BAD CHANNELS (1992)

Une créature extra-terrestre et son robot pénètrent dans une station de radio et kidnappent plusieurs Terriennes qu’ils miniaturisent…

BAD CHANNELS

 

1992 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Paul Hipp, Martha Quinn, Aaron Lustig, Ian Patrick Williams, Charlie Spradling, Robert Factor, Roumel Reaux, Rodney Ueno, Daryl Strauss

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS I NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Bad Channels est un film au concept particulièrement bizarre dont le producteur Charles Band confie le scénario à Jackson Barr après lui avoir montré le poster (car la méthode habituelle de Band est de faire dessiner un poster d’abord et de trouver l’histoire ensuite). « Une fois de plus, nous étions dans une situation où il fallait écrire le film à partir d’une affiche », raconte le scénariste. « Le concept de l’animateur radio qui s’enferme lui-même vient de moi. Les personnes miniaturisées dans les fioles étaient sur le poster, donc c’est une idée de Charles. J’ai alors pensé à une intervention extra-terrestre pour essayer de raccorder tout ça. J’essayais de faire au mieux pour me conformer à ce qu’on voyait sur le poster. » (1) Cette méthode de travail très peu orthodoxe explique l’aspect « patchwork » du film. Contacté pour réaliser Bad Channels, Ted Nicolaou montre d’abord quelques réticences, craignant de se retrouver dans une sorte d’imitation du Terrorvision qu’il réalisa pour Band en 1986. Mais l’aspect musical du film l’attire, notamment la possibilité de réaliser quelques faux vidéoclips et d’appuyer son montage sur une bande originale rock’n roll composée et interprétée par le groupe Blue Öyster Cult.

Paul Hipp interprète Dangerous Dan, un DJ qui ne recule devant aucun excès pour augmenter l’audience de la station de radio KDUL. Son dernier coup de pub ? S’enchaîner à une chaise et passer en boucle un disque de polka jusqu’à ce qu’un auditeur soit capable de trouver la combinaison susceptible de le libérer. Ce genre de « happening » n’est pas du goût de la journaliste Lisa Cummings (Martha Quinn), qui flaire là l’arnaque. Le patron de la station de radio, en revanche, se frotte les mains, même si les méthodes de ce DJ incontrôlable sont loin de le rassurer. Soudain, une créature extra-terrestre à la tête en forme de chou-fleur et un petit robot (qui semblent tous deux échappés d’un film de SF des années 50) font irruption dans la station, séquestrent Dan et son technicien Corky (Michael Huddleston), enduisent les lieux d’une substance verte végétale et kidnappent plusieurs auditrices qu’ils miniaturisent pour les faire entrer dans de petites fioles, une vision surréaliste qui nous rappelle irrésistiblement les homuncules du docteur Pretorius dans La Fiancée de Frankenstein.

Une opportunité manquée

Le caractère résolument insolite de Bad Channels emporte l’adhésion, en grande partie grâce au rythme enlevé du film, à son ton léger et au charisme de Paul Hipp (qui faisait la même année de petites apparitions dans L’Arme fatale 3 et Bad Lieutenant). L’idée la plus étrange du film est liée à la capture des terriennes. Celles-ci subissent momentanément des hallucinations qui leur donnent le sentiment de jouer dans des clips vidéo. Bad Channels est donc régulièrement ponctué par des morceaux de hard rock, de heavy metal et de rock psychédélique. Le principe est amusant, même si les chansons sont beaucoup trop longues et semblent faire office de remplissage. « Le film aurait pu être beaucoup plus réussi, mais il n’y avait clairement pas assez d’argent », déplore Jackson Barr. « Avec un budget un peu plus élevé, Ted Nicolaou aurait vraiment pu faire un film d’enfer. » (2) Ce manque cruel d’argent induit des situations répétitives et des décors limités qui finissent par engendrer un certain ennui. L’intérêt se renouvelle en fin de métrage avec l’apparition d’un monstre farfelu qui semble échappé de Beetlejuice ou de Evil Dead 2, une marionnette bricolée avec les moyens du bord par l’atelier Criswell Productions sous la supervision de Greg Aronowitz (accessoiriste et homme à tout faire sur des films comme Dark Angel, Demonic Toys, Critters 4 ou Forever Young). Passé inaperçu au moment de sa distribution vidéo, même auprès des amateurs des productions Charles Band, Bad Channels est considéré par beaucoup comme une opportunité manquée.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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RING 2 (1999)

La saga horrifique initiée par Hideo Nakata d’après le roman de Koji Suzuki s’offre un second épisode peinant à renouveler l’effet de surprise…

RINGU 2

 

1999 – JAPON

 

Réalisé par Hideo Nakata

 

Avec Miki Nakatani, Hitomi Sato, Kyoko Fukada, Fumiyo Kohinata, Kenjiro Ishimaru, Yurei Yanagi, Rikiya Otaka, Yoichi Numata, Nakano Matsushima

 

THEMA FANTÔMES I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA RING

Ring 2 est un cas un peu à part. En 1991, l’écrivain Koji Suzuki faisait paraître avec succès le roman « Ring », suivi quatre ans plus tard d’une suite, « Rasen », baptisée chez nous « Double hélice ». En 1998 sortaient coup sur coup deux films japonais tirés respectivement de ces deux romans : Ring d’Hideo Tanaka, promis à un succès international, et Rasen de Jôji Iida, passé quant à lui totalement inaperçu. Pour éviter de rester sur un échec et tenter de faire fructifier le phénomène Ring, il est donc décidé de donner une suite au film de Tanaka, titrée logiquement Ring 2, sans tenir compte du roman « Double hélice » ni du film qui l’adaptait. La production se met en branle dans la hâte pour éviter que le soufflé ne retombe. Le scénario, co-écrit par Tanaka et Hiroshi Takahashi, commence quasiment là où s’arrêtait le premier Ring et sollicite en toute logique la présence d’une grande partie des acteurs du film précédent (du moins ceux dont les personnages ont survécu !).

