CORONA ZOMBIES (2020)

Panique sur le monde : non contente de rendre la planète malade, l'épidémie du Coronavirus transforme la population en zombies !

CORONA ZOMBIES

 

2020 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Cody Renee Cameron, Russell Coker, Robin Sydney

 

THEMA ZOMBIES I SAGA CHARLES BAND

Le 11 mars 2020, l’épidémie de Covid-19, apparue en Chine avant de se propager dans le reste du monde, est déclarée pandémie par l’Organisation mondiale de la santé. La planète toute entière vivant avec incrédulité ce qui ressemble au scénario d’un film catastrophe, le fructueux producteur Charles Band (plus de 300 films au compteur dont les franchises Puppet Master et Subspecies) décide de tenter un coup publicitaire culotté en s’appuyant sur cette crise sanitaire sans précédent. Son idée consiste à produire et réaliser un film de zombies qui se déroule au cœur de la pandémie et le distribuer un mois plus tard. Pour pouvoir tenir des délais aussi impossibles, une seule solution semble viable : convoquer une seule comédienne, tourner avec elle une poignée de séquences minimalistes dans un appartement, puis utiliser pour le reste du métrage des extraits empruntés à deux autres films (en l’occurrence Virus cannibale et Zombies Vs. Strippers) et des images d’actualité réelles puisées dans les médias. Il suffisait d’y penser ! Chargés de rédiger un scénario susceptible de joindre en un tout à peu près cohérent ces éléments disparates, Kent Roudebush et Silvia St. Croix écrivent également tous les nouveaux dialogues qui remplaceront ceux prononcés à l’origine dans les films de Bruno Mattei et Alex Nicolaou. Quant à la bande son, elle puise allègrement dans la musique composée par Goblin pour Zombie, ce qui ne peut pas faire de mal.

Seule comédienne visible dans le film (à l’exception de Robin Sydney dont on entend la voix au téléphone et de Russell Coker qui joue brièvement un mort-vivant masqué), Cody Renee Cameron incarne Barbie, une jeune femme un peu stupide qui regagne son appartement et découvre en allumant la télévision l’ampleur que prend l’épidémie du Coronavirus. Les premiers sports d’information mentionnent les gestes barrière, la distanciation sociale et les règles d’hygiène à respecter. Mais bien vite, un symptôme complémentaire est annoncé sur toutes les chaînes : les malades atteints par le virus se transforment en zombies ! Dès lors, le film alterne quelques brèves saynètes qui mettent en scène Barbie dans son appartement, deux ou trois flash d’actualité où apparaît notamment Donald Trump (qui annonce fièrement pouvoir rouvrir les frontières de l’Amérique d’ici trois semaines), plusieurs extraits de Zombies Vs. Strippers censés illustrer l’invasion d’un club de strip-tease par une horde de morts-vivants, et surtout de très larges séquences généreusement puisées dans Virus cannibale. Toutes les scènes clé du nanar sanglant de Bruno Mattei sont ainsi recyclées sans vergogne : le début de la contamination dans l’usine, l’enfant zombie qui mange son père, le soldat qui enfile un tutu avant de se faire dévorer, le grand massacre final… Du coup, Corona Zombie prend principalement les allures d’un visionnage en accéléré de Virus cannibale dont on aurait coupé le son pour refaire les dialogues.

Morts-vivants et papier toilette

Le principe du film est plutôt malin, et a déjà fait ses preuves dans des comédies aussi variées que Lily la tigresse, Les Cadavres ne portent pas de costards ou – plus près de nous – le cultissime La Classe américaine. Mais Charles Band et ses scénaristes ne sont ni Woody Allen, ni Carl Reiner, ni Michel Hazanavicius. La plupart du temps, ils se contentent d’assembler des scènes entières du film de Bruno Mattei sans chercher à les transcender outre-mesure. Certes, une petite couche de second degré jaillit au détour des dialogues, surtout en première partie de métrage. Ainsi apprend-on que la contamination est née dans une usine de soupe et que les terroristes traqués par le commando militaire (ici rebaptisé « Corona Squad ») se sont rendus coupables du piratage d’un bateau transportant du papier toilette. Mais la plupart du temps, la post-synchronisation se contente de paraphraser l’action sans véritable plus-value comique. Corona Zombies n’a donc rien de particulièrement notable, si ce n’est son impressionnante réactivité face à la situation pandémique mondiale et l’indiscutable sens du marketing de Charles Band, bien plus attaché à faire parler de sa compagnie Full Moon qu’à soigner la qualité de ses productions.

