KOMODO VS COBRA (2005)

Un groupe d'écologistes militants s’aventure dans la jungle d’une île du Pacifique où sévissent des reptiles titanesques…

KOMODO VS COBRA

 

2005 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Michael Paré, Michelle Borth, Ryan McTavish, Renee Talbert, Jerri Manthey, Ted Monte, Glori-Anne Gilbert, Rene Rivera

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Après Boa Vs. Python, tout semblait possible en matière de crossover improbable. Alors pourquoi pas Komodo Vs. Cobra ? L’affiche, ramenant souvent le titre à la forme d’un logo KvC, cligne de l’œil sans complexe vers Aliens Vs. Predator et nous laisse espérer un combat titanesque entre deux monstrueux reptiles. Les cinq premières minutes du film sont généreuses et démarrent sur des chapeaux de roue. Une jeune femme et deux hommes courent à perdre haleine dans une jungle tropicale, poursuivis par un gigantesque varan de Komodo qui dévore l’un d’entre eux. À peine ont-ils le temps de souffler qu’un cobra grand comme le Monstre du Loch Ness jaillit de l’océan et en engloutit un autre…  Si une telle séquence est prometteuse sur le papier, elle s’avère tout juste risible à l’écran, étant donnée la piètre qualité des images de synthèse censées donner vie aux deux monstres. Superviseur des effets visuels, Scott Coulter (Spiders, Pterodactyles et même John Rambo) nous a pourtant habitué à mieux. Ici, chaque effet numérique – y compris les coups de feu qui se résument à des flash passablement incrustés – est un ratage en bonne et due forme, annulant l’impact de toutes les scènes d’action du métrage.

On ne saurait trop départager, d’ailleurs, ce qu’il y a de pire dans Komodo Vs. Cobra : les effets spéciaux, les comédiens, le scénario ou les dialogues (question du soldat : « chef, qu’est-ce que c’est ? », réponse de son supérieur : « un monstre que je vais tuer ! »). Les héros sont les membres actifs d’un groupe écologiste, « Notre Planète », embarquant avec eux une journaliste et son caméraman sur une île perdue dans le sud du Pacifique pour dénoncer les expériences qu’y pratique l’armée américaine sous le nom de code « Projet Carnivore » (tout un programme !). Assez vite, Susan Richardson (Michelle Borth), la fille de l’instigateur du projet, nous explique leur but : « développer un biocatalyseur pour stimuler la croissance des plantes en utilisant des fragments l’ADN animal. »

« Projet Carnivore »

Au départ, le savant philanthrope et sa gentille fille voulaient nourrir la planète entière en créant du maïs géant transgénique. Mais les méchants militaires ont préféré récupérer la matrice de croissance pour l’expérimenter sur des animaux. Les varans et cobras soumis au test se sont donc pris pour King Kong et sèment dès lors la terreur sur l’île, annihilant toute forme de vie autour d’eux. Le scénario nous promet ainsi des dizaines de monstres, mais nous n’en voyons en réalité que deux, lesquels s’affrontent enfin pendant le climax, comme on pouvait s’y attendre. Le combat n’a rien de palpitant. Car au-delà de la piètre qualité des images numériques, même pas dignes du plus basique des jeux vidéo, l’action se limite à quelques grognements et autres coups de gueule. Les seuls rares atouts du film sont finalement ses magnifiques décors naturels captés sur l’île hawaïenne de Kauai, qui a vu débarquer bien des équipes de tournage, notamment celle de Jurassic Park. Ces cascades, ces jungles touffues et ces monts verdoyants, soutenus par une partition emphatique à mi-chemin entre le western, James Bond et le film de jungle, sont indéniablement photogéniques. Mais bon, autant s’acheter une carte postale.

 

© Gilles Penso


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INTACTO (2002)

Le futur réalisateur de 28 semaines plus tard concocte pour son premier film un thriller aux frontières du paranormal…

INTACTO

 

2002 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Carlos Fresnadillo

 

Avec Leonardo Sbaraglia, Eusebio Poncela, Mónica López, Antonio Dechent, Max von Sydow, Guillermo Toledo

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Et si la chance était un pouvoir surnaturel, une énergie tangible susceptible de passer de main en main, de s’additionner, de se soustraire, de se voler ou de se gagner ? Tel est le point de départ audacieux d’Intacto, premier long-métrage d’un cinéaste espagnol de 34 ans qui souffrit lors de sa sortie d’une promotion minimaliste et d’un titre sans doute trop proche du Memento de Christopher Nolan. Après un prologue mystérieux et un tant soit peu oppressant ne nous livrant pas encore toutes les cartes de l’intrigue, nous faisons connaissance avec Tomas Sanz (Leonardo Sbaraglia), unique survivant d’une catastrophe aérienne. Recherché par la police pour avoir commis un hold-up, il est contacté par Federico (Eusebio Poncela), un homme mystérieux ayant lui-même réchappé par miracle à un tremblement de terre. En sa compagnie, Tomas découvre qu’un groupe élitiste d’hommes et de femmes mène des activités secrètes auxquelles il va être initié. Ceux qui possèdent « le don », c’est-à-dire la chance, ont le droit d’y participer. Et de toute évidence Tomas en fait partie.

