SUPER NOËL (1994)

Un père de famille irresponsable et inconsistant provoque involontairement la chute du Père Noël depuis son toit… et doit donc le remplacer !

THE SANTA CLAUSE

 

1994 – USA

 

Réalisé par John Pasquin

 

Avec Tim Allen, Eric Lloyd, Wendy Crewson, Judge Reinhold, David Krumholtz, Paige Tamada, Peter Boyle, Larry Brandenburg, Jayne Eastwood, Kenny Vadas

 

THEMA CONTES

Après avoir circulé sur les bureaux de plusieurs studios hollywoodiens, le script de Super Noël, co-écrit par Steve Rudnick et Leo Benvenuti (auteurs d’un certain nombre de programmes télévisés et futurs co-scénaristes de Space Jam), tape dans l’œil des exécutifs de Walt Disney qui aimeraient en faire un véhicule comique pour Bill Murray. La star de S.O.S. fantômes et Un jour sans fin se laisse tenter, mais la lecture du script le refroidit, d’autant qu’après Fantômes en fête il craint d’être catalogué « vedette des films de Noëls ». Exit donc Bill Murray, place à Chevy Chase, deuxième choix sur la liste. Le héros de Fletch aux trousses et des Aventures d’un homme invisible aurait sans doute fait l’affaire, mais son calendrier l’empêche de s’engager. C’est finalement Tim Allen qui hérite du rôle principal. Le pari est osé, car si l’acteur est très populaire aux États-Unis, notamment grâce à la série Papa bricole, son expérience sur grand écran est alors quasi-nulle. Derrière la caméra, c’est aussi le jeu des chaises musicales. Disney aurait aimé confier la mise en scène à Chris Columbus, dont le carton Maman j’ai raté l’avion a fait bien des envieux. Mais le scénariste de Gremlins a d’autres projets en tête, en l’occurrence la comédie Madame Doubtfire. La réalisation de Super Noël échoit donc à John Pasquin, qui n’avait travaillé jusqu’alors que pour le petit écran. Disney se contente ainsi des seconds couteaux et des plans B, mais c’est une bonne pioche : le film va cartonner au cinéma.

Tim Allen incarne Scott Calvin, un vendeur de jouets qui a beaucoup plus de succès dans sa vie professionnelle que personnelle. Père divorcé, il doit s’occuper de son jeune fils Charlie (Eric Lloyd) le soir de Noël, au grand dam de son ex-femme Laura (Wendy Crewson) et de son nouveau mari Neal (Judge Reinhold), un psychiatre pédant adepte de pulls moches. La soirée est un fiasco : Scott brûle la dinde dans son four, raconte sans conviction une histoire à son fils pour l’endormir, et se réveille au milieu de la nuit en entendant des bruits étranges sur le toit. A leur grande surprise, Scott et Charlie découvrent que le Père Noël et son traîneau ont atterri au-dessus de chez eux. Mais le vénérable bonhomme en rouge glisse sur les tuiles et s’écoule au sol. Paniqué, Scott trouve sur ce bon vieux Santa une carte lui intimant d’enfiler son manteau. Lorsqu’il le fait, c’est pour découvrir qu’il vient d’accepter sans le vouloir une mission de la plus haute importance : il va devoir remplacer le Père Noël…

Santa barbera

The Santa Clause : le titre original du film, impossible à traduire en français, joue sur les mots pour évoquer la clause du contrat qui signifie l’accord tacite pour notre héros cynique d’endosser le rôle du Père Noël. Incapable de prendre la moindre responsabilité, ce protagoniste agaçant est bien sûr le candidat idéal pour la mécanique narrative classique qui le fera passer par toutes les étapes attendues : la surprise, l’incrédulité, le refus et enfin l’acceptation, à l’issue d’un parcours du combattant semé d’obstacles comiques exempts hélas de la moindre finesse. Car Super Noël (notons la subtilité du titre français) enfonce toutes les portes ouvertes, nous assénant frontalement sa cohorte de bons sentiments aux accents d’une bande originale gentiment sirupeuse signée Michael Convertino. Les idées absurdes abondent, comme la métamorphose physique de Tim Allen. Puisque le Père Noël est censé être ventripotent, Scott va grossir subitement pour pouvoir entrer dans le rôle (d’où quelques gags navrants à base de flatulences et de boulimie), puis voir apparaître sur son menton une belle barbe blanche. Il y a certes quelques situations amusantes dans le film (dont l’une, l’identification des Pères Noël suspects dans le commissariat, vient tout droit du slasher Christmas Evil), mais elles se comptent péniblement sur les doigts de la main. Super Noël sera pourtant un grand succès au box-office, générant deux suites (Hyper Noël en 2002 et Super Noël méga givré en 2006) et une série TV en 2022.

 

© Gilles Penso

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AUDREY ROSE (1977)

Robert Wise filme les tourments d’une petite fille de douze ans qui pourrait bien être la réincarnation d’une enfant au destin funeste…

AUDREY ROSE

 

1977 – USA

 

Réalisé par Robert Wise

 

Avec Anthony Hopkins, Marsha Mason, John Beck, Susan Swift, Norman Lloyd, John Hillerman, Robert Walden, Philip Sterling

 

