DONJONS ET DRAGONS : L’HONNEUR DES VOLEURS (2023)

Malmené au cinéma dans les années 2000, le jeu de rôle « Donjons et Dragons » tente une nouvelle percée spectaculaire sur grand écran…

DUNGEONS & DRAGONS : HONOR AMONG THIEVES

 

2023 – USA

 

Réalisé par Jonathan Goldstein et John Francis Daley

 

Avec Chris Pine, Michelle Rodriguez, Regé-Jean Page, Justice Smith, Sophia Lillis, Hugh Grant, Chloe Coleman, Daisy Head, Jason Wong, Bradley Cooper

 

THEMA DRAGONS I HEROIC FANTASY I SORCELLERIE ET MAGIE

Jusqu’alors, la transposition du jeu de rôle « Donjons et Dragons » au cinéma n’avait rien de particulièrement enthousiasmant. Il faut dire que le long-métrage de Courtney Salomon et ses deux suites, sortis respectivement en 2000, 2005 et 2012, ressemblaient à de mauvaises blagues affublées d’effets spéciaux hideux, d’acteurs en roue libre et de scénarios grotesques. Pas démontés pour autant, le réalisateur Chris McKay et le scénariste Michael Gilio tentent une nouvelle adaptation à l’écran de cet univers d’heroic-fantasy au fort potentiel spectaculaire. Mais le projet n’en finit plus de passer de mains en mains et de studio en studio. C’est finalement Paramount qui aura le dernier mot, confiant la réalisation de Donjons et Dragons : l’honneur des voleurs aux duettistes John Francis Daley et Jonathan Goldstein. Ces derniers en signent aussi le scénario avec Michael Gilio, puisant plusieurs éléments dans le script initial co-écrit avec Chris McKay. L’ambition du film est de mêler le fantastique, l’aventure épique et la comédie en adoptant une approche au second degré. Parmi leurs influences, Daley et Goldstein citent pèle mêle Princess Bride, Sacré Graal, Le Seigneur des Anneaux et Les Aventuriers de l’arche perdue. Belles références, nous en conviendront. L’équipe s’embarque alors pour un tournage de quatre mois qui commence en Islande et s’achève en Irlande du Nord.

Après l’assassinat de son épouse par une horde de sorciers rouges, le ménestrel Edgin (Chris Pine) rompt son serment et devient voleur. Les comparses qui participent à ses larcins sont la barbare Holga (Michelle Rodriguez), le malicieux Forge (Hugh Grant) et la sorcière Sofina (Daisy Head). Pour son dernier grand coup, Edgin rêve de dérober la légendaire amulette de renaissance afin de ramener sa défunte femme d’entre les morts. Mais Holga et lui se font attraper la main dans le sac et sont jetés en prison. Sofina et Forge parviennent quant à eux à prendre la fuite et promettent de veiller sur Kira (Chloe Coleman), la fille d’Edgin. Nos deux captifs finissent par s’évader au bout de deux ans et reprennent leur quête, accompagnés de deux nouveaux complices : le magicien Simon (Justice Smith), dont les pouvoirs se révèlent très approximatifs, et la druidesse Doric (Sophia Lillis), capable de se transformer en toutes sortes d’animaux. Un paladin particulièrement charismatique, Xenk (Regé-Jean Page), accepte de leur prêter main forte momentanément. Sa présence ne sera pas superflue face à l’infinité de dangers et de sortilèges qui les guettent…

Jeux de drôles

Le moyen-âge imaginaire dans lequel se déroule Donjons et Dragons : l’honneur des voleurs est donc un monde fantastique où surgissent çà et là des créatures bizarres, des elfes, des magiciens et des sorcières. Étrangement, les dragons n’y font que de brèves et furtives apparitions, ce qui peut légitimement surprendre étant donné le titre du film. Quelques séquences originales et audacieuses ponctuent le métrage, comme la fuite de Doric qui n’en finit pas de se transformer (en insecte, en rat, en rapace, en chat, en biche) pendant que Sofina se lance à ses trousses. Ce morceau d’anthologie semble s’inspirer du Merlin l’enchanteur de Disney, de Willow… et peut-être même de la série Manimal ! On note aussi des décors très graphiques, notamment ce cimetière embrumé qu’on croirait presque échappé de L’Armée des ténèbres (et où les morts seront d’ailleurs provisoirement ramenés à la vie). Hugh Grant semble prendre beaucoup de plaisir à jouer les fourbes gorgés de duplicité, même s’il en fait un peu trop. Chris Pine et Michelle Rodriguez nous livrent de leur côté les prestations qu’on attend d’eux, respectivement le héros sympathique et la guerrière dure à cuire. On s’amuse au passage de la petite apparition de Bradley Cooper dans le rôle d’un villageois grand comme un Hobbit. L’idée la plus intéressante du scénario est sans doute d’adopter les mécanismes du « film de casse » s’appuyant sur une équipe dysfonctionnelle dont les capacités et l’héroïsme sont bien fragiles. Certes, Donjons et Dragons : l’honneur des voleurs n’a rien d’un chef d’œuvre et s’oublie rapidement après son visionnage. Mais c’est une honorable réhabilitation cinématographique du jeu créé dans les années 1970 par Gary Gygax et Dave Arneson.

