HELP ! (1965)

Les Beatles affrontent des adorateurs de la déesse Kali et des savants fous qui veulent mettre la main sur une bague magique que possède Ringo Starr…

HELP !

 

1965 – GB

 

Réalisé par Richard Lester

 

Avec John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, George Harrison, Leo McKern, Eleanor Bron, Victor Spinetti, Roy Kinnear, John Bluthal, Patrick Cargill

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I NAINS ET GÉANTS

En 1964, les Beatles deviennent pour la première fois héros d’un long-métrage avec Quatre garçons dans le vent, racontant trois jours mouvementés dans la vie des « Fab Four » face à la caméra enjouée du réalisateur Richard Lester. L’année suivante, Lennon, McCartney, Starr et Harrison retrouvent Lester à l’occasion de Help ! qui, pour sa part, développe un récit fictionné beaucoup plus exubérant écrit par Marc Behm (Charade) et Charles Wood (Le Knack… et comment l’avoir). Bien sûr, ce script reste avant tout un prétexte pour mettre en image les chansons des Beatles, lesquelles s’intercalent régulièrement au cours du film avec plus ou moins de justification par rapport au récit : un enregistrement en studio, une ode chantée à une jeune femme, une répétition en plein air, etc. De l’aveu même de Starr et McCartney, les superstars auraient également soufflé aux scénaristes l’idée de séquences situées dans les Alpes autrichiennes et dans les Bahamas pour le seul plaisir de voyager dans ces contrées qu’ils n’avaient pas encore visitées. On ne s’étonnera donc pas face aux joyeuses incohérences de ce film sans queue ni tête, d’autant que nos quatre garçons dans le vent expérimentaient à l’époque les effets de la marijuana, d’où un grand nombre de séquences où ils planent sans se souvenir de leurs répliques ou agissent de manière totalement incompréhensible.

Conscients de se retrouver avec un « objet filmique non identifié » sur les bras, les distributeurs assument le délire ambiant en parodiant au cours de sa campagne de promotion l’un des slogans imaginés par Alfred Hitchcock pour Psychose. Au lieu de « Veuillez ne pas révéler la fin de ce film à vos amis (c’est la seule que nous ayons) », ils optent donc pour « Veuillez ne pas révéler le début de ce film à vos amis (ils ne le croiraient jamais, de toute façon) ». Le titre Help ! lui-même n’est trouvé qu’au tout dernier moment. Dans un premier temps, le film s’appelle Eight Arms to Hold You. Mais personne ne l’apprécie, d’autant qu’il n’a pas grand-rapport avec l’intrigue. John Lennon ayant écrit au moment du tournage la chanson « Help ! », on décide de l’intégrer dans le film et d’abandonner le titre Eight Arms to Hold You au profit de Help ! En France, le film sera distribué une première fois sous le titre Au secours !

Au secours !

Le scénario de Help ! s’intéresse à une secte d’adorateurs de la reine Kali obligés d’interrompre un sacrifice humain lorsqu’ils s’aperçoivent qu’il leur manque une bague sacrée indispensable à la cérémonie. C’est Ringo, le batteur des Beatles, qui porte cette bague sans vraiment savoir pourquoi. Il devient donc victime des tentatives répétées du maléfique Clang (Leo McKern) pour récupérer le joyau, ainsi que du démentiel professeur Foot (Victor Spinetti), désireux lui aussi d’en faire l’acquisition. Ce postulat délirant donne lieu, en plus des passages musicaux, à une série de gags nonsensiques, domaine dans lequel Richard Lester semble exceller. On pense parfois aux Monty Pythons, en particulier au cours de l’entracte qui interrompt très brièvement l’histoire. Dans l’une des séquences les plus étranges du film, précédée d’un intertitre annonçant « Les aventures excitantes de Paul sur le plancher », McCartney, piqué par une seringue remplie de sérum rétrécissant, devient minuscule et patauge dans un cendrier pendant que ses trois compères résistent aux assauts de leurs agresseurs multiples. Entre deux chansons des Beatles, la bande originale de Ken Thorne parodie le « James Bond Theme » et réarrange sous forme orchestrale plusieurs tubes du quatuor. Mine de rien, le tournage de Help ! aura une influence déterminante sur l’avenir du groupe. John Lennon y testera pour la première fois les fameuses lunettes qui deviendront son accessoire « signature », George Harrison y goûtera aux joies de son futur instrument fétiche le sitar. Quant à Paul McCartney, il profitera des pauses entre les prises de vues pour écrire une petite chanson qu’il baptisera « Yesterday. »

 

© Gilles Penso


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X-MEN : DARK PHOENIX (2019)

La neuvième incursion cinématographique dans le monde des mutants de Marvel est un épisode confus et sans éclat…

X-MEN : DARK PHOENIX

 

2019 – USA

 

Réalisé par Simon Kinberg

 

Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Nicholas Hoult, Sophie Turner, Tye Sheridan, Alexandra Shipp, Evan Peters, Kodi Smit-McPhee

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA X-MEN I MARVEL COMICS

Trois semaines avant la sortie de X-Men Apocalypse, La Fox, confiante, annonçait déjà l’épisode suivant de la saga mutante, autrement dit X-Men : Dark Phoenix. Mais entretemps, les résultats au box-office d’Apocalypse se révèlent très décevants, poussant le studio à revoir ses ambitions à la baisse. Le budget de Dark Phoenix est d’abord considérablement réduit, pour éviter d’élargir davantage le creux financier. Un temps, les exécutifs envisagent même de sortir directement le film sur les plateformes de streaming sans passer par la case cinéma. Cette décision est finalement abandonnée, permettant à Dark Phoenix d’être distribué en salles. Mais les moyens mis à sa disposition restent restreints. Scénariste et producteur de plusieurs épisodes précédents de la franchise X-Men (Le Commencement, L’Affrontement final, Days of Future Past, Apocalypse), Simon Kinberg se retrouve ici propulsé au poste de réalisateur. Il n’avait jusqu’alors dirigé qu’un épisode de série télévisée, pour le reboot de La Quatrième dimension en 2019. Le voilà donc à la tête de son premier long-métrage. Or malgré toute sa bonne volonté, Kinberg n’est ni Bryan Singer ni Matthew Vaughn. Son manque d’expérience et surtout de vision font cruellement défaut au film. Le troisième acte sera d’ailleurs intégralement retourné suite aux réactions très négatives des projections test. C’est généralement très mauvais signe.