 

© Gilles Penso

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GODZILLA CONTRE MECANIK MONSTER (1974)

Une nouvelle créature mythique entre en scène : Mecha-Godzilla, la version robotique du Roi des Monstres !

GOJIRA TAÏ MEKAGOJIRA

 

1974 – JAPON

 

Réalisé par Jun Fukuda

 

Avec Masaaki Daimon, Kazuya Aoyama, Akihiko Hirata, Hiroshi Koizumi, Reiko Tajima, Masao Imafuka, Beru-Bera Lin

 

THEMA DINOSAURES I ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES I SINGES I SAGA GODZILLA

Film aux influences multiples, Godzilla contre Mecanik Monster est le quatorzième épisode de la série et célèbre officiellement les vingt ans de la naissance du dinosaure radioactif. En guise d’anniversaire digne de ce nom, nous avons droit à un curieux patchwork poursuivant hélas le déclin de la licence Godzilla amorcé au début des années 70. On y apprend qu’une prophétie annonce l’arrivée imminente d’un monstre destructeur, lequel sera combattu par deux autres créatures gigantesques. Et effectivement, le Japon est bientôt mis à feu et à sang par une énorme bête. Or ce destructeur titanesque n’est autre que Godzilla. Le spectateur est légitimement désarçonné, dans la mesure où le dinosaure atomique a rallié les forces du bien depuis de nombreuses années. Or ici il détruit tout, brisant même la mâchoire de son ex-ami saurien à pointes Angilas, ce qui lui permet de reprendre l’une des séquences les plus célèbres de King Kong. En réalité, il ne s’agit pas de Godzilla mais d’un sosie robotique créé par une race d’extra-terrestres dans le but de conquérir la Terre. Ces derniers ressemblent à des Japonais habillés en aluminium, mais dès qu’ils sont blessés ou tués, ils révèlent leur vrai visage simiesque, en une démarcation étrange et maladroite de La Planète des singes que desservent des maquillages bas de gamme.

Sous sa véritable apparence, « Mecha-Godzilla », quant à lui, est un gigantesque dinosaure métallique bardé de rivets, aux griffes-missiles et aux yeux-laser. Ce cyborg reptilien est la vraie trouvaille du film, même s’il puise directement son inspiration chez le « Mecha-Kong » de King Kong s’est échappé. A l’issue d’un premier combat, Godzilla est laissé pour mort, et le redoutable robot poursuit son œuvre destructrice. Le scénario prend alors les allures de course-poursuite autour d’une antique statuette, recherchée à la fois par des archéologues, des agents d’Interpol et des espions extra-terrestres. Car elle permet de ranimer le valeureux dragon King Seesar, protecteur de l’île d’Okinawa, seul être capable désormais de défaire Mecha-Godzilla.

Le réveil de King Seesar

La scène la plus hallucinante du film survient lorsqu’une prêtresse entreprend de réveiller le dragon en question, entonnant une chanson gorgée de bons sentiments, soudain accompagnée par tout un orchestre pop comme dans une comédie musicale de Jacques Demy. King Seesar s’éveille alors, et en guise de noble créature immémoriale, nous avons droit à une étrange bête velue, bipède et sautillante, mi-lion mi-gorille, affublée d’oreilles de lapin du plus curieux effet. L’affrontement final oppose Mecha-Godzilla, King Seesar et le vrai Godzilla, ramené à la vie par la foudre, et désormais capable d’agir comme un gigantesque aimant. La prophétie se réalise donc, et le robot finit décapité, tandis que la base souterraine des extra-terrestres est sabotée par les héros humains. Tout rentre donc dans l’ordre et les héros exultent, mais chez les fans du Godzilla de la première heure, on sent bien que c’est le début de la fin. Enthousiasmés par le film, les distributeurs américains le titrent Godzilla versus the Bionic Monster jusqu’à ce que les détenteurs des droits de la série L’Homme qui valait trois milliards ne menacent d’entamer une action en justice. The Bionic Monster se mue alors en Mecanik Monster.

