HALLOWEEN ENDS (2022)

Pour clore sa trilogie inspirée par le classique de John Carpenter, David Gordon Green prend une voie pour le moins surprenante…

HALLOWEEN ENDS

 

2022 – USA

 

Réalisé par David Gordon Green

 

Avec Jamie Lee Curtis, Andi Matichak, James Jude Courtney, Rohan Campbell, Kyle Richards, Nick Castle, Will Patton, Jesse C. Boyd, Michael Barbieri

 

THEMA TUEURS I SAGA HALLOWEEN

Écrit en même temps qu’Halloween Kills et tourné dans la foulée, cet ultime chapitre de la trilogie inaugurée en 2018 reprend en toute logique une partie du casting des deux films précédents. Jamie Lee Curtis revient donc jouer la grand-mère « badass » Laurie Stode, Andi Matichak sa petite-fille Allyson, Will Patton le sympathique officier de police Frank Hawkins et James Jude Courtney le monolithique Michael Myers (avec comme toujours quelques apparitions de Nick Castle, interprète original du tueur au masque blanc). Désireux de rendre plusieurs hommages à John Carpenter, le film multiplie à outrance les clins d’œil à La Nuit des masques mais aussi à The Thing (à travers un extrait diffusé à la télévision pendant le prologue) et surtout à Christine. Le personnage central Corey Cunningham (Rohan Campbell) s’inspire en effet du Arnie Cunningham qu’incarnait en 1983 Keith Gordon et suit le même parcours, muant progressivement le sympathique garçon sage en être maléfique mû par des pulsions incontrôlables. Même sa métamorphose physique prend une tournure similaire. S’il est soucieux de se référer à ses aînés, Halloween Ends cherche parallèlement à briser les habitudes en aventurant ses péripéties là où on ne les attend pas. La démarche n’est pas inintéressante. En théorie du moins…

L’intrigue d’Halloween Ends se situe quatre ans après les événements décrits dans Halloween Kills. Les derniers meurtres perpétrés par Michael Myers et sa disparition mystérieuse ont laissé la ville d’Haddonfield dans un bien piteux état. Une ambiance oppressante s’insinue ainsi parmi les habitants, comme laissés hagards à la suite du chaos dont ils furent frappés. Pour panser ses blessures et exorciser les démons intérieurs qui la rongent, Laurie Strode a décidé d’écrire ses mémoires. D’où une voix off récurrente qui pousse Jamie Lee Curtis à philosopher sur les notions de bien et de mal comme le faisait jadis Donald Pleasence dans le rôle du psychiatre Loomis. Une autre voix off vient régulièrement scander le récit, celle d’un animateur radio trublion et impertinent incarné par Keraun Harris. Bientôt, le film centre tous ses enjeux sur le jeune Corey, traumatisé par un accident survenu un soir où il jouait les baby-sitters et devenu dès lors une sorte de paria introverti. C’est là que ce bon vieux Michael Myers décide de ressurgir de sa tanière pour plonger une fois de plus Haddonfield dans le cauchemar…

La contagion du mal

On ne pourra pas reprocher à Halloween Ends son manque d’audace, le film s’efforçant de proposer une variante inattendue sur un motif usé jusqu’à la corde. L’intention est bonne, mais le résultat est hélas complètement à côté de la plaque. Tout le récit tourne autour des malheurs de ce pauvre Corey Cunningham victime des circonstances et d’un environnement hostile, en opposition avec la thématique du « mal absolu » qui caractérise le personnage de Michael Myers dès sa petite enfance. Ici, la psychopathie meurtrière n’est plus innée mais acquise. Or le scénario, indécis, semble vouloir coupler à cette idée première (« on ne nait pas tueur, on le devient ») une seconde notion complémentaire (contradictoire ?) selon laquelle le Mal et la folie meurtrière sont contagieux. Ce motif nous rappelle les exubérances joyeuses de Jason va en enfer, si ce n’est qu’Halloween Ends prend son sujet très au sérieux. Le film joue même la carte du drame psychologique, comme s’il cherchait à tout prix à s’élever au-dessus de son sujet. Après un prégénérique absurde et un gigantesque passage à vide (près de quarante minutes sans la moindre péripétie palpitante), le scénario part dans tous les sens, s’acheminant vers un climax grotesque digne d’un épisode de Tom et Jerry puis vers un final totalement invraisemblable. Nous n’étions pourtant pas contre une sortie de route osée transportant la franchise hors des sentiers battus (comme à l’époque du Halloween 3 de Tommy Lee Wallace). Mais Halloween Ends donne le sentiment de vouloir faire le grand écart entre l’innovation radicale et l’asservissement aux codes de la saga sans parvenir à trouver un juste milieu satisfaisant.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

DANSE MACABRE (1964)

Un journaliste accepte le pari de passer une nuit dans un château à la sinistre réputation et y rencontre des êtres très étranges…

DANZA MACABRA

 

1964 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti et Sergio Corbucci

 

