CONJURING : LES DOSSIERS WARREN (2013)

Le réalisateur de Saw se lance dans une histoire de maison hantée et crée une nouvelle franchise

THE CONJURING

2013 – USA

Réalisé par James Wan

Avec Lili Taylor, Hayley McFarland, Patrick Wilson, Vera Farmiga, Ron Livingston, Joey King

THEMA FANTÔMES I DIABLE ET DEMONS I JOUETS I SAGA CONJURING

Avant Amityville, il y avait Harrisville… Dans cette petite bourgade de Rhode Island, les Perrons vivent l’enfer dans leur nouvelle demeure. Hormis quelques finitions à opérer çà et là (des plinthes se décollent, le papier peint n’est pas tout frais), la maison abrite quelques esprits malfaisants dans les rangs desquels on compte un gamin mort noyé et une sorcière pendue. Quant aux grincements de portes succèdent des cadres explosés et des colin-maillard fantomatiques, la famille décide de faire appel à Ed et Lorraine Warren (Patrick Wilson et Vera Farmiga, incroyables de classe), experts en démonologie et chasseurs d’esprits à temps plein… S’il est une assertion qui ne fait aucun doute c’est que James Wan, à partir d’un micro-budget, est à même de composer un maxi-hit. Le coup d’éclat Sawen est une preuve flagrante : à partir d’une enveloppe d’un million de dollars, le film en rapporte cent fois plus et engendre l’une des franchises les plus rentables de l’histoire du cinéma d’horreur. Pendant ce temps, le cinéaste se désolidarise à demi-mot de cette saga qui se transforme en culte du gore et du twist capillotracté pour renouer avec un style plus classique (Dead Silence) rappelant les fleurons des productions Hammer.

En 2010, avec Insidious, Wan néglige la tendance ravivée par le succès de Paranormal Activity pour composer un film de maison hantée dissonant qui préfère mettre mal à l’aise le spectateur qu’à le faire bondir de son siège. La première heure du métrage constitue à coup sûr le morceau d’horreur le plus terrifiant de la décennie, avant que le dernier acte, plus onirique, ne se transforme en monument du cheap. Quoiqu’il en soit, Wan, en prenant le contre-pied complet de la production hollywoodienne, redonne à l’horreur ses lettres de noblesse en déblayant les racines du genre depuis recouvertes par une mousse verdâtre. Fidèle aux préceptes du démonologue Ed Warren, James Wan installe la pression en respectant les niveaux de manifestation des esprits. Dans un premier temps, les habitants sont victimes de « l’infestation » : des chuchotements, des courants d’air, des odeurs de pourriture, des bruits de pas. Ensuite, c’est « l’oppression » dès que la force s’invite physiquement dans la maison et se manifeste matériellement. Enfin vient « la possession » et l’emprise totale sur un membre de la maisonnée, souvent le plus fragile.

Une valse à trois temps avec le Malin

The Conjuring n’est rien d’autre qu’une valse à trois temps avec le Malin, avec les ténèbres, avec la peur. Ou les peurs : du noir, des poupées (ces objets fétichisés par l’auteur depuis la marionnette de Jigsaw en passant par celle de Dead Silence pour en arriver à la terrifiante Annabelle), des reflets du miroir, des armoires entrouvertes, des caves poussiéreuses. La valse, conduite tambour battant par Wan, s’annonce vertigineuse, au contraire des œuvrettes imposant des scènes d’exposition à rallonge et requérant du spectateur qu’il scrute les quatre coins de l’écran dans l’espoir d’apercevoir quelque chose à se coller sur la rétine. Ces Dossiers Warren (qu’on imagine devenir une série de films consacrés aux enquêtes les plus terrifiantes du couple) nous entraînent dans un train fantôme que rien ne pourrait faire dérailler tant il évolue sur des rails minutieusement huilés (pas d’effet facile pour créer des jump scares mais un recours perpétuel aux regards, au hors-champ, aux cordes stridentes). Un grand huit de la trouille qui, à force de déborder de générosité, flirte parfois avec le grotesque mais s’avère tellement éprouvant qu’il s’érige indubitablement en mètre-étalon de l’horreur actuelle. Au point de côtoyer La Maison du diable de Robert Wise ou La Maison des damnés de John Hough…  

 

© Damien Taymans

 

Partagez cet article

SUPERMEN DÖNÜYOR (1979)

Une version turque de Superman qui pille sans vergogne le film de Richard Donner et bricole ses effets spéciaux avec une touchante maladresse

SUPERMEN DÖNÜYOR

1979 – TURQUIE

Réalisé par Kunt Tulgar

Avec Tayfun Demir, Güngör Bayrak, Yildirim Gencer, Esref Kolçak, Nejat Özbek, Resit Hazar, Seref Çokseker, Reha Yurdakul