 

© Gilles Penso



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LES MORSURES DE L’AUBE (2001)

Pour son premier long-métrage, Antoine de Caunes s’intéresse à la vie nocturne d’êtres étranges qui pourraient bien être des vampires

LES MORSURES DE L’AUBE

 

2001 – FRANCE

 

Réalisé par Antoine de Caunes

 

Avec Guillaume Canet, Asia Argento, Gérard Lanvin, Gilbert Melki, José Garcia, Vincent Pérez, Jean-Marie Winling

 

THEMA VAMPIRES

Patrick Godeau est un producteur audacieux en quête de sujets souvent atypiques. Après avoir collaboré avec des cinéastes aussi différents que Jérôme Boivin (Baxter, Confession d’un Barjo), Lars Von Trier (Europa), Jacques Audiard (Un héros très discret) ou Philippe de Broca (Le Bossu), il décide de mettre le pied à l’étrier à Antoine de Caunes, animateur star de Canal + bien décidé à passer à la mise en scène. Lorsqu’il découvre le roman « Les morsures de l’aube » de Tonino Benacquista, Godeau sent qu’il tient l’histoire idéale pour ce baptême derrière la caméra. Emballé, De Caunes confie le scénario à son complice de longue date, Laurent Chalumeau, qui écrivit d’innombrables sketches et textes pour les besoins de l’émission « Nulle part ailleurs ». C’est l’occasion pour les deux hommes de s’embarquer dans une aventure qui les éloignera du terrain où tout le monde les attend – la franche comédie référentielle – au profit d’un univers plus sombre, plus inquiétant et plus fantastique. Certes, l’humour n’a pas été évacué des Morsures de l’aube, mais il navigue entre deux eaux, au sein de ce que le jeune réalisateur appelle une « comédie noire » mais dont le véritable genre reste indéfini, aux confluents de la satire sociale, du thriller et de l’épouvante.

Dans le rôle d’Antoine Venequiste (un nom conçu comme une sorte d’hommage francisé à celui de l’auteur Tonino Benacquista), Guillaume Canet incarne un oiseau de nuit. S’invitant dans toutes les soirées parisiennes qui passent à sa portée pour manger gratuitement et fréquenter du beau monde, ce parasite insouciant nous rappelle « L’homme des foules » d’Edgar Allan Poe, qui ne peut vivre qu’au milieu du grouillement humain, comme s’il lui était intolérable de se retrouver confronté à sa propre solitude. Déjà s’installe insidieusement le thème du vampirisme, si ce n’est qu’Antoine n’aspire pas le sang des autres mais leur présence, leur énergie, leur vitalité. Dans une de ces nombreuses soirées mondaines dont il force le passage sans vergogne, Antoine rencontre un vieil homme qui lui propose la somme mirobolante d’un million de francs s’il réussit à retrouver un noctambule insaisissable prénommé Jordan. Avec l’aide de son ami Étienne (Gérard Lanvin), Antoine se lance dans une investigation qui s’annonce compliquée, croisant une faune nocturne bizarre et tombant nez à nez avec Violaine Charlier (Asia Argento), une jeune femme envoûtante et mystérieuse qui s’avère être la sœur de l’introuvable Jordan…