Avec Barbara Steele, Georges Rivière, Margarete Robsahm, Henry Kruger, Montgomery Glenn, Sylvia Sorrent, Ben Steffen

 

THEMA FANTÔMES

Après ses prestations très remarquées chez Mario Bava (Le Masque du démon), Roger Corman (La Chambre des tortures) et Riccardo Freda (L’Effroyable secret du docteur Hichcock), la comédienne Barbara Steele replonge de plain-pied dans l’épouvante gothique avec cette envoûtante Danse macabre. Nous sommes dans un Londres enfumé à la Jack l’éventreur, serti dans une belle photographie noir et blanc de Riccardo Pallotini et soutenu par une musique inquiétante de Riz Ortolani. Alan Forster (Georges Rivière), journaliste au Times, rencontre dans une auberge l’écrivain Edgar Allan Poe (Silvano Tranquilli) et Lord Thomas Blackwood (Umberto Raho). Ce dernier parie avec lui 100 livres sterling qu’il ne pourra pas passer une seule nuit dans son château de Providence, duquel personne n’est jamais ressorti vivant. Pragmatique, le journaliste accepte le pari. Au bout d’un quart d’heure d’exploration des lieux, il est témoin de phénomènes étranges qu’il attribue à des effets d’optique.

C’est alors que surgit en robe de nuit diaphane la belle Elizabeth (Barbara Steele), la sœur de Blackwood. Le noir et blanc contrasté renforce la pâleur de son teint, la noirceur de sa chevelure et de son regard soutenu par de longs faux cils. Un jeu de séduction s’opère entre eux, bientôt troublé par l’arrivée de la mystérieuse Julia (Margarete Robsahm), dont la beauté se veut plus stricte que celle d’Elizabeth. Les cheveux ne sont pas lâchés mais serrés en chignon, la robe de chambre cède le pas à une robe de soirée seyante. D’autres personnages inattendus font leur apparition, comme l’éminent docteur Carmus (Arturo Dominici) ou encore un énigmatique colosse torse nu (Giovanni Cianfriglia), ce qui ne laisse pas de surprendre le journaliste. Ce dernier finit par se demander – tout comme le spectateur – si tous ces êtres sont bien réels. Ne s’agirait-il pas plutôt de spectres, d’apparitions d’outre-tombe ?

Le corps, l’esprit et les sens

Un grand flash-back en milieu de métrage clarifie la situation, tandis que Carmus explique le phénomène des fantômes par le biais de la science. « Dans tout être humain, il existe trois formes », dit-il. « Celle du corps, c’est la plus faible. Ensuite celle de l’esprit, elle est indestructible. Et celle des sens, laquelle peut durer pour l’éternité. » Sis dans de beaux décors décrépits, le film s’appuie sur son atmosphère, étirant sans complexe les longues déambulations dans le château de ses héros, un chandelier à la main, ce qui n’empêche pas le surgissement de quelques visions frappantes, comme la chambre à coucher jonchée de cadavres ou le corps décomposé dans sa tombe qui bouge et respire. Cette belle œuvre macabre, dont la mise en scène fut amorcée par Sergio Corbucci puis reprise au bout d’une semaine par Antonio Margheriti, n’adapte aucune prose d’Edgar Poe, contrairement à ce qu’indique le générique, mais s’y réfère épisodiquement, à travers la présence du personnage de l’écrivain en début de métrage ou d’un chat noir errant dans la cour du château. Dans le rôle d’un de ces êtres qui « vivent dans un autre espace, dans une dimension différente », pour reprendre les mots du docteur Carmus, le charme étrange de Barbara Steele opère bien sûr à merveille.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LES CRÉATURES D’UN MONDE OUBLIÉ (1971)

La trilogie préhistorique de la Hammer s’achève sur une fable sauvage évacuant les dinosaures au profit d’un peu plus de violence et d’érotisme…

CREATURES THE WORLD FORGOT

 

1971 – GB

 

Réalisé par Don Chaffey

 

Avec Tony Bonner, Robert John, Julie Ege, Brian O’Shaughnessy, Sue Wilson, Rosalie Crutchley

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Malgré le charme indéniable de leurs actrices vedettes en peaux de bête, l’intérêt majeur d’Un million d’années avant JC et Quand les dinosaures dominaient le monde, les deux « films préhistoriques » précédents produits par la compagnie britannique Hammer Films, était la présence de superbes dinosaures animés en stop-motion par Ray Harryhausen puis Jim Danforth. En supprimant les grands monstres pour faire des économies, le producteur Michael Carreras émousse fatalement les attraits des Créatures d’un monde oublié, achevant cette trilogie atypique sur une note mitigée. Pour essayer de mettre un maximum de chances de son côté, Carreras (qui signe le scénario), sollicite une fois de plus le talentueux réalisateur Don Chaffey et le compositeur Mario Nascimbene, dont la musique tribale emprunte parfois ses envolées au « Sacre du Printemps » de Stravinsky. Le film s’ouvre sur une double éruption volcanique à base de maquettes et d’effets pyrotechniques efficaces, dont plusieurs plans sont directement empruntés à Un Million d’années avant JC. Ce type de séquence, généralement réservé au climax de ce genre de film, permet de faire démarrer le métrage sur des chapeaux de roue.