THEMA SUPER-HEROS I EXTRA-TERRESTRES

Les cinéastes turcs d’antan se souciaient autant des copyrights que de leur première liquette. Ils initièrent donc au cours des années 70 plusieurs adaptations cheap et illégales des aventures de Superman. Avec le succès du Superman de Richard Donner, une nouvelle version s’imposait. Et c’est avec une touchante maladresse que le réalisateur Kunt Tulgar se lance dans un remake désargenté de la superproduction produite par les frères Salkind. Côté musique, pas de problème : on puise au hasard dans les bandes originales de Superman, Goldfinger, Bons baisers de Russie, Midnight Express, Cosmos 1999… Apparemment, personne ne vient réclamer le moindre droit d’auteur aux confins de l’Asie et de l’Europe. Pour les images, c’est moins simple, et les premières minutes du film soulignent cruellement le décalage entre les intentions et le résultat. Sur un fond spatial constitué de décorations de sapins de Noël suspendues devant un grand carton noir, une voix off nous raconte la destruction de la planète Krypton et la venue sur Terre d’un rescapé miraculeux. Puis surgit le logo de Superman, méticuleusement dessiné et découpé à la main.

Lorsque notre héros apparaît à l’âge adulte, c’est sous les traits patauds du comédien Tayfun Demir, sélectionné pour sa haute stature et son regard d’azur, mais ridiculement desservi par une paire de lunettes aussi volumineuse qu’un masque de plongée. Dans le film, le fils prodige ne se nomme pas Clark mais Tayfun, et sa famille adoptive ne cherche pas à ressembler à des fermiers texans mais bien à de modestes paysans turcs (le père arbore la vénérable moustache de circonstance et la mère porte le foulard traditionnel). Ainsi Supermen Dönüyor intègre-t-il le mythe de l’homme d’acier dans son contexte culturel d’origine, prouvant quelque part l’universalité du concept imaginé par Shuster et Siegel. Cet aspect du film n’est pas inintéressant, mais ne le sauve évidemment pas du naufrage artistique global, bien au contraire.

De gros éclats de rire involontaires

Quand papa et maman expliquent à leur grand dadais de fils qu’il a été adopté, la finesse du jeu des comédiens ne saute pas vraiment aux yeux. Lorsque Tayfun hérite d’une pierre de sa planète natale et découvre dans une grotte l’image spectrale de son défunt père biologique avant de se muer en Superman (cherchant à porter la célèbre panoplie avec autant d’aplomb que Christopher Reeve), nos rires sont difficiles à réfréner. Et quand, enfin, notre super-héros fend fièrement les cieux, l’hilarité éclate sans retenue. Comment réagir autrement face à ce Big Jim en plastique suspendu devant un écran projetant des vues aériennes d’Istanbul ? Tayfun travaille comme journaliste aux côtés de la belle Alev (équivalent turc de Loïs Lane) qui se trouve être la fille d’un savant ayant découvert le moyen de tout transformer en or grâce à un fragment de kryptonite relié à un pistolet laser. Quand il ne sauve pas Alev, Superman utilise ses pouvoirs pour que sa machine à écrire tape ses articles toute seule ou pour que les jolies secrétaires lui apparaissent en sous-vêtements. Sinon, des méchants interviennent et mettent régulièrement nos héros en danger façon serial (collision de train imminente, tapis roulant relié à une guillotine), mais tout rentre évidemment dans l’ordre avec une naïveté désarmante.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

L’INCROYABLE HOMME PUMA (1980)

Au panthéon des films de super-héros les plus absurdes et les plus risibles de tous les temps, celui-ci occupe une place de choix

L’UOMO PUMA

1980 – ITALIE

Réalisé par Alberto de Martino

Avec Walter George Alton, Donald Pleasence, Miguel Angel Fuentes, Sydne Rome, Silvano Tranquili, Benito Stefanelli 

THEMA SUPER-HEROS I EXTRA-TERRESTRES

En 1978, Superman de Richard Donner rafle tout sur son passage et se hisse au sommet du box-office. Découvrant soudain que les super-héros peuvent faire recette, les cinéastes du monde entier décident de s’y coller, en oubliant souvent que sans effets spéciaux à la hauteur, les sous-Supermen sont voués au ridicule. Pas démonté pour autant, Alberto de Martino, signataire de solides péplums (Les Sept gladiateurs, Persée l’invincible, Le Triomphe d’Hercule) et de films fantastiques ambitieux (La Maison de la terreur, L’Antéchrist, Holocaust 2000) tente sa chance sur le créneau super-héroïque… et réalise le film le plus grotesque de toute sa carrière. Le ton est donné d’emblée. Sur fond d’étoiles, un texte s’affiche : « Une Antique légende Aztèque nous dit que dans la nuit des temps un Dieu Blanc est venu de l’espace sur terre et fut le Premier Homme Puma. » Nous en prenons bonne note, sans trop savoir que faire de cette explication. Aussitôt, une maquette de soucoupe volante sphérique survole des dolmens, tandis que résonne une voix sentencieuse : « Avec ce gage, je serai toujours présent parmi vous. Mon fils en sera le gardien, ainsi que les fils des fils qui naîtront de lui. Pendant des millénaires, il conservera mes pouvoirs, les pouvoirs d’un Homme Dieu, les pouvoirs d’un Homme Puma ! »