Lors d’une spectaculaire mission de sauvetage spatiale (plutôt habilement réalisée, avec une mise en avant de la complémentarité des pouvoirs des jeunes X-Men qui unissent leurs forces pour une plus grande efficacité), Jean Gray (Sophie Turner) est frappée par ce qui ressemble à une éclipse solaire. Ses pouvoirs étaient déjà difficiles à contrôler par le passé, puisqu’ils provoquèrent la mort de sa mère dans son enfance, flash-back à l’appui. Désormais, ils prennent une ampleur affolante et échappent à toute possibilité d’être canalisée, causant même le trépas violent d’un des X-Men. Paniquée, la jeune mutante prend la fuite. Si Xavier (James McAvoy) et Magneto (Michael Fassbender) se mettent à sa recherche, c’est avec en tête deux objectifs bien distincts. Le premier souhaite en effet la ramener, le second l’éliminer. D’où un affrontement musclé en plein New York où Magnéto, déchaîné, fait surgir le métro du sol. Entretemps, Jean a été recueillie par une race d’extra-terrestre qui, après avoir vu son monde détruit, souhaite conquérir le nôtre…

La débâcle

Jusqu’alors de très haute tenue, malgré un léger infléchissement qualitatif perceptible dans X-Men Apocalypse, la saga des Mutants dégringole brutalement avec Dark Phoenix, à cause d’un scénario dénué de finesse que ne sauve évidemment pas la mise en scène très fonctionnelle de Simon Kinberg. La musique binaire et assourdissante de Hans Zimmer parachève la débâcle. Certes, le film sait nous offrir quelques jolis morceaux d’anthologie, comme la séquence du combat dans le train où les super-héros s’épaulent pour lutter contre les aliens hégémoniques. Mais ces coups d’éclats ne suffisent pas à élever le niveau de Dark Phoenix, d’autant que les effets numériques ont souvent tendance à jouer les « cache-misères », surtout au cours d’un climax sans cesse réécrit qui se mue en véritable orgie digitale sans queue ni tête. Comme on pouvait s’y attendre, le long-métrage de Kinberg sera un cruel échec critique et financier, précipitant nos pauvres X-Men dans un cul de sac artistique qui sera confirmé par le rachat de la Fox par Walt Disney Pictures. Les mutants de Stan Lee, Jack Kirby et Chris Claremont erreront donc dans les limbes en attendant de pouvoir ressurgir au sein du Marvel Cinematic Universe de Disney.

 

© Gilles Penso


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ALL HALLOW’S EVE (2013)

Art le clown fait sa première apparition dans ce film à sketches structuré autour du contenu d’une cassette VHS mystérieuse…

ALL HALLOW’S EVE

 

2013 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Katie Maguire, Catherine A. Callahan, Marie Maser, Kayla Lian, Mike Giannelli, Sydney Freihofer, Cole Mathewson, Michael Chmiel, Marissa Wolf, Minna Taylor

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS I EXTRA-TERRESTRES I CLOWNS I SAGA ART LE CLOWN

Passionné de cinéma d’horreur, le touche-à-tout Damien Leone (scénariste, réalisateur, monteur, créateur d’effets spéciaux) fait ses débuts avec deux courts-métrages d’épouvante très remarqués, The 9th Circle en 2006 et Terrifier en 2011. S’ils racontent deux histoires différentes, ces films courts ont en commun la présence d’un clown muet amateur de blagues macabres, de mutilations et de massacres en tous genre : le bien nommé Art. Lorsqu’il découvre Terrifier sur Youtube, le producteur Jesse Baget envisage de l’intégrer dans un film à sketches dont les autres segments utiliseraient les courts-métrages d’autres réalisateurs. Mais Leone réussit à le convaincre de lui confier l’intégralité de ce film. Ainsi naît le projet All Hallow’s Eve qui intègre donc Terrifier, The 9th Circle mais aussi un tout nouveau court-métrage et un fil conducteur, tous réalisés par Damien Leone, heureux de s’attaquer là à son premier long-métrage. Comme son titre l’indique, All Hallow’s Eve se déroule le soir d’Halloween. Émule de Jamie Lee Curtis dans La Nuit des masques, Sarah (Katie Maguire) fait du babysitting dans une maison de banlieue pendant que les parents de deux gamins, Tia (Sydney Freihofer) et Timmy (Cole Mathewson), passent la soirée dehors. Tandis qu’ils regardent distraitement La Nuit des morts-vivants à la télé, les enfants vident leur sac de friandises pour vérifier la teneur de leur butin. Et là, surprise : au milieu des bonbons se trouve une cassette vidéo sans étiquette. D’où peut-elle bien venir ? Et surtout que contient-elle ? Sarah ne tient pas à la visionner, de peur qu’elle n’ait été glissée dans le sac par quelque pervers. Mais face à l’insistance de Tia et Timmy, elle la place dans le lecteur VHS…

