HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS (1987)

De la romance, des spectres, des combats en apesanteur, de l’humour et des chansons sont au menu de ce cocktail délirant made in Hong-Kong…

A CHINESE GHOST STORY / CH’IEN-NU YU-HUN

 

1987 – HONG-KONG

 

Réalisé par Ching Siu-Tung

 

Avec Leslie Cheung, Joey Wong, Wu Ma, Wai Lam, Siu-Ming Lau, Zhilun Xue, Jing Wong, David Wu, Ha Huang, Yau Cheung Yeung, Mei-Yee Sze

 

THEMA FANTÔMES I SAGA HISTOIRES DE FANTÔMES CHINOIS

À partir de la fin des années 70, Tsui Hark ravale spectaculairement la façade du cinéma de Hong-Kong à travers des films aussi marquants que The Butterfly Murders (1979), Histoires de cannibales (1980), L’Enfer des armes (1980) ou encore Zu, les guerriers de la montagne magique (1983). En 1986, il devient producteur de John Woo à l’occasion du Syndicat du crime et prépare dans la foulée Histoires de fantômes chinois. Ce dernier projet, en développement depuis quasiment une décennie, adapte librement la nouvelle « L’étui merveilleux » issue du recueil « Histoires étranges » de Pu Songling publié au XVIIème siècle. L’autre source d’inspiration d’Histoires de fantômes chinois est le conte fantastique L’Ombre enchanteresse réalisé en 1960 par Han Hsiang Li, dont il reprend la trame principale et plusieurs éléments scénaristiques. La réalisation du film est confiée à Ching Siu-tung, grand spécialiste des cascades, des chorégraphies de combat et des séquences d’action, qui signe ainsi son troisième long-métrage en tant que metteur en scène après Duel to the Death et Qi yuan. Avec un tel homme derrière la caméra, le résultat s’annonce grandiose et ébouriffant.

Histoires de fantômes chinois s’intéresse à Lin Choi San, un jeune homme sans le sou qui tente de gagner chichement sa vie en collectant les impôts à travers les villages ruraux. Ce garçon timide et maladroit est incarné par Leslie Cheung, familier des productions Tsui Hark (Le Syndicat du crime I et II) et également chanteur à succès (c’est d’ailleurs lui qui interprète le générique du film). Alors qu’il trouve refuge dans un monastère sinistre, Lin rencontre un moine très étrange (Wu Ma), aussi adroit à l’épée que prompt à détruire les spectres. Inconscient du danger qui plane au-dessus de lui, Lin tombe amoureux d’une adorable jeune femme, Lip Siu Sin, incarnée par la toute belle Joey Wong (ancienne basketteuse professionnelle et mannequin reconvertie à la comédie). Mais sous cette apparence séduisante se dissimule un fantôme redoutable qui séduit les hommes pour les livrer ensuite en pâture à sa démoniaque matrone. Attendrie par l’innocence et la pureté de Lin, elle tombe à son tour amoureuse du garçon et décide de le protéger. Or les forces du mal rôdent dans les bois et elle-même est promise au monstrueux Seigneur Noir…

« Poyé Polomi ! »

Moine taoïste adepte des arts martiaux et des incantations explosives (« Poyé Polomi ! »), fantômes féminins, entités démoniaques, monstres multiformes, langues géantes, têtes flottantes, sabres volants, tentacules et murs hérissés de bras hantent ce film hallucinant dont l’une des particularités est de faire régulièrement défier à ses personnages les lois de la pesanteur. Loin des canons esthétiques du cinéma fantastique hollywoodien, Hong-Kong montrait alors à la face du monde la richesse et la folie de son folklore avec une énergie rafraîchissante. Pour autant, Histoires de fantômes chinois ne rechigne pas à citer ses sources occidentales. Il est par exemple difficile de ne pas penser à Evil Dead face à cette caméra qui rampe dans la forêt, cette cabane dans les bois, ces cadavres desséchés animés en stop-motion, ces arbres qui s’animent pour attaquer les vivants, cette forêt nocturne embrumée, ces monstres dans la cave ou ce livre d’incantations. Mais la manière inédite dont Tsui Hark et Ching Siu-Tung réinventent cette imagerie fait toute la différence. Comment ne pas se laisser séduire par la beauté étourdissante de Joey Wong et la candeur irrésistible de Leslie Cheung ? Comment ne pas s’enthousiasmer face à cette aventure fantasmagorique truffée de trouvailles visuelles et d’idées originales qui ose sans cesse le grand écart entre la romance, la comédie, le kung-fu et l’épouvante ? Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d’Avoriaz 1988, Histoires de fantômes chinois fit de nombreux émules et donna naissance à une véritable franchise (plusieurs longs-métrages et une série animée).