Lorsque le film commence, Mai Takano (Miki Nakatani) cherche à comprendre les raisons de la mort de son petit ami Ryuji. Peu à peu, ses investigations l’emmènent jusqu’à cette légende d’une cassette vidéo hantée par l’esprit d’une jeune fille aux pouvoirs paranormaux, Sadako, morte depuis trente ans. Tous ceux qui visionneraient la cassette mourraient dans d’étranges circonstances une semaine plus tard. Mai découvre que le fils de Ryuji (Rikiya Otaka) possède les mêmes étranges pouvoirs que Sadako, et tente l’impossible pour enrayer cette terrible malédiction. Voilà pour le postulat, qui se prive de l’effet de surprise du premier film et pousse Nakata à privilégier les effets choc au détriment de l’atmosphère oppressante du premier film. Tout ayant été raconté dans Ring, cette séquelle s’efforce de rationaliser les choses en expliquant mieux les origines de la cassette maudite et la manière dont ses images ont été enregistrées. Cet angle narratif est notamment exploité à travers les expériences d’un scientifique, le docteur Kawajiri (Fumiyo Kohinata), qui s’efforce de reproduire des images identiques à l’aide de sujets particulièrement sensibles.

Le Mal dans le puits

Hélas, le scénario n’a plus grand chose de captivant, et ce Ring 2 marque bien les limites d’un concept fort mais entièrement exploré dans le premier roman de Kôji Suzuki et le premier film de Hideo Nakata. Ici, on se contente donc de réutiliser tant bien que mal les mêmes ingrédients. Certes, l’épouvante pointe de temps en temps le bout de son nez, à travers les visions inquiétantes de Mai, les pouvoirs étonnants du petit Yoichi, ou cette scène finale dans le puits où Sadako attaque la femme et l’enfant. Mais c’est peu pour une heure et demi de film, et la complexité de l’intrigue émousse les sens du spectateur. D’autant que le final du premier Ring laissait imaginer le déploiement d’un virus redoutable que rien ne semblait pouvoir enrayer. Mais cette menace croissante et pyramidale a été évacuée ici, au profit d’une nouvelle enquête nous apprenant plus ou moins ce que nous savions déjà. Reste le jeu fort convaincant de la belle Miki Nakatani, qui révèle ici la subtilité de son jeu en passant au premier plan. Distribué directement en vidéo sur le territoire américain, Ring 2 est l’un des plus gros succès en salles de l’année 1999 au Japon. D’autres suites seront donc logiquement envisagées dans la foulée.

 

© Gilles Penso

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GLUTORS (1992)

Des aliens végétaux hideux contaminent les humains dans ce remake officieux de L’Invasion des profanateurs de sépultures

SEEDPEOPLE

 

1992 – USA

 

Réalisé par Peter Manoogian

 

Avec Sam Hennings, Andrea Roth, Dane Witherspoon, Bernard Kates, Holly Fields, John Mooney, Anne Betancourt

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I VÉGÉTAUX PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Après ses déboires sur le tournage complexe d’Arena, le réalisateur Peter Manoogian avait pris ses distances avec le producteur Charles Band. L’eau ayant coulé sous les ponts, les deux hommes finissent par se retrouver au début des années 90 et Manoogian accepte de mettre en scène pour la compagnie Full Moon deux longs-métrages d’affilée, Demonic Toys et Seedpeople. Le budget mis à disposition du réalisateur est extrêmement réduit, tout comme son planning de tournage. « Je ne pense pas avoir fait du mauvais travail, mais ce film n’avait rien de très original », confesse-t-il (1). En effet, le scénario de Jackson Barr (Subspecies, Bad Channels) ressemble à remake bon marché de L’Invasion des profanateurs de sépultures dont il reprend la plupart des idées et même la structure en flash-back. Le film commence donc par les gesticulations d’un homme en panique criant à qui veut l’entendre qu’il n’est pas fou et que la menace venue d’ailleurs est bien tangible, comme dans le classique de Don Siegel. Cet homme est le géologue Tom Baines (Sam Hennings) et l’histoire qu’il s’efforce de raconter à un agent du FBI tandis qu’il est solidement attaché sur un lit d’hôpital commence quelques jours plus tôt.

