LA PETITE SIRÈNE (2023)

La liste des remakes inutiles des classiques animés de Walt Disney se rallonge avec cette romance aquatique qui hélas boit la tasse…

THE LITTLE MERMAID

 

2023 – USA

 

Réalisé par Rob Marshall

 

Avec Halle Bailey, Jonah Hauer-King, Melissa McCarthy, Javier Bardem, Noma Dumezweni, Art Malik, Daveed Diggs, Jacob Tremblay, Awkwafina

 

THEMA CONTES I MONSTRES MARINS

« Une petite sirène noire ! C’est un scandale ! » Voilà ce que l’on pouvait entendre et lire partout après la diffusion de la bande annonce de ce remake du classique de John Musker et Ron Clements. Au lieu de s’indigner face à la couleur de la peau de l’actrice choisie pour incarner Ariel, n’eut-il pas été plus judicieux de voir le film d’abord et de s’exprimer après ? D’autant que cette histoire de couleur est un faux problème. La question n’est pas de savoir si la comédienne doit ressembler ou non à son modèle dessiné, mais plutôt de comprendre l’intérêt d’une relecture « live » d’un long-métrage animé, au-delà de la triviale motivation financière. Or une fois de plus, cet intérêt est hélas extrêmement limité, du moins pour le spectateur. Car ce qu’on aime le plus, dans un film comme celui-là, c’est ce qu’on aimait déjà dans le dessin animé original : les personnages, l’intrigue, les chansons. Et ce qu’on aime le moins, c’est ce qui le différencie de son modèle. Nous voici donc à nouveau plongés dans une situation impossible, l’un de ces cercles vicieux absurdes dont le studio Disney semble être devenu coutumier pour faire fructifier ses franchises en offrant « du neuf » avec « du vieux ».

C’est la nostalgie qui nourrit la curiosité de découvrir le remake « live », mais c’est aussi elle qui finit par alimenter la déception et la frustration. Comment des acteurs en chair et en os et des images de synthèse pourraient-ils rivaliser avec le charme premier et intact d’une ligne dessinée, d’un simple à-plat de couleur, d’une pureté esthétique ici pervertie au profit d’une sorte de quête désespérée de « photoréalisme » ? Certes, Halle Bailey est une charmante sirène, Javier Bardem en impose dans la peau du roi triton et Melissa McCarthy donne de sa personne sous les traits peu flatteurs de l’affreuse Ursula. La force de l’histoire – une sorte de « Romeo et Juliette » aquatique qui revisite Hans Christian Andersen avec beaucoup de liberté – demeure. Mais trente-quatre ans après le long-métrage animé, l’effet de surprise n’a plus cours et les choix artistiques opérés par Rob Marshall et son équipe nous laissent perplexe : des animaux qu’on tente de rendre bizarrement réalistes tout en les affublant de gros yeux cartoonesques (et de voix caricaturales), des séquences sous-marines aux effets visuels douteux qui semblent échappées d’Aquaman, un rallongement excessif du métrage (1h20 en 1989, 2h20 en 2023, cette heure supplémentaire était-elle vraiment nécessaire ?)…

Plouf !

Familier avec l’univers Disney (pour qui il a signé Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence et Le Retour de Mary Poppins), Marshall fait du travail appliqué, montre son savoir-faire dans le domaine de la gestion des séquences spectaculaires (le naufrage, le climax apocalyptique), concocte quelques sympathiques moments de comédie intime (les passages assurément les plus intéressants du film) mais il n’y a pas d’âme, pas de vision, pas de défi dans cette Petite sirène trop formatée pour convaincre. Face à de telles considérations, qui se soucie de savoir si l’actrice principale a des origines afro-américaines ou non ? Halle Bailey constitue d’ailleurs l’une des rares bonnes surprises du film. On sent pourtant que le studio Disney lui-même n’est pas très au clair avec cette envie de montrer plus de diversité à l’écran, au point qu’il en vient à justifier maladroitement son choix à travers la présentation caricaturale des six autres filles du roi Triton, qui semblent échappées d’un spot de pub « United Colors of Benetton » des années 80 ! C’est bien la preuve – mais en fallait-il une supplémentaire ? – que les prises de position « progressistes » de Disney sont beaucoup moins morales que politiques. Bref, si vous êtes sensibles au destin de ces deux êtres solitaires qui cherchent désespérément à échapper à leur destin, le prince Éric qui ne souhaite pas se conformer aux codes rigides de la royauté et la sirène Ariel qui refuse de rester confinée sous les eaux sans découvrir le monde des humains à la surface… revoyez le film de John Musker et Ron Clements !

