PHOBIA (1980)

L’immense John Huston dirige la star de Starsky et Hutch dans ce thriller horrifique et psychanalytique où s’enchaînent les morts violentes…

PHOBIA

 

1980 – CANADA

 

Réalisé par John Huston

 

Avec Paul Michael Glaser, John Colicos, Susan Hogan, David Bolt, Patricia Collins, David Eisner, Lisa Langlois, Alexandra Stewart, Robert O’Ree, Neil Vipond

 

THEMA TUEURS

Phobia est une production canadienne combinant un nombre impressionnant de talents. L’histoire est l’œuvre de Ronald Shusett et Gary Sherman (le duo responsable de Réincarnations). Le scénario est co-signé Peter Bellwood (Highlander), Lew Lehman (Killers of the Wild) et le vétéran des productions Hammer Jimmy Sangster (Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula). D’autres plumes ont officieusement participé à l’écriture, notamment Dan O’Bannon (Alien) et Gladys Hill (L’homme qui voulut être roi). Quant au réalisateur embauché pour donner corps à cette histoire, c’est tout simplement un géant : John Huston en personne, l’homme qui dirigea Le Faucon maltais, Le Trésor de la Sierra Madre, Quand la ville dort, Moby Dick, Les Désaxés, Reflets dans un œil d’or et tant d’autres classiques impérissables. Lorsqu’on découvre le résultat, on ne peut que déchanter. Non que Phobia soit honteux, mais le film n’est largement pas à la hauteur des artistes cités ci-dessus, ce qui laisse imaginer que leurs participations respectives ne se sont pas additionnées mais plutôt substituées les unes aux autres, chacun essayant de corriger les faiblesses du script sans vraiment y parvenir. Quant à Huston, il est de toute évidence ici en fin de carrière. Et si sa filmographie nous réservera encore quelques perles (À nous la victoire, L’honneur des Prizzi), il nous est difficile d’appréhender Phobia autrement que comme un job alimentaire.

Bravant l’opposition de ses proches et du conseil d’administration de l’hôpital où il travaille, le docteur Peter Ross (Paul Michael Glaser), un jeune psychiatre aux méthodes très controversées, entreprend une expérience avant-gardiste pour tenter de comprendre et de faire admettre le comportement de cinq criminels qui sont tous victimes d’une peur très singulière. L’une (Alexandra Stewart) est agoraphobe, l’autre (Robert O’Ree) craint les serpents, le troisième (David Bolt) a le vertige, le quatrième (David Eisner) est claustrophobe, la dernière (Lisa Langlois) a peur du contact des hommes. Ross parvient à les extraire du système pénitentiaire pour les soumettre à un traitement d’un genre très spécial. Sa méthode : les assoir dans une salle sombre et leur projeter des images violentes directement liées à leurs phobies. Chutes dans le vide, attaques de serpent, viols collectifs et autres joyeusetés s’exposent ainsi sur les écrans face aux patients hurlants. Alors que tout le staff médical et la police s’interrogent légitimement sur l’efficacité d’un tel traitement, les cobayes du docteur Ross commencent à mourir l’un après l’autre de manière très violente…

L’antre de la phobie

Phobia est avant tout traité comme un thriller psychologique doublé d’un film policier, l’enquête liée aux meurtres des patients du docteur Ross se resserrant autour de l’entourage du médecin. Ce n’est qu’au cours de son troisième acte que le film adopte plus frontalement la mécanique du slasher et presque du giallo (le tueur ganté qui se faufile partout, les morts spectaculaires). Au cœur de cette intrigue à rebondissements, Paul Michael Glaser fait preuve d’un charisme impeccable, sans tout-à-fait nous faire oublier le personnage de David Starsky qui l’a rendu célèbre et dont il reprend certaines mimiques (et même certains codes vestimentaires). La mise en scène de John Huston, elle, reste très fonctionnelle, pour ne pas dire télévisuelle. L’immense cinéaste qui avait su aborder la psychanalyse avec tant de finesse dans Freud passions secrètes semble ici traiter le sujet par-dessus la jambe, peu aidé il est vrai par ce scénario rocambolesque écrit par trop de plumes successives. L’impact du film est également amenuisé par une bande originale de soap opéra très datée et fort peu adaptée à sa tonalité. La critique et le public ne seront pas tendre avec Phobia, qui ne parviendra guère à rembourser son budget de six millions de dollars. Sans doute les « grands noms » présents à son générique laissaient-ils espérer mieux que ce cocktail d’épouvante et d’enquête policière certes distrayant mais tout à fait dispensable.

 

© Gilles Penso


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VANILLA SKY (2001)

Tom Cruise, Penelope Cruz et Cameron Diaz tiennent la vedette de ce remake américain du troublant Ouvre les yeux…

VANILLA SKY

 

2001 – USA

 

Réalisé par Cameron Crowe

 

Avec Tom Cruise, Penelope Cruz, Cameron Diaz, Kurt Russell, Jason Lee, Noah Taylor, Timothy Spall, Tilda Swinton, Michael Shannon, Shalom Harlow

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I RÊVES I MONDES PARALLÈLES ET VIRTUELS