 

© Gilles Penso


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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1990)

Charles Dance incarne le célèbre Fantôme dans cette prestigieuse adaptation télévisée agrémentée d’un casting international…

THE PHANTOM OF THE OPERA

 

1990 – USA

 

Réalisé par Tony Richardson

 

Avec Burt Lancaster, Adam Storke, Teri Polo, Charles Dance, Ian Richardson, Andréa Ferréol, Jean-Pierre Cassel

 

THEMA SUPER-VILAINS

A l’origine de ce téléfilm conçu pour la chaîne NBC, l’auteur Arthur Kopit envisageait au départ un spectacle musical qu’il commença à écrire dans les années 80. Son idée était de développer l’aspect romantique du héros, au détriment de l’horreur, et d’utiliser de nombreux morceaux musicaux puisés dans le répertoire classique. C’est alors qu’Andrew Lloyd Webber lança son propre spectacle adapté du roman de Gaston Leroux, rendant caduque celui de Kopit. Pour ne pas abandonner son scénario et son approche, ce dernier se tourna alors vers la télévision. Son livret, riche et abondant, se transforma ainsi en téléfilm de trois heures, produit aux États-Unis et enrichi d’un casting international de très haut niveau. À contre-courant du caractère gore de la version réalisée l’année précédente par Dwight Little, ce Fantôme de l’Opéra suggère l’horreur au lieu de la montrer et prône un traitement de l’épouvante « à l’ancienne ». C’est aussi la première de toutes les adaptations à utiliser le véritable Opéra Garnier comme décor naturel.

Nouvellement nommé directeur de l’Opéra de Paris, le très snob Cholet (Ian Richardson) ne tient aucun compte des révélations de son prédécesseur, le vieux Gérard Carrière (Burt Lancaster), à propos de l’existence d’un fantôme qui hanterait le labyrinthe souterrain de l’Opéra. Le téléfilm reprend ainsi du roman l’idée de la passation de pouvoir au sein du prestigieux établissement et des instructions – non respectées – passées d’une direction à l’autre (si ce n’est que chez Leroux les directeurs allaient par paires). Campé par le très charismatique Charles Dance, le Fantôme apparaît très tôt à l’écran. Son masque élégant imite quelque peu les traits du comédien, et de fait le spectateur le reconnaît presque sous ce visage rigide et blafard. Petite nouveauté par rapport à ses prédécesseurs, il a pour habitude de porter plusieurs masques emboîtés les uns aux autres. Celui qui ne le quitte jamais est le plus sobre. Les autres semblent témoigner extérieurement de ses états d’âme. Plus ou moins sombres, plus ou moins grimaçants, ils varient du clown triste au démon agressif. Comme dans le Batman de Tim Burton, l’acteur a les yeux maquillés en noir pour que son regard ressorte mieux sous le masque. Mais au début du métrage, sa présence est la plupart du temps suggérée par sa main gantée de blanc entrant dans le champ à l’avant-plan.

La voix du maestro

L’un des atouts majeurs de ce long téléfilm est la qualité de son interprétation et de son écriture. Ainsi, malgré une mise en scène un peu anonyme et un formatage pour le petit écran (avec une coupure publicitaire toutes les dix minutes), cette adaptation occupe largement le dessus du panier, assortie de surcroit d’une très belle bande originale signée John Addison. Certes, on aurait aimé que la première rencontre entre Christine et le Fantôme, qui survient au bout d’une demi-heure de métrage, soit servie par un découpage plus inventif et plus atmosphérique que ces simples champs et contre-champs dignes d’une pièce de théâtre filmée. De même, les leçons de musique ne se déroulent pas par cloison interposée, comme dans le roman où la voix du Fantôme semblait surgir de l’au-delà, mais simplement côte à côte, comme dans un très classique salon de musique. D’ailleurs, la belle n’appelle plus son mentor « La Voix » ou « L’Ange de la musique » mais simplement « maestro ». A force de nous être montré sous un jour humain, le Fantôme perd rapidement toute aura mystérieuse ou surnaturelle. Il faut sans doute attribuer ce parti pris à l’origine du projet, qui visait d’abord à se concrétiser sous forme d’une comédie musicale renforçant le caractère romantique et sentimental du récit. Accueilli avec enthousiasme, le téléfilm de Tony Richardson remporte deux Emmy Awards ainsi que deux nominations aux Golden Globe Awards.

 

© Gilles Penso


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UN BAQUET DE SANG (1959)

Dick Miller incarne un artiste raté qui se transforme en assassin compulsif dans cette comédie horrifique signée Roger Corman…

A BUCKET OF BLOOD

 

1959 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Dick Miller, Barboura Morris, Anthony Carbone, Julian Burton, Ed Nelson, John Brinkley, John Herman Shaner, Judy Bamber, Myrtle Vail, Bert Convy, Jhean Burton

 

THEMA TUEURS

Moins connu que La Petite boutique des horreurs, qu’il précéda d’un an dans la filmographie de Roger Corman, Un baquet de sang le surpasse pourtant sur bien des points dans le domaine de l’humour noir, offrant à Dick Miller l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Occupant la tête d’affiche pour la première – et seule – fois de sa carrière, le futur Murray Futterman de Gremlins incarne ici Walter Paisley, le serveur d’un café à la mode peuplé de poètes illuminés déclamant des textes nébuleux, de chanteurs folks poussant des chansonnettes sinistres, de junkies somnolant sur les tables et de policiers infiltrés. Introverti, maladroit et terriblement timide, Walter aimerait séduire sa collègue Carla et ne plus subir les humiliations de son patron autoritaire. Pour y parvenir, une option semble s’offrir à lui : devenir un artiste, seul statut susceptible de l’arracher à sa triste condition subalterne. Il s’essaye donc à la sculpture, sans grand succès. Un soir, il tue accidentellement un chat dans sa modeste mansarde, et l’idée de le recouvrir d’argile lui vient à l’esprit. Le lendemain, il présente sa « sculpture » à son entourage proche qui s’extasie face au rendu hyperréaliste de son œuvre et érige aussitôt Walter en artiste génial et méconnu. Bien vite, on lui réclame une nouvelle sculpture, et Walter décide cette fois de s’attaquer à un modèle humain…