Le principe est délicieusement tortueux : lorsqu’un des membres de cette communauté souterraine récupère la photographie d’un de ses « collègues » ou entre en contact physique avec lui, il lui vole sa chance, et accroît du même coup la sienne. Celui qui possède le plus de photos est donc le plus chanceux des hommes. Et à la fin de cette gigantesque partie, il ne pourra en rester plus qu’un, suivant un schéma pyramidal qui nous est familier depuis Highlander. L’objet de ces paris successifs est une série de « jeux » de plus en plus dangereux : une course dans la forêt les yeux bandés, une traversée nocturne de l’autoroute au milieu des voitures lancées à grande vitesse, et pour finir une roulette russe dans laquelle une seule balle a été retirée du barillet. Sara (Monica Lopez), l’inspecteur de police chargé de retrouver la trace de Tomas, a elle-même réchappé de peu à un accident de voiture ayant coûté la vie à son époux et sa fille. Elle fait donc malgré elle partie de l’élite et devra infiltrer le milieu pour mener son enquête à bien. Tous ces chemins croisés trouveront leur point de conjonction dans le casino de Samuel Berg (Max Von Sydow), un survivant de la Shoah considéré comme le plus grand possesseur de chance au monde…

Roulette russe

A ce scénario résolument novateur et vertigineux qu’il a co-écrit avec Andres Koppel, Juan Carlos Fresnadillo appose une mise en scène impeccable. La photographie de Xavi Gimenez est superbe, les décors de Cesar Macarron claustrophobiques à souhait, la musique de Lucio Godoy envoûtante et les comédiens tous excellents, dominés par un Max Von Sydow impérial comme à son habitude. Intacto tire une partie de son étrangeté du parti pris atemporel et universel de son cinéaste, rien ne nous permettant vraiment de situer géographiquement ou historiquement ce récit. L’intrigue s’achemine lentement vers son inévitable climax, empruntant aux légendes indiennes la croyance de la capture de l’âme par l’émulsion photographique. Et si hasard et coïncidence s’appréhendent ici comme une donnée quantifiable, le film pose en substance une ultime et passionnante question : l’amour est-il plus fort que la chance ?

 

© Gilles Penso


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THE MANGLER REBORN (2005)

Sans lien avec les deux Mangler précédents, cette déclinaison de la nouvelle de Stephen King décrit les agissements d’un inquiétant psychopathe…

THE MANGLER REBORN

 

2005 – USA

 

Réalisé par Matt Cunningham et Erik Gardner

 

Avec Weston Blakesley, Aimee Brooks, Reggie Bannister, Scott Speiser, Juliana Dever, Sarah Lilly, Renee Dorian

 

THEMA OBJETS VIVANTS I TUEURS I SAGA STEPHEN KING

Après le très dispensable Mangler 2, personne n’attendait rien d’un troisième épisode inspiré de près ou de loin par la nouvelle « La Presseuse » de Stephen King. Les réalisateurs Matt Cunningham et Erik Gardner nous prennent pourtant par surprise en s’éloignant le plus possible du second opus, qui jouait vainement la carte du modernisme high-tech, pour revenir à une horreur plus brute et plus primaire. The Mangler Reborn s’ouvre sur un carton définissant le mot « possession ». Nous découvrons alors Hadley Watson (Weston Blakesley, glaçant), un réparateur ayant perdu son travail, au grand dam de son épouse Beatrice (Sarah Lily). Sans raison logique, notre homme a dépensé ses dernières économies dans l’achat et la restauration d’une vieille essoreuse qu’il a installée dans le sous-sol de sa maison. Obsédé par la machine, il passe ses jours et ses nuits à l’assembler et à lui parler, comme si la presseuse s’adressait à lui (une obsession qui n’est pas sans rappeler celle d’Arnie Cunningham dans Christine). Il finit par se couper, et son sang coule dans la machine. Les conséquences ne tardent pas : Hadley tue sa femme d’un coup de maillet et la livre à la presseuse. Voilà un pré-générique plutôt prometteur.

Le film s’intéresse ensuite à Jamie (Aimee Brooks), habitante d’un quartier résidentiel qui perd son travail et son petit ami la même journée. Après une scène de douche à l’érotisme gratuit (avec force gros plans sur les seins de la jeune femme), Jamie ouvre la porte à un homme venu réparer sa machine à laver. Hélas, il s’agit d’Hadley. L’agression qui s’ensuit oscille entre l’angoisse et l’humour noir, en un exercice d’équilibre qui s’avère assez déstabilisant. Le tueur attaque ainsi Jamie, qui se défend en lui plantant le talon d’une de ses chaussures dans l’oreille ! Alors qu’elle prend la fuite dans son jardin, il la kidnappe en plein air, à deux pas d’un voisin qui passe la tondeuse sans rien remarquer (l’homme est joué par Jeff Burr, réalisateur de Massacre à la tronçonneuse 3).

