LES GRIFFES DE LA PEUR (1969)

Un thriller d’épouvante à base de machinations, de sous-entendus, de faux-semblants et de chats diaboliques…

EYE OF THE CAT

 

1969 – USA

 

Réalisé par David Lowell Rich

 

Avec Michael Sarrazin, Gayle Hunnicutt, Eleanor Parker, Tim Henry, Laurence Naismith, Jennifer Leak, Linden Chiles

 

THEMA MAMMIFÈRES

L’ombre d’Edgar Poe et de Boileau et Narcejac plane sur ce film extrêmement stylisé à mi-chemin entre le thriller psychologique et le conte d’épouvante. La sublime Gayle Hunnicutt, dont les mini-jupes sixties révèlent une paire de jambes interminables, incarne Cassia Lancaster, une esthéticienne sans scrupule qui projette d’assassiner une de ses clientes malades (Eleanor Parker) dans l’espoir de récupérer sa fortune. Pour y parvenir, elle demande à Wylie (Michael Sarrazin), le neveu de la moribonde, de la persuader de modifier son testament. Un problème vient cependant s’immiscer dans cette conspiration huilée : Wylie a une terrible phobie des chats, depuis qu’un félin a failli l’étouffer dans son berceau. Or la tante Danny, qui dort sous une tente à oxygène, vit au milieu d’une flopée de matous grassouillets auxquels elle a légué sa fortune… Truffé d’effets de montage surprenants, Les Griffes de la peur annonce l’originalité de sa facture dès son générique de début tout en split-screens, soutenu par une partition du génial Lalo Schifrin. Nous étions alors dans les années fastes d’un cinéma libre et inventif, celles où Mike Nichols réalisait Le Lauréat et Sam Peckinpah Guet-apens.

D’ailleurs, les décors naturels de San Francisco où fut tourné le film évoquent bien plus le naturalisme de Bullit que la sophistication de Sueurs froides, même si l’influence d’Alfred Hitchcock est ici assez prégnante. Ce n’est sans doute pas un hasard, dans la mesure où Joseph Stefano, auteur du script des Griffes de la peur, fut aussi celui de Psychose. L’atmosphère générale du film est à la fois très malsaine et étrangement détendue, notamment à travers les étranges relations que Danny entretient avec ses neveux, méprisant celui qui lui est dévoué et adulant celui qui n’a que de vénales intentions. Pour ce dernier, elle semble même nourrir des intentions quasi-incestueuses. Lorsque Wylie constate sa mauvaise mine, elle lui rétorque ainsi avec une voix pleine de sous-entendus : « Je me croyais encore un peu attirante ».

Catfight

Tout le métrage baigne dans une espèce d’humour pince sans rire très british. On parle d’assassiner quelqu’un comme on irait chez le coiffeur. A vrai dire, Les Griffes de la peur est avant tout le récit d’une machination, les chats ne venant ponctuer l’intrigue que sporadiquement, le temps d’effrayer notre protagoniste félinophobe. Dans le climax, ils révèlent cependant une agressivité surnaturelle, constellant de taches écarlates la robe immaculée de l’héroïne au cours d’une séquence fort bien réalisée. Il faut bien reconnaître que le scénario de Stefano est un peu léger, et que le film souffre de nombreuses pertes de rythme. D’où certaines scènes de remplissage d’une gratuité effrontée, comme ce combat entre deux jeunes filles en mini-jupes (lorsqu’on sait que ce type de séquence s’appelle « catfight » en anglais, on comprend l’ironie de la chose). Fort heureusement, la réalisation imaginative de David Lowell Rich dynamite le récit en permanence. La scène de la cavalcade du fauteuil roulant est à ce titre exemplairement filmée et montée. Le metteur en scène ne fera jamais mieux, signant même dix ans plus tard un médiocre Airport 80.

 

© Gilles Penso


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LA TOUR SOMBRE (2017)

Ce western-spaghetti post-apocalyptique s’efforce d’adapter l’une des œuvres les plus complexes et les plus insaisissables de Stephen King…

THE DARK TOWER

 

2017 – USA

 

Réalisé par Nikolaj Arcel

 

Avec Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor, Katheryn Winnick, Nicholas Pauling, Nicholas Hamilton, Jackie Earle Haley, Dennis Haysbert, Claudia Kim

 

THEMA FUTUR I SAGA STEPHEN KING

« La Tour sombre » occupe une place très particulière dans l’œuvre de Stephen King. Il ne serait pas exagéré de dire quil sagit de sa création la plus longue, la plus complexe et la plus importante, ne seraitce que parce quil la entamée alors qu’il navait que dixneuf ans et quil la achevée quarante ans plus tard. Le premier volume, « Le Pistolero », sintéresse à Roland de Gilead, une sorte d’émule du Clint Eastwood des westerns spaghetti de Sergio Leone. Errant dans le désert dun monde postapocalyptique, il est à la recherche dun mystérieux homme en noir. Lui seul saura répondre à ses questions liées à la Tour Sombre, un édifice mythique sur lequel semble reposer léquilibre de ce mondeci et de tous les autres. La rumeur d’une adaptation de la saga à lécran commence à courir en 2009, alors que J.J. Abrams envisage den tirer une série télévisée dans la foulée de Lost mais ne donne finalement pas suite à cette idée. L’adaptation de « La Tour sombre » sera finalement un film coécrit par Akiva Goldsman et Jeff Pinkner, produit par Ron Howard et réalisé par Nikolaj Arcel. Le rôle principal est confié à Idris Elba, son charisme, sa présence et l’intensité de son jeu contrebalançant son absence de ressemblance avec le personnage illustré par Michael Whean dans les romans de Stephen King.