THEMA MORT

Audrey Rose aborde avec un maximum de sérieux et de réalisme un cas clinique de réincarnation. C’est là son atout majeur et son intérêt principal. Son metteur en scène Robert Wise, dont le talent et l’éclectisme surent jaillir tous azimut à partir des années 40 (Le Jour où la Terre s’arrêta, La Maison du diable, West Side Story, La Mélodie du bonheur), était alors en fin de carrière. Si l’on sent sa virtuosité un peu en retrait, comme s’il cherchait à effacer sa mise en scène derrière le sujet, Wise a encore de beaux restes. Mais Audrey Rose souffre surtout d’un trop-plein de dialogues saturant des séquences qu’on aurait aimé plus visuelles. L’auteur de ce script bavard, Frank de Felitta (qui allait écrire plus tard l’excellent scénario de L’Emprise), adapte ici son propre roman publié en 1975, lequel s’inspire d’une expérience que l’écrivain aurait réellement vécu au sein de sa propre famille. « Supposez qu’un étranger vous dise que votre fille était sa fille dans une autre vie ? Supposez que vous commencez à le croire ? Supposez que c’est vrai ? » C’est en ces termes prometteurs que l’affiche d’Audrey Rose aguichait avec efficacité un public intrigué, avec en guise de sous-titre : « née en 1959, morte en 1964, née en 1964 ». L’enfant star Brooke Shields, qui avait servi de modèle pour la couverture du livre, a logiquement postulé pour tenir le rôle principal d’Audrey Rose, mais c’est finalement Susan Swift qui fut sélectionnée.

La toute jeune actrice incarne donc Ivy Templeton, une petite fille de douze ans que sa mère (Marsha Mason) conduit régulièrement à l’école. Or un jour, celle-ci se rend compte qu’un homme guette l’enfant matin et soir. Cet homme, Elliot Hoover (Anthony Hopkins), est persuadé qu’Ivy est la réincarnation de sa fille Audrey Rose, morte brûlée vive onze ans auparavant dans un accident de voiture. De fait, Ivy, en pleine nuit, a régulièrement des crises au cours desquelles elle revit l’accident d’Audrey Rose. Hoover, qui guette toujours la petite fille, est le seul à pouvoir arrêter ces crises. Mais les parents refusent d’admettre la thèse de Hoover. Un soir, mû par l’énergie du désespoir, celui-ci enlève Ivy et s’enferme dans une chambre d’hôtel. La police intervient, les parents portent plainte et l’affaire se termine au tribunal. La première partie du film s’efforce donc de faire adhérer le spectateur et le couple Templeton à la thèse de la réincarnation, aidée par le jeu efficace d’Anthony Hopkins et par quelques séquences de cauchemars nocturnes d’Ivy, notamment celle où elle se brûle les mains contre la vitre de sa fenêtre, comme jadis le fit Audrey Rose, prisonnière d’une voiture en flammes. Pour renforcer le réalisme du film, Wise n’hésite pas à laisser les acteurs recourir à l’improvisation, dans l’espoir de saisir quelques bribes de naturalisme inattendues.

« Il n’y a pas de fin… »

La seconde partie d’Audrey Rose intègre les mécanismes codifiés du film de tribunal. Les Templeton s’y opposent à Hoover, à grands coups d’avocats, de témoins et de médecins. C’est au cours du dernier acte que la science reprend ses droits. L’état de santé d’Ivy empirant et le juge ne parvenant guère à trancher, on se résout en effet à une séance d’hypnose régressive, afin de déterminer une bonne fois pour toutes si Ivy fut Audrey Rose dans une vie antérieure. Cette ultime séquence, éprouvante, laisse protagonistes et spectateurs sur les rotules. Car si d‘aucuns considèrent la réincarnation comme la perspective pleine d’espoir de survie de l’âme à son enveloppe corporelle, le film, lui, en donne plutôt la vision d’un fardeau terrible. Certaines critiques de l’époque taxèrent Audrey Rose de plagiat de L’Exorciste, mais il s’agit d’un procès d’intention étant donnée l’indéniable différence d’approche stylistique entre les deux œuvres. En guise d’épilogue, le film reprend l’ultime citation du roman de De Felitta, empruntée au « Bhagavad-Gita » : « Il n’y a pas de fin. Pour l’âme, il n’y a jamais de naissance ni de mort. Et, ayant été une fois, elle ne cesse jamais d’être. Elle n’est pas née, elle est éternelle, immortelle et primordiale. »

 

© Gilles Penso

 

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AVATAR, LA VOIE DE L’EAU (2022)

James Cameron plonge dans les profondeurs aquatiques de la planète Pandora pour nous offrir un second épisode époustouflant…

AVATAR : THE WAY OF WATER

 

2022 – USA

 

Réalisé par James Cameron

 

Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Cliff Curtis, Kate Winslet, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, Jermaine Clement

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FUTUR I SAGA AVATAR

L’univers décrit dans Avatar fusionnait avec tant d’emphase la somme des passions et des obsessions de James Cameron que le cinéaste ne pouvait se contenter d’un seul film pour en explorer tout le potentiel. Encore fallait-il que ce premier long-métrage soit un succès. Ce problème étant réglé (près de trois milliards de dollars au box-office), le père de Terminator put prendre tout son temps pour préparer la suite de cette saga protéiforme. Treize ans de réflexion, 1500 pages de notes, d’innombrables réunions d’écriture, une multitude de nouveaux tests techniques, et voilà non pas une mais trois suites mises en chantier par Cameron et son fidèle co-producteur Jon Landau. La franchise Avatar se déploie donc à très grande échelle, laissant entendre que le monde aperçu dans le premier film n’était que la partie émergée d’un iceberg à la richesse insoupçonnée. En attendant le troisième et le quatrième épisode de la saga, voici donc Avatar, la voie de l’eau qui permet à Cameron de retrouver l’un des motifs les plus récurrents de l’ensemble de son œuvre : l’élément aquatique. Déplacer l’intrigue en bord de mer puis au cœur de l’océan de la planète Pandora permet ainsi de tisser un lien avec d’autres films-clés de sa filmographie, notamment Abyss et Titanic vers lesquels plusieurs scènes et situations de ce second Avatar entrent en résonance. Ces entités marines fluorescentes, ces submersibles futuristes, ces naufrages dont les conséquences dramatiques font effet de révélateur sont autant de composantes de ce qu’il faut bien considérer comme le « Cameron Cinematic Universe ».