Un baquet de sang est un film de commande, que Roger Corman n’accepta qu’à condition de pouvoir y injecter des éléments de comédie. Avec un budget de moins de 50 000 dollars et un planning de tournage limité à cinq jours, le cinéaste fait des merveilles, soignant tout particulièrement son montage et ses prises de vues, dirigeant avec une bonne humeur communicative sa petite troupe de comédiens, et optant pour une bande originale jazzy du plus bel effet composée par Fred Katz. Ayant longtemps écumé les « coffee shops » branchés du Sunset Strip, Corman et son scénariste Charles B. Griffith se livrent à une satire savoureuse de l’esprit beatnik de l’époque. Pour autant, Un baquet de sang n’opte pas pour un ton unilatéralement comique. Le drame et l’épouvante s’y mêlent en un harmonieux cocktail.

« Cet homme connaît bien son anatomie »

De toute évidence, la référence principale du film est L’Homme au masque de cire d’André de Toth, dont on retrouve ici de nombreux éléments scénaristiques. Corman et Griffith ne s’en cachent pas, réutilisant même une réplique du classique de 1953 : « Cet homme connaît bien son anatomie ». D’ailleurs, le réalisateur sollicitera dès l’année suivante Vincent Price pour en faire l’un de ses comédiens fétiches à l’occasion de La Chute de la maison Usher, premier opus d’une série de flamboyantes adaptations d’Edgar Poe. Poe, dont l’influence est déjà présente dans Un baquet de sang, à travers cette scène du chat coincé derrière la paroi d’un appartement et poussant des miaulements lugubres. Dick Miller deviendra par la suite l’un des seconds rôles favoris de Roger Corman et Joe Dante, ses personnages reprenant parfois même le nom de Walter Paisley en hommage au Baquet de sang (notamment dans Hollywood Boulevard, Hurlements et La Quatrième dimension).


© Gilles Penso


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LOST HIGHWAY (1997)

Un thriller envoûtant, vertigineux, effrayant, sensuel et surnaturel dans lequel David Lynch nous plonge une nouvelle fois en plein mystère…

LOST HIGHWAY

1997 – USA

Réalisé par David Lynch

Avec Bill Pullman, Patricia Arquette, Balthazar Getty, Robert Loggia, Robert Blake, Natasha Gregson Wagner, Gary Busey, John Nance

THEMA TUEURS I DOUBLES I SAGA DAVID LYNCH

Quatre ans séparent Twin Peaks : Fire Walk With Me de Lost Highway. Entre-temps, David Lynch aura tenté de mettre sur pied plusieurs projets plus ou moins aboutis, sans succès. Un jour, en lisant un roman de son ami Barry Gifford (auteur de Sailor et Lula et de la série Hotel Room), Lynch découvre l’expression « lost highway » (« autoroute perdue ») et décide que ce sera le titre de son prochain film. Il n’e faut pas plus pour que Gifford et lui se mettent au travail. Lynch décrit Lost Highway comme un mélange de thriller et de film d’horreur avec du mystère. Nous voilà bien avancés ! Dès le générique de début, le spectateur sent qu’il sera transporté ailleurs, bercé par la voix aérienne de David Bowie qui chante « I’m deranged » tandis que défilent les lignes blanches sans fin d’une autoroute nocturne. Nous découvrons alors nos protagonistes : Fred Madison (Bill Pullman), saxophoniste dans un club de jazz, et son épouse évanescente Renée (Patricia Arquette), tous deux nichés dans une maison de Los Angeles à la décoration sobre et à l’architecture insaisissable. Fred soupçonne Renée de le tromper, mais tout se joue en sous-texte, sans mots ni reproches. L’atmosphère est tendue, même quand ils font l’amour. « A quoi pense-t-elle ? », semble-t-il se demander. La manière dont il souffle dans le saxophone, les soirs de concert, ressemblent à des hurlements de rage contenus. C’est donc dans un sentiment diffus de malaise, d’angoisse et de mauvais pressentiment que baigne cette première partie de métrage.

Alors que la paranoïa s’installe insidieusement, des enveloppes anonymes commencent à arriver sur le pas de la porte. A l’intérieur se trouvent des cassettes vidéo sur lesquelles apparaissent des images volées de la façade de leur maison, de l’intérieur de leur salon, et même de leur chambre à coucher pendant qu’ils dorment… Dès l’entame, Lynch parvient à nous effrayer avec rien : un téléphone qui sonne dans une maison vide, un bourdonnement sourd dans le silence, un feu de cheminée qui brûle avec trop d’intensité, ou encore cette zone d’ombre qui semble sans limite et qui se déploie inexorablement au fond d’une chambre. Le perfectionnisme du cinéaste se détecte immédiatement dans le soin tout particulier qu’il apporte à la photographie, aux costumes, aux décors, aux effets sonores… Soudain, le temps d’un retournement de situation qui défie les lois de la logique, les barrières de l’espace et du temps semblent se briser. Et Lynch de nous transporter dans un de ces voyages hallucinatoires dont il a le secret… Alors que la sélection musicale du film fait montre d’un éclectisme déstabilisant, des mélopées suaves d’Angelo Badalamenti aux rugissements rauques du groupe Rammstein en passant par les compositions de Trent Reznor, Lou Reed, Marilyn manson ou des Smashin Pumpkins, le spectateur se perd en conjectures face à ce récit morcelé. Avons-nous affaire à un saut dans le temps ? A un phénomène de personnalités multiples ? A un cauchemar ? A un basculement dans la folie ?