C’est au festival de Sundance que Tom Cruise découvre Ouvre les yeux, le second long-métrage d’Alejandro Amenabar. Totalement sous le charme de cette fable insolite et cauchemardesque, l’acteur/producteur prend une option sur les droits d’un remake. Il rêve en effet de mettre en chantier une version américaine du film et de s’octroyer le premier rôle, tenu en 1997 par Eduardo Noriega. Le réalisateur auquel il pense est Cameron Crowe, qui l’a dirigé en 1996 dans Jerry Maguire et qu’il invite chez lui pour visionner le film d’Amenabar. Crowe accepte aussitôt et inscrit ce remake dans son calendrier juste après la finalisation de Presque célèbre. Pour le réalisateur, réinventer Ouvre les yeux sera un exercice identique à celui d’un groupe de rock qui se réapproprie une chanson pour en proposer une reprise. Au terme de « remake », il préfère d’ailleurs celui de « remix ». Sa volonté de se démarquer de son modèle tout en restant respectueux passe par un changement de titre. En traversant l’Atlantique, Ouvre les yeux devient Vanilla Sky. Cette expression énigmatique est empruntée à une réplique que prononcera Tom Cruise dans le film en décrivant les cieux couleur vanille peints par Claude Monet dans ses tableaux, notamment le fameux « Les Cieux à Argenteuil. » Crowe qualifiera d’ailleurs son film d’impressionniste.

Tom Cruise incarne ici David Aames, propriétaire d’une grande maison d’édition héritée de son père. Alors qu’il joue les playboys à Manhattan, les membres du conseil d’administration (qu’il surnomme « les sept nains ») le regardent d’un air sévère et tiennent le business en place avec fermeté. Après avoir gentiment éconduit sa petite-amie du moment, Julie (Cameron Diaz), David organise une fête pour son anniversaire au cours de laquelle son meilleur ami Brian (Jason Lee) lui présente la pétillante Sofia (Penelope Cruz qui, fait surprenant, reprend le rôle qu’elle tenait dans Ouvre les yeux, assurant du même coup un lien solide entre les deux films). C’est le coup de foudre immédiat, et Vanilla Sky pourrait tranquillement prendre les atours d’une sympathique comédie romantique. Mais ceux qui sont familiers avec le film d’Amenabar savent qu’il n’en est rien. Des flash-forwards troublants commencent à s’immiscer dans le récit, nous montrant David incarcéré, le visage dissimulé derrière un masque, se confiant à un psychiatre compréhensif incarné par Kurt Russell. Bientôt, la tangibilité du récit finit par s’étioler, poussant le spectateur à se demander si ce qu’il voit est réel ou non. De nombreuses répliques du film appuient la théorie d’un songe fiévreux. « Tout n’est qu’un cauchemar » dit ainsi David à son psychiatre. « C’est un rêve ? » lui demande plus tard Sofia. « Réveille-toi ! » lui ordonneront dans d’autres scènes Julie puis son avocat. « Faites-vous la différence entre les rêves et la réalité ? » finira par lui demander le psychiatre.

Quand Cruise croise Cruz

À la mise en scène sobre et élégante d’Amenabar, Cameron Crowe préfère une stylisation sophistiquée qu’on ne peut s’empêcher de trouver moins efficace, saturant sa bande son de chansons pop, surdécoupant son montage pour montrer le trouble du héros (et ce dès le fameux cauchemar du prologue où David s’éveille dans une mégapole déserte), s’attardant sans doute trop sur les visages de ses acteurs pour laisser leur charme opérer à l’écran (le sourire ravageur de Tom, le regard de velours de Penelope). Vanilla Sky nous semble de fait moins spontané et plus « maniéré » que son modèle. En revanche, le maquillage défigurant conçu par Michele Burke est moins spectaculaire que celui de Colin Arthur pour Ouvre les yeux, évitant le côté « freak » difforme. Ce choix est sans doute dicté par la production, désireuse de capitaliser sur la présence de Tom Cruise et de le rendre reconnaissable jusqu’au bout. Une réplique du film prononcée par David crée à ce propos un étrange effet de mise en abîme. « Il ne s’agit pas de vanité », dit-il aux chirurgiens esthétiques qui ne peuvent lui rendre son visage d’avant, « il s’agit de fonctionner dans ce monde : je dois être opérationnel ! » Au cours de son dernier acte, Vanilla Sky révèle enfin sa propre personnalité et la sensibilité singulière de son auteur, réinvestissant l’œuvre d’Amenabar pour la faire sienne tout en restant fidèle à sa narration. Les spectateurs les plus attentifs remarqueront la présence de Steven Spielberg dans le rôle d’un invité de la fête d’anniversaire (Tom Cruise et lui étaient alors en train de préparer Minority Report). Les amateurs de commérages savent quant à eux que ce film marque le point de départ d’une relation torride – mais éphémère, comme souvent à Hollywood – entre Cruise et Cruz, dont la quasi-homonymie avait quelque chose d’étrangement poétique.

© Gilles Penso


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BARBIE (2023)

Margot Robbie et Ryan Gosling entrent dans la peau en plastique de Barbie et Ken dans ce blockbuster acidulé plein de bonnes surprises…

BARBIE

 

2023 – USA / GB

 

Réalisé par Greta Gerwig

 

Avec Margot Robbie, Ryan Gosling, Kate McKinnon, Issa Rae, Alexandra Shipp, Hari Nef, Simu Liu, Kingsley Ben-Adir, Scott Evans, Americana Ferrera

 

THEMA JOUETS

Entre 1955 et 1961, l’Allemagne commercialise la poupée-mannequin Bild-Lilli que repère très vite Ruth Handler, la créatrice de Mattel. Lilli est au départ un personnage de comic-strip à la fois sensuel et humoristique, créée pour le quotidien allemand Bild. En tant que mascotte du journal, la poupée est conçue pour être d’abord vendue à un public adulte, mais son succès grandissant, des enfants se mettent à jouer avec, et Lilli voit sa garde-robe s’enrichir de vêtements en vogue. La première poupée Barbie voit donc le jour en tant que copie quasi conforme de Lilli en 1959, non plus en plastique dur, mais en vinyle, fabriquée au Japon dans un contexte de guerre froide, quelques années avant la crise des missiles de Cuba et le discours du Président Kennedy à Berlin en juin 1963. Mais, contrairement à Lilli (adaptée à l’écran en 1958), il faudra attendre 2023 pour qu’elle bénéficie de son film en live-action. Comme souvent à Hollywood, le projet passe dans de multiples mains. Après plusieurs années d’annonces et rétractations d’équipes pressenties de production, de scénaristes et d’actrices, la Warner finit par offrir une carte blanche à Greta Gerwig. Celle-ci choisit de travailler en tandem sur le scénario avec son compagnon Noah Baumbach, avec qui elle s’était déjà distinguée en 2012 grâce à Frances Ha, fleuron du cinéma indépendant américain.

