LÂCHEZ LES MONSTRES ! (1970)

Vincent Price, Peter Cushing et Christopher Lee partagent l’affiche de ce film d’horreur atypique déclinant le mythe de Frankenstein…

SCREAM AND SCREAM AGAIN

 

1970 – GB

 

Réalisé par Gordon Hessler

 

Avec Vincent Price, Christopher Lee, Peter Cushing, Alfred Marks, Christopher Matthews, Judy Huxtable, Yutte Stensgaard

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Futur réalisateur des Crocs de Satan et du Voyage fantastique de Sinbad, le cinéaste britannique Gordon Hessler signe avec Lâchez les monstres ! un film étrange s’efforçant de marier l’horreur, la science-fiction, l’espionnage, l’enquête policière, la politique-fiction et l’humour noir. Le démarrage de l’intrigue, pour le moins confus, enchaîne des séquences bizarres qui semblent n’avoir aucun rapport les unes avec les autres. Un homme en train de faire son jogging s’évanouit et se réveille dans un hôpital pour découvrir qu’il a été amputé d’une jambe ; des policiers enquêtent sur l’agression sexuelle et le meurtre particulièrement violent d’une jeune femme ; les généraux d’un gouvernement dictatorial non déterminé échafaudent de nébuleuses stratégies ; un homme rencontre une femme dans un night-club et l’assassine ; deux prisonniers tentent de s’évader d’un camp militaire mais sont rattrapés et torturés… Autant dire que dans un premier temps, il est difficile de s’impliquer dans le film, tant le scénario accumule les étrangetés sans s’efforcer de tisser le moindre lien entre ces saynètes insolites. L’effet recherché est manifestement le mystère et la curiosité, mais cette technique narrative s’avère risquée, car la tentation de décrocher est grande face à un récit aussi décousu.

Lâchez les monstres ! commence à captiver vraiment lorsque la police se lance sur les traces d’un tueur qui semble invincible et qui suce le sang de ses victimes. Après une poursuite automobile qui semble faire écho à celle de Bullit (sorti l’année précédente sur les écrans), le meurtrier, fort comme dix hommes, escalade une falaise à toute vitesse, en une séquence surprenante qui n’a rien à envier à Spider-Man. Lorsqu’il est enfin capturé et menotté, il s’arrache carrément la main pour prendre la fuite, avant d’achever sa folle cavalcade en se jetant dans une cuve d’acide. Le scénario n’étant pas l’œuvre de surréalistes adeptes des cadavres exquis, toutes les pièces du puzzle finissent tout de même par s’assembler pour révéler les activités hors normes d’un bon vieux savant fou incarné par Vincent Price, le docteur Browning (dont le nom est un hommage manifeste au réalisateur de Dracula et Freaks).

Les surhommes du docteur Browning

Celui-ci fabrique des êtres composites en assemblant les membres et les organes de donneurs non consentants. Le résultat est censé être une race de surhommes insensibles à la douleur et physiquement parfaits. Mais ces monstres de Frankenstein d’un nouveau genre s’avèrent incontrôlables, et lorsque plusieurs gouvernements se disputent la découverte pour la muer en arme redoutable, Browning déchante carrément. Bien qu’en tête d’affiche, Christopher Lee et Peter Cushing ne font ici que de très brèves et très frustrantes apparitions. Quant à Vincent Price, il n’a droit qu’à une seule scène digne de ce nom, à la toute fin du film. Tout s’explique donc au cours de la dernière bobine, mais entre les spectateurs ayant abandonné le film faute de patience et ceux s’avérant désenchantés par un fin mot de l’histoire arpentant des sentiers maintes fois foulés, Lâchez les monstres ! a toutes les chances de décevoir. Et ce malgré une collection de séquences mémorables, une violence et un érotisme assez crus pour l’époque, et une poignée de comédiens tout à fait convaincants.

 

© Gilles Penso


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SHARK ATTACK (1999)

Suite à un nombre anormal d’attaques de requins mortelles, une enquête révèle que les squales tueurs ont subi des mutations…

SHARK ATTACK

 

1999 – USA

 

Réalisé par Bob Misiorowski

 

Avec Casper Van Dien, Ernie Hudson, Cordell McQueen, Jacob Makgoba, Chris Olley, Paul Ditchfield, Shelley Meskin

 

THEMA MONSTRES MARINS

Spécialisée dans les films de genre à tout petit budget, la firme Nu Image a de grandes ambitions et tente de rivaliser avec les plus grosses productions hollywoodiennes malgré des moyens anémiques. Après la guerre, la science-fiction, l’espionnage et les catastrophes, Nu Image s’est attaqué aux monstres avec ce premier Shark Attack. Là où l’on attendait une énième imitation des Dents de la mer, le film nous surprend avec un scénario certes ni très original, ni très palpitant, mais qui présente au moins le mérite de ne pas emprunter la voie quasi-incontournable tracée par Steven Spielberg. Dans le petit village de pêche africain d’Amanzi, le biologiste Mark Desanti meurt dans d’étranges circonstances, alors qu’il enquêtait sur un nombre anormal d’attaques de requins survenues en l’espace de trois mois. Douze victimes sont en effet tombées sous les mâchoires acérées des squales, soit plus qu’en Australie pendant cinq ans.