Le casting est d’ailleurs le point fort du film de Nikolaj Arcel. Sous le costume de l’homme en noir, Matthew McConaughey crève l’écran et aurait même tendance à voler la vedette au pistolero. Son sourire carnassier, son regard fou et sa cruauté désinvolte sont conformes à l’image que le lecteur se fait de Randall Flagg. Il n’aurait pas dépareillé dans Le Fléau de Mick Garris ou même dans La Tempête du siècle sous la défroque du maléfique Linoge dont il semble être une sorte d’alter-ego. Jake lui-même, incarné par le jeune Tom Taylor, nous convainc sans conteste en pré-adolescent en bute à l’incompréhension du monde adulte ne voyant dans ses cauchemars récurrents et ses troubles de la personnalité qu’une déficience psychologique alors qu’il s’agit en réalité d’un éveil de conscience vers d’autres mondes possibles. Le duo qu’il forme avec Roland est le moteur narratif du film, comme c’était le cas dans la seconde partie du roman « Le Pistolero », mais en l’état La Tour sombre est un film hybride qui semble ne pas trop savoir sur quel pied danser, à mi-chemin entre l’étrangeté cauchemardesque de la prose de King et un spectacle tout public censé rameuter le public des sagas Le Seigneur des Anneaux et Harry Potter. Dire que le film manque d’audace et d’ambition en brassant trop large serait injuste. Par bien des aspects, c’est même un film assez « anti-hollywoodien ». Mais l’on se perd en conjectures sur le point de vue adopté pour narrer cette histoire.

Un résumé en accéléré de toute la saga

Dans le texte de King, tous les événements étaient vus à travers le regard de Roland. Sa quête, aux allures de western spaghetti dans un monde rétro-futuriste dévasté, offrait aux lecteur un plongeon dans une atmosphère inédite et surprenante. Dans le film, le personnage principal est Jake. Nous le suivons dans sa vie quotidienne new-yorkaise, opposé à sa mère et son beau-père qui ne le comprennent pas, jusqu’à ce qu’il s’échappe de son monde pour surgir dans celui du pistolero et faire équipe avec lui. Ce changement radical de point de vue semble malheureusement avoir été bien plus dicté par des contraintes financières qu’artistiques. De toute évidence, s’attacher à un cowboy taciturne au lieu d’un garçon de onze ans aurait pu rebuter le public peu friand de western. Mais c’était pourtant l’essence même du récit initial, la source même de son originalité. Une autre erreur consiste à donner beaucoup trop d’importance à l’homme en noir, qui apparaît régulièrement à l’écran pour signifier sa malfaisance à un public qui l’a pourtant saisie d’emblée et n’a pas besoin qu’on enfonce le clou. Du coup, le redoutable sorcier perd son aura de mystère pour se muer en simple méchant dont les desseins nous sont révélés trop tôt et bien trop explicitement. Puisant ses éléments narratifs dans les trois premiers romans, le film finit par ressembler à un résumé en accéléré de toute la saga qui risque de ne convaincre ni les fans de la première heure (criant à la trahison, et on ne saurait leur donner tort), ni les novices (perdus dans un film insaisissable qui ne leur laisse le temps de s’attacher à aucun personnage). D’autres longs-métrages ainsi qu’une série télévisée parallèle narrant la jeunesse du pistolero étaient prévus par Ron Howard et Akiva Goldsman, mais les piètres résultats du premier film au box-office ont remis en question le prolongement de la saga.

 

© Gilles Penso


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LA FEMME GUÊPE (1959)

En quête d’un élixir de jeunesse, la patronne d’une grande société de cosmétique expérimente des enzymes produites par des guêpes…

THE WASP WOMAN

 

1959 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Susan Cabot, Anthony Eisley, Barbara Morris, William Roerick, Michael Mark, Frank Gerstle, Bruno VeSota

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Roi du marketing et des concepts alléchants, Roger Corman enflamma l’imagination des fantasticophiles à la fin des années cinquante avec l’affiche de La Femme guêpe, qui exhibait fièrement une gigantesque guêpe au charmant faciès féminin agressant un homme terrorisé au beau milieu d’un amoncellement d’os humains. A l’écran, évidemment, le résultat est plus modeste. Avec beaucoup de charisme et sous un subtil maquillage vieillissant, Susan Cabot y incarne Janice Starlin, dirigeante d’une grande société de cosmétique new-yorkaise. Jadis florissante, la compagnie Starlin voit ses ventes dégringoler depuis quelques temps. Il faut dire que sa charmante patronne en a toujours été l’icône et le mannequin exclusif. Or avec la quarantaine passée et quelques rides sur le front, il lui est désormais difficile de vanter avec le même aplomb les produits garantissant une jeunesse prolongée. Au bord de la faillite, Janice entend parler du professeur Zinthrop, sur le point de breveter un élixir rajeunissant révolutionnaire. Contre l’avis de ses employés, elle engage donc l’étrange bonhomme, sorte de Boris Karloff de seconde zone à l’accent teuton.

Ce savant énigmatique travaille à partir d’enzymes produites par des guêpes, équivalent de la fameuse gelée royale des abeilles. Il a déjà expérimenté la formule sur divers animaux, avec des résultats miraculeux, mais jamais sur un être humain. Janice propose donc d’être la pionnière en la matière. Au bout d’un certain nombre d’injections, la voilà qui rajeunit physiquement d’une bonne vingtaine d’années (le maquilleur déleste donc la jolie comédienne de son trop-plein de fond de teint). Elle prépare alors son imparable slogan (« avec Janice Starlin, retrouvez vos vingt ans »), mais les effets secondaires s’avèrent des plus inquiétants. Car soudain, prise de violents accès de migraine, elle subit une métamorphose fulgurante manifestement inspirée par celle de La Mouche noire de Kurt Neumann. Elle se retrouve ainsi affublée d’une tête de guêpe (autrement dit un maquillage sommaire constitué de deux gros yeux à facettes, de grandes dents pointues et de longues antennes), de griffes acérées à la place des mains, et d’un appétit démesuré pour le sang humain.

