ABUELA (2021)

Une jeune femme qui démarre une carrière de mannequin à Paris est contrainte de rentrer en Espagne pour s’occuper de sa grand-mère malade…

LA ABUELA

 

2021 – ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Paco Plaza

 

Avec Alumdena Amor, Vera Valdez, Karina Kolokochykova, Alba Bonnin, Chacha Huang, Pablo Guisa Koestinger, Ileana Wilson, Marina Gutiérrez

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Paco Plaza s’est fait connaître du grand public en même temps qu’une nouvelle génération de cinéastes espagnols amoureux du fantastique et de l’horreur. Après une série de courts-métrages, il signe Les Enfants d’Abraham, L’Enfer des loups, puis crève l’écran en co-réalisant [Rec] et [Rec]2 avec Jaume Balaguero. Si son œuvre a moins d’aura que celle de son complice, il persévère dans le genre avec notamment [Rec]3 et Veronica. Et puis soudain, alors qu’il se faisait discret (son thriller Eye for an Eye n’ayant pas eu l’honneur d’une distribution en nos contrées), notre homme revient en force avec Abuela, redynamisant non seulement sa carrière mais aussi le cinéma d’horreur ibérique tout entier, lequel commençait à s’essouffler un peu. Abuela est sans conteste l’un de ses films les plus aboutis, préférant à l’horreur directe une approche beaucoup moins frontale. À travers une mise en scène subtile, toute en retenue, Plaza décide ainsi de laisser beaucoup de choses cachées dans le sous-texte, entre les lignes, pour mieux provoquer la peur. Une peur insidieuse, loin des « jump-scares » faciles. Tourné en août 2020, Abuela aura mis beaucoup de temps à se frayer un chemin jusqu’aux salles de cinéma, l’épidémie du Covid 19 ayant tout chamboulé. Mais l’attente des spectateurs fut largement récompensée.

L’entrée en matière du film est intrigante : une vieille femme, une montre qui s’arrête, un cadavre, une fille nue, une chanson sirupeuse… Rien ne permet au départ de comprendre à quoi nous avons affaire. Puis le film nous emmène à Paris, où Susana (Alumdena Amor) commence à percer dans le cercle très fermé du mannequinat de mode. Sur le point de se préparer à une séance photo qui pourrait bien faire décoller sa carrière, elle reçoit un coup de fil urgent. Sa grand-mère Pilar (Vera Valdez) vient d’être victime d’une attaque. Désormais muette, elle n’est plus autonome. Susana quitte donc la France en catastrophe, rentre à Madrid et s’installe avec sa grand-mère dans la maison où elle a passé toute son enfance. Refusant de placer Pilar dans une maison de retraite, elle se met en quête d’une aide à domicile. Mais la perle rare n’est pas facile à trouver. En attendant, elle va devoir cohabiter avec cette vieille femme prostrée au comportement de plus en plus étrange…

Les Grands Anciens

L’inquiétude s’installe lentement dans Abuela, à travers de petites touches insolites et bizarres. Tout pourrait être imputable à la sénilité et à l’état de santé fragile de la grand-mère. Mais le doute finit par s’immiscer de manière lancinante.  Il y a ces cauchemars angoissants qui n’en sont peut-être pas, ces conversations à voix basse de Pilar avec des interlocuteurs invisibles, ces crises de rire intempestives, ces disparitions et réapparitions soudaines… Notre héroïne est-elle en train de devenir paranoïaque ? A-t-elle raison de se méfier de cette jeune femme venue de nulle part (Karina Kolokochykova) qui prétend connaître sa grand-mère depuis longtemps ? L’aliénation dont elle est victime rappelle la fameuse « trilogie de l’enfermement » de Roman Polanski (Répulsion, Rosemary’s Baby et Le Locataire). Le huis-clos dans lequel s’installe l’intrigue n’y est pas étranger. Une autre source d’inspiration nous vient à l’esprit : la nouvelle « Mémé » de Stephen King, avec laquelle le scénario d’Abuela présente plusieurs points communs. On y décèle aussi cette peur inavouable de la vieillesse, cette crainte de voir nos anciens se transformer progressivement en créatures étrangères, mystérieuses et inquiétantes. Chaque fois que Susana croise dans la rue cette affiche publicitaire sur laquelle elle pose avec une beauté arrogante, ce n’est pas seulement sa carrière qu’elle voit s’éloigner à grand pas… C’est aussi sa jeunesse. Et le scénario de s’acheminer vers sa chute inéluctable, d’une noirceur et d’un cynisme étourdissants. Ce coup de maître aura permis à Paco Plaza de remporter le prix du jury du Festival du Film Fantastique de Gérardmer en 2022.

 

© Gilles Penso

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SUPER-HÉROS MALGRÉ LUI (2021)

L’acteur principal d’un film de super-héros se prend pour son personnage après un accident qui l’a rendu amnésique…

SUPER-HÉROS MALGRÉ LUI

 

2021 – FRANCE

 

Réalisé par Philippe Lacheau

 

Avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti, Jean-Hugues Anglade, Alice Dufour, Brahim Bouhlel, Pascal Boisson, Chantal Ladesou

 

THEMA SUPER-HÉROS I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Depuis le succès surprise de son premier film Babysitting en 2014, la carrière de l’acteur/réalisateur Philippe Lacheau est montée en flèche, au rythme de comédies populaires ayant su ravir un jeune public totalement en phase avec cet humour simple, franc et frontal. Suivirent donc Baysitting 2, Alibi.com et Nicky Larson et le parfum de Cupidon. Pour son cinquième long-métrage, Lacheau aimerait se frotter au pastiche d’un genre cinématographique. Ce sont d’abord les films d’espionnage qu’il a en ligne de mire. Son idée : après un accident de voiture, un acteur perd la mémoire et se prend pour l’agent secret qu’il interprète, une sorte de mixage entre James Bond et Jason Bourne. L’idée fait son chemin mais ne semble pas offrir toutes les possibilités comiques que le réalisateur a en tête. D’où la volonté de finalement parodier les films de super-héros, dont les codes connus de tous offrent une infinité de gags potentiels. Bien sûr, un tel choix nécessite des moyens relativement importants. Confiante, la production lui alloue un budget de plus de quinze millions d’euros, largement de quoi s’amuser pendant le tournage et la post-production. Après tout, Nicky Larson avait coûté la coquette somme de 18,5 millions. Quand on aime, on ne compte pas, surtout si les spectateurs répondent présents.