Tom narre son arrivée dans la petite ville rurale de Comet Valley, qu’il avait quittée pour faire ses études. Il y retrouve son ex-petite amie Heidi (Andrea Roth), son ancien rival Brad (Dane Witherspoon) devenu policier et la population locale qui lui demande de venir inspecter plusieurs météorites tombées dans les champs voisins. Soudain, tout bascule le temps d’une séquence surréaliste. Un soir, Frank (John Mooney), le frère d’Heidi, part arroser des plantes en pleine nuit et découvre d’étranges cosses dans un arbre d’où surgit un liquide poisseux qui le recouvre entièrement. Quelques minutes plus tard, l’homme a changé de comportement, désormais froid et distant. Quant à la substance gluante répandue sur le sol, elle laisse émerger des créatures bizarroïdes verdâtres dont le look impensable nous ramène aux films de SF des années 50. C’est ainsi que commence cette nouvelle invasion, dont seule une adolescente équipée d’un caméscope semble être consciente dans un premier temps…

La mauvaise graine

Les protagonistes du film n’étant ni très convaincants, ni particulièrement intéressants, les spectateurs se laissent plutôt attirer par les hideux petits monstres végétaux et grimaçants dont les apparitions sont brèves mais indiscutablement récréatives. Œuvres de l’incontournable John Carl Buechler, ces « glutors » (si l’on en croit le titre français) viennent s’ajouter à la grande galerie des créatures miniatures et hargneuses du « Charles Band Cinematic Universe », aux côtés des Ghoulies, des Subspecies et surtout des Troll avec lesquels ils présentent quelques points communs. L’un s’envole pour se jeter sur ses victimes comme une espèce d’insecte disporportionné, le second avance péniblement sur deux pattes à la manière d’un cul-de-jatte, le troisième roule sur le sol comme les Critters avant de révéler son faciès improbable. Un morphing furtif permet même de montrer la transformation d’un humain en l’un de ces monstres. Sur le papier, Glutors avait tout pour concourir dans la même catégorie que Le Blob ou Tremors, ces films de monstres des années 80/90 ravivant la flamme de ceux des années 50 en y ajoutant une touche de second degré. Mais les faibles moyens dont bénéficie Manoogian l’empêchent de faire des miracles. Glutors passe donc inaperçu et la suite un temps envisagée (écrite par le duo de scénaristes Dave Parker et Jay Woelfel) ne verra jamais le jour.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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65 : LA TERRE D’AVANT (2023)

Adam Driver qui affronte des dinosaures ? Sur le papier, l’idée était prometteuse. À l’écran, c’est une autre histoire…

65

 

2023 – USA

 

Réalisé par Scott Beck et Bryan Woods

 

Avec Adam Driver, Arianna Greenblatt, Chloe Coleman, Nika King et la voix de Brian Dare

 

THEMA DINOSAURES

Découvert par toute une frange du public grâce à son interprétation de Kylo Renn dans la saga Star Wars, Adam Driver est un acteur aux facettes multiples qu’on a pu voir aussi bien chez Martin Scorsese que Terry Gilliam, Ridley Scott, Leos Carrax, Clint Eastwood, Jim Jarmusch, Steven Spielberg ou Spike Lee. S’appuyant sur son profil atypique et son passé dans les marines, le duo d’auteurs et réalisateurs Scott Beck et Bryan Woods lui offre le rôle principal de 65. Signataires de deux films d’horreur (Nightlight en 2015 et Haunt en 2019), Beck et Woods se sont surtout distingués en écrivant le scénario de Sans un bruit et sa suite. Sur la foi du script de 65, Columbia Pictures leur alloue un budget de 45 millions de dollars. Pendant le prégénérique (long de 17 minutes !), nous découvrons la planète Somaris, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la nôtre et dont les habitants, qui ont des allures d’humains comme vous et moi, parlent en anglais (il faut déjà accepter ce parti pris si l’on veut avoir une chance d’entrer dans l’histoire). Le pilote Mills (Driver) accepte une mission spatiale de deux ans qui lui permettra d’engranger suffisamment d’argent pour soigner sa fille malade (Chloe Coleman). Son épouse Alya (Nika King) accepte donc à contrecœur de le voir traverser le cosmos pour transporter des passagers à l’autre bout de l’univers.

En plein vol, le vaisseau Zoïc heurte une ceinture d’astéroïdes et se crashe sur une planète inconnue. Paniqué, Mills découvre qu’il est apparemment le seul survivant du voyage, alors que le système d’alerte émet un bruit lancinant que les fantasticophiles connaissent bien : celui des machines martiennes de La Guerre des mondes (version 1953). L’atmosphère de la jungle dans laquelle il s’est échoué est respirable, mais les lieux regorgent de danger. Il s’est en effet échoué sur notre Terre, il y a 65 millions d’années, à l’époque où les dinosaures dominaient le monde. Or une fillette (Ariana Greenblatt) a également survécu à l’accident. Leur seul moyen de s’échapper est d’atteindre la capsule de sauvetage qui repose au sommet d’une montagne. Pour y parvenir, ils vont devoir braver la faune monstrueuse qui régit ces lieux sauvages et qui se pourlèche déjà les babines à l’idée de se les mettre sous la dent…

Le dîner des dinos

A peu de choses près, le concept de 65 est le même que celui de La Planète des dinosaures, une sympathique série B des années 70 qui ne brillait ni par son scénario ni par son jeu d’acteurs mais nous offrait de magnifiques sauriens préhistoriques en stop-motion. La seule véritable différence, à l’exception de la provenance extra-terrestre des protagonistes, réside dans la nature de leur relation : un adulte et une enfant, substitut évident de la propre fille du héros (comme la Newt d’Aliens). La mécanique du film s’appuie en grande partie sur leurs échanges, avec ce qu’il faut de saynètes comiques et de passages émouvants pour que la mayonnaise essaie de prendre. Le concept était attrayant, mais le film ne tient absolument pas ses promesses. Nous qui attendions un film d’action primaire mais jouissif gorgé d’affrontements entre Adam Driver et une faune préhistorique déchaînée, nous restons sur notre faim. Les monstres préhistoriques pointent bien sûr le bout de leur museau de temps en temps, mais leur design laisse à désirer (le trait est forcé sans subtilité, les morphologies sont souvent fantaisistes) et leurs interventions s’avèrent somme toute assez limitées. Le climax rattrape un peu cette frustration, mais c’est insuffisant pour justifier l’existence même de ce long-métrage qui a toutes les caractéristiques d’une fausse bonne idée. À tout prendre, autant revoir La Planète des dinosaures qui, lui, ne nous trompait pas sur la marchandise.