La déchiqueteuse

Le scénario, basique mais efficace, ne cesse de rebondir en s’appuyant dès lors sur un huis clos à la limite du Vaudeville situé dans la maison de l’assassin, dont les murs sont souillés de taches de sang. Tour à tour, le voleur Rick (Reggie Bannister), son fils Mike (Scott Speiser) et la fille d’Hadley (Renee Dorian) pénètrent ainsi dans les lieux… La mise en scène brute, pas très éloignée de celle de certains films d’horreur d’exploitation des années 70-80, distille un certain malaise. Cette ambiance poisseuse évoque même certains longs-métrages de Tobe Hooper, qui réalisa justement le premier The Mangler. Certes, les massacres perpétrés dans la presseuse ne sont pas aussi explicites que chez Hooper, mais ils restent assez sanglants. Nous avons d’ailleurs plus affaire ici à une déchiqueteuse qu’à une presseuse, Hadley buvant ensuite le sang de ses victimes évacué par la machine. La bande originale composée par le groupe Climax Golden Twins, constituée principalement de nappes synthétiques angoissantes et d’effets sonores stressants, participe à l’atmosphère oppressante du film. The Mangler 2 n’est certes pas très passionnant, mais son caractère glauque, son cynisme et ses excès sont mille fois préférables au triste second opus qui le précéda.

 

© Gilles Penso


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MACISTE CONTRE LES HOMMES DE PIERRE (1964)

Le célèbre héros antique aux muscles saillants affronte des créatures extra-terrestres surgies des entrailles de la terre…

MACISTE E LA REGINA DI SAMAR

 

1964 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Giacomo Gentilomo

 

Avec Alan Steel, Anna-Maria Polani, Jean-Pierre Honoré, Jany Clair, Nando Tamberlani, Delia D’Alberti, Goffredo Unger, Anna Maria Dionisio, Paola Pitti

 

THEMA MYTHOLOGIE I EXTRA-TERRESTRES

Le personnage de Maciste avait rencontré des monstres mythologiques variés, des dinosaures et même des sorcières du 16ème siècle, mais jamais encore il n’avait eu affaire à des extra-terrestres. Qu’on se rassure : cette lacune est effacée avec Maciste contre les hommes de pierre, qui mêle audacieusement le péplum antique à la science-fiction, sous la direction de Giacomo Gentilomo à qui nous devions déjà, entre autres, Le Chevalier blanc, Le Dernier des Vikings et justement Maciste contre le fantôme. Suite à la chute d’une comète venue de la Lune (le crash étant reconstitué dans un joli décor miniature agrémenté d’effets pyrotechniques mignonnets), une nouvelle forme de vie monstrueuse naît des entrailles de la terre. Dès lors, la reine Samara se voit contrainte de sacrifier régulièrement aux créatures des jeunes gens sous peine de voir son royaume entièrement détruit. Mais la reine est moins victime que ce qu’elle veut bien faire croire. Elle a en effet passé un pacte avec les monstres extra-terrestres qui lui ont promis en échange la puissance, la richesse et l’immortalité.

Aussi, lorsque le colossal Maciste, barbu comme son cousin Hercule, est appelé à la rescousse, elle voit son arrivée d’un très mauvais œil. La vilaine tente alors de le piéger dans un souterrain de la cité, orné de pièges qui n’ont rien à envier à ceux des serials : pics hérissés qui surgissent des rochers, trappes qui s’ouvrent et se remplissent d’eau… S’ensuit un combat contre un homme singe aux dents proéminentes dont Maciste, bien sûr, ne fait qu’une bouchée. Alors que la nuit du nouveau sacrifice approche, Samara s’apprête carrément à sacrifier sa propre sœur… Maciste étant capturé, une scène de suspense mémorable nous le montre sur le point de se transformer en tranche de gruyère entre les dents d’un piège digne d’une aventure de Sax Rohmer.

Quand le péplum rencontre la science-fiction

Quelques visions purement fantastiques ornent le métrage, comme cette entité extra-terrestre géante et vêtue d’une étrange armure au faciès d’insecte qui apparaît dans la chambre de la reine (en surimpression), ces nuages surnaturels qui survolent la montagne de la mort nimbée d’une étrange lueur verdâtre, ou encore l’apparition des fameux hommes de pierre qui surgissent des parois de la grotte en animation image par image avant d’être interprétés par des figurants dans d’impressionnants costumes à l’aspect rocheux. Pendant le climax, saupoudré d’images d’archives d’éruptions volcaniques en gros plans, Maciste affronte les Hommes de Pierre, comme il est dit dans le titre du film, et abat la statue de Sélénée, la reine des envahisseurs. Aussitôt, celle-ci vieillit en accéléré et se décompose, tandis que notre bodybuilder sauve les gentils et s’enfuit finalement à cheval, sa nouvelle conquête féminine à ses côtés, pour aller sauver d’autres peuples, ailleurs dans le monde. C’est naïf mais résolument sympathique. Au lieu de poursuivre ses expérimentations cinématographiques à grand spectacle, Gentilomo prit le parti d’abandonner Cinecitta pour se reconvertir dans la peinture, medium apparemment plus adapté à sa sensibilité artistique.