Le récit d’Avatar, la voie de l’eau prend place une décennie après les événements racontés dans le premier film. Jake Sully s’est tant intégré dans la société des Na’vis qu’il a fini par fonder une famille avec Neytiri. Voilà donc nos deux parents aimants à la tête d’une petite tribu turbulente et hétéroclite : les frères Neteyam et Lo’Ak, qui aspirent à devenir de fiers guerriers comme leur père, la petite Tuk et l’hybride Kiri qu’ils ont adoptée. L’équilibre de ce foyer sylvicole menace cependant d’être brisé par une nouvelle menace venue du ciel. Car les humains n’ont pas dit leur dernier mot. Après avoir tenté de piller les ressources minières de la planète Pandora pour alimenter une Terre moribonde, leur ambition prend désormais des proportions hégémoniques. Une nouvelle troupe de soldats armés jusqu’aux dents débarque donc dans les forêts paisibles de l’exolune pour y faire le ménage et préparer la colonisation. Jake Sully doit dès lors prendre une décision difficile. Doit-il mener une guerre brutale pour repousser l’envahisseur ou s’enfuir afin de protéger les siens ?

Les aliens titanesques des abysses

Les péripéties du film s’installent bientôt sur les rives de la peuplade Metkayina, qui vit en parfaite harmonie avec les océans. Dès lors, l’écosystème de Pandora s’élargit et prend une ampleur nouvelle, à tel point que James Cameron stoppe par moment le déroulement de l’intrigue pour mieux nous immerger dans cette partie aquatique de la planète que nous ne connaissions pas et nous faire découvrir sa faune, sa flore, ses interconnections, ses règles et son fonctionnement. Les passages magnifiquement contemplatifs s’alternent avec des séquences de batailles incroyablement épiques. Le tout nouveau bestiaire marin (notamment les cétacés Tulkun) se heurte ainsi à une armada guerrière inédite (en particulier d’étonnants exosquelettes en forme de crabes géants), comme pour nous offrir des variantes surdimensionnées du fameux affrontement final d’Aliens. Si la mise en scène des baleiniers appâtés par le gain permet de décliner la thématique de la sauvegarde de l’environnement qui faisait déjà battre le cœur du premier Avatar, un autre motif vient s’y greffer en charriant son propre lot de complexités : la préservation des liens distendus de la cellule familiale. Tout étant relié dans le monde de Pandora, les conflits existent à toutes les échelles et se répondent comme autant d’échos. La trajectoire du héros, quant à elle, prend une tournure inattendue. Pour assurer la sécurité de sa famille (ce qu’il estime être son rôle de père), il courbe l’échine, refuse le combat, évite les obstacles et accepte la régression. Vertigineux jusque dans les replis les plus subtils de sa dramaturgie, Avatar, la voie de l’eau trouve le moyen audacieux de réintégrer dans son casting Stephen Lang et Sigourney Weaver, offre un rôle savoureux à Kate Winslet (qui retrouve Cameron 25 ans après Titanic) et rend un vibrant hommage au regretté compositeur James Horner à travers une symphonie mi-orchestrale mi-tribale concoctée par son ancien collaborateur Simon Franglen.

 

© Gilles Penso

 

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CHRISTMAS EVIL (1980)

Traumatisé par un souvenir d’enfance, l’employé d’une usine de jouets devient obsédé par le Père Noël et bascule dans la psychopathie…

CHRISTMAS EVIL

 

1980 – USA

 

Réalisé par Lewis Jackson

 

Avec Brandon Maggart, Jeffrey DeMunn, Dianne Hull, Gus Salud, Wally Moran, Joe Jamrog, Peter Neuman, Mark Chamberlin, Scott McKay, Peter Friedman

 

THEMA TUEURS

Lewis Jackson est un scénariste et réalisateur dont la carrière est restée très confidentielle. Par le passé, il avait réalisé deux longs-métrages obscurs, la comédie The Deviates en 1970 et la série B d’horreur The Transformation : A Sandwich of Nightmares en 1974. Christmas Evil est son troisième et dernier film, sans conteste le plus connu, même s’il n’a rien pour marquer durablement les mémoires. Sa genèse laisse rêveur. Lewis Jackson aurait en effet eu l’idée de départ de ce conte sanglant après avoir fumé de la marijuana une nuit dans les années 70 et avoir eu la vision effrayante du Père Noël brandissant un couteau dans sa direction ! Le projet s’appelle d’abord You Better Watch Out (« Tu as intérêt à faire attention ») puis Terror in Toyland (« Terreur au pays des jouets »), mais il ne se concrétise qu’après le succès inespéré de La Nuit des masques de John Carpenter. Le film trouve finalement son financement et porte son titre définitif de Christmas Evil. Certaines affichent inscrivent alors officiellement le troisième long-métrage de Lewis Jackson dans la vogue croissante du slasher en annonçant en lettres rouge sang : « d’abord vint Halloween, puis Vendredi 13, voici maintenant Christmas Evil ! ». Or lorsqu’on se penche sur son cas, on découvre que ce « Noël maléfique » ne doit pas grand-chose aux deux films cités précédemment, si ce n’est un flash-back d’ouverture traumatique, et construit sa propre atmosphère insolite loin des canons du genre.