Et c’est parti pour 90 minutes de délire non-stop. L’Incroyable Homme Puma est d’autant plus drôle qu’il se veut sérieux. Dans son repaire digne d’un méchant de James Bond, Kobras (Donald Pleasence, qui avouera plus tard n’avoir jamais tourné dans pire long-métrage) utilise un masque d’or extraterrestre pour hypnotiser la jeune chercheuse Jane Dobson (Sydne Rome) et tendre un piège à l’homme puma. Mais ce dernier reste introuvable. Parallèlement, Vadinho (Miguel Angel Fuentes), un colossal prêtre aztèque, est lui aussi à la recherche de l’homme puma. Sa méthode est plus expéditive : il jette des gens par la fenêtre en attendant que l’un d’entre eux survive à la chute !

Donald Pleasence tout de cuir vêtu !

N’empêche que cette technique porte ses fruits, puisque le surhomme tant convoité apparaît enfin. Il s’agit d’un paléontologue américain, le professeur Tony Farms (Walter George Alton). D’abord incrédule, notre homme se trouve bientôt contraint d’attacher autour de sa taille la ceinture de son ancêtre. Aussitôt, il revêt une belle panoplie de super-héros et vole dans les airs (via d’hideuses incrustations soutenues par une partition musicale indescriptible). A partir de là, l’intrigue s’embourbe dans une molle enquête au cours de laquelle l’homme puma expérimente ses pouvoirs (vision nocturne, super-force, capacité de traverser les murs ou de se téléporter), tandis que Vadinho joue les mentors et distribue à l’occasion quelques coups de poing. Certes, voir Donald Pleasence tout de cuir vêtu jouer les grands méchants dans sa salle de contrôle ornée de sculptures à l’effigie des humains qu’il hypnotise à distance a quelque chose d’indiscutablement distrayant. Mais même l’amateur de nanars finit par trouver le temps long, et de l’avis général, L’Incroyable Homme Puma figure sans conteste dans le palmarès des films de super-héros les plus calamiteux de l’histoire du cinéma.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

SGT KABUKIMAN N.Y.P.D. (1990)

Après avoir créé Toxic Avenger, le super-héros le plus gluant de tous les temps, la compagnie Troma donne naissance à un justicier tout aussi improbable

SGT KABUKIMAN N.Y.P.D.

1990 – USA

Réalisé par Lloyd Kaufman et Michael Herz

Avec Rick Gianasi, Susan Byun, Bill Weeden, Thomas Crnkovich, Larry Robinson, Noble Lee Lester, Brick Bronsky, Pamela Alster 

THEMA SUPER-HEROS

Face au succès inespéré de Toxic Avenger, Lloyd Kaufman, le joyeux patron de la Troma, cherchait à créer un nouveau super-héros burlesque apte à compléter le bestiaire improbable de sa compagnie de production. Le projet lui arriva pour ainsi dire sur un plateau alors qu’il tournait Toxic Avenger 2 au Japon. Sur place, Kaufman et son partenaire Michael Herz rencontrèrent les responsables de la firme Namco qui leur proposèrent l’idée d’un justicier inspiré du théâtre kabuki. Sgt Kabukiman N.Y.P.D. était né. Mais le film ne se fit pas sans heurt. Si les vétérans nippons du jeu vidéo rêvaient à une comédie fantastique familiale susceptible de se décliner sur plusieurs plateformes multimédia, Lloyd Kaufman tenait à conserver la ligne éditoriale des productions Troma, autrement dit du gore, du sexe et de l’humour gras. D’où un résultat hybride qui peina quelque peu à trouver sa cible, trop trash pour le grand public et trop soft pour les aficionados de Toxic et Atomic College. Le sympathique Rick Gianasi, sorte de Chevy Chase du pauvre, incarne l’inspecteur de police Harry Griswold, pris au milieu d’une fusillade en plein spectacle kabuki. Alors qu’il rend son dernier souffle, le plus vieux des comédiens lui transmet les pouvoirs sacrés du Kabuki.

Guidé par la belle Lotus (Susan Byun), Griswold va se transformer en Kabukiman, un super-héros parfaitement grotesque qui porte un kimono multicolore, un maquillage outrancier, une coupe de cheveux indescriptible, et déploie des super-pouvoirs de haut niveau. S’il vole comme Superman, Kabukiman peut aussi éviter les balles avec son éventail blindé ou projeter des sushis mortels au visage de ses adversaires. Désormais, il est de taille à s’opposer au maléfique businessman Reginald Stuart (Bill Weeden), maître du crime new-yorkais. Suivant la volonté de Lloyd Kaufman, Sgt Kabukiman N.Y.P.D. cultive l’humour au-dessous de la ceinture (le gag de la fellation sous le bureau) et le recours aux effets gore (l’éventrement en gros plan en début de film). Quant à la mise en scène, elle demeure très approximative. Surjoué, mal filmé, mal éclairé, mal monté et paré d’une abominable bande originale synthétique, le long-métrage frôle dangereusement l’amateurisme.

