KILLING TREE (2022)

Un sapin de Noël maléfique se met à massacrer un groupe de jeunes fêtards à coups de branches et de guirlandes !

DEMONIC CHRISTMAS TREE / THE KILLING TREE

 

2022 – USA

 

Réalisé par Rhys Frake-Waterfield

 

Avec Sarah Alexandra Marks, Marcus Massey, Judy Tcherniak, Kelly Rian Sanson, Sarah T. Cohen, Ella Starbuck, Lauren Staerck, May Kelly

 

THEMA VÉGÉTAUX I SORCELLERIE ET MAGIE

Rhys Frake-Waterfield est le producteur d’une infinité de films fantastiques aux moyens ridicules cherchant tant bien que mal à se frayer un chemin au beau milieu de l’abondance de longs-métrages de genre proposés par des studios plus fortunés. Les titres de ces micro-budgets laissent rêveur : Dinosaur Hostel, Dragon Fury, Monsters of War, Spider from the Attic, Easter Killing, Crocodile Vengeance, Kingdom of the Dinosaurs, bref de nombreux fous-rires (volontaires ou non) en perspective. Homme à tout faire, Waterfield s’est occupé lui-même des effets spéciaux (très approximatifs) de la plupart de ces films et en a même dirigé quelques-uns, notamment The Area 51 Incident et le présent Killing Tree qui fut d’abord connu sous le titre joliment folklorique de Demonic Christmas Tree (autrement dit « l’arbre de Noël démoniaque »). Le scénario se résume grosso-modo à son titre, ce qui peut s’annoncer réjouissant (au douzième degré certes) mais peine forcément à capter l’attention des spectateurs pendant toute la durée d’un long-métrage, malgré son format modeste d’une heure et quart. Waterfield et son scénariste Craig McLearie (Hatched, Pterodactyl, Curse of Jack Frost) jouent donc la carte du remplissage en espérant faire illusion…

L’entame est prometteuse. Pendant une nuit d’orage, la vénérable Morgan Slater (Judy Tcherniak) se livre à une cérémonie occulte étrange dans l’espoir de ressusciter son défunt époux, le tueur psychopathe Clayton Slater (Marcus Massey) qui s’était lancé l’année précédente dans une croisade sanglante pour massacrer tous ceux qui, selon lui, ne respectaient pas correctement l’esprit de Noël. Arrêté, condamné et exécuté, Clayton continue d’obséder sa veuve qui est prête à tout pour le ramener d’entre les morts. Mais le sort qu’elle jette tourne mal et son époux revient à la vie sous la forme d’un sapin de Noël couvert de guirlandes lumineuses ! Désormais, ce monstre végétal improbable (dont l’origine n’est pas sans rappeler celle de la poupée Chucky dans Jeu d’enfant) va traquer la jeune Faith (Sarah Alexandra Marks) qui fut responsable jadis de son arrestation…

Ça sent le sapin

Pour donner corps à cette créature invraisemblable, Rhys Frake-Waterfield utilise la plupart du temps un acteur dans un costume, ce qui la dote d’un caractère joyeusement grotesque, surtout lorsque ses chaussures ou ses gants sont apparents ! Quelques séquences sollicitent des images de synthèse cartoonesques, notamment lorsque le sapin double de taille, déploie ses branches meurtrières comme des tentacules, empoigne ses victimes pour les décapiter ou les déchirer en deux. L’originalité du postulat aurait pu permettre de varier les plaisirs du côté des mises à mort, mais l’emploi répété des branches et des guirlandes finit par devenir lassant. D’autant que les exploits saignants de l’arbre meurtrier cèdent trop souvent le pas à d’interminables scènes de dialogue où les jeunes protagonistes discutent sans fin pour partager leurs états d’âme, leurs peines de cœur, leurs joies et leurs tristesses. Au lieu de doter les protagonistes d’une quelconque épaisseur psychologique, ces bavardages donnent clairement le sentiment que le réalisateur et son scénariste tirent à la ligne faute de pouvoir décliner avec suffisamment de panache les exactions de leur conifère névrosé. Quelques passages surréalistes ponctuent le métrage – le monstre qui rencontre un autre sapin en croyant avoir affaire à sa bien-aimée, ou qui essaie de jouer « Silent Night » au piano avec ses branches épineuses – mais c’est évidemment insuffisant pour intéresser bien longtemps les spectateurs les plus endurants.

 

© Gilles Penso


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THE BURROWERS (2008)

Dans le désert du Far West, des cowboys et des Indiens luttent contre une menace carnassière venue des entrailles de la terre…

THE BURROWERS

 

2008 – USA

 

Réalisé par J.T. Petty

 

Avec William Mapother, Karl Geary, Doug Hutchison, Sean Patrick Thomas, Laura Leighton, Clancy Brown

 

THEMA MUTATIONS

Le mariage du western et du fantastique a toujours été une idée séduisante, mais à l’exception de quelques cas isolés comme La Vallée de Gwangi, la série Les Mystères de l’Ouest, Timerider ou Retour vers le futur 3, on ne peut pas dire que ce cocktail ait souvent porté ses fruits de manière concluante. Peut-être les deux genres sont-ils trop codifiés pour pouvoir se mixer sans heurt. Toujours est-il que The Burrowers, nouvelle tentative de frissons au pays du Far West, se casse un peu les dents. Pourtant, tout laissait augurer un spectacle de qualité : une image 35 mm au généreux format Cinémascope, des extérieurs naturels captés dans les vastes étendues du Nouveau Mexique, une partition pleine d’allant signée par le trop rare Joseph LoDuca (compositeur de la trilogie Evil Dead), une poignée d’acteurs débordant de charisme (notamment Clancy Brown, l’immortel Kurgan d’Highlander). Bref, les ingrédients étaient là.

