DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE (1955)

Après avoir rencontré à peu près tous les monstres du studio Universal, le duo comique Abbott et Costello atterrit en Égypte…

ABBOTT AND COSTELLO MEET THE MUMMY

 

1955 – USA

 

Réalisé par Charles Lamont

 

Avec Bud Abbott, Lou Costello, Eddie Parker, Marie Windsor, Mel Welles, Michael Ansara, Richard Deacon

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

En dix ans de carrière, le duo comique Abbott et Costello rencontra le monstre de Frankenstein, le loup-garou, Dracula, l’homme invisible, Docteur Jekyll et Mister Hyde et même des Martiens. Pour leur dernière aventure, ils se frottent donc à une momie, le temps d’une parodie franchement poussive. Échoués dans un cabaret égyptien et engoncés dans de fort peu seyantes tenues coloniales, les deux nigauds entendent la conversation d’une table voisine. Le docteur Gustav Zoomer (Kurt Katch), un archéologue renommé, entend bien ramener à la civilisation la momie Klaris qu’il vient de découvrir. Abbott et Costello souhaitent proposer leurs services pour escorter la précieuse relique, mais Zoomer est éliminé par une secte d’adorateurs de Klaris qui comptent la ramener à la vie. Pour parvenir à leurs fins, il ne leur manque plus qu’un médaillon sacré qui échoue entre les mains du maladroit duo. Tous deux sont donc à la fois pris en chasse par les fidèles de Klaris, mais aussi par une bande rivale dirigée par Madame Rontru (Marie Windsor, héroïne de l’inénarrable Cat Women on the Moon), qui cherche à mettre la main sur le légendaire trésor de la momie.

À ce scénario très modérément palpitant viennent hélas se greffer des gags ratés qui ont le malheur de traîner en longueur. Que ce soient le jeu de mot sur « mummy » et « momie », l’interminable échange verbal à propos d’une pelle et d’une pioche, les multiples apparitions et disparitions du corps de Zoomer ou la manière dont les deux nigauds tentent de se repasser le médaillon censé porter malheur, tout ça tombe à plat et s’avère franchement embarrassant. Mais le sort le plus triste est celui réservé à la momie elle-même. Interprétée par le cascadeur Eddie Parker, qui endossa déjà la défroque de Mister Hyde dans une précédente aventure d’Abbott et Costello, elle est affublée d’un costume et d’un maquillage grossiers, œuvre d’un Bud Westmore que l’on connut bien plus inspiré (avec L’Étrange créature du lac noir notamment). Quant à son rôle, il se limite à quelques surgissements apathiques hors de son sarcophage, une poignée de grognements et deux ou trois déambulations à pas lents.

Trois momies pour le prix d’une

Pour corser l’affaire, le scénariste John Grant a joué la carte du quiproquo en faisant intervenir deux fausses momies au cours du climax. L’idée aurait pu donner lieu à bon nombre de situations burlesques, mais elle est terriblement sous-exploitée et ne sert finalement qu’à relancer mollement un script anémique. Fidèles à leurs habitudes, Abbott s’énerve, Costello pousse des cris en courant comme un dératé, et le spectateur soupire. Universal a pourtant mis le paquet, ne lésinant ni sur les décors (notamment un vaste temple dédié à Klaris et de nombreuses rues « égyptiennes » animées reconstituées en studio), ni sur les luxueux morceaux musicaux qui scandent régulièrement le récit. Mais Deux nigauds et la momie ne décolle jamais vraiment, et le studio achève là de bien pathétique manière les exploits de l’un de ses monstres les plus légendaires. Il faudra donc attendre que la compagnie anglaise Hammer reprenne à son compte le mythe pour que la momie renaisse de ses cendres avec le panache qu’elle mérite.

 

© Gilles Penso


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L’HOMME QUI TROMPAIT LA MORT (1959)

Un médecin a découvert la formule de l’immortalité… Mais ce secret nécessite le sacrifice de nombreuses vies

THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH

 

1959 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Anton Diffring, Hazel Court, Christopher Lee, Arnold Marié, Delphi Lawrence, Francis De Wolff, Ronald Adam, Marie Burke

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Après une série de films d’épouvante aux succès planétaires (Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des pharaons, Le Chien des Baskerville), Christopher Lee poursuivit activement sa collaboration avec le studio Hammer et le réalisateur Terence Fisher à l’occasion de L’Homme qui trompait la mort et cède cette fois le premier rôle à Anton Diffring, lequel tient ici un rôle prévu initialement pour Peter Cushing. Remake du Sérum de longue vie de Ralph Murphy qui adaptait déjà une pièce de théâtre de Barre Lyndon, le film est écrit par le très prolifique scénariste Jimmy Sangster. Nous sommes à Paris, en 1890. Dans un parc Monceau aussi brumeux que le Whitechapel londonien, un passant est agressé par un mystérieux individu équipé d’une trousse de médecin, façon Jack l’éventreur. Après ce prologue intriguant, nous prenons connaissance des principaux protagonistes du drame : le chirurgien réputé Georges Bonnet (Diffring) qui pratique la sculpture avec beaucoup de talent, son confère le docteur Pierre Gerrard (Lee), qui n’éprouve pas énormément de sympathie à son égard, et la belle Janine Dubois (Hazel Court) dont sont épris les deux hommes.

