LE TÉMOIN DU MAL (1998)

Denzel Washington incarne un policier enquêtant sur une entité maléfique capable de voyager de corps en corps…

FALLEN

 

1998 – USA

 

Réalisé par Gregory Hoblit

 

Avec Denzel Washington, John Goodman, Donald Sutherland, Embeth Davidtz, James Gandolfini, Elias Koteas

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le film policier et le fantastique ne sont pas des genres faciles à mixer, dans la mesure où l’un repose sur des bases hyperréalistes et l’autre sur l’imagination la plus débridée. C’est pourtant cet audacieux mélange que tente ici le réalisateur Gregory Hoblit, peu familier avec l’épouvante mais à l’aise dans l’univers de la police puisqu’on lui doit les premiers épisodes des séries Hill Street Blues, La Loi de Los Angeles, Flic à tout faire et New York Police Blues, ainsi que Peur primale sur le grand écran. « Mon père était agent du F.B.I. et j’ai donc grandi dans ce milieu », nous raconte Hoblit. « À mon avis les histoires policières sont d’une incomparable richesse en matière de personnages forts et de situations critiques » (1). Longtemps pressenti pour tenir le rôle principal du Témoin du mal, Arnold Schwarzenegger cède finalement le pas à Denzel Washington qui, reconnaissons-le, est bien plus crédible que ne l’aurait été l’ex-Terminator dans la peau d’un flic banal. Pour lui donner la réplique, Hoblit opte pour de solides comédiens de la trempe de Donald Sutherland, John Goodman, James Gandolfini et Elias Koteas, sans oublier Embeth Davidtz, inoubliable dans L’Armée des ténèbres et La Liste de Schindler.

Pour donner corps au Témoin du mal, le réalisateur s’appuie sur deux modèles du genre qui resteront sans doute à jamais insurpassés : Rosemary’s Baby et L’Exorciste. Ce qui l’intéresse, dans les classiques de Polanski et Friedkin, est leur capacité à faire surgir le diable dans un contexte familier et concret. Le scénario du Témoin du mal, écrit pat Nicholas Kazan (Le Mystère Von Bulow), prend donc pour héros un inspecteur de la brigade criminelle de Philadelphie, John Hobbes (Washington). Celui-ci affronte bien malgré lui une entité maléfique portant le nom d’Azazel et voyageant de corps en corps depuis que le tueur en série Edgar Reese (Elias Koteas) lui a lancé une malédiction avant son exécution. Alors que le criminel périt dans la chambre à gaz, la caméra s’élève, traverse le plafond, passe d’une pièce à l’autre (par l’entremise d’images de synthèse habiles) et annonce aux spectateurs que le Mal est désormais en liberté, prêt à se déployer partout…

Le diable aux corps

Ce sujet pour le moins original pousse Hoblit à opter pour d’intéressants choix de mise en scène. « Je souhaitais modifier la palette des couleurs au fur et à mesure du déroulement de l’histoire », nous explique-t-il. « Au début, nous avons utilisé des teintes très chaudes, des rouges, des oranges, des dorés. Puis, progressivement, nous avons employé des couleurs plus froides et plus ternes, jusqu’à tendre vers le monochromatique à la toute fin » (2). Difficile de ne pas penser à Hidden lorsqu’Azazel passe d’un hôte humain à l’autre, conditionnant leur comportement en les muant en simples marionnettes assujetties à sa volonté. La séquence la plus étonnante, en ce domaine, est celle où tous les passants d’une rue sont contaminés l’un après l’autre à toute vitesse (une scène savamment chorégraphiée par Russell Clark dans laquelle les « possédés » sont incarnés par des danseurs). Malgré une première partie pleine de promesses, Le Témoin du mal peine hélas à passionner ses spectateurs jusqu’au bout, empruntant finalement des voies connues sans parvenir à réinventer le genre. Malgré le savoir-faire de Gregory Hoblit et le charisme impeccable de Denzel Washington, les spectateurs ne répondront guère présent et le film sombrera progressivement dans l’oubli.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 1998

 

© Gilles Penso


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TRIASSIC WORLD (2018)

Les membres d’un laboratoire spécialisé dans la recherche génétique sur les dinosaures sont traqués par un spécimen en furie qui vient de s’évader…

TRIASSIC WORLD

 

2018 – USA

 

Réalisé par Dylan Vox

 

Avec Shellie Sterling, Hayley J. Williams, Joseph Michael Harris, Jennifer Levinson, Thomas Steven Varga, Joel Berti, Marc Gottlieb, Korbin Miles, Jermain Hollman

 

THEMA DINOSAURES

Fidèle à ses habitudes, la compagnie de production The Asylum s’inscrit dans les tendances cinématographiques du moment pour profiter des succès récents et anticiper ceux qui s’apprêtent à débarquer au cinéma. Après la sortie de Jurassic World et juste avant celle de sa suite Jurassic World : Fallen Kingdom, le réalisateur Dylan Vox bricole donc un petit film au titre volontairement très évocateur : Triassic World. Contrairement aux habituelles production Asylum, le film présente le mérite de s’éloigner du blockbuster qu’il imite pour bâtir une intrigue originale, ou du moins distincte de son modèle. Certes, les dialogues font allusion à des parcs d’attractions dans lesquels surviennent des incidents liés aux dinosaures, incidents qui modifient la législation sur les espèces préhistoriques. Mais c’est avant tout un clin d’œil. Rien n’empêche d’ailleurs d’imaginer que Triassic World se situe dans le même univers que les films de la saga Jurassic Park, en tout cas dans un monde où les sauriens antédiluviens sont bien vivants et divertissent le grand public. Cette fois-ci, le titre ne se réfère pas à l’époque du Jurassique mais à celle du Trias, première période du Mésozoïque ayant vu émerger sur Terre les dinosaures, il y a 250 millions d’années.