L’intrigue prend place en 1879, dans une région déserte et dénudée des Badlands. Après la disparition mystérieuse d’une famille, une expédition constituée de militaires et de fermiers se lance à la recherche des kidnappeurs, qu’ils soupçonnent d’être une tribu indienne sévissant aux alentours. Mais plus la petite troupe avance, plus il devient clair que la menace n’a rien d’humain. Une Indienne qui vient de perdre son mari leur apprend alors la légende des « enfouisseurs », des créatures qui vivaient sous terre, paralysaient les bisons avec leur venin, les enterraient vivants puis les dévoraient. Sauf qu’il ne s’agit pas d’une légende. Et comme l’homme a massacré les bisons, il est lui-même devenu la proie idéale de ces monstres carnassiers. On le voit, le potentiel d’un excellent film d’horreur au pays des cow-boys était bel et bien là. Les monstres eux-mêmes, sortes de sauterelles humanoïdes au visage proche des mutants de Doom, sont tout à fait réussis. Mais le scénario a du mal à les exploiter pleinement, et la mise en scène de J.T. Petty peine à les mettre en valeur.

Queue de poisson

Hésitant sans cesse entre l’épouvante sérieuse et suggérée (les méfaits anthropophages des créatures sont plus évoqués que montrés, la découverte des victimes enterrées fait froid dans le dos) et l’horreur excessive voire quasi-burlesque (le héros qui, en essayant d’échapper aux « enfouisseurs », se coince dans un piège à loup puis plonge accidentellement sa main dans les entrailles d’un cadavre éviscéré), The Burrowers a du mal à trouver le ton juste. De nombreuses séquences prometteuses y perdent du coup une grande partie de leur impact. Comme lorsque les protagonistes, paniqués en constatant que quelque chose « gratte » à l’intérieur de la bottine d’une enterrée vive, découvrent que l’origine de ce bruit stressant provient… des orteils de la victime ! Difficile de prendre le film au sérieux dans de telles conditions. Le rythme général lui-même s’avère défaillant, cette sensation étant amplifiée par l’aspect répétitif des péripéties : les protagonistes n’en finissent pas d’arpenter à dos de cheval les vastes plaines sauvages, et les 95 minutes du métrage semblent presque en durer le double. Sans compter cette fin en queue de poisson… ou plutôt de « petit poisson », comme dirait l’un des Indiens du film qui parle français avec un accent tout à fait improbable.

 

© Gilles Penso


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L’ANNÉE DU REQUIN (2022)

Marina Foïs part à la chasse au squale tueur dans cette imitation maladroite et sans saveur des Dents de la mer

L’ANNÉE DU REQUIN

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Zoran et Ludovic Boukherma

 

Avec Marina Foïs, Kad Merad, Jean-Pascal Zadi, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Philippe Prévost, Jean Boronat, Jean-Jacques Bernède, Patrick Séraphine

 

THEMA MONSTRES MARINS

Les frères Zoran et Ludovic Boukherma avaient su approcher le thème de la lycanthropie sous un jour inattendu dans leur comédie douce-amère Teddy, revisitant le fameux mythe velu dans un contexte francophone sudiste du plus curieux effet. Désireux d’appliquer le même traitement à une autre créature classique du cinéma de genre, les duettistes s’attaquent au requin mangeur d’hommes. Désormais, les Boukherma peuvent se payer quelques têtes d’affiches généralement associées à la comédie, en l’occurrence les très populaires Marina Foïs, Kad Merad et Jean-Pascal Zadi. À ces visages familiers s’ajoutent des acteurs beaucoup moins connus ainsi que quelques échappés de Teddy comme Christine Gautier et Ludovic Torrent. Tout ce beau monde s’anime dans ce qui s’annonce très tôt comme une sorte de remake fidèle des Dents de la mer. Des plans, des situations, des dialogues et des séquences entières sont directement empruntés au blockbuster de Steven Spielberg. La pertinence d’un pastiche si tardif ne saute pas immédiatement aux yeux, mais le problème que pose L’Année du requin est plus complexe. Car le film oscille sans cesse entre le second et le premier degré sans parvenir à se décider. En résulte un objet filmique étrange et insaisissable.

