allen n’oublie pas de livrer un divertissement tout public et greffe notamment de façon très artificielle deux personnages féminins, supposés apporter une touche de légèreté à l’ambiance général. Barbara Eden, incarnant une potiche blonde dansant le charleston et rêvant à son futur mariage avec son supérieur (Robert Sterling), écoperait surement d’un carton rouge si le film était soumis au test de Bechdel. Les péripéties se suivent comme autant de petits épisodes, au fil d’un rythme déjà très télévisuel mais compensé par un CinémaScope élégant qui, conformément au cahier des charges du format à l’époque, se montre d’une lisibilité et d’une clarté jamais prise en défaut, même si la caméra s’avère le plus souvent très statique. Les 400 000 dollars investis dans les décors seront amortis avec la production de la série télé Voyage au fond des mers qui durera quatre saisons à partir de 1964. Descendant direct du Seaview, le Seaquest de la série homonyme produite par Spielberg en 1993 témoignera à sa façon de l’impact durable de l’œuvre science-fictionnelle d’Irwin Allen.

 

© Jérôme Muslewski

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CASTLE FREAK (1995)

Stuart Gordon réunit les deux acteurs principaux de Re-Animator et From Beyond pour une nouvelle adaptation libre des écrits de Lovecraft…

CASTLE FREAK

 

1995 – USA

 

Réalisé par Stuart Gordon

 

Avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Jonathan Fuller, Jessica Dollarhide, Massimo Sarchielli, Elisabeth Kaza, Lucia Zingaretti, Helen Stirling

 

THEMA FREAKS I TUEURS I LOVECRAFT I SAGA CHARLES BAND

Stuart Gordon est un familier des productions Charles Band, puisqu’il réalisa sous le label Empire Re-Animator, From Beyond, Dolls, Robot Jox et Le Puits et le pendule. Un jour, alors qu’il rend visite à Band, Gordon remarque dans son bureau un poster énigmatique. Sous le titre Castle Freak, un dessin saisissant montre un homme difforme enchaîné à un mur et fouetté par une femme. Intrigué, le réalisateur souhaite en savoir plus. Band se contente de répondre qu’il s’agit d’un des nombreux posters qu’il a fait réaliser sans idée précise de scénario, juste pour pouvoir appâter d’éventuels investisseurs. C’est sa méthode de prédilection, qui s’est avérée payante par le passé. Les deux hommes passent alors un accord. Si Gordon souhaite réaliser ce film, il a carte blanche sur le scénario et sur le casting, dans la mesure où il garde le titre et donc l’idée d’un monstre dans un château. Charles Band, dont la compagnie Full Moon connaît alors quelques difficultés et qui vient de perdre le soutient de la Paramount, tient à limiter les frais. Le budget ne pourra donc pas dépasser les 500 000 dollars et la quasi-totalité du tournage devra se dérouler dans le château qu’il possède en Italie (et où Gordon tourna déjà Le Puits et le pendule). Le scénario, confié à Dennis Paoli, s’inspire très vaguement d’une nouvelle de H.P. Lovecraft, « Je suis d’ailleurs », et réunit les deux acteurs principaux de Re-Animator et From Beyond.

Après avoir hérité d’un château du XIIe siècle qui appartenait à une célèbre duchesse italienne, John Reilly (Jeffrey Combs) se rend en Italie pour le visiter avec sa femme Susan (Barbara Crampton) et leur fille adolescente Rebecca (Jessica Dollarhide). Le climat n’est pas au beau fixe entre les époux depuis la mort de leur fils cadet dans un accident de voiture qui a également rendu leur fille aveugle. John était au volant et possédait beaucoup d’alcool dans le sang. La tension dans leur couple est palpable et crédible, portée par le jeu intense de Combs et Crampton. Sur les conseils de leur exécuteur testamentaire (Massimo Sarchielli), ils décident de rester au château jusqu’à ce qu’ils puissent liquider la succession. Une gouvernante ayant jadis servi la duchesse, Agnese (Elisabeth Kaza), s’occupera d’eux. Mais la nuit, des bruits étranges résonnent dans les couloirs et Rebecca sent une présence dans sa chambre. Il leur faut bientôt se rendre à l’évidence : quelqu’un ou quelque chose rôde dans le château…

La bête dans le château

Le climat de malaise qui s’installe dès les premières minutes du film, accentué par la musique à base de violons dissonants écrite par Richard Band, montre la volonté de Stuart Gordon de s’éloigner de l’horreur burlesque qui émaillait ses précédentes adaptations de Lovecraft. De fait, Castle Freak possède une gravité inhabituelle de la part des productions Full Moon. « C’est probablement le film le plus macabre et le plus perturbant que j’ai pu produire », confirme Charles Band. « Mais l’ambiance dans laquelle nous l’avons tourné était exactement à l’opposé : un délice complet du début à la fin. » (1) Il faut dire que le réalisateur, le producteur et les acteurs principaux se connaissent bien, liés depuis de nombreuses années par une amitié solide. Band avait d’ailleurs lui-même dirigé Combs et Crampton pour une autre adaptation de Lovecraft, le segment The Evil Clergyman du film à sketches Pulse Pounders. Très inspiré, Gordon exploite au maximum de son potentiel le décor naturel du château que Band met à sa disposition. Quant au monstre qui sévit dans la cave, il nous effraie autant qu’il nous apitoie. La scène de son évasion, traitée partiellement en caméra subjective, procure un sentiment d’identification qui se rapproche du texte de Lovecraft. Gordon se réfère d’ailleurs directement à « Je suis d’ailleurs » à travers le passage furtif où la créature découvre son reflet dans le miroir. Mais pour le reste, le scénario de Paoli n’entretient que peu de rapport avec la nouvelle originale. Lorsque le film bascule soudain dans le gore, c’est dans un registre glauque, sanglant et cru tout à fait déstabilisant. Les auteurs de ces maquillages – et du faciès horriblement difforme du « freak » – sont les talentueux John Vulich et Mike Measmer, de l’atelier Optic Nerve. Tous les artistes au service de Castle Freak se sont ainsi donné le mot pour faire du film une expérience éprouvante et presque douloureuse, que Charles Band ne pourra hélas distribuer qu’en vidéo et de manière discrète. Le dixième long-métrage de Stuart Gordon aurait pourtant mérité d’être vécu sur grand écran.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppetmaster » (2021)