À Los Angeles, la société Triassic Corporation réalise des recherches génétiques sur des dinosaures ramenés à la vie. L’objectif est de cultiver des organes utilisables par le monde médical en cas de besoin de greffes sur des humains. L’espèce sur laquelle ils pratiquent leurs expériences s’appelle Gojirasaurus. C’est évidemment un hommage à Gojira, autrement dit Godzilla, mais ce nom n’a pas été inventé pour les besoins du film. Le Gojirasaurus est un carnassier bipède qui a réellement existé pendant le Trias, et qui fut nommé en 1997 par le paléontologue Kenneth Carpenter. Long de six mètres et pesant près de 150 kilos, c’est un prédateur redoutable que Triassic World relooke un peu pour le rapprocher morphologiquement du tyrannosaure. Pendant les prémices du film, le montage alterne la visite du centre par un riche investisseur avec la catastrophe qui est en train de se dérouler quelques étages plus bas. Car « G-32 », un spécimen femelle particulièrement virulent, vient de s’échapper et commence à semer la mort sur son passage. Or rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter.

Carnosaur Park

Si l’on se réfère à la qualité habituelle des films produits par The Asylum, Triassic World se situe clairement sur le dessus du panier. La mise en scène multiplie les idées visuelles intéressantes, la photographie est soignée, les acteurs jouent avec un maximum de conviction et même les effets spéciaux – une fois n’est pas coutume – tiennent la route. Bien sûr, il ne s’agit pas de rivaliser avec le bestiaire coûteux de Jurassic World, mais le dino en image de synthèse qui cavale dans les coursives en rugissant et croque à belles dents tous ceux qui passent à sa portée est tout à fait acceptable. D’autant que la production a le bon goût de solliciter une tête animatronique grandeur nature pour certains gros plans. Quelques effets gore (décapitations, morsures sanglantes) viennent en outre égayer le film, le plaçant dans la mouvance de Carnosaur qui fut le premier à combiner les dinosaures et l’horreur. Bien sûr, la mécanique du huis-clos dans lequel un monstre décime un à un tous les protagonistes évoque Alien. Et ce qui devait arriver arrive : au bout d’une trentaine de minutes plutôt bien troussées, les situations finissent par tourner en rond et l’intrigue n’évolue plus beaucoup, malgré des idées narratives censées relancer le suspense (un gaz mortel qui menace de se déverser sur les survivants, la morsure du dinosaure qui contamine ses victimes en altérant leur comportement). Il n’empêche que pour une fois, voilà un film The Asylum qui ressemble à peu près à un vrai film ! Une suite baptisée Triassic Hunt sortira en 2021.

 

© Gilles Penso


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MAC ET MOI (1988)

Une imitation improbable de E.T. mise en scène par le réalisateur de Philadelphia Experiment et financée par McDonald’s et Coca Cola…

MAC AND ME

 

1988 – USA

 

Réalisé par Stewart Raffill

 

Avec Jade Calegory, Christine Ebersole, Jonathan Ward, Lauren Stanley, Katrina Caspary, Vinnie Torrente

 

THEMA EXTRA-TERRESTRE

Futur producteur de L’Expert, Soldier et Ocean’s Eleven, R.J. Louis pense flairer la bonne affaire à la fin des années 1980. Après avoir travaillé sur plusieurs campagnes publicitaires pour McDonald’s, il propose à la célèbre marque de fast food de s’impliquer dans un projet de long-métrage, en échange de plusieurs placements produits bien visibles à l’écran. La multinationale accepte, tout comme Coca Cola qui joue le jeu à son tour. Avec ces emblèmes de la malbouffe à ses côtés, le producteur n’a plus qu’à trouver un sujet de film susceptible d’attirer le grand public en salles, toutes générations confondues. Il ne lui faut pas longtemps pour penser au succès phénoménal de E.T. l’extra-terrestre, encore dans toutes les mémoires, et de décider de mettre sur pied une imitation. Réalisateur éclectique ayant signé plusieurs films familiaux et quelques sympathiques séries B de science-fiction comme Ice Pirates et Philadelphia Experiment, Stewart Raffill est aussitôt embauché. « J’ai été engagé à la dernière minute », se souvient-il. « Le producteur m’a convoqué dans son bureau. Toute son équipe était déjà là, prête à tourner. J’ai demandé à voir le scénario, ce à quoi il m’a répondu : “Nous n’avons pas de scénario. C’est à vous de l’écrire. Il va falloir s’y mettre rapidement, alors commencez à préparer le film et écrivez pendant les week-ends“ ! » (1)

On ne s’étonnera donc pas du caractère improbable du scénario de Mac et moi, co-écrit par Stewart Raffill et Steve Feke (Terreur sur la ligne, Poltergeist III). Une famille entière de la planète Lapedus est accidentellement absorbée par une sonde spatiale. En revenant sur Terre, cette sonde s’ouvre et libère quatre petits extra-terrestres devant des savants qui n’en croient pas leurs yeux. Les créatures s’échappent en empruntant les conduits d’aération et réapparaissent dans le désert. Or leur fils a disparu. Il a en effet été retrouvé par la famille Cruise. La mère, Janet (Christine Ebersole), emmène ses deux fils Michael (Jonathan Ward) et Eric (Jade Calegory) vers leur nouvelle maison. Handicapé, Eric découvre le petit alien avec lequel il se lie d’amitié et qu’il appelle Mac (acronyme de « Mysterious Alien Creature », soit créature extraterrestre mystérieuse). Par télépathie, Mac reçoit des messages de détresse de sa famille. Eric, Michael et Debbie (Lauren Stanley) vont tout faire pour l’aider à retrouver les siens, mais ils sont surveillés par des agents du gouvernement…

