LE SECRET DE LA PLANÈTE DES SINGES (1970)

Après le choc monumental du chef d’œuvre de Franklin J. Schaffner, ce second épisode prend la tournure d’une petite série B facultative…

BENEATH THE PLANET OF THE APES

 

1970 – USA

 

Réalisé par Ted Post

 

Avec James Franciscus, Kim Hunter, Maurice Evans, Linda Harrison, Paul Richards, Charlton Heston, Victor Buono

 

THEMA SINGES I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Bien sûr, le final vertigineux de La Planète des singes n’exigeait aucune suite. Le choc durable subi par les spectateurs se suffisait à lui-même. Mais comment un producteur hollywoodien pouvait-il rester insensible au succès monumental du film de Franklin J. Schaffner ? Arthur P. Jacobs lance donc très tôt l’idée d’un second épisode et propose tout naturellement à Rod Serling, scénariste du premier film, de l’écrire. Mais le créateur de La Quatrième dimension est alors très occupé par sa série Night Gallery et passe son tour, non sans avoir proposé quelques idées éparses. Pierre Boulle lui-même, auteur du roman original, écrit un script baptisé « La Planète des hommes » et situé quinze ans après les événements décrits dans La Planète des singes. Ce traitement déplait à la production, qui confie finalement le scénario à Paul Dehn, auteur de Goldfinger. Ce dernier écrit une toute nouvelle histoire qui intègre quelques-unes des idées de Serling et Boulle. Le vétéran de la télévision Don Medford accepte de diriger le film mais se retire en apprenant que le budget initial (estimé à cinq millions de dollars) est finalement réduit de moitié. La 20th Century Fox traverse en effet une mauvaise passe, suite aux échecs successifs de Star, Hello Dolly et Tora Tora Tora. Les restrictions budgétaires imposées par le studio n’effraient pas Ted Post, un autre vieux routier du petit écran (plus de 460 épisodes de séries au compteur à l’époque !) qui prend la relève derrière la caméra.

Dans un premier temps, Charlton Heston refuse de reprendre le rôle de l’astronaute Taylor, peu confiant dans l’intérêt de cette suite. Il finit par se raviser à condition que son rôle soit considérablement réduit (il apparaît finalement moins de vingt minutes dans le film) et que son salaire soit entièrement reversé à une association caritative. Le premier rôle échoit donc à l’athlétique James Franciscus qui incarne l’astronaute Brent, envoyé en mission dans l’espace afin de retrouver et ramener sur Terre son compatriote Taylor dont on est sans nouvelles. À la suite d’une série d’incidents techniques, Brent se pose en catastrophe sur une planète inconnue. Il découvre alors avec terreur et stupéfaction que son « compte temps » affiche la date de 3955 après JC. Plongé dans un dédale de cités interdites, l’astronaute rencontre une mystérieuse jeune femme, Nova (Linda Harrison), et découvre la cité des singes, peuple dominant de ce monde redevenu sauvage. Or les primates sont en train de former des bataillons prêts à donner l’assaut à d’étranges créatures mutantes qui prêchent la paix et adorent un dieu : la bombe atomique.

Cheap planète

Entravé par de nombreux compromis et par de drastiques coupes budgétaires, Le Secret de la planète des singes n’a pas du tout l’étoffe qu’il mériterait. Après l’approche brute et primitive du chef d’œuvre de Schaffner, ce basculement hasardeux dans la science-fiction bon marché est forcément décevant. Massés dans un site souterrain post-apocalyptique recyclant l’un des décors de Hello Dolly, ces mutants au maquillage approximatif peinent à nous convaincre. Les singes eux-mêmes, pour peu qu’ils n’apparaissent pas en gros plans, sont des acteurs affublés de simples cagoules beaucoup moins convaincantes que les prothèses du premier film. Le Secret de la planète des singes finit par ressembler à un épisode de série TV à petit budget, sentiment accru par la mise en scène relativement académique de Ted Post. Mais tout n’est pas à jeter dans ce second opus, loin de là. Le film présente tout de même le mérite d’offrir un rôle solide à James Franciscus (que les fantasticophiles apprécièrent l’année précédente en cowboy affrontant des dinosaures dans La Vallée de Gwangi), d’introduire l’impressionnant personnage d’Ursus (le gorille belliqueux qu’on allait retrouver sous le nom d’Urko dans la série TV La Planète des singes) et surtout de s’achever sur une note nihiliste permettant d’amorcer le paradoxe temporel développé dans Les Évadés de la planète des singes. On note que Roddy McDowall, occupé à la réalisation de The Ballad of Tam Lin, est absent du Secret de la planète des singes. Son rôle est donc repris par David Watson. Mais il reviendra en force dans les trois films suivants.

 

© Gilles Penso

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SCARY MOVIE 4 (2006)

Les aliens de La Guerre des mondes, le tueur de Saw et le fantôme de The Grudge se sont donnés rendez-vous dans ce quatrième opus ambitieux…

SCARY MOVIE 4

 

2006 – USA

 

Réalisé par David Zucker

 

Avec Anna Faris, Regina Hall, Craig Bierko, Leslie Nielsen, Bill Pullman, Molly Shannon, Chris Elliott, Carmen Electra