 

© Gilles Penso

 

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SHAZAM ! LA RAGE DES DIEUX (2023)

Le justicier le plus immature de l’histoire des super-héros affronte un gloubi-boulga mythologique dans cette séquelle invraisemblable…

SHAZAM ! FURY OF THE GODS

 

2023 – USA

 

Réalisé par David F. Sandberg

 

Avec Zachary Levi, Asher Angel, Jack Dylan Grazer, Rachel Zegler, Adam Brody, Ross Butler, Lucy Liu, Helen Mirren, Djimon Hounsou

 

THEMA SUPER-HÉROS I DRAGONS I MYTHOLOGIE I SAGA DC COMICS

Face au succès du premier Shazam !, il était évident qu’une suite se mettrait rapidement en chantier. La concrétisation de ce second épisode aura inévitablement été repoussée de quelques années à cause de la pandémie du Covid 19, laissant entretemps l’univers cinématographique de DC se déployer sous des formes diverses et parfois contradictoires (Birds of Prey, Wonder Woman 1984, The Suicide Squad, Zack Snyder’s Justice League, The Batman, Black Adam). Pour Shazam ! la rage des dieux, l’équipe du premier film est logiquement remise en selle : le scénariste Henry Gayden, le réalisateur David F. Sandberg et tout le casting original, Zachary Levi en tête. Le compositeur Benjamin Wallfisch étant indisponible, c’est Christophe Beck qui lui succède. Mais honnêtement, malgré le talent indiscutable des deux hommes, la différence ne saute pas aux oreilles, tant le travail qu’ils auront respectivement accompli se conforme sagement aux codes attendus de la bande originale super-héroïque sans laisser transparaître une quelconque personnalité artistique. Car ce second Shazam !, comme on pouvait s’y attendre, offre exactement aux spectateurs ce qu’ils attendent.

La scène chaotique dans un musée d’Athènes qui ouvre le film est certes impressionnante et permet au récit de s’enclencher sans temps mort. Mais rapidement, le scénario entre dans la routine des enchaînements de blagues, des scènes de sauvetage filmées sans autre parti-pris visuel que la quête de l’effet spectaculaire immédiat et des explications nébuleuses motivant les actes des super-vilains. Ici, la sympathique « famille Shazam » doit faire face aux redoutables filles du dieu Atlas, qui emprisonnent la cité de Philadelphie sous un gigantesque dôme (une idée que le scénariste avoue avoir empruntée au long-métrage Les Simpsons !). Dès lors, le réalisateur David F. Sandberg étire sur plus de deux heures de métrage une intrigue pourtant filiforme qui déborde de clins d’œil : tous les super-héros de l’univers DC sont cités, la poupée Annabelle fait son apparition dans le cabinet d’un pédiatre, les références à la pop-culture abondent (Game of Thrones, Fast and Furious). Ce type de démarche post-moderne masque généralement la vacuité d’un univers peinant à forger seul sa propre originalité.

Shazam sans âme

Aux côtés du casting initial avec lequel les spectateurs sont déjà familiers, le film s’offre de nouveaux personnages bien peu mémorables malgré le talent de leurs interprètes. Rachel Zegler, qui fut si touchante dans le West Side Story de Steven Spielberg, nous laisse ici de marbre, minaudant sans finesse. Les prestations de Lucy Liu et Helen Mirren sont tout autant anecdotiques, coincées dans des registres caricaturaux indignes de leur étoffe et de leur charisme. En désespoir de cause, on se rabat sur le bestiaire du film, conçu par l’équipe du studio d’effets visuels DNEG. Le surgissement de Ladon (un dragon dont le corps hérissé de pointes semble en bois) est un moment fort, même si le design de la bête déçoit ceux qui attendaient une représentation fidèle du véritable monstre mythologique dont il s’inspire (un reptile à cent têtes !). La prolifération du jardin des Hespérides dans la cité de la Philadelphie et l’apparition d’une nuée de hideuses créatures hybrides (chimères, harpies, minotaures et même un cyclope reprenant la morphologie de celui du 7ème voyage de Sinbad) vaut aussi le coup d’œil. Mais comme souvent, la qualité des effets visuels s’inverse proportionnellement avec celle du scénario, qui accumule dès lors des péripéties de plus en plus absurdes – pour ne pas dire embarrassantes – jusqu’à un final atteignant les sommets du ridicule.

 

© Gilles Penso

 

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SHAZAM ! (2019)

DC met sous le feu des projecteurs un super-héros des années 40 en optant pour une tonalité comique inspirée par Big

SHAZAM !