Nous sommes à la pointe du Cap Ferret, dans le sud-ouest de la France. Maja Bordenave (Marina Foïs), gendarme de la marine bientôt à la retraite, est mariée au sympathique Thierry (Kad Merad). Rien de très palpitant ne se passe jamais sur ces plages ensoleillées de la Gironde jusqu’au jour où Maja est persuadée qu’un énorme requin mangeur d’hommes rode dans les eaux avoisinantes. Personne ne semble accorder le moindre crédit à Maja, ni son supérieur, ni les notables de la ville, ni ses collègues Blaise (Jean-Pascal Zadi) et Eugénie (Christine Gautier). Pourtant les dégâts se multiplient et les victimes déchiquetées commencent à s’accumuler dans les parages. Prenant son courage à deux mains, Maja fait de ce monstre marin son Moby Dick et décide de l’affronter elle-même, envers et contre tous…

Les dents amères

Désireux de mettre à contribution des effets spéciaux « à l’ancienne », les réalisateurs sollicitent le spécialiste de la mécanique Pascal Molina qui concocte pour les besoins du film un requin animatronique furtif mais efficace. C’est triste à dire, mais ce grand poisson artificiel n’est pas loin d’être le meilleur acteur de L’Année du requin ! Marina Foïs récite en effet ses répliques sans la moindre conviction, comme si elle se débarrassait d’une corvée acceptée de mauvaise grâce, et s’adonne même à des séquences franchement embarrassantes (comme celle où elle mord à pleine dents dans une bouée pour essayer maladroitement de la faire éclater). Kad Merad et Jean-Pascal Zadi, quant à eux, assurent le service minimum, peu aidés il faut l’avouer par des dialogues banals et sans saveur. Il faut dire que la tonalité du film nous échappe totalement, hésitant entre la parodie référentielle, la chronique régionale réaliste et l’épouvante classique sans jamais trancher. A mi-parcours, les réalisateurs décident ainsi de devenir sérieux et d’oublier toute légèreté au profit d’une étrange gravité. Autant dire que ce changement de cap ne fonctionne pas du tout et que cette amertume bizarre tombe comme un cheveu dans la soupe. « Je ne sais pas bien ce que tout ça nous enseigne, peut-être rien », dit pour conclure la voix narrative traînante de Ludovic Torrent. Nous sommes bien d’accord. Ça ne nous mène nulle part, et c’est bien dommage.

 

© Gilles Penso


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LOCH NESS TERROR (2008)

Un aventurier spécialisé dans les animaux inconnus se lance sur les traces du monstre du Loch Ness et de tous ses cousins préhistoriques…

BEYOND LOCH NESS

 

2008 – USA

 

Réalisé par Paul Ziller

 

Avec Brian Krause, Niall Matter, Don S. Davis, Donnelly Rhodes, Carrie Genzel, Amber Borycki, Neil Denis, Sebastian Gacki

 

THEMA MONSTRES MARINS

Loch Ness Terror est le petit film de monstres typique estampillé Sci-Fi Channel, ni meilleur ni pire que les autres, mais indéniablement distrayant. Le prologue, situé au milieu des années 70, nous présente une petite équipe de chercheurs explorant les rives du Loch Ness. Bien vite, le gigantesque monstre qui, d’habitude, joue l’arlésienne avec les photographes et les cameramen, s’exhibe dans toute sa splendeur, pousse un ou deux rugissements puis dévore la quasi-totalité des infortunés humains. Seul survivant du massacre, le jeune James Murphey n’en ressort pas tout à fait indemne, forcément. Vingt ans plus tard, c’est devenu un cryptozoologiste aventurier, au look très caricatural de cowboy de western spaghetti (longue gabardine, chapeau aux bords larges, cigarillo, et même un thème musical à l’harmonica pour les spectateurs distraits n’ayant pas saisi l’allusion). Marchant sur les traces du capitaine Achab de « Moby Dick », il a juré la perte de Nessie et de tous ses cousins, qui s’avèrent être des plésiosaures, reptiles marins préhistoriques ayant survécu par miracle depuis l’ère secondaire. Ses pérégrinations le conduisent dans la petite ville d’Ashburn, en bordure du Lac Supérieur qui abrite non seulement un titanesque dinosaure aquatique femelle mais aussi toute une frétillante progéniture.

Dans un film comme Loch Ness Terror, il est évident que les personnages humains nous intéressent moins que les monstres. Chaque protagoniste est donc un archétype brossé à gros traits. Il y a la femme flic sympathique, son fils débrouillard et courageux, son rival stupide et couard, son ex-petite amie mignonnette et intelligente… A cette brochette sans saveur s’ajoute un policier mollasson et inexpressif auquel le scénario réserve les pires répliques, du type : « c’est grotesque, des dinosaures vivent à Ashburn ! » Mixant les éléments anatomiques du poisson et du reptile, la maman plésiosaure et ses rejetons rappellent la morphologie du monstre du Loch Ness animé par Jim Danforth dans Le Cirque du docteur Lao.