 

© Gilles Penso

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SHRUNKEN HEADS (1994)

Un film complètement fou réalisé par le frère du compositeur Danny Elfman et produit par le roi de la série B Charles Band…

SHRUNKEN HEADS

 

1994 – USA

 

Réalisé par Richard Elfman

 

Avec Julius Harris, Meg Foster, Aeryk Egan, Rebecca Herbst, A.J. Damato, Bo Sharon, Darris Love, Bodhi Elfman, Troy Fromin, Leigh-Allyn Baker, Paul Linke

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I ZOMBIES I SAGA CHARLES BAND

Sur le papier, ça semblait être une bonne idée. C’est ce que s’est dit le producteur Charles Band lorsque Richard Elfman, le frère du célèbre compositeur Danny Elfman, lui présenta le scénario d’un long-métrage qu’il souhaitait réaliser. Le titre ? Shrunken Heads. Le concept ? Trois têtes réduites dotées de pouvoirs magiques font régner la justice dans les rues de New York. Band est emballé. Certes, Richard Elfman n’est pas un nom particulièrement « bankable » à Hollywood. Ses deux premiers films, Forbidden Zone et Streets of Rage, sont restés confidentiels. Mais son frère est une star (qui s’engage à écrire la musique du générique, le reste de la bande originale étant pris en charge par Richard Band) et l’accord que Charles Band a passé avec Paramount pourrait permettre au film de sortir en salles. Mais face au résultat final, les cadres du studio se désolidariseront de ce Shrunken Heads décidément trop « tordu » pour eux. Tout commence pourtant bien. Il y a d’abord ce thème principal virevoltant composé par un Danny Elfman en grande forme, évoquant derrière ses rythmes tribaux le « March of the Dead » qu’il écrivit pour L’Armée des ténèbres mais aussi plusieurs de ses travaux super-héroïques (Darkman, Flash, Batman). Les jeunes protagonistes du film sont d’ailleurs fans des comics DC. Il s’agit de Tommy Larson (Aeryk Egan), Bill Turner (Bo Sharon) et Freddie Thompson (Darris Love).

Ces trois adolescents new-yorkais passent leur temps à lire des bandes dessinées qu’ils achètent au kiosque à journaux de Monsieur Sumatra (Julius Harris) et à éviter d’être bousculés par la bande du voyou Vinnie Benedetti (A.J. Damato). Ce dernier travaille pour la patronne de la mafia locale, Big Moe (Meg Foster), et s’occupe des basses besognes. Pour compliquer un peu les choses, Tommy, l’un de nos sympathiques ados, a le béguin pour Sally (Rebecca Herbst), la petite amie de Vinnie, et ses sentiments semblent partagés. Au début, Shrunken Heads ressemble à une gentille production Moonbeam un peu plus soignée que les autres et taillée sur mesure pour le tout jeune public. Certes, quelques éléments bizarres n’entrent pas dans les cases, notamment cette mafieuse qui se comporte comme un homme et caresse la bimbo décorative qui traîne sur son bureau, ou ces « fuck » qui ponctuent les dialogues des mauvais garçons. Et puis soudain, à 26 minutes du début du métrage, les trois jeunes héros sont abattus à coups de fusils et de pistolets ! A partir de là, le film prend une tournure définitivement saugrenue.

Mais à qui ce film s’adresse-t-il ?

Après ce triple meurtre particulièrement brutal, Monsieur Sumatra montre ses penchants pour le vaudou. Il s’immisce donc en pleine nuit dans la morgue et tranche la tête des trois petits cadavres avant de les plonger dans un liquide bouillonnant aux côtés d’une dépouille de chat mort ! Et voilà nos trois garçons ramenés à l’état d’hideuses têtes réduites à la bouche et aux yeux cousus ! Et ce n’est pas fini. Maintenant, Tommy, Bill et Freddie sont des têtes volantes aux instincts meurtriers. L’un est armé d’un couteau, l’autre est affublé de dents de vampire, le troisième peut envoyer des décharges électriques. Nos « têtes réduites » ne se contentent pas de faire régner la justice comme des super-héros. Elles égorgent, sucent le sang et électrocutent les méchants puis les transforment en zombies flatulents ! Si l’on ajoute à ce concept complètement délirant quelques scènes insaisissables, pour ne pas dire embarrassantes (la mini-tête de Tommy qui se frotte contre les seins naissants de la toute jeune Sally pour lui témoigner son affection !), on en vient légitimement à se demander à qui s’adresse ce film. Certes, la mise en forme est très soignée, les effets visuels particulièrement réussis, les maquillages impressionnants et la musique de Richard Band impeccable (avec des allusions au thème des « Jets » de West Side Story pour illustrer les déambulations du gang de Vinnie). Mais le résultat final peine à trouver son public. Trop gentillet pour les amateurs de films d’horreur, trop glauque pour les enfants, Shrunken Heads reste une curiosité dont le non-conformisme laisse encore rêveur aujourd’hui.