 

© Gilles Penso

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ÉVOLUTION (2016)

Un conte fantastique inclassable dans lequel d’étranges expériences chirurgicales sont menées dans un village isolé au bord de l’océan…

ÉVOLUTION

 

2016 – FRANCE

 

Réalisé par Lucile Hadzihalilovic

 

Avec Max Brebant, Julie-Marie Parmentier, Roxane Duran, Nathalie Le Gosles, Mathieu Goldfeld, Nissim Renard

 

THEMA MONSTRES MARINS I MÉDECINE EN FOLIE I MUTATIONS

Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes adultes et de garçons de son âge. L’enfant finit par s’interroger sur les étranges expériences chirurgicales qui sont menées dans l’hôpital de l’île… Évolution est un film de science-fiction, au sens le plus strict du terme. Il y est question d’un village côtier à l’abri de la civilisation, d’une société matriarcale ayant exclu toute présence adulte masculine, d’enfants soumis à des expériences chirurgicales contre-nature bouleversant les lois de l’évolution, de fusions troublantes entre l’anatomie humaine et celle de créatures marines… Spontanément, cet univers étrange et ses ramifications évoquent les récits d’H.P. Lovecraft et une grande partie de l’œuvre de David Cronenberg. Mais Lucile Hadzihalilovic est une réalisatrice atypique, échappant résolument à ce tissu d’influences pour construire un objet filmique inclassable et singulier. La seule référence cinématographique qu’elle s’autorise est Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, moins d’ailleurs pour son intrigue ou ses thématiques que pour son atmosphère et son environnement. Le fait que les deux films aient été tournés sur des sites très similaires – à Grenade pour l’un, Lanzarote pour l’autre – n’est donc pas le fruit du hasard.

Évolution n’est pas facile d’accès. Son rythme extrêmement lent, son intrigue opaque et ses dialogues réduits à leur plus simple expression nécessitent une participation active, une implication forte et une bonne dose de patience de la part de ses spectateurs. Lucile Hadzihalilovic sait que tout le monde ne jouera pas le jeu mais court tout de même le risque de ne pas se conformer à une narration classique pour mieux exprimer sa sensibilité et affirmer son style. La démarche de la réalisatrice n’est pas pour autant l’hermétisme mais la volonté de faire vivre à ceux qui découvrent Évolution une expérience unique, immersive et sensitive. A la réflexion, tout aurait pu s’expliquer à l’issue d’un ultime rebondissement levant le voile sur les tests médicaux pratiqués sur les jeunes insulaires, sur les motivations ayant présidé à ces mutations biologiques, sur la nature véritable de ces enfants kidnappés et de leurs geôlières hybrides devenues mères adoptives.

Hors norme

Mais le scénario refuse d’en dire plus, pour éviter les travers d’explications laborieuses souvent décevantes, et surtout pour laisser l’imagination du public trouver seul les pièces manquantes du puzzle. Ouvert à de nombreuses interprétations, lisible sous un angle purement métaphorique (les allusions à la fécondation, à l’état embryonnaire et à la naissance sont légion), Évolution n’est donc pas un film « confortable », malgré son indéniable beauté plastique, et suscite un malaise insidieux et croissant. Le fait même qu’il ait pu se frayer un chemin jusque dans nos salles de cinéma tient du miracle. Qu’on adhère ou pas à la démarche artistique de Lucile Hadzihalilovic, on ne peut que se réjouir qu’il y ait de la place, sur grand écran, pour des œuvres aussi étranges et hors normes. Le fantastique est pluriel et doit pouvoir s’exprimer sous toutes ses facettes. A l’heure où les blockbusters formatés par les grands studios suralimentaient nos réseaux de distribution, Évolution prit les atours d’un ovni rafraîchissant.

 

© Gilles Penso

 

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LES MALÉFICES DE LA MOMIE (1964)

Une expédition britannique découvre en Égypte une momie parfaitement conservée qui ne tarde pas à s’éveiller pour semer la terreur…

THE CURSE OF THE MUMMY’S TOMB

 

1964 – GB

 

Réalisé par Michael Carreras

 

Avec Terence Morgan, Ronald Howard, Fred Clark, Jeanne Roland, George Pastell, Jack Gwillim, John Paul, Michael Ripper

 

THEMA MOMIES

Cinq ans après La Malédiction des pharaons, une nouvelle momie vient semer la terreur dans une production Hammer à l’occasion de ces Maléfices de la momie. Anthony Hinds en écrit une partie du scénario, sous son pseudonyme habituel John Elder. Michael Carreras ne se contente pas de produire le film, puisqu’il en co-rédige l’histoire en utilisant comme nom d’emprunt Henry Younger. Contrairement aux sagas Dracula et Frankenstein de la Hammer, Christopher Lee et Peter Cushing ne sont pas récurrents dans celle de la Momie, puisqu’ils n’apparaissent que dans le premier opus. Les studios Bray, acquis par la Hammer en 1951, sont mis en veille après le tournage de La Gorgone, dans la mesure où la Hammer ne sait pas encore si la major Columbia souhaite renouveler son contrat de distribution. Les Maléfices de la momie est donc tourné aux studios Elstree. Une expédition britannique y découvre en Égypte une tombe royale inviolée depuis des siècles. Plus étonnant encore, la momie est dans un état de conservation parfait et présente des particularités qui justifient son transfert en Angleterre, ce qui laisse à certains l’espoir d’appétissants bénéfices commerciaux.

L’un des archéologues déchiffre le texte inscrit sur un collier que porte la momie, ravivant sans le savoir une malédiction vengeresse. Des meurtres sauvages s’enchaînent alors jusqu’à ce que soit payée la dette de sang. Prenant la relève de Christopher Lee, Dickie Owen incarne la momie, qui se nomme désormais Ran-Antef. Pour jouer le rôle féminin principal des Maléfices de la momie, Michael Carreras fait appel à l’actrice Jeanne Roland, qu’il vient tout juste de rencontrer dans une soirée. Quant à Fred Clark, il incarne le showman américain Alexander King qui rêve de faire de l’argent en exhibant la momie dans les foires et cirques du monde entier. Son personnage apporte au film du cynisme, de l’humour et une touche de modernité. La toute première apparition de Ra-Antef, qui se fait bien attendre, s’avère assez théâtrale. Surgissant en haut d’un immense escalier, la créature semble vouloir imiter Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula.