Steven McKray, ami et confrère du défunt, décide de poursuivre ses investigations. Il s’allie avec Corinne, la sœur de Mark, et découvre que les requins du coin sont atteints d’encéphalites. Une analyse sanguine révèle qu’une hormone de croissance artificielle leur a été injectée, les conduisant à un appétit insatiable et à une folie meurtrière qui les pousse à chasser de plus en plus près des côtes et non plus au large. L’enquête de Steven et Corinne semble gêner beaucoup de monde à Amanzi, ce qui leur vaut de frôler une mort violente à plus d’une reprise. L’hormone incriminée s’avère être l’œuvre de Miles Craven, chercheur au centre de recherches marines du village. Ce dernier modifie en effet l’anatomie des squales afin d’en tirer un produit miracle censé guérir le cancer, au mépris des nombreux effets secondaires indésirables. Mais la machination est encore plus complexe qu’elle n’y paraît, et le promoteur immobilier Lawrence Rhodes semble en savoir plus qu’il n’en dit…

Un Starship Trooper contre un Ghostbuster

Autour de cette intrigue aux rebondissements fréquents, Bob Misiorowski signe une réalisation efficace, soignant tout particulièrement sa mise en image, les décors naturels étant valorisés par une photographie et des cadrages minutieusement ciselés. Question action, nous avons droit à un raisonnable lot de poursuites de voitures et de bateaux, de cascades en hélicoptère, d’explosions et de fusillades. Quant aux requins, ils proviennent principalement d’images d’archives. Si leurs attaques sont plutôt bien montées, il est rare qu’ils apparaissent en même temps que les êtres humains, à l’exception de l’efficace séquence de la cage sous-marine, seul tribut payé aux Dents de la mer. Casper Van Dien et Ernie Hudson, qui connurent respectivement leur heure de gloire avec Starship Troopers et S.O.S. fantômes, s’acquittent convenablement de leurs rôles de héros intrépide et de financier véreux. Le reste du casting est à l’avenant, fonctionnel et sans éclat. Un double qualificatif qu’on pourrait d’ailleurs attribuer au film tout entier. Shark Attack ne marqua donc pas vraiment les mémoires, mais il se comporta suffisamment bien sur le marché de la vidéo pour initier chez Nu Image la mise en chantier de deux séquelles.

 

© Gilles Penso


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LA MALÉDICTION DE LA MOMIE (1944)

Le monstre à bandelettes du studio Universal fait une cinquième et dernière apparition à l’écran, toujours en quête de son antique bien-aimée…

THE MUMMY’S CURSE

 

1944 – USA

 

Réalisé par Leslie Goodwins

 

Avec Lon Chaney Jr, Virginia Christine, Peter Coe, Kay Harding, Dennis Moore, Martin Kosleck, Kurt Katch, Holmes Herbert

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Les scénaristes d’Universal redoublant d’idées pour ressusciter inlassablement les monstres du répertoire classique, il ne fallait pas faire grand cas de la mort de la momie Kharis et de sa bien-aimée Ananka dans le marécage gluant du Fantôme de la momie. La Malédiction de la momie prend place 25 ans après les événements du film précédent (une aberration chronologique, car si l’on compte tous les sauts temporels narrés depuis La Momie, l’action devrait ici se dérouler dans les années 90 !). Nous sommes dans des bayous volontiers enclins à la superstition. Tante Berthe chante dans un café avec l’accent de Maurice Chevalier, tandis que les autochtones s’émeuvent de la vague de terreur qui se répandra à coup sûr suite à l’assèchement du marais supervisé par l’entrepreneur Pat Walsh (Addison Richards). Missionnés par le musée Scripps, le docteur James Halsey (Dennis Moore) et son assistant égyptien Ilzor Zandaab (Peter Coe) débarquent dans l’espoir de retrouver la momie de Kharis. Mais Zandaab est un fourbe, et il faut reconnaître qu’on le voit venir de loin avec son tarbouch vissé sur le crâne.

Ensuite, c’est la routine habituelle : notre homme gravit les longues marches qui le mènent dans un vieux monastère, en compagnie d’un apprenti nommé Ragheb (Martin Kosleck), revêt la robe et le pendentif des Grands Prêtres d’Arkam, puis nous gratifie d’un flash-back antique emprunté à La Main de la momie, avec Tom Tyler dans le rôle de Kharis. Pourtant, dès que la momie revient d’entre les morts après une revigorante gorgée de jus de tana, c’est à nouveau Lon Chaney Jr qui l’incarne, sous les bandelettes de Jack Pierce. Ananka, pour sa part, prend ici le séduisant visage de Virginia Christie. La séquence de sa résurrection est un des moments forts du film. S’extirpant maladroitement d’une terre encore meuble, elle erre en haillons, le visage blafard, telle un zombie désincarné, puis entre lentement dans un point d’eau pour chasser la boue qui la recouvre. Le jeu de la comédienne et la qualité du maquillage sont pour beaucoup dans l’impact de ce moment d’épouvante surréaliste.

