SIGNES (2002)

Mel Gibson et Joaquin Phoenix doivent lutter contre une invasion extra-terrestre qui menace leur famille et l’humanité tout entière…

SIGNS

 

2002 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, M. Night Shyamalan, Cherry Jones, Patricia Kalember, Ted Sutton, Merritt Wever

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Comme souvent chez M. Night Shyamalan, le scénario de Signes s’est développé à partir d’une idée simple : raconter la fin du monde de manière intimiste en adoptant le point de vue d’une famille. En creusant cette envie première, l’auteur-réalisateur opte pour une invasion extra-terrestre et pour le motif visuel des signes circulaires mystérieux apparaissant dans les champs. Le récit qu’il bâtit sert finalement de métaphore à un sujet plus universel : la foi. « Pour moi, le recours au fantastique et à la science-fiction est le meilleur moyen d’aborder des sujets liés à la spiritualité d’une manière qui ne soit pas trop frontale, trop directe », nous explique-t-il. « Ça permet de traiter ces thèmes en se déconnectant de la religion. On peut parler de la foi sans pour autant aborder les croyances « traditionnelles ». Dans mes films, il ne s’agit pas de croire à Dieu, au diable ou aux anges, mais aux extra-terrestres, aux fantômes ou aux créatures. Ce qui revient au même, finalement. La foi est un sujet fascinant. Sommes-nous capables de croire à des choses que nous ne pouvons pas prouver ? C’est une question qui m’intéresse, et le Fantastique est un vecteur idéal pour tenter d’y répondre. » (1) Plusieurs classiques du fantastique le guident dans son écriture puis dans sa mise en scène, notamment Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, La Nuit des morts-vivants de George Romero et L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel. Charge à lui de bien digérer ces influences complémentaires pour signer une œuvre personnelle.

La prodigieuse symphonie composée par James Newton Howard pour l’ouverture du film semble vouloir faire écho à la bande originale de Rencontres du troisième type. Nous sommes dans le comté de Bucks, en Pennsylvanie, à 70 km de Philadelphie. Durement ébranlé par la mort de sa femme dans un accident de voiture, le père Graham Hess a renoncé à la foi et à ses fonctions de prêtre pour devenir fermier. Pour ce rôle, Shyamalan envisageait au départ Paul Newman ou Clint Eastwood, avant d’opter pour un acteur plus jeune, en l’occurrence Mel Gibson. Ce dernier s’avère parfait sous la défroque d’un ancien homme d’église aux convictions ébranlées. Quelques détails discrets témoignent de son ancienne vie, comme une photo où il porte le col blanc ou encore la marque d’un crucifix qui a été décroché du mur. « Personne ne veille sur nous », dira-t-il plus tard pour bien marquer l’évaporation de ses croyances. « Nous sommes seuls. » Alors qu’il mène une vie paisible entouré de ses deux enfants, Morgan (Rory Culkin) et Bo (Abigail Breslin), et de son frère cadet Merrill (Joaquin Phoenix), un ancien joueur de base-ball, Graham devient le témoin d’apparitions et de signes mystérieux dans sa propriété. Quelle est la véritable origine de ces étranges phénomènes ?

Crise de foi

Très tôt dans son film, Shyamalan renforce le sentiment d’inconfort en optant pour des angles de prise de vue bas, au ras du sol, évoquant une sorte de menace invisible. Lorsque le chien familial, occupant une grande partie de l’avant-plan, se met soudain à aboyer de manière inquiétante en direction des enfants, le cadrage le transforme presque en monstre. Le décor du grand champ lui-même convoque une imagerie proche de celle des Démons du maïs. Tous les partis-pris de mise en scène accentuent le caractère oppressant de cette invasion extra-terrestre qui mettra longtemps à s’affirmer concrètement dans l’esprit des protagonistes. Dans la scène de la cave, le réalisateur pratique presque du « found footage » avant l’heure, détournant la caméra de l’action principale, ne décrivant les événements que par l’entremise du hors-champ, cadrant une lampe torche tombée par terre alors que l’essentiel se joue ailleurs. Plus tard, lorsqu’une créature s’immiscera chez nos héros, ce n’est qu’un reflet qui sera offert aux spectateurs. Cette approche est audacieuse, mais – revers de la médaille – très frustrante, car finalement nous ne verrons rien. A trop vouloir jouer la carte de l’épure et du non-dit, le cinéaste nous donne le sentiment de tourner autour de son sujet sans l’aborder frontalement. Comme en outre le double-sens du mot signe (les cercles dans les champs mais aussi les indices « divins » qui pavent notre destinée) nous est expliqué sans beaucoup de finesse, avec en prime une image finale illustrant lourdement la reconquête de la foi, le cinquième long-métrage de Shyamalan ne nous convainc qu’à moitié.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso

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SINBAD THE FIFTH VOYAGE (2014)

Pour rendre hommage aux films de Ray Harryhausen, ce conte des Mille et une nuits met en scène toute une ménagerie en stop-motion…

SINBAD THE FIFTH VOYAGE

 

2014 – USA

 

Réalisé par Shahin Sean Solimon

 

Avec Shahin Sean Solimon, Danielle Duvale, Said Faraj, Patrick Stewart, Marco Khan, Sadie Alexandru, Lorna Raver

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS I DRAGONS

En initiant Sinbad the Fifth Voyage, Shahin Sean Solimon souhaite rendre un hommage énamouré à Ray Harryhausen, et en particulier au 7ème Voyage de Sinbad, de toute évidence son film de chevet. Il décide donc de concevoir sous le label « Giant Flick Productions » un long-métrage ambitieux – malgré un budget extrêmement limité – laissant la part belle à une série de créatures animées en stop-motion qui s’inspirent des travaux les plus populaires de son idole. Non content de réaliser, de co-écrire (avec Evelyn Gabai) et d’assurer la production exécutive du film, Shahin Sean Solimon s’octroie le rôle principal et s’offre les services du grand Patrick Stewart (le capitaine Picard de Star Trek la nouvelle génération et le professeur Xavier des X-Men) pour assurer la narration en voix off. Le récit ne cherche pas à réinventer la roue. Sinbad est donc amoureux de la princesse Parisa, malgré la désapprobation de son père le sultan. Lorsqu’un maléfique sorcier la kidnappe, notre intrépide héros a quarante jours et quarante nuits pour la sauver. Son aventure va le conduire aux confins du monde et le pousser à affronter un grand nombre de créatures mythiques.