© Gilles Penso

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L’APPRENTIE SORCIÈRE (1971)

Une féerie disneyenne mouvementée dominée par la présence charismatique d’Angela Lansbury et David Tomlinson…

BEDKNOBS AND BROOMSTICKS

 

1971 – USA

 

Réalisé par Robert Stevenson

 

Avec Angela Lansbury, David Tomlinson, Roddy McDowall, Sam Jaffe, John Ericson, Bruce Forsyth

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

La genèse de L’Apprentie sorcière remonte à 1945, année où le studio Disney fait l’acquisition des droits d’adaptation du livre pour enfants « The Magic Bedknob » écrit par Mary Norton. Le projet stagne, laissant à la romancière le temps d’en écrire une suite, « Bonfires and Broomsticks », puis de combiner les deux volumes en un seul sous le titre « Bedknobs and Broomsticks ». Nous sommes alors en 1957 et Disney commence à envisager sérieusement l’adaptation du texte à l’écran. Mais les difficultés techniques s’annoncent difficile à surmonter. Au début des années 60, le film n’est toujours pas entré en production et le studio préfère s’attaquer d’abord à Mary Poppins qui sortira en 1964. L’étape suivante sera enfin L’Apprentie sorcière, qui réunira notamment le même réalisateur (Robert Stevenson) les mêmes compositeurs (Robert et Richard Sherman) et le même irrésistible David Tomlinson. Julie Andrews est d’ailleurs sollicitée pour participer aussi à l’aventure, délaissant la tenue de Mary Poppins pour celle de la sorcière Eglantine Price. Mais l’actrice préfère passer son tour. Lorsqu’elle se ravise, consciente qu’elle doit sa popularité à Walt Disney, il est trop tard : le rôle a été attribué à Angela Lansbury. Aussi étrange que ça puisse paraître, le scénario du film – et donc l’intrigue des romans – s’inspire de personnages réels, en l’occurrence un groupe d’occultistes ayant pratiqué des séances de magie pour lutter à leur manière contre l’envahisseur allemand pendant la seconde guerre mondiale.

Nous sommes en août 1940, pendant la bataille d’Angleterre. Charlie, Carrie et Paul Rawlins, trois orphelins, sont évacués loin des bombardements près d’une ville côtière où ils sont confiés à Mademoiselle Eglantine Price. Réticente, cette dernière les accueille de mauvaise grâce. Il faut dire que la brave femme concentre tous ses efforts sur l’apprentissage par correspondance de la sorcellerie dans l’espoir de trouver une formule magique qui sauverait l’Angleterre de l’invasion allemande. Lorsque les enfants découvrent le secret de Mademoiselle Price, ils deviennent ses complices et se retrouvent embarqués dans une folle aventure parsemée de sorts magiques plus ou moins réussis, d’armures médiévales animées, de lits volants, de vieux grimoires de sorcellerie et d’animaux cartoonesques (qui semblent échappés en partie du Livre de la jungle) amateurs de matchs de football…

La magie dans la tourmente

Le tournage de L’Apprentie sorcière n’est pas toujours une partie de plaisir pour les comédiens, notamment pour Angela Lansbury qui apprécie très peu le fait d’être contrainte par un storyboard extrêmement précis, un tournage majoritairement sur fond d’incrustation et des effets spéciaux omniprésents. De fait, la mise en scène de Robert Stevenson accuse une certaine rigidité dictée par les limitations technologiques de l’époque. Mais le jeu en vaut la chandelle. Les innombrables manifestations surnaturelles qui ponctuent le film le dotent d’un charme fou, avec comme point culminant un match de foot hilarant mené à un train d’enfer sur une île où les comédiens réels se mesurent à des animaux en dessin animé (un tour de force dirigé par Ward Kimball, vétéran des productions Disney depuis le milieu des années trente). Le cadre de la seconde guerre mondiale apporte au film une touche insolite supplémentaire, jetant un pont surprenant entre le conte de fées débridé et un contexte historique réel et réaliste. Le premier montage du film, d’une durée initiale de 141 minutes, est allégé de 23 minutes avant sa sortie en salles, ce qui nécessite la suppression d’une sous-intrigue mettant en scène Roddy McDowall et de trois séquences musicales. Madeleine de Proust pour de nombreux enfants devenus adultes, L’Apprentie sorcière occupe toujours une place particulière chez une grande majorité de spectateurs n’ayant pas oublié leurs émois et leurs rires face aux tours de magie malicieux d’Angela Lansbury.