 

2019 – USA

 

Réalisé par David F. Sandberg

 

Avec Zachary Levi, Asher Angel, Mark Strong, Jack Dylan Grazer, Djimon Hounsou, Faithe Herman, Meagan Good, Grace Fulton, Michelle Borth, Ian Chen

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA DC COMICS

C’est au début des années 2000 que la compagnie New Line envisage pour la première fois de porter à l’écran les aventures de Shazam, un super-justicier créé en 1940 par C.C. Beck et Bill Parker (son premier nom étant Captain Marvel, sans lien bien sûr avec le personnage homonyme de chez Stan Lee). Mais à l’époque, les super-héros ont encore du mal à se frayer un chemin sur le grand écran et le projet reste au point mort. Après le succès des X-Men, Spider-Man, Iron Man et consorts, Shazam ! redevient d’actualité. En 2009, Peter Segal (La Famille Foldingue) est envisagé pour le réaliser et Dwayne Johnson (The Rock pour les intimes) pour y jouer l’adversaire du héros, autrement dit Black Adam. Les choses semblent bien engagées mais n’avancent pourtant pas beaucoup plus. Il faudra attendre 2017 pour que Shazam ! entre enfin en développement. L’équipe à la tête du film n’est plus la même. C’est finalement David F. Sandberg (Dans le noir, Annabelle 2) qui en signe la mise en scène et Zachary Levi (vu dans Alvin et les Chipmunks 2 et Thor Ragnarok) qui tient le rôle principal. Quant au Black Adam avec Dwayne Johnson, il se concrétisera en 2022 face à la caméra de Jaume Collet-Serra.

Toujours à la traîne de Marvel (comme en atteste l’accueil mitigé de Man of Steel, Batman V. Superman, Suicide Squad, Wonder Woman, Justice League et Aquaman), le studio DC tente cette fois ci de jouer la carte de l’humour adolescent. Le scénario un peu fourre-tout convoque la mythologie grecque (la force d’Hercule, l’endurance d’Atlas, la puissance de Zeus, la rapidité de Mercure, etc.), la Bible (les sept péchés capitaux) et une sorcellerie de bazar. On a beaucoup de mal à croire à ce magicien (Djimon Hounsou) qui vit dans un décor de théâtre depuis des siècles et cherche l’âme pure capable de devenir le nouveau sauveur de l’humanité. Sa première tentative échoue avec un gamin en 1974, qui deviendra le grand méchant de l’histoire (le docteur Thaddeus Sivana, incarné à l’âge adulte par Mark Strong). Mais il réussit son coup avec Billy Batson (Asher Angel), un enfant sans parents, qui fugue sans cesse d’une famille d’accueil à l’autre et se joue de la police. Ce petit voyou sympathique n’est pas plus crédible que la famille idéale multi-ethnique et politiquement très correcte qui finit par l’accueillir. Le film part donc sur des bases très fragiles.

Ça ne vole pas très haut

L’intrigue se met enfin en place lorsque Billy se retrouve soudain dans un corps de super-héros adulte (Zachary Levi) et teste ses nouveaux pouvoirs. C’est un peu plus trivial et du coup un peu plus drôle. Mais le film ne vole quand même pas très haut et reste très anecdotique. Le principe même du film évoque beaucoup Big, ce dont David F. Sandberg semble pleinement conscient puisqu’il glisse un clin d’œil direct au film de Penny Marshall, lorsque le héros et son adversaire marchent sur les touches d’un clavier géant dans un magasin de jouets. Mais Zachary Levi n’est pas Tom Hanks, et malgré la sympathie que l’acteur dégage, son registre reste très limité. Il faut dire que le scénario ne lui permet pas de sortir de la caricature. D’autant qu’une incohérence comportementale entrave sérieusement le récit. Enfant, Billy est un être taciturne et peu souriant. Pourquoi donc devient-il hystérique et exagérément jovial lorsqu’il entre dans le corps d’un adulte ? Ne serait-il pas logique qu’il conserve le même caractère tout au long du film ? A l’avenant, les effets visuels s’avèrent grossiers et excessifs, malgré le design réussi des créatures monstrueuses symbolisant les péchés capitaux. Il y a bien quelques scènes d’action qui se détachent du lot, comme le sauvetage du bus, mais c’est bien sûr insuffisant pour sauver le film. La fin très ouverte promet une suite, que le succès de Shazam ! en salles permettra de concrétiser en 2023.

 

© Gilles Penso

 

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LA MAIN DES TÉNÈBRES (1992)

Des rites vaudous, des âmes enfermées dans des corps d’oiseaux, une main volante aux doigts-serpents… Bienvenue dans les productions Charles Band !

NETHERWORLD

 

1992 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Michael Bendetti, Denise Gentile, Anjanette Comer, Holly Floria, Robert Sampson, Holly Butler, Alex Datcher, Robert Burr, George Kelly

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I MAINS VIVANTES I SAGA CHARLES BAND

Habitué des productions Charles Band, David Schmoeller avait déjà réalisé pour les compagnies Empire puis Full Moon quelques titres emblématiques comme Tourist Trap, Fou à tuer ou Puppet Master. Son projet suivant est un thriller hitchcockien baptisé Whispers & Seduction auquel il tient beaucoup mais qui ne convainc guère Band. « Le problème, lorsque vous travaillez avec Charlie, c’est qu’il ne comprend et ne s’intéresse qu’à la science-fiction, le fantastique et l’horreur », avoue Schmoeller. « Voilà pourquoi Whispers & Shadows ne s’est pas fait. » (1) Le réalisateur hérite donc d’un autre projet concocté par Charles Band sous le titre de Netherworld (qui sera traduit en français par La Main des ténèbres). Ce film, censé d’abord être dirigé par Ted Nicolaou en Roumanie, est sans cesse repoussé et entre enfin en production en 1992. Le scénario est signé Schmoeller (sous le pseudonyme improbable de Billy Chicago) et le rôle principal échoit à Michael Bendetti, l’un des acteurs récurrents de la série 21 Jump Street. Schmoeller lui-même fait une petite apparition dans le rôle d’un barman qui fait tourner une bouteille de bière sur son doigt comme s’il s’agissait d’une toupie (talent dont le réalisateur n’est pas peu fier et qu’il peut donc exhiber à l’écran !).