 

© Gilles Penso


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LE RETOUR DE FRANKENSTEIN (1969)

Peter Cushing incarne le plus cruel, le plus immoral et le plus pervers des docteurs Frankenstein dans cet épisode très subversif…

FRANKENSTEIN MUST BE DESTROYED

 

1969 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Peter Cushing, Veronica Carlson, Freddie Jones, Simon Ward, Thorley Walters, Maxine Audley, George Pravda

 

THEMA FRANKENSTEIN

Si L’Empreinte de Frankenstein lorgnait du côté des classiques d’Universal, et si Frankenstein créa la femme proposait une étrange variante romantico-vengeresse, Le Retour de Frankenstein revient à la férocité et à la subversion des premiers films de la série initiée par le studio Hammer, nous dévoilant les penchants les plus inavouables d’un docteur obéissant plus que jamais à l’archétype du savant fou. Après la décapitation du docteur Otto Heidecke (Jim Collier) avec une faucille, le baron, caché derrière un masque monstrueux, provoque la fuite d’un cambrioleur, puis gagne Altenburg sous une fausse identité et descend à la pension de famille d’Anna Spengler (Veronica Carlson). Là est interné le docteur Frederick Brandt (George Pravda), spécialiste des transplantations du cerveau. Aidé du fiancé d’Anna, le docteur Karl Holst (Simon Ward) qu’il fait chanter depuis qu’il a découvert son trafic de médicaments, il vole du matériel de laboratoire et enlève Brandt. Les exactions du baron atteignent leur point culminant lorsque, troublé par la beauté d’Anna, il la viole soudain sans le moindre état d’âme ! Véritable terminator de la science impie, Frankenstein kidnappe ensuite le docteur Richter (Freddie Jones) et lui décalotte la boîte crânienne pour lui transplanter le cerveau de Brandt, qui vient de passer l’arme à gauche.

Allons bon ! Qu’est donc devenu le gentil Victor Frankenstein du roman de Mary Shelley, animé de tant de bonnes intentions et victime larmoyante de sa monstrueuse création ? Plus glacial que jamais, Peter Cushing nous propose une vision franchement détestable du personnage. Chez lui, le chantage, le kidnapping, le meurtre et l’agression sexuelle sont devenus désormais monnaie courante. Il devient du coup difficile, pour le spectateur, d’éprouver la moindre sympathie pour ce peu recommandable individu. La fameuse scène du viol, qui embarrassa singulièrement Cushing au point de s’excuser auprès de sa partenaire, fut une idée de dernière minute ajoutée au tournage après que le producteur James Carreras ait déploré un cruel manque de sexe dans le film !

Les flammes de l’enfer

Ici, le monstre ne déborde pas vraiment de panache, puisqu’il s’agit simplement d’un ancien collaborateur de Frankenstein dont le cerveau a été transféré dans un autre corps. Physiquement, il a donc la timide apparence d’un homme au crâne rasé dont la tête est parcourue d’une cicatrice circulaire. L’intérêt de l’intrigue se trouve quelque peu amenuisé par l’insensibilité du savant et l’apathie de sa créature, d’autant qu’aucun personnage positif ne permet au spectateur de s’identifier et donc de participer pleinement au récit. Mais Terence Fisher a de beaux restes, dotant son film d’une atmosphère souvent oppressante et d’un rythme très soutenu. Il faut également reconnaître que Freddie Jones sait se montrer touchant en victime déboussolée ne reconnaissant plus son propre corps. Parmi les séquences marquantes, on retiendra surtout l’opération du cerveau, à base de serre-joint et de perceuse, et l’incendie final, apothéose d’un récit torturé au cours duquel le monstre emporte son créateur dans les flammes de l’enfer, seule issue possible à une telle croisade sanglante.

 

© Gilles Penso


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SEPT JOURS EN MAI (1964)

John Frankenheimer dirige Burt Lancaster et Kirk Douglas dans une Amérique légèrement futuriste où la guerre froide sème la discorde…

SEVEN DAYS IN MAY

 

1964 – USA

 

Réalisé par John Frankenheimer

 

Avec Burt Lancaster, Kirk Douglas, Frederic March, Ava Gardner, Edmond O’Brien, Martin Balsam, Andrew Duggan, Hugh Marlowe, Whit Bissell, Helen Kleeb

 

THEMA POLITIQUE-FICTION

Deux ans après la crise des missiles de Cuba, la guerre froide bat toujours son plein et motive la réalisation de films témoignant de l’inquiétude générale qui frappe alors l’Amérique. Coups sur coup sortent ainsi sur les écrans Docteur Folamour, Point limite et Sept jours en mai qui, chacun à leur manière, anticipent sur la manière dont la situation pourrait facilement dégénérer. « Sept jours en mai » est d’abord un roman écrit au début des années soixante par Fletcher Knebel et Charles W. Bailey II, sous le premier mandat de John Kennedy. Le livre s’inspire notamment de l’opposition entre le président et le général Edwin Walker, farouchement anticommuniste. La transposition du roman à l’écran se fait à l’initiative de John Frankenheimer et de Kirk Douglas, à travers sa compagnie Joel Productions. Le scénariste du film n’est autre que Rod Serling, légendaire créateur de La Quatrième dimension et futur auteur du script de La Planète des singes. Le cadre du récit est légèrement futuriste puisque l’action se déroule au début des années 70. Mais cette anticipation reste volontairement discrète, à travers certaines technologies, armes et décors en avance sur leur temps. Car Frankenheimer cherche avant tout le réalisme et la tangibilité.