 

© Gilles Penso

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L’AUTOROUTE DE L’ENFER (1991)

Une relecture délirante du mythe d’Orphée dans laquelle un jeune homme doit braver une multitude de créatures infernales pour retrouver sa promise…

HIGHWAY TO HELL

 

1991 – USA

 

Réalisé par Ate de Jong

 

Avec Patrick Bergin, Adam Storke, Chad Lowe, Kristy Swanson, Pamela Gidley, Jarrett Lennon, C.J. Graham, Richard Farnsworth

 

THEMA MORT I MYTHOLOGIE I DIABLE ET DÉMONS

À la fin des années 80, le réalisateur hollandais Ate de Jong se lance dans la réalisation d’une adaptation loufoque et horrifique des mésaventures mythologiques d’Orphée et Eurydice avec L’Autoroute de l’Enfer, sur un scénario de Brian Helgeland, futur auteur de L.A. Confidential et Payback. Le slogan du film en dit déjà long : « S’il y a quelque chose de pire que mourir et aller en Enfer, c’est ne pas mourir… et aller en Enfer ! » Charlie et Rachel, interprétés respectivement par Chad Lowe et Kristy Swanson, ont décidé de se marier à Las Vegas, sans demander le consentement de leurs parents. Roulant à bord d’une vieille Ford, ils sont partagés entre l’euphorie et la culpabilité et empruntent ce qu’ils croient être un itinéraire bis. Dès lors, leur vie bascule dans le cauchemar. Car sur le chemin, la jeune fiancée est soudain enlevée par un policier monstrueux et colossal dont le visage putréfié et les lunettes noires ne sont pas sans nous rappeler les zombies aquatiques du Commando des morts-vivants. Armé d’un fusil futuriste et équipé de menottes en forme de mains articulées, ce sinistre individu emmène Rachel dans les entrailles de l’Enfer. Si Charlie ne vient pas la chercher dans les 24 heures qui suivent, elle deviendra la fiancée du Prince des Ténèbres, à qui Patrick Bergin prête ses traits.

Le scénario mêle ainsi allégrement deux visions de la mort pour le moins antithétiques : les Enfers de la mythologie grecque (avec le chien Cerbère, le nocher Charon, la traversée du Styx) et un au-delà rattaché à la culture chrétienne (Satan, les démons cornus et les flammes purificatrices). Pour les besoins du film, le génial maquilleur Steve Johnson (Ghostbusters, Les Aventures de Jack Burton, Abyss) crée une multitude d’effets gore burlesques, les plus étonnants étant probablement le hideux démon femelle qui tente de séduire Charlie, le visage du Diable qui obéit à l’imagerie bestiale traditionnelle, et toute une escouade de policiers zombies qui croupissent sous des toiles d’araignée dans un bar lugubre. Les trucages visuels inventifs sont quant à eux l’œuvre de Randy Cook, qui truffe le film de maquettes et de matte paintings, et nous donne même droit à un cerbère tricéphale animé image par image. Réminiscence des chiens infernaux animés par Cook pour S.O.S. fantômes, ce chien burlesque intervient dans une scène hélas trop courte dans laquelle il interdit l’accès de l’Enfer à Charlie. 

Le Cerbère de la Porte

Road movie d’un genre très spécial, ce film atypique fonctionne presque comme une succession de sketches indépendants, d’où une inégalité inévitable dans l’intérêt des épisodes racontés. Ainsi, si les créatures décrites plus haut nous donnent droit à des séquences insolites du plus bel effet, on ne peut pas en dire autant des autres personnages, à l’intérêt pour le moins discutable. C’est le cas de cette escouade de Hell’s Angels hérités de Mad Max ou de ce cuisinier surexcité qu’interprète Ben Stiller (en totale improvisation). Le titre original se réfère bien sûr au célèbre « Highway to Hell » du groupe ACDC, mais la production n’a pas les moyens d’en acquérir les droits pour l’inclure dans sa bande originale. Tourné en 1989, L’Autoroute de l’enfer (connu aussi en nos contrées sous le titre Bienvenue en enfern’aura eu droit qu’à une brève sortie sur les écrans américains en 1992 avant d’échouer dans les bacs des marchands de vidéo, sombrant dans un quasi-anonymat dont il fut tiré le temps de quelques discrètes diffusions télévisées.

 

© Gilles Penso


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OCTOPUS (2000)

Armés d’un budget minuscule, les producteurs de Nu Image tentent un mixage entre A la poursuite d’Octobre Rouge et 20 000 lieues sous les mers…

OCTOPUS

 

2000 – USA

 

Réalisé par John Eyres

 

Avec Jay Harrington, David Beecroft, Carolyn Lowery, Ravil Asyanov, Ricco Ross, Jeff Nuttall, George Stanchev

 

THEMA MONSTRES MARINS

Après les requins (Shark Attack), les araignées (Spiders) et les reptiles (Crocodile), les producteurs de Nu Image décident de mettre en scène une pieuvre géante afin de compléter leur collection d’animaux monstrueux. Et c’est Michael Weiss, déjà responsable du scénario de Crocodile, qui est chargé d’en rédiger le script. Contrairement à ce que pourrait faire croire le titre français aux gros sabots utilisé lors de ses diffusions télévisées (L’Attaque de la pieuvre géante), cet Octopus est moins un hommage aux « monster movies » des années cinquante qu’un film d’espionnage musclé mâtiné de film catastrophe. Une sorte d’A la poursuite d’Octobre Rouge croisé avec 20 000 lieues sous les mers en somme, ce qui s’annonce plutôt ambitieux. Et le résultat est largement à la hauteur de cette ambition, si l’on tient compte du budget du film (estimé à cinq millions de dollars). Car dès le prologue, le spectateur est franchement accroché à son siège, avec ce sous-marin nucléaire soviétique englouti dans les flots en pleine crise des missiles cubains, puis cet attentat perpétré dans une ambassade américaine de nos jours, réminiscence de la scène d’intro des Incorruptibles, qui s’enchaîne avec une course-poursuite en voiture et s’achève par une rafale de coups de feu et une belle explosion.