La mutante vampire

Notre mutante déchiquette donc le cou de ses victimes et boit directement à la source, comme un vampire. Chacune des apparitions du monstre, accompagnée d’un bruit d’essaim de guêpe du plus curieux effet, est un grand moment de comique involontaire. Car malgré un montage nerveux et une prudente propension à plonger le monstre dans la pénombre, son potentiel horrifique est largement entaché par son aspect hasardeux. Le film souffre aussi d’un rythme languissant malgré sa courte durée. En effet, après un prologue long et un peu inutile au milieu d’un groupe d’apiculteurs, le scénario emprunte une structure très classique et franchement prévisible, d’autant que tout est déjà annoncé dans le titre. La Femme guêpe restera donc principalement dans les mémoires pour son poster plein d’emphase, son casting solide et son approche urbaine et moderne d’un thème que les décennies précédentes auraient sans doute traité sous un jour plus volontiers gothique. « Petit miracle: j’ai tourné le film pour environ 50000 dollars, en moins de deux semaines », raconte Roger Corman. « Ça a été le premier film que j’ai financé et dirigé pour ma propre société de production et de distribution, lhe Filmgroup. Ma carrière s’émancipait, j’investissais plus fréquemment dans mes propres productions et j’embauchais du personnel. J’ai compris qu’il était important de contrôler la distribution de mes films et le succès de La Femme guêpe a fait connaître à ma société des débuts fulgurants. » (1)


(1) Extrait de la biographie “Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime” par Roger Corman et Jim Jerome, publiée en 1990

 

© Gilles Penso


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HOW TO MAKE A MONSTER (1958)

Un maquilleur psychopathe enduit des masques de monstres avec une crème qui transforme ceux qui les portent en tueurs sanguinaires…

HOW TO MAKE A MONSTER

 

1958 – USA

 

Réalisé par Herbert L. Strock

 

Avec Robert H. Harris, Gary Conway, Gary Clarke, Paul Brinegar, Robert Shayne, Morris Ankrum, Malcolm Atterbury, Dennis Cross

 

THEMA FRANKENSTEIN I LOUPS-GAROUS I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Cette œuvre amusante initiée par le producteur Herman Cohen et le scénariste Aben Kandel recycle les héros de I Was a Teenage Werewolf et I Was a Teenage Frankenstein, deux succès assez importants au box-office de 1957, surtout si l’on tient compte de leur minuscule budget. Au lieu de mettre sérieusement en scène les deux monstres dans une sorte de « Teenage Werewolf Meets Teenage Frankenstein » suivant la trace du Frankenstein rencontre le loup-garou produit par Universal (ce que n’hésitera pas à réaliser l’amateur éclairé Don Glut l’année suivante), le film d’Herbert L. Strock s’amuse à montrer l’envers du décor. Pete Drummond (Robert H. Harris), un maquilleur spécialisé dans les films d’horreur qu’emploie l’American International Studio, est renvoyé par ses patrons ingrats après vingt-cinq ans de bons et loyaux services. Le studio préfère en effet arrêter de produire des films d’horreur au profit des comédies musicales. Pour assouvir sa vengeance, l’as des effets spéciaux fabrique une crème hypnotisante qu’il applique sur le visage de deux jeunes acteurs pour les besoins du dernier film sur lequel on l’engage. Puis il envoie ceux-ci, grimés en monstre de Frankenstein et en loup-garou, assassiner ses employeurs. Lorsqu’ils sortent de leur transe, les deux comédiens ont tout oublié.

Gary Conway reprend donc son rôle de juvénile Monstre de Frankenstein au maquillage grotesque, et Gary Clarke, moins convaincant et moins expressif que Michael Landon, remplace ce dernier sous les poils du loup-garou adolescent. Le postulat de départ est complètement dément, mais il reflète probablement une situation réelle à l’époque. Des répliques du genre « les spectateurs arrivent à saturation avec les films d’horreur et les monstres… maintenant, ils veulent de la musique, de jolies filles et de la distraction » ont probablement été prononcées par quelques exécutifs à la fin des années 50. Robert Harris est savoureux en émule de Jack Pierce basculant dans la folie du jour au lendemain, dès lors que son ère semble révolue, même si le dénouement nous laisse comprendre que la démence l’avait gagné bien plus tôt déjà.

Délit de sale goule

Pour accélérer sa croisade vengeresse, il se maquille lui-même en monstre primitif pour se débarrasser d’un vigile devenu trop curieux, puis tue son propre assistant sur le point de le trahir. Finalement, il brûle dans son lugubre appartement, où tous les masques qui le décorent fondent, révélant des crânes humains qui ne sont pas sans nous rappeler ceux de L’Homme au masque de cire. Reprenant le gimmick de Teenage Frankenstein, les dernières minutes du film passent sans véritable raison du noir et blanc à la couleur, ce qui permit aux distributeurs d’annoncer fièrement – et abusivement – sur les affiches du film : « Contemplez les horribles goules dans des couleurs flamboyantes ! » En 2001, George Huang en réalisa un remake pour le petit écran, mais seul le titre How to Make a Monster fut conservé, l’intrigue n’ayant plus rien à voir avec celle du film de Strock pour se concentrer sur un monstre issu d’un programme informatique.