L’intérêt principal du film, on s’en doute, repose sur sa généreuse ménagerie de monstres « à l’ancienne ». Tour à tour surgissent ainsi à l’écran un cyclope bicorne, des squelettes vivants, un oiseau Roc géant, une bête grimaçante armée d’une lance, une statue aux bras multiples, un crabe monstrueux et un dragon quadrupède et cornu au dos garni d’écailles (dont Sinbad vient à bout au cours d’un combat frustrant tant il est court). Ce bestiaire hétéroclite et hautement référentiel est animé par de nombreux passionnés plus ou moins aguerris comme Ron Cole (avec à son actif quelques fausses têtes pour S.O.S. fantômes 2 et des effets spéciaux pour la série Monsters), Mark Sullivan (à qui nous devons les créatures en stop-motion de House et House 2) et Peter A. Montgomery Scott (signataire de l’animation du squelette de Legend of the Golden Fishcake).

Old School

La démarche de Sinbad the Fifth Voyage est forcément louable et son caractère anachronique a quelque chose de délicieusement rafraîchissant. Mais le film croule sous les maladresses. Ses acteurs peu convaincants, son intrigue filiforme et sa mise en scène anonyme jouent forcément en sa défaveur. Même les créatures – aux designs souvent intéressants et à l’animation fluide – sont dépréciées par les effets visuels qui les combinent avec les acteurs réels. Les incrustations sont souvent ratées, les effets de flou excessifs, l’abus de particules flottantes saute aux yeux, bref le rendu visuel n’est pas à la hauteur malgré une bonne volonté manifeste. Quelques très jolis tableaux surnagent – les plans féeriques de la montgolfière survolant les volcans en éruption par exemple – et l’ambition du projet force le respect. D’autres initiatives de ce type sont évidemment à encourager, à condition qu’un soin plus attentif soit apporté à l’esthétique générale et à la dramaturgie. Il s’en fallut de peu que Sinbad the Fifth Voyage se mue en petite œuvre culte pour amateurs d’effets spéciaux « old school ». En l’état, le film de Solimon est une simple curiosité passée quelque peu inaperçue. Bien sûr, le générique de fin remercie chaleureusement Ray Harryhausen « pour son inspiration ».

 

© Gilles Penso

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MOSQUITO (1994)

Suite au crash d’un OVNI, des moustiques atteignent des proportions gigantesques et attaquent la population…

MOSQUITO

 

1994 – USA

 

Réalisé par Gary Jones

 

Avec Gunnar Hansen, Ron Asheton, Steve Dixon, Rachel Loiselle, Tim Lovelace, Mike Hard, Kenny Mugwump, Josh Becker, Margaret Gomoll, John Reneaud

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Une mystérieuse capsule extraterrestre (une très jolie maquette qui nous met toute de suite dans l’ambiance « série B du film) se dirige vers notre planète et s’écrase au cœur de la forêt du Michigan. De la carcasse échouée émerge le corps d’une entité extra-terrestre conforme au look des aliens de La Guerre des mondes : un long bras reptilien et de grands doigts effilés. Un moustique se pose sur la peau de la créature et la pique. Dès lors une étrange mutation génétique se met en branle. Voilà comment commence le premier long-métrage de Gary Jones, un grand fan de cinéma de genre qui pense à cette idée de moustiques mutants depuis les années 80 et s’implique à fond dans le film (ses parents participent, plusieurs véhicules familiaux sont mis à contribution). Malheureusement, le budget à sa disposition se réduit comme peau de chagrin et les grandes ambitions qu’il caresse pour son Mosquito doivent être drastiquement revues à la baisse. D’où des effets spéciaux de qualité très variables. Si les maquillages spéciaux, les effets mécaniques et la pyrotechnie (supervisés par Jones lui-même) tiennent la route, et si les marionnettes mécaniques coordonnées par Matt Hundley fonctionnent plutôt bien, on ne peut pas en dire autant des figurines en stop-motion. Leur animation n’est pas en cause (elle est assurée par le talentueux Paul Jessel), mais les incrustations sont tellement horribles qu’elles feraient presque saigner les yeux des spectateurs.

Suite à la rencontre impromptue entre l’insecte et l’extra-terrestre en début de métrage, la situation dégénère. Dans toute la région, les habitants sont sauvagement attaqués par des moustiques géants de presque deux mètres d’envergure en quête de sang humain. La garde forestière Megan (Rachelle Loiselle), son petit-ami Ray (Tim Lovelace) et le docteur Parks (Steve Dixon), un météorologiste envoyé par le gouvernement, découvrent l’effroyable carnage et tentent d’unir leurs forces contre la menace vrombissante qui infeste les cieux. Plusieurs scènes parviennent à sortir du lot malgré les faibles moyens du film, notamment la poursuite du camping-car, l’assaut final de la maison ou l’homme armé d’une tronçonneuse qui s’en prend aux moustiques géants (par l’entremise de rétroprojections efficaces). On note que l’homme en question est interprété par Gunnar Hansen, le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse, ce qui ne manque pas d’ironie. Il se fend d’ailleurs d’une réplique en forme de clin d’œil lorsqu’il empoigne son engin : « ça doit bien faire vingt ans que je ne me suis pas servi d’un de ces trucs ».