Le film d’horreur qu’ils découvrent sur la cassette vidéo est donc The 9th Circle. La différence de qualité saute aux yeux (piqué de l’image, montage, lumière, jeu des acteurs), mais ce n’est pas problématique dans la mesure où il s’agit d’un « film dans le film ». On passe donc outre la facture semi-amateur pour se laisser gagner par cette histoire étrange. Dans une salle d’attente, une jeune femme (Kayla Lian) est importunée par un clown muet qui l’endort avec une seringue. Lorsqu’elle se réveille, elle est enchaînée dans un souterrain auprès d’autres captives. A partir de là, c’est la descente aux enfers, à grand renfort de monstres contrefaits (dont une sorte de cousin du Toxic Avenger), de sorcières et de démons. Les maquillages spéciaux ne font pas dans la dentelle mais l’atmosphère reste intéressante. Et surtout, le fait que la baby-sitter et les enfants soient eux-mêmes spectateurs de ce film de plus en plus malsain apporte une seconde couche de narration ainsi qu’un intéressant effet de mise en abîme. D’autant que Sarah – qui semblait pourtant stricte au départ – laisse cet étalage d’horreurs défiler devant les yeux des gamins, comme s’il elle était gagnée elle-même pat une sorte de fascination douteuse.

Clowneries

Fatalement, All Hallow’s Eve souffre de l’origine disparate du matériau avec lequel il est constitué. Une fois que le premier segment est terminé, Leone peine à conserver une unité et une cohérence artistique. Sarah couche donc les enfants et continue de regarder la cassette, qui raconte une toute autre histoire (spécialement tournée pour l’occasion, donc) aux allures de remake de L’Homme de la planète X. La patine n’est plus du tout la même, le style non plus, et la présence de téléphone portables contredit le caractère faussement vintage de cette cassette VHS. Même constat pour le troisième segment, Terrifier, qui se donne les allures d’un film grindhouse tourné sur pellicule (avec scratches, salissures et rayures). Cet ultime récit est cependant le plus réussi des trois, laissant à l’effrayant Art toute la latitude pour s’exprimer et préfigurant les longs-métrages Terrifier et Terrifier 2 qui lui seront ensuite consacrés. All Hallow’s Eve se paye quelques effets gore bien gratinés, joue de manière récréative avec les nerfs des spectateurs et baigne dans une ambiance oppressante qu’accentue la bande originale électronique du groupe Noir Deco. Rien de bien subtil, certes, mais le film remplit son contrat et permet de lancer officiellement la carrière de Damien Leone.

 

© Gilles Penso

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BARBARE (2022)

Pour les besoins d’un entretien d’embauche, une jeune femme loue une maison pour la nuit. Mais les lieux sont déjà occupés…

BARBARIAN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Zach Cregger

 

Avec Georgina Campbell, Bill Skarsgård, Justin Long, Matthew Patrick Davis, Richard Brake, Kurt Braunohler, Jaymes Butler, J.R. Esposito, Kate Bosworth

 

THEMA TUEURS I FREAKS

Comme beaucoup de films, Barbare s’apprécie d’autant plus qu’on en sait le moins possible sur ce qu’il raconte et sur les péripéties qui découlent de sa situation initiale. Rien ne sera donc révélé ici de l’intrigue, si ce n’est son point de départ. Le processus créatif qui a conduit à l’écriture du scénario ne manque pas d’intérêt. Le scénariste/réalisateur/acteur Zach Cregger s’est d’abord laissé inspirer par le livre « The Gift of Fear » de Gavin de Becker, dont le sous-titre « Signaux de survie qui nous protègent contre la violence » s’avère très éloquent. Cet essai entend indiquer aux lecteurs comment percevoir les indices annonciateurs de danger avant qu’il ne soit trop tard. C’est évidemment une manne pour un scénariste. En se laissant guider par son instinct, Cregger écrit le script d’un court-métrage dans lequel une femme fait face à un inconnu et dialogue avec lui, ignorant une série croissante de signes laissant indiquer qu’elle aurait toutes les raisons de se méfier de son interlocuteur. Pris au jeu, Cregger développe davantage son récit et le rallonge. Le titre de travail, Barbarian, deviendra définitif. Et ce sera le tout premier long-métrage solo de son auteur, après les comédies Miss Mars et The Civil War on Drugs qu’il co-dirigea avec Trevor Moore.

Le point de départ du film est le suivant : Tess Marshall (Georgina Campbell) vient passer un entretien d’embauche à Detroit. Son déplacement nécessite qu’elle passe la nuit dans la région. Elle réserve donc sur Airb’n B une maison dans le quartier résidentiel de Brightmoor. Mais en arrivant tard dans la soirée, Tess découvre qu’un homme occupe déjà les lieux. Il s’agit de Keith (Bill Skarsgård), qui prétend avoir lui aussi réservé la maison sur le même site et pour la même date. Nous n’en dirons pas plus. Même s’il n’est crédité nulle part au générique du film, Jordan Peele, qui est un bon ami de Zach Cregger, l’aurait aidé officieusement à affiner son scénario et à peaufiner son montage. La préoccupation majeure de Cregger restait de surprendre sans cesse ses spectateurs. Dans ce domaine, force est de reconnaître que la réussite est totale, les deux influences que le cinéaste cite en marge de son film étant David Fincher et Sam Raimi. Lorsqu’on voit Barbare jusqu’au bout, on comprend pourquoi.