Mad Mac

Raffill a donc respecté scrupuleusement les consignes de son producteur : reprendre scène par scène le scénario de E.T. et y adjoindre quelques séquences musicales pop pour plaire aux adolescents. Comme si la démarche plagiaire ne suffisait pas elle-même à considérer Mac et moi avec embarras, le film montre avec tant d’insistance les logos de McDonalds et de Coca Cola qu’il finit par prendre les allures d’un spot publicitaire géant. Et que dire du look de ce bébé alien ? Cette marionnette aux allures de baudruche en plastique affublée d’yeux exorbités et d’une bouche en cul de poule est-elle vraiment censée nous faire croire à ses origines extra-terrestres ? La seule véritable originalité du film est d’avoir donné la vedette à un enfant handicapé, incarné par un jeune acteur véritablement immobilisé sur un fauteuil roulant. La démarche est intéressante, même si elle n’apporte rien d’un point de vue narratif et donne même naissance à un gag involontaire. La scène où le fauteuil dévale d’une falaise et tombe dans l’eau est en effet devenue un des moments favoris des amateurs d’humour au second degré. L’acteur Paul Rudd lui-même dégaine sans cesse cet extrait sur les plateaux télévisés où on l’invite. On note la présence très discrète d’une figurante encore inconnue dans une scène de parking anodine : Jennifer Aniston. Malgré ce que promet la fin du film (un arrêt sur image avec l’inscription du texte « Nous reviendrons ! »), aucune suite ne fut donnée à Mac et moi à cause de ses résultats décevants au box-office. Nous l’avons échappée belle !

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site Slashfilm en juillet 2016

 

© Gilles Penso


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ATLANTIC RIM (2013)

Pacific Rim débarque sur les grands écrans ? Vite, produisons à toute allure une copie low cost avec des robots géants et des monstres marins !

ATLANTIC RIM : WORLD’S END

 

2013 – USA

 

Réalisé par Jared Cohn

 

Avec Graham Greene, David Chokachi, Anthony Criss, Jackie Moore, Nicole Alexandra Shipley, Jared Cohn, Jinhi Evans, Steven Marlow, Nicole Dickson

 

THEMA ROBOTS I MONSTRES MARINS

Des robots géants qui affrontent des monstres à la Godzilla ? Qu’un gros film de studio ose s’attaquer à un tel sujet en mettant le paquet sur le marketing et en sollicitant un réalisateur prestigieux est une aubaine pour la petite compagnie de « cinéastes flibustiers » The Asylum. À peine le Pacific Rim de Guillermo del Toro est-il annoncé que les fantassins au service du producteur David Michael Latt s’activent pour boucler en quelques mois une imitation à tout petit budget avec comme objectif de sortir exactement en même temps que le blockbuster de Legendary Pictures, autrement dit début juillet 2013. L’exercice du plagiat monte donc d’un cran par rapport à Transmorphers ou Alien vs. Hunter. Non content de singer le titre du film qui lui sert de modèle, Atlantic Rim reprend quasiment le même scénario, du moins ce qu’on en sait à l’époque. Suite à la disparition d’une plateforme pétrolière et d’un mini-sous-marin de reconnaissance dans le golfe du Mexique, la scientifique Margaret Adams (Nicole Dickson) lance le programme Armada : des robots géants conçus pour le sauvetage en haute mer. Les trois machines – pilotées par Red (David Chokachi), Tracey (Jackie Moore) et Jim (Anthony Criss) – plongent à près de 800 mètres de profondeur et découvrent les restes mutilés de la plate-forme pétrolière… mais également un monstre gigantesque.

C’est le point de départ d’un enchaînement de combats robots contre monstres, beaucoup plus excitants sur le papier qu’à l’écran étant donnés les faibles moyens mis à la disposition du réalisateur Jared Cohn et de son équipe. Pour assurer une plus-value visuelle de poids à ce film sans trop dépenser d’argent, la production envisage de tourner un grand nombre de séquences sur la base aérienne navale de Pensacola, en Floride. Mais en découvrant le scénario, les autorités militaires refusent, désapprouvant l’image de l’armée qu’il donne (c’est déjà un miracle qu’ils soient allés jusqu’au bout de la lecture !). Le plan B est donc l’installation de l’équipe de tournage à proximité de cette base, dans un aéroport privé pour hélicoptères. Ce changement de décor – ainsi que des intempéries non prévues au programme – entraînent plusieurs réécritures du script par Richard Lima, Thunder Levin (Sharknado) et Hank Woon Jr (Age of Dinosaures).

À quoi ça Rim ?

Même si Atlantic Rim essaie de nous intéresser à ses protagonistes humains, à ce général dur à cuire qui en a vu d’autres (Graham Greene, beaucoup plus convaincant dans Danse avec les loups et La Ligne verte il faut bien l’avouer), à ces trois top guns du pilotage de robot que rien n’effraie (bagarre de rue ridicule à l’appui) et qui s’embarquent dans un triangle amoureux de soap opera ou encore à ce gradé belliqueux qui veut à tout prix lancer des missiles nucléaires (Steven Marlow, prononçant ses dialogues avec la voix de Batman en serrant les dents, un bandeau à la Nick Fury sur l’œil), le spectateur n’en a cure et veut principalement voir des robots qui castagnent des monstres. Sauf que le budget ne permet pas des merveilles, on s’en doute. Certes, les trois grandes machines guerrières sont assez réussies, nous offrant même quelques séquences iconiques du plus bel effet comme le surgissement de l’une d’entre elles sur une plage au milieu des baigneurs. Les monstres, en revanche, ne sont guère gâtés par la nature. Ni leur design de dinosaures/dragons aux yeux globuleux et aux pattes de tritons, ni leur texture d’image de synthèse bas de gamme, ni leur animation évasive ne réussissent à nous convaincre une seule seconde. Voilà qui amenuise considérablement l’impact des scènes de combat, notamment cet affrontement final dans les rues de New York où une bébête géante qui se prend pour Le Monstre des temps perdus cherche des noises aux trois méga-robots volants qui le cognent avec une épée et un marteau géant. En 2018, en prévision de Pacific Rim : Uprising, Jared Cohn récidivera avec Atlantic Rim : Résurrection.