D’entre les morts

Dès lors, Ananka retrouve toute sa jeunesse et sa beauté, et Hasley la prend sous son aile en attendant qu’elle recouvre la mémoire. Hélas, son destin n’est guère enviable, car elle finira momifiée, tandis que Kharis, réduit dans ce film à l’état de simple pantin meurtrier, est aplati sous les décombres du monastère qui s’effondre. Cette mise à mort, la moins flamboyante de toutes, est pourtant définitive, car la série des momies d’Universal s’achève avec ce cinquième volet, avant qu’Abbott et Costello n’en fasse l’objet d’un pastiche. Il est tout de même étrange que les scénaristes n’aient jamais vraiment cherché à s’éloigner des archétypes et des situations déjà vues. Finalement, il y a plus d’innovation dans la première Momie de Karl Freund que dans ses quatre séquelles réunies, ne serait-ce que parce que Boris Karloff quittait bien vite ses bandages pour incarner un monstre plus insidieux et plus complexe qu’un simple succédané égyptien du monstre de Frankenstein.

 

© Gilles Penso


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ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU (2023)

Pour leur cinquième aventure « live », les irréductibles Gaulois prennent les traits de Guillaume Canet et Gilles Lellouche…

ASTÉRIX ET OBÉLIX : L’EMPIRE DU MILIEU

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Guillaume Canet

 

Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Jonathan Cohen, Vincent Cassel, Julie Chen, Leanna Chea, Marion Cotillard, Pierre Richard, Ramzy Bedia, José Garcia

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

Si les deux premiers volets de la saga cinématographique Astérix avaient su très correctement emplir les tiroirs caisses, on ne peut pas dire qu’Astérix aux jeux olympiques et Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté aient rameuté les foules. Face à ce constat mitigé, il était clair qu’un renouvellement s’imposait. Anne Goscinny elle-même, fille du grand René en charge de faire fructifier l’œuvre de son père, estimait qu’il était grand temps de rajeunir le casting. Or si le petit Gaulois moustachu avait déjà plusieurs fois changé de visage (Christian Clavier, Clovis Cornillac, Édouard Baer), son comparse ventripotent et bon-vivant avait jusqu’alors invariablement conservé les traits bonhommes de Gérard Depardieu. À 75 ans, il semblait logique que le Cyrano de Rappeneau raccroche le menhir. Le ravalement de façade s’opère à l’initiative de Guillaume Canet qui – une fois n’est pas coutume – n’adapte aucun album de la BD mais écrit un scénario original avec Julien Hervé et Philippe Mechelen : Astérix et Obélix : l’empire du milieu (un terme qui évoque à la fois Star Wars, Le Seigneur des anneaux et bien sûr la Chine elle-même, occasion manifeste de rendre hommage aux films d’arts martiaux dont Alain Chabat se moquait déjà allègrement dans une séquence mémorable de Mission Cléopâtre). Le réalisateur s’octroie le rôle principal aux côtés de son compère Gilles Lellouche, qui a la lourde tâche de nous faire oublier la prestation imposante de Depardieu.

C’est l’inimitable voix off de Gérard Darmon, basse et profonde comme il se doit, qui nous guide dans cette nouvelle aventure. Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ et l’impératrice de Chine (Linh-Dan Pham) est emprisonnée à la suite d’un coup d’État fomenté par Deng Tsin Qin (Bun Hay Mean), un prince félon. Aidée par Graindemaïs (Jonathan Cohen), un marchand phénicien, et par sa fidèle guerrière Tat Han (Leanna Chea), la princesse Fu Yi (Julie Chen), fille unique de l’impératrice, s’enfuit pour demander de l’aide aux irréductibles Gaulois. Voilà pour l’entrée en matière. Or dès les premières minutes, on sent bien que quelque chose cloche. Guillaume Canet, sous le casque d’un Astérix maussade et dépressif, arbore un immuable regard de chien battu. Gilles Lellouche, engoncé dans son costume grossissant, débite ses dialogues avec une voix débilitante et des expressions niaises dans l’espoir de trouver les intonations qui conviendraient le mieux à Obélix. Pierre Richard, sous la défroque du vénérable Panoramix, interrompt brutalement une séquence pour se prêter à un clin d’œil à La Chèvre qui tombe comme un cheveu dans la soupe. Manifestement pas dans son élément, Canet a toutes les peines du monde à trouver la juste tonalité.