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FANTÔMES I SAGA SCARY MOVIE

Pour la deuxième fois consécutive, David Zucker reprend à son compte la franchise Scary Movie afin de passer à la moulinette quelques hits du box-office. Au programme de ce quatrième opus : des pastiches de films d’horreur, bien entendu, mais aussi un gros clin d’œil du côté de la science-fiction et des extra-terrestres belliqueux. Plus blonde et naïve que jamais, Cindy Campbell (Anna Faris), personnage récurrent de la saga Scary Movie, trouve cette fois-ci un travail d’infirmière à domicile auprès d’une vieille dame grabataire dans la maison de laquelle d’étranges phénomènes surviennent, notamment les apparitions du spectre d’un enfant grimaçant. Bientôt, Cindy tombe sous le charme de Tom Ryan (Craig Bierko), le voisin de sa protégée, un père divorcé qui tente comme il peut de s’occuper de son fils adolescent et de sa fillette horripilante. Alors que l’idylle semble poindre, de gigantesques tripodes extra-terrestres surgissent des entrailles de la terre…

Comme on pouvait le prévoir, le scénario n’est une fois de plus qu’un fil conducteur ténu servant de prétexte à une accumulation de gags référentiels. Mais il réussit tout de même le pari d’entremêler sans complexe les intrigues de La Guerre des mondes, The Grudge, Saw et Le Village, avec en prime quelques détours du côté de Brokeback Mountain et Million Dollar Baby. C’est déjà un petit exploit en soi. D’autant que le film se donne les moyens de ses ambitions, n’hésitant pas à aligner fièrement ses images de synthèse sur celles d’ILM lorsqu’il s’agit de visualiser l’invasion de la cité par les tripodes géants et la désintégration des humains paniqués. Un soin égal est apporté aux maquillages spéciaux, imitant à merveille l’une des plus célèbres visions horrifiques de The Grudge pour mieux la détourner sous forme d’un de ces fameux gags d’arrière-plan dont David Zucker se délecte depuis Y’a-t-il un pilote dans l’avion. Dommage que le cinéaste ne soit pas allé jusqu’au bout de ses envies et n’ait eu ni le temps ni les moyens de parodier le King Kong de Peter Jackson (intentions annoncées par la présence d’un gorille grimaçant sur l’affiche du film).

Le strip-tease de Leslie Nielsen !

Le casting se pare furtivement des figures familières de Zucker, autrement dit un Charlie Sheen pince sans rire et un Leslie Nielsen toujours aussi désopilant malgré ses 80 printemps, ainsi que d’une poignée de guest stars plus inattendues, comme Bill Pullman, Michael Madsen, Shaquille O’Neal ou James Earl Jones. Quant à Anna Faris et Regina Hall, elles assurent joyeusement le lien avec les trois épisodes précédents, fidèles à leurs icônes respectives d’ingénue ahurie et de pile électrique un tantinet nymphomane. Fatalement, la séquence des zombies souffre de la comparaison avec Shaun of the Dead, tout comme le strip-tease de Leslie Nielsen ne manque d’évoquer la trilogie Austin Powers. Mais les parodies d’Edgar Wright et Jay Roach étaient prioritairement destinées aux fans, aux amateurs purs et durs, aux fins gourmets en quelque sorte. La franchise Scary Movie, en comparaison, serait plutôt une sorte de fast-food du pastiche. Mais qu’importe. David Zucker ne trompe pas son public sur la marchandise et lui en donne pour son argent. Le contrat est donc rempli haut la main.

 

© Gilles Penso


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PREY (2022)

La franchise Predator prend une tournure inattendue sous forme d’un survival situé au 18ème siècle sur le territoire d’une tribu indienne…

PREY

 

2022 – USA

 

Réalisé par Dan Tratchenberg

 

Avec Amber Midthunder, Dakota Beavers, Stormee Kipp, Michelle Thrush, Julian Black Antelope, Dane Di Liegro

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA PREDATOR

En 2016, le réalisateur Dan Trachtenberg (10 Cloverfield Lane) et le scénariste Patrick Aison (les séries Wayward Pines et Jack Ryan) développent l’idée d’une prequel de Predator située dans le grand ouest américain en plein 18ème siècle. Le concept est audacieux, mais entretemps le studio 20th Century Fox initie une suite plus « classique » réalisée par Shane Black, The Predator. Il faut attendre le rachat de la Fox par Walt Disney et la création de 20th Century Studios pour que le projet de Trachtenberg et Aison, alors baptisé Skulls, redémarre. Skulls devient finalement Prey et installe son action dans les grandes plaines en 1719, sur un territoire Comanche. Naru (Amber Midthunder), une jeune femme promise à un avenir de guérisseuse, rêve de devenir une grande chasseuse comme son frère Taabe (Dakota Beavers), ce que sa mère et les membres masculins de la tribu ne voient pas forcément d’un très bon œil. Alors qu’elle traque des cerfs avec son chien Sarii, elle assiste à un phénomène étrange dans le ciel : une formation nuageuse inconnue de laquelle émerge une lueur surnaturelle. À travers cet « oiseau-tonnerre », elle voit le signe de la future épreuve qu’elle va devoir affronter pour devenir enfin une chasseuse. Elle ne croit pas si bien dire : « l’oiseau-tonnerre » est en réalité un vaisseau spatial transportant un redoutable prédateur extra-terrestre…

Dans un premier temps, il est difficile de considérer Naru autrement que comme une nouvelle déclinaison de la princesse Disney moderne, celle qui veut échapper aux normes établies par le patriarcat ancestral pour affirmer sa capacité à rivaliser avec les hommes sur leur propre terrain. On pense bien sûr à Mulan ou à Rebelle, et une série de lieux communs inhérents à ce motif bien connu ponctuent la première partie du métrage. Naru veut chasser comme les garçons pour prouver sa valeur, face au regard amusé des siens qui préfèrent la voir s’occuper de la cueillette et des tâches ménagères. Mais elle est pugnace, têtue et douée de capacités qui prouvent finalement qu’elle avait raison. Rien de bien neuf à priori, dans ce qui s’annonce comme une sorte de « Pocahontas contre Predator ». Si ce n’est que la tournure que prennent les événements et la maestria avec laquelle Dan Tratchenberg les met en scène créent un sentiment d’immersion évacuant peu à peu les clichés pour nous ramener à une brutalité primitive qu’on n’espérait plus. En ce sens, Prey retrouve par moment la force élémentaire du tout premier Predator.