Fidèle à ses habitudes, Philippe Lacheau s’octroie le rôle principal, celui de Cédric, un apprenti acteur sans le sou obligé de cohabiter avec sa sœur et de transformer son appartement en point-relais pour arrondir ses fins de mois. Jusqu’au jour où il décroche le premier rôle d’un film de super-héros français, « Badman ». En réalité, il n’était que le second choix, mais l’heureux élu est devenu indisponible suite à un accident stupide. Après un entraînement intensif, Cédric revêt l’impressionnante combinaison du super-justicier (évidemment très inspirée de celle de Batman) et commence le tournage. Mais entre deux prises, il apprend que son père a été hospitalisé à des kilomètres de là. Pour le rejoindre au plus vite, il emprunte la voiture de tournage (la Badmobile) et fonce sur la route… jusqu’à l’accident. À son réveil, Cédric a totalement perdu la mémoire. Il découvre alors le costume cuirassé qu’il porte, le véhicule stylisé dans lequel il est assis, et se persuade bientôt qu’il est un réel super-héros engagé dans une mission de la plus haute importance…

Il fait le bien… mais mal

Super-héros malgré lui cultive un humour principalement visuel, assumant pleinement son absence de sophistication. On cherche donc le rire facile et les situations immédiatement absurdes, quitte à déculotter plusieurs fois d’affilée le personnage principal où à transformer sa future petite-amie (Alice Dufour) en souffre-douleur soumis à autant de sévices cartoonesques qu’un personnage des Looney Tunes. L’imagerie des films du genre est détournée avec soin (le look de Batman, le baiser de Spider-Man, le rassemblement des Avengers) et la mise en forme générale (photographie, cascades, effets spéciaux) se conforme aux ambitions du récit. En quête d’une certaine impertinence politiquement incorrecte, le scénario s’appuie même sur certains faits d’actualité réels pour les intégrer dans le script, parfois de manière involontaire, comme ce gag autour d’un pistolet réel égaré au milieu d’armes factices d’un film. Le drame survenu sur le tournage de Rust vient alors de survenir et l’équipe s’interroge longtemps avant de prendre finalement la décision de conserver la scène. Bref Super-héros malgré lui ne brille pas par sa subtilité, mais une fois de plus la bonne humeur de Lacheau et son envie sincère de bien faire finissent par emporter l’adhésion. Du coup, la phrase d’accroche du film (« Il fait le bien… mais mal ») offre une intéressante mise en abîme. Au-delà de sa bande habituelle (Élodie Fontan, Tarek Boudali, Julien Arruti), le réalisateur s’offre les services de quelques vedettes invitées : Jean-Hugues Anglade en inspecteur de police, Chantal Ladesou en productrice, Régis Laspalès en chef de famille peu recommandable, Vincent Desagnat en expert de la sécurité routière, Michel Crémadès en retraité hargneux… et même le vétéran Georges Corraface dans le rôle d’un acteur de renom. Quant à Philippe Katerine, il joue le maire de Paris dans une intrigue parallèle qui fut finalement coupée au montage pour resserrer le récit, ramenant le film à une durée de 80 minutes.

 

© Gilles Penso

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COUPEZ ! (2022)

Le réalisateur de La Classe américaine, The Artist et OSS 117 se lance dans un remake « à la française » du film japonais culte Ne coupez pas !

COUPEZ !

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Michel Hazanavicius

 

Avec Romain Duris, Marilda Lutz, Bérénice Bejo, Luana Bajrami, Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Jean-Pascal Zadi, Sébastien Chassagne, Charlie Dupont

 

THEMA ZOMBIES I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec le désopilant Ne coupez pas ! de Shin’ichiro Ueda, le visionnage de Coupez ! offre un festival de retournements de situation au fil d’un récit à tiroir vertigineux et enthousiasmant explorant à sa manière le miracle fragile de la créativité. Les spectateurs qui connaissent l’œuvre originale ne bénéficient évidemment pas du même effet de surprise. L’enthousiasme, lui, ne s’érode pas pour autant. Coupez ! se montre pourtant étonnamment fidèle à son modèle. Ce sont justement les différences qui font le sel des connaisseurs, souvent inscrites discrètement, à la marge. Car Michel Hazanavicius ne pouvait se contenter d’un simple remake servile et répétitif. Tout est né de l’envie de tourner un « film dans le film », une comédie reprenant un peu à son compte la mécanique de La Nuit américaine. Lorsque le réalisateur fait part de son projet au producteur Vincent Maraval, ce dernier vient justement d’acheter les droits du remake de Ne coupez pas ! Les deux envies fusionnent et donnent donc naissance à un film d’abord titré Z (comme Z) (en référence à la fois au mot « zombie » et à l’expression « série Z »). Le nom change lorsque la Russie entre en guerre avec l’Ukraine en arborant sur ses chars d’assaut la lettre Z. Hazanavicius prend donc le contrepied du titre original et Ne coupez pas ! devient Coupez !