Made in Asia

Il faut reconnaître qu’Antoine de Caunes n’a pas choisi la facilité. Loin des farces potaches que concoctent habituellement les humoristes passant du petit au grand écran, l’ancien trublion d’Antenne 2 et Canal + (qui signa au passage les paroles françaises de la chanson de la série X-Or, le saviez-vous ?) s’immerge dans une atmosphère trouble en s’appuyant sur des effets de style très maîtrisés, notamment une photographie froide et légèrement désaturée propre à décrire des péripéties se déroulant majoritairement entre le crépuscule et l’aube. L’ambiance est là, soulignée par une bande son atemporelle aux colorations blues et jazzy… Mais au lieu de se mettre au diapason de cette mise en image ciselée, le scénario est distendu, lâche, languissant. A ce rythme irrésolu s’accrochent quelques incohérences qui rendent l’adhésion du spectateur très relative. De fait, au lieu de nous passionner ou du moins nous intriguer, l’enquête d’Antoine a tôt fait de nous laisser indifférent. Excellent acteur lui-même (comme il le prouva notamment dans L’Homme est une femme comme les autres de Jean-Jacques Zilbermann), De Caunes semble beaucoup trop s’appuyer sur ses comédiens en espérant que leur seule présence crée l’alchimie nécessaire. Certes, Guillaume Canet et Gérard Lanvin sonnent plutôt juste dans les registres respectifs (et attendus) de la désinvolture légère et de la bougonnerie taciturne. On ne peut pas en dire autant des seconds rôles qui semblent n’exister que pour s’inscrire dans une collection de scènes insolites. Comme Gilbert Melki qui se refait le look de Gary Oldman dans True Romance pour camper un improbable rasta fasciste trafiquant des pitbulls. Ou José Garcia qui en fait des tonnes sous la défroque d’un habitué des karaokés sado-masochistes. La seule véritable trouvaille du film est Asia Argento. Sulfureuse, troublante, inquiétante, la fille du grand Dario constelle le film d’une délicieuse étrangeté qui le fait immédiatement basculer dans le fantastique pur. La plus belle scène des Morsures de l’aube est probablement celle où Guillaume Canet, comme ensorcelé, croit faire l’amour avec trois exemplaires de la belle Asia, à la manière d’un Jonathan Harker pris dans les filets du trio de femmes-vampires de Dracula. Mais une belle scène ne suffit pas hélas à faire un bon film.

 

© Gilles Penso



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OBJECTIF TERRE, MISSION APOCALYPSE (1972)

Dans un parc d’attractions futuriste, Godzilla et Angilas affrontent deux monstres redoutables venus de l’espace

GOJIRA TAÏ GAIGAN

 

1972 – JAPON

 

Réalisé par Jun Fukuda

 

Avec Hiroshi Ishikawa, Tomoko Umeda, Yuriko Hishimi, Minoru Takashima, Zan Fujita, Toshiaki Nishizawa, Haruo Takajima

 

THEMA DINOSAURES I EXTRA-TERRESTRES I DRAGONS I SAGA GODZILLA

 

Godzilla contre Hedora n’ayant pas eu le succès escompté, la Toho rappelle le réalisateur Jun Fukuda à ses bons services dans l’espoir de concocter un épisode plus distrayant, plus mouvementé et moins angoissant que le précédent. Après plusieurs réécritures successives de scénario, le héros de cet Objectif Terre, Mission Apocalypse (un titre français beaucoup plus lyrique que le sommaire « Gojira contre Gigan » du titre original) est Gen, un dessinateur de bandes-dessinées engagé par le dirigeant d’un futur parc d’attractions consacré aux monstres, au centre duquel trône une impressionnante tour de Godzilla de cinquante mètres de haut. Notre artiste se méfie du comportement étrange des gérants du parc, qui n’ont que le mot « paix » à la bouche, et il a bien raison. En effet, la fameuse tour abrite un ordinateur capable d’influer sur les ondes cérébrales des monstres venus de l’espace. Le dragon tricéphale Ghidrah surgit donc dans notre espace aérien, aux côtés d’un nouveau venu nommé Gigan. Cette créature métallique aux allures de rapace est dotée de bras en formes de lames, d’une scie circulaire verticale surgissant de son thorax et d’un rayon meurtrier.

Les deux monstres tournent autour de la tour Godzilla comme des satellites puis s’attaquent à Tokyo. Les jolies maquettes de la cité volent donc en éclat avec panache, sous les rayons destructeurs crachés par les trois têtes de Ghidrah et face au ventre-scie acéré de Gigan. L’armée est impuissante, comme toujours, et la capitale japonaise est en flammes, dans une belle surenchère destructrice qui trouve son reflet dans l’apocalypse promise par le titre français. Ceux qui manipulent ces monstres sont en réalité les habitants d’une planète mourante souffrant d’un trop-plein de pollution (quelques stock-shots de Godzilla contre Hedora illustrent cette partie de l’histoire) et rêvent de conquérir la Terre. Sous leur déguisement humain se cachent des espèces de cafards géants, comme le montre l’ombre portée qu’ils projettent sur les murs. Entretemps Godzilla et Angilas, ennemis dans Le Retour de Godzilla, nous apparaissent comme deux bons amis pleins de complicité. Ils communiquent d’ailleurs entre eux avec des bulles de bande-dessinée qui s’affichent à l’écran (signe que la production tente de reconquérir le jeune public).