Excellent remplaçant du grand Cushing, avec lequel il partage le charisme, l’élégance et un profil de rapace, Diffring campe un personnage complexe. Car sous ses allures de dandy trentenaire, le médecin qu’il incarne cache bien son jeu. En effet, le soir venu, après avoir congédié tout le monde, le respectable chirurgien subit une étrange mutation. Ses yeux s’exorbitent et changent de couleur, des rides se creusent sur son visage, son faciès s’altère… Lorsque sa fiancée Margo Philippe (Delphi Lawrence) le surprend, il la tue sans scrupule. Ce n’est qu’en absorbant une potion secrète que ce Mister Hyde d’un nouveau genre redevient normal. Son secret nous est révélé en partie par le titre du film : avec l’aide du vieux professeur Ludwig Weiss (Arnold Marlé), il a en effet trouvé la formule de l’immortalité. Mais Ludwig craint que la motivation première de cette découverte ne se soit dissipée. « Pour l’humanité », clame-t-il, « pas pour vous ou pour moi, mais pour l’espoir d’un monde nouveau ».

« Pour l’humanité »

Aujourd’hui, Bonnet a 104 ans, mais sa formule de jouvence nécessite l’absorption régulière d’une substance chimique et le prélèvement tous les dix ans d’une glande sur une victime vivante. D’où les meurtres qui frappent son entourage, et sur lesquels enquête un policier interprété par Francis de Wolff (déjà vu dans Corridors of Blood et Le Chien des Baskerville). Christopher Lee campe ici son rôle habituel d’antagoniste, si ce n’est que cette fois ci il s’oppose aux forces du mal. Il est la voix de la raison, ce que confirment des allures bien moins menaçantes qu’à l’accoutumée. La moustache fine, le cheveu gominé, le costume impeccable, il s’offusque face aux expériences contre-nature de Bonnet et tente de l’empêcher de nuire. Le final nous offre le spectacle d’une métamorphose peu ragoûtante (la qualité toute relative du maquillage de Roy Ashton étant atténuée par l’efficacité de la mise en scène de Fisher) avant le traditionnel incendie ravageur et purificateur.

 

© Gilles Penso


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LA CHAUVE-SOURIS DU DIABLE (1940)

Bela Lugosi campe un savant fou assoiffé de vengeance qui fait muter une chauve-souris pour la transformer en monstre sanguinaire…

THE DEVIL BAT

 

1940 – USA

 

Réalisé par Jean Yarbrough

 

Avec Bela Lugosi, Suzanne Kaaren, Dave O’Brien, Guy Usher, Yolande Donlan, Donald Kerr, Edmund Mortimer, Gene O’Donnell

 

THEMA MAMMIFÈRES

Avec le panache et le manque de mesure qui le caractérise, Bela Lugosi incarne ici le docteur Carruthers, un médecin et chercheur très apprécié dans la petite bourgade de Heathville où il a installé son laboratoire. Il faut dire que la riche famille Heath, qui possède à peu près tout dans les environs, lui doit sa fortune, grâce aux nombreux produits cosmétiques qu’il a conçus pour leur vaste entreprise. Mais dans l’ombre gothique d’une pièce secrète aménagée dans son château, Carruthers fomente une vengeance terrible… et parfaitement improbable. Jaloux de ne pas bénéficier de la fortune qu’il a apportée aux Heath, il décide en effet de les décimer l’un après l’autre grâce à un procédé pour le moins saugrenu. Il élève dans ce but une chauve-souris, la fait quadrupler de volume par un procédé électrico-glandulaire abscons de son invention, puis l’excite avec un parfum tibétain qui éveille en elle des envies de meurtre ! Il ne lui reste plus qu’à asperger le cou de ses futures victimes avec le parfum en question – prétextant l’invention d’un nouvel après-rasage – et à lâcher dans les cieux son chéroptère géant assoiffé de sang ! Une petite romance routinière et quelques touches d’humour évasives viennent égayer cet improbable scénario, par l’entremise de deux journalistes de Chicago venus mener l’enquête.

Le film de Jean Yarbrough rattrape les balourdises de son script par la présence toujours hypnotisante de Lugosi et par la chauve-souris géante qui, malgré les trucages sommaires lui donnant vie, nous donne droit à quelques séquences d’attaques nocturnes plutôt efficaces (il s’agit d’un volatile en caoutchouc pour les plans larges et d’un vrai rongeur pour les gros plans, affublé d’une espèce de cri de singe du plus curieux effet). Le budget mis à la disposition du cinéaste étant visiblement rachitique, les personnages dialoguent beaucoup et se déplacent dans un nombre très limité de décors – le jardin et le salon des Heath, le labo de Carruthers, la chambre d’hôtel des journalistes – ce qui n’empêche pas le film de multiplier à loisir les rebondissements scénaristiques. Quant aux réactions des protagonistes, elles manquent singulièrement de crédibilité, la famille Heath gérant le deuil avec un détachement qui laisse rêveur.