 

© Gilles Penso

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LE PIC DE DANTE (1997)

Pierce Brosnan et Linda Hamilton affrontent la furie d’un volcan en éruption dans une petite ville américaine réduite en cendres…

DANTE’S PEAK

 

1997 – USA

 

Réalisé par Roger Donaldson

 

Avec Pierce Brosnan, Linda Hamilton, Charles Hallahan, Grant Heslov, Elisabeth Hoffman, Jamie Renée Smith, Jeremy Foley

 

THEMA CATASTROPHES

Après avoir écrit Daylight, le scénariste Leslie Boehm poursuit dans la veine du film catastrophe avec Le Pic de Dante, un récit de volcan dévastateur produit par Gale Anne Hurd. Cette dernière, complice de longue date de James Cameron, fait appel à une actrice qu’elle connaît bien pour tenir le haut de l’affiche : Linda Hamilton. Le partenaire masculin qui donnera la réplique à l’ex-Sarah Connor du diptyque Terminator est alors au sommet de sa gloire puisqu’il s’agit de Pierce Brosnan, qui vient tout juste d’enfiler le smoking de l’agent 007 dans Goldeneye. Toutes les conditions semblent réunies pour attirer le grand public dans les salles de cinéma. Ironiquement, le personnage de volcanologue qu’incarne ici Brosnan s’appelle Harry Dalton, portant donc le même nom de famille que l’acteur auquel il succéda dans le rôle de James Bond. Le Pic de Dante commence par une scène de trauma classique. Alors qu’il tente d’échapper à une éruption en Colombie, Dalton perd son épouse, frappée par un débris projeté sur le toit de leur véhicule. Quatre ans plus tard, il part enquêter sur l’activité sismique de la petite ville (imaginaire) de Dante’s Peak, dans l’état de Washington. Là, il fait la connaissance de Rachel Wando (Linda Hamilton), maire de la ville, à qui il fait bientôt les yeux doux. Mais l’heure n’est pas tout de suite à la romance, car le volcan endormi qui surplombe la tranquille bourgade est sur le point de se réveiller…

Les enjeux politiques et touristiques de la petite ville, mis en opposition à l’alerte d’une catastrophe imminente que beaucoup voudraient étouffer en jouant les autruches, évoquent bien sûr Les Dents de la mer. Il ne faut effrayer ni les habitants, ni les visiteurs, ni les investisseurs, même si la montagne gronde. Soignée, solide et efficace, la mise en scène du Pic de Dante démontre l’expérience et le métier de Roger Donaldson, à qui nous devons entre autres Le Bounty, Sens unique, Cocktail, Cadillac Man, Sables mortels, le remake de Guet-apens et La Mutante. Même dans les moments les plus anecdotiques, sa caméra sait être virtuose, accompagner avec élégance les humains et les véhicules tout en les inscrivant dans des décors naturels souvent très photogéniques. À l’unisson, la bande originale de James Newton Howard et John Frizzell (l’un composant le thème principal, l’autre les morceaux additionnels) accompagne efficacement les pérégrinations de nos héros et de la petite équipe de vulcanologues venus tâter le terrain…

La colère de la montagne

Mais le rythme est défaillant, le film s’attardant plus que de raison sur les petites chamailleries entre les scientifiques et sur l’idylle naissante entre Harry et Rachel, alors que le public réclame ce qu’on lui a promis : de l’action, du suspense et une catastrophe digne de ce nom. « Cette montagne est une bombe à retardement » ne cesse pourtant de nous annoncer Dalton. Les choses commencent enfin à s’agiter à mi-parcours du métrage, à grand renfort d’effets mécaniques, pyrotechniques, miniatures et numériques. Le cataclysme prend de l’ampleur et Donaldson le filme avec naturalisme. Mais bientôt s’invitent les séquences de suspense absurdes évacuant peu à peu tout réalisme (le gamin de 8 ans qui conduit le 4×4 de sa mère pour secourir sa grand-mère, la voiture des héros qui roule sous l’eau et saute au-dessus des arbres puis slalome dans la lave), coupant court à toute suspension d’incrédulité. Sans oublier l’inévitable séquence du chien qu’il faut sauver. « Soyons clair : c’est un film qui repose sur des faits authentiques, mais en réalité, face à un tel volcan, aucun des personnages n’aurait pu survivre », nous confesse le réalisateur. « Le héros, les enfants, le chien… Tous auraient péri ! Mais ce film n’est pas une réalité, ni un documentaire : c’est un divertissement. Et le spectateur qui sort de la salle a le sentiment de faire partie lui aussi des survivants. » (1) Il a aussi un peu le sentiment, avouons-le, qu’on l’a pris pour un imbécile. Le succès du Pic de Dante sera d’ailleurs tout relatif, les critiques lui réservant un accueil bien peu chaleureux.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 1997

 

© Gilles Penso

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TITANIC 2 (2010)

Cette improbable suite/remake du blockbuster de James Cameron déverse sur un nouveau paquebot un tsunami gigantesque…

TITANIC II

 

2010 – USA

 