Nous sommes sur le tournage d’un petit film d’horreur fabriqué avec les moyens du bord par une équipe qui n’y croit qu’à moitié. À fleur de peau, le réalisateur (Romain Duris) prend les choses très à cœur, au grand dam de ses comédiens principaux (Marilda Lutz et Grégory Gadebois), lesquels s’efforcent de s’impliquer dans un scénario qu’ils savent parfaitement absurde. La maquilleuse (Bérénice Béjo) fait ce qu’elle peut pour calmer le jeu. Mais soudain, c’est la panique : de véritables zombies débarquent sur le plateau et sèment la terreur. Au lieu de prendre ses jambes à son cou, le réalisateur décide de profiter de la situation pour tout filmer. Face à ce déferlement de gags, de répliques improbables et d’effets spéciaux sanglants, le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Les comédiens dirigés par Hazanavicius sont en effet aussi peu crédibles que ceux du film dans le film, tout le monde porte bizarrement un prénom japonais, et surtout l’intégralité des événements est filmée en plan-séquence par une caméra frénétique en mouvement perpétuel. Que se passe-t-il réellement sur ce tournage ?

La nuit américaine des morts-vivants

Michel Hazanavicius n’est pas un grand amateur de films d’horreur en général et de films de zombies en particulier. Certes, des œuvres comme Shaun of the Dead ou Dernier train pour Busan le ravissent, mais il n’est pas du genre à réciter par cœur les filmographies de George Romero ou Lucio Fulci. La figure du mort-vivant est donc un prétexte, d’abord pour s’amuser pendant le tournage (les têtes sont coupées, les bras tranchés, le sang et le vomi jaillissent par litres à l’écran) mais aussi et surtout pour s’attacher aux déboires d’une petite équipe de tournage qui ne pourra s’épanouir qu’en se serrant les coudes, fut-ce pour accoucher d’une série Z d’horreur à peu près aussi crédible que Le Lac des morts-vivants. Pour autant, il y a en filigrane une allusion à Romero qui était absente de Ne coupez pas !, à travers le choix du décor (une sorte de centre commercial désaffecté) et les répliques du comédien cérébral incarné par Grégory Gadebois, qui cite à tout bout de champ la société de consommation. Autre apport délectable logiquement inexistant chez Shin’ichiro Ueda : le film japonais original est évoqué à plusieurs reprises, ajoutant une couche supplémentaire de mise en abîme. Comme si ça ne suffisait pas, Michel Hazanavicius fait jouer sa compagne et sa fille dans ce film, qui parle justement d’un tournage dont l’aboutissement resserrera les liens d’une famille. En équilibre permanent, le cinéaste parvient ainsi à conserver jusqu’au bout une parfaite fidélité au matériau qui l’inspire tout en lui rendant des hommages additionnels étonnants et en développant sa propre sensibilité, exprimée à travers une petite troupe d’acteurs délectable, Romain Duris en tête.

 

© Gilles Penso

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DINOSAUR FROM THE DEEP (1994)

Grand passionné de cinéma bis, Norbert Moutier bricole en VHS et avec les moyens du bord sa propre réponse à Jurassic Park

DINOSAUR FROM THE DEEP

 

1994 – FRANCE

 

Réalisé par Norbert Moutier

 

Avec Jean Rollin, Sylvaine Charlet, Guy Godefroy, Norbert Moutier, Quélou Parente, Tina Aumont, Christophe Bier, Christian Letargat, Céline Letargat

 

THEMA DINOSAURES

Cinéphile compulsif, créateur du fanzine « Monster Bis » et de la librairie parisienne « BD-Ciné », auteur de romans d’horreur, journaliste spécialisé dans le fantastique et les séries B, Norbert Moutier est une figure incontournable du cinéma bis en France. D’autant qu’en plus de diffuser au plus grand nombre sa passion du genre, notre homme s’est mis en tête de réaliser lui-même ses propres films, avec des moyens ridicules mais une passion sans borne. À partir du début des années 80, il tourne donc plusieurs longs-métrages semi-amateurs (en super 8 puis en super 16 et en VHS) aux titres qui laissent rêveur : Ogroff, Hemophilia, Opération Las Vegas, Alien Platoon… En 1993, face au tsunami Jurassic Park, Norbert Moutier décide de contre-attaquer à sa mesure et se lance sans retenue dans l’invraisemblable Dinosaur From the Deep. Un titre anglais, un générique écrit dans la langue de Shakespeare, des personnages aux patronymes anglo-saxons, des plans tournés à l’arrache aux Etats-Unis (visiblement pendant un voyage touristique) et insérés un peu n’importe comment dans le film : de toute évidence, Norbert Moutier veut nous faire croire que son œuvre sort d’un studio hollywoodien, empruntant lui-même son pseudonyme habituel de N.G. Mount. Évidemment, l’illusion ne prend pas du tout, mais nous ne sommes pas à une aberration près.

Tout commence dans une sorte de terrain vague. Un méchant ricanant incarné sans la moindre retenue par Guy Godefroy, un bandeau à la Karaté Kid attaché sur le front, est pris en chasse par une équipe de chasseurs de prime armés de pistolets en plastique dont le chef, Kruger, est joué par Norbert Moutier lui-même. Les répliques de ce dernier (« Bouge pas ou je te fais éclater la gueule en mille morceaux ») donnent d’emblée le ton. Le malfrat est arrêté, seulement voilà : nous sommes dans une société futuriste où la peine de mort a été abolie. Comment l’exécuter dans ce cas ? Un avocat astucieux (Christophe Bier) trouve une solution. Il suffit de voyager dans le temps jusqu’à l’époque où la peine capitale était encore appliquée. Il suffisait d’y penser ! Le problème, c’est qu’un tel voyage coûte très cher. On décide donc de coupler cette expédition avec une mission scientifique consistant à étudier la Terre à l’époque des dinosaures, sous la direction du professeur Nolan (joué par le réalisateur culte Jean Rollin, qui vient lui-même de tourner le thriller improbable Killing Car). Pour une raison qui nous échappe (mais à ce stade, on ne se pose plus trop de questions), la mission ne part finalement pas dans le passé mais dans l’espace, sur la planète Terra où vivent des animaux préhistoriques.