Un succès inespéré

Œuvrette minime et facultative, La Chauve-souris du diable n’est pourtant pas loin d’avoir atteint un statut d’objet de culte grâce à une poignée de scènes et de dialogues très drôles au second degré. Voir Lugosi parler tendrement à sa chauve-souris vampire en lui susurrant avec émotion tous les détails de son plan diabolique ne manque effectivement pas de sel ! Ce fut en tout cas un succès inespéré pour le petit studio PRC (Producers Releasing Corporation), anciennement PDC (Producers Distributing Corporation), qui s’essayait là pour la première fois au film d’horreur. Six ans plus tard, après que les canons de la seconde guerre mondiale eurent cessé de gronder, la compagnie tenta en vain de reproduire le « miracle » avec Le Trésor des Aztèques, réutilisant à peu près le même scénario, et avec Devil Bat’s Daughter, prenant les allures trompeuses d’une séquelle de La Chauve-souris vampire.

 

© Gilles Penso


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LE DÉBUT DE LA FIN (1957)

Peter Graves, futur héros de la série Mission impossible, lutte contre des sauterelles géantes mutantes qui attaquent la population…

BEGINNING OF THE END

 

1957 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Peter Graves, Peggie Castle, Thomas B. Henry, Morris Ankrum, Than Wyenn, Richard Benedict, James Seay

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Second long-métrage de Bert I. Gordon, Le Début de la fin s’ouvre sur un couple s’embrassant dans une voiture en pleine campagne, jusqu’à ce qu’une chose terrifiante ne fasse hurler la demoiselle. La carcasse broyée du véhicule est bientôt retrouvée par la police, sans la moindre trace du couple. Ce n’est que le prélude d’une catastrophe colossale. Car en l’espace d’une nuit, la petite ville de Ludlow a été entièrement détruite et ses cent cinquante habitants ont disparu inexplicablement. La pimpante journaliste new-yorkaise Audrey Ames (Peggy Castle) décide alors de mener l’enquête. Ses investigations la mènent jusqu’au docteur Ed Wainwright, incarné par le charismatique Peter Graves. Alors âgé de trente et un an, le futur héros de Mission impossible avait déjà joué dans près d’une quarantaine de films et de séries télévisées, affrontant même à l’occasion quelques monstres comme dans Les Tueurs de l’espace ou It Conquered the World.

Ici, le voilà reconverti en scientifique œuvrant pour le ministère de l’agriculture. Ses expériences portent sur l’effet des radiations sur la photosynthèse des plantes. Il obtient ainsi des fruits et légumes géants qui pourraient régler, à terme, les problèmes de la faim dans le monde. Mais lorsque les responsables de la destruction de Ludlow, des sauterelles gigantesques, font bientôt leur apparition, le blond savant se rend à l’évidence : les insectes ont mangé ses fruits radioactifs et ont muté. Voraces, monstrueux, ils semblent indestructibles et s’apprêtent maintenant à envahir Chicago. Ed déclare alors à Audrey : « nous sommes peut-être les témoins du début d’une nouvelle ère qui annonce l’annihilation de l’être humain ». Malgré la maladresse des incrustations et les liserés tremblants qui entourent les insectes, la dynamique des plans composites est souvent très efficace et les effets sonores stressants à souhait. Lorsqu’il veut se montrer épique, le cinéaste mélange des stock shots de l’armée, des images d’archives de foule qui court dans les rues, des insectes pâlichons rétroprojetés derrière les comédiens et des explosions en tout genre.

Quand les acteurs se mangent entre eux !

Les plans les plus surprenants sont finalement ceux où les sauterelles sont filmées au milieu de photos de la ville. C’est là où l’illusion fonctionne le mieux, notamment lorsqu’on les voit escalader des façades d’immeubles. Le problème, c’est que ces monstres ne représentent jamais la moindre menace aux yeux des spectateurs. Ils ressemblent simplement à ce qu’ils sont : de vraies sauterelles agrandies maladroitement à l’écran par tous les moyens imaginables. Deux cents spécimens furent employés à cet effet, mais Gordon découvrit avec effroi qu’ils se dévoraient entre eux et fut contraint d’achever son tournage avec une petite douzaine de sauterelles seulement ! Le film s’achemine tranquillement vers la destruction de ces aberrations de la nature, grâce à une astuce trouvée par un Peter Graves déjà féru de missions impossibles, tandis que la journaliste, qu’on avait un peu hâtivement considérée comme l’héroïne dynamique de ce récit, est bien rapidement reléguée au rang de potiche poussant des hurlements et se réfugiant dans les bras du valeureux savant.