L’autoroute perdue

Lynch se contente de disséminer quelques indices avec parcimonie. Pour expliquer sa démarche, le cinéaste reste volontairement nébuleux. « Il est crucial d’avoir une histoire », dit-il. « Ce qui est important, c’est l’histoire et la manière de la raconter. J’ai toujours dit que le cinéma pouvait être abstrait. Il peut conjurer des choses qui sont difficiles à mettre en mot. Et pourtant, avec le cinéma, on arrive à les percevoir et à les comprendre. Une histoire qui a des aspects abstraits, c’est très beau à mes yeux. Le cinéma étant un langage, il peut dire des tas de choses différentes. » (1) Il n’est pas interdit de trouver un moyen de raccorder les deux intrigues qui se juxtaposent dans Lost Highway, d’y chercher une explication rationnelle ou du moins de tenter d’assembler les pièces du puzzle. Chacun y va de sa théorie, la plus communément admise étant que Fred Madison (Pullman), Pete Dayton (Balthazar Getty) et l’homme mystérieux (Robert Blake) soient trois facettes de la même personne, ce que tendrait à confirmer cet effrayant plan final où plusieurs visages hurlants semblent fusionner en un seul tandis que la voiture du protagoniste s’éloigne sur une « autoroute perdue » en pleine nuit… Patricia Arquette elle-même, en endossant le double rôle de la brune Renée et de la blonde Alice, semble vouloir faire écho aux vertiges hitchcockiens. Malgré les nombreux joyaux qui ornent sa filmographie précédente, Lost Highway est souvent considéré comme l’un des films les plus importants de David Lynch, qui allait enchaîner en 1999 avec le doublon Une histoire vraie et Mulholland Drive.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2007

 

© Gilles Penso

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PREHYSTERIA 2 : LE RETOUR DES DINOSAURES ENCHANTÉS (1994)

Les sympathiques dinosaures miniatures sont de retour pour une nouvelle aventure gentillette à défaut d’être palpitante…

PREHYSTERIA 2

 

1994 – USA

 

Réalisé par Albert Band

 

Avec Kevin Connors, Jennifer Harte, Dean Scofield, Bettye Ackerman, Owen Bush, Greg Lewis, Michael Hagiwara, Larry Hankin, Alan Palo

 

THEMA DINOSAURES I SAGA CHARLES BAND I PREHYSTERIA

Le producteur Charles Band avait su habilement surfer sur la vague Jurassic Park en inaugurant son label Moobeam (consacré aux films familiaux distribués directement en cassette vidéo) avec le sympathique Prehysteria (distribué en vidéo en France sous le titre Dinosaures Story). Le film ayant connu un très honorable succès en vidéoclub, une suite s’imposait. Écrit par Brent Friedman (Ticks, Necronomicon), le scénario de Prehysteria 2 est revu et corrigé par Michael Davis (auteur du film initial) afin que le budget reste raisonnable. Il ne s’agirait pas non plus de faire des folies ! Albert et Charles Band ayant co-réalisé le premier Prehysteria, le duo père/fils devait initialement se reformer pour cette suite. Mais le producteur ne sait où donner de la tête (une quinzaine de films de chez Full Moon ou Moonbeam sont prévus pour 1994) et laisse donc les rênes à son paternel seul. Si aucun des acteurs humains originaux n’est sollicité par Prehysteria 2, les cinq petits dinosaures conçus par David Allen et Mark Rappaport sont toujours là, même si leurs actions s’avèrent extrêmement limitées. Le stégosaure Jagger ne fait plus que de la figuration et le ptéranodon Madonna se brise très tôt une aile dans le scénario, ce qui permet de réduire au maximum les plans en stop-motion trop longs à réaliser – et donc trop coûteux. On le voit, Band tient fermement serrés les cordons de la bourse.

Pour assurer un lien scénaristique – si ténu soit-il – avec le film précédent, nous apprenons que la famille Taylor (héros du premier Prehysteria) est partie en vacances. C’est donc le vénérable monsieur Cranston (Owen Bush) qui est chargé de veiller sur les mini-dinosaures en leur absence. Mais les facétieux sauriens s’échappent de la ferme des Taylor et sont accidentellement expédiés dans une caisse de raisins secs. Deux enfants les découvrent avec stupeur : Brendan Wellington (Kevin Connors), un « gosse de riche » qui se cache dans un wagon pour échapper à une bande de brutes qui lui cherchent des noises, et Naomi (Jennifer Harte), une gamine dont le père travaille à la gare. Brendan décide de ramener les bêtes lilliputiennes chez lui. Mais la présence des petites créatures antédiluviennes dans la grande maison provoque un enchaînement de catastrophes difficiles à maîtriser…