 

© Gilles Penso

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VIRUS (1999)

Jamie Lee Curtis, William Baldwin et Donald Sutherland affrontent des cyborgs d’origine extra-terrestre au milieu de l’océan…

VIRUS

 

1999 – USA / GB / JAPON / FRANCE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par John Bruno

 

Avec Jamie Lee Curtis, William Baldwin, Donald Sutherland, Joanna Pacula, Marshall Bell, Sherman Augustus, Cliff Curtis, Julio Oscar Mechoso

 

THEMA ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

Talentueux superviseur d’effets visuels, John Bruno a œuvré sur de nombreux blockbusters. On le trouve par exemple au générique de Poltergeist, Vampire vous avez vampire, Batman le défi ou Cliffhanger. James Cameron, dont on connaît l’exigence, sollicita pour sa part son savoir-faire sur Abyss, Terminator 2, True Lies et Titanic. Notre homme connaît donc son affaire. L’envie de passer lui-même à la mise en scène le titille assez tôt. Après avoir fait ses premiers pas de réalisateur sur l’un des segments du dessin animé Métal Hurlant et sur le film de parc d’attraction Terminator 2 3D, il fait le grand saut avec Virus. Produit par Gale Anne Hurd, ce long-métrage ambitieux adapte une bande dessinée du même nom créée par Chuck Pfarrer. Les nombreux défis techniques qu’exige le scénario co-écrit par Pfarrer et Dennis Feldman semblent taillés sur mesure pour John Bruno, qui en a vu d’autres. Profitant du confortable budget de 75 millions de dollars mis à sa disposition par cette importante co-production internationale entre les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la France et l’Allemagne, Bruno ne recule devant aucune séquence spectaculaire et installe la majeure partie de son tournage à bord d’un véritable navire ancré sur la James River, en Virginie.

Le prologue de Virus nous annonce très tôt la nature de la menace qui va s’abattre sur ses protagonistes : une entité extra-terrestre qui prend la forme d’une source d’énergie en suspension dans l’espace, frappe la station Mir puis infecte le système électrique du Vokov, un vaisseau de recherche russe, au beau milieu du Pacifique Sud. Après ce prologue choc, l’action ne faiblit pas puisque nous voilà à bord du remorqueur Sea Star plongé dans la tourmente d’un typhon. Désespéré, le capitaine Robert Everton (Donald Sutherland) vient de perdre sa cargaison non assurée. Un malheur n’arrivant jamais seul, la navigatrice Kelly Foster (Jamie Lee Curtis) et l’ingénieur Steve Baker (William Baldwin) découvrent que la salle des machines prend l’eau. Alors que la situation semble désespérée, un navire entre dans leur radar : le Volkov. Les membres de l’équipage montent à bord mais ne trouvent personne. Everton réalise qu’ils pourraient gagner des millions en ramenant le Volkov au gouvernement russe. Mais quelque chose les guette à bord…

Waterminator

Si l’entrée en matière est solidement menée et plutôt prometteuse, une mécanique familière empruntée à Alien se met rapidement en place et fleure donc le déjà-vu, avec des machines en révolte à la place du xénomorphe et Jamie Lee Curtis en substitut de Sigourney Weaver. Car l’entité extra-terrestre s’est infiltré partout et transforme tout l’équipement mécanique de bord en autant de robots autonomes de plus en plus agressifs. Certains s’inspirent de la morphologie des insectes, d’autres imitent les humains en fusionnant les machines avec des morceaux de cadavres, d’autres encore prennent l’aspect de colosses métalliques. L’influence du cinéma de James Cameron s’immisce alors dans le film, qui semble vouloir mixer Terminator et Titanic (puisque l’intrigue se résume bientôt à l’attaque de cyborgs indestructibles à bord d’un navire en train de couler). Au-delà de ces sources d’inspiration manifestes, le scénario de Virus évoque irrésistiblement celui de Moontrap, une modeste série B de SF avec Bruce Campbell et Walter Koenig dont il finit presque par ressembler à un remake à gros budget. Comme on pouvait s’y attendre, le travail sur les effets spéciaux est remarquable : les maquillages spéciaux et les marionnettes animatroniques de Steve Johnson et Eric Allard rivalisent d’inventivité, tandis que les images de synthèse conçues par le Tippett Studio débordent de dynamisme. Mais du côté des humains, la dramaturgie s’avère déficiente. Les revirements du capitaine incarné par Donald Sutherland n’ont aucun sens, Jamie Lee Curtis donne le sentiment de jouer dans un état second sans croire une seconde au personnage qu’elle incarne et le climax bascule carrément dans le grotesque. Gros échec critique et commercial, Virus restera sans suite et John Bruno reviendra avec bonheur à ses premières amours : les effets spéciaux.

 

© Gilles Penso


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DREAMANIAC (1986)

Premier film d’horreur de David DeCoteau, ce slasher surnaturel met en scène une succube aux appétits sanglants…

DREAMANIAC

 

1986 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Thomas Bern, Ashlyn Gere, Sylvia Summers, Lauren Peterson, Bob Pelham, Cynthia Crass, Brad Laughlin, Linda Denise Martin, Matthew Phelps, Lisa EMery

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I TUEURS I SAGA CHARLES BAND