En 1970, la guerre froide reste un problème sécuritaire et politique majeur, ce qui conduit le président américain Jordan Lyman (Frederic March) à signer un traité de désarmement nucléaire avec l’Union soviétique. Cependant, la ratification ultérieure du traité par le Sénat américain produit une vague de mécontentement, en particulier parmi l’opposition politique de Lyman ainsi que parmi les militaires, persuadés qu’il est impossible de faire confiance aux Russes. La popularité de Lyman atteint son niveau le plus bas alors que des émeutes éclatent devant la Maison-Blanche. C’est dans ce contexte tendu que Jiggs Casey (Kirk Douglas), un colonel du corps des Marines, découvre par hasard que l’hyper-patriotique général James Mattoon Scott (Burt Lancaster) — idole des foules et des conservateurs — prépare en douce une action visant à destituer Lyman en sept jours. Sa stratégie consiste, sous couvert d’un exercice d’entraînement de routine, à mettre en place une unité secrète pour prendre le contrôle des réseaux de téléphone, de radio et de télévision du pays avec l’appui des généraux et amiraux de l’armée. Comment empêcher un tel coup d’État ?

Paranoïa

Millimétrée, la mise en scène de Frankenheimer laisse souvent les acteurs s’exprimer et se réorganiser dans l’espace au fil de longs plan-séquence habiles mais volontairement non ostentatoires. C’est en creux que se dévoile la virtuosité du cinéaste, s’effaçant volontairement derrière son sujet pour donner toute la latitude de jeu nécessaire à son casting quatre étoiles. Burt Lancaster est parfait en général extrémiste, au point qu’il occulte presque la présence de Kirk Douglas par son incroyable charisme. La présence féminine, quant à elle, se révèle limitée et stéréotypée, comme en témoigne le rôle schématique que tient Ava Gardner. Nous étions alors dans une ère où les hommes étaient souvent les grands décisionnaires et les femmes leurs subordonnées. Telle était l’Amérique des années soixante. On regrette évidemment certains raccourcis scénaristiques faciles et un discours final pacifiste qui enfonce les portes ouvertes, mais étant donnée le contexte dans lequel fut réalisé film et la peur viscérale qui envahissait les consciences de l’époque, une telle séquence fait sens. Comme souvent chez Frankenheimer, les écrans sont omniprésents, qu’il s’agisse des projections d’images dans le bureau du général, des dispositifs avant-gardistes de visioconférence ou des moniteurs de télévision lors de la conférence de presse finale. Cette saturation d’images démultipliées renforce le caractère paranoïaque du film (Big Brother n’est pas loin), tout comme la musique minimaliste de Jerry Goldsmith dont les accords au piano et les roulements de caisse claire rythment nerveusement les moments clés du film.

 

© Gilles Penso


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LES GARDIENS DE LA GALAXIE VOLUME 3 (2023)

Après avoir donné un nouveau souffle à Suicide Squad, James Gunn refait un tour chez Marvel pour clore sa délirante trilogie cosmique…

GUARDIANS OF THE GALAXY VOL. 3

 

2023 – USA

 

Réalisé par James Gunn

 

Avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Karen Gillan, Pom Klementieff, Vin Diesel, Bradley Cooper, Sean Gunn, Chukwudi Iwuji, Will Poulter, Sylvester Stallone

 

THEMA SUPER-HÉROS I SPACE OPERA I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Les coulisses de la fabrication et de la production des Gardiens de la galaxie volume 3 sont presque aussi riches en rebondissements et en coups de théâtre que le film lui-même. Dès 2014, alors que le premier épisode de la saga vient de sortir sur les écrans, James Gunn annonce qu’il a déjà développé des idées pour deux suites. En 2017, date de la distribution des Gardiens de la galaxie volume 2, il est officiellement chargé d’écrire et de réaliser le troisième opus de la série. Mais un an plus tard, un retournement de situation inattendu bouleverse tout. Après la réapparition d’anciennes déclarations de Gunn sur Twitter, jugées provocatrices et « inappropriées », Marvel décide de le renvoyer sans autre forme de procès. Plusieurs réalisateurs sont envisagés pour le remplacer – notamment Taiki Waititi ou Bradley Cooper – mais tous refusent. Le studio fait finalement machine arrière et décide de réintégrer James Gunn. Mais ce dernier est entretemps « passé à l’ennemi », c’est-à-dire chez Warner, pour diriger The Suicide Squad puis la première saison de sa série dérivée The Peacemaker. Il se retrouve même nommé co-président des studios DC, aux côtés de Peter Safran. Le voir revenir faire un dernier tour de piste chez la concurrence pour réaliser Les Gardiens de la galaxie volume 3 a donc quelque chose de très ironique. Pour autant, Gunn prend sa mission très à cœur et livre un film d’une générosité, d’une intensité et d’une folie inespérées…

Toute l’intrigue de ce troisième épisode tourne autour du personnage de Rocket Racoon. Grièvement blessé suite à l’attaque d’Adam (William Poulter), un être surpuissant qui semble mal maîtriser ses pouvoirs, le raton hargneux est ramené à bord du vaisseau des Gardiens de la galaxie. Alors que ses compagnons bravent tous les dangers pour trouver le moyen de le sauver, une série de flash-backs nous permet de découvrir les origines de Rocket, liées aux expériences d’un savant fou autoproclamé « Maître de l’évolution » (Chukwudi Iwuji). Ces bonds dans le passé se teintent d’une noirceur inattendue, muant quasiment ce bon vieux raton en héros tragique, confronté aux problématiques bien réelles de l’expérimentation animale face à un super-vilain dont les exactions semblent directement héritées du docteur Moreau imaginé par H.G. Wells. Plus que jamais, James Gunn ose les grands écarts émotionnels et les ruptures de ton abruptes, alternant le drame, la comédie, l’action et même l’horreur sans jamais que le film ne perde sa cohérence ni son esprit résolument rock’n roll. Seul le réalisateur d’Horribilis et de Super pouvait opérer un tel miracle.