L’agent spécial Roy Turner (Jay Harrington), promis à une tranquille carrière universitaire, se voit alors contraint d’escorter le terroriste qui répond au nom de Casper (Ravil Issyanov) à bord du sous-marin américain dirigé par le capitaine Shaw (David Beecroft). Parallèlement, l’organisation terroriste qui a engagé Casper s’est emparée d’un paquebot dans le but de le faire libérer. Les enjeux et les tensions suscités par cette intrigue politico-policière nous feraient presque oublier qu’il est question de pieuvre dans le film. Et celle-ci ne pointe d’ailleurs que tardivement le bout de ses tentacules. Fruit d’une mutation suite aux déchets chimiques du sous-marin soviétique coulé, elle a atteint une taille démesurée et s’en prend maintenant à nos héros.

L’attaque de la pieuvre géante

L’action ne faiblit pas une seconde, dans cet Octopus de très honnête facture, servie par une mise en scène classique mais raisonnablement efficace, une photographie soignée et un casting plutôt solide. Du coup, les nombreuses incohérences qui jalonnent le scénario de Weiss nous incitent à une certaine indulgence. Le monstre lui-même, presque figurant dans cette histoire, est une sympathique création en 3D qui se déploie de manière relativement impressionnante sous les flots, au beau milieu de maquettes soignées, et arbore une mâchoire acérée très peu ragoûtante (plusieurs infortunés personnages atterrissent d’ailleurs au fond de son estomac après avoir été poursuivis par les tentacules dans les coursives puis horriblement mâchouillés). Les séquences finales, au cours desquelles la pieuvre attaque un paquebot puis un hélicoptère à grands coups de tentacules géants (versions modernes des scènes cataclysmiques du Monstre vient de la mer), s’avèrent même très spectaculaires. Bref, voilà un bon petit film de monstre tourné intégralement en Bulgarie et conçu directement pour la vidéo : vite vu, vite oublié, mais distrayant d’un bout à l’autre.

 

© Gilles Penso


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LA TOMBE DE LA MOMIE (1942)

Le monstre à bandelettes d’Universal crève l’écran pour la troisième fois consécutive, cette fois-ci sous les traits de Lon Chaney Jr.

THE MUMMY’S TOMB

 

1942 – USA

 

Réalisé par Harold Young

 

Avec Lon Chaney Jr, Elise Knox, Dick Foran, Tuhran Bey, Wallace Ford, John Hubbard, George Zucco, Virginia Brissac

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Consacré vedette de l’épouvante grâce à ses prestations dans Tumak fils de la jungle, L’Échappé de la chaise électrique et Le Loup-garou, Lon Chaney Jr hérite en 1942 du rôle du monstre en bandelettes des studios Universal à l’occasion de La Tombe de la Momie, succédant ainsi à Boris Karloff (La Momie) et Tom Tyler (La Main de la Momie). En réalité, ce troisième épisode aurait dû être situé au début des années 70, puisque La Main de la Momie se déroule en 1940 et que trente années sont censées avoir passé depuis. Mais le scénario de Griffin Jay et Henry Sucher fait fi de cette logique chronologique et installe le récit dans les années 40, faisant suite directement au film précédent. L’archéologue Steve Banning, toujours incarné par Dick Foran, est désormais un vénérable sexagénaire qui raconte à son fils John (John Hubbard) et à sa fiancée Isobel (Elyse Knox) la fameuse expédition au cours de laquelle Kharis fut ramené à la vie. Les douze premières minutes du film sont donc principalement constituées d’extraits de La Main de la Momie, ce qui semble quelque peu excessif pour un film ne durant qu’une petite heure. Une fois ce long résumé achevé, nous apprenons que le prêtre Andoheb (George Zucco) n’est pas mort malgré les coups de feu qui l’ont transpercé à la fin du film précédent (il s’en est tout juste tiré avec un bras cassé !). Quant à la momie de Kharis, qui terminait pourtant son aventure en flammes, elle se porte comme un charme.