Réalisé par Shane Van Dyke

 

Avec Marie Westbrook, Shane Van Dyke, Bruce Davison, Michelle Glavan, D.C. Douglas, Brooke Burns, Josh Roman, Carey Van Dyke, Dylan Vox, Wittly Jourdan

 

THEMA CATASTROPHES

Shane Van Dyke est un acteur de séries B anecdotiques (Shark Swarm, Transmorphers : Robot Invasion) devenu scénariste et réalisateur d’autres séries B tout autant anecdotiques (Paranormal Entity, 6 Guns). Son père Barry Van Dyke est un vétéran de la télévision américaine (Galactica 1980, Supercopter, Diagnostic : Meurtre) et son grand-père Dick Van Dyke une star des années 1960 (c’était le héros de Mary Poppins et Chitty Chitty Bang Bang mais aussi de sa propre série The Dick Van Dyke Show). Le talent semble donc avoir cruellement décru de génération en génération. Toujours est-il que Van Dyke Junior se lance ici dans une entreprise impensable : une suite/remake du chef d’œuvre de James Cameron réalisée avec un budget anémique ! C’est encore un coup de la société de production The Asylum, qui ne recule devant rien pour surfer sur les grands succès hollywoodiens. Le concept du film est plutôt malin : un siècle après le fameux naufrage, autrement dit le 10 avril 2012, un nouveau paquebot de luxe baptisé le Titanic II entame le même voyage inaugural que son prédécesseur en empruntant la même route que lui mais en sens inverse, donc de New York à Southampton. Bien sûr, la croisière ne va pas tarder à tourner à la catastrophe.

La production profite de la mise à sa disposition du fameux Queen Mary, amarré en permanence comme navire-hôtel et comme attraction touristique dans le port de Long Beach, en Californie. Ce navire présente beaucoup de ressemblances avec le Titanic – à une cheminée près – et sert donc de « doublure » au célèbre bâtiment pour plusieurs séquences du film. Le vieux navire britannique n’en est pas à son premier tournage, puisqu’il accueillit les équipes de L’Aventure du Poséidon et de S.O.S. Titanic. Avec un tel décor à sa portée, Shane Van Dyke bénéficie d’une précieuse plus-value visuelle. L’autre atout du film est une brochette d’acteurs solides qui s’efforcent de jouer avec un maximum de conviction, notamment Bruce Davison dont les fantasticophiles se souviennent surtout grâce à Willard. Finalement, le comédien le moins crédible est Van Dyke lui-même, dans le rôle du playboy qui a conçu le bateau, qui se promène avec une grappe de bimbos en robe de soirée à ses bras et déclame ses répliques romantiques comme on commenterait un match de foot. Les intrigues de soap opera s’invitent en effet à bord, soulignées par une bande originale sirupeuse qui tente maladroitement d’imiter celle de James Horner. L’acteur/réalisateur se souvient sans doute qu’il apparut en début de carrière dans un épisode d’Amour, gloire et beauté.

L’histoire se répète

Mais nous ne sommes pas là pour lambiner. Un glacier vient en effet de s’effondrer au Groenland, déclenchant un gigantesque tsunami qui déferle à mille kilomètres à l’heure en direction de l’Atlantique et s’apprête à pulvériser le Titanic II. Lorsque les effets spéciaux s’y mettent, rien ne va plus. Les incrustations sont hasardeuses, le navire en images de synthèse n’est pas du tout convaincant, les fissures dans la glace ressemblent aux effets comiques d’un cartoon de Tex Avery et les différents crashs d’avions et d’hélicoptères sont désespérément ratés. On est presque touché de voir à quel point Titanic II s’efforce d’imiter Titanic avec application malgré les minuscules moyens à sa disposition, tirant parti comme il peut de son décor, de sa poignée de figurants et de ses trucages sommaires. Tout y est : le départ du navire en fanfare, le naufrage, le parcours du combattant du couple vedette dans les coursives, le final déchirant dans les eaux glacées… Jusqu’à la chanson romantique du générique de fin ! Distribué un temps sous le titre de Titanic : Odyssée 2012, ce « mockbuster » (imitation cheap d’un blockbuster) n’a rien de foncièrement mémorable mais se laisse regarder sans ennui. Une suite au caractère ouvertement surnaturel lui sera donnée en 2022 sous le titre Titanic 666.

 

© Gilles Penso

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LA FOREUSE SANGLANTE (1978)

Un tueur psychopathe se sert du contenu de sa grande boîte à outils pour massacrer toutes les jeunes femmes qu’il croise…

THE TOOLBOX MURDERS

 

1978 – USA

 

Réalisé par Dennis Donnelly

 

Avec Cameron Mitchell, Pamelyn Ferdin, Wesley Eure, Nicolas Beauvy, Tim Donnelly, Aneta Corsault, Faith McSwain, Marciee Drake, Evelyn Guerrero

 

THEMA TUEURS

Lorsque Tony Didio, un producteur de Los Angeles qui essaie de faire son trou dans la profession, se rend compte du succès public et populaire de Massacre à la tronçonneuse, il décide de s’engouffrer dans cette brèche et de surfer sur la vogue naissante de ce qui ne s’appelle pas encore le slasher. Didio convie donc les scénaristes Ann Kindberg, Robert Easter et Neva Friedenn à une projection du film de Tobe Hooper et leur donne comme mission d’imaginer une variante autour du même sujet. Le trio se creuse les méninges et écrit finalement un scénario qui n’a plus grand-chose à voir avec Massacre à la tronçonneuse. Leur source d’inspiration serait une série de meurtres en série commis dans le Minnesota en 1967 par un homme s’attaquant aux femmes à l’aide de divers outils. Étant donné qu’aucune trace officielle n’a été trouvée de ce fait divers, il est difficile de savoir s’il a réellement eu lieu ou s’il ne s’agit que d’un argument publicitaire destiné à faire frissonner le public en s’appuyant sur le prétexte de « l’histoire vraie » (ce qu’avait fait du reste Tobe Hooper lui-même en s’inspirant très librement des exactions d’Ed Gein). Tourné en dix-huit jours avec un budget très modeste d’environ 165 000 dollars, La Foreuse sanglante est l’unique long-métrage cinéma de Dennis Donnelly, vétéran de la réalisation d’épisodes de séries TV.