Dinosaures en plastique et danse préhistorique

Voilà donc notre petite expédition qui débarque en pleine jungle du jurassique (autrement dit dans un bois de la région parisienne) et se chamaille copieusement. La prise de son et le mixage sont si approximatifs qu’on comprend à peu près un dialogue sur trois, la musique synthétique de Sylvaine Charlet (qui joue aussi l’insupportable épouse du scientifique) tourne en boucle de manière entêtante, les effets spéciaux du film sont souvent risibles (un mannequin qui brûle pour nous faire croire à une torche humaine, une petite maquette qui figure le vaisseau spatial, un œil en caoutchouc et une main en plastique pour quelques effets gore sommaires). Et puis il y a les dinosaures. Confiés aux bons soins d’Antoine Cervero, Chris Le Targat et Jérome Jardin, ils sont « interprétés » tour à tour par un jouet mécanique tenu à la main devant une feuille de carton et des arbres miniatures, un modèle en argile animé en stop-motion avec frénésie ou une grosse mâchoire rigide en papier mâché. Les interminables déambulations des protagonistes dans la forêt sont entrecoupées des gros plans de ces bêtes rugissantes. Soudain survient sans doute la séquence la plus invraisemblable du film : surgie de nulle part, une femme préhistorique en peaux de bêtes (Quélou Parente) déclare aux explorateurs « vous êtes les bienvenus sur cette planète, je vais fêter votre arrivée », lance un rock des années 60 sur son magnétophone et danse pendant deux minutes non-stop ! Distribué uniquement en VHS à l’époque et quasiment devenu introuvable depuis, Dinosaur From the Deep est un de ces petits joyaux dont raffolent les amateurs de séries Z et de curiosités sympathiquement absurdes.

 

© Gilles Penso


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PIRATES DES CARAÏBES : LA VENGEANCE DE SALAZAR (2017)

Dans cette cinquième aventure, Javier Bardem incarne un redoutable marin fantôme avide de revanche contre Jack Sparrow

PIRATES OF THE CARIBBEAN: DEAD MEN TELL NO TALES

 

2017 – USA

 

Réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg

 

Avec Johnny Depp, Javier Bardem, Brenton Thwaites, Kaya Scodelario, Kevin McNally, Geoffrey Rush, Orlando Bloom, Golshifteh Farahani, Keira Knightley

 

THEMA FANTÔMES I MONSTRES MARINS I SAGA PIRATES DES CARAÏBES

Gore Verbinski ayant déserté les aventures de Jack Sparrow depuis le troisième volet en 2007, d’autres cinéastes durent prendre le relais pour faire perdurer la franchise. Après Rob Marshall, signataire de Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence, le cinquième épisode de la saga est confié aux duettistes Joachim Rønning et Espen Sandberg, qui avaient notamment signé la comédie policière Bandidas avec Penelope Cruz et Salma Hayek. Sûr de son coup, le studio Disney lance les préparatifs du film alors que le précédent n’est pas encore sorti sur les écrans. Mais le scénario connaît de nombreux remaniements qui reportent sans cesse son entrée en production. Auteur des quatre opus précédents, Terry Rossio est logiquement engagé pour écrire le film. Mais son travail n’étant pas jugé assez satisfaisant, il est repris par Jeff Nathanson (Arrête-moi si tu peux, Le Terminal), que Johnny Depp épaule officieusement. La date de sortie de La Vengeance de Salazar recule plusieurs fois pendant ce processus. De 2015, elle passe à 2016 puis 2017. Rassembler le budget colossal nécessité par un tel blockbuster (estimé entre 250 et 320 millions de dollars) n’est pas non plus une mince affaire. Réunissant Depp et Geoffrey Rush, offrant de petites apparitions à Orlando Bloom et Keira Knightley, ce cinquième Pirates des Caraïbes semble avoir été conçu comme une sorte de « best of » dans l’espoir de séduire les fans de la première heure.

Ce sont deux nouveaux personnages qui servent de point d’accroche à l’intrigue : Henry Turner (Brenton Thwaites, le prince Philip de Maléfique), qui se met en quête du légendaire Trident de Poséidon pour libérer son père d’une malédiction le liant au Hollandais Volant, et Carina Smyth (Kaya Scodelario, future héroïne de Crawl), une astronome accusée de sorcellerie qui possède le précieux journal de son père inconnu. La quête de ces deux jeunes héros est donc directement liée à celle de leurs géniteurs respectifs. Pour parvenir à leurs fins, ils doivent unir leurs forces et s’allier bon gré mal gré avec Jack Sparrow (Johnny Depp), pirate déchu, alcoolique et excentrique qui n’a plus grand-chose d’un meneur d’hommes. Or Sparrow est dans la ligne de mire du redoutable Armando Salazar (Javier Bardem), un ancien chasseur de pirates espagnol devenu une créature spectrale, tout comme l’ensemble de son équipage, et voguant à bord d’un sinistre bateau fantôme. En s’efforçant d’échapper à ces sinistres morts flottants, Sparrow et ses deux jeunes compagnons croisent la route d’une autre vieille connaissance : le pirate Hector Barbossa (Geoffrey Rush).