 

© Gilles Penso


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LA BOUTIQUE FANTASTIQUE (1994)

Deux extra-terrestres prennent possession d’une animalerie et distribuent d’étranges créatures aux enfants du voisinage…

PET SHOP

 

1994 – USA

 

Réalisé par Hope Perello

 

Avec Terry Kiser, Leigh Ann Orsi, Spencer Vrooman, Joanne Baron, David Wagner, Jane Morris, Jeff Michalski, Shashawnee Hall, Sabrina Wiener, Cody Burger

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Scénariste pour Dan O’Bannon (The Resurrected), Tony Randel (Ticks) ou Brian Yuzna (Necronomicon), Brent Friedman cherche à aborder des univers plus légers au milieu des années 90. Il saisit donc l’opportunité de travailler pour le producteur Charles Band, qui vient de créer le label Moonbeam consacré à des petites séries B fantastiques destinées au jeune public et distribuées directement en vidéo. « J’ai toujours voulu écrire des comédies », raconte Friedman. « Mais comme j’avais travaillé sur de nombreux films d’horreur et de science-fiction, on ne m’en proposait pas. Aussi, lorsqu’on m’a confié une comédie familiale, j’ai sauté sur l’occasion » (1). Parmi les différents projets qu’on lui propose, il se laisse séduire par Pet Shop, une histoire délirante imaginée par l’artiste Peter Von Sholly (déjà à l’origine de la trilogie Prehysteria). Friedman travaille conjointement avec Michael Davis et Mark Goldstein pour donner corps à cette Boutique fantastique prometteuse. La mise en scène est confiée à Hope Perello, qui avait participé à plusieurs des productions de Charles Band en tant que réalisatrice de deuxième équipe (Catacombs, Puppet Master) avant de diriger son premier long-métrage, le peu mémorable Hurlements VI.

La Boutique fantastique s’intéresse à la famille Yeagher, qui quitte à contrecœur Brooklyn pour s’installer dans la petite ville de Cactus Flats, en Arizona. La raison de ce déménagement est le programme de protection des témoins auquel ils sont soumis après avoir aidé à l’arrestation d’un redoutable chef de la pègre de la côte Est. Alors que ses parents et son grand-frère s’efforcent de s’acclimater à ce nouvel environnement, la jeune Dena (Leigh Ann Orsi) se morfond d’ennui et rêve d’un petit chien avec qui elle pourrait jouer. Or une animalerie vient d’ouvrir ses portes à Cactus Flats. Déguisés en cowboys, ses propriétaires sont en réalité un couple d’aliens bizarres qui projettent de kidnapper des enfants terriens pour les transformer en animaux de compagnie sur leur planète. Leur plan – pas très clair – consiste à offrir à leurs futures victimes de mignonnes petites bêtes qui ressemblent à un lapin, une tortue, un lézard et un chien mais qui en réalité sont des créatures extra-terrestres…

Drôles de bêtes

Le bestiaire fantastique de Pet Shop est conçu avec l’aide de marionnettes mécaniques supervisées par Mark Rappaport, déjà à l’œuvre sur Prehysteria. Le film ressemble d’ailleurs à une tentative manifeste de surfer sur le succès en vidéo des petits dinosaures mis en scène par Albert et Charles Band. Les étranges compagnons venus d’ailleurs sont donc un petit dragon sauteur, une sorte de peluche à bec d’oiseau, un dinosaure-tortue bizarre et un chien touffu aux grandes oreilles. Pour sympathiques qu’elles soient, ces créatures ressemblent trop à ce qu’elles sont vraiment : des espèces de jouets mécaniques dont les mouvements sont répétitifs et extrêmement limités. Plusieurs éléments intéressants ponctuent La Boutique fantastique, comme ce duo d’hommes de main stupides missionnés pour liquider la famille Yeager, les excentricités de la mère aux goûts esthétiques très discutables ou la gouaille du père qui a du mal à tenir sa langue. Mais ces idées sont jetées çà et là dans le film, un peu au hasard, sans aboutir nulle part. Le scénario initial débordait pourtant de folie et d’exubérances, mais les contraintes financières et le planning très serré imposés par Charles Band amenuisent considérablement les ambitions du film, au grand dam d’Hope Perello qui ressortira très frustrée de cette expérience. « Il y avait tellement de changements de calendrier et de budget au cours de la préproduction et de la production de ces films qu’il était très difficile d’obtenir de la qualité », avoue Scott Faye, responsable de la création pour Charles Band. « Le scénario de Pet Shop était vraiment bon, bien ficelé et amusant, mais il ne s’est pas du tout concrétisé à l’écran comme nous l’avions imaginé » (2).