Une atmosphère poisseuse qui annonce à sa manière celle de Maniac s’installe dès les premières minutes du film. Tandis que défile le générique, la caméra adopte la vue subjective d’un conducteur qui sillonne les rues nocturnes de Los Angeles tandis qu’un prédicateur harangue les foules à la radio autour des éternels sujets du bien, du mal, du repentir et de la damnation. Un flash-back très bref nous donne soudain l’aperçu d’un accident de voiture ayant entraîné la mort d’une jeune fille. Notre conducteur quitte alors son véhicule, entre dans une résidence constituée de plusieurs immeubles et commence sa croisade sanglante. La mise en scène nous oblige à entrer dans la peau de cet assassin, ganté et cagoulé, qui trimballe avec lui une grosse boîte à outil. À l’intérieur se trouvent les armes du crime. Une locataire est donc massacrée avec une perceuse, une autre avec un marteau, une troisième avec un tournevis et une quatrième (incarnée par la très peu pudique comédienne Kelly Nichols, future habituée du cinéma « adulte ») à coups de pistolet à clous. Notre roi du bricolage kidnappe ensuite une adolescente de quinze ans, Laurie Ballard (Pamelyn Ferdin), et laisse pantois les forces de polices qui se perdent en conjectures…

Serial bricoleur

La Foreuse sanglante est un film déstabilisant dans la mesure où il combine les effets de style intéressants, les choix narratifs audacieux mais aussi des techniques racoleuses bien peu subtiles et de très grosses maladresses. On ne sait donc trop sur quel pied danser face aux exactions du « tueur à la boîte à outils ». Le montage, parfois expérimental, s’autorise des ruptures inattendues, des inserts très rapides et une mise en parallèle habile entre la mise à mort des victimes féminines et le trépas de la jeune femme du flash-back, source du trauma initial de notre meurtrier. Par ailleurs, chaque meurtre est accompagné d’une chanson (diffusée par la radio ou sur une platine disque) dont les styles variés (jazz, funk, country) créent un décalage surprenant et autorisent même un second degré culotté (notamment les paroles suaves d’une chanson d’amour qui accompagnent un bain de sang). Autre choix étonnant : la véritable identité du tueur n’est pas l’enjeu majeur du film, puisqu’elle nous est révélée à mi-parcours. La mécanique du slasher s’amenuise alors pour céder la place au thriller psychologique déviant. Toutes ces bonnes idées sont hélas gâchées par une direction d’acteurs souvent défaillante (malgré l’implication indiscutable de Cameron Mitchell et Pamelyn Ferdin) et par des comportements absurdes. Le manque de conviction des comédiennes jouant les victimes, qui s’offusquent mollement face au tueur, amenuise ainsi considérablement l’impact des scènes de meurtres. Les derniers rebondissements eux-mêmes manquent cruellement de crédibilité. Interdit au début des années 1980 sur le territoire anglais dans le cadre de la fameuse croisade des « Video Nasties », La Foreuse sanglante aura tout de même eu le mérite de s’éloigner considérablement de son modèle Massacre à la tronçonneuse. Ironiquement, c’est Tobe Hooper qui en réalisera un remake en 2004.

 

© Gilles Penso


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ALIEN VS. HUNTER (2007)

Sans scrupules, l’équipe de réalisateurs / photocopieurs de The Asylum plagie avec un budget ridicule Alien vs. Predator

AVH : ALIEN VS. HUNTER

 

2007 – USA

 

Réalisé par Scott Harper

 

Avec William Katt, Dedee Pfeiffer, Wittly Jourdan, Randy Mulkey, Jennifer Couch, Jason S. Gray, John Murphy Jr., Kevin Kazakoff, Philip Bak, Josh Tessier

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Quand on est capable de produire un film qui s’appelle Transmorphers pour profiter du succès de Transformers, on ne s’arrête pas en si bon chemin. David Michael Latt, co-fondateur de la compagnie Asylum, co-producteur et co-auteur de la plupart des mini-séries B issues de cette société de production résolument atypique, est à ce titre très pragmatique. Quand un gros succès hollywoodien pointe le bout de son nez (si possible dans le domaine de la science-fiction), il ne lui faut pas plus de quatre ou cinq mois pour mettre en boîte une imitation à tout petit budget bricolée avec les moyens du bord. Alors qu’Alien vs. Predator a su déplacer les foules (malgré un accueil critique pour le moins mitigé) et qu’Aliens vs. Predator Requiem s’apprête à sortir en salles, Latt écrit donc en vitesse Alien vs. Hunter et en confie la mise en scène à Scott Harper. Réalisateur du film de crocodile géant Supercroc, Harper a travaillé sur les effets visuels de Mortal Kombat, L’Indien du placard, Le Professeur Foldingue, Au-delà de nos rêves, Le Vaisseau de l’angoisse, Des serpents dans l’avion… Il connaît donc son affaire. Mais avec les moyens ridicules mis à sa disposition, on se doute qu’il ne pourra guère faire de miracles.