Le sous-sol de la peur

Barbare nous saisit d’emblée par la finesse de son interprétation et la minutie de sa mise en scène. Avec une précision d’orfèvre, Cregger cisèle son cadre, sa lumière, sa bande son, jouant en virtuose avec l’attente des spectateurs. « Rupture » semble être son mot d’ordre, surtout à mi-parcours du film. Car l’intrigue ne cesse de rebondir là où on ne l’attend pas, s’amusant avec les lieux communs du genre pour mieux les détourner, laissant croire au public qu’il va pouvoir deviner les événements à venir pour mieux l’emmener ailleurs. Si l’humour s’invite de manière explicite au cours de la seconde partie, le sentiment de peur ne s’éloigne jamais totalement, et c’est ce fragile équilibre qui s’installe au cours du dernier acte, favorisant le surgissement de nouveaux protagonistes qui permettent de faire bifurquer sans cesse l’histoire dans des recoins inattendus. Hélas, le climax oublie toute mesure pour se laisser aller aux excès du Grand-Guignol, gâchant un peu la subtilité des effets déployés jusqu’alors. Il n’en demeure pas moins que le visionnage de Barbare reste une expérience fascinante. Succès surprise au box-office, le film rapportera plus de 43 millions de dollars dans le monde (pour un budget de 4,5 millions de dollars) avant d’atterrir sur les plateformes de streaming.

 

© Gilles Penso

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HITCHER 2 : RETOUR EN ENFER (2003)

Dix-sept ans après l’excellent thriller horrifique de Robert Harmon, cette séquelle à petit budget tente de prolonger le cauchemar sur route…

THE HITCHER II : I’VE BEEN WAITING

 

2003 – USA

 

Réalisé par Louis Morneau

 

Avec C. Thomas Howell, Kari Wuhrer, Jake Busey, Shaun Johnston, Marty Antonini, Darcy Dunlop, Duncan Fraser, Mackenzie Gray, Stephen Hair, Terry King

 

THEMA TUEURS

Une séquelle d’Hitcher était en soi une idée étrange, étant donné que le climax de l’excellent thriller horrifique de Robert Harmon fermait toutes les portes envisageables. Mais le producteur Charles Meeker, capable du meilleur (Aux frontières de l’aube) comme du pire (Golden Child), en décida autrement et s’attela lui-même à l’écriture d’un second chapitre, s’efforçant tant bien que mal de trouver un prétexte scénaristique susceptible de reproduire les situations du premier film. Comme on pouvait le craindre, son script – co-rédigé avec Molly Meeker et Leslie Scharf – est tiré par les cheveux et ne recule devant aucune invraisemblance. L’ambition de cette séquelle est d’ailleurs très réduite, puisqu’elle se limite au marché vidéo. Il y avait pourtant dans Hitcher 2 deux éléments susceptibles d’attirer quelque peu l’attention des spectateurs : la présence de C. Thomas Howell et de Louis Morneau. Le premier, ancien jeune premier prometteur (E.T. l’extra-terrestre, Outsiders, L’Aube Rouge, Soul Man) reprend le rôle qu’il tenait dans le premier Hitcher. Le second, excellent réalisateur de séries B originales et nerveuses (Rétroaction, Fausse donne, La Nuit des chauves-souris), a toujours su dynamiser des œuvrettes souvent entravées par leurs budgets anémiques.

 

Nous retrouvons donc Jim Halsey dix-sept ans après les événements traumatisants qui le frappèrent dans Hitcher. L’infortuné automobiliste est devenu policier de l’Iowa, mais sa funeste rencontre avec l’auto-stoppeur psychopathe incarné par Rutger Hauer continue de le hanter. Lorsqu’il tire sur un homme qu’il croit armé, ses supérieurs sont contraints de le suspendre. Poussé par sa petite amie Maggie (Kari Wuhrer), pilote d’avion, il décide de revenir sur les lieux du drame dans l’espoir d’exorciser ses démons. Les voilà donc partis pour le Texas, avec pour objectif d’aller rendre visite à leur ami le capitaine Esteridge (Stephen Hair). Bien sûr, Jim redevient très nerveux lorsqu’ils prennent la route, croyant voir des dangers partout. Mais ses inquiétudes ne vont pas tarder à prendre corps. Un motard accidenté qu’ils acceptent de dépanner (Jake Busey) s’avère en effet être un dangereux tueur fou prêt à tout pour transformer leur vie en enfer…

On the road again…

Le faux-départ par lequel commence Hitcher 2 est habile et prometteur. Mais bien vite, le scénario fixe ses propres limites et révèle surtout son incohérence majeure. En effet, quelle était la probabilité, pour ce pauvre Jim Halsey, de retomber sur un auto-stoppeur psychopathe sur la route texane ? D’autant que cet émule du tueur précédent – qui ne présente pourtant aucun lien avec lui – est affublé du même look, du même manteau, de la même coupe de cheveux et du même comportement. Laissé visiblement en roue libre, Jake Busey en fait des tonnes, cherchant à singer sans subtilité la performance inoubliable de Rutger Hauer dans le premier film. C. Thomas Howell lui-même (hélas tombé bien bas dans sa carrière en enchaînant les séries Z anecdotiques et oubliables) livre une prestation caricaturale, les réactions de son personnage redoublant d’excès et d’incohérence. Honnêtement, on espérait que Louis Morneau sache tirer quelque chose d’intéressant de cette suite sans prétention. Certes, ses mouvements de caméra amples dotent la moindre séquence d’action ou de suspense d’un dynamisme indéniable. Personne ne semble mieux que lui savoir capter la photogénie du désert américain. Mais c’est bien sûr insuffisant pour qu’Hitcher 2 puisse entrer dans les mémoires.