Nous sommes dans un monde préhistorique sauvage et austère. Une femme meurt en donnant naissance à deux jumeaux. Dès l’enfance, ces derniers passent leur temps à s’affronter et à s’opposer. Lorsqu’ils deviennent adultes, cette rivalité ne s’est pas calmée. Rool est brutal et veule tandis que Toomak montre une attitude largement plus héroïque. Cette rivalité ne va évidemment pas se calmer lorsque leur père meurt, embroché par un mammifère cornu… Hélas, l’aventure tourne bien vite à l’exotisme d’opérette. Les personnages, qui ne s’expriment qu’avec des grognements et des borborygmes, sont visiblement très primaires et s’habillent pourtant avec des manteaux en fourrure, portent des sandales, arborent des bijoux en ossements et pratiquent les sépultures. Nous nageons donc en plein anachronisme…

Rituels primitifs

Les cérémonies rituelles, quant à elles, prennent une tournure surréaliste avec leurs danseuses aux seins nus, leurs hommes déguisés en arbres et leur trône en forme de requin/dinosaure. Pour sacrifier à la tradition, Chaffey met en scène un combat de catch féminin en peaux de bêtes. En guise de monstre préhistorique, nous n’avons hélas à nous mettre sous la dent qu’un homme costumé en ours des cavernes qui affronte très placidement l’un des protagonistes dans une grotte. Seul point véritablement intéressant à noter dans Les Créatures d’un monde oublié : certaines scènes primitives témoignent d’une brutalité et d’une sauvagerie (dépeçage des bêtes, combats à l’arme blanche, rites barbares) qui semble préfigurer la vogue des films de cannibales italiens prête à se déployer sur les écrans quelques années plus tard. Le film est également connu en France sous un titre alternatif qui n’hésite pas à en faire des tonnes : Violence et sexe aux temps préhistoriques !

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LA PETITE FILLE AU BOUT DU CHEMIN (1976)

Une toute jeune Jodie Foster se frotte aux penchants pervers de Martin Sheen dans cet exercice de style trouble et angoissant…

THE LITTLE GIRL WHO LIVES DOWN THE LANE

 

1976 – CANADA / USA / FRANCE

 

Réalisé par Nicolas Gessner

 

Avec Jodie Foster, Martin Sheen, Mort Shuman, Alexis Smith, Scott Jacoby, Dorothy Davis, Clesson Goodhue

 

THEMA ENFANTS

Entre une poignée de comédies et de polars français (La Blonde de Pekin avec Mireille Darc, Quelqu’un derrière la porte avec Charles Bronson) et le soap opéra Le Château des oliviers diffusé en 1993, La Petite fille au bout du chemin fait un peu figure d’exception dans la carrière du cinéaste Nicolas Gessner. Pas fantastique au sens strict du terme, le scénario (adapté par Laird Koenig d’après son propre roman) exhale malgré tout un fort parfum de mystère, d’étrangeté et d’épouvante, en se concentrant sur Rynn Jacobs, une fille de treize ans qui vit recluse dans une maison de la Nouvelle-Angleterre. Avec déjà une vingtaine de longs-métrages à son actif (parmi lesquels Taxi Driver et Bugsy Malone), Jodie Foster lui prête sa silhouette adolescente et sa frimousse déjà incroyablement mature (elle se double d’ailleurs elle-même dans la version française). Rynn vient d’emménager avec son père, un poète de renom. Son autonomie, son refus de se mêler aux autres et son effronterie excitent la curiosité des voisins. Notamment celle de Madame Hallet, revêche et autoritaire propriétaire de la maison interprétée par Alexis Smith, et surtout son fils Frank, un père de famille qui dissimule derrière son apparente respectabilité une perversité sournoise et d’inquiétants penchants pédophiles.

C’est Martin Sheen qui incarne ce peu recommandable individu. Chacune de ses apparitions provoque un véritable courant d’air glacial dans l’échine du spectateur. Et ce dès sa toute première intervention en pleine soirée d’Halloween, lorsqu’il tourne autour de Rynn tel un prédateur, roulant des yeux lubriques, caressant ses cheveux sans retenue, bref à deux doigts d’aller déjà trop loin. Le père de Rynn demeurant désespérément invisible, la curiosité se mue progressivement en soupçons, et la police commence à se poser des questions. D’où de régulières visites de l’inspecteur Miglioriti incarné par Mort Shuman, future figure incontournable de la chanson populaire française. Le neveu du policier, l’apprenti-magicien Mario (Scott Jacoby), se lie d’amitié avec Rynn, et accepte de partager avec elle le terrible secret qu’elle a enfoui au fond de la cave de la maison. Un secret d’autant plus redoutable que ceux qui s’y frottent de trop près passent illico de vie à trépas…