« Ne raconte pas de salades à César ! »

Partagé entre l’envie d’apporter du sang neuf à la saga inspirée par Goscinny et Uderzo et celle de retrouver la recette miracle appliquée par Alain Chabat sur Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, Astérix et Obélix : l’empire du milieu multiplie les guest-stars tous azimuts (comédiens, chanteurs, humoristes, footballeurs, youtubeurs) mais cette tendance au remplissage n’a pas plus d’efficacité que le navrant défilé de sportifs qui faisait la queue pendant l’épilogue d’Astérix aux jeux olympiques. La pauvreté des dialogues, le manque d’originalité des gags, les jeux de mots affligeants (« Ne raconte pas de salades à César ! ») et la conviction toute relative des acteurs n’arrangent rien. Ni Vincent Cassel en César malingre, ni Marion Cotillard en Cléopâtre adultère, ni même Jonathan Cohen en faux blond phénicien (qui vole pourtant la vedette à tout le monde, comme souvent) ne parviennent à tirer leur épingle du jeu et à s’extraire du carcan caricatural où les enferme le film. Pour couronner le tout, malgré toute la sympathie que l’on peut éprouver pour Matthieu Chédid, force est de constater que le talentueux chanteur est un bien piètre compositeur de bande originale (discipline dans laquelle Jean-Jacques Goldman avait lui-même montré ses limites avec Astérix et Obélix contre César). C’est donc à un ratage quasi complet que nous convie hélas Astérix et Obélix : la terre du milieu, bien incapable de justifier à l’écran le budget pharaonique de 66 millions d’euros mis à sa disposition.

 

© Gilles Penso

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LES FAUVES MEURTRIERS (1963)

Un directeur de zoo psychopathe se sert de ses animaux sauvages pour éliminer tous ceux qui l’importunent…

BLACK ZOO

 

1963 – USA

 

Réalisé par Robert Gordon

 

Avec Michael Gough, Jeanne Cooper, Rod Lauren, Virginia Grey, Jerome Cowan, Elisha Cook Jr, Marianna Hill

 

THEMA MAMMIFÈRES I SINGES

Les Fauves meurtriers s’ouvre sur une visite de zoo qu’orchestre le facétieux propriétaire des lieux, Michael Conrad, incarné avec une délectation certaine par Michael Gough. Le clou de cette visite est le spectacle de singes savants que dirige son épouse Edna (Jeanne Cooper). Excentrique, Conrad convoque ses fauves dans son salon chaque soir pour leur offrir un concert d’orgue. Mais sous ses airs affables, cet homme est un psychopathe caractériel qui traite son employé muet Carl (Rod Lauren) comme un esclave et se sert de ses animaux comme instruments de vengeance. Ainsi assiste-t-on dès les prémices du film à l’agression d’une jeune fille par un tigre. Plus tard, lorsqu’un promoteur immobilier menace Conrad de le chasser, il ne tarde pas à finir entre les crocs de King, un lion qui obéit au doigt et à l’œil à la voix de son maître. Le sujet des Fauves meurtriers n’est donc pas très éloigné de celui de Konga, dans lequel Michael Gough se débarrassait déjà des importuns à l’aide d’un gorille agressif.

D’ailleurs, parmi les animaux à son service, Conrad garde derrière une cage un grand singe velu (autrement dit un acteur sous une peu convaincante défroque simiesque), lequel sera chargé de tuer sa propre femme après que celle-ci ait été débauchée par un agent artistique pour produire son spectacle de singes dans un grand cirque. Un jour, l’un des gardiens du zoo est agressé par un tigre et se défend en l’abattant in extremis. Furieux, Conrad n’y va pas par quatre chemins et transforme l’imprudent en apéritif pour son lion. S’ensuit une très photogénique séquence d’enterrement dans un cimetière brumeux. On pourrait croire une seconde que c’est l’homme qu’on enterre, mais en fait c’est le tigre. Au cours de ces funérailles surréalistes, Conrad prononce un discours plein d’emphase au beau milieu de ses autres fauves. Autant dire que dans ce type d’exercice, Michael Gough excelle.

Les « vrais croyants »

Mais ce n’est rien à côté de la séquence suivante, au cours de laquelle une congrégation d’adorateurs du règne animal, qui s’autoproclament les « vrais croyants », jouent du tam-tam, psalmodient, se recouvrent d’une défroque de fauve et orchestrent le transfert de l’âme du félin mort dans le corps d’un bébé tigre ! L’indiscutable pouvoir distractif de telles scènes est hélas noyé dans l’indigence d’un scénario filiforme incapable de soutenir bien longtemps l’attention de son spectateur. A tel point que, pour pouvoir s’étirer sur une heure et demie, le récit s’encombre de longueurs tout à fait inutiles, comme les disputes du couple Conrad en plein dîner (il faut dire que la montreuse de singe est quelque peu portée sur la bouteille, ce qui irrite fortement son époux) ou les discussions interminables des policiers s’efforçant sans grande conviction d’élucider cette étrange affaire. Robert Gordon lui-même, dont le seul titre de gloire, Le Monstre vient de la mer, devait beaucoup aux effets spéciaux de Ray Harryhausen et bien peu à l’éclat de sa mise en scène, assure le service minimum, jusqu’à un climax peu palpitant prenant la forme d’un ultime combat sous la pluie entre Conrad et Carl.