La métamorphose du grand méchant

Deux séquences valent tout de même le détour. La première est une poursuite automobile burlesque, dans laquelle notre héros a pris malgré lui les allures d’un clown ventripotent, et qui s’achève par le vol plané à 360° d’une voiture qui atterrit en explosant. Très fier de cette séquence, Kaufman la réutilisera dans une demi-douzaine d’autres films Troma. La seconde est la métamorphose du grand méchant, qui se mue en espèce d’invertébré géant visqueux d’où surgit une créature hideuse proche des Démons de Lamberto Bava, et dont chaque main se prolonge par une tête monstrueuse et grimaçante ! Hélas, son affrontement final avec Kabukiman est escamoté en quelques plans avant de céder la place à un happy end bâclé. Extrêmement déçus par le film, les pontes de Namco refusèrent de le distribuer. Sgt Kabukima N.Y.P.D. erra donc pendant plusieurs années au marché du film de Cannes avant de connaître une distribution tardive en 1996. 

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

CATWOMAN (2004)

Malgré son charme indiscutable, Halle Berry ne nous convainc pas une seconde dans la peau de la langoureuse femme-chat de DC Comics

CATRWOMAN

2004 – USA

Réalisé par Pitof

Avec Halle Berry, Sharon Stone, Lambert Wilson, Benjamin Bratt, Alex Borstein, Frances Conroy, Michael Massee 

THEMA SUPER-HEROS I SAGA DC COMICS

Deux questions nous taraudent pendant le visionnage de Catwoman : pourquoi avoir attendu si longtemps pour mettre en branle ce spin-off de Batman le défi, et surtout pourquoi en avoir confié la mise en scène à Pitof, alias Jean-Christophe Comar ? Certes, ce sympathique cinéaste est un pilier des effets spéciaux visuels, qu’il pratiqua intensivement tout au long de sa carrière sur les films français les plus ambitieux des années 90. Mais il est également l’auteur de Vidocq, qu’on ne peut pas décemment qualifier de réussite artistique et technique. Cela dit, avec un tel scénario, il était difficile de tirer son épingle du jeu. Qu’on en juge : Patience Philips (Halle Berry) est une directrice artistique œuvrant pour la société Hedare Beauty, dirigée d’une poigne de fer par l’antipathique George Hedare (Lambert Wilson) et par son épouse Laurel (Sharon Stone), une ancienne mannequin ayant connu son heure de gloire. Or Beau-Line, le nouveau produit de beauté que s’apprête à commercialiser Hedare, présente des risques terribles pour la clientèle. Certes il renforce et rajeunit la peau. Mais si on cesse de l’utiliser, les effets secondaires sont quelque peu indésirables : dépendance, vomissements, vertiges et décomposition de l’épiderme ! Travaillant tard le soir, Patience découvre l’horrible vérité mais n’a pas le temps de la révéler, car les gorilles du couple Hedare lui règlent son compte et la laissent pour morte. Mais c’était sans compter sur « Minuit », un chat égyptien venu du fond des âges pour la ressusciter grâce à ses pouvoirs magiques.

A partir de là, c’est le point de non-retour. Le look de cette nouvelle Catwoman, loin du cuir moulant ultra-sexy de Michelle Pfeiffer, ressemble à une tenue de carnaval à peine digne d’un bal masqué, et ses acrobaties en image de synthèse imitent sans vergogne celles du Spider-Man de Sam Raimi sans jamais en égaler la grâce. Au scénario absurde et aux dialogues laborieux (fruit du travail commun de quatre auteurs !) s’ajoute une mise en scène pataude. Certes, Pitof a calmé le jeu depuis les effets hystériques de Vidocq, mais le bon goût et la subtilité continuent à briller par leur absence. Grotesque, vulgaire et caricatural, ce massacre en règle de la féline imaginée par Bob Kane enchaîne sans vergogne les séquences embarrassantes au cours desquelles les comédiens en font des tonnes sans le moindre garde-fou.