Le secret dans la cave

L’impact de La Petite fille au bout du chemin repose évidemment beaucoup sur les épaules de Jodie Foster et de Martin Sheen, ce dernier assurant quasiment le rôle du Grand Méchant Loup des contes de Grimm et Perrault. Le scénario évoque en substance le racisme et l’intolérance, se positionnant sans détour comme un plaidoyer pour l’indépendance et le droit à la différence. Dommage que la mise en scène de Gessner, terne et dénuée de véritable point de vue, gâche un peu le potentiel d’une telle histoire. Tout comme la partition de Christian Gaubert, datée et fort peu subtile, qui se complète d’extraits empruntés au concerto n°1 en mi mineur de Chopin. Thriller atypique préférant ouvertement l’atmosphère oppressante à l’épouvante pure, La Petite fille au bout du chemin généra autour de lui un petit culte malgré son passage quasiment inaperçu aux yeux du grand public.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

REPTILICUS, LE MONSTRE DES MERS (1962)

Ce film de dinosaure involontairement hilarant, garni d’effets spéciaux d’une désarmante maladresse, nous vient tout droit du Danemark…

REPTILICUS

 

1962 – DANEMARK

 

Réalisé par Sidney Pink et Ib Melchior

 

Avec Carl Ottosen, Ann Smyrner, Mimi Heinrich, Asbjörn Andersen, Marla Behrens, Bent Mejding

 

THEMA DINOSAURES

Le Danemark n’est pas une contrée habituée au cinéma fantastique. Du coup, lorsque le producteur, scénariste et réalisateur danois Sidney Pink se lança dans un film de dinosaure baptisé Reptilicus, la curiosité du public fut aiguisée… pas longtemps, hélas, étant donnée la piètre qualité du produit. La première partie décrit avec une gravité et un sérieux imperturbable – si l’on excepte les pitreries affligeantes du comique de service, le jeune employé du laboratoire – la découverte par le professeur Martens d’un tissu animal ramené d’une mine lapone. Après étude du spécimen, Martens conclut qu’il s’agit là de la queue d’un grand reptile. Il part donc en quête d’autres fragments de chair, malgré l’incrédulité de ses collègues. Refusant de lâcher le morceau, Martens est en fait persuadé que l’animal en question constitue le lien entre les reptiles et les mammifères, et que sa chair peut se régénérer à volonté. L’expérience qu’il pratique dans la foulée va lui prouver ses dires au-delà de toute espérance. Car le bout de queue, déposé en chambre froide, se met à reprendre vie et à grandir avant de se transformer en monstre préhistorique.

Avant que la bête ne fasse son apparition, l’action s’arrête brusquement et le film s’intéresse dès lors à trois protagonistes gagnant la ville. Le réalisateur fait alors subir au spectateur une longue visite guidée de Copenhague, avec fontaines, rues, monuments, restaurants, et une chanson intégrale dans un cabaret ! Le public, pour le moins surpris, met donc un moment à se remettre de ce long passage touristique pour le moins déplacé. Comme s’il avait été interrompu par une coupure publicitaire, le cours de l’intrigue reprend ensuite, et la créature se montre enfin. Reptilicus, « croisement d’un diplodocus et d’un animal amphibie » nous affirme-t-on sentencieusement, est en fait une marionnette animée n’importe comment qui ressemble à un dragon, crache un très ridicule acide vert en dessin animé et évolue timidement dans de pitoyables maquettes. À part trois tristes rétro-projection, on ne le voit jamais en même temps que les acteurs.

« Le croisement d’un diplodocus et d’un animal amphibie »

Pour donner une impression de spectaculaire, Pink abuse des stock shots de catastrophes, montre les déploiements de l’armée et la foule qui court. C’est donc d’un œil distant – et fort amusé au second degré – qu’on regarde ce monstre semer la panique en Scandinavie puis prendre la fuite. Gravement brûlé après l’assaut de Mark Grayson, responsable de la sécurité, notre Reptilicus s’enfonce dans la mer pour cicatriser ses plaies. Mais le bombarder est impossible, car dès lors chaque morceau du saurien donnerait naissance à autant d’exemplaires du monstre, comme une Hydre de Lerne d’un genre nouveau. Mais que faire, bon sang ? Tandis que les autorités s’arrachent les cheveux, les spectateurs se tiennent les côtes, jusqu’à une fausse happy-end des plus prévisibles. AIP, le distributeur américain, fut tellement consterné par le film qu’il menaça Pink de le traîner en justice, sous prétexte que Reptilicus était inexploitable ! Pour amenuiser quelque peu le désastre, le scénariste Ib Melchior fut chargé de tourner quelques scènes supplémentaires aux États-Unis.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

L’HOMME ET LE MONSTRE (1959)

Après avoir conclu un pacte avec Satan, un pianiste frustré devient virtuose mais se transforme en créature bestiale…