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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L’ANTRE DE FRANKENSTEIN (1997)

Le monstre de Frankenstein, des vampires et des loups-garous s’entrecroisent dans ce téléfilm conçu comme un hommage aux Universal Monsters…

HOUSE OF FRANKENSTEIN

 

1997 – USA

 

Réalisé par Peter Werner

 

Avec Adrian Pasdar, Greg Wise, Teri Polo, CCH Pounder, Peter Crombie, Miguel Sandoval, Jorja Fox, Richard Libertini

 

THEMA FRANKENSTEIN I VAMPIRES I LOUPS-GAROUS

Imaginé comme une version moderne de La Maison de Frankenstein d’Erle C. Kenton, ce téléfilm de trois heures, diffusé à l’origine sur NBC pendant un week-end d’Halloween, n’entretient en réalité que peu de rapports avec les classiques d’Universal, si ce n’est qu’il met en scène le monstre de Frankenstein, des vampires et des lycanthropes. « L’Antre de Frankenstein » est le nom d’une boîte de nuit de Los Angeles dirigée par le richissime Crispian Grimes (Greg Wise). Celui-ci est un vampire qui sème la terreur la nuit en accumulant les victimes, au grand dam de la police et notamment du détective Vernon Coyle (Adrian Pasdar, héros de la série Profit) qui mène l’enquête. Les médias ont tôt fait de baptiser ce mystérieux assassin « le prédateur de minuit ». Grimes emploie d’autres vampires, ainsi qu’un loup-garou, et parvient à dénicher le corps du monstre de Frankenstein, conservé intact dans un bloc de glace. Ranimé, le monstre s’enfuit et se met à errer sans but dans la ville. Interprété avec subtilité par Peter Crombie, celui-ci s’assimile alors à un sans-abri anonyme, que les passants ne s’étonnent pas outre mesure de croiser dans les rues malgré son visage couturé de cicatrices et au front orné de plots métalliques.

Le scénario s’amuse alors à cligner de l’œil vers deux scènes mythiques de Frankenstein et de La Fiancée de Frankenstein : la rencontre avec le vieil aveugle, et celle avec la petite fille. Cette vision pathétique de la créature est intéressante, même si elle se prive de tout le potentiel horrifique inhérent habituellement au personnage. Crispian Grimes, lui, se transforme régulièrement en créature ailée mi-homme mi-chauve-souris, via un maquillage efficace créé par Greg Cannom, qui se contente ici de reproduire quasiment à l’identique celui qu’il avait conçu pour le Dracula de Francis Coppola. Quant au loup-garou, il est abattu d’une balle d’argent, mais a le temps de contaminer la belle Grace Dawkins (Teri Polo) dont va s’éprendre le détective Coyle.

Métamorphoses à répétition

Au détour du casting, on découvre quelques futurs visages familiers du petit écran, notamment CCH Pounder (The Shield) en éminente anthropologiste aux connaissances encyclopédiques, et Jorja Fox (Les Experts) en colocataire de la blonde héroïne. Les métamorphoses des monstres, nombreuses, assurent le service minimum, c’est-à-dire de simples morphings à répétition. Quant à la vision nocturne du vampire Grimes, elle est reconstituée par un hideux effet vidéo dénaturant toutes les couleurs. Compositeur de la musique feutrée de Bound, Don Davis signe là une partition flamboyante, entremêlant l’orchestre symphonique et les chœurs avec une emphase qu’on aurait aimé retrouver dans le film lui-même. Or si les allusions aux « monster movies » d’Universal sont nombreuses, cette Antre de Frankenstein dissimulant mal ses moyens de téléfilm est surtout articulée autour d’une enquête policière au rythme un peu lent. D’autant que la mise en scène de Peter Werner manque singulièrement de panache, d’esthétisme et de folie pour succéder aux œuvres mythiques de James Whale et Erle C. Kenton. Dommage, car l’initiative était plutôt réjouissante.

 

© Gilles Penso


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POLTERGAY (2006)

Clovis Cornillac et Julie Depardieu incarnent un couple dont la maison est hantée par les fantômes des habitués d’une ancienne boîte de nuit gay…

POLTERGAY

 

2006 – FRANCE

 

Réalisé par Eric Lavaine

 

Avec Clovis Cornillac, Julie Depardieu, Michel Duchaussoy, Lionel Abelanski, Philippe Duquesne, Jean-Michel Lahmi

 

THEMA FANTÔMES

Poltergay est le premier long-métrage d’Eric Lavaine, jusqu’alors spécialisé dans la production de films publicitaires et l’écriture de sketches humoristiques pour la télévision (Le Bébête Show, Nulle part ailleurs, Les Guignols, H). « L’idée de départ vient d’Hector Cabello Reyes, qui m’a dit un jour : “j’ai pensé à un court-métrage qui s’appellerait Poltergay et qui raconterait l’histoire d’une maison hantée par des fantômes homosexuels“ », se souvient-il. « Le concept et le jeu de mot étaient tellement drôles qu’il y avait à mon avis matière à écrire un scénario de long. Nous nous y sommes donc mis, et il nous a quand même fallu deux ans pour arriver à la mouture définitive » (1). Après avoir envisagé dans un premier temps donner la vedette à Stéfano Accorsi et Marion Cotillard, Lavaine dut changer son fusil d’épaule, le premier n’étant pas assez populaire aux yeux des investisseurs et la seconde pas disponible. Ce sont finalement Clovis Cornillac et Julie Depardieu qui tiennent le haut de l’affiche dans le rôle de Marc et Emma.