Pocahontas vs. Predator

Située dans un contexte résolument différent de celui des autres films de la franchise, Prey ne convoque donc pas la même imagerie tout en se montrant respectueux du caractère primordial de l’affrontement entre l’humain et l’extra-terrestre. Et s’il pouvait sembler incongru de remplacer la montagne de muscle d’Arnold Schwarzenegger par la silhouette frêle d’une jeune femme qui donne le sentiment de sortir à peine de l’enfance, le face à face surprend par sa crudité et son animalité. Naru s’affirme bien vite comme une force de la nature, faisant corps avec ses armes et avec la forêt pour mieux se mesurer au monstre. Filmé dans de somptueux décors naturels canadiens, construit comme un survival empruntant parfois quelques éléments à The Revenant, constellé de morceaux de bravoure (la scène de l’ours, le premier combat entre les hommes et le Predator), Prey ne lésine ni sur la violence, ni sur le sang. Cerise sur le gâteau : les géniaux artistes de l’atelier ADI, déjà en charge de la créature sur plusieurs opus précédents de la saga, déploient une fois de plus leur savoir-faire animatronique pour donner corps à cet alien agressif qui n’a décidemment pas « une gueule de porte-bonheur ». Certes, Prey ne parvient pas à se soustraire pleinement au réflexe du « fan-service » (la reprise de la réplique « s’il saigne on peut le tuer », la réapparition d’une arme vue dans Predator 2) ni à éviter les maladresses (le français incompréhensible dans lequel s’expriment des trappeurs caricaturaux). Mais son audace et son absence de concessions, alliées à un emploi de la langue Comanche qui n’est pas sans évoquer le travail de John McTiernan sur les langues étrangères (notamment dans À la poursuite d’Octobre Rouge et Le Treizième guerrier), emportent l’adhésion. Dommage qu’un tel spectacle n’ait pas pu s’apprécier sur un grand écran, au lieu d’atterrir directement sur les plateformes de streaming.

 

© Gilles Penso


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FRANKENHOOKER (1990)

Fou de chagrin après la mort de sa fiancée, un étudiant en médecine kidnappe des prostituées pour lui redonner un corps…

FRANKENHOOKER

 

1990 – USA

 

Réalisé par Frank Henenlotter

 

Avec James Lorintz, Patty Mullen, Charlotte Helmkamp, Louise Lasser, Vicki Darnell, Shirl Bernheim, Joanne Ritchie

 

THEMA FRANKENSTEIN

C’est presque sous forme d’une blague que le réalisateur Frank Henenlotter, à qui nous devons les déjantés Frère de sang et Elmer le remue-méninges, évoqua un jour face à d’éventuels financiers le projet de Frankenhooker. Il faut croire que son pitch fit son petit effet, car la production se mit en branle aussitôt, poussant le trublion à écrire en vitesse un scénario susceptible de tenir la route, épaulé par son co-auteur Robert Martin (interprète non crédité d’un des nombreux zombies du Jour des morts-vivants). Le délire érotico-parodique bat bien sûr son plein dans cette série B sans complexe dont le titre pourrait être traduit par « Frankenprostituée » ! Jeffrey Franken (James Lorintz) poursuit ses études de médecine lorsque sa fiancée, Elisabeth Shelley (Patty Mullen), meurt dans un accident de tondeuse à gazon. La malheureuse se retrouve littéralement en mille morceaux, ce qui permet rapidement de donner le ton du film. Le médecin en herbe est tellement épris de sa dulcinée en miettes qu’il colle sa photo sur toutes sortes de corps : celui d’un petit « écorché » en plastique, ceux de playmates diverses et surtout celui, grandeur nature, d’un grand dessin d’organisme féminin mis à nu sur lequel il imagine une myriade de composantes électriques et de branchements pendant tout le générique de début.

Passablement effondré, Jeffrey recueille la tête de sa défunte promise et la maintient en survie, en une sorte d’hommage au fameux Cerveau qui ne voulait pas mourir. Dans l’espoir de lui fournir un corps bien proportionné, il se met à fréquenter les bars louches de Manhattan afin d’y repérer quelques prostituées dont la taille est adéquate. Il guette ensuite l’orage qui lui fournira l’énergie nécessaire pour recoller les morceaux et donner vie à sa créature. Hélas, Franken s’aperçoit vite que son amoureuse raccommodée et ressuscitée se conduit comme une prostituée. Alors qu’il décide de reprendre ses travaux, le souteneur de ces dames – qui répond au doux nom de Zorro – commence à s’inquiéter de toutes ces disparitions au sein de son cheptel… C’est là que survient l’un des morceaux d’anthologie de Frankenhooker : l’explosion d’une dizaine de prostituées junkies dans une chambre d’hôtel, un pur moment de délire.