Moitié phoque moitié éléphant de mer

Conçues la plupart du temps en image de synthèse (avec quelques éléments animatroniques pour une poignée de gros plans), les créatures sont dans la moyenne des monster movies micro-budgétés de la collection Sci-Fi. Les textures sont relativement réalistes, les incrustations plus ou moins convaincantes… En revanche, leur crédibilité est sérieusement altérée par leur design étrange, leur abdomen bedonnant et leurs nageoires aplaties les dotant d’une démarche assez ridicule, à mi-chemin entre le phoque et l’éléphant de mer ! Spécialiste des créatures étranges (Snakehead Terror, Swarmed, Yeti, Troglodyte), le réalisateur Steve Ziller émaille son film de quelques effets gore assez osés pour le petit écran (têtes arrachées, corps coupés en deux, tripes à l’air). En revanche, sa mise en scène manque singulièrement d’idées et d’efficacité, lorgnant du côté des Dents de la mer pour les courses-poursuites aquatiques et calquant quelques effets de Jurassic Park sur la terre ferme, sans que ces emprunts spielbergiens n’élèvent sensiblement le niveau de ce Loch Ness Terror facultatif.

 

© Gilles Penso


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LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES (1945)

Le futur réalisateur de West Side Story et Le Jour où la terre s’arrêta dirige Boris Karloff dans ce conte délicieusement macabre…

THE BODY SNATCHER

 

1945 – USA

 

Réalisé par Robert Wise

 

Avec Boris Karloff, Henry Daniell, Edith Atwater, Russell Wade, Rita Corday, Bela Lugosi 

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I TUEURS

Le Récupérateur de cadavres se présente comme une suite aux aventures réelles – et macabres – de Burke et Hare, les fameux « résurrectionnistes » qui fournissaient au docteur Knox des cadavres frais pour ses expériences, et qui inspirèrent la nouvelle « The Body Snatcher » de Robert Louis Stevenson. Même s’il sert de référence officielle au film, le texte de l’auteur de « Docteur Jekyll et Mister Hyde » et « L’Île au trésor » a sérieusement été remanié par le producteur Val Lewton, à qui nous devons les magnifiques La Féline et Vaudou de Jacques Tourneur, et qui révisa de fond en comble une première version du scénario signée Philip MacDonald (au générique, Lewton apparaît comme co-auteur sous le pseudonyme de Carlos Keith). Nous sommes au 19ème siècle, dans une Édimbourg particulièrement sombre et sinistre. Le docteur Wolfe McFarlane travaille dans une école médicale où il pratique de nombreuses expériences sur les cadavres. Pour ces dernières, il lui faut en permanence des corps humains. Il a donc recours à John Gray, un cocher qui lui livre régulièrement un bon stock de chair fraîche.

Les moyens qu’emploie Gray pour obtenir sa matière première ne sont certes pas très catholiques, mais McFarlane préfère fermer les yeux. « Qu’est-ce que Gray pour moi ? », explique-t-il pour se défausser « Un homme à qui j’achète ce dont j’ai besoin quand j’en ai besoin. Le reste importe peu. » Un jour, une jeune veuve le supplie de soigner sa petite fille, paralysée depuis un accident. Dans un premier temps, McFarlane refuse d’opérer pour pouvoir consacrer tout son temps à son école de médecine. Mais Gray, qui semble lié à lui par un passé obscur, le convainc de s’exécuter, et lui apporte pour ses expériences le cadavre de la jeune chanteuse des rues qui, pourtant, était bien vivante peu de temps auparavant… Habile, le scénario décrit ainsi parallèlement les espoirs d’une jeune veuve pour guérir sa fillette et les tourments du peu scrupuleux docteur, harcelé par le maléfique Gray, cocher, profanateur de sépultures et assassin interprété avec emphase par Boris Karloff.

Le profanateur de sépultures

Bela Lugosi joue ici un petit rôle de serviteur attardé qui tente maladroitement de faire chanter Gray, et que celui-ci assassine au cours d’une scène assez éprouvante, qui marque historiquement la dernière réunion à l’écran des deux monstres sacrés. Les autres meurtres sont plus suggérés, en particulier celui de la chanteuse des rues. Sa voix résonne sous les voûtes de la ville tandis que le cocher s’enfonce dans l’obscurité d’une ruelle magnifiquement éclairée par le chef opérateur Robert de Grasse. Puis soudain tombe le silence, aussi froidement qu’un couperet. Le résultat est aussi subtil qu’efficace. McFarlane est interprété avec beaucoup de conviction par Henry Daniel, affligé par Karloff qui, tel les Furies de la mythologie grecque, semble n’exister que pour le persécuter sournoisement. « Vous êtes devenu un cancer », finit-il par décréter. « Un cancer malfaisant et diabolique qui me détruit l’esprit. » Le final, au cours duquel McFarlane est pris d’hallucinations pendant que le cheval de sa carriole s’emballe sous la pluie nocturne, clôt en beauté ce récit inquiétant marquant l’une des heureuses collaborations qui lièrent le producteur Val Lewton et le réalisateur Robert Wise promis à un avenir prestigieux.