Moustiques à la tronçonneuse

Mosquito se permet quelques passages gore, en particulier lorsque le dard d’un des insectes géants s’enfonce dans l’œil d’un pêcheur, ou lorsqu’un homme se vide de son sang jusqu’à ce que ses yeux s’éjectent de leur orbite. Gary Jones n’hésite pas à exhiber quelques cadavres sévèrement amochés, comme au moment de cette vision de cauchemar au cours de laquelle le camping-car est jonché de corps exsangues et desséchés. La mise en scène joue aussi habilement sur le bruitage stressant des insectes géants. Mais le film souffre de beaucoup de maladresses et de l’injection quasi-systématique d’un humour balourd véhiculé par une poignée de personnages affligeants : le garde forestier voyeur, les gangsters stupides, les pécheurs idiots, tous accompagnés dans leurs actions par une musique éléphantesque qui croit bon de surligner les effets comiques. Mosquito n’entra donc guère dans les mémoires, mais la carrière de Gary Jones était lancée, poursuivant sans complexe la voie du fantastique débridé avec une prédilection pour les grosses bébêtes. Il dirigea ainsi plusieurs épisodes de séries TV (Xena la guerrière, Hercule, Chérie j’ai rétréci les gosses, Sheena) puis quelques « creature features » plus ou moins convaincants, en particulier Spiders, Crocodile 2, Planet Raptor ou encore l’impensable Axe Giant et son titan armé d’une hache.

 

© Gilles Penso

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JEKYLL & HYDE (1990)

Michael Caine entre dans la peau du docteur Jekyll aux côtés de l’ex-Drôle de dame Cheryl Ladd dans cette version télévisée britannique…

JEKYLL & HYDE

 

1990 – GB

 

Réalisé par David Wickes

 

Avec Michael Caine, Cheryl Ladd, Joss Ackland, Ronald Pickup, Diane Keen, Kim Thomson, Kevin McNally, David Schofield, Lee Montague, Miriam Karlin

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Le long téléfilm Jack l’éventreur réalisé par David Wickes pour Thames Television, avec Michael Caine en tête d’affiche, fit son petit effet lors de sa diffusion en 1988 un peu partout dans le monde. Face à ce succès public et critique, les deux hommes décident de se réunir pour un autre récit victorien, en l’occurrence une adaptation de « L’Étrange cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde » de Robert Louis Stevenson. Ce sera un nouveau téléfilm (deux fois moins long que le précédent, 90 minutes au lieu des trois heures de Jack l’éventreur), cette fois-ci destiné à ITV. Pour se distinguer des innombrables œuvres déjà consacrées à ce bon docteur Jekyll, le scénario que Wickes écrit lui-même s’attarde sur le scandale social en inventant pour l’occasion de nouveaux personnages. Nous sommes dans l’Angleterre de 1884 et Jeffrey Utterson (Ronald Pickup), exécuteur testamentaire d’Henry Jekyll, s’apprête à disperser ses biens quand il retrouve Sara Crawford (Cheryl Ladd, ancienne espionne de charme chez les Drôles de dames). Disparue depuis cinq ans, Sara est légataire universelle du docteur, dont elle a eu un fils, mais ne veut rien recevoir. Pour éclaircir le mystère qui pèse sur la mort d’Henry, Sara accepte de raconter son étrange histoire, à l’occasion d’un long flash-back qui constitue le corps principal du film.

Dans cette version de l’histoire, Jekyll est veuf, ayant perdu sa femme d’une pneumonie. Il s’éprend alors de Sara, sa belle-sœur, une femme déjà mariée mais qui ne ressent plus aucun amour pour son époux parti à Singapour. Au départ, la relation est purement platonique et le père de Sara, le docteur Lanyon (Joss Ackland), regarde Jekyll d’un mauvais œil, le tenant pour responsable de la mort de sa première fille. On le voit, plusieurs intrigues non imaginées par Stevenson viennent s’immiscer dans le récit pour compliquer la vie de notre savant obnubilé par ailleurs par ses expériences. Car Jekyll, on le sait, étudie la limite insaisissable qui sépare le bien du mal. En testant sur lui-même sa précieuse formule, Henry se transforme en monstrueux Edward Hyde, une brute sans foi ni loi qui commence à entacher la ville de ses crimes sanglants…

Idylles compliquées et mutations difformes

À l’instar d’autres téléfilms remaniant les mythes fantastiques classiques, comme le Dracula de Dan Curtis ou le Frankenstein de Jack Smight pour n’en citer qu’une poignée, cette version prend donc plusieurs libertés avec les évènements décrits dans l’œuvre originale, ajoutant même des parents que nous ne connaissions pas (le père de Jekyll étant incarné par le vétéran Lionel Jeffries) et un journaliste avide de scandale (David Schofield). Malgré ses nombreuses infidélités, Jekyll & Hyde s’attache à retranscrire avec le plus de fidélité et de rigueur possibles l’ambiance et l’essence de la prose de Stevenson, ainsi que le cadre historique du récit. Michael Caine possède tout le charisme nécessaire au rôle de Jekyll et sa transformation en Hyde, à grand renfort de prothèses gonflables, est servie par des effets spéciaux de maquillages spectaculaires, œuvre conjointe de Stuart Conran (Hellraiser) et Mark Jones (Cabal). En revanche, Hyde, au stade final de sa métamorphose, est bien trop monstrueux – sorte d’Elephant Man chauve et boursouflé – pour être plausible. Ce téléfilm à l’approche pourtant réaliste pèche bizarrement par excès dans ces moments-là. Quant au dénouement, il offre aux téléspectateurs une surprise propre à susciter le malaise. Même si ce Jekyll & Hyde remporte beaucoup moins de suffrage que Jack l’éventreur, Caine sera nommé aux Golden Globes et aux Primetime Emmys pour sa performance.