Le personnage principal d’Alien vs. Hunter est le journaliste Lee Custer, incarné par William Katt (que les fantasticophiles connaissent bien puisqu’il tenait la vedette de House et de la série Ralph super-héros et jouait même Tommy Ross dans Carrie). Alors qu’il fait son jogging, un objet volant non identifié s’écrase en rase campagne. En compagnie du shérif Joel Armstrong (Collin Brock), il découvre un vaisseau spatial échoué dans les bois duquel s’échappe un monstre improbable : un extra-terrestre dont la tête, les bras et le torse s’inspirent vaguement du xénomorphe d’Alien et dont le reste du corps est celui d’une araignée géante. Si le masque articulé et le costume utilisés pour les gros plans fonctionnent plutôt bien, les images de synthèse mises à contribution pour les plans larges sont catastrophiques ! Bientôt surgit une autre créature : une sorte de cyborg engoncé dans une armure intégrale, avec un drôle de chapeau en forme de saladier et un rond à la place du visage. Bien sûr, ce chasseur venu d’ailleurs possède une méthode de camouflage à la Predator. Alors que les deux bêtes jouent à cache-cache dans les bois, Lee mène un petit groupe de survivants parmi lesquels les spectateurs reconnaissent Dedee Pfeiffer, la sœur cadette de Michelle Pfeiffer aperçue notamment dans Chute libre, Frankie et Johnny et la série Cybill.

Xénomorphe contre Cyborg

Difficile de trouver le moindre attrait à ce chassé-croisé extra-terrestre. Les décors sont d’une banalité effarante (principalement une petite forêt et des tunnels souterrains) et les acteurs pas du tout convaincant (Katt nous semble sans cesse au bord de l’épuisement et Pfeiffer donne l’impression d’avoir accepté de mauvaise grâce de jouer dans le film). D’une manière générale, les personnages s’avèrent ultra-caricaturaux, en particulier ce chasseur fou des armes (une version très premier degré du Gummer de la saga Tremors) et ses copains miliciens qui semblent vouloir nous jouer un remake de Robowar. Les petites scènes intimistes où les protagonistes mettent leurs émotions à jour n’en sont que plus involontairement comiques. Visiblement incapable de trouver la juste tonalité, Alien vs. Hunter nous offre en vrac des dialogues absurdes (« J’ai connu quelques fils de chiennes dans ma vie, mais vous, vous êtes le top de la crème ! »), lourdement référentiels (« Une version SF des Chasses du comte Zaroff, ça ferait un film pas mal ! ») ou embarrassants (« S’il se repère au bruit, il ne faut pas péter… »). Bref même si le diptyque Alien vs. Predator n’a rien de particulièrement enthousiasmant, il vaut tout de même largement mieux que ce petit plagiat sans charme.

 

© Gilles Penso

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LE CIRQUE DU DOCTEUR LAO (1964)

Le directeur d’un étrange cirque itinérant a le pouvoir de se transformer en diverses créatures fantastiques…

THE SEVEN FACES OF DOCTOR LAO

 

1964 – USA

 

Réalisé par George Pal

 

Avec Tony Randall, Barbara Eden, Arthur O’Connell, John Ericson, Noah Beery Jr, Minerva Urecal, Frank Kreig

 

THEMA CONTES

Fidèle à ses goûts artistiques, le réalisateur/producteur George Pal (Les Aventures de Tom Pouce, La Machine à explorer le temps, Les Amours enchantées) raconte ici une joyeuse histoire fantaisiste, adaptée du roman « The Circus of Dr Lao » de Charles G. Finney publié en 1935. Il est aidé dans sa tâche par une distribution fort judicieuse (même si Pal envisageait initialement Peter Sellers dans le rôle principal), une brillante partition musicale de Leigh Harline (Blanche Neige et les sept nains, Pinocchio) et des effets spéciaux pleins de magie. L’oriental docteur Lao, accompagné de son cirque ambulant, veut rétablir la justice dans la petite ville d’Abalone où il débarque. A cet effet, il revêt les sept apparences qui justifient le titre du film : son aspect naturel, c’est-à-dire une espèce de paysan chinois excentrique ; un Merlin l’enchanteur vieillissant qui fera partager son goût de la magie au petit Mike (Kevin Tate) ; un Yéti au maquillage plutôt grotesque, très semblable aux Morlocks de La Machine à explorer le temps ; un Apollon aveugle qui prédit l’avenir ; un serpent parlant ; une méduse qui ressemble à La Gorgone de Terence Fisher ; et un dieu Pan qui éveille la sensualité de la jeune Angela (Barbara Eden).

La performance tient au fait que toutes ces facettes du docteur Lao – à l’exception du serpent, animé tour à tour mécaniquement ou image par image – sont interprétées par le même comédien, l’extraordinaire Tony Randall, par la grâce des maquillages de William Tuttle. La gorgone, notamment, est un beau morceau de bravoure, même si elle ne peut rivaliser avec celle que créera Ray Harryhausen seize ans plus tard dans Le Choc des Titans. On note que les serpents sur sa tête sont des marionnettes magnétiques créées par le vétéran des effets spéciaux Wah Chang. William Tuttle remportera pour son travail le tout premier Oscar décerné aux effets spéciaux de maquillage. Il sera suivi en 1968 par John Chambers pour La Planète des singes, avant que cette catégorie ne soit officialisée à partir de 1981 avec Rick Baker et Le Loup-garou de Londres. Pour l’anecdote, Tony Randell apparaît sans maquillage parmi les spectateurs du second spectacle que donne le docteur Lao dans le film.