 

© Gilles Penso


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LE LOUP DES MALVENEUR (1943)

Dans l’ombre des « Universal Monsters » des années 30/40, le Français Guillaume Radot met en scène une malédiction familiale ancestrale…

LE LOUP DES MALVENEUR

 

1943 – FRANCE

 

Réalisé par Guillaume Radot

 

Avec Madeleine Sologne, Pierre Renoir, Gabrielle Dorziat, Marcelle Géniat, Louis Salon, Michel Marsay, Yves Furet

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Le Loup des Malveneur est le premier film de Guillaume Radot, un artisan modeste du cinéma français qui réalisa six autres longs-métrages jusqu’en 1957. Une vieille légende concerne la famille des Malveneur dont un lointain aïeul était supposé se transformer nuitamment en loup. La devise familiale est d’ailleurs « Avec eux, je hurle », ce qui en dit long. Or cette famille semble subir encore de nos jours la malédiction, étant donné que la plupart de ses membres périssent de manière violente. Le dernier des Malveneur, Reginald (Pierre Renoir), n’est pas un être franchement recommandable. Il tue en effet sans le moindre état d’âme plusieurs domestiques (qu’il considère quasiment comme des êtres inférieurs) pour effectuer secrètement des expériences sur le rajeunissement des cellules vivantes, sous les yeux épouvantés de son épouse moribonde Estelle (Marie Olinska). Sa sœur Magda (Gabrielle Dorziat), semble liée à lui par une relation étrange, à la limite de l’inceste, et sa première rencontre avec la jeune gouvernante Monique Valory (Madeleine Sologne) est l’un des moments forts du film, proche de l’atmosphère trouble du Rebecca d’Alfred Hitchcock. Monique est chargée d’éduquer Geneviève, la fillette de cinq ans de Reginald. Mais intriguée par l’étrangeté de la situation, elle décide de mener sa petite enquête, aidée par le peintre en villégiature Philippe (Michel Marsay) avec lequel elle va nouer une idylle…

Ce film curieux, sur lequel semble planer l’ombre des « monster movies » du studio Universal, brasse des thèmes et des sujets d’inspirations diverses : une malédiction très proche de celle du « Chien des Baskerville » (le titre semble d’ailleurs s’y référer), la lycanthropie, le savant fou, le mystère policier, le château hanté… Hélas, le résultat suscite un ennui profond, pas vraiment à cause du mauvais agencement de ses multiples références, mais plutôt du fait de la désinvolture du film lui-même. Les personnages, interprétés par de bien fades comédiens, sont terriblement transparents, l’intrigue manque singulièrement de clarté (comme si le montage avait omis des scènes significatives), et l’angoisse mêlée de suspense qu’aurait dû dégager cette histoire de morts et de disparitions dans un château maudit voit son potentiel anéanti par une légèreté de ton assez malvenue.

Un faux classique

La direction artistique elle-même manque singulièrement de caractère et de recherche esthétique (malgré un générique prometteur dont le titrage est calqué sur celui des Frankenstein des années 30), et le loup-garou dont il est question dès les prémices ne pointe jamais vraiment le bout de son museau velu. Le spectateur n’aura donc pas la moindre métamorphose à se mettre sur la dent. C’est d’autant plus dommage que le scénario de Francis Vincent-Bréchignac portait en son sein toutes les composantes possibles d’un passionnant film d’horreur doublé d’une satire sociale s’attaquant aux arrogances de l’aristocratie. Faute d’effets spéciaux dignes de ce nom, Guillaume Radot aurait pu s’appuyer sur des effets de suggestion hérités de Jacques Tourneur (La Féline, Vaudou, L’Homme léopard), mais même cette approche est écartée. Le Loup des Malveneur reste donc une œuvre très mineure, malgré ses allures de classique.

 

© Gilles Penso


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NANNY McPHEE (2005)

Emma Thompson entre dans la peau revêche d’une mystérieuse garde d’enfants qui a tous les attributs d’une sorcière…

NANNY McPHEE

 

2005 – GB / USA / FRANCE

 

Réalisé par Kirk Jones

 

Avec Emma Thompson, Colin Firth, Kelly Macdonald, Thomas Sangster, Eliza Bennett, Jennifer Rae Daykin, Raphael Coleman

 

THEMA CONTES

Il aura fallu neuf ans à la comédienne Emma Thompson et à la productrice Lindsay Doran pour récupérer les droits des trois romans « Chère Mathilda », « Chère Mathilda s’en va-t-en ville » et « Chère Mathilda aux bains de mer », signés Christianna Brand, et pour les synthétiser en un scénario susceptible de donner naissance à un long-métrage digne de ce nom. S’il semble surfer sur la vogue Harry Potter, Nanny McPhee est donc en réalité la concrétisation d’un rêve de longue date fomenté par deux fructueuses collaboratrices (Thompson et Doran œuvraient déjà ensemble sur Dead Again et Raisons et sentiments). Confié à Kirk Jones, réalisateur de spots publicitaires qui se fit remarquer avec son premier long-métrage Vieilles canailles en 1998, Nanny McPhee met en vedette Colin Firth dans le rôle de Cedric Brown, un veuf chargé de veiller sur ses sept enfants. Garnements impénitents, les charmants bambins ont déjà fait fuir dix-sept nounous et leur père, débordé, ne sait plus à qui les confier. Jusqu’à ce qu’une voix mystérieuse ne l’incite à engager Nanny McPhee, une femme revêche, autoritaire et franchement hideuse, à qui Emma Thompson donne corps sous un maquillage pas vraiment subtil de Peter King.