Dinos lourdauds

Le problème majeur du scénario de Prehysteria 2 est sa tentative un peu vaine d’intéresser ses spectateurs à un enfant gâté insupportable qui s’habille comme Terminator, martyrise ses domestiques caricaturaux (un cuisinier asiatique amateur de chansons pop, un jardinier russe naïf), agace sa gouvernante acariâtre et règle ses problèmes en lâchant négligemment des billets de banque. Autant dire que l’empathie ne fonctionne pas à plein régime ! Le film souffre par ailleurs d’une sorte de balourdise généralisée : tous les acteurs surjouent avec excès, la mise en scène de Band père est pataude, la musique de Michael Wetherwax (qui reprend les thèmes écrits par Richard Band) est éléphantesque, la photographie sans nuance, les péripéties sans saveurs, les gags embarrassants. L’absence de finesse avance encore d’un cran avec Ketchum (Larry Hankin) et Killam (Alan Palo), des exterminateurs de nuisibles qui interviennent dans une sorte de remake mal-fichu de Maman j’ai raté l’avion (les deux gamins et les mini-dinos se substituant à Makaulay Culkin). Il y a pourtant une idée intéressante dans Prehysteria 2, qui semble directement héritée de E.T. : même face à l’évidence d’un phénomène fantastique – son fils lui montre un brachiosaure miniature en chair et en os qui s’agite – l’adulte sérieux engoncé dans des problèmes triviaux reste aveugle à tout ce qui sort de son cadre banal. Les petits dinosaures restent l’attraction majeure du film, même s’ils ne font pas grand-chose de palpitant faute d’un budget digne de ce nom. Sorti en vidéo en France sous le titre Le Retour des dinosaures enchantés, ce second opus sera suivi d’un troisième et ultime épisode : Les Dinosaures enchantés au golf.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON ENSORCELÉE (1968)

Dans cette adaptation psychédélique d’une nouvelle de Lovecraft, Barbara Steele partage l’affiche avec Christopher Lee et Boris Karloff…

CURSE OF THE CRIMSON ALTAR

 

1968 – GB

 

Réalisé par Vernon Sewell

 

Avec Chistopher Lee, Barbara Steele, Boris Karloff, Mark Eden, Virginia Wetherell, Michael Gough

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I LOVECRAFT

Comme le firent jadis maints films fantastico-gothiques principalement italiens depuis le tout début des années 60, La Maison ensorcelée profite de la beauté altière de la comédienne britannique Barbara Steele, mais de manière beaucoup plus furtive que les œuvres précédentes. Car si le personnage qu’elle incarne hante la totalité du métrage de sa troublante présence, son temps effectif à l’écran demeure très limité. Officiellement adapté de la nouvelle « La Maison de la sorcière » de H.P. Lovecraft, le film démarre par une cérémonie sataniste qui ne recule devant aucun excès, témoignage d’une libération soudaine des mœurs en ces années soixante déclinantes. Un bourreau en tenue fétichiste (nu avec un cache-sexe en cuir, des chaînes sur le corps et des cornes de cerf en guise de couvre-chef) fouette une jeune femme dénudée devant des maîtres de cérémonie encapuchonnés aux côtés d’une chèvre, d’un juge et d’une maîtresse sadomasochiste armée d’un martinet en cuir.

Grande prêtresse des lieux, Barbara Steele arbore la tenue la plus extravagante de sa carrière, conçue par le chef costumier Michael Southgate : une coiffe faite de cornes de bélier hérissées de longues plumes de paon, une robe multicolore garnie de bijoux fantaisie, un maquillage excessif et un grand rubis sur le front. « Je suis Lavigna, mère de tous les mystères, gardienne de la malédiction sacrée » déclame-t-elle solennellement. Cette cérémonie s’achève par l’intervention de Peter Manning (Denys Peek) qui signe un contrat puis tue la jeune femme avec un couteau, avant que Lavigna ne conclue : « le pacte est scellé. » L’intrigue s’intéresse alors à Robert Manning (Mark Eden), frère de Peter, qui enquête sur la disparition de ce dernier et se retrouve dans le village de Greymarshe, où l’on chassait jadis les sorcières. Là, dans la grande maison de Craxted Lodge, une fête où règnent l’alcool, la drogue et le sexe est organisée par la belle Eve (Virginia Wetherell), sous l’œil bienveillant de son oncle, campé par un Christopher Lee dont le caractère strict contraste avec cette folie ambiante.

« La mère de tous les mystères »

Un vieux professeur bourru expert en sciences occultes, incarné par Boris Karloff, intervient bientôt pour affirmer : « l’influence de Lavigna ne cesse de s’accroître à travers les siècles ». Barbara Steele réapparaît ainsi régulièrement – mais brièvement – au sein d’images oniriques et psychédéliques récurrentes où l’on égorge des poules, où un juge préside un étrange procès et où les jurés portent des masques d’animaux. L’intrigue nous apprend que Lavigna a bel et bien existé, qu’elle est l’ancêtre des habitants de Craxted Lodge et qu’elle fut condamnée en 1654 par un juge dont descendent les frères Manning. Une lutte ancestrale s’apprête donc à se rejouer trois siècles plus tard, au sein de ce film d’horreur confus mais très récréatif. On note un morceau de dialogue échangé par le couple de héros. « On se croirait dans un film d’épouvante », dit l’un. « Il ne manquerait plus qu’apparaisse Boris Karloff » répond l’autre. Cette belle démonstration de second degré demeure hélas isolée dans ce film finalement très anecdotique.