C’est avec beaucoup d’humour que Greta Gerwig aborde son film, via des clins d’œil qui lui vaudront, c’est un comble, une interdiction aux moins de 13 ans aux Etats-Unis. Preuve s’il en est d’un retour en force d’une morale puritaine exagérée, car avec ces mêmes raisons on serait à même d’interdire aujourd’hui les films de Billy Wilder ou de Lubitsch ! Un juron est effectivement prononcé par Barbie, et c’est bien parce qu’étant mal vu dans la bouche d’une jeune femme qu’elle se l’autorise, comme lorsqu’elle balance une gifle au passant qui lui met la main aux fesses. Le sexe faible doit parfois en arriver là pour ne plus l’être. Car Barbie s’inscrit dans la droite ligne de l’empowerment américain nécessaire à toute femme qui entend lutter pour son droit de compter dans les sphères longtemps réservées exclusivement aux hommes. Au pays de Barbie, tout est parfait pour la plus parfaite des poupées. Et à moins d’avoir une aversion particulière pour Margot Robbie et pour la couleur rose, il n’y a aucune raison de bouder ce film qui est à la fois respectueux du jouet tout en le tournant en dérision.  Comme preuve des égards, s’il en faut, avec lesquels Barbie y est traitée, on y admire le travail sur la reconstitution à l’identique de l’univers appelé « Barbie Land ». Les décors réels reprennent le design des maisons de poupées des années 1960-1970 avec un art du bricolage créatif qui évoque les films de Tim Burton, de Wes Anderson mais aussi de Jacques Tati, dont le Playtime est une des inspirations de la réalisatrice.

Le plastique c’est fantastique !

L’une des surprises du film est Ken qui cherche à s’émanciper et qui jubile en découvrant que dans le monde réel où les hommes ont le pouvoir, il peut gagner en indépendance. Mais au lieu de rejoindre ce monde-là, il préfère faire sa propre révolution au pays des jouets. Tandis que Barbie, elle, va paradoxalement choisir de quitter un monde plus si parfait que ça lorsqu’elle se rend compte qu’elle ne fait pas forcément le bonheur de toutes les petites filles. L’ouverture du film rend hommage à 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick en remplaçant l’énigmatique monolithe noir par une Barbie géante, et les singes par des petites filles. Le ton est donné, le film est destiné à nous amuser tout en finesse avec des références et des influences bien choisies. L’enthousiasme à faire ce film est visible et communicatif. Le talent de Margot Robbie et de Greta Gerwig, mêlé à celui de Ryan Gosling, impeccable dans le rôle de Ken, font de ce film joliment artisanal un blockbuster plein de candeur comme un bonbon acidulé. Comme les films de Jacques Demy à la ligne claire et aux couleurs pastel qui exploraient toujours des sujets graves (mères célibataires, tueur psychopathe, départ à la guerre, grèves ouvrières, inceste, etc.), le rose et le monde plastique de Barbie symbolisent à la fois l’enfance et la joie de vivre sans malice qui se perd en même temps que l’insouciance. Il n’y a pas de retour en arrière et Barbie va de l’avant en laissant Ken derrière elle. Ken qui a su tirer son épingle du jeu et qui nous laisse entrevoir son retour dans un prochain film. À suivre…

 

© Quélou Parente

 

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FINAL CUT (2004)

Dans le futur, les humains portent des implants électroniques qui enregistrent tous leurs souvenirs en prévision de leurs obsèques…

THE FINAL CUT

 

2004 – USA

 

Réalisé par Omar Naïm

 

Avec Robin Williams, Jim Caviezel, Mira Sorvino, Genevieve Buechner, Leanne Adachi, Stephanie Romanov, Thom Bishops

 

THEMA FUTUR I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Aussi étrange que ça puisse paraître, l’idée de la fable de science-fiction futuriste Final Cut est née dans l’esprit du réalisateur d’origine libanaise Omar Naïm alors qu’il était en train de travailler sur son film documentaire Grand Theater : A Tale of Beirut consacré à la guerre civile au Liban. En plein processus de montage, il découvre à quel point l’agencement des séquences, leur rallongement ou leur omission peut radicalement changer le sens de son film. Le témoignage des faits passés – et donc leur souvenir – se révèle ainsi forcément subjectif. Petit à petit, le scénario de Final Cut se formule dans la tête du cinéaste. L’intrigue se situe dans un futur indéterminé où il est désormais de mise de se faire poser l’implant Zoé, une puce électronique qui enregistre les moindres faits et gestes. Lorsque les gens meurent, ces puces sont retirées et les images enregistrées tout au long de leur vie peuvent alors être montées (avec une machine surnommée « la guillotine ») puis diffusées lors de leurs obsèques. Mais un jour, Alan Hakman, l’un des « monteurs » les plus demandés, retrouve pendant l’un de ces montages une image issue de son enfance qui le hante depuis toujours. Cette découverte va l’amener à chercher la vérité sur sa propre histoire…