Un talent monstre

Des monstres et merveilles du Cirque du docteur Lao, on retiendra également le gigantesque monstre du Loch Ness créé par Wah Chang et animé par Jim Danforth et Peter Kleinow, brouillon du plésiosaure qui attaquera le village préhistorique de Quand les dinosaures dominaient le Monde. « Globalement, c’est une assez belle séquence », reconnaît Danforth, « mais pour être franc elle est assez inutile dans le film. Le récit pouvait tout à fait se passer de ce monstre » (1). Peut-être, mais cette créature impressionnante nous offre un joli clou du spectacle. À la fin de ses bienfaits magiques, l’étrange docteur Lao s’en va vers d’autres contrées (sans doute un autre village où règne l’injustice), laissant se clore sur une note très morale un conte finalement plein de charmes. Même si Le Cirque du docteur Lao est aujourd’hui considéré comme un classique du cinéma fantastique, l’accueil qu’il reçut lors de sa sortie en salles fut très mitigé, au point que George Pal cessa là ses activités de réalisateur et mit quatre ans avant de pouvoir monter financièrement un nouveau long-métrage, La Guerre des cerveaux de Byron Haskin.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso


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GALACTICA, LA BATAILLE DE L’ESPACE (1978)

Pour répondre au succès de Star Wars, Universal initie une série TV spatiale dont le premier épisode a droit à une sortie dans les salles de cinéma…

BATTLESTAR GALACTICA

 

1978 – USA

 

Réalisé par Richard A. Colla

 

Avec Richard Hatch, Dirk Benedict, Lorne Greene, Herb Jefferson Jr, Maren Jansen, Tony Swartz, Noah Hattaway, Terry Carter, Jane Seymour, Ray Milland, Laurette Spang

 

THEMA SPACE OPERA

Galactica est l’exemple type d’un retournage de veste magistral, comme il s’en pratique parfois au sein des grands studios hollywoodiens. Les cadres d’Universal s’étaient bien moqués de George Lucas et de son scénario « démodé » d’un projet baptisé La Guerre des étoiles qu’ils rejetèrent sans appel. Qui peut encore s’intéresser à une aventure intergalactique « old school » à la Flash Gordon ? Soyons sérieux ! Mais le premier volet de la saga Star Wars devient le triomphe que l’on sait et Universal, sans sourciller, décide de profiter de ce succès en lançant une série ambitieuse, Galactica, confiée au producteur Glen A. Larson (Opération vol, Le Virginien, Opération danger, Un Shérif à New York, Quincy). Le projet d’Universal consiste à mettre sur pied plusieurs téléfilms se succédant les uns aux autres avant de transformer Galactica en série TV plus classique si le succès est au rendez-vous. Le pilote, titré « Saga of a Star World », est conçu comme un show spectaculaire et coûte pas moins de 8 millions de dollars, un record à l’époque. Pour amortir ce coût spectaculaire, Universal décide d’exploiter ce téléfilm au cinéma, d’abord au Canada, puis aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. C’est donc sous cette forme que Galactica parvient d’abord au public, avant la diffusion de la série sur les petits écrans du monde entier.

Si Star Wars demeure la source d’inspiration principale de Galactica, le scénario élaboré par Glen A. Larson tient à s’en éloigner autant que possible. Nous sommes dans le futur, à l’autre bout de l’univers. Après mille ans de guerre acharnée avec les Cylons, des robots guerriers impitoyables, il semble que l’humanité soit sur le point de signer un traité de paix. Mais c’est un leurre, et lorsque les Cylons repassent à l’attaque, c’est pour détruire toutes les colonies humaines qui passent à leur portée. Après ce massacre impitoyable, le grand vaisseau Battlestar Galactica et 220 autres véhicules spatiaux transportent les survivants à la recherche d’un nouveau foyer. La légende parle d’une treizième tribu de l’humanité installée sur une planète qu’on appelle Terre. Mais les Cylons sont toujours sur leurs traces… Pour mettre toutes les chances de son côté, le studio Universal débauche John Dykstra, le superviseur des effets visuels de La Guerre des étoiles, et le charge de toutes les séquences spatiales. Le travail effectué sur les maquettes de vaisseaux, sur la dynamique de leurs déplacements et sur les nombreuses scènes de poursuites et de batailles dans les étoiles est effectivement remarquable (ces plans sont photographiés par Dennis Muren et Richard Edlund, eux aussi transfuges de Star Wars).

L’autre guerre des étoiles

Les autres atouts indiscutables de Galactica sont le charisme impeccable de Lorne Greene dans le rôle du vénérable commandant Adama, le fort capital sympathie du valeureux capitane Apollo (Richard Hatch) et du lieutenant Starbuck (Dirk Benedict), un coureur de jupons qui semble calquer une partie de son personnage sur celui de Han Solo, et quelques guest stars appréciables comme Jane Seymour en adorable mère célibataire ou Ray Milland en détestable conseiller dégoulinant de duplicité. On note aussi la présence du tout jeune Noah Hattaway, futur Atreju de L’Histoire sans fin. Quelques créatures étranges égaient l’ensemble, comme les robotiques Cylons (à l’armure scintillante inspirée à la fois des costumes de Dark Vador et des stormtroopers), le chien mécanique Muffit, des hommes-insectes qui semblent échappés des Premiers hommes dans la Lune ou encore des chanteuses à quatre yeux et deux bouches du plus curieux effet. Porté par une bande originale épique de Stu Philipps et émaillé d’éléments scénaristiques pleins d’intérêt (le fossé social entre les pauvres et les nantis à bord du vaisseau, les manigances politiques et les luttes de pouvoir), ce premier Galactica permet au show de Glen A. Larson de démarrer en fanfare, malgré une mise en scène qui reste très télévisuelle. Deux autres longs-métrages issus de la série seront distribués en salle : Galactica : les Cylons attaquent en 1979 et La Conquête de la Terre en 1980.

 

© Gilles Penso


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