 

© Gilles Penso


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GAMERA, LA REVANCHE D’IRIS (1999)

La trilogie des années 90 consacrée à la tortue géante s’achève sur un épisode flamboyant et apocalyptique…

GAMERA 3 : IRIS KAKUSEI

 

1999 – JAPON

 

Réalisé par Shunsuke Kaneko

 

Avec Shinobu Nakayama, Ai Maeda, Ayako Fujitsani, Senri Yamasaki, Yukijiro Hotaru, Toru Tezuka, Yuu Koyama, Nozomi Ando, Kei Horie, Norito Yashima

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA GAMERA

Gamera, la revanche d’Iris, troisième épisode marquant la résurrection de la tortue géante du studio Daei, sort sur les écrans trois ans après Gamera, l’attaque de Légion, et son intrigue suit de très près les deux films précédents, s’y référant régulièrement, tout en abordant un sujet tout à fait inhabituel : les dommages collatéraux provoqués par l’intervention des grands monstres au cours de leurs combats. Car pendant son affrontement avec Gyaos dans le premier film, Gamera a détruit un immeuble et tué accidentellement les parents d’une écolière. Dès lors, peut-elle décemment considérer la titanesque tortue comme un héros ? En découvrant un œuf duquel émerge une créature étrange, croisement improbable entre un plésiosaure et un calamar, la jeune fille décide de l’élever pour qu’elle la venge de Gamera, et la nomme Iris, en souvenir de son défunt chat. Mais en grandissant, la bête révèle des pouvoirs de destruction fort peu rassurants et cherche désormais à fusionner avec l’écolière pour atteindre un nouveau stade de mutation.

Une fois de plus, c’est le public adolescent et adulte qui semble visé. Finis les enfantillages, place aux morts violentes et aux cadavres exsangues en gros plan. Les monstres n’y vont pas d’ailleurs avec le dos de la cuiller, s’étripant littéralement et s’amputant avec furie. Nous sommes bien loin des aimables prises de catch de King Kong contre Godzilla ! Ici, Gamera est plus féroce et enragé que jamais. C’est désormais une bête sauvage et destructrice qui élimine ses ennemis sans se soucier des pertes humaines qu’elle cause. Quant aux Gyaos, ils n’ont plus rien à voir avec les marionnettes et les costumes un peu flasques du premier film. Cette fois-ci, ce sont des créatures nerveuses et dynamiques, proches des dragons du Règne du feu, qui fendent les airs avec vélocité et détruisent tout ce qu’elles approchent grâce à leurs rayons incandescents. D’où une séquence renversante où des centaines de piétons sont soufflés par une gigantesque explosion et s’envolent comme des fétus de paille.

L’inspiration de Cloverfield ?

Il faut dire que les scènes de destructions jalonnant le métrage n’ont honnêtement rien à envier à un Armageddon ou un Independence Day, sortis en salle quelques années plus tôt. Cette fois-ci, l’image de synthèse s’installe définitivement dans chaque scène d’action, se substituant aux monstres lorsqu’il s’agit de montrer la tentaculaire Iris se déployer à travers une vaste étendue nuageuse au clair de lune, ou encore des armadas de Gyaos fendant les airs pour attaquer la population. L’utilisation de la « shaky cam » (les secousses de caméra reconstituées en post-production) dote d’ailleurs chaque intervention des monstres d’un dynamisme et d’une efficacité grandement accrus. Il n’est pas impossible que Matt Reeves et J.J. Abrams y aient puisé plusieurs idées visuelles pour leur référentiel Cloverfield. S’achevant sur l’image marquante d’un Gamera amputé errant au milieu des flammes d’une ville muée en immense brasier, Gamera, la revanche d’iris est sans aucun doute le meilleur épisode de cette réjouissante trilogie, laissant une porte grande ouverte sur une éventuelle nouvelle aventure.

 

© Gilles Penso


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ULYSSE (1954)

Kirk Douglas incarne le célèbre héros mythologique dans cette épopée fantastico-antique produite par Dino de Laurentiis…

ULISSE / ULYSSES

 

1954 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Mario Camerini

 

Avec Kirk Douglas, Silvana Mangano, Anthony Quinn, Rossana Podesta, Daniel Ivernel, Jacques Dumesnil

 

THEMA MYTHOLOGIE

Coproduction entre l’Italie, la France et les États-Unis, Ulysse est l’un de ces projets pharaoniques dont le producteur Dino de Laurentiis avait le secret. Après le désistement à la dernière minute du réalisateur George Wilhelm Pabst, c’est Mario Camerini qui reprend les commandes du film, épaulé de près par le cameraman Mario Bava qui, comme il le fit souvent avant de signer son premier long-métrage Le Masque du démon, assure une coréalisation officieuse. L’histoire commence par les tourments de Pénélope, incarnée par Silvana Mangano, la propre femme de Dino de Laurentiis. Alors que la fidèle épouse d’Ulysse résiste aux assauts d’une meute de prétendants s’abandonnant à la boisson faute de pouvoir la conquérir, un flash-back grandiose nous conte en quelques brèves minutes l’épisode du Cheval de Troie. Puis Ulysse nous apparaît sous les traits défaits et barbus d’un Kirk Douglas naufragé et amnésique. Accueilli à la cour du roi Alicinous (Jacques Dumesnil), tapant dans l’œil de l’ingénue princesse Nausicaa (Rossana Podesta), il montre sa maîtrise de la lutte en affrontant une montagne de muscles face à une foule en liesse. C’est en contemplant la mer que notre héros finit par se souvenir de qui il est et des aventures qui ont précédé son naufrage.