Une franchise morte-née dès le premier épisode

Il faut voir Sharon Stone jouer la duplicité avec la finesse d’un cartoon des Looney Tunes ou Halle Berry manger des boites de ronron et se frotter à de l’herbe à chat ! Et que dire de ce personnage féminin invraisemblable (mais très pratique pour les scénaristes) qui surgit de nulle part, sait tout sur les femmes-chats et raconte à notre héroïne ses nouvelles attributions avant de lui donner son masque de super-héroïne ! Quant à la scène-clef du film, le combat à mort entre Patience et Laurel qui nécessita pas moins de neuf jours de tournage, elle nous offre une ascension directe sur les sommets du ridicule. Bref voilà une belle franchise morte-née dès son premier épisode. Catwoman réapparaîtra sous les traits de Anne Hathaway dans The Dark Knight Rises. Quant à Pitof, il s’échoua dans les direct-to-DVD anonymes. Notre femme-chat, elle, attend toujours le long-métrage qui lui restituera l’éclat qu’elle mérite.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

AMITYVILLE 2 : LE POSSEDE (1982)

Damiano Damiani réalise une prequel terrifiante du classique de Stuart Rosenberg qui s'avère beaucoup plus effrayant que son modèle

AMITYVILLE 2 : THE POSSESSION

1982 – USA / MEXIQUE

Réalisé par Damiano Damiani

Avec James Olson, Burt Young, Rutanya Alda, Jack Magner, Andrew Prine, Diane Franklin, Moses Gunn

THEMA FANTÔMES I DIABLES ET DEMONS I SAGA AMITYVILLE

Trois ans après Amityville la maison du diable, succès public mou du genou réalisé par un Stuart Rosenberg peu inspiré, l’appel du profit pousse le nabab fou Dino de Laurentiis à produire une suite, en fait une préquelle à la triste histoire (vraie) des Lutz. Le massacre au fusil de chasse de sa propre famille par le jeune Ronald de Feo (brièvement résumé dans le prologue du premier opus), sera ici le corps du film. Damiano Damiani, artisan italien chevronné habitué du western et du polar, se lance dans son premier film fantastique, décidé à respecter humblement les codes du genre, mais aussi à briser tous les tabous possibles. Là où Rosenberg posait une belle atmosphère mais peinait à injecter du rythme et des péripéties à son histoire, sclérosé dans un classicisme soporifique, Damiani fait le choix payant d’une approche frontale de la peur et d’un onirisme bienvenu. Sa mise en scène est le point fort du film : personnalisant le démon venu posséder le fils aîné de la maison au moyen d’une utilisation classieuse de la Steadycam, ample et subjective, elle rappelle le Carpenter de La Nuit des masques ou le Sam Raimi d’Evil Dead. Les mouvements frénétiques de la caméra virevoltant autour des personnages créent une terreur palpable, optimisée par des éclairages baroques à la Mario Bava, de solides effets spéciaux et une partition anxiogène de Lalo Schifrin (qui pioche dans le score original). Car oui, le film fait peur, comme rarement.

Cette réussite est due également au soin apporté à l’écriture des personnages : le script de Tommy Lee Wallace (Ça, Halloween 3) met à mal la sacro-sainte famille américaine, n’hésitant pas à aborder sans ambages l’inceste entre frère et sœur, le viol conjugal ou l’infanticide. Impossible d’imaginer de telles thématiques à l’écran aujourd’hui… En cela Amityville 2 évoque l’ambition désinhibée et le caractère désespéré de Simetierre. L’interprétation est au diapason, de Burt Young livrant une version extrémiste de son Paulie de Rocky au marquant Jack Magner, meurtrier malgré lui suscitant autant la pitié que la terreur. L’intelligence du film est de ne jamais vraiment juger cette famille dysfonctionnelle et malsaine, nous la présentant même sous un jour touchant lors de la séquence de l’anniversaire.

Sous l'influence de L'Exorciste

Contre toute attente, la tuerie attendue survient bien avant la fin (traumatisante à souhait), et l’œuvre s’en va soudain braconner sur les terres de L’Exorciste, le citant même directement au détour de quelques plans. Cette dernière partie pourrait faiblir, gâchée par l’impression d’être en terrain connu, mais le savoir-faire et les idées du réalisateur font merveille et parviennent même à rendre le personnage de Sonny plus effrayant que celui de la mythique Regan (rejoignant le meilleur ersatz du film de Friedkin, L’Antéchrist d’Alberto de Martino). Pour son premier (et unique) essai dans le fantastique, Damiano Damiani ne signe rien de moins qu’un des fleurons du genre. Il cèdera malheureusement la place à un Richard Fleischer vieillissant pour l’inéluctable et raté Amityville 3.

 

© Julien Cassarino

Partagez cet article

LES MAITRES DE L’UNIVERS (1987)

Dolph Lundgren incarne l'athlétique Musclor dans cette adaptation délicieusement kitsch de l'univers des jouets Mattel dont raffolaient les enfants des années 80

MASTERS OF THE UNIVERSE

1987 – USA

Réalisé par Gary Goddard

Avec Dolph Lundgren, Frank Langella, Meg Foster, Billy Barty, Courteney Cox, Robert Duncan McNeill, Jon Cypher 