Les morts à l’abordage

Conformément à l’imagerie établie dans les autres films de la franchise, La Vengeance de Salazar nous offre son lot généreux de visions fantastiques joyeusement surréalistes : le lugubre Hollandais Volant qui surgit des profondeurs, une cérémonie de mariage organisée dans un squelette de baleine transformé en église improvisée, la « résurrection » du Black Pearl sorti par miracle de sa bouteille ou encore la trop furtive intervention d’une proue agressive (réminiscence probable de celle du Voyage fantastique de Sinbad). Les adversaires de nos protagonistes sont ici une impressionnante troupe de marins fantômes aux corps et aux visages à moitié décomposés, variante des pirates zombies de La Malédiction du Black Pearl. À leur tête, Javier Bardem porte un maquillage blafard qui se complète d’une tignasse de cheveux en images de synthèse qui s’agitent au ralenti, comme s’il se déplaçait sous l’eau. Le navire de cet équipage macabre, aux allures de carcasse menaçante prenant presque l’apparence d’une araignée géante lorsqu’il aborde d’autres bateaux, est survolé de sinistres volatiles squelettiques. Ce cinquième opus rivalise donc une fois de plus de trouvailles artistiques et de prouesses techniques, son budget pharaonique autorisant tous les excès en matière de séquences d’action, de la banque arrachée à ses fondations puis traînée par des chevaux dans toute la ville à la double exécution brutalement interrompue (avec une caméra embarquée sur une guillotine transformée en manège infernal) en passant par l’impensable attaque des requins zombies. Les amateurs de la saga aquatique en ont largement pour leur argent, avec en prime une apparition de Paul McCartney dans le rôle de l’oncle de Jack Sparrow et un étonnant flash-back dans lequel Anthony De La Torre incarne une version juvénile de l’incorrigible pirate.

 

© Gilles Penso

 

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UNDERWORLD NOUVELLE ÈRE (2012)

Dans cette suite directe d’Underworld Evolution, Selene se réveille après douze ans de cryogénisation et découvre de nouveaux ennemis…

UNDERWORLD AWAKENING

 

2012 – USA

 

Réalisé par Måns Mårlind et Björn Stein

 

Avec Kate Beckinsale, India Eisley, Theo James, Michael Ealy, Stephen Rea, Charles Dance, Sandrine Holt, Kris Holden-Ried, Robert Lawrenson, Ron Wear

 

THEMA VAMPIRES I LOUPS-GAROUS I SAGA UNDERWORLD

Après l’épisode flash-back Underworld 3: le soulèvement des Lycans dirigé par Patrick Tatopoulos, la saga revient au présent (ou du moins à un futur proche) pour prendre directement la suite des événements décrits dans Underworld Evolution. Le plus gros défi de ce quatrième épisode aura été l’écriture de son scénario. On ne compte plus le nombre d’auteurs s’étant succédés pour tenter de mettre sur pied un récit cohérent. En développement depuis 2009, ce scénario peine à aboutir, tant et si bien que les deux réalisateurs sélectionnés pour le porter à l’écran, Måns Mårlind et Björn Stein (qui venaient de signer Le Silence des ombres avec Julianne Moore et Jonathan Rhys Meyers), commencent le tournage sans script définitif. Les caméras se mettent donc à tourner en mars 2011, le scénario étant réécrit au fur et à mesure, y compris par Len Wiseman, créateur de la saga qui s’échappe de temps en temps du tournage de son remake de Total Recall pour mettre la main à la pâte. Certaines scènes sont rédigées la veille de leur tournage, la fin ne cesse de changer. Bref le film se tourne dans une certaine confusion qui laisse imaginer un résultat chaotique et besogneux. Or bizarrement, malgré ces indécisions narratives permanentes, Underworld nouvelle ère tient la route et se laisse voir sans déplaisir.

Un bref résumé des épisodes précédents, courts extraits à l’appui, nous apprend que l’apaisement après la guerre entre les vampires et les lycans était de courte durée. Depuis que le gouvernement et le grand public ont pris conscience de l’existence de ces deux espèces, un état policier s’est installé, les « infectés » étant combattus respectivement avec des rayons ultraviolets et de la poudre d’argent. Un programme d’étude et d’exploitation potentielle de leurs pouvoirs se transforme rapidement en véritable génocide. Peu après le début de la Purge, Selene et Michael sont capturés par des humains. En raison de ses caractéristiques vampiriques améliorées, Selene est emprisonnée en suspension cryogénique. Après avoir été congelée pendant douze ans, elle parvient à s’échapper en semant les cadavres sur son chemin. À la recherche de Michael, qu’elle espère encore vivant, Selene rencontre un ordre de vampires réfugié dans un abri souterrain, de redoutables lycans ayant subi des mutations génétiques et une fillette qui semble cacher un lourd secret…

Mega-Garou

A l’aube de la quarantaine, Kate Beckinsale incarne une Selene plus athlétique que jamais, ses stupéfiantes aptitudes au combat nous offrant des échauffourées acrobatiques virtuoses. Impérial comme toujours, Charles Dance incarne ici le chef d’un groupe de vampires résistants qui voit d’un très mauvais œil l’arrivée de Selene parmi eux. Le traitement le plus étonnant est celui des loups-garous. Au départ, les lycanthropes semblent être réduits à l’état de bêtes malingres et affamées en voie d’extinction, qui se cachent en rampant dans les égouts. Leur sort ne semble donc pas plus enviable que celui des suceurs de sang, réunis en petits groupes de rebelles tapis dans l’ombre. Mais voilà que surgit un « super loup-garou » colossal et surpuissant. Deux fois plus grand et plus fort que tous les autres, il se déchaîne dans quelques-unes des séquences les plus spectaculaires du film, notamment un climax survolté qui s’amuse abondamment avec les effets 3D (l’un des arguments marketing du film). Les créatures sont ici conçues par un Todd Masters très inspiré, tandis que les nombreux effets numériques sont pris en charge par une bonne douzaine de compagnies. Même s’il fut froidement accueilli par la critique, Underworld nouvelle ère fut le film le plus rentable de la franchise, amorçant la mise en chantier d’une suite induite par son dénouement très ouvert.

 

© Gilles Penso

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NE COUPEZ PAS ! (2017)

Une petite équipe tourne un film de zombies avec les moyens du bord jusqu’à ce que de vrais morts-vivants passent à l’attaque…

KAMERA O TOMERU NA !