 

© Gilles Penso


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THE LAIR (2022)

Prise en chasse par des insurgés au beau milieu du désert afghan, une pilote britannique découvre un bunker abritant des secrets inavouables…

THE LAIR

 

2022 – GB

 

Réalisé par Neil Marshall

 

Avec Charlotte Kirk, Jonathan Howard, Jamie Bamber, Kibong Tanji, Leon Ockenden, Mark Strepan, Hadi Khanjanpour, Troy Alexander

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Neil Marshall est un réalisateur sympathique qui, faute de révolutionner le cinéma d’horreur et de science-fiction, parvient à le doter de petites pépites savoureuses souvent bourrées de références. L’un de ses motifs favoris – qu’il partage avec James Cameron, toutes proportions gardées – est la figure héroïque féminine dont seules la détermination et le courage sauront triompher d’une adversité monstrueuse. Cette récurrence, tout particulièrement mise en avant dans The Descent, Doomsday et Sorcière, est une fois de plus à l’honneur dans The Lair, dont le scénario est co-écrit par Marshall et son épouse Charlotte Kirk. Cette dernière hérite du rôle principal du film, celui du lieutenant Kate Sinclair, pilote de la Royal Air Force. Son jeu minimaliste et son charisme immédiat emportent d’emblée l’adhésion. Mais Marshall ne tient pas à s’attarder sur un prologue décrivant par le menu les personnages et la situation. Tout s’enclenche dans le feu de l’action, en plein ciel. L’avion de Sinclair est abattu alors qu’il survole une zone hostile de l’Afghanistan (reconstituée en Hongrie pour les besoins du film) et notre protagoniste prend aussitôt ses jambes à son cou, pourchassée par une horde de vilains enturbannés au beau milieu du désert.

De toute évidence, le contexte politico-guerrier n’est qu’un prétexte pour que Marshall multiplie les poursuites, les fusillades et les cascades. Le lieutenant Sinclair a d’ailleurs la gâchette facile, abattant des dizaines d’insurgés armés jusqu’aux dents qui ressurgissent pourtant toujours plus nombreux. En désespoir de cause, elle trouve refuge dans un bunker souterrain étrange, visiblement russe. Les lieux semblent avoir été quittés précipitamment depuis des décades, des cadavres desséchés reposent en vrac au milieu du désordre. L’endroit est d’autant plus sinistre qu’il est plongé dans les ténèbres, seulement éclairé par la lampe précaire qu’utilise Kate pour s’orienter. Et puis vient la découverte qui va définitivement faire basculer l’intrigue : des dizaines de corps humanoïdes sont en suspension dans des containers emplis d’un liquide indéfinissable. Les créatures sont immobiles… mais vivantes !

Déjà vu

En mentionnant l’année 1979 comme celle à partir de laquelle s’est noué le drame sur lequel repose son récit, Neil Marshall officialise en quelque sorte l’une des références majeures de son film : Alien. De fait, le classique de Ridley Scott irradie de sa présence The Lair, et plus encore sa séquelle Aliens dont Marshall reproduit le schéma désormais galvaudé de l’escouade militaire se heurtant à une horde de monstres agressifs – mécanique qu’il avait déjà déclinée dans son premier long-métrage Dog Soldiers. D’autres clins d’œil constellent le film, notamment The Thing et Les Douze salopards. Et c’est finalement là que le bât blesse. Malgré son énergie folle, sa gestion efficace du suspense, ses échauffourées bestiales (d’un coup de griffe, les monstres arrachent les peaux, les visages et les têtes) ou encore sa réécriture excentrique de l’invasion russe en Afghanistan (« Les Russes ont leur propre Roswell » résume l’un des protagonistes), The Lair croule sous le poids de ses références sans parvenir à évacuer le sentiment de déjà-vu. Comme en outre certains personnages sont traités sous un angle ouvertement caricatural (mention spéciale pour le major Finch, dur à cuire à l’œil bandé façon Nick Fury), on finit par assister à cette bataille contre des xénomorphes aux dents acérées d’un œil amusé mais distant.

 

© Gilles Penso


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LE FANTÔME DE LA MOMIE (1944)

Lon Chaney Jr revient en force dans le rôle du monstre à bandelettes surgi d’entre les morts pour reconquérir sa fiancée réincarnée…

THE MUMMY’S GHOST

 

1944 – USA

 

Réalisé par Reginald Le Borg

 

Avec Lon Chaney Jr, John Carradine, Robert Lowery, Ramsay Ames, Barton Mac Lane, George Zucco, Claire Whitney

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Reginald le Borg réalisa sept films en 1944, parmi lesquels Le Fantôme de la Momie, troisième séquelle du classique de Karl Freund. L’action se déplace ici dans un campus américain et prend pour héros l’étudiant Tom Hervey (Robert Lowery) et sa petite amie Amina (Ramsay Ames), laquelle se trouble inexplicablement chaque fois qu’on fait allusion à ses origines égyptiennes. L’un des enseignants de Tom, le professeur Norman (Frank Reicher, le capitaine Englehorn de King Kong), est fasciné par la momie Kharis. Entre-temps, nous avons droit à une séquence désormais indissociable de la saga : le jeune prêtre qui gravit l’escalier d’un temple (un plan « emprunté » à La Main de la Momie) et se voit confier par son vieux prédécesseur (George Zucco) le maintien en vie de la momie. Les décors, les costumes, même les dialogues nous sont désormais familiers, si ce n’est que cette fois-ci le nouveau prêtre, Yousef Bey, a pris les traits anguleux et le regard illuminé de John Carradine.