La belle est la bête

Peu avare en grimaces élastiques déformant à loisir son joli visage, Patty Mullen (ex playmate de « Penthouse ») excelle dans le rôle de cette créature de rêve au comportement bien peu catholique, l’expérience ayant présidé à sa naissance se révélant fidèlement calquée sur celle des classiques de l’Universal. Les jolies filles qui lui donnent la réplique ont principalement été dénichées dans les doubles pages des magazines de charme ou dans les bars à strip-tease, et toutes participent à cette fête érotico-gore avec une bonne humeur communicative. Les gags du film clignent même parfois de l’œil vers les absurdités des Monty Pythons ou des ZAZ, comme lorsque le garage des Franken s’avère quatre fois plus grand à l’intérieur qu’il ne le semblait vu de l’extérieur. Vers la fin du film, des morceaux de femmes collés anarchiquement entre eux et ramenés accidentellement à la vie par la foudre attaquent le proxénète dans une scène démente digne du Screaming Mad George de Re-Animator 2 et Society. Avec des moyens ridicules, Gabe Bartalos compose là des maquillages approximatifs mais très efficaces, l’ensemble du film ayant été bouclé avec un budget très modeste d’1,7 million de dollars (plus élevé cependant que ceux des films précédents d’Henenlotter). Exempté de classification X grâce à son humour offrant une distance secourable, Frankenhooker s’achève sur un ultime gag joyeusement graveleux.

 

© Gilles Penso

 

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CÉRÉMONIE MORTELLE (1983)

Suite à la mort mystérieuse d’un éminent psychiatre, un tueur masqué sévit dans l’entourage d’une entreprise de pompes funèbres…

MORTUARY

 

1983 – USA

 

Réalisé par Howard Avedis

 

Avec Mary McDonough, David Wallace, Bill Paxton, Lynda Day George, Christopher George, Curt Ayers, Bill Conklin, Donna Garrett, Greg Kaye, Denis Mandel

 

THEMA TUEURS

Vétéran du cinéma d’exploitation « sexy » depuis le début des années soixante (The Stepmother, The Teacher, The Specialist), le réalisateur d’origine irakienne Howard Avedis (de son vrai nom Hikmat Labib) décide de se lancer dans le cinéma d’horreur au début des années 80, motivé par la vogue croissante des psycho-killers. Avec l’aide de son épouse et co-scénariste Marlene Schmidt, il écrit donc le script de Mortuary avec une méconnaissance apparente du genre qui va se révéler quelque peu handicapante pour l’efficacité du film mais va parallèlement le doter d’un supplément d’étrangeté qui lui permettra à sa manière de sortir du lot. Tel est le paradoxe de Mortuary : à force de singer mécaniquement les codes du slasher (les ados au comportement idiot, les raccourcis scénaristiques absurdes, les vues en caméra subjective du tueur avec une bande son saturée de bruits de respiration), le film d’Avedis se saborde lui-même. Mais au détour d’un effet de style inattendu (une vitre qui se brise au ralenti avec un esthétisme digne de Dario Argento) ou d’un rebondissement scénaristique osé (le final baroque en forme de concerto macabre), Mortuary pique la curiosité jusqu’à en devenir insaisissable. Les distributeurs eux-mêmes y perdent leur latin. Au lieu de promouvoir le film comme un digne héritier de Halloween ou Vendredi 13, les affiches convoquent bizarrement l’imagerie des films de zombies. Une bande-annonce est même spécialement tournée avec Michael Berryman (absent par ailleurs du film) dans le rôle d’un fossoyeur attaqué par un cadavre qui surgit de la terre !

Au beau milieu d’un casting sans grande envergure principalement échappé du petit écran – notamment les époux Lynda Day George et Christopher George, que les amateurs du genre ont pu voir l’année précédente dans l’impensable Sadique à la tronçonneuse de Juan Piquer Simon -, on repère un tout jeune Bill Paxton sur le point de devenir l’acteur fétiche de James Cameron. Dès l’année suivante, sa trogne sympathique allait apparaître dans Terminator, puis Aliens, True Lies et Titanic. Encore en début de carrière, il incarne ici un jeune embaumeur timide et introverti, fils d’un entrepreneur de pompes funèbres qui en pince pour la jeune héroïne (Mary McDonough), elle-même en couple avec un bellâtre aux allures du Fred de Scooby-Doo (David Wallace). C’est autour de cette petite bande que surgit soudain un tueur au visage blafard et au long vêtement noir qui ressemble à une sorte de métaphore de la Mort, annonçant avec plus d’une décennie d’avance le look du Ghostface de Scream. Qui est donc ce psycho-killer ? Les soupçons se tournent vers différents suspects potentiels jusqu’à ce que le scénario décide à mi-parcours de révéler son identité. Les enjeux de l’intrigue se réorientent alors jusqu’à un climax délirant qui justifie le titre français du film : Cérémonie mortelle.

Spiritisme et psychanalyse

Même s’il ne brille pas particulièrement par son originalité, le scénario de Mortuary ne se contente pas d’égrener les meurtres en série de son assassin psychopathe. Une sous-intrigue étrange – qui pourrait d’ailleurs parfaitement disparaître sans altérer le moins du monde le bon déroulement du film – s’intéresse ainsi à des séances de spiritisme occultes menées dans les coulisses de la maison funéraire. Vêtus de toges folkloriques, les membres de ce cercle mystérieux dansent autour d’un chaudron fumant, chantent des mélopées bizarres et invoquent l’esprit des morts. Plus intéressant, un sous-texte psychanalytique vient se greffer au récit. L’héroïne incarnée par Mary McDonough est en effet liée à son défunt père par un complexe d’Œdipe qui conditionne sans cesse son comportement : elle rêve de lui chaque nuit en poussant des gémissements (!), refuse de faire l’amour à son petit-ami lorsque son regard croise un portrait de son géniteur et entre dans de violents conflits avec sa mère qu’elle accuse de tous les maux. Ces ingrédients disparates, couplés à une patine « so eighties » (la musique disco, les soirées patin à roulette et boule à facettes), dotent Mortuary d’un charme suranné propre à ravir tous les amateurs de slashers à l’ancienne, chacune de ses maladresses se muant presque en atout aux yeux des nostalgiques.