 

© Gilles Penso

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THE FLASH (2023)

Le super-héros le plus rapide de l’univers DC remonte le temps et se retrouve dans un monde parallèle imprévisible…

THE FLASH

 

2023 – USA

 

Réalisé par Andres Muschietti

 

Avec Ezra Miller, Michael Keaton, Sasha Calle, Michael Shannon, Ron Livingston, Maribel Verdú, Kiersey Clemons, Jeremy Irons

 

THEMA SUPER-HÉROS I VOYAGES DANS LE TEMPS I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA DC COMICS I BATMAN I SUPERMAN

Comme la grande majorité des longs-métrages du « DC Universe », The Flash est un film qui a du mal à se positionner. Ses tentatives de grand écart entre l’humour au second degré et la gravité lacrymale tentent visiblement de s’inspirer de ce que fait James Gunn, ce qui n’est sans doute pas un hasard dans la mesure où ce dernier est désormais le président de DC. Le générique de fin ressemble d’ailleurs à un clin d’œil assumé au prologue des Gardiens de la galaxie volume 2. Mais n’est pas Gunn qui veut, et Andres Muschietti, porté aux nues grâce à son adaptation de Ça, n’est visiblement pas dans son élément. Rien ne semble venir naturellement dans ce film qui part ouvertement dans tous les sens. Les scènes dépeignant les exploits de Flash en ultra-ralenti sont certes amusantes (notamment la « pluie des bébés »), mais elles arrivent dix ans après celles (plus réussies) de Quicksilver dans X-Men : Days of the Future Past. L’un des aspects les plus embarrassants de The Flash est justement sa tentative désespérée de courir après le succès de Marvel en se réappropriant le thème des multiverses. L’audace n’est donc pas vraiment le maître mot de DC/Warner qui continue à donner le sentiment d’être à la traîne. Un comble avec un héros comme Flash ! Pire : non content de flatter les spectateurs peu exigeants en se surchargeant de « fan service » jusqu’à l’indigestion, le film nous offre comme héros un reflet de ce qu’est censé représenter le public, c’est-à-dire un ado idiot, hystérique, mal dégrossi, inculte et immature. Voilà qui laisse peu de doute sur la vision qu’a le studio de ses propres fans.

L’artificialité du film saute notamment aux yeux dans ces moments un peu vains où la mise en scène prend bien soin de laisser aux spectateurs le temps de crier ou d’applaudir lorsque chaque personnage censé susciter l’euphorie apparaît à l’écran, comme Gal Gadot en Wonder Woman (qui prend la pose en souriant avant de commencer à agir) ou Michael Keaton dans sa combinaison noire (qui regarde la caméra pendant plusieurs secondes avant de prononcer le tant attendu « Je suis Batman »). Et que dire de ces combats qui se soustraient aux lois physiques les plus élémentaires au profit d’un dynamisme irréel et se privent par conséquent de l’implication des spectateurs, insensibles face à ces doubles numériques qui essaient de se faire passer pour des acteurs en chair et en os ? La suspension d’incrédulité en prend un sacré coup. Comment s’intéresser à des personnages qui ne ressemblent qu’à des animatiques de jeu vidéo sans âme ? On ne cherche d’ailleurs jamais à nous faire croire aux motivations des protagonistes. Le revirement soudain de Bruce Wayne, par exemple, n’a aucune crédibilité. Ce vieil homme aigri, aux allures de Jeff Bridges dans The Big Lebowski, redevient brusquement le fringuant héros imberbe et ténébreux, prêt à exhiber tout son bat-arsenal pour le plus grand plaisir de tous alors qu’il se comportait quelques minutes plus tôt comme un clochard ayant transformé son manoir en dépotoir. La demi-mesure n’est manifestement pas à l’ordre du jour.

Flash-Back

Le problème du multiverse lui-même, déjà mis à jour dans le Marvel Cinematic Universe, est l’absence de conséquence des actes de chacun. Quelqu’un a fait un mauvais choix ? Un personnage vient de mourir ? La planète est condamnée ? Peu importe, il suffit de taper à la porte du monde parallèle le plus proche pour régler le problème. Les scénaristes ont trouvé la solution à tous leurs soucis. Mais les spectateurs, eux, se retrouvent dans un monde où plus rien n’est tangible, ni visuellement ni narrativement. Quant au grand final, pensé visiblement comme un bel hommage au déploiement de l’univers DC sur tous les médias depuis les années 1930 jusqu’à nos jours, il prend hélas les allures d’un gloubi-boulga numérique d’une laideur impensable. On ne peut certes pas reprocher au film son manque de générosité ni la richesse de ses rebondissements qui empêchent tout ennui. Mais une écriture rigoureuse, des personnages crédibles et une vraie vision de cinéaste manquent cruellement à l’appel. Voilà pourquoi les Superman de Donner et les Batman de Burton resteront encore longtemps dans les mémoires quand tout le monde aura sans doute oublié depuis longtemps ce Flash sans queue ni tête.

 

© Gilles Penso


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RIDING THE BULLET (2004)

Le réalisateur Mick Garris s’empare d’une nouvelle de Stephen King pour se la réapproprier totalement et la muer en histoire de fantômes obsédante…

RIDING THE BULLET

 

2004 – USA

 

Réalisé par Mick Garris

 

Avec Jonathan Jackson, David Arquette, Cliff Robertson, Barbara Hershey, Erika Christensen, Barry Levy, Nicky Katt, Jackson Harris

 

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Lorsqu’il découvre la nouvelle « Un Tour sur le Bolid’ » de Stephen King, Mick Garris tombe sous le charme. Le cinéaste demande alors à l’écrivain l’autorisation d’adapter la nouvelle, ce que King accepte sans détour en souvenir de leurs nombreuses collaborations fructueuses. Conscient que le matériau initial (à peine trente pages) est insuffisant pour un long-métrage, le réalisateur du Fléau et de La Nuit déchirée s’en sert de point de départ pour développer un récit personnel et y adjoindre ses propres souvenirs. « Cette nouvelle de King à propos du choix entre la vie et la mort m’a beaucoup touché », explique Garris. « Je l’ai située en 1969, l’année où j’ai terminé mes études secondaires. J’ai perdu un frère et mon père a souffert d’une maladie qui lui a été fatale. J’écris et je filme des histoires d’horreur depuis longtemps, mais être personnellement confronté à la mort a eu un énorme impact sur moi. » (1) La nostalgie s’installe dès le générique de début, qui égrène des extraits de films super 8 sur la chanson « Time of the Seasons » des Zombies. L’étudiant Alan Parker (Jonathan Jackson), obsédé par d’incessantes idées noires, manque de se suicider le jour de son anniversaire. Mais alors qu’il est dans sa baignoire, une lame de rasoir à la main, un homme hideux dans une tenue noire lui dit « tranche ! », tout comme les visages féminins dessinés sur les murs. Il n’en faut pas plus pour le stopper dans son élan.