EL HOMBRE Y EL MONSTRUO

 

1959 – MEXIQUE

 

Réalisé par Rafael Baledon

 

Avec Abel Salazar, Enrique Rambal, Martha Roth, Ofelia Guilmain, Ana Laura Baledon, Jose Chavez, Maricarmen Vela, Carlos Suarez

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

La musique jouait déjà un rôle inattendu dans Le Monde des vampires, produit par Abel Salazar et réalisé par Fernando Mendez, puisqu’elle s’avérait plus efficace que le pieu ou les rayons du soleil pour éliminer les suceurs de sang aux dents longues. Dans cette nouvelle production Salazar, réalisée cette fois par le vétéran Rafael Baledon, elle est la clef de voûte d’une histoire de pacte avec Satan qui s’éloigne des archétypes dictés par le mythe de Faust pour nous offrir un conte d’horreur aux rebondissements surprenants. Enrique Rambal y incarne Samuel Magno, qui envie à la virtuose Alejandra Meyer (Martha Roth) le statut de meilleur pianiste du monde. Frustré, le musicien n’hésite pas à invoquer le diable en personne pour parvenir à ses fins. Guidé par Satan, Samuel égorge Alejandra et transporte son cadavre jusque chez lui, où il croupit désormais dans un placard, comme un trophée macabre. Lorsqu’il se met au piano, le damné se rend compte qu’effectivement il maîtrise comme personne au monde les touches d’ivoire. Mais bien entendu, il y a une contrepartie. Désormais, chaque fois qu’il joue de la musique, Samuel est condamné à se transformer en monstre hideux.

Maladroitement calqué sur celui que Jack Pierce créa pour Le Loup-garou, le maquillage bestial, qui apparaît progressivement via une série de fondus enchaînés, révèle un museau démesuré, des dents proéminentes, d’épais sourcils et des poils en abondance. Mais l’approximation de ce grimage est transcendée par le jeu très convaincant de Rambal, d’autant que cet aspect grotesque peut tout aussi bien s’interpréter comme une métaphore de la vanité et de la bassesse, muant bien souvent l’homme en bête. Seule la mère du malheureux, incarnée avec sévérité par Ofelia Guilmain, est au courant de son secret. Mais plusieurs événements étranges finissent par attirer l’attention de Ricardo Souto, un mélomane à qui Abel Salazar prête ses traits. Le thème du pacte avec le diable se mixe ainsi avec celui du loup-garou et de Jekyll et Hyde, jusqu’à ce que le monstre ne s’en prenne à la jeune pianiste Laura (Martha Roth à nouveau), reprenant la figure classique de la Belle et la Bête.

La musique du diable

D’excellentes séquences d’action ponctuent le film, notamment l’attaque de la créature qui défonce les portes d’un hôtel avec brutalité et agresse Ricardo. L’Homme et le monstre fait également la part belle à l’angoisse pesante, comme lorsque Samuel, attiré comme un aimant par les touches d’un piano, ne peut s’empêcher d’interpréter un morceau de Tchaïkovski à la demande d’une petite fille, bien qu’il soit conscient de la terrible métamorphose qui s’ensuivra. Le climax, situé en plein concert, est filmé avec la maestria d’un Alfred Hitchcock, et rappelle d’ailleurs beaucoup le suspense musical mis en place dans L’Homme qui en savait trop. Les qualités habituelles des productions Salazar sont au rendez-vous de ce récit horrifique novateur, notamment une belle photographie noir et blanc riche en contrastes, une poignée de décors somptueux judicieusement exploités malgré la petitesse du budget, et une partition de qualité signée Gustavo Carrion.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

CELL PHONE (2016)

Les ondes des téléphones portables zombifient la population dans cette adaptation ratée d’un roman de Stephen King…

CELL

 

2016 – USA

 

Réalisé par Tod Williams

 

Avec John Cusak, Samuel L. Jackson, Isabelle Fuhrman, Clark Sarullo, Ethan Andrew Casto, Owen Teague, Stacy Keach

 

THEMA MUTATIONS I SAGA STEPHEN KING

Le roman « Cellulaire » de Stephen King, paru en 2006, part d’un postulat très prometteur, utilisant le prisme de l’horreur et de la science-fiction pour mieux dénoncer la zombification de nos contemporains face à leur téléphone portable. L’entrée en matière, comme souvent chez King, sait saisir la curiosité du lecteur et capter immédiatement son attention. Mais il faut avouer que le récit tire à la ligne, étalant sur plus de 400 pages une histoire de plus en plus incohérente, s’acheminant vers un final improbable. Le projet de l’adaptation de ce roman à l’écran, annoncé dès 2012, ne laissait donc rien espérer d’extraordinaire, étant données les nombreuses faiblesses du livre. Stephen King en écrivit le scénario avec Adam Alleca et la mise en scène fut confiée à Tod Williams, dont l’un des seuls titres de gloires était Paranormal Activity 2. Le film reprend dans les grandes lignes le principe du roman. La scène d’introduction, assez spectaculaire, montre le déchainement de la folie destructrice et meurtrière de tous les utilisateurs d’un téléphone portable dans un aéroport. Meurtres sanglants, hystérie collective et collisions d’avions s’enchaînent sur un rythme infernal.