 

© Gilles Penso

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FANTOMAS SE DÉCHAÎNE (1965)

Jean Marais et Louis de Funès crèvent une seconde fois l’écran dans cette parodie gorgée de science-fiction et de gags visuels…

FANTOMAS SE DÉCHAÎNE

 

1965 – FRANCE / ITALIE

 

Réalisé par André Hunebelle

 

Avec Louis de Funès, Jean Marais, Mylène Demongeot, Jacques Dynam, Robert Dalban, Albert Dagnant, Christian Toma, Michel Duplaix, Olivier de Funès

 

THEMA SUPER-VILAINS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA FANTOMAS

Conçu majoritairement à la gloire de Jean Marais, de son art de la métamorphose et de son audace le poussant à exécuter de nombreuses cascades lui-même, le Fantomas d’André Hunebelle avait été presque « parasité » de l’intérieur par un trublion qui n’était initialement qu’un second rôle : Louis de Funès. Son personnage de commissaire Juve n’était d’ailleurs pas prévu dans ce second épisode. Mais entre-temps, Le Gendarme de Saint-Tropez et Le Corniaud ont transformé De Funès en superstar. Impossible de se passer d’un tel atout dans Fantomas se déchaîne. Le personnage de Juve est donc réintégré dans le scénario et devient même le personnage principal, au grand dam d’un Jean Marais s’offusquant d’être relégué au second plan à cause d’un clown ! De Funès est désormais tout-puissant, imposant même son fils Olivier dans un petit rôle. L’apprenti-acteur jouera en tout six fois aux côtés de son père, avant d’abandonner le cinéma pour une carrière lui seyant mieux. Il deviendra pilote de ligne. Fantomas se déchaîne se centre donc sur les élucubrations du petit policier nerveux, s’ouvrant d’abord sur un générique en dessin animé qui résume les péripéties du film précédent tandis qu’explosent les cuivres du big band du compositeur Michel Magne.

Quand le film commence, le commissaire Juve reçoit la Légion d’Honneur pour être venu à bout de Fantomas. Or ce dernier choisit justement ce moment solennel pour refaire des siennes. Ses hommes vêtus de combinaisons antiradiations kidnappent le professeur Marchand (Albert Dagnant) et s’échappent à l’aide d’un petit véhicule blindé et robotisé qui détruit tout sur son passage. Ridiculisé, Juve décide de réviser ses méthodes à l’aide de gadgets dernier cri inspirés évidemment de ceux de James Bond, notamment un cigare-pistolet et un troisième bras propice à une infinité de gags à répétition. Si Marchand intéresse tant Fantomas, c’est parce qu’il a mis au point avec son confrère le professeur Lefèvre un procédé hypnotique permettant de prendre le contrôle du cerveau humain. Il est donc évident que le super-vilain au masque bleu va maintenant s’efforcer de kidnapper Lefèvre. Le reporter Fandor décide donc de se faire passer pour lui afin de servir d’appât pendant un congrès scientifique qui se tient en Italie. Étant donné que Fantomas se déguise lui aussi en Lefèvre et que le vrai scientifique décide de se rendre sur place à son tour, les quiproquos vont bon train, d’autant que c’est Jean Marais qui incarne les trois « sosies ».

En avance sur James Bond

Dans ce second opus, le grimage n’est plus le seul apanage de Fantomas. Louis de Funès se prête en effet lui-même volontiers au jeu du déguisement, se muant tour à tour en vieux militaire, en employé ferroviaire, en curé ou en pirate. Pour ne pas rester dans l’ombre, Jean Marais participe activement à bon nombre de bagarres musclées au cours desquelles il donne beaucoup de sa personne, même si les actions les plus dangereuses nécessitent une doublure, en l’occurrence Gil Delamare. L’acteur a désormais passé la cinquantaine et se doit d’être prudent, réglant lui-même les cascades avec son vieux complice Claude Carliez. Plus exubérant encore que le film précédent, Fantomas se déchaîne bâtit son climax dans le repaire du vilain, édifié dans une ancienne cité oubliée sur le versant d’un volcan (avec en insert des images d’éruptions empruntées au film Les Rendez-Vous du Diable de Haroun Tazieff). Ce splendide décor délicieusement sixties, conçu par Max Douy, annonce la tanière de Blofeld dans On ne vit que deux fois (qui sortira sur les écrans deux ans plus tard). Douy œuvrera d’ailleurs sur les décors de Moonraker en 1979. Quant au final mémorable, il prend lui aussi James Bond de court, puisque le grand méchant s’enfuit ici dans une voiture volante, comme le fera le vil Scaramanga à la fin de L’Homme au pistolet d’or. Cette « saga » ne pouvait s’arrêter en si bon chemin. Fantomas contre Scotland Yard achèvera donc la trilogie en 1967.

 

© Gilles Penso


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PEARL (2022)

Ti West dirige une nouvelle fois l’étonnante Mia Goth dans une fable champêtre faussement idyllique servant de prélude au sulfureux X

PEARL

 

2022 – USA

 

Réalisé par Ti West

 

Avec Mia Goth, David Corenswet, Tandi Wright, Matthew Sunderland, Emma Jenkins-Purro, Alistair Sewell

 

THEMA TUEURS I SAGA X

Ti west et son actrice principale / co-productrice / co-scénariste Mia Goth pensaient déjà à Pearl avant d’entamer le tournage de X. C’est pendant la quarantaine de deux semaines qui leur est imposée en pleine pandémie du Covid 19, au cœur de la Nouvelle-Zélande, que tous deux développent à distance le script de cette « prequel » racontant la jeunesse trouble de la vieille texane patibulaire que rencontreront les protagonistes de X à la fin des années 70. Ce projet est approuvé par la compagnie de production A24 juste avant le début du tournage de X. Les deux longs-métrages sont donc filmés simultanément, bien qu’ils se situent aux antipodes d’un point de vue stylistique. Pour préparer Mia Goth au ton de Pearl et à l’élaboration de son personnage, West lui suggère le visionnage de deux films bien spécifiques, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (pour le caractère psychotique et oppressant du récit) et Le Magicien d’Oz (pour le cadre champêtre et fermier dans lequel se situe l’intrigue). Armée de ces deux références, l’actrice entre dans la peau d’une adolescente naïve et profondément perturbée qui cherche sa place dans le monde, au beau milieu du Texas rural de 1918, soit six décennies avant les événements racontés dans X.