David DeCoteau fait ses débuts dans le cinéma en tournant des films pornographiques gay, une industrie alors en plein essor dans les années 80. En deux ans, il réalise une bonne dizaine de longs-métrages de cet acabit, camouflé la plupart du temps derrière un pseudonyme, puis décide de s’attaquer à un genre différent susceptible de lui ouvrir un public plus large : l’horreur. À 24 ans, il écrit donc un long-métrage titré Succubus et réunit l’argent nécessaire (c’est-à-dire pas grand-chose) pour pouvoir le mettre en scène. Après dix jours de tournage, DeCoteau approche le producteur Charles Band et lui propose de lui montrer les rushes. « Ce n’était pas un chef d’œuvre », avoue Band, « mais David était très prometteur, et j’aimais le fait qu’il ait la même approche que moi : faire les choses, tout simplement. J’ai financé la post-production, j’ai réuni un peu d’argent pour lui et j’ai distribué le film sous la bannière de ma compagnie Empire. » (1) Jamais à cours d’idée lorsqu’il s’agit de surfer sur les modes du moment, le producteur change le titre au passage. Succubus devient donc Dreamaniac, dans l’espoir de profiter du succès des Griffes de la nuit. Le slogan sur les posters de l’époque assume d’ailleurs la référence en affirmant : « Pas besoin d’habiter à Elm Street pour faire des cauchemars ». Le film n’a pourtant aucun rapport avec le monde des rêves, mais les voies de l’opportunisme sont souvent impénétrables.

Le personnage principal du film est Adam (Thomas Bern), un musicien de heavy metal qui, pour une raison qui nous échappe (la quête de la gloire, de l’inspiration ou du succès auprès des femmes ?), décide d’invoquer une entité mystérieuse qui répond au nom d’Alou. Il allume donc des bougies dans sa chambre, écoute une musique planante, déchiffre un vieux livre écrit en français et se lance dans quelques incantations évasives. Bientôt apparaît Lily (Sylvia Summers), une jeune femme qui se love contre lui et entreprend de lui octroyer une petite gâterie. Mais soudain il hurle, tandis que nous la découvrons la bouche pleine de sang. S’agissait-il d’une hallucination ? Nous n’en savons trop rien, le scénario prenant le parti de ne pas s’attarder sur ce genre de détail. Tout ce que nous savons, c’est qu’une petite fête entre étudiants se prépare dans la maison, orchestrée par la petite amie d’Adam (Ashlyn Gere). La soirée en question s’avère aussi ennuyeuse pour les participants que pour les spectateurs, qui attendent désespérément un peu d’action. C’est alors que s’installe la mécanique du slasher.

Très très méchante

Lily s’immisce ainsi entre les différents invités, attend qu’ils s’isolent et se lance dans un joyeux massacre. Le carnage s’effectue au couteau, au rasoir, au tisonnier, au fil électrique, au bâton de ski, à la perceuse ou à mains nues, tandis que des effets spéciaux gore bricolés avec les moyens du bord font ce qu’ils peuvent pour éclabousser l’écran. L’un des invités, plus malin que les autres, a tout compris : « Ce n’est pas une fille, c’est un succube », s’exclame-t-il. « Elle baise les hommes et elle les tue ! » Le comportement d’Adam reste la plupart du temps incompréhensible. Complice involontaire de la tuerie, il s’offusque très mollement. « Il faut que ça s’arrête » dit-il ainsi sans conviction à Lily, tandis qu’à l’arrière-plan gisent deux cadavres enlacés l’un contre l’autre. Puis il se montre plus entreprenant, participant même activement au massacre. Dreamaniac est un film au rythme lent, affublé d’une facture de court-métrage amateur des années 80, d’une prise de son déficiente et d’un jeu d’acteurs globalement catastrophique. Comment ne pas s’embarrasser face à cette pauvre Sylvia Summers qui fait les gros yeux en nettoyant son couteau pour nous faire comprendre qu’elle est très très méchante ? Fidèle à ses goûts, David DeCoteau a tendance à déshabiller plus volontiers les garçons que les filles, arguant que la plupart des actrices ont refusé de satisfaire aux exigences de nudité du scénario, contrairement aux acteurs qui se sont révélés plus à l’aise. « J’ai investi dans David, plus que dans Dreamaniac » avoue Charles Band, bien conscient des maigres qualités de ce galop d’essai. « Et cet investissement s’est avéré payant. David a depuis réalisé des tonnes de films pour moi. C’est en outre devenu l’un de mes amis les plus proches. » (2)

 

(1) et (2) Extraits de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppetmaster » (2021)

 

© Gilles Penso

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HELLRAISER : DEADER (2005)

Une journaliste qui n’a pas froid aux yeux enquête sur une secte jouant avec la mort et se retrouve en ligne de mire du redoutable Pinhead…

HELLRAISER : DEADER

 

2005 – USA

 

Réalisé par Rick Bota

 

Avec Kari Wuhrer, Doug Bradley, Paul Rhys, Simon Kunz, Marc Warren, Georgina Rylance, Ionut Chermenski, Hugh Jorgin, Linda Marlowe, Madalina Constantin

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

C’est en 2002, alors que Hellraiser : Hellseeker vient de sortir, que Dimension film décide de lancer le septième volet de la franchise en confiant le scénario à Peter Briggs (Freddy contre Jason). Mais rien ne va se passer comme prévu. L’histoire proposée par Briggs est jugée trop coûteuse en termes de production et l’on se rabat finalement sur un autre scénario n’ayant initialement aucun rapport avec Hellraiser. Il s’agit de Deader, écrit par Neil Marshall Stevens (13 fantômes). Ce projet avait été proposé à Dimension dès 2000 et le roi des effets spéciaux Stan Winston, séduit, s’était engagé à le produire. Tim Day (qui avait écrit Hellseeker) est donc sollicité pour réadapter Deader afin de le muer en septième opus de la saga Hellraiser et Winston reste attaché à la production. Le mot d’ordre est de s’approcher de la vague montante du cinéma d’horreur japonais, et notamment de Ring. Reste à trouver un réalisateur. Scott Derrickson est approché mais passe son tour. Un seul Hellraiser lui suffit dans sa carrière (l’opus Inferno) et il préfère se consacrer à L’Exorcisme d’Emily Rose. C’est donc Rick Bota, réalisateur du très anecdotique sixième épisode de la franchise, qui rempile pour la suite. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, d’autant que les moyens à sa disposition restent extrêmement réduits. Hellraiser : Deader est d’ailleurs tourné intégralement en Roumanie en même temps que l’épisode suivant, Hellraiser : Hellworld.