Tout commence dans la banlieue de New Jersey le soir du 24 décembre 1947. Réveillé au milieu de la nuit, le tout jeune Harry Stadling est extrêmement choqué en voyant sa mère se faire tripoter par le Père Noël (en réalité son père costumé). Trente-trois ans plus tard, nous retrouvons Harry adulte, sous les traits de Brandon Maggart (aperçu la même année dans le Pulsions de Brian de Palma). Visiblement obsédé par les fêtes de fin d’année, il dort dans un pyjama rouge et blanc, vit dans un appartement saturé de décorations de Noël et espionne tous les enfants de son voisinage pour savoir lesquels sont sages et lesquels se comportent mal, informations qu’il consigne ensuite consciencieusement dans ses cahiers. La journée, il travaille dans une usine de jouets, chagriné d’être le seul à se soucier de la future joie des enfants lorsqu’ils recevront ces présents au pied de leur sapin. On sent bien que quelque chose cloche chez ce pauvre Harry, mais le trouble reste longtemps latent, entre deux eaux. Comme on pouvait s’y attendre, les choses basculent le soir du 24 décembre. Notre homme décide alors de s’habiller en Père Noël, de prendre le volant d’un van spécialement redécoré et de partir accomplir sa mission sacrée : distribuer des cadeaux aux enfants sages et préparer la punition des autres…

Bad Santa

Malgré son démarrage proche de celui d’Halloween, dans lequel se met en place le traumatisme d’enfance qui mènera à la psychopathie, Christmas Evil n’évolue pas selon les mécanismes hérités de John Carpenter. Le film prend son temps pour bâtir son ambiance glauque et décrire le quotidien de son héros pathétique. Pour autant, nous ne combattons pas non plus dans la même catégorie que le Maniac de William Lustig. L’horreur n’éclabousse d’ailleurs que très tardivement le métrage. Il faut d’abord subir de longues séquences erratiques qui semblent de mener nulle part et s’armer de beaucoup de patience. Et si les meurtres finissent par survenir à l’aide d’armes blanches (une hache), de jouets modifiés (un petit soldat à la baïonnette acérée) ou d’objets divers (une étoile de sapin tranchante), ils restent relativement périphériques à l’intrigue. Jackson a d’ailleurs toujours affirmé que son film n’appartenait pas à la catégorie des slashers, revendiquant plutôt l’influence de Frankenstein. Pour être honnête, cette référence ne saute pas aux yeux non plus, si l’on excepte le climax au cours duquel le paria prend la fuite devant une populace hystérique armée de torches. Quelques traits d’humour inattendus affleurent parfois, comme la confrontation d’une ribambelle d’hommes costumés en Père Noël dans un commissariat pour tenter d’identifier l’assassin, ou cette image finale poétique et savoureusement ironique. Christmas Evil aurait sans doute sombré dans l’oubli, comme les autres œuvres de son instigateur, si le cinéaste culte John Waters (Pink Flamingos, Cry-Baby) n’en avait pas fait publiquement l’un de ses films de chevet.

 

© Gilles Penso

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LE CALENDRIER (2021)

Une jeune femme fait l’acquisition d’un vieux calendrier de l’avent en bois dont chaque case renferme un secret terrifiant…

LE CALENDRIER

 

2021 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Patrick Ridremont

 

Avec Eugénie Derouand, Honorine Magnier, Clément Olivieri, Janis Abrikh, Cyril Garnier, Vladimir Perrin, Fabien Jegoudez, Jérôme Paquatte-Fremy

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Faire basculer la période festive de Noël dans l’horreur est une tradition connue dans le cinéma de genre, surtout depuis que les années 80 se sont amusées à ensanglanter les écrans avec des films tels que Black Christmas, Christmas Evil, Douce nuit sanglante nuit ou Don’t open until Christmas, pour n’en citer qu’une poignée. Mais l’un des éléments clés de cette imagerie gentiment sirupeuse avait jusqu’alors échappé aux radars des cinéastes amateurs de frissons : le calendrier de l’avent. 24 petites fenêtres s’ouvrant sur des surprises généralement sucrées, voilà autant de possibilités de faire fonctionner l’imagination des scénaristes pour transformer les promesses en cauchemars. Cette transgression d’une tradition germano-finlandaise qui semble remonter au 19ème siècle n’est pas l’œuvre d’un cinéaste anglo-saxon – une fois n’est pas coutume – mais d’un réalisateur, scénariste et acteur belge à qui nous devons la comédie dramatique Dead Main Talking mettant en scène François Berléand, son épouse de l’époque Virginie Efira et lui-même dans le rôle principal. Avec Le Calendrier, il change de registre et s’enfonce dans la brèche attrayante de la légende urbaine pour concocter un film d’épouvante surprenant s’appuyant sur les failles physiques et psychologiques de son personnage principal.

Eva (Eugénie Derouand) est une ancienne danseuse, mais un accident l’a brutalement rendue paraplégique. Désormais clouée sur un fauteuil roulant, elle travaille dans un cabinet d’assurance pour un patron détestable, s’est éloignée de son père frappé de sénilité qui vit avec une femme odieuse et cupide, essuie régulièrement des remarques condescendantes, bref le tableau n’est pas très reluisant. Pour l’heure, ses rayons de soleil sont son chien fidèle Marvin et sa meilleure amie Sophie (Honorine Magnier). De retour d’un voyage en Allemagne, cette dernière a ramené à Eva un cadeau très spécial : un vieux calendrier de l’Avent en bois déniché par hasard sur un marché de Noël. Cet objet mécanique étrange, qui n’aurait pas dépareillé dans un film de Guillermo del Toro, annonce d’emblée trois règles immuables écrites en allemand. Règle numéro 1 : si on avale l’un des bonbons que contient le calendrier, il faut tous les avaler. Règle numéro 2 : il est impératif de respecter toutes les règles jusqu’à l’ouverture de la dernière fenêtre. Règle numéro 3 : il ne faut pas le jeter. La sanction en cas de non-respect des règles est simple : c’est la mort.