 

© Gilles Penso

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NOTRE DAME DE PARIS (1923)

Lon Chaney incarne le plus impressionnant des Quasimodo dans cette adaptation somptueuse du classique de Victor Hugo

THE HUNCHBACK OF NOTRE-DAME

 

1923 – USA

 

Réalisé par Wallace Worsley

 

Avec Lon Chaney, Patsy Ruth Miller, Norman Kerry, Kate Lester, Winifred Bryson, Nigel De Brulier

 

THEMA FREAKS

Notre Dame de Paris (aussi connu sous le titre Le Bossu de Notre Dame) est la première transposition à l’écran du roman-fleuve de Victor Hugo. Le coup d’essai est un coup de maître, car l’adaptation s’avère remarquable. Le prologue nous familiarise avec les personnages principaux : le roi des mendiants Clopin, le lugubre Jehan qui règne sur la célèbre cathédrale, le poète des rues Gringoire, le capitaine de la garde Phoebus, la misérable Marie devenue folle depuis l’enlèvement de son bébé par des gitanes, la belle Bohémienne Esmeralda et bien sûr Quasimodo, le hideux sonneur de cloches interprété et auto-maquillé par le génial Lon Chaney. Effrayants, l’œil blanc, la bouche grimaçante et les joues proéminentes du comédien (qui nécessitaient trois heures et demie de grimage quotidien) renvoient directement aux pages imagées de l’écrivain, qui décrivait ainsi Quasimodo : « Toute sa personne était une grimace. Une grosse tête hérissée de cheveux roux ; entre les deux épaules une bosse énorme dont le contre-coup se faisait sentir par devant ; un système de cuisses et de jambes si étrangement fourvoyées qu’elles ne pouvaient se toucher que par les genoux et, vues de face, ressemblaient à deux croissants de faucilles qui se rejoignent par la poignée ; de larges pieds, des mains monstrueuses ; et, avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d’agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l’harmonie. » Et Hugo de conclure : « On eût dit un géant brisé et mal ressoudé. »

À l’image du héros contrefait de ce célébrissime mélodrame, les décors et les costumes du film de Wallace Worsley rendent fidèlement hommage au texte original, nantis d’une figuration importante qui permet d’impressionnantes reconstitutions de la fête des fous au pied de la cathédrale ou de la foisonnante cour des miracles. La scène mythique où le pauvre bossu, enchaîné à moitié nu sur une roue de pierre, le dos endolori par les coups de fouets, étanche sa soif grâce à une cruche d’eau apportée par une Esmeralda apitoyée, illustre magnifiquement la figure récurrente de la Belle et la Bête, à laquelle Lon Chaney se réfèrera souvent au cours de sa carrière, tout comme la plupart des « monster movies » Universal à venir.

La Belle et la Bête

La mise en scène de Worsley joue la carte de la métaphore (l’image d’une araignée dans sa toile s’intercale dans une scène où Phoebus prend Esmeralda dans ses bras, la flamme d’une bougie soufflée par Quasimodo s’insère au moment où Jehan poignarde le capitaine) et alterne avec talent les séquences horrifiques (Esmeralda soumise à la question dans un sinistre cachot médiéval) et les scènes poignantes (notamment lorsque Marie comprend qu’Esmeralda est sa fille). Au cours du climax, dantesque, la foule en furie de la cour des miracles et l’armée de Phoebus prennent d’assaut la cathédrale, défendue bec et ongle par Quasimodo qui protège Esmeralda en jetant des rochers et de l’huile bouillante sur les assiégeants. La réussite de Notre Dame de Paris est telle que toutes les adaptations ultérieures du chef d’œuvre d’Hugo s’y réfèreront systématiquement sans jamais parvenir à l’égaler totalement.

 

© Gilles Penso


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SURF NAZIS MUST DIE (1987)

Après une catastrophe ayant ravagé la Californie, des gangs violents sévissent partout, notamment les redoutables nazis surfeurs !

SURF NAZIS MUST DIE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Peter George

 

Avec Gail Neely, Robert Harden, Barry Brenner, Dawn Wildsmith, Michael Sonye, Joel Hile, Gene Mitchell, Bobbie Bresee

 

THEMA FUTUR

Il n’y avait guère que la compagnie de production Troma pour oser sortir un film affublé d’un tel titre. Difficile, quand on observe le poster (sur lequel on peut lire « les plages sont devenues des champs de bataille… les vagues sont une zone de guerre ! »), de savoir vraiment à quoi s’attendre. Un récit post-apocalyptique en bord de mer ? Une parodie futuriste ? Un thriller âpre et violent ? Surf Nazis Must Die, c’est un peu tout ça à la fois, mais c’est surtout n’importe quoi. Hésitant entre Mad Max et Orange mécanique, le scénario imagine qu’un gigantesque tremblement de terre a frappé la Californie et que les États-Unis en sont désormais réduits à l’anarchie et à la violence quotidienne, sous l’impulsion de plusieurs gangs improbables. Le pire d’entre eux est sans doute la bande des « Surf Nazis », qu’on pourrait décrire comme… disons des nazis sur des surfs ! Le chef s’appelle Adolf (Barry Brenner), sa petite amie Eva (Dawn Wildsmith), ses alliés les plus proches Mengele (Michael Sonye) et Hook (Joel Hile), et tout ce beau monde s’autoproclame roi des plages. Aucun gang ne semble leur résister, tandis que les autres surfeurs tremblent comme des feuilles en les croisant.