Le dessinateur Clay (John Cusack) et le chauffeur de métro Tom (Samuel L. Jackson) tentent d’échapper au massacre. L’amateur observateur remarquera que Cusack et Jackson se donnaient déjà la réplique dans une autre adaptation de Stephen King, le remarquable Chambre 1408 (auquel Cell Phone rend hommage à plusieurs reprises le temps d’une poignée de clins d’œil discrets). Tous deux sont bientôt rejoints par Alice (Isabelle Fuhrman), qui vient d’occire sa mère contaminée par le terrible virus. Sur leur route, les trois rescapés croisent les « téléphoneurs » (autrement dit les contaminés) mais aussi des petits groupes épars de survivants. Clay s’accroche alors au fol espoir que son fils et sa femme sont encore en vie, qu’ils ont échappé à « l’impulsion » fatale et qu’ils l’attendent.

L’invasion des « téléphoneurs »

Nous sommes ici sur un terrain connu, quelque part entre le film d’infectés (28 jours plus tard), le film de fin du monde (La Route) et le film de « body snatchers » (L’Invasion des profanateurs). Cell Phone n’échappe donc à aucun lieu commun. Pire : les idées science-fictionnelles de King (notamment les hommes dont le cerveau est vidé puis réinitialisé par l’intermédiaire des téléphones) ont du mal à passer le cap de l’écran. Elles étaient déjà difficiles à avaler sur le papier, mais dans le film elles sombrent vite dans le grotesque. Plusieurs scènes de foules très impressionnantes scandent certes le métrage (notamment dans le stade, ou lors du climax autour de l’antenne), mais elles ne mènent nulle part et ne s’appuient sur aucun enjeu clairement défini. Quant au final, parfaitement grotesque, il prend les allures d’une sorte d’énorme gag absurde aux accents de la chanson « Trololo ». Du coup Cell Phone s’oublie aussitôt après avoir été visionné et la salve acide contre l’addiction aux téléphones portables n’a pas du tout l’impact escompté.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

TIMECRIMES (2007)

Plongé accidentellement dans un voyage temporel incontrôlable, un homme se retrouve dans des situations de plus en plus cauchemardesques…

LOS CRONOSCRIMENES

 

2007 – Espagne

 

Réalisé par Nacho Vigalondo

 

Avec Karra Elejalde, Candela Fernandez, Babara Goenaga, Nacho Vigalondo, Juan Inciarte

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Pour son premier long-métrage, le réalisateur espagnol Nacho Vigalondo se laisse inspirer par ses lectures de jeunesse, notamment le magazine de bandes-dessinées « 2000 AD ». C’est entre ces pages que naît une grande partie de sa passion pour la science-fiction. Conscient des limites budgétaires auxquelles il va devoir faire face, Vigalondo concocte une complexe histoire de voyage dans le temps qui s’appuiera toute entière sur la rigueur du scénario, de la mise en scène et des comédiens, sans le moindre recours aux effets visuels. Tout commence dans la campagne espagnole. Hector (Karra Elejalde) et Clara (Candela Fernandez) vivent en lisière de forêt dans une maison qu’ils rénovent. Alors qu’il observe les bois avec une paire de jumelles, Hector découvre au loin une jeune femme (Babara Goenaga) qui retire son T-shirt et expose sans pudeur sa poitrine, attisant forcément sa curiosité. Sitôt son épouse partie faire des courses, Hector mène l’enquête et finit par retrouver la belle inconnue au sol, dénudée et inconsciente. Que s’est-il passé ? A peine remis de sa surprise, notre homme est poignardé au bras par un homme inquiétant au visage couvert de bandages ensanglantés.

Voilà un point de départ pour le moins intriguant. Mais le personnage principal n’est pas au bout de ses surprises. Alors qu’il prend la fuite pour échapper à son assaillant menaçant, Hector s’introduit en effet dans un mystérieux bâtiment voisin et fait accidentellement un voyage dans le temps. Le voilà bientôt confronté à lui-même une heure auparavant. En cherchant à tout prix à réparer cette erreur et à revenir au présent, il va déclencher sans le vouloir une série de désastres irréparables… Ce scénario aux répercussions vertigineuses, écrit par Nacho Vigalondo lui-même, aborde le thème du paradoxe temporel sous un angle très trivial pour mieux le transcender. Dans le but d’éviter aux spectateurs de perdre pied, le récit utilise maintes astuces, y compris celle d’un des protagonistes nous expliquant à l’aide d’un croquis simplifié le principe des mondes parallèles créés par chaque saut dans le temps, comme à l’époque de Retour vers le futur 2.