 

© Gilles Penso


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TED (2012)

Mark Wahlberg incarne un trentenaire dont le meilleur ami est un ours en peluche aussi oisif, graveleux et potache que lui…

TED

 

2012 – USA

 

Réalisé par Seth MacFarlane

 

Avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Joel McHale, Giovanni Ribisi, Sam Jones, Patrick Warburton et la voix de Seth MacFarlane

 

THEMA JOUETS

Le soir de Noël, un petit garçon de huit ans formule un souhait un peu fou : que son ours en peluche prenne vie et devienne son ami pour la vie. Or le vœu se réalise et Ted et John sont désormais inséparables. Voilà qui pourrait donner lieu à un joli film pour enfants, un de ces contes enjôleurs susceptibles d’être diffusés en boucle sur Disney Channel pendant les périodes de fêtes. Mais ce n’est que le point de départ de Ted. Après le générique, nous découvrons que John a désormais 35 ans, et si son ours en peluche est toujours à ses côtés, il a désormais une voix de ténor et traîne avec lui sur le canapé en regardant la télé tout en échangeant des blagues graveleuses et en se gavant de bière. Car voilà : malgré son argument fantastique, Ted est une comédie trentenaire classique reproduisant une formule connue, celle du jeune adulte qui refuse de grandir, flanqué d’un bon copain sympathique mais lourdaud et d’une petite amie qui peine à trouver sa place dans l’équation. Tout l’intérêt – et l’originalité – du film repose donc sur l’intégration dans ce sous-genre comique classique d’un élément purement fantastique dérivé d’un conte de fée traditionnel. Un peu comme si Winnie l’Ourson venait envahir l’univers des frères Farrelly.

Jusqu’à présent, Seth MacFarlane s’était spécialisé dans les séries d’animation déployant déjà un humour adulte et référentiel (Family GuyLes Griffin, American Dad). Si Ted est au départ envisagé comme un autre show animé, le réalisateur décide finalement de passer à la prise de vues réelles. Le studio 20th Century Fox, qui accompagne depuis longtemps ses travaux, n’est pas très confiant dans cette entreprise et préfère se désister. C’est donc Universal qui prend le relais. Totalement investi dans le film, MacFarlane l’écrit et le réalise, mais prête également sa voix à l’ours en peluche. Il lui donne aussi sa gestuelle via la technique de la motion capture. « Seth sait exactement ce qu’il veut et peut souvent le dessiner pour vous sur une serviette de table » nous raconte Eric Leven, l’un des superviseurs des effets visuels du film. « Si les paupières dans ce plan sont un peu trop hautes, si elles doivent être décalées, si la forme de la bouche n’est pas tout à fait correcte, il dessine exactement ce qu’il veut sous forme de petit dessin animé pour que les animateurs sachent précisément ce qu’il a en tête. » (1) Ce sens de la minutie s’avère payant. Ted est en effet criant de vérité, fruit du travail conjoint de deux compagnies d’effets spéciaux complémentaires : le Tippett Studio et Digital Pictures Iloura.

Un ours bien léché

Extrêmement référentiel, l’humour de Ted tourne principalement autour de la culture pop des années 80. On y trouve donc en vrac un téléphone qui sonne avec la musique de K 2000, une allusion au chapeau d’Indiana Jones, la reprise de la chorégraphie de « Staying Alive » façon Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (une parodie de parodie, en somme), des clins d’œil à Superman Returns, Octopussy, Star Wars, et surtout un hommage récurrent au Flash Gordon de Mike Hodges avec une longue apparition pleine d’autodérision du comédien Sam Jones (en très grande forme). D’autres guests apparaissent aussi dans leur propre rôle, comme Tom Skeritt, Norah Jones ou Ted Danson. Quant à Giovanni Ribisi, il est comme toujours parfait dans la peau d’un inquiétant sociopathe (personnage qu’il esquissait déjà dans la série Friends et qui lui ouvrit en grand les portes d’Hollywood). Ted se consomme donc sans modération et avec une jubilation communicative. Le gigantesque succès du film au moment de sa sortie en salles entraîna la mise en chantier d’un second épisode en 2015. La 20th Century Fox s’en mordit bien sûr les doigts.

 

(1) Propos extraits du livre « Mad Dreams and Monsters: the Art of Phil Tippett and the Tippett Studio » (Cameron Books)

 

 

© Gilles Penso

 

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KNOCK AT THE CABIN (2023)

Le quinzième long-métrage de M. Night Shyamalan place une famille face à un dilemme dont l’issue est l’avenir de l’humanité…

KNOCK AT THE CABIN

 

2023 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Dave Bautista, Jonathan Groff, Ben Aldridge, Nikki Amuka-Bird, Kristen Cui, Abby Quinn, Rupert Grint, M. Night Shyamalan