Moitié os, moitié bandage !

Mais par la suite sa présence et les meurtres qu’elle commet suivent une routine qui laisse les spectateurs un peu indifférents. Le film est sans doute aussi dévalorisé par l’absence de tête d’affiche, même s’il bénéficie des habituelles qualités propres à la Hammer, c’est-à-dire de splendides décors, une photographie soignée, des comédiens convaincants et même un peu de gore, comme en témoignent pas moins de trois mains tranchées. Le dossier de presse préliminaire annonce à l’époque « Un monstrueux géant de vingt pieds de haut au parcours parsemé de meurtres au milieu des paysages du Caire », avec une illustration muant la momie en émule de King Kong, une jeune fille terrifiée au creux de sa main. Cette affiche un tant soit peu mensongère est pourtant utilisée telle quelle lors de l’exploitation du film en double programme avec La Gorgone. Le monstre retrouve ses proportions normales dans le poster américain du film, accompagné d’un slogan imparable : « Moitié os, moitié bandage, entièrement horrifique à vous glacer le sang ! »

 

© Gilles Penso


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LA MARQUE DE LA MORT (1961)

Un étudiant en médecine découvre les recherches de son sinistre ancêtre, en quête du secret de la vie éternelle…

LA MARCA DEL MUERTO

 

1961 – MEXIQUE

 

Réalisé par Fernando Cortes

 

Avec Fernando Casanova, Sonia Furio, Rosa Maria Gallardo, Aurora Alvarado, Edmundo Espino, Pedro de Aguillon

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Petite perle du cinéma horrifique mexicain, La Marque de la mort commence à la fin du 19ème siècle, dans une atmosphère qui évoque à la fois Jack l’éventreur, Sherlock Holmes et Docteur Jekyll et Mister Hyde. A peine sortie d’une église, une jeune femme est suivie par le docteur Malthus, un homme étrange dont la cape et le haut de forme dessinent des ombres inquiétantes sur les murs de la ville pauvrement éclairée par les réverbères. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Malthus chloroforme sa victime, l’emmène dans son laboratoire, enfonce une sonde dans sa poitrine et aspire son sang. Arrêté au beau milieu de son expérience par l’intervention de la police, il est condamné pour le meurtre de six femmes. Dès qu’il gagne sa cellule, le médecin vieillit brutalement, affirmant au curé venu le faire repentir que le but de ses recherches est rien moins que le secret de la vie éternelle. Après sa pendaison, une ellipse astucieuse nous transporte dans les années 60, par le biais d’une roue de charrette se transformant en essieu de voiture, tandis que la partition pesante de Gustavo Carrion prend soudain des tonalités jazzy.

Là, nous faisons connaissance de Rosa (Sonia Furio), qui attend avec impatience le retour de son fiancé Gonzalo (Fernando Casanova), après cinq années d’études de médecine en Europe. Lorsque le couple est réuni dans la somptueuse demeure familiale, tout semble aller pour le mieux… Mais bientôt, Gonzalo est hanté par l’inquiétant portrait de son ancêtre, qui n’est autre que le sinistre Malthus (une scène que reprendra fidèlement Roger Corman dans La Malédiction d’Arkham). Lorsqu’il découvre le compte-rendu des expériences de son aïeul et le passage secret menant à son laboratoire, Gonzalo est fasciné et décide de poursuivre ses travaux. Dès lors, il est comme guidé par une force extérieure, qui le pousse à pénétrer dans le caveau familial (un soir d’orage comme il se doit), à enlever le corps momifié du vieux Malthus et à le ramener dans le laboratoire. Sans vergogne, il kidnappe dans la foulée une jeune servante et transfère son sang dans le corps desséché.

Double face

Et le miracle opère : en quelques fondus enchaînés savamment distillés, le cadavre de Malthus rajeunit puis revient à la vie. Les deux personnages étant joués par le même comédien, la mise en scène recourt à diverses astuces pour les faire apparaître ensemble à l’écran (principalement des doublures maquillées et des caches contre-caches). Mais il faut surtout saluer la double interprétation de Fernando Casanova, aussi convaincant en savant fou et autoritaire qu’en médecin débutant rongé peu à peu par les remords. C’est d’ailleurs sur la confrontation entre Malthus et son descendant que reposent les meilleures séquences du film, tous deux n’étant finalement que les différentes facettes d’un même homme, à cheval entre sa passion dévorante de la science et son éthique (Jekyll et Frankenstein ne sont pas loin). Le final de La Marque de la mort s’inscrit d’ailleurs pleinement dans la mouvance des grands classiques du genre, puisque le récit s’achève sur un gigantesque bûcher purificateur.