Paradoxes

Le « héros » de Timecrimes étant un homme ordinaire, voyeur à ses heures comme tout spectateur qui se respecte, le phénomène d’identification fonctionne parfaitement et les influences hitchcockiennes sont assumées, ce que semblent confirmer cette énorme paire de ciseaux échappée du Crime était presque parfait ou ces péripéties dramatiques sur le toit d’une maison qui évoquent forcément Sueurs froides. L’argument science-fictionnel est d’autant plus crédible qu’il est banalisé, comme pour mieux laisser l’intrigue psychologique se développer. Ce tueur iconique (une tenue échappée des feuilletons des années 30, un bandage qui lui donne des allures de momies) surgit brusquement au fil de l’intrigue et se justifie évidemment par les incroyables retournements de situation dont le film abonde. En filigrane, une question métaphysique se pose : le moi d’il y a une heure est-il le même que le moi du présent ? S’agit-il de la même personne ? Un vieil adage ne dit-il pas qu’aucun homme ne se baigne deux fois dans la même rivière, parce que la deuxième fois ce n’est pas la même rivière et ce n’est pas le même homme ? C’est ce que semble démontrer ce récit à tiroirs, condensé dans l’espace, dans le temps et dans le nombre de protagonistes pour mieux tutoyer l’infini. Il faut bien sûr saluer la prestation étonnante de Karra Elejalde, acteur principal – et multiple ! – du film de Nacho Vigalondo, ce dernier se réservant le rôle d’un scientifique bien vite dépassé par la tournure des événements. Salué par la critique, Timecrimes sera couvert de récompenses à travers ses passages dans les festivals du monde entier.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

BIGFOOT ET LES HENDERSON (1987)

Une comédie populaire gorgée de bons sentiments dans laquelle une famille d’Américains moyens se lie d’amitié avec une grosse bête poilue…

HARRY AND THE HENDERSONS

 

1987 – USA

 

Réalisé par William Dear

 

Avec John Lithgow, Melinda Dillon, Kevin Peter Hall, Margaret Langrick, Joshua Rudoy, David Suchet, Lainie Kazan, Don Ameche, M. Emmet Walsh

 

THEMA YETIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

C’est en s’inspirant des nombreux témoignages liés à de supposées apparitions de Sasquatchs et de Bigfoots dans les forêts américaines et canadiennes que le trio de scénaristes Bill Martin, Ezra D. Rappaport et William Dear écrit l’histoire de Harry and the Hendersons. Les trois hommes avaient déjà collaboré ensemble sur le programme télévisé musical Elephant Parts. Le prénom « Harry » serait par ailleurs hérité de celui du chanteur Harry Nilsson, pour qui Bill Martin écrivit plusieurs chansons. Conçu comme une comédie familiale fantastique brassant large – et notamment le public des productions Amblin -, Harry and the Hendersons trouve le producteur exécutif idéal en la personne de Steven Spielberg. William Dear le connaît, puisqu’il avait réalisé pour lui l’un des épisodes de la série Histoires fantastiques (un quiproquo réussi autour de deux momies, l’une vraie et l’autre fausse). Familier avec le genre fantastique (il fut aussi réalisateur de Timerider), Dear hérite de la mise en scène de Harry and the Hendersons et part tourner avec une brochette de comédiens solides sur plusieurs sites naturels américains propices à l’intrusion de son Bigfoot vedette.

Comme chacun sait, Bigfoot est une créature gigantesque et velue aux grands pieds, d’où son nom. Il est aux croyances Peaux-Rouges l’équivalent du Yeti de l’Himalaya. Un jour, les Henderson, une famille d’Américains moyens, vont faire sa connaissance en le percutant de plein fouet avec leur break alors qu’ils reviennent d’un camping. Le croyant mort, ils décident de le ramener avec eux dans la banlieue Seattle, dans l’espoir de le vendre. Mais en se rendant le soir dans le garage pour examiner sa prise, George Henderson (John Lithgow) découvre que le Bigfoot est bien vivant et qu’il s’est échappé. Parti explorer la maison à la recherche d’une nourriture à sa dimension, le monstre s’empare avidement du réfrigérateur. Les Henderson finissent par s’attacher à cette grosse bête velue, beaucoup plus amicale et intelligente qu’ils ne le croyaient. George s’investit alors d’une mission : lui rendre sa liberté et le ramener à la nature. Mais les choses ne sont pas aussi simples, d’autant qu’un chasseur à la gâchette facile se met sur leur trace…

Au poil !