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Knock at the Cabin n’était pas destiné initialement à M. Night Shyamalan. Le scénario de Steve Desmond et Michael Sherman, adaptation du roman « The Cabin at the End of the World » de Paul Tremblay, fut acquis par la compagnie FilmNation avant même la publication du livre. Mais le réalisateur de Sixième sens tombe sur ce script et l’adore. Il en fait une affaire personnelle, y ajoute sa plume pour se le réapproprier et lance une co-production entre sa propre société Blinding Edge Pictures et Universal Pictures (pour qui il a déjà réalisé Old). Énigmatique, le récit prend d’abord la forme d’un « home invasion » oppressant avant de s’orienter vers quelque chose de beaucoup plus surprenant, jouant sans cesse le décalage entre un huis-clos avec une poignée de personnages et des conséquences extérieures à échelle planétaire. C’est une illustration inattendue de l’effet papillon, ramené sous un jour beaucoup plus mystique que scientifique. Voilà donc un sujet taillé sur mesure pour celui qui mit en scène Signes et Phénomènes. Dans le rôle clé de Leonard, l’homme par qui les événements se déclenchent, Shyamalan pense immédiatement à l’impressionnant Dave Bautista après avoir apprécié sa prestation dans le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Le reste du casting est moins familier du grand public, à l’exception de Rupert Grint, le Ron de la saga Harry Potter, dans un contre-emploi savoureux de « chien fou » incapable de réfréner ses émotions.

Le film commence dans un cadre idyllique digne du jardin d’Eden, que Shyamalan filme pourtant avec une certaine étrangeté. Wren, une fillette asiatique (Kristen Cui), capture des sauterelles et les installe dans un bocal, en prenant bien soin de noter leurs caractéristiques dans son cahier. Bientôt, une silhouette imposante vient à sa rencontre. L’homme se veut rassurant, son regard est affable, mais sa carrure est celle d’un colosse. Il s’agit de Leonard, qui affirme ne rien vouloir d’autre que sympathiser avec la gamine. Wren, logiquement méfiante, répond qu’elle n’est pas autorisée à parler aux étrangers. Leonard comprend, mais il entame la conversation malgré tout. Et pendant qu’il parle, d’autres inconnus s’approchent, armés d’outils tranchants fort peu rassurants. Wren prend peur et s’enferme dans sa maison, rejointe par ses deux pères Eric (Jonathan Groff) et Andrew (Ben Aldridge). Tous trois s’inquiètent. Qui sont ces gens à l’extérieur ? Et pourquoi tiennent-ils tant à entrer chez eux ?

Apocalypse Now ?

Le cinéaste n’a pas choisi par hasard de commencer son film avec des sauterelles, symbole évident d’un fléau divin (elles représentent l’une des dix plaies d’Égypte) mais aussi métaphore du microcosme enfermé dans la cabane. Ces humains minuscules ne sont-ils pas eux aussi soigneusement étudiés par une force supérieure ? La question qui taraude assez vite le spectateur est somme toute assez simple : Shyamalan va-t-il réussir à tenir sur une idée aussi minimaliste pendant toute la durée du métrage ? Certes, des échappées sous forme de flash-backs s’intéressant à des épisodes importants de la vie d’Eric et Andrew permettent de sortir furtivement du huis-clos et de nous faire découvrir avec plus d’acuité leurs caractères respectifs et la force du lien qui les unit. Mais pour le reste, l’enfermement et la tension restent les maîtres mots. Or non seulement le réalisateur parvient à nous tenir en haleine, mais il va surtout jusqu’au bout de son concept, nous poussant sans cesse à nous positionner moralement par rapport à cette situation inédite. Sa mise en scène virtuose – et pourtant discrète – parvient à créer le malaise à partir des choses les plus banales, tandis que raisonne de manière obsessionnelle le mantra d’un des personnages : « Crois en quelque chose de plus grand que toi ». Nous ne sommes finalement pas loin des questionnements autour de la foi que développait Signes, avec à la clé une interrogation lancinante : les coïncidences existent-elles, ou tout est-il déjà déterminé à l’avance ? Passionnant et inconfortable, Knock at the Cabin ne pouvait évidemment pas plaire à tout le monde. Mais combien de films parviennent-ils encore autant à bousculer et à surprendre sans jamais emprunter les sentiers battus ?

 

© Gilles Penso

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FOU À TUER (1986)

Klaus Kinski incarne le fils d’un officier nazi qui capture des jeunes femmes dans son appartement, les séquestre et les assassine…

CRAWLSPACE

 

1986 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Klaus Kinski, Talia Balsam, Barbara Whinnery, Carole Francis, Tane McClure, Kenneth Robert Shippy, Sally Brown, Jack Heller, David Abbott, Sherry Buchanan

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Fidèle à ses habitudes, le producteur Charles Band tourne plusieurs films en même temps, recycle les décors et les accessoires des longs-métrages qu’il chapeaute et vend des concepts à d’éventuels investisseurs sur simple présentation d’un titre prometteur et d’un poster alléchant. Lorsqu’il réussit à intéresser du monde autour d’un projet baptisé Crawlspace (qu’on pourrait traduire par « vide sanitaire »), il charge David Schmoeller d’en tirer un scénario. Ce dernier avait passé un moment agréable avec Band sur le tournage de Tourist Trap, donc pourquoi pas ? Schmoeller imagine l’histoire d’un vétéran de la guerre du Viet-Nam devenu psychopathe au point de transformer son grenier en camp de prisonniers de guerre. Band aime le concept mais craint que le public américain ne soit pas encore prêt pour un tel sujet. Il envisage plutôt de transformer le personnage en ancien nazi. Les réticences de Schmoeller – bien légitimes – s’évaporent lorsque son producteur lui promet Klaus Kinski dans le rôle principal. Cet acteur légendaire étant disponible, tout le monde saute sur l’occasion et le scénario est spécialement réécrit pour lui. Mais Schmoeller déchante rapidement. Kinski se comporte en effet comme un dément pendant le tournage, hurle lorsque les costumes qu’on lui propose ne lui conviennent pas, refuse de prononcer certains dialogues, n’obéit pas aux instructions de base que sont « action ! » et « coupez ! », provoque de nombreuses bagarres. Les membres de l’équipe finissent même par supplier Schmoeller de l’abattre ! Finalement, le titre français du film se sera révélé parfaitement adapté.