La quête de Rocket

L’ampleur du film donne le vertige, tant le nombre de péripéties, de personnages, de créatures et de morceaux de bravoure saturent l’écran avec frénésie. Du coup, les 2h30 de métrage défilent à toute allure sans laisser aux spectateurs beaucoup de temps pour reprendre leur souffle. L’apogée de ce bouillonnement d’idées est une bataille mano-a-mano saisie par un plan-séquence virtuose dont la folle énergie nous laisse sans voix. Entretemps, Gunn aura eu l’occasion d’assumer avec exubérance son mauvais goût insolent hérité des productions Troma (notamment lors de l’épisode situé dans la station spatiale organique gluante et visqueuse à souhait), son attrait pour le gore cartoonesque, son sens de l’humour irrésistible mais aussi son attachement sincère pour chacun des protagonistes. Car au-delà de Rocket, chacun des gardiens de la galaxie évolue selon son propre arc dramatique. C’est aussi le cas d’Adam Warlock, que Gunn éloigne volontairement de son modèle dessiné (quitte à faire hurler les fans du personnage créé par Stan Lee et Jack Kirby en 1967) pour le muer en anti-héros gauche et immature incapable de canaliser sa force prodigieuse. James Gunn semble s’être donné à fond dans le film, comme pour prouver aux dirigeants de Marvel l’énorme erreur qu’ils firent en l’écartant provisoirement, mais aussi pour faire ses adieux aux Gardiens de la galaxie, ce que confirme ce générique de fin en forme d’album photos nostalgique.

 

© Gilles Penso

 

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PETER PAN ET WENDY (2023)

Le réalisateur de Ghost Story se lance dans un remake en chair et en os du classique animé de Disney…

PETER PAN AND WENDY

 

2023 – USA

 

Réalisé par David Lowery

 

Avec Jude Law, Alexander Molony, Ever Anderson, Yara Shahidi, Alyssa Wapanatahk, Joshua Pickering, Jacobi Jupe, Molly Parker, Alan Tudyk

 

THEMA CONTES

Lancée officiellement en 2016 avec Le Livre de la jungle de Jon Favreau (même s’il y eut quelques précédents comme Les 101 Dalmatiens de Stephen Herek), la transformation systématique de tous les classiques animés de Disney en remakes « live » s’accélère à une cadence vertigineuse. Après La Belle et la Bête, Dumbo, Aladdin, La Belle et le clochard, Mulan et Pinocchio, voici donc Peter Pan et Wendy. L’initiative n’avait rien de particulièrement réjouissant, même si le nom du réalisateur choisi pour ce « relifting » laissait planer quelques espoirs. David Lowery est en effet le metteur en scène de plusieurs films indépendants très remarqués, dont l’audacieux A Ghost Story, mais aussi d’un remake original de Peter et Elliott le dragon qui s’éloignait de l’esthétique de son modèle pour offrir aux spectateurs une vision et une sensibilité nouvelles. Il semblait donc être l’homme de la situation pour réinventer le Peter Pan de 1953, d’autant que le conte narré par James Barrie le titille depuis de nombreuses années. Co-auteur du scénario avec Toby Halbrooks (son partenaire d’écriture sur Peter et Elliott), Lowery se met en tête de soigner chaque détail de cette adaptation en opérant au passage quelques retouches afin de mieux coller aux préoccupations sociales de son époque. Nous étions curieux de voir le résultat…

La première déception occasionnée par le film est liée à son casting, loin d’être convaincant. Aucun des comédiens – enfant ou adulte – ne parvient à rivaliser avec ses nombreux prédécesseurs cinématographiques, notamment ceux du Peter Pan de P.J. Hogan qui demeure aujourd’hui encore l’une des adaptations les plus réussies de Barrie, toutes époques confondues. Alexander Molony (pour ses débuts au cinéma) est un bien fade Peter Pan, Ever Anderson campe une Wendy charmante mais transparente. Quant à Jude Law, il endosse la défroque du capitaine Crochet sans parvenir à doter le personnage d’une quelconque aura. L’autre problème de Peter Pan et Wendy est son aliénation au dessin animé de Clyde Geronimi, qui supprime toute possibilité de surprise, à quelques exceptions près. En désespoir de cause, le spectateur tue le temps en comparant les deux œuvres, toujours en défaveur du long-métrage de David Lowery. À ce jeu, même Hook aurait tendance à être réévalué à la hausse. Malgré ses nombreuses maladresses, la version proposée par Steven Spielberg avait au moins le mérite de revisiter le conte sous un angle nouveau. Certes, les effets visuels sont très réussis, la mise en scène efficace et les décors naturels – captés sur les îles Féroé du Danemark – résolument photogéniques. Mais cela suffit-il à rendre le film mémorable ? Non, bien sûr. Rien ne s’avère particulièrement percutant derrière cette patine.