 

2017 – JAPON

 

Réalisé par Shin’ichiro Ueda

 

Avec Takayuki Hamatsu, Mao, Harumi Shuhama, Yuzuki Akiyama, Kazuaki Nagaya, Manabu Hosoi, Hiroshi Ichihara, Shuntaro Yamazaki, Shin’ichiro Osawa

 

THEMA ZOMBIES I CINÉMA ET TÉLÉVISION

C’est en découvrant la pièce de théâtre « Ghost in the Box » de Ryoichi Wada que le cinéaste indépendant Shin’ichiro Ueda commence à jeter les bases de Ne coupez pas ! Cinq ans plus tard, il tient son scénario et se met en quête d’une troupe de comédiens susceptible de l’interpréter, sachant que le budget à sa disposition sera minuscule (environ trois millions de yen, soit l’équivalent de 25 000 dollars, autrement dit pas grand-chose pour un long-métrage digne de ce nom). Étant donné qu’il ne peut solliciter aucun comédien connu, Ueda se tourne vers l’école d’art dramatique Enbu Seminar de Tokyo, qui accepte de l’accompagner dans cette aventure en participant à sa production et en mettant en place des ateliers d’interprétation. Deux mois durant, le réalisateur auditionne de jeunes acteurs et finit par constituer sa petite troupe. Tout ce beau monde s’embarque alors dans une usine d’épuration d’eau abandonnée à Mito pour un tournage marathon de huit jours, riche en challenges techniques audacieux. Personne ne sait alors que ce petit film produit dans des conditions aussi précaires s’apprête à devenir culte.

Armée d’une hache, une jeune fille pousse des cris de terreur. Face à elle se tient son petit ami, rigide, le regard mort, les mains tendues, le teint blafard. Il s’est transformé en zombie ! La créature s’approche inexorablement, mais soudain le réalisateur entre dans le champ, furieux. La scène ne lui convient pas du tout, les acteurs ne sont pas crédibles. Nous sommes donc au cœur du tournage d’un film de morts-vivants bricolé par une petite équipe dans une vieille usine abandonnée. La mise en abîme est déjà savoureuse, puisque le film semble raconter sa propre histoire. Mais ce n’est que le début. Tandis que les acteurs grimpent à l’étage pour se détendre et se concentrer et que le réalisateur sort expulser sa colère, la situation dégénère. En effet, de véritables zombies entrent en jeu, probablement contaminés par un produit toxique. Les comédiens et les techniciens doivent donc faire face aux monstres, tandis que le réalisateur, poussé par sa folie créatrice, décide de tout filmer…

Making of the Dead

Au-delà du caractère cocasse de la situation décrite dans le film, la virtuosité avec laquelle les choses sont filmées saute aux yeux. L’intégralité de l’action est en effet tournée en plan-séquence, sans coupure, laissant imaginer les complexités de la mise en scène, les trésors d’ingéniosité déployés hors-champ et les nombreuses répétitions nécessaires à ce timing parfait. Par moments, bizarrement, le fameux quatrième mur qui sépare les spectateurs des protagonistes s’effrite, comme si la caméra – ou plutôt le cameraman – se transformait à son tour en personnage. Bien sûr, ce n’est pas un hasard. Car non content de son concept audacieux et extrêmement immersif, Ne coupez pas ! évolue vers des territoires inattendus en se payant un changement brutal de cap à mi-parcours. A ce stade, les choses prennent une tournure vertigineuse impossible à décrire sous peine de trop en révéler. Le film n’en finit plus de surprendre, nous offrant une réflexion fascinante sur la miraculeuse fragilité du geste créatif. À travers cette performance acrobatique des deux côtés de la caméra, Ne coupez pas ! s’intéresse en effet aux accidents, aux imprévus, à la spontanéité et à l’improvisation qui œuvrent ensemble pour tendre vers une certaine perfection étonnamment millimétrée. La fin du film donne du coup l’envie irrépressible de le revoir immédiatement depuis le début pour en apprécier tous les détails qui pouvaient sembler anodins. Sorti d’abord dans une petite salle d’art et essai de Tokyo, Ne coupez pas ! se transforme en phénomène grâce au bouche à oreille et remporte un succès inespéré. Michel Hazanavicius en réalisera un remake français cinq ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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EXO MAN (1977)

Violemment agressé, un professeur de physique fabrique une armure et se transforme en super-héros…

EXO MAN

 

1977 – USA

 

Réalisé par Richard Irving

 

Avec David Ackroyd, Anne Schedeen, A. Martinez, José Ferrer, Jack Colvin, Harry Morgan, Donald Moffat, Kevin McCarthy

 

THEMA SUPER-HÉROS

En été 1977, les super-héros ne sont pas encore une valeur marchande fiable en dehors des pages des bandes-dessinées. Superman ne crèvera l’écran que l’année suivante, la déferlante Marvel est encore bien loin. L’une des rares tentatives réussies est la série L’Homme qui valait trois milliards, qui rameute en masse les téléspectateurs du monde entier devant leurs écrans et donnera suite à Super Jaimie. Désireux de créer un nouveau super-justicier susceptible de connaître un succès similaire, Universal TV sollicite plusieurs membres clés des aventures bio-ioniques de Steve Austin, en l’occurrence l’auteur Martin Caidin (dont le roman « Cyborg » avait inspiré L’Homme qui valait trois milliards) et le réalisateur Richard Irving (qui avait mis en scène Lee Major dans le pilote de la série en 1973). Le postulat d’Exo Man semble s’inspirer très largement (mais de manière officieuse) du personnage d’Iron Man créé par Stan Lee au milieu des années 60. De nombreux points communs constellent les deux récits, à tel point qu’une rumeur tenace a longtemps considéré Exo Man comme une adaptation télévisée des aventures de Tony Stark. Il n’en est rien, et si ce téléfilm peut aujourd’hui faire sourire par sa naïveté et ses maladresses, il faut bien réaliser que le public de l’époque n’avait pas grand-chose d’autre à se mettre sous la dent en ce domaine.