Peu à peu, il s’avère que cette garde d’enfants pas comme les autres est dotée de pouvoirs magiques. S’agit-il d’une sorcière, comme semble l’indiquer son apparence et ses manières acariâtres, ou plutôt d’une fée se camouflant sous une défroque de Carabosse (sa laideur s’effaçant au fur et à mesure que l’intrigue avance) ? Tandis que les enfants Brown tentent de lui en faire voir de toutes les couleurs, leur père doit se plier à un ultimatum inattendu : s’il ne veut pas que l’affreuse tante Adélaïde (Angela Lansbury, hilarante) ne le sépare de sa progéniture, il doit trouver une épouse dans les plus brefs délais… Certes, le rythme est enlevé, les comédiens attachants et les séquences d’effets spéciaux plutôt réussies (le cheval qui parle, les différentes bestioles que les enfants utilisent pour faire fuir leurs belles-mères potentielles). Mais Nanny McPhee exhale un sérieux parfum de déjà-vu qui nuit considérablement à son charme.

L’anti-Mary Poppins ?

De prime abord, on pourrait croire avoir affaire à un anti Mary Poppins, dans la mesure où le personnage éponyme est laid, méchant et antipathique, donc tout le contraire d’une Julie Andrews chantant sous son parapluie. Mais en réalité, le message est exactement le même (en gros, « soyez sages les enfants, et écoutez bien vos parents »), et le happy end de Nanny McPhee s’avère même dix fois plus moralisateur que chez Walt Disney. « De toutes mes musiques de films, Nanny McPhee fut probablement la plus difficile à écrire », nous raconte le compositeur Patrick Doyle. « D’abord parce que la bande originale d’une comédie est un exercice très difficile, ensuite parce que ce film comporte énormément de musique, et enfin parce que je n’ai eu que deux semaines et demie pour tout composer. Sans compter les incessants changements d’avis des responsables de la production. J’étais sous tension permanente. La qualité de ma musique en a sans doute souffert. » (1) A vrai dire, ce travers semble s’étendre au film tout entier. Dommage, l’initiative était plutôt sympathique.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2007

 

© Gilles Penso

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L’EXORCISTE DU VATICAN (2023)

Russell Crowe affronte un démon redoutable face à la caméra de Julius Avery, le réalisateur d’Overlord…

THE POPE’S EXORCIST

 

2023 – USA

 

Réalisé par Julius Avery

 

Avec Russell Crowe, Daniel Zovatto, Alex Essoe, Franco Nero, Peter DeSouza-Feighoney, Laurel Marsden, Cornell John, Ryan O’Grady, Ralph Ineson

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le père Gabriele Amorth est un personnage bien réel dont les activités au sein de l’église méritaient bien un film. Exorciste du diocèse de Rome depuis 1990, ce prêtre italien aurait pratiqué entre 50 000 et 70 000 exorcismes ! Auteur de plusieurs livres à succès, Amorth fascine beaucoup de monde, notamment le réalisateur William Friedkin qui décide, comme pour donner suite à son classique L’Exorciste, de lui consacrer en 2016 un documentaire, The Devil and Father Amorth. « J’ai obtenu une autorisation exceptionnelle pour assister à un exorcisme pratiqué par le père Amorth, mais je n’avais pas le droit d’emmener une équipe avec moi », nous racontait Friedkin. « J’ai donc filmé la séance tout seul avec une caméra numérique miniature. » (1) Le prêtre décède hélas en plein tournage, victime de complications pulmonaires. En 2020, Hollywood s’intéresse au personnage et la compagnie Screem Gems commence à développer un projet de fiction s’appuyant sur deux des livres du père Amorth, « An Exorcist Tells His Story » (1990) et « An Exorcist : More Stories » (1992). Le projet passe de mains en mains jusqu’à ce que le scénario définitif soit rédigé par Michael Petroni et Evan Spiliotopoulos. La mise en scène est alors confiée à Julius Avery, à qui nous devons Overlord, un étonnant mixage de film de guerre et de film d’horreur, et Le Samaritain, un film de super-héros avec Sylvester Stallone en tête d’affiche.

L’histoire du film se déroule en 1987 et raconte les démêlées du père Amorth avec un démon particulièrement puissant qui vient de s’emparer de l’âme d’un petit garçon dont la famille, suite à la mort du père dans un accident de la route, vient de s’installer dans une vieille abbaye à retaper. Russell Crowe campe une version très romancée du père Amorth : exubérant, trivial, insolent avec ses supérieurs et même un tantinet orgueilleux (il est notamment très fier de ses livres, qu’il conseille vivement à un autre prêtre). L’acteur néo-zélandais le joue avec un fort accent italien et une bonhommie qui emporte la sympathie, loin de la relative austérité du personnage réel dont il s’inspire (même si le vrai Amorth ne rechignait pas à employer l’humour pour déjouer le Malin). A la question « que fait-on ? » posée par une mère passablement affolée, l’exorciste du film répond stoïquement « du café ! », avant d’ajouter avec un brin de malice : « Les démons sont plus forts la nuit, j’aurai besoin d’énergie. » Russell Crowe lui-même ajoute son propre grain de sel, proposant par exemple de choisir un scooter comme moyen de locomotion du prêtre dans les rues romaines, symbole à la fois de son autonomie et de sa modernité.