THEMA SUPER-HEROS I EXTRA-TERRESTRES I SPACE OPERA

Au départ, les Maîtres de l’Univers sont des jouets extrêmement populaires vendus par millions aux quatre coins du monde par Mattel. Face à un tel succès, une série animée ne tarda pas à envahir les petits écrans pour narrer les exploits du valeureux Musclor et les méfaits de l’affreux Skeletor. Flairant là la poule aux œufs d’or, Menahem Golan et Yoram Globus, à la tête de la légendaire société de production Cannon, décidèrent d’en tirer un long-métrage qu’ils confièrent au débutant Gary Goddard. Le générique de début, sur fond étoilé, plagie gentiment les partitions de John Williams pour Superman et La Guerre des étoiles. Le compositeur Bill Conti en profite pour se laisser une fois de plus influencer par « Mars » (extrait de « La Symphonie des Planètes ») de Gustav Holst, après son fameux « Conquest » écrit pour la saga Rocky. Lorsque nous découvrons la salle du trône de l’infâme Skeletor, qui arpente dans sa grande cape noire un hall empli de centurions casqués au son d’une marche impériale, la référence à Star Wars est frappante. Skeletor (l’excellent Frank Langella, hélas extrêmement sous-exploité ici sous son masque en caoutchouc peu convaincant conçu par Michael Westmore) a kidnappé la sorcière de Greyskill. Avec l’aide de la belle et maléfique Evil-Lyn (Meg Foster), il veut mettre la main sur la clef cosmique créée par le serrurier Gwildor (un nain avec un visage de troll qu’on croirait échappé de Legend).

Les guerriers Teela et Drunkan rejoignent alors Gwildor et Musclor (He-Man en VO) pour stopper ce plan démoniaque. Musclor est incarné par Dolph Lundgren, qui fait ici sa troisième apparition sur grand écran après Dangereusement vôtre et Rocky IV. Epaulé par pas moins de cinq assistants (un professeur de comédie, un répétiteur, un coach de langage, un entraîneur sportif, un conseiller artistique et un styliste/coiffeur), Lundgren a rarement été aussi inexpressif, et sa longue perruque blonde ne renforce guère sa crédibilité. Ses compagnons d’armes et lui se retrouvent bientôt propulsés vers une planète inconnue qui s’avère être la Terre (d’où un gag embarrassant au cours duquel ils rencontrent une vache) et y croisent la mignonne Julie (Courtney Cox, pas encore starifiée par la série Friends). Bientôt, Skeletor et son armée débarquent à leur tour sur Terre, prélude à un combat épique avec des guerriers montés sur disques volants.

Cléopâtre en apesanteur

Supervisés par le vétéran Richard Edlund, les effets visuels sont souvent réussis, à l’exception de quelques incrustations ratées et d’effets rotoscopiques maladroits (notamment le fouet en dessin animé qu’agite un des belligérants). Le char volant de Skeletor s’avère particulièrement impressionnant (on croirait voir Cléopâtre en apesanteur !), les maquettes de Boss Film, les designs de Moebius et les décors de Bill Stout emportent l’adhésion, bref Golan et Globus ont mis beaucoup d’atouts de leur côté. Dommage qu’ils n’aient pas consacré suffisamment de temps et d’énergie à l’écriture du scénario. Du coup, toute cette belle énergie mue Les Maîtres de l’univers en sympathique nanar de luxe, inepte et convenu mais plutôt distrayant, d’autant que l’humour involontaire y est souvent savoureux.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

GAMEKA ET LES TROIS SUPER WOMEN (1980)

Pour finir son premier cycle cinématographique, la tortue géante Gamera partage l'affiche avec trois super-héroïnes parfaitement improbable

SUPER MONSTER GAMERA / UCHU KAIJU GAMERA

1980 – JAPON

Réalisé par Noriaki Yuasa

Avec Mach Fumiake, Yaeko Kojima,Yoko Komatsu, Keiko Kudo, Koichi Maeda, Toshie Takada, Hiroji Hayshi, Makoto Ikeda

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SUPER-HEROS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA GAMERA

Conçue au départ par le studio nippon Daei pour concurrencer le succès de la saga Godzilla, la tortue géante Gamera a connu bien des aventures depuis ses premiers pas en 1964, se laissant volontiers influencer par les tendances et les phénomènes de mode. Du coup, ce huitième épisode surfe sur la vague de Star Wars et Superman  sans malheureusement s’en donner les moyens. Après un générique sous forme d’une chanson naïve à la gloire du gentil Gamera, un immense engin spatial entre dans le champ stellaire, façon La Guerre des étoiles. Il s’agit du vaisseau de Zanon, qui a décidé de dominer la Terre. Mais heureusement, Kilara, Marsha et Mitan, trois jolies Japonaises, vont s’opposer au vil conquérant. Car sous leur identité respective d’employée d’une animalerie, de vendeuse de voiture et d’institutrice, il s’agit de trois authentiques super-héroïnes. La preuve : elles communiquent à distance par l’intermédiaire de leurs boucles d’oreille, puis changent de tenue en une seconde (capes, bottes, collants, bref la panoplie complète) avant de s’envoler gracieusement dans les airs. Leur véhicule est un van (appelé « Mon Toutou » en français) qui se transforme en boule incandescente volante dès que l’une d’entre elles joue trois notes sur le petit clavier électronique du tableau de bord. Toutes les trois se retrouvent alors dans un décor bizarre (des rideaux blanc et un peu de fumée) et se lancent dans un débat houleux : « J’ai ressenti quelque chose de bizarre, pas vous ? » – « Non. » – « Alors reprenons notre forme normale. » – « Pourquoi ? » – « Peu importe ».