La scène qui suit est donc un remake du prologue de La Main de la Momie : Andoheb, sur le point de rejoindre ses ancêtres, demande au jeune prêtre Mehemet Bey (Turhan Bey) de prendre sa relève et de maintenir Kharis en vie. Fort heureusement, La Tombe de la Momie s’extrait ensuite de la trop forte influence de son prédécesseur et change de contexte géographique. Car cette fois-ci la momie est camouflée dans le cimetière de Mapleton, au cœur de la Nouvelle-Angleterre, où Bey exerce désormais comme gardien, déclamant à Kharis : « Comme les vieilles montagnes d’Egypte, tu es éternel ». D’où certaines séquences macabrement photogéniques, notamment lorsque le monstre émerge de son sarcophage toutes les nuits et arpente la campagne pour faire subir son courroux à ceux qui, jadis, pillèrent la tombe de sa promise Ananka. Alors que les meurtres se multiplient, la presse commence à s’intéresser de près à l’affaire, et le new-yorkais Babe Jenson (Wallace Ford), ancien bout-en train devenu ici un vieil homme empreint de sagesse, essaie de convaincre son entourage qu’une momie est à l’origine des assassinats. Le médecin légiste lui-même, chargé d’analyser l’étrange dépôt laissé sur le corps des victimes, finit par annoncer aux policiers incrédules : « Que vous le vouliez ou non, nous avons affaire à un mort-vivant ! »

« Nous avons affaire à un mort-vivant ! »

Suivant très fidèlement la trace de son prédécesseur Andoheb, Mehemet Bey s’éprend d’une jeune Occidentale, en l’occurrence Isobel, et somme Kharis de la lui ramener pour qu’il partage avec elle l’immortalité et en fasse son épouse. D’où quelques visions emblématiques de la momie portant la belle dans un cimetière nocturne. Le talentueux Jack Pierce, qui avait déjà mué Lon Chaney Jr en impressionnant loup-garou, adapte cette fois-ci le maquillage de la momie à son visage arrondi. Le résultat est efficace, mais en ne laissant au comédien qu’un seul œil apparent pour s’exprimer, Pierce limite considérablement son jeu d’acteur et le rend parfaitement méconnaissable. Le final, empruntant à l’imagerie classique des Frankenstein, nous gratifie des villageois furieux armés de torches et du brasier détruisant enfin le monstre, comme à l’issue du film précédent. Ce climax utilise d’ailleurs un certain nombre de stock-shots empruntés directement à Frankenstein, preuve d’une baisse de budget manifeste. La Tombe de la Momie sort le 23 octobre 1942 sur les écrans américains, en double programme avec Night Monster de Ford Beebe.

 

© Gilles Penso


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CUBE 2 : HYPERCUBE (2002)

Le succès surprise du premier long-métrage de Vincenzo Natali engendra inévitablement cette suite parfaitement facultative…

HYPERCUBE : CUBE 2

 

2002 – USA

 

Réalisé par Andrzej Sekula

 

Avec Kari Matchett, Geraint Wyn Davies, Grace Lynn Kung, Matthew Ferguson, Neil Crone, Barbara Gordon, Lindsey Connell, Greer Kent, Bruce Gray

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

La fin ouverte de Cube laissait planer mille hypothèses, d’où cette séquelle conçue principalement pour tirer parti du succès inespéré du film de Vincenzo Natali. Car si son scénario fait mine d’éclaircir quelque peu le mystère de l’impitoyable prison à géométrie variable, Cube 2 est avant tout un remake appauvri du premier opus dont il s’efforce maladroitement de retrouver la recette miracle. Nous faisons ainsi connaissance avec huit nouveaux captifs qui ne se connaissent pas et se réveillent avec stupeur dans le cube : un ingénieur, une psychothérapeute, une retraitée sénile, une étudiante aveugle, un détective privé, une jeune avocate, un concepteur de jeux vidéo et un employé du Pentagone. Contrairement aux infortunés protagonistes du film précédent, ceux-ci semblent tous avoir un lien étroit avec le lieu dans lequel ils sont incarcérés, et leur kidnapping ne semble pas dû au hasard. Quelques brefs flash-backs nous laissent d’ailleurs entrevoir certains des prisonniers avant leur enlèvement, surveillés par des caméras vidéo, tandis que des scientifiques en blouse blanche semblent s’affairer sur de mystérieuses recherches. Peu à peu, tout semble converger vers un génie du piratage informatique nommé Alex Trusk et vers un consortium spécialisé dans l’armement dernier cri.

Au-delà de cet effacement du caractère aléatoire des captifs, l’autre grosse différence avec le film précédent réside dans le fait que le cube qui retient prisonnier nos huit héros n’est pas en trois mais en quatre dimensions, d’où le sous-titre « hypercube ». Nous nageons donc en plein paradoxe spatio-temporel : les événements se répètent, les univers parallèles s’entrechoquent, les différentes pièces ne sont pas soumises aux mêmes lois d’attraction ou aux mêmes vitesses d’écoulement du temps. Pour pouvoir échapper à cette prison d’un nouveau genre, chacun va devoir essayer de comprendre les raisons de sa présence dans le cube tout en cherchant à percer le mystère du nombre 60759 qui apparaît régulièrement sur les parois et qui pourrait bien être un code d’accès vers la liberté…