L’enfant du diable

Traiter le principal protagoniste sous cet angle procède d’un choix intéressant, qui permet à L’Exorciste du Vatican d’échapper aux archétypes traditionnels du cinéma d’horreur. L’approche réaliste du récit et le jeu convaincant des autres acteurs (adultes, adolescents et enfants) jouent en faveur du film qui possède l’inestimable atout de ne jamais chercher à ressembler à L’Exorciste. Car depuis 1973, il s’avère quasiment impossible d’aborder les sujets de la possession diabolique et de l’exorcisme sans jouer le jeu de la comparaison avec l’œuvre séminale de William Friedkin. On note la présence dans le film de Franco Nero, très charismatique dans le rôle du pape mais très peu comparable avec le vrai Jean-Paul II dont il est censé s’inspirer. Comme on pouvait le craindre, L’Exorciste du Vatican ne parvient pas à conserver sa sobriété et sa retenue bien longtemps. Le dernier tiers du métrage sacrifie donc aux clichés d’usage (blasphèmes, visage scarifié, phénomènes paranormaux en cascade, lit qui remue…), convoque une imagerie religieuse naïve et cède à la tentation d’une profusion d’effets numériques excessifs (avec même une sorte de clin d’œil bizarre à Terminator 2). Le film ne tient donc pas ses promesses et s’achève de manière décevante, ouvrant une porte vers d’éventuelles suites dont Amorth et son assistant le père Esquibel (Daniel Zovatto) seraient les héros.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2017

 

© Gilles Penso

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POINT LIMITE (1964)

Un terrifiant thriller de politique-fiction dans lequel un incident technique s’apprête à provoquer la troisième guerre mondiale…

FAIL SAFE

 

1964 – USA

 

Réalisé par Sidney Lumet

 

Avec Henry Fonda, Walter Matthau, Dan O’Herlihy, Nancy Berg, Dom de Luise, Larry Hagman, Fritz Weaver

 

THEMA POLITIQUE-FICTION

Alors que la crise des missiles de Cuba est encore toute récente, le scénariste Walter Bernstein, blacklisté par les maccarthystes, se lance dans l’adaptation de « Fail Safe », un roman d’Eugene Burdick et Harvey Wheeler qui fit beaucoup parler de lui au moment de sa publication en 1962. Sidney Lumet (qui signait quelques années plus tôt le chef d’œuvre 12 hommes en colère) prend les commandes du film. L’intrigue commence à 5h30 du matin, présentant en parallèle les différents protagonistes du drame. Le Strategic Air Command détecte un engin non identifié dans les airs. Aussitôt, six bombardiers Vindicators, armés de bombes nucléaires de vingt mégatonnes, reçoivent l’ordre de se diriger vers l’Union Soviétique pour bombarder Moscou. Fort heureusement, l’engin non identifié n’est qu’un avion en panne. L’alerte est donc levée. Mais suite à une erreur technique, les bombardiers poursuivent leur mission. Or le protocole interdit aux pilotes d’obéir à la moindre instruction orale. Comment les stopper ? La seule solution semble être d’envoyer à leur trousse d’autres avions et de les abattre. A cours de carburant, les chasseurs manquent leur cible et s’écrasent en mer à mi-parcours. La situation semble alors inextricable…

En adoptant une mise en scène clinique, quasi-documentaire, en choisissant un style brut et direct, en jouant sur les silences et en écartant toute musique, Sidney Lumet renforce le réalisme de son film et le sentiment de malaise qu’il suscite auprès des spectateurs. Tout concourt à faire monter la tension : le noir et blanc savamment contrasté, les focales souvent courtes, les jeux sur les avant-plans (téléphone, mains crispées, visages tendus). Impérial dans le rôle du président des Etats-Unis, Henry Fonda comprend vite la gravité de la situation lorsqu’il affirme : « le contrôle de nos machines nous a échappé. » Un tout jeune Larry Hagman joue à ses côtés un interprète fébrile à la conscience professionnelle inaltérable. Le casting se pare aussi de la présence de Fritz Weaver (un colonel qui perd tous ses moyens lorsqu’on lui demande de révéler aux soviétiques comment détruire les missiles et les avions U.S.), Dom De Luise (un sergent qui prend son relais à contrecœur), Dan O’Herlihy (un général aux opinions modérées) ou encore Walter Matthau (un conseiller scientifique aux idées extrêmes). « Ce sont des fanatiques marxistes, pas des gens normaux », affirme ce dernier à propos des Soviétiques. « Ils ne pensent pas comme nous. Les émotions comme la rage et la pitié leur importent peu. Ce sont des machines à calculer. »

 

« Le contrôle de nos machines nous a échappé… »