La 24ème porte

L’entame du Calendrier est très intrigante, dessinant rapidement les contours d’un motif classique du cinéma et de la littérature fantastique : le pacte avec le diable. En acceptant de respecter les règles de cette relique d’un autre âge dont les mécanismes n’en finissent pas de révéler leurs secrets enfouis, Eva découvre que tous ses souhaits, y compris les plus intimes ou les plus inavouables, finissent par s’exaucer. Mais de tels prodiges n’existent évidemment pas sans contreparties. Pour aller au bout de ce jeu malsain s’égrenant progressivement au fil de chaque journée du mois de décembre jusqu’au 24 fatidique, Eva sait qu’elle devra accepter des sacrifices de plus en plus difficiles. Ce dispositif narratif n’est pas sans évoquer celui de 13 jeux de mort (et de son remake 13 Sins) qui lui aussi faisait lentement glisser son protagoniste sur la pente d’une dangereuse descente aux enfers. La présence surnaturelle d’un être démoniaque répondant au nom sommaire de « Ich » (« Moi » en allemand) est d’emblée assumée par une série de plans furtifs révélant progressivement sa morphologie inquiétante qui semble tout droit échappée de Silent Hill. Reste à savoir si ce monstre est réel ou s’il flotte dans l’esprit fébrile d’une héroïne campée avec beaucoup de justesse et de sensibilité par Eugénie Derouand (vue dans la série Paris Police 1900). La solidité des acteurs est justement l’un des points forts du film, qui s’appuie également sur une mise en scène très soignée (jouant habilement sur ses cadres, ses focales, ses lumières et ses effets visuels discrets pour susciter le malaise). Le Calendrier est donc une variante très recommandable sur le thème protéïforme du Noël sanglant.

 

© Gilles Penso


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HELLPHONE (2007)

Un lycéen fait l’acquisition d’un téléphone portable qui semble posséder des pouvoirs étranges et commence à semer la panique…

HELLPHONE

 

2007 – FRANCE

 

Réalisé par James Huth

 

Avec Jean-Baptiste Maunier, Jennifer Decker, Vladimir Consigny, Baptiste Caillaud, Edouard Collin, Judith Chemla

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Dans la mouvance de Phone d’Ahn Byeong-Gi de La Mort en ligne de Takashi Miike et du futur Cell Phone de Tod Williams, James Huth, réalisateur du blockbuster Brice de Nice, décide d’apporter sa pierre à l’édifice de ce qu’il faut alors appréhender comme un nouveau sous-genre du cinéma d’épouvante : le film mettant en scène un téléphone portable maléfique ! Huth étant avant tout un spécialiste de la comédie, il s’attaque au thème sous l’angle du pastiche. Pour séduire la belle Angie (Jennifer Decker), Sid (Jean-Baptiste Maunier), un lycéen timide, décide d’acquérir un téléphone portable. Mais celui qu’il déniche dans un bazar chinois s’avère posséder des pouvoirs étranges. Chaque correspondant auquel il s’adresse n’est plus maître de sa volonté. Sid en profite pour concrétiser ses rêves les plus fous. Mais bientôt, ce cadeau empoisonné se retourne contre lui… La première partie du film, avouons-le, laisse peu d’espoir quant à l’intérêt du projet. Les jeunes acteurs y récitent sans conviction des dialogues pseudo-branchés qui sonnent faux, tandis que le ton semble osciller entre la gentille comédie familiale (façon Moi César) et le trash movie adolescent (à la American Pie) sans parvenir à se décider.

Ce mélange d’influences contradictoires donne lieu dans un premier temps à des séquences fades, aseptisées et prudemment manichéennes. Poursuites en skateboard, rivalités de vestiaires, prises de bec à la cantine, convocations chez le proviseur, aucun cliché lycéen ne nous est épargné et notre patience est soumise à rude épreuve. Heureusement, dès que l’argument fantastique s’immisce dans l’intrigue, le rythme s’emballe, les morts cartoonesques commencent à s’accumuler sans vergogne et les comédiens semblent enfin sortir de leur trop sage carcan. James Huth nous rappelle alors qu’il fut aussi le réalisateur du réjouissant Serial Lover. D’ailleurs, les nombreuses idées visuelles qui pimentent Hellphone sont l’un des grands atouts du film, agrémenté en outre d’effets spéciaux numériques particulièrement soignés.

En dérangement

Dommage que le scénario manque singulièrement de rigueur, refusant de verrouiller les mécanismes dictés par son concept initial et papillonnant sans conviction d’une intention à l’autre. Ainsi, selon les moments, le téléphone agit-il de manière autonome et incontrôlable pour causer le malheur d’autrui, alors qu’en d’autres occasions c’est Sid, possédé par l’objet maléfique, qui passe lui-même les coups de fil fatals. S’agit-il d’ailleurs d’un artefact satanique en contact avec le diable, comme le laisse imaginer sa couleur, son aspect et son numéro constitué de plusieurs 6 ? A moins que l’appareil ne soit habité par une entité féminine jalouse, comme le laisse penser la voix off qu’entend son possesseur ? Là aussi, le scénario ne tranche pas, accumulant en vrac les idées éparses sans vraiment chercher à faire le tri. Sous ses allures de comédie opportuniste savamment calculée pour toucher le plus grand nombre, Hellphone semble malgré tout vouloir rendre hommage au cinéma fantastique des années 80, via des clins d’œil à quelques classiques du genre (Gremlins, Christine) qui ont de toute évidence bercé les jeunes années du réalisateur.