La photographie moite d’Adolfo Bartoli et la caméra rampante de Schmoeller saisissent dès les premières secondes l’ambiance interlope d’un établissement peu recommandable juché au milieu des bayous de la Louisiane : coups de feu et bagarres, prostituées à l’affut des clients, murs décrépits, serpents et poules qui se partagent le sol poisseux, sous-sol mystérieux… Le film s’intéresse à Corey Thorton (Michael Bendetti), un jeune homme qui vient d’hériter de la somptueuse propriété d’un père qu’il n’a jamais connu en Louisiane. Sur place, il fait la connaissance de l’avocat taciturne de son père (Robert Burr), de la gouvernante des lieux (Anjanette Comer) et de sa fille (Holly Floria). Un carnet manuscrit laissé à son attention par son père Noah (Robert Sampson) affirme qu’il a trouvé un moyen pour revenir d’entre les morts et qu’il compte sur son fils pour l’aider. La clé de cette résurrection serait détenue par une adepte de pratiques occultes nommée Delores (Denise Gentile)…

La main qui tue

Schmoeller s’investit comme il peut dans ce film, mais l’on sent bien qu’il n’y croit qu’à moitié. « Une partie de la notion de « père/fils » vient de ma propre biographie », avoue-t-il. « Mon père a quitté ma famille lorsque j’avais un an et n’a jamais regardé en arrière. J’ai donc pu injecter un peu d’émotions personnelles. C’était un film amusant à faire et les extérieurs naturels le rendaient encore plus intéressant, mais je n’ai jamais pu résoudre le problème du monde souterrain, le « netherworld » : comment le montrer de manière convaincante, surtout quand on ne dispose que de 2000 dollars pour construire les décors ? Ça ressemble à ce que l’on voit dans le film, c’est assez ridicule. » (2) Certes, le maquilleur spécial Mark Shostrom tente bien de nous secouer de notre torpeur avec cette main pétrifiée qui se détache d’un mur, vole dans les couloirs comme la sphère de Phantasm et attaque ses victimes avec ses doigts-serpents qui déchiquètent les visages. Mais ces petits passages insolites – au demeurant incompréhensibles – ne chassent pas totalement l’ennui des spectateurs, bien en mal de s’intéresser aux personnages insipides et à l’intrigue filiforme du film, dont chaque séquence est ponctuée par des roucoulements de colombes, des battements d’ailes, des cris de rapaces, des images d’oiseaux en cage et de plumes qui flottent. Peu mémorable, La Main des ténèbres fera une petite apparition dans les bacs des vidéoclubs avant de disparaître de la circulation.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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THIRST, CECI EST MON SANG (2009)

Après s’être porté volontaire pour une expérience médicale à but humanitaire, un jeune prêtre se transforme en vampire…

THIRST

 

2009 – CORÉE / USA

 

Réalisé par Park Chan-wook

 

Avec Song Kang-ho, Kim Ok-bin, Kim Hae-sook, Shin Ha-kyun, Park In-hwan, Song Young-chang, Oh Dal-su, Ra Mi-ran, Eriq Ebouaney, Hwang Woo-seul-hye

 

THEMA VAMPIRES

Fer de lance de la nouvelle vague des cinéastes coréens dont le talent a explosé sur les écrans du monde entier au début des années 2000, Park Chan-wook est un réalisateur incroyablement éclectique dont l’œuvre insaisissable se pare de films aussi marquants que Old Boy, Mademoiselle ou Decision to Leave. Rien ne semble à priori relier ces longs-métrages dissemblables, si ce n’est une virtuosité de mise en scène imparable, un portrait sans concession de la nature humaine, des retournements scénaristiques imprévisibles et une propension à réadapter sous l’angle coréen des grands thèmes littéraires classiques. Thirst ne fait pas exception, puisqu’il s’agit ouvertement d’une relecture très personnelle du « Thérèse Raquin » écrit par Emile Zola en 1867. La structure du scénario (co-écrit par Park Chan-wook et Chung Seo-kyung) est la même que celle adoptée par l’écrivain français, notamment le triangle amoureux qui s’installe en cours de récit et la culpabilité née d’un crime qui provoque remords, hallucinations et paranoïa chez les coupables. Dans le film, Thérèse devient la taciturne Tae-Ju, son époux Camille s’est transformé en jovial Kang-woo et son amant Laurent est remplacé par le tourmenté Sang-hyun.

Sang-hyun (Song Kang-ho) est un jeune prêtre dont la foi semble inébranlable. Il exerce dans les hôpitaux ou les dispensaires, priant pour les grands malades et accordant ses bénédictions aux cas les plus désespérés. Un jour, il se porte volontaire pour tester un vaccin susceptible d’éradiquer une maladie infectieuse très grave qui sévit en Afrique. Malgré les risques, il se laisse injecter le vaccin et décède, comme les cinquante autres volontaires. L’expérience est donc un terrible fiasco. Mais soudain, le prêtre se réanime. Une transfusion sanguine d’origine inconnue lui permet en effet de revenir d’entre les morts. Il y a tout de même un prix à payer pour cette résurrection qui n’a rien de divin. La transformation de Sang-hyun en vampire se découvre au fil d’indices troublants. Il se lèche ainsi spontanément un doigt taché par le sang d’une mourante ou voit sa peau surchauffer au contact du soleil. Lorsque son état ne fait plus aucun doute, les scènes cocasses, mi drôles mi pathétiques, s’enchaînent, comme lorsqu’il s’allonge au pied du lit d’un malade pour boire à grosses gorgées le sang qui coule dans sa perfusion !