Tant bien que mal, Fou à tuer se tourne malgré la tourmente. Les spectateurs attentifs reconnaîtront le décor de l’immeuble dans lequel se déroule la quasi-totalité de l’action : c’est le même que celui de Troll. Charles Band reste le roi du recyclage. Kinski incarne Karl Gunther, le propriétaire des lieux, un homme passablement perturbé saisi par des élans sadomasochistes. Fils d’un tortionnaire nazi, il fut lui-même médecin à Buenos Aires où il pratiqua l’euthanasie sur bon nombre de patients. Désormais, il espionne ses voisines, en kidnappe quelques-unes, les mutile ou les tue et se confesse dans un journal intime. « Autrefois je tuais pour la science, maintenant je tue parce que je ne peux plus m’arrêter » écrit-il l’air pensif. Lorsqu’il n’occis pas ou ne prélève pas d’organes sur ceux qu’il considère comme ses rivaux, Gunther joue à la roulette russe avec un pistolet chargé, dans l’espoir de se tuer un jour et de mettre fin à sa folie meurtrière avec le peu de moralité qui lui reste. Mais c’est à chaque fois un « clic » qui résonne lorsqu’il appuie sur la gâchette. « Qu’il en soit ainsi » dit-il alors avec philosophie, avant de reprendre ses activités troubles.

Tuez Monsieur Kinski !

Fou à tuer se drape d’une musique superbement grandiloquente de Pino Donaggio, qui prend bien soin d’éviter d’autoplagier son travail sur Body Double lors des nombreuses séquences de voyeurisme du film. Dans l’une d’elles, Tane McClure, la fille de l’acteur Doug McClure (Le Sixième continent, Les 7 cités d’Atlantis) en fait des tonnes, se trémoussant sans retenue et découpant aux ciseaux les bouts de son soutien-gorge ! Papa Doug sera fort mécontent en découvrant le résultat. Quant à Kinski, il montrera un fort penchant pour l’actrice, à tel point que le réalisateur la sollicitera tout le temps sur le plateau, même lorsque sa présence n’est pas nécessaire, dans l’espoir de calmer le tempérament imprévisible de sa star. Le film redouble de séquences troublantes, notamment les lamentations muettes d’une prisonnière enfermée dans une cage dont Gunther a coupé la langue mais qu’il maintient en vie pour avoir quelqu’un à qui parler, ou les reptations surréalistes de Kinski dans les conduits qui relient chacun des appartements. Le problème, c’est que l’intrigue n’est pas follement palpitante, les personnages passant le plus clair de leur temps à monter les escaliers, descendre les escaliers et frapper aux portes. Tout ce qui tourne autour de ce super-vilain néo-nazi est finalement si excessif (ses gadgets, ses armes, ses instruments de torture, son comportement général) que le climax, conçu comme une descente aux enfers cauchemardesques, sombre tranquillement dans le ridicule. Pour prendre sa revanche sur cette expérience traumatisante, David Schmoeller réalisera plus tard un court-métrage au titre évocateur : Please Kill Mr. Kinski !

 

© Gilles Penso

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L’EXPÉRIENCE INTERDITE (1990)

L’une des œuvres les plus emblématiques de Joel Schumacher plonge cinq étudiants en médecine dans un voyage dangereux vers l’au-delà…

FLATLINERS

 

1990 – USA

 

Réalisé par Joel Schumacher

 

Avec Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin, Oliver Platt, Kimberly Scott, Joshua Rudoy

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Pendant ses jeunes années à Boston, l’étudiant Peter Filardi est marqué par l’expérience de mort imminente que lui raconte l’un de ses amis. Bien plus tard, Filardi s’en inspire pour imaginer le récit de L’Expérience interdite. Ce sera son premier scénario de long-métrage. Au moment où on lui propose de porter cette histoire à l’écran, Joel Schumacher est en train de réaliser un documentaire sur « The Center of Living » de New York, une organisation dédiée à l’accompagnement des patients au stade terminal de leur maladie. Ce tournage est bien sûr éprouvant, et la lecture du scénario de Filardi fait écho dans l’esprit du cinéaste. Fasciné par cette histoire de vie et de mort, Schumacher sait qu’il risque malgré tout de se heurter à un obstacle : comment rendre visuellement attrayantes ces nombreuses scènes statiques où un groupe d’acteurs regarde l’un d’entre eux allongé sur une table ? La solution lui saute aux yeux : s’écarter d’une approche clinique réaliste au profit d’une mise en image baroque et gothique. Ses principaux alliés artistiques seront le chef décorateur Eugenio Zanetti, le directeur de la photographie Jan de Bont et le compositeur James Newton Howard. De l’autre côté de la caméra, Schumacher parvient à réunir un casting de jeunes talents diablement prometteurs : Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt.