Nouveaux propriétaires d’une maison inhabitée depuis trente ans, nos tourtereaux ignorent que la cave a jadis abrité une boîte de nuit gay. Or le 29 avril 1979 à deux heures du matin, en pleine fête disco, un incident électrique survenu dans la machine à mousse provoqua une explosion qui ravagea les lieux et tua sur le coup tous les danseurs. Mais cinq corps ne furent jamais retrouvés, et aujourd’hui, ces cinq fantômes fêtards et exubérants viennent hanter les lieux. Il se trouve que seul Marc semble capable de les voir et de les entendre… Certes, le titre et le concept de Poltergay font mouche immédiatement, mais le film allait-il parvenir à exploiter cette excellente idée jusqu’au bout sans ressembler à un sketch anecdotique artificiellement étiré ? Au début, rien n’est moins sûr. L’humour s’avère en effet lourdaud, et la narration elliptique caviardée de fondus au noir est empreinte de maladresses. Fort heureusement, Eric Lavaine finit par trouver sa vitesse de croisière en cours de route.

Le cauchemar du macho

Il faut dire que Cornillac prend son rôle à bras le corps et sait le rendre bien souvent hilarant. « J’adore changer de style de comédie », avoue-t-il. « L’humour de Poltergay n’est pas le même que celui de Brice de Nice ou d’Astérix aux jeux olympiques, par exemple. Ça ne m’amuserait pas de rester en permanence dans le même registre » (2). Ici, on sent une vraie jubilation dans l’incarnation du macho pur et dur découvrant avec horreur que le seul moyen de se débarrasser de ces apparitions spectrales qui mettent en péril son couple consiste à avoir une expérience homosexuelle ! D’où une irrésistible séquence au cours de laquelle il s’oblige à fréquenter un bar homo et à se laisser séduire par un homme. Les fantômes eux-mêmes échappent peu à peu à l’archétype efféminé au look seventies – extrêmement caricatural en début de métrage – pour révéler de vraies personnalités et même émouvoir le spectateur en de furtifs instants. Autre trouvaille : le parapsychologue amateur de fast-food qu’incarne avec une délectation communicative Michel Duchaussoy. Tout ça ne vole pas très haut, certes, mais Poltergay regorge d’idées et de rebondissements qui rendent son visionnage franchement divertissant.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2006

(2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2007

 

© Gilles Penso


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L’ARCHE DE MONSIEUR SERVADAC (1969)

Le cinéaste magicien Karel Zeman adapte librement Jules Verne et transporte ses héros sur une comète où règnent des dinosaures…

NA KOMETA

 

1969 – TCHECOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Karel Zeman

 

Avec Emil Horvath Junior, Magda Casarykova, Frantisek Filipovski, Josef Vetrovec, Cestmir Randa, Jirina Jirakowa

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

L’Arche de Monsieur Servadac marque la fin d’une période pour le réalisateurKarel Zeman. C’est en effet sa dernière histoire tirée d’un roman de Jules Verne (en l’occurrence « Hector Servadac » publié en 1877), et son dernier long-métrage avec des comédiens en chair et en os. Toujours féru de satire sociale et de fantaisie débridée, le cinéaste tchèque situe son film en 1888. Suite à un séisme survenu en Méditerranée occidentale, un morceau de la Terre se détache et s’envole. Cette nouvelle comète entraîne avec elle la garnison française d’une ville d’Afrique du Nord, des nomades arabes, des trafiquants d’armes, une jeune fille kidnappée à l’intention de l’émir, des commerçants, des navigateurs, un trio d’amoureux, le rocher de Gibraltar et ses tenaces Britanniques… Un tel point de départ est évidemment un terrain propice aux effets spéciaux magiques de Zeman qui, fidèle à son habitude, se plaît à marier les techniques.

L’animation image par image est mise à contribution pour une séquence totalement absurde dans laquelle, venue de nulle part, une horde de dinosaures surgit du désert et s’approche du fort où sont réfugiés les militaires. La séquence a sans doute nécessité un travail intensif, car plusieurs dizaines de sauriens traversent l’écran en même temps. Se libérant des contraintes pédagogiques et paléontologiques de son Voyage dans la préhistoire, Karel Zeman se permet bon nombre de libertés sur la morphologie de ses dinosaures, qui manquent singulièrement de réalisme. Mais la scène en question est la plus impressionnante du film, d’autant que le mélange des dinosaures avec les acteurs est impeccable, malgré des proportions parfois un peu évasives. Constatant que les coups de feu n’effraient aucunement les monstres, les militaires se rendent compte que le bruit de la chute de plusieurs casseroles provoque chez eux une réaction de fuite. Voici donc tous nos héros qui jettent littéralement leurs canons, mettent en place un système de rampes à casseroles et parviennent à faire fuir les gigantesques sauriens en provoquant un vacarme épouvantable.