Au moment où se noue le drame, les actions parallèles se concentrent sur quatre zones topographiques parallèles : la salle de briefing du Pentagone, le QG de l’armée de l’air à Omaha, le bunker où sont isolés le président et son interprète et le cockpit du dernier bombardier. Si Lumet utilise des images d’avions en vol pour plusieurs plans extérieurs, il doit se débrouiller sans l’aide du gouvernement américain, qui refuse de coopérer avec la production et bloque même les banques d’image. Les animateurs John et Faith Hubley sont donc sollicités pour créer en dessin animé les visualisations schématiques des déplacements d’avions sur le grand écran de contrôle. Cette contrainte devient une force : en se muant quasiment en abstractions, les batailles aériennes n’en sont que plus inconfortables. Les dernières scènes de suspense s’avèrent extrêmement éprouvantes, saisies par une épure visuelle d’une redoutable efficacité, tandis que certains hommes du gouvernement préparent déjà l’après holocauste avec la minutie idiote de bureaucrates zélés. Quelque peu effrayés par le résultat final, les cadres de Columbia imposent un carton final annonçant : « Les producteurs de ce film veulent préciser que, selon les dires officiels du Département de la Défense et de l’Armée de l’Air des Etats-Unis, un système rigoureusement en vigueur de sécurité et de contrôle nous assure que de tels événements ne peuvent pas se produire. » Il n’empêche que Point limite fait froid dans le dos et n’a rien perdu de son impact.

 

© Gilles Penso


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EXTRATERRESTRE (2011)

Le réalisateur de Timecrimes raconte une invasion extra-terrestre du point de vue d’un petit groupe de personnages coincés dans un huis-clos absurde…

EXTRATERRESTRE

 

2011 – ESPAGNE

 

Réalisé par Nacho Vigalondo

 

Avec Michelle Jenner, Carlos Areces, Julian Villagran, Raul Cimas, Miguel Noguera

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Après son premier long-métrage Timecrimes, qui fait découvrir son nom en 2007, Nacho Vigalondo dirige une poignée de courts-métrages avant d’attaquer son second long : Extraterrestre. Le titre semble annoncer la couleur, mais c’est un leurre. Car s’il est bien question d’un débarquement d’aliens, le scénario ne s’y intéresse qu’en biais pour mieux décortiquer frontalement le comportement de sa poignée de héros humains. La bande son sur laquelle défile le générique de début laisse imaginer une soirée joyeuse et arrosée. Julio (Julián Villagrán) se réveille un matin dans un appartement inconnu, incapable de se souvenir de ce qui s’est passé la nuit précédente. Il est seul dans les draps froissés du grand lit, mais une jeune femme s’agite dans la salle de bains. A-t-il passé la nuit avec elle ? Probablement. Elle non plus ne garde aucun souvenir des heures précédentes. Elle s’appelle Julia (Michelle Jenner) et, passé le moment d’embarras où tous deux échangent quelques banalités, Julio se prépare à quitter les lieux pour rentrer chez lui. Mais en regardant par la fenêtre, tous deux découvrent une gigantesque soucoupe volante qui plane dans les cieux en tournant sur elle-même, juste au-dessus des immeubles.

La science-fiction s’invite ainsi brutalement dans le quotidien. Les rues ayant été désertées, les lignes coupées et la télévision interrompue, aucune information ne circule de l’extérieur. Le récit reste donc centré sur Julio et Julia, peinant à décider comment réagir. En désespoir de cause, ils restent cloitrés dans l’appartement, jusqu’à ce que deux autres personnages entrent en scène : Ángel (Carlos Areces), un voisin curieux et envahissant, et Carlos (Raúl Cimas), le petit-ami de Julia. Les acteurs de ce « petit théâtre » étant réunis, l’histoire peut se développer. Dans ce huis-clos empruntant certains de ses effets à la mécanique du Vaudeville, tout le monde semble avoir quelque chose à cacher, voire à se reprocher. Les regards en disent plus que les mots. Et pendant que les relations humaines se complexifient, cette immense soucoupe qui semble échappée d’Independence Day reste obstinément suspendue dans les cieux.

Paranoïa

Le décalage entre l’invasion extra-terrestre à grande échelle – dont on ne verra quasiment rien et dont on ne saura pas grand-chose – et l’approche intimiste du film fait toute sa singularité. Car les OVNIS ne sont ici qu’un prétexte pour révéler les travers des personnages, exacerber leurs traits de caractères et inciter à la manipulation et au mensonge. À partir du moment où la théorie des body snatchers se développe au fil des conversations entre nos quatre personnages, tout le monde est suspect d’être un extra-terrestre caché derrière une apparence humaine. Une paranoïa autant grandissante qu’absurde s’installe ainsi jusqu’à faire basculer l’intrigue dans des retranchements extrêmes. Nacho Vigalondo nous mène par le bout du nez, laissant son scénario rebondir sans cesse. Même si les comportements des protagonistes ne sont pas toujours très compréhensibles et si certaines séquences traînent un peu sans aller nulle part, on apprécie la finesse du jeu des acteurs et les facéties de mise en scène de Vigalondo qui joue souvent avec les ellipses pour dynamiser son action et créer la surprise. Comme Timecrimes, Extraterrestre fera le tour des festivals du monde où il recueillera un accueil très chaleureux.

 

© Gilles Penso


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