L’Expérience interdite raconte l’histoire de cinq étudiants en médecine ambitieux et audacieux qui rêvent de découvrir ce qui se passe après la mort. Pour répondre à cette question existentielle, ils décident de se plonger dans un état de « mort provisoire » selon un procédé technique très minutieux : l’arrêt du cœur grâce au chlorure de potassium, la baisse de la température, la mort clinique, puis le retour à la vie par injection d’adrénaline. Bientôt, l’expérience se mue en compétition, chaque cobaye désirant demeurer plus longtemps en état de « mort provisoire » que le précédent. Mais les visions fugitives perçues pendant cet état second reposent sur les erreurs, les fautes, les frustrations et les remords liés à chaque individu qui tente l’expérience. Et ces visions resurgissent après que les cobayes aient été ranimés. Car on ne revient pas seul de l’au-delà…

D’entre les morts

L’Expérience Interdite fait partie de ces films rares dont l’alchimie insaisissable naît d’une cohésion de talents œuvrant dans un parfait unisson. En s’appuyant sur le charisme de ses jeunes comédiens et sur le savoir-faire de son équipe artistique, Joel Schumacher redouble d’inventivité pour faire pénétrer les spectateurs dans la subjectivité de ses personnages. Le moindre détail anodin prend alors une tournure inquiétante : des vélos qui crissent de manière trop stridente, une rame de métro qui change presque d’aspect en entrant dans un tunnel, l’éclairage d’une ruelle nocturne qui se modifie… En revenant d’entre les morts, nos héros ont une perception soudain altérée de la réalité, prélude au surgissement de visions beaucoup plus alarmantes. On pense aux effets de style d’Adrian Lyne dans L’Échelle de Jacob, dont le sujet est très voisin. Les scènes purement fantastiques de L’Expérience interdite – autrement dit les « voyages » dans l’au-delà et les hallucinations qui en découlent – possèdent un caractère quasiment palpable, à tel point que le spectateur est soumis à une véritable douche écossaise. Les tréfonds de l’horreur cérébrale et les moments d’émotion pure s’alternent sans cesse, avec à la clef l’apparition des fantômes du passé et leurs doubles visages (enfant assassin / enfant fragile, père zombie / père affectueux). Le risque pris par le scénario de Filardi était le basculement final dans une rédemption imprégnée de moralisation judéo-chrétienne balourde. Le film n’échappe pas totalement à cet écueil mais demeure une pièce maîtresse dans l’œuvre de Joel Schumacher, sans conteste l’un de ses films les plus mémorables et les plus aboutis.

 

© Gilles Penso


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CANDY LAND (2022)

Le sang et le sexe s’entremêlent étroitement dans ce slasher très particulier confrontant un petit groupe de prostituées à une série de meurtres brutaux…

CANDY LAND

 

2022 – USA

 

Réalisé par John Swab

 

Avec Olivia Luccardi, Eden Brolin, Sam Quartin, Owen Campbell, William Baldwin, Virginia Rand, Guinevere Turner, Brad Carter, Bruce Davis, Mark Ward

 

THEMA TUEURS

Spécialisé dans les films cérébraux revisitant les effets de style du cinéma de genre et notamment le thriller – Let Me Make You a Martyr (2016), Tun with the Hunted (2019), Body Brokers (2021) ou Ida Red (2021) -, John Swab décide en 2022 de s’attaquer à la figure du slasher qu’il souhaite détourner de ses codes classiques pour l’inscrire dans un contexte inhabituel. Il écrit et réalise donc Candy Land, qui marque sa cinquième collaboration consécutive avec le producteur Jeremy M. Rosen, et s’installe avec sa petite équipe dans le Montana. Si la majorité de ses comédiens sont peu connus, il s’offre tout de même la présence de William Baldwin dans le rôle ambigu d’un shérif complaisant aux pulsions troubles et incontrôlables. L’intrigue s’attache à un petit groupe hétéroclite de travailleurs du sexe qui sévissent dans un relais routier et cohabitent dans un motel sous la direction maternelle de la maquerelle Nora (Guinevere Turner). Il y a là Sadie (Sam Quartin), Riley (Eden Brolin) et Liv (Virginia Rand), ainsi que l’éphèbe Levi (Owen Campbell) qui ne laisse pas insensible le shérif Rex (Baldwin donc). Ce microcosme vit une routine sordide et désabusée sans faire de vagues.

Dès ses premières secondes, Candy Land expose sans la moindre retenue l’acte sexuel et la nudité frontale, mais en évacuant volontairement tout glamour. L’érotisme n’a pas droit de cité dans cet univers cafardeux et impersonnel où l’amour se monnaye. En ce sens, le visuel très provocateur de l’affiche du film est trompeur. Mais il est vendeur, il faut bien l’avouer ! Pour un long-métrage consacré à la prostitution, aguicher le chaland de manière racoleuse procède finalement d’une certaine logique. Un grain de sable va finir par s’immiscer dans le train-train quotidien des marchands de sexe. Il s’agit de Remy (Olivia Luccardi), une jeune femme en perdition. Membre d’une secte religieuse qui distribue à tout va des tracts annonçant que « la fin est proche » et qui prie pour le salut des âmes, Remy a fui les siens et se réfugie dans cette nouvelle « famille » bien peu orthodoxe. C’est alors qu’une série de meurtres ensanglante soudain le relais routier…