Pearl est une jeune femme un peu étrange qui rêve de devenir danseuse mais que la dure vie à la campagne contraint à des tâches ingrates, auprès de sa mère austère et autoritaire (Tandi Wright) et de son père infirme, muet et paralysé (Matthew Sunderland). Malgré son jeune âge, elle est déjà mariée, même si son époux est parti au front et risque sa vie dans les tranchées. Reviendra-t-il un jour ? Perdue dans ses songeries, Pearl se réfugie donc dans un monde fantaisiste, danse et fait l’amour avec un épouvantail au milieu d’un champ qu’on croirait échappé des Démons du maïs, s’imagine star d’un film musical et se lie d’amitié avec un grand crocodile qui erre dans les marais (on en vient à se demander si ce saurien, qui fait aussi une apparition remarquée dans X, n’est finalement pas le fruit de son imagination). La confusion entre la réalité et le monde imaginaire s’accroît, le trouble mental s’installe, la psychopathie guette et la mort ne saurait tarder à frapper…

Au seuil de la folie

Le prologue de Pearl semble vouloir pasticher les films de princesses Disney, avec cette jeune fermière qui rêve d’être une star et parle aux animaux, accompagnée d’une musique exagérément lyrique de Tyler Bates. Le décor est idyllique, coloré, champêtre. Mais très vite l’étrangeté et le malaise surgissent. Le film prend pourtant son temps pour basculer dans l’horreur, laissant d’abord à Mia Goth toute la latitude nécessaire pour construire ce personnage distendu et décalé. Soignant avec méticulosité son look, sa démarche et sa diction, Goth aborde un registre qu’elle connaît bien, celui de la femme-enfant (on se souvient de sa prestation dans A Cure for Life), qu’elle décline sur une palette large, de la minauderie espiègle à l’exubérance burlesque en passant par la rage, l’hystérie et la psychose. À ses côtés, Tandi Wright campe une mère épouvantablement rigide dont la bigoterie n’est pas sans rappeler celle de la mère de Sissi Spacek dans Carrie. L’actrice (qui était en charge de superviser les séquences d’intimité dans X) se compose ici un accent allemand plus vrai que nature et lance des regards glaçants sans jamais se départir de sa rigidité intransigeante. Quant à Matthew Sunderland, il hérite du rôle complexe d’un homme muet et quasiment immobile, dont le visage reste pourtant très expressif – avec une prédilection pour la frayeur et l’épouvante. Plus l’intrigue avance, plus l’angoisse s’immisce, plus la situation dégénère, à l’image de ce cochon qui n’en finit pas de se décomposer sur le porche de la jolie maison texane, symbole de la putréfaction qui contamine tout. Le motif de la pandémie (alors très présente pendant le tournage) est intégré dans le film, tout comme celui des premiers films pornographiques (avec l’extrait d’un véritable court-métrage « olé olé » des années 10) et plusieurs clins d’œil à la lettre X. Ce bel exercice de style abordant sans fard le basculement dans la folie meurtrière est donc un complément idéal à X, le diptyque ayant vocation de se muer bien vite en trilogie.

 

© Gilles Penso


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LA MARQUE DU VAMPIRE (1935)

Bela Lugosi reprend la cape et le teint blafard de Dracula pour une variante surprenante gorgée de mystère et d’épouvante…

MARK OF THE VAMPIRE

 

1935 – USA

 

Réalisé par Tod Browning

 

Avec Bela Lugosi, Lionel Atwill, Lionel Barrymore, Elizabeth Allan, Jean Hersholt, Carol Borland, Donald Meek, Holmes Herbert, Henry Wadsworth

 

THEMA VAMPIRES

Quatre ans après Dracula, Tod Browning et Bela Lugosi se retrouvent pour une nouvelle histoire de vampire d’un genre un peu différent, quittant Universal pour le studio MGM qui cherche lui aussi à capitaliser sur la vogue croissante de l’épouvante. Le scénario semble être une variante de celui de Londres après minuit, que Browning réalisa en 1927. Dans une contrée nimbée de superstitions ancestrales, Karell Borotyn (Holmes Herbert), riche propriétaire, est retrouvé assassiné, vidé de son sang, avec deux marques écarlates sur le cou. D’après le médecin du village, le docteur Doskil (Donald Meek), il s’agit de l’œuvre d’un vampire. Mais l’inspecteur Neumann (Lionel Atwill), envoyé de Prague, souhaite une explication plus rationnelle. Il commence à suspecter l’entourage de Karell, notamment Fedor Vincente (Henry Wadsworth), le fiancé de sa fille Irena (Elizabeth Allan), et son tuteur et exécuteur testamentaire. Les villageois rapprochent cette mort de celle d’un paysan, retrouvé dans un état similaire. D’après eux, le comte Mora et sa fille Luna, un couple de vampires, sont les coupables. Un an plus tard, le château est laissé à l’abandon…