A peine a-t-on le temps de se remettre de ce dialogue vertigineux que notre trio entame une chorégraphie façon Claude François pour retrouver son apparence civile. Envoyées de la planète Paix88, nos Superwomen se dissimulent ainsi parmi nous pour mieux nous protéger. Entre-temps, Giruge, une envoyée maléfique de Zanon, débarque sur Terre avec le pouvoir d’électrocuter d’un seul toucher les indésirables qui lui barrent la route. Et nous n’en sommes qu’à huit minutes de métrage. Prometteur, n’est-ce pas ? Hélas, le reste du film n’est qu’un enchevêtrement évasif de stock-shots empruntés aux films précédents. Gamera y affronte ses ennemis passés (Gyaos, Zigra, Viras, Jiger, Guiron, Barugon) au sein d’un best-of monté dans le désordre le plus total.

Un joli festival de n'importe quoi

Entre ces très nombreux extraits, les trois super-héroïnes dialoguent entre elles ou avec Kenichi, un petit garçon facétieux qui, hélas, adore jouer de l’orgue en chantant des odes à Gamera. Lorsqu’il ne chante pas, le bougre fait des rêves prémonitoires qui permettent de prévoir les prochaines attaques de Zanon. Bref, un joli festival de n’importe quoi qui nous offre même une relecture excentrique des origines de Gamera. Il ne s’agit plus d’un monstre antédiluvien réveillé par une explosion nucléaire mais d’une petite tortue de mer que le gamin lâche dans l’océan et qui, aussitôt, se transforme en monstre de 60 mètres de haut ! Conçu pour remettre à flots le studio Daei, Super Monster Gamera le poussa au contraire à la faillite, et il fallut attendre 1995 pour que Gamera renaisse de ses cendres avec panache. Pour la sortie du film en France, les distributeurs prirent quelques libertés avec le nom de la vénérable tortue rebaptisée tour à tour Gameka ou Gamerak (cette dernière orthographe cherchant visiblement à capitaliser sur la popularité alors immense de Goldorak).

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

THREE GIANT MEN (1973)

Captain America, Spider-Man et Santo se retrouvent dans ce film turc improbable qui ne soucie guère des problèmes de droits d'auteurs et de copyrights !

3 DEV ADAM

1973 – TURQUIE

Réalisé par T. Fikret Uçak

Avec Aytekin Akkaya, Deniz Erkanat, Yavuz Selekman, Teyfik Sen, Dogan Tamer, Mine Sun, Altan Günbay 

THEMA SUPER-HEROS

Le cinéma d’exploitation turc des années 70/80 a ceci de surréaliste qu’il ne se préoccupe guère des notions de copyrights, de droits d’auteur ou de propriété intellectuelle. En territoire ottoman, la cinématographie ne sortait quasiment jamais des frontières, ce qui permettait tous les emprunts sans le moindre souci juridique. D’où un nombre impensable de Superman, Batman, Captain Marvel, Mandrake, Fantomas ou Fantôme du Bengale venus de Turquie. Entendons-nous bien : il ne s’agissait pas de s’inspirer des super-héros préexistants mais bien de les réutiliser tels quels, en reproduisant leurs costumes et leurs pouvoirs avec les moyens du bord. Dans le genre, 3 Dev Adam (littéralement « Trois Hommes Géants », d’où le titre américain Three Giant Men) atteint des sommets, puisque ses deux héros sont Captain America et le catcheur mexicain Santo, affrontant rien moins que Spider-Man passé ici du côté des méchants ! Le concept même du film dépasse l’entendement. Mais pour ressentir l’ampleur des dégâts, il faut oser voir le long-métrage lui-même.

Le pré-générique donne le ton. Sur une plage, des vilains moustachus accompagnés d’une jeune femme au regard cruel et par Spider-Man (un homme boudiné dans un collant rouge avec des gants et des bottes noirs, une araignée dessinée sur le torse et une cagoule écarlate ornée de longs sourcils touffus) enterrent une femme dans le sable jusqu’à la tête puis lui déchiquètent le visage avec l’hélice d’un bateau ! L’effet est suggéré (nous ne sommes pas chez Lucio Fulci) mais ça commence tout de même très fort. Après un générique interminable où s’animent des photos sur une musique « empruntée » à John Barry (il s’agit d’un extrait de la B.O. des Diamants sont éternels, pourquoi se priver ?), les scènes de poursuites, de filature et de bagarres s’enchaînent mollement.