Alan est en effet en proie à des hallucinations contaminant sa réalité. Il voit régulièrement un double de lui-même qui lui parle et lui donne son avis sur la situation. Il imagine aussi des scènes qui se mêlent à des souvenirs réels. Pour retrouver sa mère (Barbara Hershey), victime d’une crise cardiaque et hospitalisée, il fait de l’auto-stop en pleine nuit et croise sur la route plusieurs personnes saugrenues : un vieil homme qui croit voir sa femme décédée, deux fous furieux qui le coursent avec un fusil, un chien sauvage qui l’attaque… Indépendamment, chacune de ces saynètes fonctionne, mais elles sont juxtaposées artificiellement sans faire avancer l’intrigue. De fait, le voyage initiatique attendu se mue en une sorte de train fantôme un peu vain. Après toutes ces digressions, le scénario reprend le fil de la nouvelle lorsqu’à la sortie d’un cimetière qu’il visite furtivement au milieu de la nuit, Alan est embarqué par un automobiliste (David Arquette) au volant d’une Plymouth Fury (la même que celle de Christine). L’homme s’appelle George Staub. Or son nom était sur l’une des pierres tombales du cimetière.

Le jeune homme et la mort

Staub ravive dans la mémoire d’Alan le souvenir du Bolid, un rollercoaster de parc d’attractions qu’il refusa de prendre avec sa mère lorsqu’il était adolescent, de peur que la mort le fauche au passage. Aujourd’hui, le chauffeur d’outre-tombe lui lance un ultimatum. Alan ou sa mère doit monter sur le Bolid et mourir. Est-il prêt à se sacrifier pour la sauver ? Au-delà de ses nombreux ajouts scénaristiques, Mick Garris appose sa patte partout sur le film, laissant sa caméra voltiger autour des personnages avec virtuosité (même si ces mouvements ont des vertus plus esthétiques que narratives) et faisant apparaître sur la route un corbeau qui semble échappé du Fléau. Il joue lui-même le petit rôle d’un médecin. Riding the Bullet est un film maladroit et erratique, mais empreint de sincérité et d’une tristesse authentique. Sorti en catimini au cinéma aux États-Unis, il est distribué en DVD un peu partout ailleurs et ne rencontre qu’un succès très limité, ce qui n’empêche pas Mick Garris d’être fier de ce film, sans le doute le plus personnel de sa carrière. « Je n’ai pas eu beaucoup de compromis à faire sur ce film car c’était un très petit budget », se souvient le réalisateur. « Il n’a pas vraiment rencontré le grand public, mais je reçois encore des messages de gens qui ont été touchés par lui après avoir récemment perdu un proche. Ça signifie beaucoup pour moi. » (2)

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2017

© Gilles Penso


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LES GLADIATEURS DE L’AN 3000 (1978)

Dans le futur, la peine de mort est remplacée par des jeux du cirque ultra-violents où les concurrents s’affrontent avec des « motos-laser »…

DEATHSPORT

 

1978 – USA

 

Réalisé par Henry Suso et Allan Arkush

 

Avec David Carradine, Claudia Jennings, Richard Lynch, William Smithers, Will Walker, David McLean, Jesse Vint, H.B. Haggerty, John Himes, Jim Galante

 

THEMA FUTUR

Produit par Roger Corman, Les Gladiateurs de l’an 3000 tente un mixage contre-nature de futur post-apocalyptique, de film de motos, de mysticisme à la Zardoz et d’un soupçon de Guerre des étoiles pour l’aspect « côté obscur de la Force ». L’idée qui trotte derrière la tête de Corman est de vendre le film comme une sorte de suite de La Course à la mort de l’an 2000, avec la possibilité de poursuivre la saga avec un hypothétique Deathworld qui finalement ne verra jamais le jour, Les Gladiateurs de l’an 3000 n’ayant pas rameuté les foules dans les salles de cinéma. Le premier réalisateur embauché par Corman est Henry Suso, pseudonyme de Nicholas Niciphor, sur la foi de ses courts-métrages très remarqués par l’équipe de New World Pictures. Mais Suso s’entend très mal avec les acteurs du film, notamment David Carradine et Claudia Jennings. Les disputes finissent même par virer au pugilat, au point que Corman prend la décision de renvoyer son metteur en scène pour le remplacer par Allan Arkush, qui avait co-réalisé pour lui Hollywood Boulevard avec Joe Dante.

L’intrigue se situe dans mille ans, à un ou deux ans près, après une grande guerre neutronique (visiblement c’est pire qu’atomique). Le monde s’est mué en désert hostile, peuplé de mutants cannibales et de guerriers nomades qui se font appeler les Guides. Dirigée par Lord Zirpola (David McLean), la cité-État d’Helix prépare une guerre contre une autre cité-État, Tritan, pour son approvisionnement en carburant. Dans l’espoir de prouver la supériorité de leurs motos équipées de lasers, les dirigeants d’Helix créent des jeux du cirque d’un nouveau genre : le Deathsport. La peine de mort a été remplacée par ce sport extrême, au cours duquel les criminels s’affrontent jusqu’à la mort en échange de leur liberté. Aux ordres de Lord Zorpola, le vilain Ankar Moor (Richard Lynch, tout de noir vêtu comme Dark Vador) capture deux Guides (David Carradine, frais émoulu de La Course à la mort de l’an 2000 et Claudia Jennings, playmate de l’année 1970) pour les faire participer à ce fameux « sport mortel » qui donne au film son titre original.