 

© Gilles Penso


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LES GRIFFES DE LA PEUR (1969)

Un thriller d’épouvante à base de machinations, de sous-entendus, de faux-semblants et de chats diaboliques…

EYE OF THE CAT

 

1969 – USA

 

Réalisé par David Lowell Rich

 

Avec Michael Sarrazin, Gayle Hunnicutt, Eleanor Parker, Tim Henry, Laurence Naismith, Jennifer Leak, Linden Chiles

 

THEMA MAMMIFÈRES

L’ombre d’Edgar Poe et de Boileau et Narcejac plane sur ce film extrêmement stylisé à mi-chemin entre le thriller psychologique et le conte d’épouvante. La sublime Gayle Hunnicutt, dont les mini-jupes sixties révèlent une paire de jambes interminables, incarne Cassia Lancaster, une esthéticienne sans scrupule qui projette d’assassiner une de ses clientes malades (Eleanor Parker) dans l’espoir de récupérer sa fortune. Pour y parvenir, elle demande à Wylie (Michael Sarrazin), le neveu de la moribonde, de la persuader de modifier son testament. Un problème vient cependant s’immiscer dans cette conspiration huilée : Wylie a une terrible phobie des chats, depuis qu’un félin a failli l’étouffer dans son berceau. Or la tante Danny, qui dort sous une tente à oxygène, vit au milieu d’une flopée de matous grassouillets auxquels elle a légué sa fortune… Truffé d’effets de montage surprenants, Les Griffes de la peur annonce l’originalité de sa facture dès son générique de début tout en split-screens, soutenu par une partition du génial Lalo Schifrin. Nous étions alors dans les années fastes d’un cinéma libre et inventif, celles où Mike Nichols réalisait Le Lauréat et Sam Peckinpah Guet-apens.

D’ailleurs, les décors naturels de San Francisco où fut tourné le film évoquent bien plus le naturalisme de Bullit que la sophistication de Sueurs froides, même si l’influence d’Alfred Hitchcock est ici assez prégnante. Ce n’est sans doute pas un hasard, dans la mesure où Joseph Stefano, auteur du script des Griffes de la peur, fut aussi celui de Psychose. L’atmosphère générale du film est à la fois très malsaine et étrangement détendue, notamment à travers les étranges relations que Danny entretient avec ses neveux, méprisant celui qui lui est dévoué et adulant celui qui n’a que de vénales intentions. Pour ce dernier, elle semble même nourrir des intentions quasi-incestueuses. Lorsque Wylie constate sa mauvaise mine, elle lui rétorque ainsi avec une voix pleine de sous-entendus : « Je me croyais encore un peu attirante ».

Catfight

Tout le métrage baigne dans une espèce d’humour pince sans rire très british. On parle d’assassiner quelqu’un comme on irait chez le coiffeur. A vrai dire, Les Griffes de la peur est avant tout le récit d’une machination, les chats ne venant ponctuer l’intrigue que sporadiquement, le temps d’effrayer notre protagoniste félinophobe. Dans le climax, ils révèlent cependant une agressivité surnaturelle, constellant de taches écarlates la robe immaculée de l’héroïne au cours d’une séquence fort bien réalisée. Il faut bien reconnaître que le scénario de Stefano est un peu léger, et que le film souffre de nombreuses pertes de rythme. D’où certaines scènes de remplissage d’une gratuité effrontée, comme ce combat entre deux jeunes filles en mini-jupes (lorsqu’on sait que ce type de séquence s’appelle « catfight » en anglais, on comprend l’ironie de la chose). Fort heureusement, la réalisation imaginative de David Lowell Rich dynamite le récit en permanence. La scène de la cavalcade du fauteuil roulant est à ce titre exemplairement filmée et montée. Le metteur en scène ne fera jamais mieux, signant même dix ans plus tard un médiocre Airport 80.

 

© Gilles Penso


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LA TOUR SOMBRE (2017)

Ce western-spaghetti post-apocalyptique s’efforce d’adapter l’une des œuvres les plus complexes et les plus insaisissables de Stephen King…

THE DARK TOWER

 

2017 – USA

 

Réalisé par Nikolaj Arcel

 

Avec Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor, Katheryn Winnick, Nicholas Pauling, Nicholas Hamilton, Jackie Earle Haley, Dennis Haysbert, Claudia Kim

 

THEMA FUTUR I SAGA STEPHEN KING

« La Tour sombre » occupe une place très particulière dans l’œuvre de Stephen King. Il ne serait pas exagéré de dire quil sagit de sa création la plus longue, la plus complexe et la plus importante, ne seraitce que parce quil la entamée alors qu’il navait que dixneuf ans et quil la achevée quarante ans plus tard. Le premier volume, « Le Pistolero », sintéresse à Roland de Gilead, une sorte d’émule du Clint Eastwood des westerns spaghetti de Sergio Leone. Errant dans le désert dun monde postapocalyptique, il est à la recherche dun mystérieux homme en noir. Lui seul saura répondre à ses questions liées à la Tour Sombre, un édifice mythique sur lequel semble reposer léquilibre de ce mondeci et de tous les autres. La rumeur d’une adaptation de la saga à lécran commence à courir en 2009, alors que J.J. Abrams envisage den tirer une série télévisée dans la foulée de Lost mais ne donne finalement pas suite à cette idée. L’adaptation de « La Tour sombre » sera finalement un film coécrit par Akiva Goldsman et Jeff Pinkner, produit par Ron Howard et réalisé par Nikolaj Arcel. Le rôle principal est confié à Idris Elba, son charisme, sa présence et l’intensité de son jeu contrebalançant son absence de ressemblance avec le personnage illustré par Michael Whean dans les romans de Stephen King.