 

© Gilles Penso


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JABBERWOCKY (1977)

Le premier film solo de Terry Gilliam raconte les méfaits d’un redoutable dragon dans un monde moyenâgeux burlesque…

JABBERWOCKY

 

1977 – GB

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec Michael Palin, Harry H. Corbett, John Le Mesurier, Warren Mitchell, Annette Badland, Max Wall, Deborah Fallender, Jerold Wells, Bernard Bresslaw

 

THEMA DRAGONS I CONTES

Membre discret des Monty Pythons, bien plus à l’aise derrière que devant la caméra, Terry Gilliam avait signé toutes les fameuses séquences animées agrémentant les sketches de sa troupe légendaire avant de passer à la mise en scène à grande échelle en co-réalisant Sacré Graal avec Terry Jones. Pour son premier long-métrage en solo, le trublion s’inspire d’un poème de Lewis Carroll pour reconstituer un monde médiéval duquel il évacue sciemment tout glamour. La photographie est délavée, les décors pauvres et noyés de brume, les personnages laids, sales et pétris de défauts. Voilà donc un tableau bien pathétique d’une humanité rustre que le cinéaste calque sur ses contemporains, le miroir déformant qu’il se plaît à tendre à ses semblables – ici et dans ses films suivants – n’ayant jamais été très flatteur. Jabberwocky est tourné à l’économie, avec un budget très modeste de 500 000 livres. Gilliam réutilise donc des décors conçus pour le Oliver de Carol Reed, recycle des costumes fabriqués pour Alfred le grand vainqueur des Vikings de Clive Donner, plante ses caméras dans plusieurs sites extérieurs du Pays de Galle et exploite au maximum de leurs possibilités les morceaux de château mis à sa disposition. Bref, il bricole avec les moyens du bord. Mais en ce domaine, Terry Gilliam s’est toujours montré surdoué.

Tout commence par la scène d’un braconnier récupérant son butin dans des bois brumeux. Soudain, une créature gigantesque (dont nous adoptons le point de vue sans la voir) s’empare de lui. Aussitôt, le malheureux s’élève dans les airs, la caméra s’accrochant à lui comme le fera plus tard Sam Raimi avec Bruce Campbell dans le prologue délirant d’Evil Dead 2. Puis son cadavre est rejeté sur le sol, la cage thoracique à l’air ! Au plus profond de l’âge des ténèbres que décrit Jabberwocky, un monstre carnivore ravage ainsi les domaines du roi Bruno le Douteux (Max Wall). Renié par son père pendant qu’il rend son dernier souffle, le jeune et innocent Dennis Cooper (Michael Palin), apprenti-tonnelier, décide de quitter la campagne pour tenter sa chance à la cour de Bruno, afin de revenir fortuné et de demander la main de sa bien-aimée, l’obèse et ingrate Griselda Fishfinger (Annette Badland) qui ne lui rend guère son affection. Mais lorsqu’il gagne le royaume, il se heurte à l’animosité générale de la population et aux appétits carnivores du gigantesque Jabberwocky…

Drôle de bête

Même si Terry Gilliam a toujours tenu à positionner ce film comme une création distincte de ses travaux collectifs avec les autres membres de son ancienne troupe, au point de faire retirer toute allusion aux Monty Pythons sur le matériel publicitaire, le sens de l’absurde hérité de ses frasques passées est toujours là. L’homme qui décrète dans les ruelles du château à quel moment débute l’heure de pointe ou les chevaliers qui jouent à cache-cache entre les tentes semblent ainsi s’être échappés du Monty Python’s Flying Circus. Il est donc difficile de ne pas penser aux autres films du groupe, et notamment Sacré Graal avec lequel Jabberwocky entretient de nombreux points communs. Mais la personnalité de Gilliam affleure malgré tout, ne serait-ce qu’à travers ses moqueries frontales de la bigoterie religieuse. Le dernier acte du film, au cours duquel Michael Palin chevauchant un âne devient l’écuyer du champion du roi pour l’aider à affronter le monstre légendaire, annonce quant-à-lui l’imagerie du Don Quichotte après lequel courra Terry Gilliam pendant une bonne partie de sa carrière jusqu’à en tourner enfin sa propre version en 2018. Lorsque le monstre s’offre enfin à la caméra, il déçoit nos attentes. Beaucoup moins grand qu’on l’imaginait et limité dans ses mouvements (c’est un acteur costumé qui l’incarne), c’est un bipède au design étrange muni de serres de rapace, d’un grand bec crochu et d’une tête encadrée de cornes de bélier, tandis qu’une troisième excroissance osseuse se dresse sur le sommet de son crâne. Ses ailes de chauve-souris abîmées se déploient et son long cou s’étire, mais sa morphologie exacte n’est pas facile à appréhender à cause de la pénombre et de la fumée qui nimbent la séquence. Ah, si seulement l’équipe du Dragon du lac de feu avait pu s’occuper de créer cette bête ! Mais le film souffre surtout d’un rythme languissant et d’enjeux mal définis, les saynètes drôles et absurdes concoctées par Gilliam ne suffisant pas à enrichir son intrigue filiforme. On note que le redoutable « Guerrier Noir » est incarné par David Prowse, qui jouait la même année Dark Vador dans La Guerre des étoiles.

 

© Gilles Penso

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KILLING TREE (2022)

Un sapin de Noël maléfique se met à massacrer un groupe de jeunes fêtards à coups de branches et de guirlandes !