L’imparfait du futur

Le film multiplie les scènes de combats violents, les cascades, les explosions, les décapitations, et se permet un peu de nudité féminine, ce qui ne peut pas faire de mal. Mais malgré son souci manifeste de conserver un rythme soutenu, le résultat est globalement pitoyable, car le scénario ne semble pas trop savoir où aller, la bande originale au synthétiseur s’avère abominable (malgré l’adjonction des riffs de guitare de Jerry Garcia du groupe Grateful Dead), et la direction artistique est des plus évasives. Sans parler des peintures sur verre ultra-voyantes (dont certaines sont empruntées à La Course à la mort de l’an 2000), des motos qui roulent en émettant des bruits d’aspirateur ou des costumes futuristes grotesques. Et que dire de cette mise en image bâclée qui abuse des filtres écarlates pour tenter de donner un cachet aux décors ? Allan Arkush garde un souvenir pénible de ce film qu’il considère comme la chose la plus embarrassante de sa carrière, le tournage ayant été grandement compliqué par la toxicomanie chronique de David Carradine et Claudia Jennings, souvent dans un état second pendant les prises de vues. Le seul véritable intérêt de ces Gladiateurs de l’an 3000 aura été de faire figure de précurseur, car il est sorti juste avant Mad Max et la flopée d’imitations qui allaient inlassablement lui emboîter le pas.

 

© Gilles Penso


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UN AMOUR DE COCCINELLE (1968)

Les premières aventures de Herbie, une voiture autonome, intelligente et capricieuse qui n’en fait qu’à sa tête…

THE LOVE BUG

 

1968 – USA

 

Réalisé par Robert Stevenson

 

Avec Dean Jones, Michele Lee, David Tomlinson, Buddy Hackett, Joe Flynn, Benson Fong, Andy Granatelli, Joe E. Ross

 

THEMA OBJETS VIVANTS I SAGA LA COCCINELLE

Le succès d’Un amour de Coccinelle est à mettre au crédit de Bill Walsh, l’une des forces créatrices majeures du studio Disney depuis le milieu des années 50. Scénariste et producteur de Monte là-dessus, Mary Poppins, L’Espion aux pattes de velours et Le Fantôme de Barbe Noire, il a largement contribué à la popularité des films « live » de la maison de Mickey. A la fin des sixties, il s’empare du livre « Car, Boy, Girl » de Gordon Buford et en tire un scénario prometteur, qu’il co-écrit avec Don DaGradi. Le personnage principal de ce futur film étant sa voiture – éclipsant tous les humains qui lui « donneront la réplique » -, il est crucial de trouver le bon modèle. Disney lance alors un appel d’offres auprès d’une dizaine de fabricants automobiles. Bientôt, le parking de la compagnie est empli de voitures postulant pour tenir la vedette du long-métrage. C’est sans hésitation vers la Coccinelle blanche de chez Vokswagen que tous les regards se tournent. Dans l’air du temps, la petite voiture aux formes rondes dégage un capital sympathie qui en fait immédiatement la favorite. Le scénario trouve alors son titre définitif : The Love Bug, autrement dit Un amour de Coccinelle. C’est au vétéran Robert Stevenson qu’est confiée la réalisation d’un film qui va nécessiter le savoir-faire de nombreux cascadeurs et experts en effets spéciaux. Les trucages mécaniques sont coordonnés par Howard Jensen (L’Inévitable catastrophe), Danny Lee (Un monde fou fou fou) et Robert A. Mattey (20 000 lieues sous les mers), tandis que Bob Harris et Carey Loftin (Bonnie and Clyde, Bullitt) gèrent les cascades.

La tôle se froisse allègrement pendant le générique de début d’Un amour de Coccinelle, sur une musique enjouée de George Bruns. C’est dans un état lamentable que le pilote casse-cou Jim Douglas (Dean Jones) achève sa dernière course. Son manager lui conseille d’arrêter les frais, de laisser la place aux jeunes, mais Jim ne l’entend pas de cette oreille. En entrant chez un concessionnaire de voitures de sport, il s’intéresse particulièrement à la jeune vendeuse Carol (Michele Lee) et à une petite Coccinelle blanche qui va le suivre jusque dans la maison qu’il habite avec son ami mécanicien Tennessee (Buddy Hackett). Jim est alors accusé de vol, et c’est pour tout arranger qu’il doit acheter la voiture. Celle-ci s’avère extraordinaire, car il n’arrive pas à la conduire : elle va où elle veut, quand elle veut. Il parvient pourtant à s’habituer à ses « caprices » et décide de participer à la course de Jackrabbit Springs en l’étiquetant du numéro 53. Jim gagne, et la Coccinelle lui fera bientôt connaître tous les triomphes. Cela ne manque pas d’aiguiser la jalousie du vil Thorndyke (David Tomlinson) qui va tout mettre en œuvre pour saboter la Coccinelle…