Le progressisme inversé

Les « modernisations » opérées par le cinéaste sont quant à elles dérisoires, pour ne pas dire contre-productives. La fée clochette a désormais la peau noire. Pourquoi pas ? Cette quête de diversité – qui semble bien plus obéir à un cahier des charges établi par le studio Disney qu’à une volonté sincère de valoriser les acteurs noirs – serait intéressante si elle influait si les origines de Clochette, son personnage et son comportement. Or la petite fée est parfaitement insipide. Le caractère pétillant et explosif de la Clochette animée cède ici le pas à une jovialité béate sans saveur. Pire : Lowery a cru bon d’intégrer plusieurs filles dans le clan des garçons perdus. C’est mal connaître les intentions initiales de Barrie, qui spécifiait clairement que les filles étaient plus intelligentes que les garçons, ce qui les empêchait d’être perdues. C’est ce qu’on pourrait appeler du progressisme inversé ! Le seul point véritablement intéressant du film est la relativisation du manichéisme de Peter et Crochet, tous deux ayant été les meilleurs amis du monde avant que le second, banni par le premier pour avoir osé exprimer le besoin de revoir sa mère, ne se transforme en adulte diabolique. Jude Law sort alors de l’archétype caricatural dans lequel il s’était enfermé pour laisser paraître des failles. « Ma joie est perdue à jamais » avoue-t-il à Wendy. Mais ce sursaut est éphémère et se noie aussitôt dans la masse. Diffusé sur la plateforme Disney + à l’occasion du 70ème anniversaire du film original, Peter Pan et Wendy n’aura finalement pas convaincu grand-monde.

 

© Gilles Penso

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13 FANTÔMES (2001)

Un remake de la fameuse « ghost story » de William Castle, dont les qualités cosmétiques ne cachent pas les scories d’un scénario chaotique…

13 GHOSTS

 

2001 – USA

 

Réalisé par Steve Beck

 

Avec Tony Shalhoub, Embeth Davidtz, Matthew Lillard, Shannon Elizabeth, Alec Roberts, JR Bourne, Rah Digga, F. Murray Abraham

 

THEMA FANTÔMES

En 1999, William Malone réalisait La Maison de l’horreur, remake modernisé du petit classique La Nuit de tous les mystères. Trois ans plus tard, la compagnie Dark Castle Entertainment initie la production d’une autre relecture d’un des films d’épouvante culte de William Castle, en l’occurrence 13 fantômes. La mise en scène échoit cette fois-ci à Steve Beck, qui fait ici ses débuts derrière la caméra. L’entrée en matière prend largement ses distances avec l’original. Dans une casse automobile surgit en pleine nuit un convoi de chasseurs de fantômes : le commanditaire richissime Cyrus Kriticos (F. Murray Abraham), un médium fébrile (Matthew Lillard) et tout un commando sur-équipé. Pour capturer le spectre d’un sinistre personnage surnommé « le découpeur », ils sortent la grosse artillerie : camion qui projette du sang, diffusion d’incantations sur des hauts parleurs et prison cubique – l’équivalent de la boîte des Ghostbusters. Bientôt les corps voltigent ou sont pliés en deux, les montagnes de carcasses de voitures s’écroulent, le montage devient frénétique tandis que la bande-son se sature d’explosions et de hurlement… A l’austérité assumée du film de 1960, Steve Beck oppose ainsi une approche ouvertement spectaculaire et excessive.

Après cette entrée en matière pétaradante, le fil du récit reprend plus ou moins celui du film de William Castle. Après un incendie ayant coûté la vie de sa femme (qui nous est raconté de manière audacieuse par un enchaînement de voix off le long d’un plan-séquence circulaire elliptique), Arthur Kriticos (Tony Shalhoub) emménage avec sa fille Kathy (Shannon Elizabeth) et son fils Bobby (Alec Roberts) dans un petit appartement austère, faute de fonds suffisants. Jusqu’au jour où l’avocat Ben Moss (JR Bourne) frappe à sa porte pour lui parler de la maison que leur a légué l’oncle Cyrus. Dans son message vidéo, ce dernier, sinistre à souhait, termine sa petite allocution par : « Peut-être nous reverrons nous… dans un autre monde ». Le père, ses enfants et la babysitter (Rah Digga) emménagent donc dans leur nouvelle demeure, dont l’architecture impressionnante aux allures de cathédrale moderne abrite des murs vitrés emplis d’écritures latines, de nombreux mécanismes complexes, une infinité d’objets de collection… et une bonne douzaine de fantômes revanchards enfermés dans le sous-sol.

Hantez sans frapper

Assez rapidement, la mécanique du récit prend les allures d’un escape game dans un palais des glaces labyrinthique. Le fameux gimmick du film original (les gadgets à filtre bleu et rouge distribués aux spectateurs dans les salles de cinéma pour leur permettre de voir des apparitions spectrales à l’écran) est détourné à travers la présence de paires de lunettes transparentes grâce auxquelles les fantômes sont visibles. C’est l’occasion pour l’équipe de l’atelier KNB de concocter quelques maquillages spéciaux baroques dignes d’un Hellraiser. Mais tout l’édifice que s’efforce de bâtir le film s’effondre face à l’absence de finesse de l’entreprise. La mise en scène de Steve Beck abuse des montages ultra-nerveux truffés de flash lumineux et de déflagrations dès qu’il s’agit d’évoquer les phénomènes paranormaux, les personnages versent dans l’archétype caricatural (l’avocat aux dents longues, le médium hystérique, la parapsychologue activiste), les dialogues sont souvent grotesques. Çà et là, quelques clins d’œil appuyés à Shining surgissent, notamment lorsque Bobby arpente les couloirs de la maison (sa trottinette se substituant au fameux tricycle). Malgré sa cosmétique attrayante, le film peine donc à tenir la route. Échec critique et financier, 13 fantômes stoppera net le projet d’adapter d’autres films d’épouvante de William Castle. Dark Castle enchaînera donc avec un projet original, Le Vaisseau de l’angoisse, toujours confié au réalisateur Steve Beck.