Les épisodes principaux de « L’Odyssée » s’égrènent alors, réinventés à la sauce Cinecitta pour le plus grand plaisir d’un public avide de grands spectacles. Le traitement du drame se révèle très théâtral, avec des révélations aux lourdes conséquences, des confrontations verbales et des répliques souvent gorgées de poésie. La mise en scène élégante de Camerini joue souvent sur les zones d’ombre et de lumière, par la grâce d’une photographie signée par le vétéran Harold Rosson (Le Magicien d’Oz, Quand la ville dort, Chantons sous la pluie). Dès que l’action prend le pas, la théâtralité des dialogues cède alors le pas au dynamisme et à la nervosité. C’est notamment le cas au cours du morceau d’anthologie du film, qui est la rencontre d’Ulysse et de ses hommes avec le gigantesque cyclope Polyphème. La patte de Mario Bava est clairement perceptible dans cette séquence aux effets spéciaux sobres mais efficaces (conçus par Eugène Schuftan). Trucages optiques habiles, perspectives forcées, mains et jambes surdimensionnées, poupées remplaçant les captifs sont autant d’astuces déployées pour mêler les humains et le géant, lequel est incarné avec panache par Umberto Silvestri.

Le cyclope géant et les sirènes invisibles

Si l’épisode des sirènes se montre frustrant (nous nous contentons d’entendre le chant enjôleur des créatures marines sans même avoir la possibilité de les entrapercevoir), le passage situé chez Circé ne manque pas de sel. Le film a en effet la bonne idée de prêter à la redoutable magicienne, muant les hommes en cochons, les mêmes traits que ceux de Penelope, Mangano incarnant à la fois l’épouse modèle et la vile tentatrice. Ce jeu de dédoublement semble vouloir suggérer qu’Ulysse, après tant d’années d’absence, finit par transférer le visage de sa bien-aimée sur celui de ses rencontres féminines. Après maintes péripéties, le retour à Ithaque n’est pas de tout repose. Car pendant que l’intrépide marin grec lutte contre les monstres et les merveilles, l’étau ne cesse de se resserrer autour de Pénélope, dont la horde de prétendants, gorgée de testostérone, piaffe d’impatience en abusant de son hospitalité et commence à montrer des signes d’hostilité. Parmi ces derniers, l’un se détache du lot par son audace, son arrogance et son culot : il s’agit d’Antinoos, incarné à merveille par Anthony Quinn. Ce qui nous donne droit à un affrontement final mouvementé, cerise sur le gâteau d’un spectacle de très haute tenue, l’une des plus belles incarnations à l’écran des récits de la mythologie grecque… du moins jusqu’à ce que Don Chaffey et Ray Harryhausen ne s’en emparent à leur tour avec Jason et les Argonautes.

 

© Gilles Penso

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LE MESSAGER DU DIABLE (1965)

Boris Karloff incarne un patriarche en pleine mutation dans cette adaptation de la nouvelle de H.P. Lovecraft « La Couleur tombée du ciel »…

DIE, MONSTER, DIE !

 

1965 – GB / USA

 

Réalisé par Daniel Haller

 

Avec Boris Karloff, Nick Adams, Suzan Farmer, Freda Jackson, Patrick Magee, Paul Farrell, Terrence de Marney

 

THEMA MUTATIONS I LOVECRAFT

Publiée en 1927, « La Couleur tombée du ciel » est probablement l’une des nouvelles les plus terrifiantes d’H.P. Lovecraft. L’atmosphère cauchemardesque qui s’y développe repose en grande partie sur des abominations indescriptibles. La retranscription à l’écran d’un tel récit était donc une véritable gageure, face à laquelle ne recula pourtant guère le studio AIP, qui se frotta déjà à Lovecraft avec La Malédiction d’Arkham. Pour réaliser Le Messager du diable, on fit appel à Daniel Haller, dont ce fut le premier film en tant que metteur en scène, mais qui œuvra comme directeur artistique sur la plupart des adaptations d’Edgar Poe réalisées par Roger Corman pour AIP, de La Chute de la maison Usher à La Tombe de Ligeia. On ne s’étonnera donc guère de retrouver ici une ambiance, des décors, des personnages et des thématiques très proches du cycle Corman/Poe. L’intrigue initiale, située dans une ferme de la Nouvelle Angleterre, a du coup été transposée dans un vieux château familial au beau milieu de la campagne britannique.

C’est là que débarque un beau jour l’Américain Stephen Rheinhart (Nick Adams), tout heureux de retrouver sa petite amie Susan (Suzan Farmer). Mais il déchante quelque peu en découvrant sa famille. Le père, Nahum Witley (Boris Karloff), est un tyran irascible cloué sur un fauteuil roulant, et la mère, Letitia (Freda Jackson), est enfermée dans sa chambre, souffrant d’un mal étrange. Sans parler des domestiques, guère plus avenants. Helga, la servante, a disparu corps et bien, mais réapparaît nuitamment sous forme d’une silhouette encapuchonnée. Quant au vieux Merwyn, il meurt une nuit en hurlant, laissant derrière lui une étrange traînée noire. L’explication de tous ces mystères réside dans la chute d’une météorite au beau milieu de la lande. La végétation alentour s’étant soudainement développée outre mesure, Nahum Witley décida d’en tirer profit pour raviver ses terres en friche. Mais c’était compter sans les effets secondaires de la pierre. Car les radiations qu’elle émet provoquent bientôt de terrifiantes mutations. Les plantes pourrissent prématurément, les animaux se déforment et les humains son atteint de dégénérescence et de folie meurtrière.