Dans un premier temps, Omar Naïm voit son personnage principal comme un homme froid et distant ne laissant transparaître aucune émotion. Mais lorsque Robin Williams hérite du rôle, la donne change un peu. Même si l’acteur tient à inscrire cette performance dans la lignée « sombre » de sa filmographie, donc dans la continuité des rôles qu’il tenait dans Photo Obsession et Insomnia, ses penchants naturellement comiques lui permettent de doter Alan Hakman d’une humanité et d’une sensibilité non prévues initialement dans le scénario. La vie pathétique de cet homme solitaire n’en est que plus touchante. Car Hakman ne vit que pour son travail. Étant donné que sa mission consiste à reconstituer les souvenirs de ses semblables (filmés en caméra subjective) en prenant bien soin d’effacer tous les éléments indésirables, il se considère comme les « mangeurs de péchés » des tribus primitives. Les questions éthiques que pose le scénario prennent une tournure nouvelle lorsqu’intervient Fletcher (Jim Caviezel), un ancien « monteur » manifestant désormais contre ces pratiques et souhaitant faire éclater au grand jour les souvenirs peu glorieux de l’avocat pédophile à la tête de la toute puissante compagnie Eye Tech.

Les mangeurs de péchés

Le montage jouant un rôle prépondérant dans le film, Omar Naïm tient à être épaulé par un vétéran de la profession et se tourne donc vers la grande Dede Allen (L’Arnaqueur, Bonnie et Clyde, Little Big Man, Abattoir 5, Serpico, Un après-midi de chien, Breakfast Club, La Famille Addams, quelle carrière !). Pour la bande originale de Final Cut, élément clé de son atmosphère glaciale et tendue, le réalisateur sollicite Brian Tyler qui parvient à doter le film d’une patine sonore très distinctive. Final Cut a donc beaucoup d’atouts, le moindre n’étant pas bien sûr son postulat de science-fiction qu’on imagine très plausible et qui sera entre autres décliné dans la série Black Mirror. Mais l’austérité et la lenteur du film finissent par jouer en sa défaveur. Son impact et la force de son récit s’en trouvent fatalement amenuisés. L’autre problème de Final Cut est le manque de clarté de son message. Le film semble vouloir à la fois nous dire qu’il ne faut pas enregistrer ses souvenirs pour pouvoir se les remémorer naturellement, et en même temps qu’il est important d’être capable de les revisionner pour mieux les comprendre. À ces réserves près, l’exercice demeure fascinant et se place surtout à contre-courant des blockbusters de SF traditionnels. Présenté en compétition dans de nombreux festivals, Final Cut a remporté le prix du scénario à Deauville.

 

© Gilles Penso

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AKUMULATOR 1 (1994)

Dans ce film de science-fiction tchèque débridé, la télévision vide les humains de leur énergie vitale et les oblige à recharger leurs batteries…

AKUMULATOR 1

 

1994 – TCHÉCOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Jan Sveràk

 

Avec Petr Forman, Edita Brychta, Zdenek Sverak, Bolek Polivka, Marian Labuda, Tereza Pergnerova, Jiri Kodet, Marketa Frossolova, Ladislav Smoljak

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Présenté dans un grand nombre de festivals autour du monde au milieu des années 1990, Akumulator 1 était une surprise de taille, d’abord parce que le cinéma fantastique tchèque ne donnait plus signe de vie depuis longtemps, ensuite parce que son sujet fascinant y était traité sur un ton résolument original, et enfin parce qu’il multipliait les audaces visuelles. Akumulator 1 est le deuxième long-métrage de Jan Sveràk, après la comédie dramatique La Communale située à la fin de la seconde guerre mondiale. Le concept de ce film de science-fiction résolument atypique s’appuie sur une idée folle selon laquelle la télévision vide les gens de leur énergie et entraîne leur mort inéluctable s’ils ne rechargent pas leurs batteries ! Interprété par Petr Forman, le protagoniste de ce récit surprenant est Olda, un homme timide et introverti qui s’enferme chez lui après avoir été éconduit par la femme qu’il convoitait, Jitka (Tereza Pergnerova). Désormais totalement léthargique, il s’abrutit devant la télévision pendant une semaine et finit par perdre connaissance.

Lorsque notre héros se réveille à l’hôpital, c’est pour faire la connaissance d’un homme mystérieux, Fišarek (Zdeněk Svěrák), qui parvient miraculeusement à le guérir. Fišarek est familier avec la maladie qui frappe Olda. Tout le problème vient de la télévision. En effet, derrière l’écran cathodique existe un monde parallèle peuplé de copies des humains qui regardent les programmes. Ces doubles drainent la force vitale de leurs homologues habitant le monde réel afin de pouvoir rester en vie. Abasourdi par cette révélation, Olda doit désormais apprendre à puiser son énergie dans toutes les sources naturelles qui l’entourent : les arbres, les peintures, l’exercice physique et même la stimulation sexuelle. Petit à petit, Olda retrouve son énergie vitale et se met à flirter avec Anna (Edita Brychta), la fille d’un vieux patient mort après avoir été lui-même trop exposé à la télévision…

Pas très cathodique

Plaçant la recherche énergétique de l’organisme humain au cœur de son intrigue, le film collectionne les plans étonnants qui n’auraient pas dépareillé dans L’Aventure intérieure : un cœur qui bat en gros plan, une veine dans laquelle se plante l’aiguille d’une seringue, un nerf optique dans lequel circule le liquide lacrymal, une bouche soumise à la roulette d’un dentiste comme dans La Petite boutique des horreurs… Pour donner corps à toutes ces visions microscopiques, le film bénéficie d’effets spéciaux très performants, lesquels sont également déployés pour servir de support à des gags visuels (les sous-titres qui se déplacent avec les personnages), à une imagerie kitsch (l’avion qui flotte dans les nuages) ou à des séquences poétiques (le paysage alpin qui apparaît par couches successives comme dans un livre animé pour enfants). La scène où le héros lutte contre les postes de télévision à coup de télécommande est un des moments forts du film. Akumulator 1 est donc une fable fraîche et joviale dénonçant sans jamais se prendre au sérieux les effets néfastes d’une exposition prolongée à la télévision. Le message n’a rien perdu de sa force aujourd’hui.