 

© Gilles Penso


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13 FANTÔMES (1960)

Une famille dans le besoin hérite du jour au lendemain d’un grand manoir… Petit problème : il est hanté !

13 GHOSTS

 

1960 – USA

 

Réalisé par William Castle

 

Avec Charles Herbert, Jo Morrow, Martin Milner, Rosemary DeCamp, Donald Woods, Margaret Hamilton, John Van Dreelen

 

THEMA FANTÔMES

Des hurlements, des taches de sang multicolores, l’apparition successive de treize figures spectrales écarlates dessinées et numérotées… Dès l’entame de 13 fantômes, William Castle nous met en condition et nous annonce clairement les ambitions récréatives de son film. Lorsque s’achève le générique, Castle en personne nous accueille dans son bureau, précédé par l’ombre gesticulante d’un squelette, et demande aux spectateurs : « croyez-vous aux fantômes ? » Puis il nous donne quelques règles pour le visionnage du film. Lorsque l’image noir et blanc vire au bleu, chacun est invité à placer devant ses yeux un gadget qui lui a été donné à l’entrée de la salle de cinéma, en forme de filtre moitié bleu et moitié rouge. Ceux qui croient aux fantômes doivent regarder à travers la partie rouge, les autres à travers la partie bleue. Comme toujours, l’habile producteur/réalisateur se mue donc en bonimenteur et sollicite la participation active de son public pour que le long-métrage se mue en attraction interactive. Comment ne pas se laisser séduire par une telle approche ? Bien sûr, ceux qui n’ont pas eu la chance de découvrir le film en salles mais plus tard, privés du coup du gadget bicolore, perdent une partie du sel de son visionnage. Mais son charme naïf et racoleur continue d’opérer malgré tout, assorti désormais d’une patine délicieusement rétro.

Le scénario s’intéresse à Cyrus Zorba (Donald Woods), qui travaille dans le muséum d’histoire naturelle de Los Angeles mais peine à assurer les fins de mois. Tous les meubles de son appartement lui sont donc retirés et c’est par terre dans un salon vide qu’il fête l’anniversaire de son fils Buck (Charles Herbert) aux côtés de son épouse Hilda (Rosemary DeCamp) et de sa fille Medea (Jo Morrow). Soudain, un homme étrange venu de nulle-part lui tend un télégramme. Cyrus apprend qu’il vient d’hériter du vieux manoir de son oncle excentrique Plato. La maison est fournie avec ses meubles et ses fantômes, lui annonce le plus sérieusement du monde Ben Rush (Martin Milner), l’avocat en charge de la transaction. Car Plato étudiait le monde de l’au-delà et collectionnait les spectres du monde entier. Effectivement, dès que la famille Zorba emménage dans la vaste demeure, habitée par la sinistre gouvernante Elaine qui semble y vivre depuis toujours (incarnée par Margaret Hamilton, la sorcière du Magicien d’Oz), les bizarreries commencent…

Red is Dead

Le gimmick imaginé par William Castle n’est honnêtement pas très concluant. Lorsque l’image vire au bleu et que les spectateurs regardent à travers le filtre rouge, de vagues silhouettes fantomatiques écarlates s’agitent en poussant des cris stridents ou en émettant des sons curieux. Il n’empêche que le conditionnement du public fonctionne. Dès que le noir et blanc se teinte de bleu, chacun se prépare à une séquence étonnante, à défaut d’être effrayante. Au-delà de ce gadget dispensable mais amusant surtout conçu pour agrémenter la campagne marketing du film, 13 fantômes est un film soigné malgré ses faibles moyens, bénéficiant d’une mise en forme méticuleuse, de jeux habiles sur les ombres et les lumières, d’acteurs plutôt convaincants et d’effets spéciaux simples mais efficaces (principalement des objets suspendus dans les airs et des effets de maquillage macabres). Une gentillette romance entre la fille aînée et l’avocat et un trésor caché pimentent un peu l’intrigue. On ne pourra pas reprocher à William Castle son manque d’inventivité, y compris dans le choix des fantômes, du cuisinier assassin au dompteur décapité en passant par l’aïeul difforme, la pendue et le squelette ambulant. Les amateurs de La Nuit de tous les mystères et du Désosseur de cadavres devraient apprécier.

 

© Gilles Penso


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BACCHANALES INFERNALES (1975)

Une énième imitation de L’Exorciste qui tente de varier les plaisirs en jouant la carte de l’érotisme et en brisant quelques tabous…

UN URLO DALLE TENEBRE

 

1975 – ITALIE

 

Réalisé par Angelo Pannacio et Franco Lo Cascio

 

Avec Richard Conte, Françoise Prevost, Patrizia Gori, Jean-Claude Verne, Elena Suevo, Sonia Viviani, Mimma Monticelli