 

À part quelques bagarres entre bandes rivales, il ne se passe pas grand-chose de marquant en termes d’action. Les acteurs sont catastrophiques, les costumes ridicules, et nous n’évoquerons pas la qualité des dialogues par pure charité. Cela dit, les amateurs de phrases colorées et pittoresques seront probablement séduits par les répliques poétiques d’Eva : « Espèce de suceur d’ordures néanderthalien, comment oses-tu remettre en question mon autorité ? », ou encore le très poétique « Je suis la pute d’Adolf, trouve-toi une autre chatte » ! Le véritable problème, c’est qu’à l’exception du personnage de la vénérable Eleanor « Mama » Washington (Gail Neely) s’ennuyant ferme dans sa maison de retraite, qui tronçonne les arbres devant sa fenêtre pour avoir une meilleure vue ou organise des parties de cartes enfumées avec ses compagnons de chambre, aucun second degré ne vient tempérer cet excès de balourdise. Certaines séquences se prennent même franchement au sérieux, comme lorsqu’une mère de famille (Bobbie Bresee) s’inquiète à l’idée que son fils fréquente des néo-nazis.

« Goûte l’un des cookies maison de la Mama ! »

L’intérêt du film est maigrement relancé lorsque nos fascistes sur planche tuent au cours d’une rixe le fils unique d’Eleanor. Obsédée par la vengeance, celle-ci fait l’acquisition d’un Beretta (« Je suis intéressée par quelque chose qui puisse arracher la tête d’un sale blanc à vingt pas » dit-elle à l’armurier) et désormais plus rien ne semble pouvoir l’arrêter. L’intrigue vire alors à la course-poursuite mâtinée de clins d’œil aux joyaux de la blaxploitation et s’achève dans un délirant bain de sang. Eva finit décapitée en gros plan par un bateau et Adolf est occis d’une balle en pleine bouche (« goûte l’un des cookies maison de la Mama ! » lui lâche une Eleanor en très grande forme). Ne reculant devant rien, le réalisateur nous offre en guise d’épilogue l’image absurde de la furie vengeresse regagnant ses pénates sur sa moto en ricanant ! George Miller et Stanley Kubrick auraient-ils pu se douter une seule seconde qu’ils donneraient naissance à un tel rejeton ?

 

© Gilles Penso


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DÉVIATION MORTELLE (1981)

Dans ce slasher hitchcockien, Stacy Keach incarne un routier confronté à un tueur en série qui se déplace en camionnette…

ROAD GAMES

 

1981 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Richard Franklin

 

Avec Stacy Keach, Jamie Lee Curtis, Mario Edward, Grant Page, Thaddeus Smith, Steve Millichamp, Alan Hopgood, John Murphy, Bill Stacey, Robert Thompson

 

THEMA TUEURS

Alors qu’il est en plein tournage de son thriller parapsychologique Patrick, le réalisateur Richard Franklin pense déjà à son film suivant : un suspense hitchcockien mâtiné de road movie. Il fait part de cette envie à son scénariste Everett de Roche (Long week-end, Harlequin) en lui suggérant de revoir Fenêtre sur cour pour y puiser des idées. C’est aux îles Fidji, pendant les prises de vues du Lagon bleu dont il est co-producteur, que Franklin finalise avec De Roche le script de ce qui deviendra Road Games, alias Déviation mortelle. Dans le rôle principal d’un routier témoin de ce qui ressemble à une série de meurtres, le réalisateur pense à Sean Connery. Hélas, le salaire exigé par l’ex-James Bond est trop élevé. Le plan B sera de très haute tenue : Stacy Keach (inoubliable dans Les Flics ne dorment pas la nuit de Richard Fleischer). Très investi dans son rôle, le futur Mike Hammer du petit écran apprend pour les besoins du film à conduire un semi-remorque à 16 vitesses. Pour lui donner la réplique, Franklin envisage l’actrice australienne Lisa Peers, mais les distributeurs américains insistent pour avoir une co-vedette venue des États-Unis. Le cinéaste opte donc pour Jamie Lee Curtis, qu’il a particulièrement appréciée dans le Fog de John Carpenter. Férus de clins d’œil cinéphiliques, Franklin et De Roche offrent à la comédienne une réplique qui rend hommage à son propre père, Tony Curtis, en la faisant mentionner l’étrangleur de Boston… que Curtis incarna justement en 1968.