DEMONIC CHRISTMAS TREE / THE KILLING TREE

 

2022 – USA

 

Réalisé par Rhys Frake-Waterfield

 

Avec Sarah Alexandra Marks, Marcus Massey, Judy Tcherniak, Kelly Rian Sanson, Sarah T. Cohen, Ella Starbuck, Lauren Staerck, May Kelly

 

THEMA VÉGÉTAUX I SORCELLERIE ET MAGIE

Rhys Frake-Waterfield est le producteur d’une infinité de films fantastiques aux moyens ridicules cherchant tant bien que mal à se frayer un chemin au beau milieu de l’abondance de longs-métrages de genre proposés par des studios plus fortunés. Les titres de ces micro-budgets laissent rêveur : Dinosaur Hostel, Dragon Fury, Monsters of War, Spider from the Attic, Easter Killing, Crocodile Vengeance, Kingdom of the Dinosaurs, bref de nombreux fous-rires (volontaires ou non) en perspective. Homme à tout faire, Waterfield s’est occupé lui-même des effets spéciaux (très approximatifs) de la plupart de ces films et en a même dirigé quelques-uns, notamment The Area 51 Incident et le présent Killing Tree qui fut d’abord connu sous le titre joliment folklorique de Demonic Christmas Tree (autrement dit « l’arbre de Noël démoniaque »). Le scénario se résume grosso-modo à son titre, ce qui peut s’annoncer réjouissant (au douzième degré certes) mais peine forcément à capter l’attention des spectateurs pendant toute la durée d’un long-métrage, malgré son format modeste d’une heure et quart. Waterfield et son scénariste Craig McLearie (Hatched, Pterodactyl, Curse of Jack Frost) jouent donc la carte du remplissage en espérant faire illusion…

L’entame est prometteuse. Pendant une nuit d’orage, la vénérable Morgan Slater (Judy Tcherniak) se livre à une cérémonie occulte étrange dans l’espoir de ressusciter son défunt époux, le tueur psychopathe Clayton Slater (Marcus Massey) qui s’était lancé l’année précédente dans une croisade sanglante pour massacrer tous ceux qui, selon lui, ne respectaient pas correctement l’esprit de Noël. Arrêté, condamné et exécuté, Clayton continue d’obséder sa veuve qui est prête à tout pour le ramener d’entre les morts. Mais le sort qu’elle jette tourne mal et son époux revient à la vie sous la forme d’un sapin de Noël couvert de guirlandes lumineuses ! Désormais, ce monstre végétal improbable (dont l’origine n’est pas sans rappeler celle de la poupée Chucky dans Jeu d’enfant) va traquer la jeune Faith (Sarah Alexandra Marks) qui fut responsable jadis de son arrestation…

Ça sent le sapin

Pour donner corps à cette créature invraisemblable, Rhys Frake-Waterfield utilise la plupart du temps un acteur dans un costume, ce qui la dote d’un caractère joyeusement grotesque, surtout lorsque ses chaussures ou ses gants sont apparents ! Quelques séquences sollicitent des images de synthèse cartoonesques, notamment lorsque le sapin double de taille, déploie ses branches meurtrières comme des tentacules, empoigne ses victimes pour les décapiter ou les déchirer en deux. L’originalité du postulat aurait pu permettre de varier les plaisirs du côté des mises à mort, mais l’emploi répété des branches et des guirlandes finit par devenir lassant. D’autant que les exploits saignants de l’arbre meurtrier cèdent trop souvent le pas à d’interminables scènes de dialogue où les jeunes protagonistes discutent sans fin pour partager leurs états d’âme, leurs peines de cœur, leurs joies et leurs tristesses. Au lieu de doter les protagonistes d’une quelconque épaisseur psychologique, ces bavardages donnent clairement le sentiment que le réalisateur et son scénariste tirent à la ligne faute de pouvoir décliner avec suffisamment de panache les exactions de leur conifère névrosé. Quelques passages surréalistes ponctuent le métrage – le monstre qui rencontre un autre sapin en croyant avoir affaire à sa bien-aimée, ou qui essaie de jouer « Silent Night » au piano avec ses branches épineuses – mais c’est évidemment insuffisant pour intéresser bien longtemps les spectateurs les plus endurants.

 

© Gilles Penso


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THE BURROWERS (2008)

Dans le désert du Far West, des cowboys et des Indiens luttent contre une menace carnassière venue des entrailles de la terre…

THE BURROWERS

 

2008 – USA

 

Réalisé par J.T. Petty

 

Avec William Mapother, Karl Geary, Doug Hutchison, Sean Patrick Thomas, Laura Leighton, Clancy Brown

 

THEMA MUTATIONS

Le mariage du western et du fantastique a toujours été une idée séduisante, mais à l’exception de quelques cas isolés comme La Vallée de Gwangi, la série Les Mystères de l’Ouest, Timerider ou Retour vers le futur 3, on ne peut pas dire que ce cocktail ait souvent porté ses fruits de manière concluante. Peut-être les deux genres sont-ils trop codifiés pour pouvoir se mixer sans heurt. Toujours est-il que The Burrowers, nouvelle tentative de frissons au pays du Far West, se casse un peu les dents. Pourtant, tout laissait augurer un spectacle de qualité : une image 35 mm au généreux format Cinémascope, des extérieurs naturels captés dans les vastes étendues du Nouveau Mexique, une partition pleine d’allant signée par le trop rare Joseph LoDuca (compositeur de la trilogie Evil Dead), une poignée d’acteurs débordant de charisme (notamment Clancy Brown, l’immortel Kurgan d’Highlander). Bref, les ingrédients étaient là.

L’intrigue prend place en 1879, dans une région déserte et dénudée des Badlands. Après la disparition mystérieuse d’une famille, une expédition constituée de militaires et de fermiers se lance à la recherche des kidnappeurs, qu’ils soupçonnent d’être une tribu indienne sévissant aux alentours. Mais plus la petite troupe avance, plus il devient clair que la menace n’a rien d’humain. Une Indienne qui vient de perdre son mari leur apprend alors la légende des « enfouisseurs », des créatures qui vivaient sous terre, paralysaient les bisons avec leur venin, les enterraient vivants puis les dévoraient. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une légende. Et comme l’homme a massacré les bisons, il est lui-même devenu la proie idéale de ces monstres carnassiers. On le voit, le potentiel d’un excellent film d’horreur au pays des cow-boys était bel et bien là. Les monstres eux-mêmes, sortes de sauterelles humanoïdes au visage proche des mutants de Doom, sont tout à fait réussis. Mais le scénario a du mal à les exploiter pleinement, et la mise en scène de J.T. Petty peine à les mettre en valeur.