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En 1975, recycler le succès de L’Exorciste en l’agrémentant d’une dose généreuse d’érotisme n’était déjà plus une idée nouvelle. L’Antéchrist d’Alberto de Martino et Le Cadeau du diable de Walter Boos étaient déjà passés par là. Angelo Pannacio et Franco Lo Cascio, spécialisés dans le cinéma érotique pur et dur, tentèrent pourtant d’apporter leur pierre à l’édifice avec Un Urlo dalle tenebre (autrement dit « Un hurlement dans les ténèbres ») qui connut des titres variés au fil de son exploitation internationale, comme la jolie allitération Bacchanales infernales en France, le peu équivoque Naked Exorcism (« L’exorcisme nu ») en Grande-Bretagne, l’abusif The Return of the Exorcist aux États-Unis, ou carrément Exorcist III lors de sa sortie vidéo sur le territoire anglais. Le poster assume d’ailleurs totalement ses influences en exhibant une silhouette noire coiffée d’un chapeau et portant une serviette. Le film commence par une cérémonie satanique au cours de laquelle une jeune fille nue allongée sur un autel est l’objet de toutes les attentions, entourée d’une foule d’adeptes encapuchonnés et d’un maître de cérémonie dont le jeu exagérément théâtral annonce le manque de subtilité qui caractérisera la totalité du long-métrage.

Nous faisons ensuite connaissance avec Elena Forti (Patrizia Gori), une jeune religieuse dont le frère Piero (Jean-Claude Verné) est pris d’accès de violence aigus, au point qu’il est attaché à son lit, traitant sa sœur de tous les noms en grimaçant hideusement. Dépêché sur les lieux, un médecin propose de le faire interner. « Nous sommes devant un cas grave d’hystérie et votre frère doit être soumis à des soins spécifiques qui ne peuvent être donnés que dans un établissement psychiatrique » déclare-t-il. Mais Elena s’oppose à un internement, comme l’explique un étrange flash-back au montage épileptique où s’agitent des malades mentaux dans un institut psychiatrique. Lorsque Piero se met à déplacer des objets à distance et à faire danser son lit dans les airs, il devient évident que c’est l’œuvre du malin. Sa sœur se confie alors à l’évêché et raconte l’origine du mal.

Piero le fou

Nous découvrons donc Piero en pleine excursion avec ses amis, quelques mois plus tôt. Surpris par la présence d’une fille nue près d’une cascade, il s’approche et découvre un étrange talisman qu’il met autour de son cou comme un porte bonheur. Dès lors, son esprit est possédé par l’esprit d’une redoutable succube qui altère sa personnalité. L’une des scènes les plus surprenantes le montre aux prises avec la démone, dont il se débarrasse en l’égorgeant avec un rasoir. Au même moment, la petite amie de Piero, en pleine soirée dansante, meurt la gorge tranchée. Au sommet de ses crises, le jeune homme agresse même sexuellement sa propre mère et sa sœur ! Évidemment, le drame s’achève par la venue d’un exorciste (Richard Conte) mandé pour en découdre une fois pour toute avec le Mal. Bacchanales infernales tente de tromper en vain l’ennui du spectateur en lui offrant régulièrement des visions de corps dénudés s’enlaçant en pleine orgie, ce qui n’ôte rien au caractère laborieux de cet Exorciste du pauvre.

 

© Gilles Penso

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RENFIELD (2023)

Nicolas Cage incarne Dracula et Nicholas Hoult son fidèle assistant dans cette comédie horrifique bourrée d’action et d’hémoglobine…

RENFIELD

 

2023 – USA

 

Réalisé par Chris McKay

 

Avec Nicholas Hoult, Nicolas Cage, Awkwafina, Ben Schwartz, Shohreh Aghdashloo, Adrian Martinez, Brandon Scott Jones, Jenna Kanell, Bess Rous

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Nicolas Cage dans le rôle de Dracula, vous en rêviez ? Chris McKay l’a fait ! La star de Volte-face voulait depuis longtemps endosser la cape du plus célèbre des vampires. Son oncle Francis Ford Coppola ayant signé en 1992 une adaptation mémorable du classique de Bram Stoker, et son partenaire dans Le Dernier des Templiers Christopher Lee ayant été l’un des interprètes les plus célèbres du comte aux dents longues, il était temps que Cage franchisse le pas à son tour, quitte à accepter de jouer les seconds rôles pour laisser la vedette à Nicholas Hoult dans le rôle de Renfield. Mais le film a mis du temps à entrer en production. Au départ, Renfield est censé faire partie du « Monsterverse » dont rêve le studio Universal pour concurrencer le succès du Marvel Cinematic Universe. Mais l’accueil glacial réservé à Dracula Untold en 2014 puis à La Momie en 2017 entravent sérieusement le projet. Le producteur Robert Kirkman (co-créateur du comic book « Walking Dead ») propose alors une nouvelle version de Renfield : un long-métrage autonome qui mêlerait allègrement l’horreur et la comédie. Universal accepte cette option originale. Pressenti pour réaliser le film, Dexter Fletcher (Rocketman) est finalement remplacé par Chris McKay (Lego Batman le film, The Tomorrow War). Et c’est ce dernier qui propose Nicolas Cage aux producteurs, en s’appuyant notamment sur sa prestation étonnante dans Kiss of Death.