 

© Gilles Penso

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L’UNIQUE (1986)

Que se passerait-il si une maison de disques était capable de créer des doubles holographiques de ses chanteurs pour faire plus de profit ?

L’UNIQUE

 

1986 – FRANCE

 

Réalisé par Jérôme Diamant-Berger

 

Avec Julia Migenes, Sami Frey, Charles Denner, Tchéky Karyo, Jezabel Carpi, Thierry Rode, Fabienne Babe, Eric Baudry

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Le scénario de L’Unique développe une idée particulièrement intéressante qui se révélait avant-gardiste au milieu des années 1980 : la possibilité de recréer le double holographique d’une chanteuse pour remplacer l’artiste originale. Nous ne sommes pas loin des thématiques développées dans Looker de Michael Crichton et Simone d’Andrew Niccol. Anticipant même sur les dérives de l’intelligence artificielle, l’histoire co-écrite par Olivier Assayas, Jérôme Diamant-Berger, Jean-Claude Carrière et Jacques Dorfmann envisage la possibilité de rendre cet hologramme intelligent en lui permettant d’apprendre et de raisonner. L’Unique est le premier long-métrage de Jérôme Diamant-Berger, signataire jusqu’alors de courts-métrages documentaires. À cette occasion, il fait concevoir des images de synthèse – encore très rares au cinéma, surtout en France – par la société Sogitec, filiale du groupe Dassault. La supervision de ces effets visuels est confiée à Christian Guillon, qui deviendra l’un des plus grands spécialistes français du genre (son nom est au générique de Jean de Florette, Les 1001 nuits, Microcosmos, La Machine, Un amour de sorcière, Les Rivières pourpres, Le Boulet, Astérix aux jeux olympiques et de dizaines d’autres ambitieuses productions hexagonales).

L’Unique s’intéresse d’abord à Michel (Tcheky Karyo), un pirate informatique qui sévit auprès des maisons de disques à succès. Un jour, alors qu’il prépare un nouveau « mauvais coup », il découvre que son ancienne compagne, devenue une chanteuse célèbre (Julia Migenes), est en train de se faire cloner numériquement. Le savant Colewsky (Sami Frey) vient en effet de mettre au point un procédé innovant permettant de reproduire en trois dimensions l’image des êtres humains. Ces recherches top-secrètes, financées par le producteur Vox (Charles Denner), débouchent sur la création du double virtuel de la chanteuse. Suite aux caprices et à la dépression de la chanteuse réelle, Vox souhaite se passer de ses services et lui substituer son clone holographique pour ses apparitions sur scène ou sur les plateaux télévisés.

Star virtuelle

Toutes ces bonnes idées sont hélas réduites à néant par une mise en scène sans éclat et par une direction d’acteurs laxiste. De fait, les comédiens solides du film (Tchéky Karyo, Charles Denner, Sammy Frey) ne réussissent jamais à convaincre les spectateurs, d’autant qu’ils ont l’air très peu convaincus eux-mêmes. Les scènes d’action (poursuites, affrontements) sont expédiées maladroitement et à toute vitesse, alors qu’on nous inflige en intégralité plusieurs chansons de François Valery (pauvre de nous !) interprétées en studio ou en concert par Julia Miguenez. Un autre problème de taille provient des incohérences qui jalonnent le récit : le père et son fils qui piratent les installations informatiques high-tech de la maison de disques avec un ordinateur bricolé, les personnages qui pénètrent sans souci dans des endroits à priori très surveillés (la compagnie de production, la salle de concert), un hologramme luminescent censé ressembler comme deux gouttes d’eau à la vraie chanteuse, les revirements incompréhensibles de certains personnages… En ce qui concerne les effets spéciaux, il faut reconnaître de jolies trouvailles visuelles, même si les images de synthèse ont inévitablement pris un coup de vieux. Didier Grousset, premier assistant et réalisateur de seconde équipe sur L’Unique, signera la même année Kamikaze, un autre thriller de SF bien plus concluant.

 

© Gilles Penso

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LA MALÉDICTION DES HOMMES CHATS (1944)

Une suite étrange de La Féline dans laquelle l’héroïne du film précédent réapparaît sous forme d’un fantôme…

THE CURSE OF THE CAT PEOPLE

 

1944 – USA

 

Réalisé par Robert Wise et Gunther Von Fritsch

 

Avec Simone Simon, Kent Smith, Jane Randolph, Julia Dean, Ann Carter, Eve March, Elizabeth Russell, Erford Gage, Sir Lancelot

 