Le grand écart

Le son lancinant des camions, dont le klaxon prend les allures d’une corne de brume perdue dans le lointain, rythme le quotidien morose – mais filmé sans misérabilisme – des protagonistes de Candy Land. Lorsque survient la figure bigote de Remy, dont la motivation secrète semble être la volonté de purifier son entourage par tous les moyens, Saint Maud nous revient en mémoire. Mais il faut bien avouer que les motivations et l’évolution psychologique de cette jeune femme introvertie manquent de clarté, voire de crédibilité. Le premier meurtre que filme Swab est inattendu et franchement osé, mêlant de manière très étroite le plaisir de la chair et les agonies du supplicié. Cette scène trouvera son écho plus tard dans une autre mise à mort en plein acte sexuel où le sang écarlate saturera toute l’image. Opérant ans cesse le grand écart, Candy Land nage entre deux eaux. Son postulat pourrait être celui d’un film d’exploitation pur et dur. Il en comporte en effet les composantes idéales : le sexe, le sang et une pointe de religion déviante. Mais le film choisit de prendre ses distances avec le genre en se donnant les allures d’une chronique sociale doublée d’un drame psychologique. La démarche est intéressante mais pas totalement concluante. On en vient à se demander si une approche plus frontale (celle que promettait l’affiche avec son crucifix-couteau et son minishort aguicheur) n’aurait pas été plus efficace. Car pour être honnête, ni les amateurs de films d’horreur ni les spectateurs en quête d’un cinéma indépendant exigeant ne risquent de ressortir satisfaits de cette œuvre en équilibre instable.

 

© Gilles Penso


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GODZILLA II : ROI DES MONSTRES (2019)

Il revient, et il n’est pas content ! D’autant que Mothra, Ghidrah et Rodan ont décidé de se joindre à la fête…

GODZILLA: KING OF THE MONSTERS

 

2019 – USA

 

Réalisé par Michael Dougherty

 

Avec Kyle Chandler, Vera Farmiga, Ken Watanabe, Sally Hawkins, Millie Bobby Brown, Bradley Whitford, Thomas Middleditch, CCH Pounder, Charles Dance

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I DRAGONS I SAGA GODZILLA I MONSTERVERSE

En réalisant sa propre version de Godzilla, Gareth Edwards l’envisageait comme un film autonome ne nécessitant aucune suite. Mais Hollywood ne fonctionne pas selon cette logique, on le sait bien. Lorsque le long-métrage se hisse au sommet du box-office dès sa sortie en salles, la compagnie Legendary lance aussitôt la mise en chantier d’un nouvel épisode. Une idée un peu folle se met même à germer dans l’esprit des cadres de la société de production : pourquoi ne pas concevoir un gigantesque « Cinematic Universe », à la manière de celui de Marvel, en imaginant une série de crossovers confrontant les grands monstres les plus célèbres ? C’est dans cet esprit que seront mis en chantier Kong : Skull Island et plus tard Godzilla vs. Kong. Mais pour l’heure, il faut donner une suite au Godzilla de 2014. Le scénario est confié à Michael Dougherty et Zach Shields (auteurs du sympathique Krampus). Gareth Edwards étant sollicité par le tournage de Rogue One puis occupé par des projets plus personnels, c’est Dougherty qui hérite de la mise en scène de Godzilla II : Roi des monstres. Enthousiaste, ce dernier envisage son épisode comme une suite musclée et survitaminée, n’hésitant pas à affirmer que son film sera à Godzilla ce qu’Aliens était à Alien. L’intention est claire : il faut en mettre plein la vue.

L’intrigue de Godzilla II se situe cinq après les événements décrits dans le film précédent. Désormais, l’existence des monstres géants (« Titans » pour les intimes) est connue de tous. Le docteur Emma Russell (Vera Farmiga), une paléobiologiste qui travaille pour l’organisation Monarch, s’est séparée de son époux Mark (Kyle Chandler), suite à la mort de leur fils Andrew, et vit désormais avec sa fille Madison (Millie Bobby Brown). Alors que toutes deux assistent avec fascination à la naissance de la gigantesque chenille Mothra, un groupe d’éco-terroristes dirigé par l’ancien colonel de l’armée britannique Alan Jonah (Charles Dance) attaque leur base et les kidnappe. Mark est donc sollicité par ses ex-collègues de chez Monarch pour aider à les retrouver. Peu à peu, d’autres créatures colossales s’éveillent et commencent à semer le chaos : le dragon tricéphale Ghidrah, le ptérodactyle Rodan et bien sûr ce bon vieux Godzilla.

L’attaque des Titans

Le film ne pèche pas par manque de générosité, certes, mais les monstres de Godzilla II nous sont jetés à la figure les uns après les autres en une orgie d’images de synthèse sans charme ni retenue qui nous empêchent d’apprécier pleinement la beauté intrinsèque des créatures. Ce n’est pas tant le design des bêtes qui pèche (de ce point de vue, le travail des artistes conceptuel est irréprochable), mais plutôt leur mise en scène qui, à trop vouloir jouer la carte du dynamisme spectaculaire, n’engendre que confusion et frustration. Michael Dougherty sature ses images de fumée, de lumières multicolores qui clignotent, de particules qui flottent, d’éclairs, de pluie, de neige, de foudre, de gerbes d’eau, de lave en fusion, le tout filmé par une caméra qui a la tremblote. Par conséquent, le corps à corps de Godzilla et Ghidrah en Antarctique, le surgissement de Rodan dans un volcan mexicain, l’éclosion de Mothra au milieu d’une cascade ou le combat de catch final ressemblent à des spectacles de son et lumière sous acide. Comment s’impliquer dans de telles séquences sans avoir la migraine ? Il y a certes une idée intéressante qui surnage au fil du scénario de Shields et Dougherty : cette attaque des Titans serait le réveil du système immunitaire de notre planète contre l’infection que représente l’espèce humaine. Mais cette théorie, expliquée scolairement à mi-parcours du film, n’a aucune réelle conséquence sur le déroulement du récit. De fait, malgré un casting de premier ordre (Kyle Chandler, Vera Farmiga et Charles Dance rivalisent comme toujours de charisme), rien n’est crédible dans Godzilla II. Gareth Edwards avait donc raison : son Godzilla se suffisait amplement à lui-même.

 

© Gilles Penso

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