L’entrée en matière d’Hellraiser : Deader est pourtant prometteuse et laisse imaginer un film beaucoup plus soigné et cohérent que le précédent. Kari Wuhrer incarne Amy Klein, une journaliste tout-terrain qui n’hésite pas à s’immerger dans les situations les plus périlleuses ou les plus interlopes pour ramener des articles coup de poing. A la demande de son rédacteur en chef (Simon Kunz), elle part à Bucarest pour enquêter sur une cassette vidéo montrant le meurtre rituel – puis la réanimation – d’un membre d’une secte qui se fait appeler « Les Deaders ». Le visionnage de cette cassette plonge d’emblée les spectateurs dans un irrépressible état de malaise. Le stress provoqué plus tard par la découverte d’un cadavre pendu au milieu d’un appartement roumain décrépit accentue ce climat malsain et donne le sentiment que Rick Bota a tiré des leçons des faiblesses du film précédent. De retour dans sa chambre d’hôtel, Amy ouvre la boîte qu’elle a trouvée dans les mains crispées du cadavre et déclenche aussitôt un cauchemar effroyable dans lequel Pinhead (Doug Bradley) vient à sa rencontre…

D’entre les morts

Le saut qualitatif par rapport à Hellraiser : Hellseeker est indiscutable. Deader nous semble, dès les premières minutes, mieux réalisé, mieux joué, mieux rythmé et mieux écrit que son prédécesseur. Surréalistes, les séquences situées dans une rame de métro transformée en club SM échangiste morbide convoquent une imagerie directement héritée de Clive Barker. Mais une telle sous-culture peut-elle réellement exister secrètement dans les transports publics souterrains de Bucarest ? A vrai dire, la tangibilité de ces scènes pose question. Car depuis qu’elle a ouvert le cube, notre héroïne vit dans un monde où l’illusion et le cauchemar s’invitent sans préavis dans le monde réel. La scène du couteau est à ce titre déstabilisante. Ce qui a tout d’une sanglante hallucination refuse ainsi de s’évaporer pour s’ancrer obstinément dans la réalité en y déversant des taches de sang indélébiles. Comme en outre le personnage d’Amy trimballe un traumatisme d’enfance qui revient la hanter de manière lancinante, le trouble s’accroît. Hélas, le scénario se perd en cours de route, s’essoufflant sous ses facéties hallucinatoires qui ne masquent pas de grosses scories d’écriture. On sent bien que le troisième acte, réécrit pour imbriquer le film dans la mythologie d’Hellraiser, ne tient pas la route. Kari Wuhrer elle-même, convaincante en début de métrage, finit par gémir et hurler sans retenue face aux horreurs que le film accumule artificiellement jusqu’à un massacre final expédié à la va-vite. Dommage. Les deux premiers tiers du film laissaient espérer un épisode beaucoup plus abouti.

 

© Gilles Penso

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LES CRÉATURES DE L’AU-DELÀ (1993)

Trois jeunes et jolies extra-terrestres qui s’ennuient sur leur planète partent en escapade dans l’espace et se crashent sur la Terre…

BEACH BABES FROM BEYOND

 

1993 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Joe Estevez, Don Swayze, Joey Travolta, Burt Ward, Jackie Stallone, Linnea Quigley, Roxanne Blaze, Tamara Landry, Nicole Posey, Michael Todd Davis

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

En 1993, le producteur Charles Band décide d’ajouter deux labels à sa compagnie Full Moon. Le premier, Moonbeam, sera consacré aux films destinés aux enfants, avec de gentils petits dinosaures (Prehysteria) et autres créatures fantastiques amicales (Le Château du petit dragon). Le second, Torchlight, est au contraire destiné à un public adulte et averti, puisqu’il consiste à déguiser en films d’horreur ou de science-fiction des bandes érotiques peuplées de jolies filles exemptes de la moindre pudeur. Les Créatures de l’au-delà est le premier titre officiel de cette série. Au-delà de l’atout de charme, Band prépare une campagne marketing hors pair en affichant fièrement sur le matériel promotionnel du film : « Travolta, Estevez, Swayze et Stallone réunis pour la première fois à l’écran ! » Ce slogan accrocheur semble surréaliste, et pourtant il n’est pas mensonger… du moins pas totalement. Les Créatures de l’au-delà comporte en effet dans son casting tous ces noms, même si les prénoms ne sont pas vraiment ceux qu’on imagine. Il s’agit de Joe Estevez (l’oncle d’Emilio), Don Swayze (le frère de Patrick), Joey Travolta (le frère de John) et Jackie Stallone (la mère de Sylvester). Il suffisait d’y penser !