THEMA FANTÔMES

Lorsque les dirigeants de la RKO demandèrent au producteur Val Lewton de mettre en chantier une suite à La Féline, qui n’avait pas coûté bien cher et avait remporté un franc succès, l’homme fut quelque peu embarrassé, car son histoire était bel et bien terminée et son héroïne trépassée. Peu soucieux de s’adonner à la redite, Lewton contourna le problème en initiant un film ne conservant que peu d’attaches avec son prédécesseur et abandonnant le sortilège ancestral frappant des êtres mi-humains mi-félins pour se lancer dans une histoire de fantôme en forme de conte pour enfants. Du coup, le titre La Malédiction des hommes chats semble bien peu approprié. Amy Reed (Ann Carter), la fillette d’Olivier Reed et Alice Reed (Kent Smith et Jane Randolph) – qui se mariaient à la fin de La Féline – est une gamine de six ans un peu à part. Elle rêvasse, est lunatique, vit dans un jardin secret et ne se mêle pas aux autres enfants, ce qui inquiète quelque peu Madame Callahan (Eve March), son institutrice. Un jour, Julia Farren (Julia Dean), une vieille et étrange voisine qui vit dans une grande demeure un peu à l’écart et délaisse cruellement sa propre fille, lui fait don d’une bague.

Persuadée qu’elle peut exaucer tous les vœux, Amy demande à cette bague une camarade de jeux. Apparaît alors une jeune femme dont la ressemblance avec Irena, la première femme d’Olivier Reed, est troublante (et à qui la charmante Simon Simon, prête une fois de plus ses traits).  « Je viens du pays des ténèbres et de la paix éternelle » dit-elle à une Amy émerveillée. A partir de ce postulat, le scénariste Dewitt Bodeen construit une histoire gorgée de guimauve et franchement peu palpitante, le principal conflit étant lié au fait qu’Amy est la seule capable de voir Irena et que les adultes pensent qu’elle affabule. S’agit-il d’ailleurs d’un fantôme ou d’une hallucination ? Est-elle bienveillante ou fomente-t-elle quelque plan machiavélique ? Le fossé entre Amy et ses parents ne risque-t-il pas irrémédiablement de se creuser ? La fillette ne court-elle pas le danger de sombrer dans la folie, comme jadis sa défunte mère ?

Guimauve et bons sentiments

Qu’on se rassure, tout finira bien dans le meilleur des mondes, en un happy end dégoulinant de bons sentiments. Étant donné que La Malédiction des hommes chats fut projeté aux soldats américains pour leur remonter le moral pendant les combats, on comprend mieux son côté exagérément gentillet et ses pesantes séquences liées à la soirée de Noël, au sapin, aux cadeaux et aux chants d’allégresse. Tout à fait indigne de la première Féline avec laquelle, on l’aura compris, elle n’entretient que peu de lien, cette co-réalisation de Gunther Von Fritsch (un ancien monteur né en Croatie qui allait se spécialiser dans la série télévisée à partir de 1950) et Robert Wise (futur metteur en scène du Jour où la Terre s’arrêta et La Maison du diable) se suit donc sans déplaisir, mais ne présente qu’un intérêt limité. Il faudra attendre que Jacques Tourneur tourne L’Homme léopard pour que la thématique de la bestialité humaine soit à nouveau traitée frontalement.

 

© Gilles Penso


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BEAU IS AFRAID (2023)

Après Hérédité et Midsommar, Ari Aster plonge Joaquin Phoenix dans un voyage initiatique cauchemardesque…

BEAU IS AFRAID

 

2023 – USA

 

Réalisé par Ari Aster

 

Avec Joaquin Phoenix, Patti LuPone, Amy Ryan, Nathan Lane, Kylie Rogers, Denis Ménochet, Armen Nahapetian, Zoe Lister-Jones, Parker Posey, Julia Antonelli

 

THEMA CONTES I MORT I RÊVES

Avant de redéfinir à sa manière les codes du cinéma d’horreur avec Hérédité et Midsommar, déployant chacun à leur manière une personnalité forte, un style unique et un univers passionnant, Ari Aster était un praticien chevronné du court-métrage. L’un d’entre eux, Beau, réalisé en 2011, racontait pendant sept minutes la mésaventure paranoïaque aux allures de cauchemar éveillé d’un homme (Bill Mayo) coincé chez lui après le vol des clés de son appartement. En 2014, Aster tente de tirer un long-métrage de ce galop d’essai, mais le projet ne se concrétise qu’une décennie plus tard, d’abord sous le titre de Disappointment Blvd puis sous celui de Beau is Afraid. En février 2021, le nom de l’acteur principal est officiellement annoncé : le vil Commode de Gladiator, le clown tragique de Joker, le futur Napoléon de Ridley Scott, autrement dit Joaquin Phoenix. La trame du court-métrage sert de point de départ à Beau is Afraid, qui se développe ensuite sous forme d’une sorte d’odyssée tragi-comique qu’Ari Aster développe sur trois heures de métrage (c’est alors son film le plus long). Le tournage commence en juin 2021 pour une sortie programmée en 2022, mais Aster préfère repousser cette date. Perfectionniste jusqu’à l’obsession, il souhaite en effet soigner le moindre détail et dépenser le moindre centime du budget à sa disposition (35 millions de dollars, ce qui fait de Beau is Afraid la plus onéreuse de toutes les productions A24).