Darwin en folie

Une autre scène évoque beaucoup Voyage dans la préhistoire dans la mesure où le héros, passant en bateau devant une île, aperçoit des reptiles antédiluviens et s’extasie devant les forêts du Carbonifère. Mais là aussi, Karel Zeman ne s’embarrasse plus de rigueur scientifique. Et le cinéaste d’enchaîner sur une séquence burlesque dans laquelle, pour symboliser l’évolution des espèces, il montre un poisson sur pattes qui avance de manière un peu ridicule. Son corps se recouvre de poils, sa mâchoire de crocs, une queue touffue lui pousse, et il se transforme en sanglier bipède, ce qui ouvre l’appétit du cuisinier du bateau précédemment cité. Il faut l’avouer, L’Arche de Monsieur Servadac est moins inventif que des films tels que L’Invention diabolique ou Le Baron de Crac, d’autant que son humour et ses longs dialogues tombent souvent à plat, et que son dénouement use le bon vieux cliché « tout ça n’était qu’un rêve ! ». Mais grâce aux touches de magie dont il s’est fait une spécialité, Karel Zeman parvient tout de même à en faire une œuvre unique et rafraîchissante.

 

© Gilles Penso


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SACRÉ GRAAL (1975)

Les Monty Pythons se lancent dans leur premier long-métrage de fiction, une épopée médiévale fantaisiste et délirante…

MONTY PYTHON AND THE HOLY GRAIL

 

1975 – GB

 

Réalisé par Terry Gilliam et Terry Jones

 

Avec Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Terry Gilliam, Terry Jones, Michael Palin, Connie Booth, Carol Cleveland, Neil Innes, Ben Duffell, John Young

 

THEMA HEROIC FANTASY I DIEU, LES ANGES, LA BIBLE I SORCELLERIE ET MAGIE

Entre la troisième et la quatrième saison de leur show télévisé Monty Python’s Flying Circus, les six trublions qui surent dynamiter la télévision britannique avec leur humour « nonsensique » et leur grain de folie inimitable décident de se lancer dans l’écriture d’un long-métrage. Un premier film leur avait certes déjà été consacré, sous le titre And Now for Something Completely Different (« traduit » en France par La Première folie des Monty Pythons), mais il s’agissait alors d’une compilation de sketches issus des deux premières saisons de leur émission. Cette fois-ci, le groupe vise la fiction. Leur idée : raconter la quête du roi Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde sous un angle burlesque et parodique. Le défi est de taille, d’autant que le budget à leur disposition est très limité (moins de 300 000 livres) et que le duo Terry Gilliam et Terry Jones n’a encore réalisé aucun film. Ce sera donc une expérience d’apprentissage pur s’appuyant sur le même sens comique que celui du Flying Circus : des saynètes isolées reliées l’une à l’autre de manière évasive, des interludes en animation conçus par Gilliam et des digressions joyeusement absurdes. Comme toujours, les Monty Pythons jouent chacun de nombreux rôles, tout comme la majorité des acteurs du film, dont le tournage se déroule majoritairement sur des sites naturels captés en Ecosse.

Dès le générique de début, le délire bat son plein, avec des sous-titres suédois incompréhensibles et des mentions qui n’ont aucun sens. Puis apparaît le roi Arthur (Graham Chapman), trottinant à pied tandis que son écuyer Patsy (Terry Gilliam) imite le bruit des sabots d’un cheval avec deux morceaux de noix de coco. Les Pythons ne nous trompent donc pas sur la marchandise et annoncent très vite la couleur. Ces deux personnages décalés – qui se prennent très au sérieux, ce qui renforce évidement le comique de la situation – parcourent la Grande-Bretagne à la recherche d’hommes pour rejoindre les Chevaliers de la Table Ronde. Bientôt, Sir Bedevere le sage (Terry Jones), Sir Lancelot le brave (John Cleese), Sir Galahad le pur (Michael Palin) et Sir Robin le pas très brave (Eric Idle) se joignent à lui, accompagnés de leurs écuyers et de quelques ménestrels adeptes de chansons embarrassantes. Dieu leur apparaît alors, écartant les nuages pour leur ordonner de partir à la recherche du Saint Graal.