Le générique de début donne le ton : une femme se douche lascivement au ralenti, aux accords d’une musique langoureuse de Reg Powell, tandis que la caméra du réalisateur David DeCoteau s’attarde en gros plan sur tous les détails anatomiques à sa portée. D’emblée, nous comprenons que le scénario du film ne sera qu’un prétexte pour collecter ce genre de séquence. Nous voici bientôt en présence de Xena (Roxanne Blaze), Sola (Nicole Posey) et Luna (Tamara Landry), trois jeunes et jolies extra-terrestres qui s’ennuient sur leur planète. Elles empruntent donc sans permission le vaisseau T-Bird des parents de l’une d’entre elles et traversent l’espace. Mais personnes n’a pensé à vérifier le niveau du carburant (c’est ballot !) et leur engin s’écrase sur la planète Terre, plus précisément sur une plage californienne où elles s’apprêtent à découvrir la vigueur des mâles de notre planète…

Travolta, Estevez, Swayze et Stallone !

Ce récit filiforme avance à pas de fourmi, car le montage enchaîne principalement des scènes clippées souvent interminables de danse en maillot sur le sable, de rêves érotiques torrides, de séances photo topless, d’accouplements au ralenti… Bref, c’est un véritable catalogue qui semble s’être échappé des pages glacées des magazines masculins. C’est sexy et charmant tout plein, certes, mais pas follement palpitant. DeCoteau nous rappelle son passé dans le cinéma pornographique des années 80, dont il détourne les codes pour les réadapter à l’érotisme « chic » de la décennie suivante. Nos jolies extra-terrestres ne font donc rien de très intéressant dans le film, à part se laisser séduire par trois garçons sympathiques et participer à un concours de bikini pour aider l’oncle Bud (tonton Estevez) à garder sa maison sur la plage. Recrutée à la dernière minute pour incarner une antagoniste peu convaincante, la scream queen Linnea Quigley (Le Retour des morts-vivants) avouera être affligée par le résultat final, malgré son attachement de longue date à David DeCoteau. Ce dernier, pas très fier du film non plus, le signera sous le pseudonyme d’Ellen Cabot.

 

© Gilles Penso

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DUMBO (2019)

Tim Burton réinvente le classique de Disney en réunissant les deux acteurs vedettes de son mythique Batman le défi

DUMBO

 

2019 – USA

 

Réalisé par Tim Burton

 

Avec Colin Farrell, Eva Green, Michael Keaton, Danny DeVito, Alan Arkin, Nico Parker, Finley Hobbins, Lars Eidinger, Joseph Gatt, Douglas Reith

 

THEMA MAMMIFÈRES I CONTES I SAGA TIM BURTON

Si Tim Burton s’était déjà amusé à revisiter sous forme d’un film « live » l’un des classiques animés des studios Disney, en l’occurrence Alice au pays des merveilles, sa version n’était pas un remake du film de 1951 mais plutôt une variante imaginant les événements survenus après le récit original. Le cas de Dumbo est différent, puisque cette fois-ci nous avons affaire à une relecture assumée du célèbre cartoon réalisé en 1941 par Ben Shapersteen. La démarche est donc la même que celle du Livre de la jungle de Jon Favreau ou de La Belle et la Bête de Bill Condon. À ce jeu, le public ne pouvait qu’être méfiant, d’autant que l’Alice de Burton ne brillait déjà pas par la pertinence de ses choix narratifs. Le scénario de ce nouveau Dumbo est signé Ehren Kruger, un auteur pour le moins éclectique à qui nous devons pèle mêle Scream 3, Le Cercle, Les Frères Grimm ou Ghost in the Shell. Pour la direction artistique, Burton s’appuie sur l’un de ses plus fidèles collaborateurs, en l’occurrence le designer Rick Heinrichs qui reste fidèle au style du cinéaste tout en évitant les signatures esthétiques trop attendues. L’une de ses sources d’inspiration majeures est l’œuvre du peintre Edward Hooper. Afin de pouvoir contrôler tous les aspects visuels de son film et lui donner une patine féerique, Burton opte pour un tournage intégralement en studio, y compris pour les extérieurs. Dumbo est donc filmé sur les plateaux de Pinewood et à l’aérodrome de Cardington.

Le scénario de Kruger prend place en 1919 dans le Missouri. Nous sommes donc au lendemain de la guerre (et accessoirement un siècle avant la date de réalisation du film). Revenu du front amputé d’un bras, Holt Farrier (Colin Farrell), ancien cavalier de cirque, revient sous le chapiteau dirigé par le vénérable Max Medici (Danny DeVito). Mais en son absence le cirque a fait faillite et les chevaux ont été vendus pour éponger les dettes. Holt se retrouve alors chargé de garder les éléphants. Parmi ces derniers se trouve Madame Jumbo, une femelle d’Asie sur le point de donner naissance à son rejeton. Lorsque ce dernier vient au monde, Holt lui découvre des oreilles incroyablement grandes. Max tient à camoufler ces appendices disproportionnés. Mais le secret ne pourra pas être gardé éternellement. A partir de là, l’intrigue rejoint celle du dessin animé de 1941 lui-même inspiré du livre d’Helen Aberson et Harold Pearl. Mais chacun se souvient du Dumbo original, plein de charme mais volontairement économe en rebondissements. Celui de Tim Burton tient à aller plus loin, réservant de fait un certain nombre de surprises aux spectateurs.