Nick Conrad (David Ackroyd), physicien et professeur d’université, assiste involontairement à une attaque à main armée dans une banque et capture l’un des hors-la-loi, mu par un geste héroïque soudain. En dépit des menaces, il est fermement décidé à témoigner, mais ceux qui veulent l’empêcher de parler passent à l’action. Ils sabotent d’abord sa voiture, provoquant la mort d’un de ses assistants, puis l’agressent malgré la protection de la police et le laissent dans un piteux état. « Le coup que vous avez reçu a rompu les nerfs de l’épine dorsale » lui dit le chirurgien qui vient de l’opérer. « Il en résulte une paralysie des membres inférieurs. » Condamné dès lors à vivre dans un fauteuil roulant, il consacre toute sa vitalité à mettre en pratique des inventions de son cru, détournant de nombreuses ressources de l’université et de ses confrères pour se fabriquer une armure aux jambes animées mécaniquement. Et c’est revêtu de cette carapace protectrice et mobile, à l’épreuve des balles, qu’il retrouve les responsables de son infirmité…

Moitié astronaute moitié soudeur

Dès ses premières minutes, Exo Man prend bien soin de nous montrer que Nick est un sportif au beau jeu de jambes (il pratique la course et le tennis) pour mieux nous faire mesurer le handicap qui le frappe. L’intrigue prend d’ailleurs tout son temps pour mettre en place les éléments du drame qui vont transformer le scientifique en justicier cuirassé. La révélation lui vient lorsqu’il observe une armure médiévale dans une galerie d’art. David Acroyd est très convainquant dans le rôle principal, même si le scénario l’affuble de dialogues pseudo-scientifiques risibles pendant ses expériences. Petit florilège : « Le convecteur sidéro-magnétique a tenu », « Le doseur exo-électronique semble bien fonctionner », « Nous sommes au-dessous du seuil de polarisation » ou encore « Ajoutez plus de chlorure de zinc pour réduire le temps de diffusion. » Aux côtés d’Acroyd, on reconnaît quelques visages familiers comme Jack Colvin (le reporter tenace de L’Incroyable Hulk) en homme de main du grand méchant, Donald Moffat (l’androïde de L’Âge de cristal) en confrère du héros, José Ferrer (le « bey turc » de Lawrence d’Arabie) en vil parrain du crime ou Anne Schedeen (la future maman de Alf) dans le rôle hélas très caricatural de la petite amie potiche. Devenu émule d’Iron Man, Nick se déplace désormais dans une camionnette emplie d’équipement high-tech, porte une tenue à mi-chemin entre l’astronaute, le scaphandrier, le robot et le soudeur, se dandine lentement vers ses ennemis et fait preuve d’une force surhumaine. Exo Man est une « origin story » dans la mesure où le super-héros n’apparaît qu’au dernier tiers du film, mais la série TV envisagée dans la foulée ne sera jamais tournée, Universal s’avérant peu confiant dans la capacité d’en tirer des produits dérivés malgré des chiffres d’audience satisfaisants lors de sa première diffusion le 18 juin 1977.

 

© Gilles Penso


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LA TOMBE DE LIGEIA (1964)

La dernière adaptation d’Edgar Poe réalisée par Roger Corman met en scène un Vincent Price plus taciturne et sinistre que jamais…

THE TOMB OF LIGEIA

 

1964 – GB

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Vincent Price, Elizabeth Shepherd, John Westbrook, Derek Francis, Oliver Johnston, Richard Vernon, Frank Thornton, Ronald Adam, Denis Gilmore

 

THEMA MORT I MAMMIFÈRES I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

Pour sa toute dernière adaptation des écrits d’Edgar Allan Poe, achevant un remarquable cycle de huit longs-métrages devenus des modèles du genre, Roger Corman souhaite sortir un peu de sa zone de confort. Au lieu de tourner quasi-intégralement dans des décors en studio, il se met en quête de sites extérieurs pour un grand nombre de séquences et porte son choix sur le prieuré de Castle Acre, dans le Norfolk, un monument du patrimoine national qui offre un panorama étrange et spectaculaire convenant parfaitement à l’approche visuelle qu’il a en tête. Le film se tourne donc en Angleterre sur un planning plus long qu’à l’accoutumée (25 jours au lieu des 15 jours nécessités par les films précédents), Corman attribuant ce rallongement considérable de la durée des prises de vues aux pauses thé que les équipes anglaises s’octroient à heure fixe ! L’Angleterre offre au film une patine intéressante, le cinéaste promenant sa caméra non seulement à Castle Acre mais aussi à Stonehenge, dans l’église évangéliste de St. John et sur la plage de Polzeath. Quant aux scènes de studio (plus importantes à partir de la seconde moitié du métrage), elles sont tournées à Shepperton.

Écrire le scénario de la Tombe de Ligeia n’est pas une mince affaire pour Robert Towne (futur auteur de Chinatown, Greystoke et La Firme), dans la mesure où la nouvelle d’Edgar Poe est courte. Il rajoute donc de nombreuses péripéties, piochant des idées dans d’autres œuvres de l’écrivain. Dans le rôle principal du film, on trouve sans surprise Vincent Price, même si ce n’était pas le choix initial de Corman et Towne. Pour incarner Verden Fell, un être mélancolique terriblement marqué par la mort de son épouse Ligeia, les deux hommes imaginent au départ un comédien plus jeune. Richard Chamberlain est l’un de leurs choix idéaux. Mais le financement du film ne se fait qu’avec Price en tête d’affiche. C’est donc lui qui hérite du rôle. Les yeux cachés par des lunettes de soleil, l’habit noir, le visage austère, la voix basse, les gestes lents, il campe là l’un de ses personnages les plus sinistres et les plus taciturnes. La pétillante aristocrate Rowena (Elizabeth Shepherd) tombe pourtant sous son charme et finit par l’épouser. Mais leur idylle est troublée par des événements étranges. Le manoir qu’ils habitent semble en effet possédé par l’esprit de Ligeia, qui donne parfois la sensation d’habiter le corps du chat noir de la maison…