Mettez une coccinelle dans votre moteur

Faire tourner un film entier autour d’une petite voiture animée d’une vie propre et d’une forte personnalité était une drôle d’idée, et l’on doit honnêtement reconnaître qu’Un amour de Coccinelle a franchi avec difficulté le cap des années. Son humour y est daté, ses personnages caricaturaux, ses péripéties tirées par les cheveux… C’est dans les seconds rôles que réside la saveur principale du film. David Tomlinson excelle ainsi dans le rôle d’un chef d’entreprise snob et pédant (« Je ne vendrais jamais une voiture à quelqu’un avec qui je ne suis pas compatible sur le plan social »), tout comme Buddy Hackett dans son numéro habituel de sidekick comique. Pour tenter d’expliquer le phénomène de cette voiture vivante, son personnage avance d’ailleurs une théorie qui annonce étrangement le Maximum Overdrive de Stephen King et même le Cars de John Lasseter. « Nous autres, êtres humains, on aurait pu faire quelque chose de ce monde. On a tout gâché. Ce sera au tour d’une autre civilisation. » Il anticipe même sur les véhicules autonomes qui ne sont alors que des spéculations de science-fiction : « On bourre les machines d’informations et elles deviennent plus intelligentes que nous. » Tennessee est donc le personnage qui a les meilleures répliques, malgré son air souvent ahuri. C’est d’ailleurs lui qui baptise la Coccinelle Herbie, en hommage à son oncle (la version française préfèrera « Choupette »). Quelques séquences visuellement audacieuses sortent du lot, comme la tentative de « suicide » d’Herbie du haut du Golden Gate Bridge ou le détournement cartoonesque d’une des courses automobiles dans une mine. Très apprécié du public malgré un accueil critique glacial, Un amour de Coccinelle motivera la mise en chantier de plusieurs suites et de quelques imitations.

 

© Gilles Penso


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LE SEPTIÈME FILS (2014)

Dans cette adaptation spectaculaire des romans « L’Épouvanteur », Jeff Bridges affronte Julianne Moore et une myriade de créatures monstrueuses…

SEVENTH SON

 

2014 – USA

 

Réalisé par Sergueï Bodrov

 

Avec Jeff Bridges, Julianne Moore, Ben Barnes, Kit Harington, Alicia Vikander, Olivia Williams, Antje Traue, Djimon Hounsou

 

THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS

Le Septième fils adapte avec beaucoup de talent l’univers de la série « L’Épouvanteur » créée par le romancier Joseph Delaney, et ce malgré une rupture de contrat entre Legendary Pictures et Warner Bros qui aurait pu mettre à mal le projet. Après que plusieurs réalisateurs aient été envisagés (notamment Tim Burton et Kevin Lima), c’est finalement le cinéaste Sergueï Bodov qui hérite de la mise en scène après avoir prouvé ses affinités avec les films à grand spectacle dans sa Russie natale (Le Prisonnier du Caucase, Est-Ouest, Crinière au vent, Le Baiser de l’ours, Le Nomade ou Mongol. Jeff Bridges (alors en pleine période fantastique avec R.I.P.D. Brigade fantôme et The Giver) y incarne Gregory, un épouvanteur spécialisé dans la lutte contre les forces obscures en trimballant dans sa carriole un attirail hétéroclite et des armes spéciales. « Quand tu combats l’obscur, l’obscur est en toi », dit-il pour expliquer les dangers de son activité, ce qui n’est pas sans rappeler la célèbre phrase de Nietzsche « Qui trop combat le dragon devient dragon lui-même ». En quête d’un nouvel apprenti, il s’oppose à Mère Malkin (Julianne Moore), la Reine des Sorcières. Le visage blafard de cette dernière émerge d’une grande robe noire au col en plumes, mais sa nature bestiale transparaît à travers les griffes qui lui tiennent lieu d’ongles et la queue de serpent qui s’agite dans son dos.

Après avoir possédé une petite fille dans une église, la redoutable Malkin est enfermée dans une cage souterraine par Gregory qui prend la fuite à cheval, persuadé d’avoir rempli sa mission. Mais après dix ans de captivité (le temps d’un magnifique timelapse décrivant la folle course des nuages dans un ciel tourmenté), la lune de sang réveille la Reine des Sorcières qui prend alors la forme d’un dragon terrifiant. Superbe, le monstre a des épines le long de l’échine, des yeux luisants, une gueule reptilienne garnie de dents, de grandes ailes, des griffes, une queue hérissée de pointes et des tresses le long du cou. De son côté, Gregory se met en quête de Thomas Ward (Ben Barnes), le septième fils d’un septième fils qui sera son nouvel apprenti. Tous deux ne seront pas de trop pour affronter les maléfices multiples déployés par Malkin…

Le bestiaire fantastique

Le Septième fils ressemble à un cadeau offert à tous les amateurs de créatures fantastiques, tant son bestiaire se révèle riche et foisonnant (œuvre combinée des compagnies d’effets visuels MPC et Rhythm & Hues sous la supervision du vétéran John Dykstra). Car dans son combat contre Gregory, Malkin s’allie avec plusieurs monstres redoutables qui semblent presque tous conçus comme des hommages aux films de Ray Harryhausen : un impressionnant gobelin cornu (qui évoque bien sûr celui du Seigneur des Anneaux mais rappelle surtout le cyclope du 7ème voyage de Sinbad), une femme qui se mue en tigre à dents de sabre, un guerrier à quatre bras maniant l’épée en virtuose ainsi que le sorcier Radu (Djimon Hounsou). Ce dernier peut lui aussi se transformer en dragon, tout comme son cheval. Il devient alors une sorte de dinosaure à six bras à la gueule de piranha. C’est sous cette forme qu’il attaque Gregory pendant le climax, tandis que deux dragons ailés s’affrontent dans les airs : le dragon noir (Malkin) et le dragon blanc (l’une de ses disciples). L’intrigue palpitante, les acteurs en grande forme, les magnifiques décors de Dante Ferreti et l’ample musique de Marco Beltrami concourent à faire du Septième fils l’un des meilleurs films d’heroïc-fantasy de son époque.