Éléphantastique

Loin des remakes serviles de La Belle et la Bête ou d’Aladdin, le Dumbo de Burton s’affirme comme une très belle réinterprétation d’un des « Disney Classics » les plus appréciés par les fans de la première heure. De ce point de vue, ceux qui pouvaient émettre des doutes légitimes sont rassurés. Le réalisateur de Beetlejuice et Edward aux mains d’argent retrouve la fibre poétique et la naïveté enchanteresse qui lui firent souvent défaut au cours des années 2000. Difficile de ne pas savourer cette nouvelle confrontation de Michael Keaton et Danny de Vito, inversant ici les rôles de bon et de vilain qu’ils tenaient dans Batman le défi 27 ans plus tôt. Burton leur adjoint l’une de ses actrices fétiches du moment, Eva Green (Dark Shadows, Miss Peregrine) et en tête d’affiche un nouveau venu dans son univers, Colin Farrell, qui s’avère impeccable (remplaçant au pied levé Will Smith parti jouer dans Bad Boys for Life). Les deux enfants vedette sont tout aussi parfaits, notamment Nico Parker dont le visage rond et les grands yeux semblent avoir été dessinés par Tim Burton lui-même. Bien sûr, la star du film reste l’éléphanteau aux grandes oreilles. Son design est une grande réussite (rarement yeux numériques furent aussi expressifs) et quelques choix de mise en scène audacieux permettent aux spectateurs d’adopter la vue subjective de Dumbo pendant le numéro des clowns ou de vivre une variante de la fameuse séquence psychédélique du cartoon original. La somptueuse bande originale de Danny Elfman ne gâche rien. Au passage, le réalisateur se permet de dresser un portrait au vitriol de l’empire Disney. Il peut sembler incroyable que la maison de Mickey l’ait laissé à ce point mordre la main qui le nourrissait ! Ce n’est pas l’un des moindres charmes inattendus de ce Dumbo « live ».

 

© Gilles Penso

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SUBSPECIES (1991)

Un vampire blafard aux doigts griffus et son armée de démons miniatures tiennent la vedette de cette série B tournée en Roumanie…

SUBSPECIES

 

1991 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Angus Scrimm, Anders Hove, Irina Movila, Laura Mae Tate, Michelle McBride, Ivan J. Rado, Mara Grigore, Adrian Valcu, Michael Watson, Lili Dumitrescu

 

THEMA VAMPIRES I DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES I SAGA SUBSPECIES I CHARLES BAND

Après le lancement officiel de sa compagnie Full Moon avec le premier opus de la saga Puppet Master, Charles Band cherche le moyen de produire rapidement toute une foule de nouveaux films de genre à petit budget, pour retrouver la frénésie créative qui animait sa société précédente Empire Pictures. La rencontre avec le producteur roumain Ion Ionescu va s’avérer déterminante pour son nouvel opus, un film de vampires baptisé Subspecies. Profitant des infrastructures d’un grand studio de cinéma à Bucarest, Band transporte son équipe sur place et laisse les commandes à Ted Nicolaou. Monteur de nombreux longs-métrages pour Band (Tourist Trap, Le Jour de la fin des temps, L’Alchimiste, Ghoulies, Future Cop, Zone Troopers), ce dernier réalisa également pour lui l’un des segments du Maître du jeu et l’excentrique TerrorVision. Il s’agit donc d’un homme de confiance. Sa détermination ne sera pas superflue pour lutter contre tous les obstacles semés sur son chemin : un équipement de tournage déficient, des conditions météorologiques complexes, la barrière de la langue… « Héros » de Subspecies, le maléfique vampire Radu (Anders Hove) revient dans sa ville natale de Prejnar, en Transylvanie, après avoir passé des années d’exil. Son teint est blafard, ses traits creusés et ses doigts griffus exagérément longs – inspirés de toute évidence de ceux de Nosferatu. Ce maquillage volontairement excessif est l’œuvre de Greg Cannom, qui créera un an plus tard les excellents effets spéciaux cosmétiques du Dracula de Coppola (dont il « empruntera » d’ailleurs un costume pour le Meridian de Charles Band).

Radu réclame le pouvoir auprès de son père (Angus Scrimm, en tête d’affiche alors qu’il n’apparaît que quelques minutes à l’écran), qui refuse et l’emprisonne dans une cage. Le vampire s’arrache alors quatre doigts qui, en tombant au sol, se transforment en minuscules créatures maléfiques. Ce sont les fameux Subspecies qui donnent leur nom au film et qui ne sont pas sans évoquer les petits démons de The Gate. Sauf qu’ici, leur look est différent. Ils sont rouges de la tête aux pieds, possèdent des pieds griffus, des bras musclés et exagérément longs, ainsi qu’un visage de gargouille affublé de bajoues ridées, de grosses arcades sourcilières, de cornes diaboliques et de grands yeux brillants. Pour donner vie à ces petits démons, Band opte pour la même technique que The Gate : des danseurs dans des costumes de monstres filmés dans des décors surdimensionnés, avec quelques effets de perspective forcée. Mais en découvrant les rushes, toute l’équipe déchante. « C’était inutilisable », se souvient Charles Band. « Incroyablement ridicule, absurde et à mourir de rire. On aurait dit des versions miniatures des danseurs d’Elton John. Je voulais des diablotins terrifiants et maléfiques. A la place, j’ai eu des mini-clowns ! » (1)

Stop-minions

Le plus logique aurait été d’abandonner cette idée de petits monstres, que Ted Nicolaou n’appréciait d’ailleurs pas particulièrement. Mais Charles Band, fidèle à ses habitudes, avait vendu le film et le poster avant même le premier tour de manivelle. Et sur le poster, il y avait les Minions. La seule solution viable est donc la stop-motion, grâce au savoir-faire du talentueux David Allen (familier des productions Band avec des films tels que Rayon laser, Le Jour de la fin des temps, Le Maître du jeu, Dolls, Robot Jox et Puppet Master). Les créatures sont de jolies réussites, même si elles sont très maladroitement incrustées dans les arrière-plans. Malgré l’extrême pauvreté des effets optiques et le fait que ces charmantes bestioles n’aient pas grand-chose d’intéressant à faire dans le film à part déambuler d’un endroit à l’autre comme le petit monstre bipède de Piranhas, les effets spéciaux de David Allen constituent l’interêt majeur de Subspecies, qui se contente de broder une intrigue archi-convenue sur le thème éculé du vampirisme. On note malgré tout une belle photographie de Vlad Panescu, qui s’amuse à faire glisser sur le sol l’ombre de Radu, et l’intégration intéressante de percussions et de chœurs ethniques dans la bande originale synthétique co-écrite par quatre compositeurs. Subspecies marquera le point de départ d’une longue franchise, presque aussi fructueuse que celle de Puppet Master.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