La double présence en tête d’affiche de Stacy Keach et Jamie Lee Curtis – l’un associé aux polars, l’autre aux slashers – est représentative de la nature hybride du film, en équilibre instable entre ces deux genres cinématographiques qu’il mixe sans toutefois se conformer pleinement à leurs codes. D’où le sentiment d’une œuvre finalement assez insaisissable, où viennent aussi se mêler des éléments de comédie, de western et même de chronique sociale. Keach incarne donc Quid, un routier sympathique qui dort souvent dans son camion, joue de l’harmonica, cite les passages de ses lectures préférées, invente des vies aux automobilistes qu’il aperçoit furtivement sur la route et partage sa solitude avec son chien fidèle Boswell. L’homme est attachant, un brin excentrique, suffisamment en marge pour devenir l’archétype idéal du « faux coupable » cher à Hitchcock. C’est en effet lui le suspect numéro un d’une série de meurtres qui surviennent à proximité de ses propres escales. Pour se disculper, il va devoir confondre le véritable assassin, un psychopathe qui se déplace dans une camionnette verte. Aux côtés de Quid, l’auto-stoppeuse Pamela (Curtis) est prête à se jeter dans la gueule du loup pour l’aider à identifier ce « tueur des routes ». Bien sûr, rien ne se passera comme prévu…

Fenêtre sur route

Les hommages hitchcockiens sont légion dans le film. D’emblée, Quid se comporte comme le James Stewart de Fenêtre sur cour, observant aux jumelles le locataire provisoire d’un motel qu’il pense être un tueur en série. Lorsque Pamela accepte de servir d’appât, comment ne pas penser au personnage campé par Grace Kelly ? Son surnom dans le film est d’ailleurs « Hitch », diminutif de « hitchhiker » (« auto-stoppeur »), certes, mais aussi de Hitchcock. Pour enfoncer encore le clou, Franklin montre un magazine consacré au « maître du suspense » dans la cabine du camion de Quid. A cheval entre plusieurs univers, Déviation mortelle paie son tribut au cinéma d’horreur dès son entame, via cette séquence angoissante – presque onirique – dans laquelle des mains gantées manipulent une corde de guitare sur un fond immaculé et laiteux, puis s’en servent pour étrangler une jeune femme. Le trouble est accentué par le sentiment que la victime semble quasi-consentante, comme si nous avions affaire à un jeu érotique déviant sur le point de mal tourner. Mais la suite du métrage s’éloigne peu à peu des figures imposées du slasher pour prendre une tournure plus « légère », notamment à travers la relation ludique qui s’établit entre Quid et Hitch. La musique de Brian May revient régulièrement évoquer ce premier meurtre – à travers l’usage d’harmoniques de guitare presque dissonantes – et la mise en scène elle-même place souvent le film à la lisière du Fantastique : ces éclairs qui frappent le ciel nocturne et font apparaître par intermittence la camionnette du tueur au milieu du désert, ou ces deux voix intérieures qui s’entremêlent dans la tête de Quid jusqu’à la schizophrénie. C’est principalement grâce au savoir-faire déployé dans ce thriller routier que Richard Franklin se verra confier l’année suivante la mise en scène de Psychose 2.

 

© Gilles Penso


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DR JEKYLL ET LE LOUP-GAROU (1972)

Le lycanthrope espagnol incarné par Paul Naschy rencontre le célèbre docteur Jekyll… et se transforme en Mister Hyde !

DR JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO

 

1972 – ESPAGNE

 

Réalisé par Leon Klimovsky

 

Avec Paul Naschy, Shirley Corrigan, Jack Taylor, Mirta Miller, José Marco, Luis Induni, Barta Barri, Luis Gaspar, Elsa Zabala, Lucy Tiller

 

THEMA LOUPS-GAROUS I JEKYLL ET HYDE I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Jamais à court d’idées nouvelles pour dynamiser la saga du loup-garou Waldemar Daninsky et soucieux de varier les plaisirs sous l’influence récurrente des « Universal Monsters », le scénariste/comédien Jacinto Molina (plus connu sous son nom d’artiste Paul Naschy) décide cette fois-ci de mêler le mythe de la lycanthropie avec celui de docteur Jekyll et Mister Hyde, le tout dans l’Angleterre des années 1970. Nous démarrons cette histoire rocambolesque au milieu d’une soirée mondaine de la haute société londonienne où l’on se vante d’avoir abattu du beau gibier et où la discussion vagabonde tranquillement autour de la légende du loup-garou. Un peu à l’écart, le taciturne docteur Henry Jekyll (un Jack Taylor plutôt convaincant dans le rôle) écoute les échanges distraitement puis salue l’assistance et rentre chez lui, obnubilé par les expériences qui occupent tout son esprit. Après cette petite introduction, le personnage disparaît du scénario – il ne réapparaîtra qu’en seconde partie de métrage. L’intrigue se concentre alors sur l’hôte de cette réception, le chasseur Imre Kostaz (José Marco). En compagnie de sa ravissante épouse Justine (Shirley Corrigan), ce dernier retourne à Baliavasta, son village hongrois natal, et décide d’aller visiter le vieux cimetière local. C’est là que va se nouer le drame…

Car trois brigands qui rodaient dans les parages tentent de voler la voiture des Kostaz, tuent Imre et agressent son épouse. Waldemar apparaît alors subitement, surgi de nulle part tel un justicier catcheur ténébreux, et s’interpose, sauvant Justine de leurs griffes. Il ramène la belle dans le château sombre où il vit en compagnie de la vénérable Uzvika Bathory (qui, malgré son patronyme, n’est visiblement pas une « comtesse vampire »). Comme on pouvait s’y attendre, Waldemar est frappé d’une terrible malédiction qui le transforme en loup-garou les nuits de pleine lune. Il déambule alors dans le village, massacre les bandits qui traînent puis revient dans son château comme si de rien n’était, à nouveau humain et frais comme un gardon. Lassés des exactions du lycanthrope, les villageois commencent à s’agacer et se préparent à prendre d’assaut le château. Waldemar et Justine prennent alors la fuite et se retrouvent à Londres. Là, Justine présente Waldemar à son ami le docteur Henry Jekyll – le revoilà ! – qui accepte de se pencher sur son cas en détournant les vertus du célèbre sérum conçu par son grand-père…