Un soir de pleine lune, Norman a la mauvaise idée de faire infuser neuf feuilles de tana, conformément à ce qu’indique un manuscrit qu’il est en train de déchiffrer. Aussitôt surgit Kharis, sans l’ombre d’une brûlure malgré son immolation à la fin du film précédent. La momie tue le professeur, boit le breuvage et s’enfuit aussitôt. Amina, quant à elle, est prise d’une crise de somnambulisme qui fait errer sa jolie silhouette en chemise de nuit dans les bois avoisinants. A son réveil, elle se retrouve gratifiée d’une mèche blanche (« un grain de sel dans tes cheveux », pour reprendre les mots de Georges Brassens), comme plus tard Jobeth Williams dans Poltergeist ou Bruce Campbell dans Evil Dead 2. Ce nouvel épisode tire mieux parti de son prédécesseur des talents d’acteur de Lon Chaney, dans la mesure où le scénario ne se contente plus de le faire traîner la jambe dans les bois et d’occire ceux qu’il croise.

Un grain de sel dans les cheveux

Malgré l’épais maquillage qui le camoufle et le bride, Chaney nous communique son émotion face à la momie de sa bien-aimée, entreposée dans le musée de Scribb, ainsi que l’éclat de sa colère lorsqu’il découvre que les bandages d’Ananka ne recouvrent plus que du vide. Car la princesse habite désormais le corps d’Amina. Tandis que la police piétine, Kharis enlève la belle et la livre à Yousef Bey. Ce dernier s’apprête à pratiquer le sacrifice rituel, mais le charme d’Amina le trouble, et le voilà marchant sur la trace de ses prédécesseurs. « Tu es à des milliers de kilomètres des tombes d’Arkam, elle est à des milliers de kilomètres de son péché », lui dicte sa voix intérieure, en une scène schizophrène mémorable. Et tandis que la chevelure de la princesse réincarnée n’en finit plus de blanchir, la momie se révolte contre le prêtre qui a osé tomber amoureux d’Ananka. Au cours d’un final étrangement émouvant, Kharis et sa promise soudain vieillie périssent l’un dans les bras de l’autre, inexorablement enlisés dans un funeste marais. Du coup, même s’il est chiche en innovations et souvent prévisible, Le Fantôme de la Momie s’avère bien plus distrayant que ses deux maladroits prédécesseurs.

 

© Gilles Penso


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BLACK ADAM (2022)

The Rock incarne un justicier massif à la lisière du bien et du mal dans cette superproduction DC qui lorgne beaucoup du côté de Marvel…

BLACK ADAM

 

2022 – USA

 

Réalisé par Jaume Collet-Serra

 

Avec Dwayne Johnson, Aldis Hodge, Pierce Brosnan, Noah Centineo, Sarah Shahi, Quintessa Swindell, Marwan Kenzari, Bodhi Sabongui

 

THEMA SUPER-HÉROS I DIABLE ET DÉMONS I NAINS ET GÉANTS I SAGA DC COMICS I SUPERMAN

Tôt ou tard, il était inévitable que Dwayne Johnson, le « Rock » du cinéma d’action des années 2000, le roi du blockbuster musclé et décomplexé, se retrouve en tête d’affiche d’un film de super-héros. Le voici donc engoncé dans la combinaison électrique de Black Adam, versant sombre du jovial Shazam qui eut droit à son propre long-métrage en 2019. Peu connu du grand public, ce personnage complexe créé en 1945 par Otto Binder et C. C. Beck se joue des notions de bien et de mal pour se déchaîner dans une zone floue pleine d’équivoque. C’est cette ambiguïté qu’entend bien exploiter le réalisateur Jaume Collet-Serra, qui vient justement de diriger Dwayne Johnson dans Jungle Cruise. Le flash-back qui sert de long prégénérique (et qui dure six bonnes minutes) paie son tribut à l’imagerie et aux effets de style de 300, preuve que l’influence de Zack Snyder sur le « DC Cinematic Universe » reste majeure. Tout commence donc en l’an 2600 avant JC dans la cité de Kahndaq. Le tyrannique souverain Ahk-Ton y convoite la Couronne de Sabbac pour atteindre un immense pouvoir. Un jeune esclave en révolte, sorte de Spartacus local, tente alors d’organiser une rébellion et se voit doté des pouvoirs miraculeux de Shazam par le Conseil des Sorciers. Son objectif : renverser Ahk-Ton et rendre à Kahndaq sa liberté.