La féline

L’ambiance poétique macabre de La Tombe de Ligeia est l’un de ses atouts majeurs, témoignant ainsi d’une belle fidélité à l’esprit – sinon à la lettre – d’Edgar Poe. L’intrigue prend du temps pour se mettre en place, s’arrête sur des tirades lugubres déclamées par Vincent Price, s’attarde sur les ruines surréalistes de cette fameuse abbaye, paresse le long des murs emplis de toile d’araignée du manoir Fell qui s’inscrit dans la même lignée que les autres maisons hantées du cycle Corman/Poe. Le récit prend une autre tournure lorsque la jeune épouse prend possession des lieux. Là, l’ombre de Rebecca plane sur l’œuvre, la présence envahissante de l’ancienne épouse se faisant ressentir avec force et insistance. D’autant que le fameux chat qui traîne partout fait de véritables crises de jalousies à Rowena, n’hésitant pas à lui sauter dessus et à la griffer sauvagement. Sans doute est-ce une allusion au « Chat noir » de Poe. Des cauchemars nocturnes étranges, des phénomènes inexpliqués (la brosse de la blonde épouse qui se couvre de cheveux noirs), une séance d’hypnose éprouvante achèvent de construire un climat oppressant qui s’achemine vers une révélation étonnante. Jouant souvent avec les flammes à l’avant-plan de ses compositions (tour à tour menaçantes, destructrices ou purificatrices), Corman a la bonne idée de faire interpréter les deux épouses (la défunte et la vivante) par la même comédienne, augmentant le trouble d’une histoire qui se termine bizarrement. Car on sent bien que le scénario semble hésiter entre plusieurs thèmes pour finalement les embrasser tous, finalement plus attaché à son atmosphère qu’à sa cohérence.

 

© Gilles Penso

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LA MAIN DE LA MOMIE (1940)

Huit ans après La Momie, le studio Universal ressuscite le monstre à bandelettes en quête de vengeance d’outre-tombe…

THE MUMMY’S HAND

 

1940 – USA

 

Réalisé par Christy Cabanne

 

Avec George Zucco, Tom Tyler, Peggy Moran, Dick Foran, Wallace Ford, Eduardo Ciannelli, Cecil Kellaway, Charles Trowbridge

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Lorsqu’il met en scène La Main de la Momie, Christy Cabanne, alors âgé de 52 ans, a déjà réalisé près de 150 longs métrages. Ce vétéran est ainsi chargé de succéder à Karl Freund pour ressusciter la momie de 1932. Confié à Griffin Jay, le scénario prend place au Caire. Dans un beau décor de temple antique emprunté au film L’Enfer vert de James Whale, un vieux prêtre mourant (Eduardo Cianelli) convoque son successeur Andoheb (George Zucco) et lui narre une histoire vieille de trois mille ans, en se servant d’un bassin renfermant les eaux du Kar pour faire apparaître les images de son récit. Nous découvrons alors un flash-back qui nous est familier, car il s’agit quasiment du même que celui de La Momie, si ce n’est que la princesse enterrée se nomme Ananka et non Anck-es-en-Amon, que son amant momifié et enterré vivant n’est pas Imhotep mais Kharis, et que Boris Karloff cède ici la place à Tom Tyler, un comédien cascadeur athlétique qui allait tenir la vedette du serial The Adventures of Captain Marvel l’année suivante.

Le moribond demande à Andoheb de brûler tous les soirs de pleine lune trois feuilles de tana afin de maintenir en vie la momie de Kharis, qui repose dans une grotte secrète de la montagne des Sept Chacals. Car elle est la gardienne de la tombe d’Ananka. Si d’aventure un infidèle venait à profaner la sépulture de la princesse, Kharis se relèverait d’entre les morts pour faire subir son courroux. Or deux new-yorkais en villégiature, l’archéologue Steve Banning (un bien fade Dick Foran, James Stewart du pauvre) et son faire valoir « comique » Babe Jenson (l’affligeant Wallace Ford), découvrent sur le marché un ancien vase sur lequel semble figurer un plan indiquant l’emplacement de la tombe d’Ananka. Un magicien de music-hall, Solvani (le truculent Cecil Kelloway), accepte de financer leur expédition. Mais sa fille Marta (la toute belle Peggy Moran) tient à en faire partie, pour veiller à ce qu’il ne s’agisse pas d’une escroquerie.

L’éveil de Kharis

Après maintes fouilles, nos aventuriers découvrent non pas la tombe d’Ananka, mais la momie de Kharis. Or le gardien Andoheb veille, et bientôt la créature s’éveille pour assassiner un à un les profanateurs (elle s’attaque évidemment aux seconds rôles et aux indigènes en premier, afin de préserver le plus longtemps possible nos héros). Mais face à la beauté de Marta, la momie s’émeut. Au lieu de l’occire, elle la transporte dans la montagne jusque dans l’ancien temple où Andoheb en fait sa captive, bien décidé à partager avec elle l’immortalité pour en faire sa prêtresse, et plus si affinités. On le voit, La Main de la Momie ne brille ni par la finesse de son scénario, ni par la profondeur de ses personnages, fixant rapidement les limites d’une mythologie entamée et quasiment achevée avec le film de Karl Freund. Le film vaut tout de même le détour pour la prestation inquiétante de George Zucco et pour la présence marquante de Tom Tyler, sorte de Quasimodo en bandelettes à la jambe raide et au dos courbé. Son maquillage est une grande réussite, ses yeux et sa bouche ayant été noircis en post-production dans la plupart des gros plans pour renforcer le caractère effrayant de ses interventions.

 

© Gilles Penso


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