Le casting est d’ailleurs le point fort du film de Nikolaj Arcel. Sous le costume de l’homme en noir, Matthew McConaughey crève l’écran et aurait même tendance à voler la vedette au pistolero. Son sourire carnassier, son regard fou et sa cruauté désinvolte sont conformes à l’image que le lecteur se fait de Randall Flagg. Il n’aurait pas dépareillé dans Le Fléau de Mick Garris ou même dans La Tempête du siècle sous la défroque du maléfique Linoge dont il semble être une sorte d’alter-ego. Jake lui-même, incarné par le jeune Tom Taylor, nous convainc sans conteste en pré-adolescent en bute à l’incompréhension du monde adulte ne voyant dans ses cauchemars récurrents et ses troubles de la personnalité qu’une déficience psychologique alors qu’il s’agit en réalité d’un éveil de conscience vers d’autres mondes possibles. Le duo qu’il forme avec Roland est le moteur narratif du film, comme c’était le cas dans la seconde partie du roman « Le Pistolero », mais en l’état La Tour sombre est un film hybride qui semble ne pas trop savoir sur quel pied danser, à mi-chemin entre l’étrangeté cauchemardesque de la prose de King et un spectacle tout public censé rameuter le public des sagas Le Seigneur des Anneaux et Harry Potter. Dire que le film manque d’audace et d’ambition en brassant trop large serait injuste. Par bien des aspects, c’est même un film assez « anti-hollywoodien ». Mais l’on se perd en conjectures sur le point de vue adopté pour narrer cette histoire.

Un résumé en accéléré de toute la saga

Dans le texte de King, tous les événements étaient vus à travers le regard de Roland. Sa quête, aux allures de western spaghetti dans un monde rétro-futuriste dévasté, offrait aux lecteur un plongeon dans une atmosphère inédite et surprenante. Dans le film, le personnage principal est Jake. Nous le suivons dans sa vie quotidienne new-yorkaise, opposé à sa mère et son beau-père qui ne le comprennent pas, jusqu’à ce qu’il s’échappe de son monde pour surgir dans celui du pistolero et faire équipe avec lui. Ce changement radical de point de vue semble malheureusement avoir été bien plus dicté par des contraintes financières qu’artistiques. De toute évidence, s’attacher à un cowboy taciturne au lieu d’un garçon de onze ans aurait pu rebuter le public peu friand de western. Mais c’était pourtant l’essence même du récit initial, la source même de son originalité. Une autre erreur consiste à donner beaucoup trop d’importance à l’homme en noir, qui apparaît régulièrement à l’écran pour signifier sa malfaisance à un public qui l’a pourtant saisie d’emblée et n’a pas besoin qu’on enfonce le clou. Du coup, le redoutable sorcier perd son aura de mystère pour se muer en simple méchant dont les desseins nous sont révélés trop tôt et bien trop explicitement. Puisant ses éléments narratifs dans les trois premiers romans, le film finit par ressembler à un résumé en accéléré de toute la saga qui risque de ne convaincre ni les fans de la première heure (criant à la trahison, et on ne saurait leur donner tort), ni les novices (perdus dans un film insaisissable qui ne leur laisse le temps de s’attacher à aucun personnage). D’autres longs-métrages ainsi qu’une série télévisée parallèle narrant la jeunesse du pistolero étaient prévus par Ron Howard et Akiva Goldsman, mais les piètres résultats du premier film au box-office ont remis en question le prolongement de la saga.

 

© Gilles Penso

 

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LA FEMME GUÊPE (1959)

En quête d’un élixir de jeunesse, la patronne d’une grande société de cosmétique expérimente des enzymes produites par des guêpes…

THE WASP WOMAN

 

1959 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Susan Cabot, Anthony Eisley, Barbara Morris, William Roerick, Michael Mark, Frank Gerstle, Bruno VeSota

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Roi du marketing et des concepts alléchants, Roger Corman enflamma l’imagination des fantasticophiles à la fin des années cinquante avec l’affiche de La Femme guêpe, qui exhibait fièrement une gigantesque guêpe au charmant faciès féminin agressant un homme terrorisé au beau milieu d’un amoncellement d’os humains. A l’écran, évidemment, le résultat est plus modeste. Avec beaucoup de charisme et sous un subtil maquillage vieillissant, Susan Cabot y incarne Janice Starlin, dirigeante d’une grande société de cosmétique new-yorkaise. Jadis florissante, la compagnie Starlin voit ses ventes dégringoler depuis quelques temps. Il faut dire que sa charmante patronne en a toujours été l’icône et le mannequin exclusif. Or avec la quarantaine passée et quelques rides sur le front, il lui est désormais difficile de vanter avec le même aplomb les produits garantissant une jeunesse prolongée. Au bord de la faillite, Janice entend parler du professeur Zinthrop, sur le point de breveter un élixir rajeunissant révolutionnaire. Contre l’avis de ses employés, elle engage donc l’étrange bonhomme, sorte de Boris Karloff de seconde zone à l’accent teuton.