Sacrés gags

Le moyen-âge boueux et misérable décrit dans Sacré Graal s’inspire en partie des films de Pasolini. Cette influence sera réutilisée par Terry Gilliam dans Jabberwocky, qui sent lui aussi la saleté, la misère et la pestilence. Les gags du film partent dans tous les sens et nous ravissent par leur liberté totale. Parfois, ce sont des dialogues délirants à rallonge (le débat autour du poids des alouettes, le paysan syndicalo-anarchiste qui milite pour un gouvernement équitable, la discussion pour déterminer si une femme est une sorcière ou non). D’autres fois, ce sont des effets purement cartoonesques (le parachutage des vaches et des moutons, le chevalier géant à trois têtes). Sans compter les écarts sanglants (le chevalier noir découpé en morceaux qui continue à se battre), les numéros musicaux (la chanson de Camelot, la ritournelle de Robin), les séquences en animation découpée (Dieu qui s’adresse aux chevaliers, la « bête noire » dans la caverne), les intermèdes anachroniques (la mort de l’historien « célèbre » et les gendarmes qui enquêtent) ou les gags qui n’ont absolument aucun sens (les chevaliers qui disent « Ni »). Sacré Graal ne se fixe donc ni règle, ni limite, surprenant sans cesse ses spectateurs qui se demandent bien où ce délire va les mener. Pour un coup d’essai c’est un coup de maître. Il n’était pourtant pas simple d’adapter au format d’un long-métrage l’humour si particulier des Monty Pythons, fait de situations absurdes, de ruptures inattendues, de décalage permanent et de « cadavres exquis » surréalistes. Le groupe enchaînera avec La Vie de Brian et Le Sens de la vie avant que Terry Gilliam se lance avec succès dans une carrière solo – sans jamais complètement oublier l’esprit « Python » de ses débuts.

 

© Gilles Penso

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LE CHÂTEAU DES MORTS-VIVANTS (1964)

Christopher Lee incarne un comte sinistre obsédé à l’idée de pratiquer sa passion de la taxidermie sur des spécimens humains…

IL CASTELLO DEI MORTI VIVI

 

1964 – ITALIE

 

Réalisé par Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini

 

Avec Christopher Lee, Gaia Germani, Philippe Leroy, Mirko Valentin, Donald Sutherland, Renato Terra, Antonio de Martino

 

THEMA SUPER-VILAINS

Produit avec des capitaux franco-italiens par Paul Maslansky, le futur initiateur de la saga Police Academy, Le Château des morts-vivants porte un titre mensonger, car aucun cadavre ambulant n’y traîne la patte, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les attraits aux yeux des fantasticophiles. Nous sommes dans l’Europe du début du 19ème siècle, au lendemain des guerres napoléoniennes. Une troupe d’artistes ambulants est invitée par le comte Drago (Christopher Lee) pour venir donner un spectacle privé. Dans le vaste château de leur hôte, les saltimbanques découvrent une multitude d’animaux empaillés. Le teint livide, les yeux cernés, le menton grignoté par un petit bouc, Drago leur fait part de sa passion pour la taxidermie : « ce que je cherche, c’est la suspension de la vie, le figeage de l’éternité ». L’aristocrate a en effet découvert une substance naturelle qui, lorsqu’elle est ingérée par un animal ou injecté sous son épiderme, le pétrifie totalement. Les artistes découvrent hélas que ces expériences d’embaumement ne se limitent pas aux animaux, Drago s’érigeant alors en psychopathe illuminé, sorte de variante taxidermiste de L’Homme au masque de cire.

Aux côtés de Christopher Lee et du couple vedette saupoudrant l’intrigue d’un soupçon de romance (le français Philippe Leroy-Beaulieu et l’italienne Gaia Germani), plusieurs personnages singuliers ponctuent le film de leur insolite présence, notamment Mirko Valentin sous la défroque d’un assistant disgracieux et ricanant et surtout un tout jeune Donald Sutherland dans un double rôle étonnant : un sergent pleutre et incompétent ainsi qu’une vieille femme excentrique aux allures de sorcière ! Le film bénéficie d’extraordinaires décors naturels à l’indéniable photogénie, notamment le château de Bracciano (qui accueillit également les tournages de Maciste en enfer et Chair pour Frankenstein) et le jardin de Bomarzo, hérissé de gigantesques statues aux allures d’animaux fantasques et de démons grimaçants.

Visions gothiques

Ces lieux sont magnifiés par les éclairages du chef opérateur Aldo Tonti, qui œuvra sous la direction de grands maestros tels que Rosselini, Visconti ou Fellini. L’ombre du gibet de théâtre qui se projette sinistrement sur les murs du château, l’ancienne bien-aimée du comte pétrifiée dans un lit abandonné aux toiles d’araignées, la silhouette monstrueuse de Hans massacrant un malheureux à coups de faux font partie des visions d’épouvante marquante ponctuant régulièrement ce long-métrage étonnant. Certes, la quête minutieuse d’une atmosphère horrifique cède largement le pas à la rigueur du scénario, comme souvent dans le cas des films gothiques produits en Italie dans les années 60, mais Le Château des morts-vivants s’en tire avec les honneurs, malgré une paternité difficile à déterminer précisément. Au générique, la réalisation est en effet signée Herbert Wise et Warren Kiefer (pseudonymes respectifs de Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini), mais il semblerait que le scénariste Michael Reeves (futur réalisateur de La Créature invisible et du Grand inquisiteur) soit venu prêter main-forte au duo pour peaufiner cette œuvrette finalement très recommandable.

 

© Gilles Penso


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