La première apparition du couple de vampires est mémorable. Bela Lugosi, arborant la même allure que dans Dracula (avec en prime une tache de sang sur la tempe), et sa fille Luna (Carol Borland), ancêtre blafard de Morticia Adams et de Vampira, y traversent lentement un château empli de toiles d’araignées, d’insectes, de chauve-souris et de rongeurs, au son d’un vent murmurant sinistrement comme une voix humaine sépulcrale. Chacune des déambulations nocturnes de la femme vampire dans la forêt embrumée, drapée de blanc, le visage livide, est un grand moment d’épouvante gothique. Lorsque Fedor puis Irena sont agressés, on mande le professeur Zelin (Lionel Barrymore), une sorte d’émule de Van Helsing qui déclare : « L’homme n’a pas d’ennemis plus répugnants et implacables, dans le monde occulte, que ces morts-vivants sortis d’outre-tombe. » Il recommande aussitôt de suspendre des épineux pipistrelle aux fenêtres. Pour tirer l’affaire au clair, Neumann fait ouvrir le cercueil de Karell. Or son corps a disparu…

Les morts-vivants d’outre-tombe

La Marque du vampire est empli de visions saisissantes, comme celle du comte Mora et de Karell vampirisé qui errent dans les bois, ou encore Luna qui descend du plafond du château et atterrit au sol, sa robe prenant alors des allures d’ailes de chauve-souris. Tod Browning s’amuse de la frayeur de ses protagonistes, comme lorsqu’ils font face à une armure dont la visière bouge seule pour révéler la présence d’un chat. Dix minutes avant la fin, un twist monumental remet tout en question et rationnalise les aspects fantastiques du film. Mais nous ne sommes pas éloignés pour autant des thématiques chères à Browning, notamment le travestissement et la mascarade. Et bizarrement, cette chute n’ôte rien au caractère résolument fantasmagorique du film. La MGM prend ainsi l’Universal à son propre jeu, démontant ses mécanismes avec beaucoup de brio en empruntant justement quelques-unes des figures les plus importantes des « Universal Monsters » (Browning, Lugosi et Atwill en tête). L’imagerie de La Marque du vampire est tellement forte qu’elle sera amplement utilisée à travers les ans pour illustrer le mythe des suceurs de sang, bien plus que celle du Dracula original.

 

© Gilles Penso


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LE RETOUR DES TOMATES TUEUSES (1988)

Dix ans après L’Attaque des tomates tueuses, cette suite s’autorise tous les délires et réserve un rôle secondaire à un certain George Clooney…

RETURN OF THE KILLER TOMATOES

 

1988 – USA

 

Réalisé par John DeBello

 

Avec Anthony Sarke, George Clooney, Karen Mistal, Steve Lundquist, Charlie Jones, John Astin, Frank Davis, Ian Hutton

 

THEMA VÉGÉTAUX I SAGA LES TOMATES TUEUSES

Le succès inattendu de L’Attaque des tomates tueuses, conçu principalement comme une blague potache muée en long-métrage semi-amateur bricolé avec les moyens du bord, ne pouvait rester sans suite. Après avoir tenté de varier les plaisirs avec la comédie Happy Hour (passée totalement inaperçue), le scénariste / réalisateur / producteur John DeBello se ravise et décide de bâtir la quasi-totalité de sa carrière (et de son fonds de commerce) autour des tomates tueuses. Voici donc venir, dix ans après le premier film, sa première séquelle : Le Retour des tomates tueuses. Le film n’a rien pour entrer dans les mémoires, mais il aura généré autour de lui un culte disproportionné, moins pour son scénario absurde que pour la présence, au beau milieu du casting, d’un jeune premier nommé George Clooney. Alors en tout début de carrière, la future star d’Urgences, Une nuit en enfer et Ocean’s Eleven se livre à une prestation joyeusement caricaturale, sa coupe « mulet » typique des années 80 en ayant traumatisé plus d’un ! La distribution du film nous réserve d’autres surprises, notamment la présence de John Astin, inoubliable Gomez de la série La Famille Addams dans les années soixante.

Tout commence par un faux départ : le film imaginaire Les filles aux gros nénés vont à la plage et enlèvent le haut (tout un programme !) s’interrompt aussitôt pour céder la place au long-métrage qui nous intéresse. Depuis « La Grande Guerre des Tomates » racontée dans le film précédent, le commerce du légume tueur a été définitivement interdit. Tandis que le prix des tomates flambe sur le marché noir, le professeur Gangrène (John Astin), un chercheur en biogénétique, réussit à leur donner une apparence humaine. Il constitue ainsi une armée de tomates à sa solde, déguisée en milice bodybuildée aux allures d’émules de Rambo. De son côté, Chad Finletter (Anthony Sarke), condamné à faire des pizzas sans tomates, tombe amoureux fou de Tara Boumdea (Karen Mistal), l’assistante et maîtresse de Gangrène. Tara s’échappe bientôt du labo avec VT, une grosse tomate velue, fruit d’une expérience ratée que Gangrène s’apprête à jeter. Elle en fait son animal de compagnie et s’installe chez Chad et son frère Matt (George Clooney). Mais Igor (Steve Lundquist), un homme-tomate idiot à la solde de Gangrène qui rêve de devenir présentateur télé, les suit partout à bord de son camion poubelle…