Le nombre mystérieux

Le plus gros handicap de cette séquelle est lié à l’intangibilité de la menace qui pèse sur les captifs. En lieu et place des redoutables pièges imaginés par Vincenzo Natali, nous n’avons droit ici qu’à des formes géométriques en image de synthèse (à peine plus élaborées que celles de Tron réalisé pourtant vingt ans plus tôt !) qui surgissent au gré d’un scénario erratique et désintègrent ceux qui les touchent. Difficile de s’émouvoir face à un danger si peu palpable. Les personnages eux-mêmes, construits d’un seul bloc et exempts de la moindre finesse, constituent l’autre énorme faiblesse du film. Les « gentils » le sont jusqu’au bout, les psychopathes se révèlent d’emblée, et à part un petit coup de théâtre absolument pas crédible, aucun d’entre eux ne réserve la moindre surprise. D’autant que les comédiens ne semblent jamais vraiment croire à la situation, adoptant parfois une décontraction déplacée, voire des comportements incohérents (la scène d’amour, à ce titre, vaut son pesant de cacahouètes). Cube 2 cumule ainsi bon nombre de maladresses et de frustrations, cette sensation étant renforcée par un dénouement incompréhensible censé pourtant nous donner les clefs du mystère.

 

© Gilles Penso


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LE MYSTÈRE DE LA BÊTE HUMAINE (1973)

Une demi-douzaine de convives réunis dans une vaste demeure cherche à deviner lequel d’entre eux est un loup-garou…

THE BEAST MUST DIE !

 

1974 – GB

 

Réalisé par Paul Annett

 

Avec Calvin Lockhart, Charles Gray, Michael Gambon, Peter Cushing, Anton Diffring, Marlene Clark, Ciaran Madden

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Le prologue du Mystère de la bête humaine laisse un temps imaginer que nous avons affaire à une relecture du thème des Chasses du comte Zaroff. Un athlétique Afro-Américain (Calvin Lockhart) court en effet à perdre haleine, au milieu d’une forêt dense, tandis que des chasseurs embusqués le traquent sous la surveillance d’un hélicoptère et d’une dizaine de moniteurs vidéo. Mais ce n’est qu’un faux départ. Le « gibier humain » est en fait un chasseur millionnaire répondant au nom de Tom Newcliffe, et l’exercice auquel il se livrait visait à vérifier l’efficacité du système de sécurité de sa luxueuse propriété. Or notre homme vient d’inviter une demi-douzaine de personnalités dans un but un peu particulier : déterminer lequel d’entre eux est un loup-garou. Obsessionnel, Newcliffe a en effet réuni un certain nombre d’indices l’amenant à croire que l’un de ses convives se muera en monstre velu dès la prochaine pleine lune. Mais lequel ? La jolie Davina Gilmore (Cirana Madden) ? Le professeur expert en lycanthropie (Peter Cushing) ? Le diplomate en disgrâce (Charles Gray) ? L’artiste maudit (Tom Chadbon) ? Le concertiste (Michael Gambon) ? A moins que ce ne soit sa propre épouse (Marlene Clark) ?

Dès lors, le récit prend les allures d’un mixage contre-nature entre La Nuit du loup-garou et Dix petits nègres. L’aspect « cluedo » du film nous est d’ailleurs annoncé dès le pré-générique, au cours duquel une voix-off sentencieuse déclare : « Ce film est une enquête dans laquelle vous êtes le détective. La question n’est pas “qui est l’assassin ?” mais “qui est le loup-garou ?” Quand tous les indices vous auront été exposés, il vous sera demandé de formuler votre réponse. Saurez-vous alors qui est le loup-garou ? » Certes, le Mystère de la bête humaine n’est pas vraiment un film interactif, mais cette entrée en matière cultive inévitablement une certaine curiosité. D’ailleurs, lorsque le film s’achemine vers son dénouement, le récit s’interrompt le temps de laisser au spectateur la possibilité de déterminer qui, selon lui, est le coupable.

Dix petits lycanthropes

L’originalité de cette production Amicus s’arrête hélas ici, car le scénario se contente principalement de son argument à la Agatha Christie pour agencer des morceaux de suspense moyennement palpitants, malgré le charisme de la belle brochette de comédiens qui y sont réunis. Il faut dire que le réalisateur Paul Annett, surtout connu pour ses travaux de téléaste, assure le service minimum. Reconnaissons tout de même l’extrême dynamisme des scènes d’action mettant en scène le monstre, incarné par un véritable loup, et l’audace de cette séquence inédite au cours de laquelle il affronte un chien jusqu’à la mort. Outre les influences déjà citées, on note une forte imprégnation de la blaxploitation qui régnait alors sur les écrans, à travers la partition funky de Douglas Gamley (apparemment inspirée de celle de Shaft) et le rôle principal tenu par Calvin Lockhart. Cette réorientation du film fut d’ailleurs tardive, puisque le casting définitif ne fut établi qu’à la dernière minute, Robert Quarry (qui jouait le vampire vedette de Count Yorga) ayant initialement été contacté pour le rôle de Newcliffe.

 

© Gilles Penso


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