Le prologue de Renfield inscrit l’histoire dans la directe continuité du Dracula de Bram Stoker, mais sous un angle ouvertement parodique. Des plans du classique de 1931 sont donc détournés, Nicolas Cage prenant la relève de Bela Lugosi (éclairage expressionniste et regards fou à l’appui) et Nicholas Hoult celle de Dwight Frye, le tout dans une image en noir et blanc au format 4/3. Les péripéties s’enchaînent ensuite sur un rythme effréné : Renfield devient l’assistant de Dracula, traverse les siècles avec lui en l’alimentant régulièrement avec des cadavres gorgés de sang frais, l’aide à échapper aux envoyés de l’église bien décidés à le détruire (l’un étant joué par William Ragsdale, le Charley Brewster de Vampire vous avez dit vampire ?) et se retrouve avec lui dans la Nouvelle-Orléans du 21ème siècle, toujours en quête de nouvelles victimes humaines…

Sur les traces de Chaney et Lugosi

La densité de cette entrée en matière est si forte qu’il nous semble avoir assisté en quelques minutes au résumé d’un film entier. Impossible alors de savoir comment le scénario va bien pouvoir évoluer. C’est là que Renfield nous prend par surprise, centrant ses enjeux sur la relation de codépendance qui lie le héros du titre avec son patron vampire, tout en compliquant la situation via les exactions d’un gang de trafiquants de drogue. Nicolas Hoult est impeccable sous la défroque de ce serviteur exsangue accroc aux insectes qui se met en quête d’une insaisissable autonomie. Awkwafina se révèle irrésistible en femme flic hargneuse et obstinément incorruptible dans un monde où les dessous de table font la loi. Shohreh Aghdashloo nous impressionne en impitoyable chef de gang. Quant à Nicolas Cage, il est sidérant, comme souvent. Derrière ses mimiques invraisemblables, son maquillage excessif et sa diction insensée se cachent une noirceur et une tragédie inattendues, doublées d’un hommage sincère aux monstres du répertoire classiques (non seulement le Bela Lugosi de Dracula mais aussi le Lon Chaney de Londres après minuit). Très drôle, bourré d’excellentes idées visuelles, de séquences de combat vertigineuses et d’effets gore ahurissants où le sang gicle par hectolitres, Renfield entrechoque avec fracas les codes du cinéma d’horreur, de la comédie et du film policier pour offrir aux spectateurs un cocktail bizarre mais profondément réjouissant.

 

© Gilles Penso

 

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LE SCORPION NOIR (1957)

Une horde de scorpions grands comme des locomotives surgit d’un volcan et sème la panique au Mexique…

THE BLACK SCORPION

 

1957 – USA

 

Réalisé par Edward Ludwig

 

Avec Mara Corday, Richard Denning, Carlos Rivas, Mario Navarro, Carlos Múzquiz, Pascual García Peña, Fanny Schiller

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Tout content du succès du Monstre des temps perdus, le producteur Jack Dietz décida de se lancer fin 1957 dans une autre histoire de monstre géant baptisée Le Scorpion noir, en espérant tirer parti du triomphe récent de Tarantula. Les effets spéciaux sont confiés à Willis O’Brien, maître d’œuvre des trucages de King Kong, et à son bras droit Pete Peterson. Dans les grandes lignes, le récit du Scorpion noir commence par l’émergence d’un nouveau volcan au Mexique. Des douzaines de scorpions géants s’en échappent et ravagent la campagne. Après avoir détruit un train, les créatures gigantesques se battent entre elles et meurent toutes, sauf une. Le scorpion restant fait des ravages dans la ville de Mexico avant de se faire piéger dans une arène de corrida et détruire par les militaires. Dans la scène la plus spectaculaire du film, les héros descendent dans une caverne souterraine où ils rencontrent toutes sortes de monstres : les scorpions monstrueux, forcément, mais aussi une araignée grosse comme un ours et un ver gigantesque muni de pinces.

Ce pur moment de cauchemar dure une bonne dizaine de minutes. Dès le prologue de cette scène, la patte inimitable du Willis O’Brien des grands jours apparaît : les deux héros descendent tout au fond de la caverne obscure, tandis qu’une chauve-souris animée volette devant eux. Ce qui suit contient de vrais morceaux d’anthologie, notamment les deux hommes assaillis par plusieurs scorpions, l’enfant qui se fait poursuivre par l’araignée, ou encore le combat entre un scorpion et le ver géant. Parmi les autres moments forts des séquences d’effets spéciaux, il y a l’attaque d’un train qui rappelle beaucoup la séquence du métro aérien de King Kong, ainsi que tous les plans frénétiques dans lesquels cinq scorpions cavalent en même temps tandis que la caméra est en mouvement. L’efficacité de ces plans est hélas amenuisée par leur répétition tout au long du film, pour des raisons évidentes de limitations budgétaires.

La tête qui bave…

Dommage que les hommes n’interagissent pas assez avec les monstres, malgré l’usage de quelques figurines humaines très soignées dans les plans larges. Dommage aussi que le réalisateur ait jugé utile de recourir à une tête mécanique pour les gros plans du scorpion principal. Non seulement cette tête qui bave en permanence n’a que peu de rapports avec la morphologie d’un vrai scorpion, mais en plus elle raccorde mal avec la figurine animée. Assez curieusement, dans une quinzaine de plans d’attaque du village puis de la grande ville, le scorpion géant est représenté sous forme d’une silhouette sombre animée. Est-ce pour suggérer qu’il est vu en contre-jour, ou bien sont-ce là des plans truqués que Willis O’Brien et Pete Peterson n’ont pas eu le temps d’achever, faute de temps ? Toujours est-il que le résultat n’est pas tout-à-fait convaincant. Le dénouement, en revanche, est spectaculaire à souhait. On y voit le monstre renverser des tanks et attraper au vol un hélicoptère au milieu d’une pluie de projectiles. En regardant le talent et le savoir-faire déployés sur Le Scorpion noir, on se prend à rêver à ce que O’brien et Peterson auraient pu faire s’ils avaient eu plus de moyens et plus de temps à leur disposition.

 

© Gilles Penso


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