Métal incandescent

Daniel Haller parvient sans trop de mal à installer un climat inquiétant, bénéficiant visiblement de moyens plus conséquents que Corman pour visualiser les horreurs de son scénario. D’où des maquillages horrifiques peu subtils mais très efficaces concrétisant les mutations de la famille Witley, et quelques trucages visuels surprenants, notamment l’ultime métamorphose de Karloff, dont le corps prend la texture d’un métal incandescent. Parmi les séquences les plus mémorables du film, on retiendra surtout la visite dans la serre, où les plantes attaquent Susan et où de monstrueux animaux gémissent dans des cages. Furtivement aperçues, ces horreurs difformes sont bien dignes des récits tourmentés de Lovecraft, mais on ne peut en dire autant du film tout entier, qui échoue majoritairement dans la transposition du texte initial. Au détour du casting, on reconnaît dans le rôle d’un médecin acariâtre Patrick Magee, qui allait crever l’écran six ans plus tard dans Orange mécanique.

 

© Gilles Penso


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UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT (1946)

Mort dans un crash aérien, un pilote britannique se retrouve dans l’au-delà où les hautes autorités doivent décider de son sort…

A MATTER OF LIFE AND DEATH

 

1946 – GB

 

Réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger

 

Avec David Niven, Kim Hunter, Robert Coote, Kathleen Byron, Richard Attenborough, Roger Livesey, Raymond Massey

 

THEMA MORT

Cette luxueuse production J. Arthur Rank porte le seau des plus belles œuvres de Michael Powell, co-réalisateur du somptueux Voleur de Bagdad produit par les frères Korda et futur auteur du troublant Le Voyeur. Partageant ici sa chaise de metteur en scène avec Emeric Pressburger (comme il le fera souvent, signant avec lui des œuvres de la trempe du Narcisse noir, des Chaussons rouges ou des Contes d’Hoffmann), il nous livre une délicieuse comédie romantique assumant pleinement son caractère fantastique à travers l’usage d’excellents effets spéciaux visuels et d’immenses décors surréalistes. Après un prologue situé dans l’immensité du cosmos, nous faisons connaissance avec un pilote britannique, le commandant Peter Carter incarné par David Niven. En pleine déroute dans un avion en flammes, il communique avec une opératrice de la RAF prénommée June (Kim Hunter, future Zira de La Planète des singes) et lui avoue qu’il s’apprête à sauter dans le vide sans parachute pour échapper au crash imminent. Émue par son destin sans appel, la jeune fille ne peut réprimer un sanglot, mais le pilote échappe par miracle à une mort certaine.

L’explication de ce prodige est pourtant triviale : les hautes autorités de l’au-delà ont commis une erreur administrative due à une négligence. Carter aurait bel et bien dû périr, et un guide céleste français et maniéré, guillotiné pendant la révolution, vient lui rendre visite pour lui expliquer que son sursis arrive à expiration. Mais Carter proteste. En effet, dans l’intervalle, il est tombé amoureux de June, qu’il a enfin rencontrée en chair et en os. En désespoir de cause, il décide donc de « faire appel ». Aussitôt, un tribunal se réunit dans les cieux pour juger si la date de décès de cet homme doit être reportée ou non. Ce procès surréaliste, auquel assiste une immense foule hétéroclite appartenant à toutes les époques et toutes les nationalités, confronte deux avocats que tout oppose : un médecin britannique, mort peu de temps après avoir sympathisé avec Carter, et un fanatique américain tué par une balle anglaise au 18ème siècle.

« Ça nous manque vraiment, le Technicolor, là-haut ! »

Si le procès prend d’abord les allures d’un match anglo-américain, chacun vantant les mérites de sa propre nation, le véritable enjeu de la joute verbale se profile bientôt : pour avoir droit à un sursis, Carter doit prouver qu’il aime June, et que c’est réciproque. Mais comment prouver l’amour ? Magnifiquement mis en image par le chef opérateur Jack Cardiff, Une question de vie ou de mort dissocie graphiquement les deux mondes ici mis en scène. Si les humains évoluent dans de chatoyantes couleurs saturées à loisir, l’au-delà est serti dans un noir et blanc épuré qui donne toute son ampleur aux éléments de décor surprenants élaborés par le directeur artistique Alfred Junge : un escalator qui s’étend à perte de vue, de colossales statues représentant des célébrités du passé (Lincoln, Socrate, Salomon), un hall d’accueil en forme d’aéroport aseptisé, de vastes toiles de fond en trompe l’œil… Ce qui nous vaut une mémorable réplique prononcée par le guide céleste lors de son arrivée sur Terre : « Ça nous manque vraiment, le Technicolor, là-haut ! » Bref, voilà une fable enlevée, profonde et optimiste, échappant de justesse à une moralisation pesante et teintant d’ironie débonnaire la moindre de ses considérations philosophiques.

 

© Gilles Penso


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