Les tortures raffinées du vil Spider-Man

Puis Captain America surgit, dans une panoplie très fidèle à celle de son modèle dessiné, si ce n’est que son fameux bouclier manque à l’appel. Notre justicier bleu blanc rouge – qui est ici insensible aux balles – assomme à tour de bras les méchants à moustache et libère une demoiselle en détresse avant de prendre en chasse le vil Spider-Man. Santo entre alors en scène. Le masque brillant, la cape ample et le poitrail massif, comme son jumeau latino-américain, il s’échauffe avec trois karatékas puis entre dans la bagarre générale. Spider-Man, lui, continue à pratiquer les tortures raffinées (visage dévoré par un rat, couple en plein ébat transpercé sous une douche) et semble bizarrement capable de se dédoubler à loisir. De la violence graphique, un soupçon d’érotisme, des combats interminables entre gentils et méchants (où les acteurs/cascadeurs ne ménagent pas leurs efforts physiques), telle est donc la recette de cet hallucinant Three Giant Men ne reculant devant aucun détail grotesque (un homme qui se douche en slip) ou incompréhensible (des mannequins en bois qui ricanent devant un couple faisant l’amour) tout en pillant allégrement toutes les bandes originales de film qui lui passent sous la main au fil d’un montage totalement anarchique. Bref, un film tellement improbable qu’il en devient automatiquement culte.

© Gilles Penso

Partagez cet article

FRÉQUENCE INTERDITE (2000)

Un paradoxe temporel surprenant permet à un père et son fils de communiquer même si l'au-delà les sépare

FREQUENCY

2000 – USA

Réalisé par Gregory Hoblit

Avec Dennis Quaid, Jim Caviezel, Shawn Doyle, Elizabeth Mitchell, Andre Braugher, Noah Emmerich, Melissa Errico 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

La trilogie Retour vers le Futur donnait clairement la sensation d’avoir exploré toutes les situations possibles liées aux paradoxes temporels mêlant parents et enfants. Le réalisateur Gregory Hoblit et son producteur/scénariste Toby Emmerich prouvent que non, en signant ce magistral Fréquence Interdite très injustement ignoré au moment de sa sortie, malgré la présence en tête d’affiche du toujours pétillant Dennis Quaid. Vétéran de la série télévisée policière (Hill Street BluesNew York Police Blues), Hoblit parfait ici son passage au grand écran, après les deux solides thrillers que furent Peur primale et Le Témoin du mal« Le travail sur une série télévisée et sur un long-métrage est sensiblement identique », nous explique-t-il. « Mais je crois être plus à l’aise au cinéma, car chaque film me permet d’explorer de nouveaux personnages, de nouveaux univers et de nouvelles thématiques » (1). 

L’argument de départ de Fréquence Interdite veut qu’en 1999, une aurore boréale permette au jeune policier John Sullivan (Jim Caviezel, futur Jésus dans La Passion du Christ de Mel Gibson) de discuter avec son père pompier (Dennis Quaid), mort dans un incendie, à l’aide d’une vieille radio des années 60. Contrairement à l’épisode « Night Call » de La Quatrième Dimension, qui utilisait un postulat assez proche en permettant à une femme de parler au téléphone avec son fiancé décédé grâce à une ligne téléphonique tombée sur un cimetière, le père de Fréquence Interdite ne communique pas avec son fils par le biais d’une voix fantomatique. Nous le voyons physiquement, en 1969, quelques jours avant l’incendie fatal. Le scénario s’attache ainsi à nous décrire en parallèle la vie de John dans les années 90 et celle de Frank dans les années 60, le premier s’efforçant de sauver la vie du second en lui donnant les indices qu’il récolte dans les journaux de l’époque. Petit problème : s’il sauve son père, l’équilibre des événements sera bouleversé, ce qui risque d’allonger dangereusement la liste des victimes d’un tueur en série.

La théorie du chaos

Le récit s’amuse à multiplier les paradoxes temporels, à illustrer avec beaucoup de minutie d’intéressantes variantes autour de la théorie du chaos et à entremêler les époques, en montrant par exemple un John âgé de huit ans qui communique avec lui-même, plus vieux de trente ans, via la fameuse radio. D’autres idées étonnantes ponctuent le film, comme lorsque Frank grave un message sur la table en bois ou camoufle un portefeuille derrière une pierre pour que son fils puisse les trouver dans le futur tout en communiquant avec lui en temps réel. Mais le summum est probablement atteint au cours de ce climax incroyable où le même tueur attaque à la fois le père en 1969 et le fils en 1999. De quoi donner le vertige ! Et puis, au-delà de son caractère purement fantastique, Fréquence Interdite s’attache aussi à raconter de manière très émouvante les retrouvailles d’un père et de son fils après trente ans de séparation. Et c’est probablement cette approche émotionnelle, magistralement imbriquée dans la structure d’un thriller de science-fiction, qui donne au film tant de saveur.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur

© Gilles Penso 

Partagez cet article