Le mélange des genres

La mise en scène de Park Chan-wook se fait très inventive lorsqu’il s’agit de montrer les sens soudain accrus du prêtre. Son ouïe, son odorat, son goût, tout semble décuplé, y compris de nouvelles perceptions extrasensorielles à la lisière de la télépathie. Son vœu de célibat, lui, ne tient plus qu’à un fil. « Maintenant, j’ai soif de tous les plaisirs charnels » se désespère cet homme de foi en proie aux pulsions les plus incontrôlables. Mais même lorsqu’il essaie de se défenestrer pour en finir avec ce dilemme, il reste sain et sauf. Son attirance physique pour une jeune femme très réservée (Kim Ok-bin) va définitivement faire basculer sa vie. « Je ne suis pas une fille timide » dit-elle en lui dévoilant ses seins, juste avant de les cacher par pudeur, tandis qu’il s’auto-flagelle pour réfréner ses envies. Leur relation ne sera pas simple, ça saute aux yeux. Mais elle s’annonce bientôt passionnelle et fusionnelle. « Si on continue, on va aller en enfer » se plaint Sang-hyun tout en se lovant contre elle. Les choses se compliquent davantage par cette soif de sang irrépressible qui gronde au fond de lui et ne saurait tarder à le pousser au meurtre. Park Chan-wok s’amuse à changer sans cesse de tonalité tout au long du film, quitte à oser le grand écart entre l’horreur, la comédie, le drame et la romance. Tout s’achève sur un climax nihiliste dont l’élan désespéré et la photogénie grandiose annoncent le final tout aussi tragique de Decision to Leave qui, lui aussi, n’hésite pas à mélanger les genres pour mieux déstabiliser son public.

 

© Gilles Penso

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SHADOWZONE (1990)

Un capitaine de la NASA enquête sur la mort du cobaye d’une expérience top-secrète pratiquée dans un souterrain abandonné…

SHADOWZONE

 

1990 – USA

 

Réalisé par J.S. Cardone

 

Avec Louise Fletcher, David Beecroft, James Hong, Frederick Flynn, Shawn Weatherly, Miguel A. Nuñez, Lu Leonard

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

Après avoir réalisé le thriller surnaturel The Slayer et le film musical Rock Star, J.S. Cardone fait la rencontre du producteur Charles Band, qui vient de lancer sa compagnie Full Moon avec Puppet Master et cherche de nouveaux talents pour rejoindre son écurie. L’un des projets qu’il a prévendus à son distributeur Paramount, sur la simple foi d’un titre et d’un poster, s’appelle Shadowzone. Cardone accepte de le réaliser afin de recycler l’idée d’un ancien scénario qui lui trottait dans la tête depuis quelques années. Band lui alloue un budget d’un million de dollars, vingt-quatre jours de tournage et un contrôle total du film. « La scène extérieure d’ouverture a été tournée dans le Bronson Canyon, un célèbre décor de westerns hollywoodiens », se souvient le réalisateur. « Les intérieurs ont été tournés dans un hôpital abandonné à Northridge, en Californie. L’endroit était glauque et dégoûtant. Il y avait des alcôves sombres pleines de vieilles seringues et de déchets médicaux. C’était parfait pour ce que nous voulions faire. » (1) Ce site sinistre apporte en effet une touche de réalisme idéale, d’autant que la grande majorité du film s’y déroule. Dans le scénario, il s’agit d’un centre de recherche souterrain pratiquement abandonné depuis le début des années soixante et abritant désormais dans le plus grand secret le projet « Shadowzone ».

Dépêché par le gouvernement, le capitaine Hickok de la NASA (David Beecroft) débarque sur place pour enquêter sur la mort inexpliquée d’un des sujets d’expérience. Dans cet endroit en décrépitude, Hickok rencontre la petite équipe en charge du projet : le docteur Van Fleet (James Hong), son bras droit le docteur Erhardt (Louise Fletcher), le docteur Kidwell (Shawn Weatherly), l’informaticien Wiley (Miguel A. Nuñez Jr.), le responsable de la maintenance Tommy Shivers (Frederick Flynn) et la cuisinière Mrs. Cutter (Lu Leonard). Ce microcosme vit en circuit fermé autour d’expérimentations de pointe liées au sommeil prolongé, susceptibles d’être appliquées aux voyages spatiaux. Les sujets sont placés dans des caissons et étudiés de près. Or lorsqu’ils sont plongés dans cet état second, il semble que les cobayes soient capables d’ouvrir la porte d’une dimension parallèle et de laisser entrer dans notre monde une entité fort peu recommandable… Même si on sent que les moyens sont très limités (comme toujours chez Charles Band), l’exigence du film semble aller au-delà des canons habituels des productions Empire ou Full Moon. Tout le monde prend visiblement le sujet au sérieux (les acteurs, l’équipe technique et artistique et bien sûr le réalisateur), d’où un niveau qualitatif accru, autour d’un postulat de science-fiction original convoquant les peurs primales et les possibilités inconnues du subconscient.