Clins d’œil

On le voit, l’intrigue du Retour des tomates tueuses part dans tous les sens, profitant d’un prétexte scénaristique invraisemblable (les légumes assassins sont transformés en simulacres d’humains) pour éviter les effets spéciaux trop complexes. Ceux qui espéraient des séquences épiques de tomates géantes prenant en chasse des passants affolés en sont pour leurs frais. En guise de trucages, nous n’avons droit qu’à des effets lumineux rudimentaires symbolisant la métamorphose des légumes en humanoïdes. Partisan de la mise en abîme permanente, le film brise sans cesse le fameux quatrième mur pour faire du spectateur son complice. Le tournage du Retour des tomates tueuses s’interrompt ainsi faute de budget, les acteurs exhibant alors toutes sortes de sponsors en gros plan pour renflouer les caisses (une séquence qui annonce un gag similaire dans Wayne’s World) ; les stock-shots du film précédent sont dénoncés comme une technique facile pour économiser de l’argent ; les héros se servent du scénario pour écrire un message ; l’éventualité d’une séquelle est évoquée… Bref on cligne de l’œil vers le public de manière appuyée, sans que les effets comiques y gagnent beaucoup en efficacité. Il faut dire que le look de soap opéra du film, sa musique atroce et sa mise en scène peu inspirée jouent cruellement en sa défaveur. Le concept fera pourtant recette, générant d’autres suites et des adaptations télévisées.

 

© Gilles Penso

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HELLRAISER (2022)

La saga imaginée par Clive Barker renaît de ses cendres sous forme d’une réadaptation surprenante et audacieuse…

HELLRAISER

 

2022 – USA

 

Réalisé par David Bruckner

 

Avec Odessa A’zion, Jamie Clayton, Adam Faison, Drew Starkey, Brandon Flynn, Aoife Hinds, Jason Liles, Yinka Olorunnife, Selina Lo, Zachary Hing, Kit Clarke

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

À partir de son quatrième opus, la franchise Hellraiser s’est mise à dégringoler lentement mais sûrement jusqu’à ne plus présenter aucun rapport avec la mythologie créée par Clive Barker. Pour redonner à cette saga un éclat depuis longtemps terni, l’idée d’un remake se formula dès l’automne 2007, les deux réalisateurs pressentis étant alors Alexandre Bustillo et Julien Maury (À l’intérieur, Livide). « Nous avons voyagé à Los Angeles pour rencontrer Clive Barker en personne, qui nous a immédiatement soutenus », raconte Bustillo. « Il nous a fait savoir qu’il aimait la direction que nous voulions donner à la franchise, et qu’il était prêt à nous aider pour réinventer visuellement le personnage de Pinhead. » Mais en lisant le scénario, les frères Weinstein sont rebutés par l’aspect radical et malsain que s’apprête à prendre le film. « Petit à petit, nous avons compris que l’ambition des producteurs était tout simplement de faire un slasher dans lequel des teenagers étaient victimes de Pinhead », poursuit Bustillo. « Nous avons rapidement déchanté. » (1) Exit donc les duettistes français. Le projet patine quelques années, cédant provisoirement la place à un anecdotique Hellraiser Révélations n’existant que pour pouvoir sécuriser la continuité des droits de la franchise auprès des producteurs, puis redémarre officiellement en 2019 à la suite du succès de l’Halloween de David Gordon Green. C’est finalement David Bruckner (réalisateur de The Signal, Le Rituel et La Proie d’une ombre) qui se retrouve à la tête du film.

S’il est conçu comme une nouvelle adaptation du roman « The Hellbound Heart » de Clive Barker, le scénario de Ben Collins et Luke Piotrowski, d’après une histoire qu’ils ont coécrite avec David S. Goyer, ne s’appréhende pas comme un remake du premier Hellraiser. Les personnages et les péripéties diffèrent. Quant à Pinhead, il s’est féminisé, prenant désormais les traits de Jamie Clayton. Ce parti pris inattendu s’approche des intentions du texte original, qui décrivait le fameux Cénobite à tête d’épingles comme un être asexué aux attributs féminins. Doug Bradley lui-même, interprète historique du personnage, se fendra d’une déclaration très encourageante à ce sujet, vantant sans retenue les mérites du nouveau Pinhead et de son look à la fois « dérangeant et sexy ». C’est en découvrant une étrange boite en forme de puzzle mécanique, au cours d’un cambriolage organisé par son petit-ami Trevor (Drew Starkey), que la jeune toxicomane Riley (Odessa A’zion) va déchaîner les forces du mal. En modifiant la configuration du mystérieux objet, elle provoque la venue des monstrueux Cénobites, lesquels exigent immédiatement plusieurs sacrifices humains. Dès lors le cauchemar semble ne plus pouvoir s’arrêter…

Sang neuf

Malgré ses maladresses, ses imperfections et son évident manque de budget, le tout premier Hellraiser de Clive Barker possédait une flamboyance, une démesure et un grain de folie primitif qui font défaut au film de David Bruckner, lequel se prive au passage de l’érotisme déviant et des jeux de séduction malsains présents à la fois dans le livre et dans son adaptation de 1987. Pour autant, cette relecture possède beaucoup d’attraits et se positionne aisément comme l’un des meilleurs volets d’une franchise ayant sombré depuis trop longtemps dans le grand n’importe quoi. La mise en scène soignée, l’atmosphère trouble, l’approche réaliste et sociale, la réinvention visuelle des Cénobites et le soin tout particulier apporté aux effets gore (mués en véritables œuvres d’art douloureuses et sanglantes) emportent assez rapidement l’adhésion. Certes, on aurait préféré une actrice principale plus charismatique, des rebondissements moins téléphonés et une approche plus baroque de la bande originale (qui se contente ici de citer sans éclat les thèmes somptueux de Christopher Young). Mais voilà une manière tout de même intéressante de redonner un peu de sang neuf à la saga Hellraiser et d’ouvrir la voie vers une réinvention prometteuse de cette mythologie fascinante.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso


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