Très agréable, distrayant de bout en bout, réalisé avec soin, Harry and the Hendersons coche tranquillement toutes les cases de son cahier des charges, et c’est sans doute là que le bât finit par blesser. Car le côté « recette de cuisine aux ingrédients bien dosés » de l’entreprise lui ôte aussi toute spontanéité : un peu d’action, un peu de comédie, un peu de suspense, un peu d’émotion, c’est propre, bien emballé mais pas très surprenant et sans doute trop formaté pour convaincre totalement. D’autant que la trame du film se calque sagement sur celle de E.T. l’extra-terrestre. On se rabat donc sur l’abattage de John Lithgow (parfait dans tous les registres) et sur les remarquables effets spéciaux de Rick Baker. Réconcilié avec Steven Spielberg après une brouille liée au faux départ de la production de E.T. (justement), le génial maquilleur crée sans doute ici son faciès simien le plus réussi et le plus expressif, s’inspirant en partie de la physionomie des orangs outans. Ce travail remarquable (celui qu’il préfère parmi toutes ses créations) s’appuie sur la prestation impressionnante du gigantesque Kevin Peter Hall (le Predator, c’est lui !) et permettra au film de remporter l’Oscar des effets spéciaux de maquillage. Pour jouer la carte du mystère, la campagne marketing du film évitait de montrer la créature, ce qui joua en sa défaveur. Il fallait de toute évidence capitaliser sur « la bête », ce que firent de nombreux territoires en dehors des États-Unis (y compris la France) en exhibant la brave créature sur les posters et en rebaptisant le film Bigfoot et les Henderson. Le film eut finalement suffisamment de succès pour engendrer une sympathique sitcom diffusée entre 1991 et 1993.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

INVISIBLE INVADERS (1959)

Des extra-terrestres transforment les humains en zombies pour conquérir la Terre dans cet ancêtre délirant de La Nuit des morts-vivants

INVISIBLE INVADERS

 

1959 – USA

 

Réalisé par Edward L. Cahn

 

Avec John Agar, Jean Byron, Philip Tonge, Robert Hutton, John Carradine, Paul Langton, Eden Hartford, Don Kennedy

 

THEMA ZOMBIES I EXTRA-TERRESTRES

Fort prolifique dans le double domaine de l’épouvante et de la science-fiction, le réalisateur Edward L. Cahn les mêle ici étroitement en recyclant ses deux thématiques préférées : les extra-terrestres belliqueux (Invasion of the Saucer Men, La Fusée de l’épouvante) et les zombies (Creature with the Atom Brain, Zombies of Mora-Tau, Voodoo Woman). Si sa méconnue Fusée de l’épouvante servit probablement d’inspiration à Dan O’Bannon et Ronald Shussett pour le scénario d’Alien, il n’est pas impossible que cet Invisible Invaders fut l’une des influences subies par George Romero lorsqu’il s’attela à sa Nuit des morts-vivants neuf ans plus tard. Au cours du prologue, le docteur Karol Noymann, incarné par l’incontournable John Carradine, meurt dans l’explosion de son laboratoire de physique. Après l’enterrement, son collègue le docteur Adam Penner (Philip Tonge) reçoit la visite de Noymann, sous la forme d’un zombie animé par une puissance extra-terrestre installée sur la lune depuis des siècles.

Nos agressifs voisins sélénites ont en effet un plan imparable pour envahir notre planète : s’emparer du corps des défunts et les muer en zombies à leurs ordres. Si un tel stratagème prêtait à rire dans Plan 9 From Outer Space réalisé la même année par Ed Wood, la menace est ici fort efficacement menée. Et elle s’achève dans un bunker, où les humains survivants sont agressés sans relâche par des zombies blafards en costume cravate dont le nombre ne cesse de croître. La petitesse du budget se fait sensiblement sentir tout au long du métrage, mais Edward Cahn la contourne par d’habiles stratagèmes. Il use ainsi de stock-shots variés pour illustrer les scènes de foule et de destruction qu’il n’a pas les moyens de filmer lui-même, et traduit l’invisibilité des agresseurs extra-terrestres par des trucages simples et efficaces : deux tas de terre qui bougent pour visualiser les pas traînants des envahisseurs (il usa d’une astuce voisine pour les empreintes de The She Creature), des branches qui s’écartent toutes seules, et le tour est joué. Le film s’encombre en revanche d’une voix off sentencieuse parfaitement inutile qui croit bon de paraphraser régulièrement l’action.

Aimez-vous les uns les autres

Le casting d’Invisible Invaders est dominé par John Agar et Philip Tonge, plus vrais que nature dans leurs rôles respectifs de militaire pugnace et de vieux savant accablé. On ne peut en dire autant de Jean Byron et Robert Hutton, assurant les fonctions superficielles de belle plante et de rival amoureux. Nos quatre survivants tentent bien de vaporiser du produit acrylique sur les zombies pour les immobiliser, mais ils ne parviennent pour autant à endiguer l’invasion. Jusqu’à ce qu’un accident ne leur révèle le point faible des aliens : les ondes sonores. L’ultime contre-attaque évoque ainsi celle des Soucoupes volantes attaquent, et le film s’achève sur une morale enjoignant toutes les nations à cesser de lutter entre elles. Un message plutôt naïf dont la sincérité est cependant touchante, d’autant qu’Invisible Invaders se positionne d’emblée comme une œuvre farouchement anti-nucléaire.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article