Les peurs primales

Si le point de départ est très intriguant, le film ne parvient pas à tenir toutes ses promesses. Lorsque l’intrigue prend la tournure d’un chassé-croisé dans des couloirs sombres, Shadowzone perd un peu de sa saveur et prête le flanc aux critiques l’accusant de plagier Alien. Fort heureusement, le maquilleur spécial Mark Shostrom (maître d’œuvre des folles créations d’Evil Dead 2) parvient à ponctuer le film de visions choc horrifiques. Dès l’entame, il nous offre la vision d’un cadavre autopsié particulièrement repoussant, puis plus tard un gonflement de veines et une tête qui explose directement hérités de Scanners. Au cours du dernier tiers du film, l’entité mystérieuse prend diverses apparences furtives, notamment celle d’un rat géant, d’un singe monstrueux ou d’un être difforme et dégoulinant qui n’est pas sans évoquer les créations de John Buechler sur From Beyond. Si la censure de l’époque se montra clémente sur les scènes d’horreur, elle tiqua en revanche sur les corps nus dans les caissons. « La nudité frontale du sujet masculin les a plus dérangés que celle du sujet féminin, mais j’étais déterminé à ne pas reculer devant l’un ou l’autre sexe », raconte Cardone. « Nous avons tenu bon et n’avons eu à faire que de petites coupes. » (2)

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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JEEPERS CREEPERS 2 (2003)

Dans ce second épisode inventif, le monstre imaginé par Victor Salva s’en prend à un groupe d’adolescents coincés dans un bus scolaire…

JEEPERS CREEPERS 2

 

2003 – USA

 

Réalisé par Victor Salva

 

Avec Ray Wise, Jonathan Breck, Garikayi Mutambirwa, Eric Nenninger, Nicki Lynn Aycox, Marieh Delfino, Diane Delano

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA JEEPERS CREEPERS

Fort du succès de son Jeepers Creepers mué dès sa sortie en petit classique du genre, l’auteur/réalisateur Victor Salva se penche sur une suite et bénéficie de la présence prestigieuse de Francis Ford Coppola qui rempile en tant que producteur exécutif. Dans l’une des premières versions du scénario de Jeepers Creepers 2, les deux héros du film précédent, Trish et Jezelle, sont les personnages principaux, traquant le monstre qui leur fit tant de misères. Mais l’actrice Gina Philips décide finalement de ne pas participer au film, entraînant plusieurs réécritures. L’une des intrigues secondaires du premier script devient donc le moteur narratif principal : un bus scolaire rempli d’adolescents qui sont traqués par le Creeper. Quant au personnage de Jack Taggart, incarné par Ray Wise, il devient central alors qu’il n’était censé initialement ne tenir qu’un petit rôle dans une seule scène. Ces changements de cap induits par des contraintes logistiques vont s’avérer bénéfiques, empêchant ce second épisode de trop ressembler au premier pour véhiculer de nouvelles terreurs et se draper d’une atmosphère très singulière. Le récit s’installe trois jours après les événements décrits dans le premier Jeepers Creepers.

Tout commence par une scène étonnante où un petit garçon est emporté dans les airs par un épouvantail qui s’anime soudain et s’avère être le Creeper. Dès lors, tel le Achab de Moby Dick, son père le fermier Jack Taggart (Ray Wise, donc) ne vit plus que pour tuer le monstre. Entre-temps, la créature démoniaque s’en prend à un bus scolaire dont elle crève les roues à distance à l’aide de projectiles d’un genre particuliers (variante des étoiles de ninja avec quatre griffes acérées et, au centre, de macabres attributs humains tels qu’une dent ou un nombril !). Ce bus transporte une équipe de joueurs de basket-ball dont le nom, les « Bannon Bantams », est un hommage direct à Dan O’Bannon, le scénariste d’Alien et le réalisateur du Retour des morts-vivants. Tandis que la nuit tombe, les basketteurs, les cheerleaders, la conductrice et les coachs vont devoir surmonter leurs peurs afin de résister aux assauts répétés de ce monstre bien décidé à accomplir son rituel infernal. Mais Jack Taggart n’a pas dit son dernier mot et décide de se dresser sur son chemin.

Le bus en folie

En construisant ses personnages adolescents, Salva s’est attaché à représenter des stéréotypes soit victimes soit coupables de discrimination raciste et homophobe. Le bus scolaire se mue ainsi en microcosme, symbole à échelle réduite de la société et de ses travers. Le film collecte les séquences de suspense reposant sur le jeu subtil des comédiens et sur l’ingéniosité accrue de la mise en scène. Grâce à des effets spéciaux particulièrement impressionnants, le monstre déploie ses ailes pour prendre les allures d’un démon à l’envergure d’un ptérodactyle. Certaines séquences poussent l’outrance très loin, comme lorsque le Creeper, suite à une échauffourée avec ses jeunes proies, s’arrache la tête et la remplace par celle d’un adolescent qu’il décapite ! Rien ne semble pouvoir vaincre ou repousser cette effrayante créature au maquillage extraordinaire. Salva tire ainsi les meilleures leçons possibles du premier opus dont il a su conserver toutes les qualités, simplifiant son récit à l’extrême et contournant les clichés avec une belle effronterie. Les adolescents victimes d’un croquemitaine saturent pourtant les écrans depuis belle lurette.

 

© Gilles Penso

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