Lorsque l’action se transporte de nos jours, force est de constater que la situation ne s’est guère améliorée. La population de Kahndaq est opprimée par les forces armées de l’Intergang, dans une ambiance dictatoriale guère engageante. Là, l’archéologue et résistante Adrianna Tomaz (Sarah Shahi) se met sur la trace de la couronne de Sabbac et réveille par inadvertance le redoutable Teth-Adam (Johnson), un surhomme aux pouvoirs incontrôlables qui massacre les troupes de l’Intergang. Le scénario s’efforce alors de se raccorder maladroitement aux autres maillons de la chaîne distendue de la franchise DC en convoquant le personnage toujours aussi détestable d’Amanda Waller (Viola Davis), à l’initiative des équipes bancales de Suicide Squad et de sa suite. La voilà qui met sur pied une autre escouade visant à stopper la menace que représente Teth-Adam. Son nom : la Justice Society. Cette troupe de super-justiciers, dont les aventures sur papier datent de 1940, prend ici les allures d’un mixage contre-nature entre les X-Men et les Avengers. Leur mission : « protéger la stabilité globale ». Leurs membres : Hawkman (Aldis Hodge), un homme volant qui semble échappé d’Asgard, Cyclone (Quintessa Swindell), une émule de Tornade qui contrôle le vent, Atom Smasher (Noah Centineo), qui porte un masque à la Deadpool et grandit comme Ant-Man, et Doctor Fate (Pierce Brosnan), dont les pouvoirs un peu confus évoquent ceux de Dr Strange et de Mysterio. On le voit, l’ombre des productions Marvel plane allègrement sur Black Adam, qui leur emprunte au passage une grande partie de leur esthétique et de leur approche visuelle.

Les bons et les méchants

Maladroitement, le film tente la carte de l’humour référentiel à travers une série de clins d’œil (la chambre d’ado emplie de posters de Batman, Superman, Flash et Aquaman, les allusions à Sergio Leone) et de répliques post-modernes (« Tu pourrais être célèbre : magazines, lunchboxes, jeux vidéo, et le complexe industriel des super-héros représente beaucoup d’argent », dit le jeune Amon à Teth-Adam). L’élément le plus intéressant du film est indiscutablement sa gestion inattendue du manichéisme. Le « héros » est une brute épaisse qui tue à tour de bras tous ceux qui s’opposent à lui sans autre forme de procès. Les membres de la Justice Society, de leur côté, prônent une justice équitable. « Il y a des héros et des vilains ici », dit Hawkman pour résumer la situation. Évidemment ce n’est pas aussi simple. « Vous aimez diviser le monde entre le bien et le mal », lui répondra Adrianna, « mais c’est facile à faire quand c’est vous qui tracez les lignes. » Mais il aurait fallu un minimum de finesse pour explorer correctement les passionnantes ramifications d’une telle situation. Or Collet-Serra ne fait pas dans la dentelle, Dwayne Johnson se contente de froncer les sourcils en regardant ses adversaires d’un air méchant, les affrontements se résument à des jets d’énergie, de la haute voltige et des destructions massives, aux accents d’une musique éléphantesque de Lorne Balfe, et l’on convoque même les démons géants et les zombies en fin de métrage pour tenter de relancer l’intérêt. L’entreprise semble bien vaine, jusque dans cette inévitable séquence post-générique qui n’a d’autre vocation que caresser les fans dans le sens du poil en imitant – une fois de plus – les recettes éprouvées de Marvel.

 

© Gilles Penso


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DRESSÉ POUR TUER (1982)

Une jeune femme vient au secours d’un grand chien-loup blanc qui, sous ses allures affables, cache des instincts meurtriers inavouables…

WHITE DOG

 

1982 – USA

 

Réalisé par Samuel Fuller

 

Avec Kirsty McNichol, Paul Winfield, Burt Ives, Jameson Parker,Christa Lang, Vernon Weddle, Karl Lewis Miller, Helen Siff

 

THEMA MAMMIFÈRES

Au volant de sa voiture, une jeune actrice, Julie Sawyer (Kirsty McNichol), renverse une nuit un chien-loup blanc. Elle le garde chez elle en attendant de retrouver son propriétaire, et se laisse séduire par l’instinct protecteur du chien qui la sauve d’une agression. Mais le bel animal revient certains soirs couvert de sang. Troublée, Julie l’emmène chez des spécialistes du dressage qui découvrent que le chien a été conditionné depuis sa naissance pour tuer tous les gens de couleur noire. Passées la surprise et l’indignation, le dresseur noir Keys (Paul Winfield), habitué à côtoyer les fauves les plus agressifs, va tenter de le « déprogrammer ». Mais cette rééducation s’avère extrêmement dangereuse… Le monstre de Dressé pour tuer n’est donc pas le chien mais l’homme. C’est bien là que résident toute le force et toute l’horreur de ce film adaptant le roman « Chien Blanc » écrit en 1969 par Romain Gary, dont l’épouse Jean Seberg connut réellement la terrible mésaventure que Samuel Fuller fait vivre ici à Kirsty McNichol.

De fait, on imagine mal comment un chien peut devenir malfaisant sans l’intervention de l’homme. Une phrase amère de Pierre Desproges nous revient alors en mémoire : « le seul déprédateur, le seul tueur pour le plaisir, la seule nuisance à pattes, se tient sur celles de derrière, afin d’avoir les mains libres pour y serrer son fouet à transformer les chiots en miliciens bavants ». Dans le film, ce constat n’apparaît que dans un second temps, le magnifique chien blanc ne développant d’abord qu’une vive intelligence, avant de s’avérer aussi être un redoutable tueur sélectif, conditionné au racisme meurtrier par la douleur et l’endoctrinement instinctif. Dommage que le titre français ne se soit pas contenté de « Chien blanc », au lieu d’opter pour un « Dressé pour tuer » trop révélateur dans la mesure où il annonce d’emblée l’élément clef du film, qui n’est perçu que tardivement par l’héroïne et le spectateur.