Joaquin Phoenix incarne Beau Wasserman, un homme bardé de névroses et de frayeurs qui a grandi sans son père, élevé par une femme d’affaires à la tête d’un vaste empire financier. Extrêmement introverti, Beau a peur de tout et vit dans un appartement miteux, au cœur d’un quartier gangréné par la violence et la criminalité. Meurtres, agressions, pillages, insultes, exhibitions, trafics en tout genre sont monnaie courante dans sa rue. Du moins telle est sa perception des choses. Car nous ne saurons jamais si les images qu’Ari Aster porte à l’écran sont le reflet fidèle de la réalité ou une vision déformée due à l’anxiété excessive de Beau. Étant donnée la tournure quasi-surréaliste – pour ne pas dire burlesque – de certaines scènes, nous serions naturellement tentés de pencher pour la deuxième option. Toujours est-il que Beau s’apprête à prendre l’avion pour rejoindre sa mère à l’occasion de l’anniversaire de la mort de son père. Mais quelqu’un vole les clefs de son appartement et la porte reste ouverte. Que faire ? À partir de là, le cauchemar commence…

Un beau jour

Beau is Afraid est une expérience cinématographique inclassable, empruntant ses effets au cinéma d’horreur, à la comédie et au conte de fées sans jamais donner de clés (ce qui ne manque pas d’ironie étant donné le point de départ du film) aux spectateurs, incapables de comprendre où ce voyage initiatique absurde et terrifiant les mènera. Par moments, David Lynch nous vient à l’esprit, même si le style d’Ari Aster est bien à part. Le film fait rire, fait peur, fait rêver, met mal à l’aise… et nécessite énormément de patience, non seulement à cause de sa longueur excessive mais aussi parce que son rythme s’étiole et s’étire parfois jusqu’à l’épuisement. Aster joue clairement avec notre seuil de tolérance, ne nous offrant comme pôle d’identification qu’un héros passif, apathique, pleurnichard et geignard qui refuse de prendre sa vie en main. Car Beau se laisse sans cesse porter par le flot des événements, se posant en victime d’une fatalité sur laquelle il ne peut – ou ne veut – avoir aucune prise. La mise en scène d’Aster est comme toujours virtuose, les acteurs se donnent à fond, certains moments de grâce sont irrésistibles (la séquence animée conçue par Cristobal León et Joaquín Cociña), mais tout ceci n’est-il pas un peu vain ? À force d’enchaîner les métaphores et les symboles comme on enfile des perles, le réalisateur nous perd en cours de route, comme s’il nous conviait sans nous prévenir à une sorte d’étrange auto-psychanalyse. Comme on pouvait s’y attendre, Beau is Afraid sera un spectaculaire échec au box-office, malgré un accueil critique plutôt chaleureux.

 

© Gilles Penso

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SPARTATOUILLE (2008)

Après Agent zéro zéro, Scary Movie, Sexy Movie et Big Movie, le duo Friedberg/Seltzer continue sur sa lancée en parodiant le 300 de Zack Snyder…

MEET THE SPARTANS

 

2008 – USA

 

Réalisé par Jason Friedberg et Aaron Seltzer

 

Avec Sean Maguire, Kevin Sorbo, Carmen Electra, Ken Davitian, Diedrich Bader, Travis Van Winkle, Jareb Dauplaise, Nicole Parker, Ike Barinholtz, Hunter Clary

 

THEMA HEROIC FANTASY

Jason Friedberg et Aaron Seltzer sont des petits malins. Visiblement incapables d’écrire des scénarios originaux, ils sont en revanche très inspirés lorsqu’il s’agit de plagier ceux des autres. Pourtant personne ne vient leur réclamer le moindre droit d’auteur ou ne leur cherche des noises du côté des copyrights puisqu’il se drapent à chaque fois derrière la cause humoristique. La parodie excuse visiblement tout, y compris l’imitation servile d’histoires imaginées par d’autres scénaristes. Au lieu de bâtir de toutes pièces des intrigues conçues comme des hommages comiques aux films qui les ont bercés (discipline dans laquelle Mel Brooks ou le trio Zucker/Abrams/Zucker sont passés maîtres), Friedberg et Seltzer préfèrent s’adonner au copier/coller. Leur recette ? Piocher dans les succès cinématographiques du moment, reprendre leurs synopsis quasiment tels quels, les mélanger entre eux et les caviarder de gags si possible situés en-dessous de la ceinture. Dans le cas de Meet the Spartans (que les distributeurs français ont cru bon de « traduire » Spartatouille pour se référer sans raison particulière au Ratatouille de Pixar), c’est le 300 de Zack Snyder qui sert de référence principale et dont la trame est reprise à l’identique.

Acteur récurrent de nombreuses séries TV depuis le milieu des années 1980, Sean Maguire se substitue à Gerard Butler pour incarner Leonidas le roi des Spartes, parti en guerre contre les Perses menés par le tout-puissant Xerxes (Ken Davitian, échappé de Borat). Le film étant réalisé à l’économie, l’action se déroule dans deux décors limités et le nombre de guerriers spartiates se résume à treize hommes en slip et en sandales (parmi lesquels on reconnaît Kevin Sorbo, héros de la série Hercule). Si l’étroitesse du budget est assumée et tournée en dérision (via le gag d’un écran bleu que transportent les combattants perses pour multiplier leurs effectifs), il n’en demeure pas moins que Spartatouille a un côté « fauché » qui amenuise son impact.