Ce savant énigmatique travaille à partir d’enzymes produites par des guêpes, équivalent de la fameuse gelée royale des abeilles. Il a déjà expérimenté la formule sur divers animaux, avec des résultats miraculeux, mais jamais sur un être humain. Janice propose donc d’être la pionnière en la matière. Au bout d’un certain nombre d’injections, la voilà qui rajeunit physiquement d’une bonne vingtaine d’années (le maquilleur déleste donc la jolie comédienne de son trop-plein de fond de teint). Elle prépare alors son imparable slogan (« avec Janice Starlin, retrouvez vos vingt ans »), mais les effets secondaires s’avèrent des plus inquiétants. Car soudain, prise de violents accès de migraine, elle subit une métamorphose fulgurante manifestement inspirée par celle de La Mouche noire de Kurt Neumann. Elle se retrouve ainsi affublée d’une tête de guêpe (autrement dit un maquillage sommaire constitué de deux gros yeux à facettes, de grandes dents pointues et de longues antennes), de griffes acérées à la place des mains, et d’un appétit démesuré pour le sang humain.

La mutante vampire

Notre mutante déchiquette donc le cou de ses victimes et boit directement à la source, comme un vampire. Chacune des apparitions du monstre, accompagnée d’un bruit d’essaim de guêpe du plus curieux effet, est un grand moment de comique involontaire. Car malgré un montage nerveux et une prudente propension à plonger le monstre dans la pénombre, son potentiel horrifique est largement entaché par son aspect hasardeux. Le film souffre aussi d’un rythme languissant malgré sa courte durée. En effet, après un prologue long et un peu inutile au milieu d’un groupe d’apiculteurs, le scénario emprunte une structure très classique et franchement prévisible, d’autant que tout est déjà annoncé dans le titre. La Femme guêpe restera donc principalement dans les mémoires pour son poster plein d’emphase, son casting solide et son approche urbaine et moderne d’un thème que les décennies précédentes auraient sans doute traité sous un jour plus volontiers gothique. « Petit miracle: j’ai tourné le film pour environ 50000 dollars, en moins de deux semaines », raconte Roger Corman. « Ça a été le premier film que j’ai financé et dirigé pour ma propre société de production et de distribution, lhe Filmgroup. Ma carrière s’émancipait, j’investissais plus fréquemment dans mes propres productions et j’embauchais du personnel. J’ai compris qu’il était important de contrôler la distribution de mes films et le succès de La Femme guêpe a fait connaître à ma société des débuts fulgurants. » (1)


(1) Extrait de la biographie “Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime” par Roger Corman et Jim Jerome, publiée en 1990

 

© Gilles Penso


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HOW TO MAKE A MONSTER (1958)

Un maquilleur psychopathe enduit des masques de monstres avec une crème qui transforme ceux qui les portent en tueurs sanguinaires…

HOW TO MAKE A MONSTER

 

1958 – USA

 

Réalisé par Herbert L. Strock

 

Avec Robert H. Harris, Gary Conway, Gary Clarke, Paul Brinegar, Robert Shayne, Morris Ankrum, Malcolm Atterbury, Dennis Cross

 

THEMA FRANKENSTEIN I LOUPS-GAROUS I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Cette œuvre amusante initiée par le producteur Herman Cohen et le scénariste Aben Kandel recycle les héros de I Was a Teenage Werewolf et I Was a Teenage Frankenstein, deux succès assez importants au box-office de 1957, surtout si l’on tient compte de leur minuscule budget. Au lieu de mettre sérieusement en scène les deux monstres dans une sorte de « Teenage Werewolf Meets Teenage Frankenstein » suivant la trace du Frankenstein rencontre le loup-garou produit par Universal (ce que n’hésitera pas à réaliser l’amateur éclairé Don Glut l’année suivante), le film d’Herbert L. Strock s’amuse à montrer l’envers du décor. Pete Drummond (Robert H. Harris), un maquilleur spécialisé dans les films d’horreur qu’emploie l’American International Studio, est renvoyé par ses patrons ingrats après vingt-cinq ans de bons et loyaux services. Le studio préfère en effet arrêter de produire des films d’horreur au profit des comédies musicales. Pour assouvir sa vengeance, l’as des effets spéciaux fabrique une crème hypnotisante qu’il applique sur le visage de deux jeunes acteurs pour les besoins du dernier film sur lequel on l’engage. Puis il envoie ceux-ci, grimés en monstre de Frankenstein et en loup-garou, assassiner ses employeurs. Lorsqu’ils sortent de leur transe, les deux comédiens ont tout oublié.

Gary Conway reprend donc son rôle de juvénile Monstre de Frankenstein au maquillage grotesque, et Gary Clarke, moins convaincant et moins expressif que Michael Landon, remplace ce dernier sous les poils du loup-garou adolescent. Le postulat de départ est complètement dément, mais il reflète probablement une situation réelle à l’époque. Des répliques du genre « les spectateurs arrivent à saturation avec les films d’horreur et les monstres… maintenant, ils veulent de la musique, de jolies filles et de la distraction » ont probablement été prononcées par quelques exécutifs à la fin des années 50. Robert Harris est savoureux en émule de Jack Pierce basculant dans la folie du jour au lendemain, dès lors que son ère semble révolue, même si le dénouement nous laisse comprendre que la démence l’avait gagné bien plus tôt déjà.