Les crocs du diable

Grâce au jeu tout en subtilité de Kristy McNicholl et à la finesse du scénario de Samuel Fuller (à qui nous devons le mémorable Shock Corridor) et Curtis Hanson (futur réalisateur de L.A. Confidential), le processus d’identification au personnage principal fonctionne à merveille. Les attaques répétées du chien contre plusieurs citoyens noirs sont assez éprouvantes, mais l’une des scènes les plus fortes du film est la confrontation de Julie avec l’ancien propriétaire du chien, gentil grand-père de deux adorables gamines. Les tentatives pour « reprogrammer » les instincts pervertis du canin sont génératrices de fortes tensions, jusqu’au dénouement qui constitue un véritable choc, d’autant plus abrupt que le film ne propose aucun épilogue. Fuller signe là une mise en scène nerveuse et brute, comme si la colère qu’il avait éprouvée en lisant le texte de Gary était restituée sur la pellicule sans le moindre garde-fou. Entre deux aboiements sauvages, le mélomane appréciera une partition très inspirée composée par Ennio Morricone. Fruit de maintes controverses, Dressé pour tuer ne sortit jamais en salles aux États-Unis, et se fit surtout connaître par ses multiples rediffusions sur la chaîne HBO.

 

© Gilles Penso

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LE MONSTRE AUX FILLES (1961)

Chantages et coucheries sont au programme de ce film de loup-garou atypique situé dans un pensionnat pour jeunes filles…

LYCANTHROPUS

 

1961 – ITALIE / AUTRICHE

 

Réalisé par Paolo Heusch

 

Avec Curt Lowens, Barbara Lass, Carl Shell, Maurice Marsac, Maureen O’Connor, Mary McNeeran, Grace Neame

 

THEMA LOUPS-GAROUS

À contre-courant des histoires de loup-garous narrées par les compagnies Universal et Hammer, Le Monstre aux filles mixe épouvante et intrigue policière en un étrange cocktail, le tout sous l’égide de Paolo Heusch qui nous livra trois ans plus tôt un Danger vient de l’espace relativement anecdotique. L’intrigue prend place dans une maison de rééducation pour jeunes filles, où vient de débarquer un tout nouveau professeur. Dès le premier soir de son arrivée, Mary, l’une des pensionnaires, fait le mur et traverse une magnifique forêt nocturne digne des productions Universal. Soudain, elle se fait attaquer par deux mains velues, puis son corps sans vie est jeté dans un cours d’eau, le tout souligné par une musique étrange et plutôt efficace, à base de piano énervé, de flûte virevoltante et de cuivres envoûtants. Le lendemain, les rumeurs vont bon train. S’agit-il de l’attaque d’une bête sauvage ou d’un monstre ? Étant donné que Mary faisait chanter quelqu’un, n’aurait-elle pas plutôt été assassinée ? Brunhilde, l’une de ses camarades, décide de mener l’enquête…

Dès lors, le scénario prend la structure classique d’un whodunit, la fameuse question « qui est l’assassin ? » prenant ici la tournure de « qui est le loup-garou ? ». Les soupçons pèsent sur le nouvel arrivant, mais il faut avouer que l’employé Walter (Luciano Pigozzi, sosie italien de Peter Lorre) a un comportement pour le moins troublant… D’une grande beauté plastique, le film bénéficie d’une photographie en noir et blanc très soigné, de décors superbes et de l’indéniable photogénie de ses jeunes actrices, même si ces dernières restent sagement engoncées dans leurs stricts uniformes. Les amateurs de chair fraîche alléchés par le titre américain Werewolf in a Girl Dormitory (« Le loup-garou dans un dortoir de filles ») en sont donc pour leurs frais. Si l’érotisme n’est donc pas de la partie, l’épouvante promise par le titre original a tout de même droit de cité à travers un lycanthrope pour le moins atypique. Son maquillage bestial s’avère plutôt efficace, en grande partie grâce à une photographie contrastée privilégiant les zones d’ombre.

Hormones, tyroïde et lycanthropie

Démarqué du look imposé par Jack Pierce dans les années 30, ce loup-garou évoque plutôt le Mister Hyde de Rouben Mamoulian. Hélas, il n’apparaît que furtivement, jouant presque un rôle de figurant au beau milieu d’une nébuleuse histoire de coucheries et de chantages. Le film présente tout de même l’originalité de nous proposer une explication médicale à la lycanthropie, par la bouche même du professeur nouvellement arrivé dans la maison de redressement. Prenez des notes, ça peut servir. D’après lui, la glande pituitaire qui contrôle les hormones et la tyroïde est en cause. En effet, si on agit sur elle avec de l’hypophyse de loup, on peut soigner certains malades souffrant de crises bestiales. Hélas, les effets secondaires s’avèrent pires que le mal combattu, car aussitôt le système pileux et la dentition se développent, le comportement change, et le patient finit par agir comme un animal. Le loup-garou terrorisant les jeunes filles serait donc victime de ce fâcheux traitement. La révélation de son identité, en forme de coup de théâtre, précipite donc la fin d’un récit anecdotique mais fort distrayant.

 

© Gilles Penso


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