Épées, slips et sandales

Spartatouille est construit comme un enchaînement de gags autonomes dont le lien ténu est assuré par une imitation servile du scénario de 300. Chaque scène est le prétexte à cligner de l’œil vers d’autres films ou séries à succès (Shrek, Casino Royale, Happy Feet, Ugly Betty, Heroes, Rocky, Transformers), à se moquer d’émissions télévisées populaires (American Idol, Top Model USA, Danse avec les stars, À prendre ou à laisser), de jeux vidéo (GTA) ou de diverses célébrités via des sosies approximatifs (Brad Pitt, Angelina Jolie, Britney Spears, Paris Hilton, Lindsay Lohan, Donald Trump, Tom Cruise). Friedberg et Seltzer se sentent régulièrement obligés d’expliquer les gags et de les commenter pour s’assurer que le public les a bien compris, ce qui n’empêche pas la plupart d’entre eux de tomber comme un cheveu dans la soupe (les interventions de Spider-Man et Ghost Rider notamment). Parfois, ces coups de coude à l’attention des spectateurs sont tellement appuyés qu’ils en deviennent embarrassants, comme lorsque le héros feuillette le livre « 300 » de Frank Miller (au cas où nous n’aurions pas saisi l’allusion). Le film procède donc par accumulation, espérant masquer sa vacuité sous une avalanche de références. Parfois ça fonctionne, mais la plupart du temps Spartatouille croule sous sa propre lourdeur, ses carences de rythme, ses clins d’œil datés et sa vulgarité d’école maternelle. Très épisodiquement drôle, Meet the Spartans est aussi connu en France sous le titre Orgie Movie.

 

© Gilles Penso

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MORDS-MOI SANS HÉSITATION (2010)

Spécialistes du cinéma parodique, Jason Friedberg et Aaron Seltzer passent à la moulinette la saga Twilight

VAMPIRES SUCK

 

2010 – USA

 

Réalisé par Jason Friedberg et Aaron Seltzer

 

Avec Jenn Proske, Matt Lanter, Christopher N. Riggi, Ken Jeong, Anneliese van der Pol, Diedrich Bader, Arielle Kebbel, B.J. Britt, Charlie Webber, Crista Flanagan

 

THEMA VAMPIRES

Après avoir signé le scénario d’Agent zéro zéro et avoir participé à l’écriture de Scary Movie, Jason Friedberg et Aaron Seltzer ont décidé que le genre parodique était un filon rentable et se sont donc spécialisés dans cet exercice sans chercher particulièrement la subtilité (nous sommes à mille années-lumière des pastiches virtuoses des ZAZ, de Jay Roach ou d’Edgar Wright). Après avoir enchaîné à un rythme régulier Sexy Movie, Big Movie, Spartatouille et Disaster Movie, les duettistes changent un peu de mécanique avec Mords-moi sans hésitation. Certes, il s’agit une fois de plus de parodier les grands succès cinématographiques du moment, mais au lieu de chercher à se moquer de dizaines de films à la fois (comme dans leurs opus précédents), Friedberg et Seltzer se concentrent cette fois-ci sur une seule franchise : Twilight (particulièrement les deux premiers films de la saga). Et même si Mords-moi sans hésitation (« traduction » française tout en finesse de Vampires Suck) cligne aussi de l’œil vers plusieurs séries télévisées en vogue (Vampire Diaries, Gossip Girls, Buffy tueuse de vampires, Les Frères Scott), sa cible principale reste l’adaptation des best-seller de Stephenie Meyer.

Les deux réalisateurs soignent tout particulièrement leur casting pour que leurs acteurs, pour la plupart inconnus du grand public, se conforment le mieux possible aux modèles dont ils se moquent, en particulier Jenn Proske en émule « girl next door » de Kirsten Stewart (dont elle s’amuse à imiter le tic des cheveux derrière l’oreille), Matt Lanter (la voix d’Anakin Skywalker dans The Clone Wars) en copie blafarde de Robert Pattinson et Chris Riggi (Gossip Girl) sous la perruque et les poils de Jacob. L’histoire elle-même ne laisse que peu de surprises aux spectateurs, puisqu’elle reprend à la lettre les péripéties de Twilight. La jeune Becca Crane emménage donc dans la petite ville de Sporks pour y vivre avec son père policier après que sa mère a entamé une liaison extra-conjugale (avec Tiger Woods !). Elle se lie d’amitié avec plusieurs élèves de son nouveau lycée et se laisse attirer par le mystérieux, distant et ténébreux Edward Sullen dont le comportement étrange la rend perplexe…

Mimétisme

Resserrer le pastiche sur une seule saga (au lieu du patchwork souvent indigeste des films précédents des duettistes) n’est pas une mauvaise idée en soi. Comme à l’époque du premier Scary Movie – sur lequel Friedberg et Seltzer n’écrivirent pas grand-chose en fin de compte, le scénario étant surtout l’œuvre des frères Wayans – la parodie peut plus facilement moquer les lieux communs d’un genre sans chercher forcément les clins d’œil tous azimuts au risque de s’éparpiller. Quelques détournements de clichés font mouche dès l’entame du film, comme les playlists dépressives qu’écoute l’héroïne en plein mal-être (« Angoisse d’ado mix », « Je déteste la vie mix », « Je te hais mix ») ou le père qui refuse de voir sa fille grandir (il lui donne une tétine et la trimballe dans un porte-bébé !). Tout le film s’amuse ainsi à surligner les ficelles de mise dans un tel récit. C’est plutôt bien vu, mais cette approche « méta » systématique (qui consiste à commenter les poncifs tout en s’y adonnant pleinement) fixe très vite ses limites et démontre sa propre vacuité, d’autant que l’aliénation du scénario à celui de Twilight empêche Mords-moi sans hésitation de développer sa propre intrigue. On apprécie donc la qualité de l’imitation et le sens du mimétisme des cinéastes, mais l’intérêt d’un tel film demeure très limité. D’autant que les gags souffrent souvent d’un problème de timing. Visiblement peu confiants dans l’acuité des spectateurs, les réalisateurs amenuisent souvent leurs effets comiques en s’appesantissant au lieu d’opter pour un rythme plus alerte. Mords-moi sans hésitation est donc l’archétype du produit de grande consommation qui fait passer un bon moment puis s’oublie aussitôt.

 

© Gilles Penso

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