Queue de poisson

Hésitant sans cesse entre l’épouvante sérieuse et suggérée (les méfaits anthropophages des créatures sont plus évoqués que montrés, la découverte des victimes enterrées fait froid dans le dos) et l’horreur excessive voire quasi-burlesque (le héros qui, en essayant d’échapper aux « enfouisseurs », se coince dans un piège à loup puis plonge accidentellement sa main dans les entrailles d’un cadavre éviscéré), The Burrowers a du mal à trouver le ton juste. De nombreuses séquences prometteuses y perdent du coup une grande partie de leur impact. Comme lorsque les protagonistes, paniqués en constatant que quelque chose « gratte » à l’intérieur de la bottine d’une enterrée vive, découvrent que l’origine de ce bruit stressant provient… des orteils de la victime ! Difficile de prendre le film au sérieux dans de telles conditions. Le rythme général lui-même s’avère défaillant, cette sensation étant amplifiée par l’aspect répétitif des péripéties : les protagonistes n’en finissent pas d’arpenter à dos de cheval les vastes plaines sauvages, et les 95 minutes du métrage semblent presque en durer le double. Sans compter cette fin en queue de poisson… ou plutôt de « petit poisson », comme dirait l’un des Indiens du film qui parle français avec un accent tout à fait improbable.

 

© Gilles Penso


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L’ANNÉE DU REQUIN (2022)

Marina Foïs part à la chasse au squale tueur dans cette imitation maladroite et sans saveur des Dents de la mer

L’ANNÉE DU REQUIN

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Zoran et Ludovic Boukherma

 

Avec Marina Foïs, Kad Merad, Jean-Pascal Zadi, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Philippe Prévost, Jean Boronat, Jean-Jacques Bernède, Patrick Séraphine

 

THEMA MONSTRES MARINS

Les frères Zoran et Ludovic Boukherma avaient su approcher le thème de la lycanthropie sous un jour inattendu dans leur comédie douce-amère Teddy, revisitant le fameux mythe velu dans un contexte francophone sudiste du plus curieux effet. Désireux d’appliquer le même traitement à une autre créature classique du cinéma de genre, les duettistes s’attaquent au requin mangeur d’hommes. Désormais, les Boukherma peuvent se payer quelques têtes d’affiches généralement associées à la comédie, en l’occurrence les très populaires Marina Foïs, Kad Merad et Jean-Pascal Zadi. À ces visages familiers s’ajoutent des acteurs beaucoup moins connus ainsi que quelques échappés de Teddy comme Christine Gautier et Ludovic Torrent. Tout ce beau monde s’anime dans ce qui s’annonce très tôt comme une sorte de remake fidèle des Dents de la mer. Des plans, des situations, des dialogues et des séquences entières sont directement empruntés au blockbuster de Steven Spielberg. La pertinence d’un pastiche si tardif ne saute pas immédiatement aux yeux, mais le problème que pose L’Année du requin est plus complexe. Car le film oscille sans cesse entre le second et le premier degré sans parvenir à se décider. En résulte un objet filmique étrange et insaisissable.

Nous sommes à la pointe du Cap Ferret, dans le sud-ouest de la France. Maja Bordenave (Marina Foïs), gendarme de la marine bientôt à la retraite, est mariée au sympathique Thierry (Kad Merad). Rien de très palpitant ne se passe jamais sur ces plages ensoleillées de la Gironde jusqu’au jour où Maja est persuadée qu’un énorme requin mangeur d’hommes rode dans les eaux avoisinantes. Personne ne semble accorder le moindre crédit à Maja, ni son supérieur, ni les notables de la ville, ni ses collègues Blaise (Jean-Pascal Zadi) et Eugénie (Christine Gautier). Pourtant les dégâts se multiplient et les victimes déchiquetées commencent à s’accumuler dans les parages. Prenant son courage à deux mains, Maja fait de ce monstre marin son Moby Dick et décide de l’affronter elle-même, envers et contre tous…

Les dents amères

Désireux de mettre à contribution des effets spéciaux « à l’ancienne », les réalisateurs sollicitent le spécialiste de la mécanique Pascal Molina qui concocte pour les besoins du film un requin animatronique furtif mais efficace. C’est triste à dire, mais ce grand poisson artificiel n’est pas loin d’être le meilleur acteur de L’Année du requin ! Marina Foïs récite en effet ses répliques sans la moindre conviction, comme si elle se débarrassait d’une corvée acceptée de mauvaise grâce, et s’adonne même à des séquences franchement embarrassantes (comme celle où elle mord à pleine dents dans une bouée pour essayer maladroitement de la faire éclater). Kad Merad et Jean-Pascal Zadi, quant à eux, assurent le service minimum, peu aidés il faut l’avouer par des dialogues banals et sans saveur. Il faut dire que la tonalité du film nous échappe totalement, hésitant entre la parodie référentielle, la chronique régionale réaliste et l’épouvante classique sans jamais trancher. A mi-parcours, les réalisateurs décident ainsi de devenir sérieux et d’oublier toute légèreté au profit d’une étrange gravité. Autant dire que ce changement de cap ne fonctionne pas du tout et que cette amertume bizarre tombe comme un cheveu dans la soupe. « Je ne sais pas bien ce que tout ça nous enseigne, peut-être rien », dit pour conclure la voix narrative traînante de Ludovic Torrent. Nous sommes bien d’accord. Ça ne nous mène nulle part, et c’est bien dommage.

 

© Gilles Penso


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