 

© Gilles Penso


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MISSION: IMPOSSIBLE – DEAD RECKONING – PARTIE 1 (2023)

Ethan Hunt et son équipe doivent mettre la main sur les deux morceaux d’une clé qui permettront de neutraliser une intelligence artificielle aux intentions obscures…

MISSION : IMPOSSIBLE – DEAD RECKONING – PART 1

 

2023 – USA

 

Réalisé par Christopher McQuarrie

 

Avec Tom Cruise, Hayley Atwell, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Vanessa Kirby, Esai Morales, Henry Czarny, Cary Elwes

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MISSION IMPOSSIBLE

Ce 7ème volet de la saga Mission : Impossible au cinéma devait initialement sortir en 2020 mais il faut saluer la ténacité et la volonté de Tom Cruise, producteur et maitre d’œuvre de la franchise, de préférer attendre le retour à la « normale » plutôt que de sacrifier son film sur l’autel du streaming. Car Dead Reckoning – partie 1, écrit et réalisé par Christopher McQuarrie comme les deux précédents opus, est à nouveau un spectacle superlatif à voir sur grand écran. S’agit-il pour autant de « Grand Cinéma » ? Oui et non… Face à l’engouement unanime du public et des critiques, il parait important de relativiser le dithyrambe à propos d’une production devenue ici aussi maitrisée qu’impersonnelle. N’oublions pas que le film a été prévu pour ratisser large et ramener le monde dans les salles obscures – une responsabilité et une mission revendiquées par Tom Cruise en personne, auto-proclamé sauveur et messie d’Hollywood. Mais le producteur/acteur, autrefois élève des plus grands metteurs en scène qu’il pouvait se targuer d’avoir pu épingler à son tableau de chasse, serait-il devenu une marque, un studio à lui tout seul, plutôt que l’artiste audacieux qu’il fut ? Depuis quelques années, il semblerait en effet qu’il ait adopté une approche plus sectaire en « employant » des réalisateurs entièrement dévoués au culte de sa personne, qui ne pèsent pas bien lourd dans les décisions artistiques. Ce qui expliquerait en partie l’indigence de Jack Reacher – Never Go Back, La Momie et Top Gun – Maverick, des projets confiés à des réalisateurs dociles et pour lesquels Cruise avait enjoint à Chris McQuarrie d’étoffer la dramaturgie des scénarios… en vain !

Peut-être parce qu’elle a désormais trouvé son rythme de croisière, la franchise commence à ressembler à du James Bond. Le cahier des charges devenu un brin rigide contraint désormais chaque film à des variations sur le même thème dans un système autoréférentiel où la lassitude et le blasement guettent. Les touches d’humour de Dead Reckoning Partie 1 évoquent même la période Roger Moore, lorsque la routine avait eu raison du sérieux et de l’intégrité du personnage. Rappelons qu’initialement, le producteur Cruise souhaitait confier chaque épisode à un réalisateur différent pour lui conférer un style et une sensibilité distincts ; une idée sacrifiée puisque McQuarrie se voit ici confier sa troisième mission impossible. Ce dernier est un scénariste émérite, obsédé par la précision et l’intérêt dramatique de chaque scène, ciselant ses dialogues au mot près, pensant chaque plan et la direction d’acteurs dans leurs moindres détails. Hélas, si Dead Reckoning – partie 1 bénéficie encore du même savoir-faire, les rouages sont ici apparents, comme ces montres transparentes laissant apparaitre leurs complexes engrenages. De nombreux dialogues en deviennent très didactiques, explicitant non seulement les enjeux de la mission mais aussi ceux, plus psychologiques, pour les personnages. On assiste ainsi à plusieurs scènes bavardes surlignant le dilemme moral d’une décision, comme si nous assistions à une discussion entre Cruise et McQuarrie lors d’une séance d’écriture. Des scènes qui contribuent à rallonger, voire diluer, une intrigue sur une durée excessive de 2h40. La suite annoncée pour 2024 viendra peut-être donner une perspective différente sur l’histoire complète, à moins que la scission en deux parties ne soit à nouveau qu’un moyen d’étaler la confiture et maximiser les profits, à la façon des épisodes doubles de Harry Potter ou Hunger Games. On peut aussi y voir la contamination du cinéma par les séries et le streaming, ces dernières supplantant désormais souvent le premier dans le cœur des spectateurs, via des facilités d’écriture à base de cliffhangers systématiques et de dialogues primant trop souvent sur la mise en scène. Vu l’origine télévisuelle de Mission Impossible, la boucle serait alors malheureusement bouclée !

 À l’impossible nul n’est tenu…

Les critiques ci-dessus s’appliquant à une grande partie de la production courante, le succès et la popularité de Dead Reckoning – partie 1 ne doivent pas en faire un bouc émissaire facile pour le cinéphile : nous sommes en présence d’un « produit » de grande qualité et d’excellente facture, évitant la nostalgie puérile de nombreuses suites, remakes ou « legacy-quels » et « requels », et acceptant la mission impossible de surpasser les précédents épisodes. De plus, en confrontant l’équipe IMF à la menace technologique d’une intelligence artificielle, le film s’inscrit non seulement de façon pertinente dans son époque, mais en recourant à des moyens analogiques et l’intelligence humaine pour déjouer l’adversaire, il réaffirme également la philosophie de la franchise consistant à privilégier un tournage in situ aux images de synthèse. Paradoxalement, en utilisant pour la première fois de la série des caméras numériques, certaines séquences semblent avoir été truquées. Un sentiment renforcé par la logique vidéoludique de certaines cascades. Et osera-t-on dire que le fameux saut à moto sur-vendu par les différentes bandes-annonce un an avant la sortie du film s’avère finalement « décevante » à l’écran ? Vite expédiée et intégrée de façon artificielle dans le déroulement de l’action (comme chez James Bond, l’idée de la cascade a germé avant l’écriture du scénario). On retiendra donc surtout deux autres morceaux de bravoure : d’abord une folle poursuite en voiture dans les rues de Rome qui fera vite oublier une séquence concurrente dans Fast X. Ensuite, la destruction d’un train spécialement construit par la production pour une péripétie évoquant le jeu vidéo Uncharted effacera elle jusqu’au souvenir de son adaptation cinématographique pantouflarde. Et comme de coutume, votre mission, si vous l’acceptez, est d’aller découvrir le film en salles pour vous faire votre avis. Cette chronique s’autodétruira dans 5 secondes…

 

 © Jérôme Muslewski


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