Délit de sale goule

Pour accélérer sa croisade vengeresse, il se maquille lui-même en monstre primitif pour se débarrasser d’un vigile devenu trop curieux, puis tue son propre assistant sur le point de le trahir. Finalement, il brûle dans son lugubre appartement, où tous les masques qui le décorent fondent, révélant des crânes humains qui ne sont pas sans nous rappeler ceux de L’Homme au masque de cire. Reprenant le gimmick de Teenage Frankenstein, les dernières minutes du film passent sans véritable raison du noir et blanc à la couleur, ce qui permit aux distributeurs d’annoncer fièrement – et abusivement – sur les affiches du film : « Contemplez les horribles goules dans des couleurs flamboyantes ! » En 2001, George Huang en réalisa un remake pour le petit écran, mais seul le titre How to Make a Monster fut conservé, l’intrigue n’ayant plus rien à voir avec celle du film de Strock pour se concentrer sur un monstre issu d’un programme informatique.

 

© Gilles Penso

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THE FLASH (2023)

Le super-héros le plus rapide de l’univers DC remonte le temps et se retrouve dans un monde parallèle imprévisible…

THE FLASH

 

2023 – USA

 

Réalisé par Andres Muschietti

 

Avec Ezra Miller, Michael Keaton, Sasha Calle, Michael Shannon, Ron Livingston, Maribel Verdú, Kiersey Clemons, Jeremy Irons

 

THEMA SUPER-HÉROS I VOYAGES DANS LE TEMPS I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA DC COMICS I BATMAN I SUPERMAN

Comme la grande majorité des longs-métrages du « DC Universe », The Flash est un film qui a du mal à se positionner. Ses tentatives de grand écart entre l’humour au second degré et la gravité lacrymale tentent visiblement de s’inspirer de ce que fait James Gunn, ce qui n’est sans doute pas un hasard dans la mesure où ce dernier est désormais le président de DC. Le générique de fin ressemble d’ailleurs à un clin d’œil assumé au prologue des Gardiens de la galaxie volume 2. Mais n’est pas Gunn qui veut, et Andres Muschietti, porté aux nues grâce à son adaptation de Ça, n’est visiblement pas dans son élément. Rien ne semble venir naturellement dans ce film qui part ouvertement dans tous les sens. Les scènes dépeignant les exploits de Flash en ultra-ralenti sont certes amusantes (notamment la « pluie des bébés »), mais elles arrivent dix ans après celles (plus réussies) de Quicksilver dans X-Men : Days of the Future Past. L’un des aspects les plus embarrassants de The Flash est justement sa tentative désespérée de courir après le succès de Marvel en se réappropriant le thème des multiverses. L’audace n’est donc pas vraiment le maître mot de DC/Warner qui continue à donner le sentiment d’être à la traîne. Un comble avec un héros comme Flash ! Pire : non content de flatter les spectateurs peu exigeants en se surchargeant de « fan service » jusqu’à l’indigestion, le film nous offre comme héros un reflet de ce qu’est censé représenter le public, c’est-à-dire un ado idiot, hystérique, mal dégrossi, inculte et immature. Voilà qui laisse peu de doute sur la vision qu’a le studio de ses propres fans.

L’artificialité du film saute notamment aux yeux dans ces moments un peu vains où la mise en scène prend bien soin de laisser aux spectateurs le temps de crier ou d’applaudir lorsque chaque personnage censé susciter l’euphorie apparaît à l’écran, comme Gal Gadot en Wonder Woman (qui prend la pose en souriant avant de commencer à agir) ou Michael Keaton dans sa combinaison noire (qui regarde la caméra pendant plusieurs secondes avant de prononcer le tant attendu « Je suis Batman »). Et que dire de ces combats qui se soustraient aux lois physiques les plus élémentaires au profit d’un dynamisme irréel et se privent par conséquent de l’implication des spectateurs, insensibles face à ces doubles numériques qui essaient de se faire passer pour des acteurs en chair et en os ? La suspension d’incrédulité en prend un sacré coup. Comment s’intéresser à des personnages qui ne ressemblent qu’à des animatiques de jeu vidéo sans âme ? On ne cherche d’ailleurs jamais à nous faire croire aux motivations des protagonistes. Le revirement soudain de Bruce Wayne, par exemple, n’a aucune crédibilité. Ce vieil homme aigri, aux allures de Jeff Bridges dans The Big Lebowski, redevient brusquement le fringuant héros imberbe et ténébreux, prêt à exhiber tout son bat-arsenal pour le plus grand plaisir de tous alors qu’il se comportait quelques minutes plus tôt comme un clochard ayant transformé son manoir en dépotoir. La demi-mesure n’est manifestement pas à l’ordre du jour.

Flash-Back

Le problème du multiverse lui-même, déjà mis à jour dans le Marvel Cinematic Universe, est l’absence de conséquence des actes de chacun. Quelqu’un a fait un mauvais choix ? Un personnage vient de mourir ? La planète est condamnée ? Peu importe, il suffit de taper à la porte du monde parallèle le plus proche pour régler le problème. Les scénaristes ont trouvé la solution à tous leurs soucis. Mais les spectateurs, eux, se retrouvent dans un monde où plus rien n’est tangible, ni visuellement ni narrativement. Quant au grand final, pensé visiblement comme un bel hommage au déploiement de l’univers DC sur tous les médias depuis les années 1930 jusqu’à nos jours, il prend hélas les allures d’un gloubi-boulga numérique d’une laideur impensable. On ne peut certes pas reprocher au film son manque de générosité ni la richesse de ses rebondissements qui empêchent tout ennui. Mais une écriture rigoureuse, des personnages crédibles et une vraie vision de cinéaste manquent cruellement à l’appel. Voilà pourquoi les Superman de Donner et les Batman de Burton resteront encore longtemps dans les mémoires quand tout le monde aura sans doute oublié depuis longtemps ce Flash sans queue ni tête.