Docteur Waldemar et Mister Garou

Le scénario nous permet d’en apprendre un peu plus sur le personnage de Waldemar : son père est mort à la guerre, sa mère s’est éteinte quand il était tout jeune, et c’est donc la vieille Uzvika qui l’a élevé. Comme dans les films précédents, l’acteur vedette se révèle toujours aussi impressionnant en lycanthrope bestial et toujours aussi peu expressif en humain. Il ne prononce d’ailleurs son premier dialogue qu’au bout d’une demi-heure pour quasiment déclarer sa flamme à la jeune femme qui vient pourtant de perdre son époux. Un triangle amoureux s’installe au cours du troisième acte avec le docteur Jekyll, qui n’est pas non plus insensible aux charmes de Justine. Pour enrichir encore l’aspect « soap opera » de l’intrigue, Sandra (Mirta Miller), l’assistante de Jekyll, lui fait les yeux doux et regrette amèrement son indifférence. Dr Jekyll et le loup-garou n’est pas avare en séquences originales, notamment la métamorphose de Waldemar dans un ascenseur sous les yeux terrifiés d’une infirmière, l’expérience qui mue notre héros en Mister Hyde (une sorte de sosie de Dick Rivers avec le visage blafard et les yeux fiévreux), l’assistante qui révèle soudain sa nature de psychopathe sadomasochiste ou encore le surgissement du lycanthrope dans une boîte de nuit… Le film tient donc ses promesses de spectacle excessif et débridé faisant fi de toute logique pour mieux surprendre ses spectateurs.

 

© Gilles Penso


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LA REVANCHE DE L’HOMME INVISIBLE (1944)

John Carradine incarne un savant illuminé expérimentant sa formule d’invisibilité sur un gangster lancé dans une vendetta…

INVISIBLE MAN’S REVENGE

 

1944 – USA

 

Réalisé par Ford Beebe

 

Avec John Hall, Leon Errol, John Carradine, Alan Curtis, Evelyn Ankers, Gale Sondergaard, Lester Matthews, Hallwell Hobbes

 

THEMA HOMMES INVISIBLES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Héros de L’Homme invisible contre la gestapo, John Hall est de retour dans La Revanche de l’homme invisible, mais son personnage n’a rien à voir avec l’espion précédent et le ton n’est plus vraiment à la gaudriole. Il incarne ici Robert Griffin (un patronyme d’autant plus étrange qu’il n’a aucun lien avec les savants précédents). Laissé pour mort au cours d’une expédition en Afrique, il est recherché par la police, suite à son évasion sanglante d’un hôpital psychiatrique, et revient à Londres cinq ans plus tard pour réclamer auprès de ses anciens associés, Jasper et Irene Herrick (Lester Matthews et Gale Sondergaard), la moitié de la fortune en diamants qui lui revient. Jeté à la rue sans ménagement, il est recueilli un soir d’orage par le docteur Peter Drury, interprété par un John Carradine au sommet de sa forme. Celui-ci vit entouré d’animaux invisibles et déclare à son invité : « dans cette maison, vous devez croire à ce que vous ne pouvez voir. » Griffin accepte de devenir le premier cobaye humain de Drury, qui reprend presque des extraits littéraux du livre de Wells pour expliquer le principe de l’invisibilité.

Une fois que l’expérience s’avère être une réussite totale, la divergence d’objectif des deux hommes se fait clairement sentir. Car si le scientifique espère profiter de son invention pour accéder au statut d’« immortel » auprès de Galilée, Copernic et Darwin, le fugitif entend bien utiliser son invisibilité pour une croisade toute personnelle. Le soir même, il rend donc visite à Jasper, exigeant non seulement l’intégralité de sa fortune mais aussi sa fille Julie (Evelyn Ankers). Le roi des effets spéciaux John P. Fulton nous offre alors une « vision » inédite et effrayante : le visage et la main de Griffin rendus partiellement visibles par l’eau d’un aquarium, idée déclinée ensuite avec bonheur lorsque notre protagoniste applique de la farine sur sa figure pour la rendre perceptible. Ces habiles innovations visuelles serviront d’inspiration aux effets spéciaux révolutionnaires de L’Homme sans ombre bien des décennies plus tard.

En quête de sang frais

Dès lors, notre homme invisible adopte le look classique en vigueur (bandages, lunettes noires, grand manteau et chapeau), tandis que le scénario de Bertram Millhauser (un auteur spécialisé dans les films de détectives qui remplace ici Curt Siodmak) semble patiner quelque peu, s’attardant par exemple sur une partie de fléchettes dans un pub – amusante certes, mais ne permettant aucunement à l’intrigue d’avancer. Le final du Retour de l’homme invisible ayant fourni en 1940 une solution pour rendre leur limpidité aux hommes invisibles (la transfusion sanguine), Griffin se comporte dès lors comme un vampire moderne chaque fois qu’il veut se débarrasser de sa transparence, se mettant du coup en quête de sang frais. Contrairement au récit narré par H.G. Wells, nul besoin ici des effets secondaires d’une drogue pour que notre fugitif se mue en monstre. L’invisibilité elle-même – et l’impunité qui en est corollaire – a suffi à l’absoudre de toute morale.  Belle idée, certes, mais c’est hélas l’une des seules que cette cinquième variante d’Universal sur le genre aura su développer hors des lieux communs. « Il a exploré trop profondément des lieux interdits », déclarera en guise d’épitaphe l’un des protagonistes, à l’issue d’un dénouement retrouvant la noirceur du tout premier film de la série.

 

© Gilles Penso


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