 

© Gilles Penso

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AFTER EARTH (2013)

Will Smith et Jaden Smith incarnent un père et son fils plongés dans une Terre futuriste revenue à l’état ptimitif, sous la direction de M. Night Shyamalan…

AFTER EARTH

 

2013 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Will Smith, Jaden Smith, Sophie Okonedo, Zoe Kravitz, Glenn Morshower, Kristofer Hivju, Sacha Dhawan, Chris Geere, Diego Klattenhoff, David Denman

 

THEMA FUTUR I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

After Earth fait office d’exception dans la filmographie de M. Night Shyamalan. C’est en effet la première fois que le cinéaste travaille sur commande à partir d’un scénario qui n’est pas de lui. L’idée originale du film vient de Will Smith, qui confie l’écriture du scénario à Gary Whitta. Au départ, le récit est celui d’un adolescent traversant la forêt pour secourir son père après un accident de voiture. Mais au fil des réécriture, le concept est relocalisé dans un cadre de science-fiction futuriste. Et c’est là que Shyamalan entre en jeu, embauché par Smith qui admire son travail et rêve depuis longtemps de travailler avec lui. Le réalisateur met son grain de sel dans le scénario afin de se l’approprier, puis cède la place à Stephen Gaghan et Mark Boal qui ajoutent leurs touches personnelles. Pour Smith, à la fois producteur et acteur principal, After Earth est une nouvelle occasion de jouer avec son fils Jaden, après A la recherche du bonheur en 2006. Pour Shyamalan, c’est un moyen intéressant d’aborder la sortie de l’enfance. « J’ai gardé en mémoire cette période particulière de l’enfance où vous arrêtez de croire à la magie, où vous commencez à voir le monde comme les adultes le voient », raconte-t-il. « C’est un moment très triste. Je me souviens avoir ressenti ça. Depuis, je n’ai jamais cessé de lutter contre ce sentiment. L’une des manières de mener cette bataille est de continuer à regarder le monde comme les enfants le voient. D’où ma tendance à écrire des rôles importants pour de jeunes comédiens. » (1)

Nous sommes en l’an 3071 et le bilan n’est pas folichon. Comme on pouvait s’y attendre, la dégradation environnementale de la Terre l’a rendue inhabitable, poussant ses habitants à partir s’installer sur une autre planète, Nova Prime. Mais il y a un problème de taille sur cette nouvelle terre d’asile : les Ursas. Ces créatures aveugles sentent la peur chez les humains et les massacrent impitoyablement. Le seul moyen de leur échapper est de parvenir à « effacer » sa peur, un domaine dans lequel le ranger Cypher Raige (Will Smith) est passé maître. Ce dernier part en mission spatiale avec son fils Kitaï (Jaden Smith) afin de faire des expériences sur un spécimen d’Ursa. Hélas, une pluie d’astéroïdes provoque le crash de leur vaisseau sur la planète Terre, désormais en quarantaine. L’Ursa s’est échappé et tout l’équipage est mort à l’exception du père et du fils. Mais le ranger a les jambes cassées et ne peut plus bouger. Il confie donc à Kitaï la mission de traverser la jungle hostile de la planète pour partir retrouver une balise qui permettrait d’appeler les secours.

La tête et les jambes

Par l’entremise de splendides effets visuels, After Earth nous offre le spectacle inédit d’une Terre au sein de laquelle la nature aurait repris ses droits. La première vision grandiose des plaines emplies de troupeaux en liberté et de cieux traversés par des milliers d’oiseaux amène un constat sans appel : notre planète se porte bien mieux sans les terriens. Elle est sauvage, inhospitalière, traversée par des périodes de grand froid, toxique par endroit, mais libérée du joug humain. Dans ce cadre primitif imprévisible s’installe une relation complexe entre un père et son fils, un sujet qui semble tout droit échappé de la filmographie de Steven Spielberg. D’autant qu’ici, l’enfant doit agir comme un adulte pour survivre. Dans ce duo improvisé, le père est la tête et le fils les jambes. Tous deux sont en contact audio et vidéo permanent. Cypher voit et entend tout ce que fait Kitaï. Il le guide, l’assiste, le conseille, le fils se laissant guider par la voix rassurante de son père. Will Smith joue sur un registre dénué d’émotion – dicté par la nature de son personnage – mais non sans subtilité, car on sent bien que le ranger qu’il incarne les réfrène. Jaden Smith, au contraire, incarne le « chien fou » qui rêverait de bénéficier d’autant de self-control que ce père modèle. Le spectateur sent pourtant que c’est justement sa capacité à s’émouvoir qui sauvera Kitaï. Cette mission est bien sûr un voyage initiatique. Lorsque tout contact sera coupé entre ces deux êtres, l’enfant sera bien forcé de couper le cordon, livré soudain à lui-même et à son libre arbitre. After Earth développe donc des thématiques passionnantes, au sein d’un univers sauvage servi par une direction artistique de premier ordre. Le film sera pourtant un échec cuisant au box-office, poussant M. Night Shyamalan à se tourner vers des projets plus modestes et plus personnels.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso

 

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