 

© Gilles Penso

 

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RIDING THE BULLET (2004)

Le réalisateur Mick Garris s’empare d’une nouvelle de Stephen King pour se la réapproprier totalement et la muer en histoire de fantômes obsédante…

RIDING THE BULLET

 

2004 – USA

 

Réalisé par Mick Garris

 

Avec Jonathan Jackson, David Arquette, Cliff Robertson, Barbara Hershey, Erika Christensen, Barry Levy, Nicky Katt, Jackson Harris

 

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Lorsqu’il découvre la nouvelle « Un Tour sur le Bolid’ » de Stephen King, Mick Garris tombe sous le charme. Le cinéaste demande alors à l’écrivain l’autorisation d’adapter la nouvelle, ce que King accepte sans détour en souvenir de leurs nombreuses collaborations fructueuses. Conscient que le matériau initial (à peine trente pages) est insuffisant pour un long-métrage, le réalisateur du Fléau et de La Nuit déchirée s’en sert de point de départ pour développer un récit personnel et y adjoindre ses propres souvenirs. « Cette nouvelle de King à propos du choix entre la vie et la mort m’a beaucoup touché », explique Garris. « Je l’ai située en 1969, l’année où j’ai terminé mes études secondaires. J’ai perdu un frère et mon père a souffert d’une maladie qui lui a été fatale. J’écris et je filme des histoires d’horreur depuis longtemps, mais être personnellement confronté à la mort a eu un énorme impact sur moi. » (1) La nostalgie s’installe dès le générique de début, qui égrène des extraits de films super 8 sur la chanson « Time of the Seasons » des Zombies. L’étudiant Alan Parker (Jonathan Jackson), obsédé par d’incessantes idées noires, manque de se suicider le jour de son anniversaire. Mais alors qu’il est dans sa baignoire, une lame de rasoir à la main, un homme hideux dans une tenue noire lui dit « tranche ! », tout comme les visages féminins dessinés sur les murs. Il n’en faut pas plus pour le stopper dans son élan.

Alan est en effet en proie à des hallucinations contaminant sa réalité. Il voit régulièrement un double de lui-même qui lui parle et lui donne son avis sur la situation. Il imagine aussi des scènes qui se mêlent à des souvenirs réels. Pour retrouver sa mère (Barbara Hershey), victime d’une crise cardiaque et hospitalisée, il fait de l’auto-stop en pleine nuit et croise sur la route plusieurs personnes saugrenues : un vieil homme qui croit voir sa femme décédée, deux fous furieux qui le coursent avec un fusil, un chien sauvage qui l’attaque… Indépendamment, chacune de ces saynètes fonctionne, mais elles sont juxtaposées artificiellement sans faire avancer l’intrigue. De fait, le voyage initiatique attendu se mue en une sorte de train fantôme un peu vain. Après toutes ces digressions, le scénario reprend le fil de la nouvelle lorsqu’à la sortie d’un cimetière qu’il visite furtivement au milieu de la nuit, Alan est embarqué par un automobiliste (David Arquette) au volant d’une Plymouth Fury (la même que celle de Christine). L’homme s’appelle George Staub. Or son nom était sur l’une des pierres tombales du cimetière.

Le jeune homme et la mort

Staub ravive dans la mémoire d’Alan le souvenir du Bolid, un rollercoaster de parc d’attractions qu’il refusa de prendre avec sa mère lorsqu’il était adolescent, de peur que la mort le fauche au passage. Aujourd’hui, le chauffeur d’outre-tombe lui lance un ultimatum. Alan ou sa mère doit monter sur le Bolid et mourir. Est-il prêt à se sacrifier pour la sauver ? Au-delà de ses nombreux ajouts scénaristiques, Mick Garris appose sa patte partout sur le film, laissant sa caméra voltiger autour des personnages avec virtuosité (même si ces mouvements ont des vertus plus esthétiques que narratives) et faisant apparaître sur la route un corbeau qui semble échappé du Fléau. Il joue lui-même le petit rôle d’un médecin. Riding the Bullet est un film maladroit et erratique, mais empreint de sincérité et d’une tristesse authentique. Sorti en catimini au cinéma aux États-Unis, il est distribué en DVD un peu partout ailleurs et ne rencontre qu’un succès très limité, ce qui n’empêche pas Mick Garris d’être fier de ce film, sans le doute le plus personnel de sa carrière. « Je n’ai pas eu beaucoup de compromis à faire sur ce film car c’était un très petit budget », se souvient le réalisateur. « Il n’a pas vraiment rencontré le grand public, mais je reçois encore des messages de gens qui ont été touchés par lui après avoir récemment perdu un proche. Ça signifie beaucoup pour moi. » (2)

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2017

© Gilles Penso


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