Catch à quatre

Se souciant peu de la continuité établie par les épisodes précédents (notamment la défiguration partielle de Godzilla suite à son combat contre Hedora), le film met en scène les deux monstres en pleine possession de leurs moyens, prêts à en découdre avec l’armée, les vils extraterrestres et surtout les deux redoutables monstres de l’espace. Très généreux dans le domaine de la pyrotechnie à grande échelle, le superviseur des effets spéciaux Teruyoshi Nakano met en revanche la pédale douce sur le dynamisme de Ghidrah, la maquette du dragon volant nécessitant trop de personnel technique et de câblages pour les moyens à sa disposition. D’où des postures assez statiques et un large emploi de stock-shots puisés dans les films précédents. Certains trucages s’avèrent quelque peu risibles, notamment lorsque les poupées simulant les héros s’échappent de la tour Godzilla en glissant le long d’un câble miniature, mais la mission principale du film – demeurer distrayant d’un bout à l’autre grâce à son enchaînement de péripéties mouvementées – est amplement accomplie.

 

© Gilles Penso



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CREEP (2005)

Quelque part dans le métro londonien, un homme monstrueux revenu à l’état sauvage rôde en quête de victimes…

CREEP

 

2005 – GB

 

Réalisé par Christopher Smith

 

Avec Franka Potente, Vas Blackwood, Jeremy Sheffield, Sean Harris, Kelly Scott, Paul Rattray, Morgan Jones, Ken Campbell

 

THEMA TUEURS I FREAKS

Pour son premier long-métrage, Christopher Smith se lance dans un récit d’épouvante extrêmement efficace qui joue la carte de l’originalité et confirme, après 28 Jours plus tard et Dog Soldiers, un indéniable renouveau du cinéma fantastique britannique au début des années 2000. Kate (Franka Potente) est une londonienne branchée d’origine allemande qui a prévu de retrouver George Clooney dans une soirée VIP. Pressée, elle emprunte le métro à la station « Charing Cross ». Mais notre blonde pétillante s’assoupit sur le quai, rate le dernier train et se retrouve enfermée dans les couloirs souterrains. Guy (Jeremy Sheffield), un de ses collègues de travail, l’a suivie et tente carrément de la violer. Alors qu’il est sur le point de passer à l’acte, l’agresseur est stoppé net par quelqu’un – ou quelque chose – qui le happe et le déchiquette. Paniquée, Kate prend la fuite au pas de course (une habitude que la comédienne a solidement acquise avec Cours, Lola, cours et La Mémoire dans la peau) et trouve refuge auprès d’un jeune couple de SDF qui vivent dans le métro. Bientôt, tous sont pris en chasse par le monstre qui sévit dans les lieux : Craig, un homme sauvage et difforme qui capture ses victimes humaines dans des cages à moitié immergées, au milieu du réseau souterrain des égouts, puis les charcute au cours de sanglantes parodies d’opérations chirurgicales.

Mélange improbable entre After Hours, Subway et La Colline a des yeux, Creep est un film à l’atmosphère étouffante qui se distingue d’emblée par le travail minutieux effectué sur la bande son, la photographie et les décors (lesquels mixent une vraie station de métro anglaise désaffectée depuis 1917 et une ancienne sucrerie de Cologne entièrement réaménagée). Évacuant le recours aux effets numériques, comme Neil Marshall sur Dog Soldiers, Christopher Smith sollicite des maquillages spéciaux extrêmement efficaces pour donner vie à Craig, un freak hideux qui se déplace comme un singe et pousse des cris de chauve-souris. Dans le rôle de ce monstre à la fois terrifiant et pathétique, le comédien Sean Harris, qu’on allait retrouver la même année dans Isolation de Billy O’Brien, livre une prestation très étonnante.

Le sous-sol de la peur

Si le réalisateur n’est pas un adepte du gore qui éclabousse, il n’hésite pas à concocter quelques scènes très gratinées, comme la trépanation d’un des protagonistes ou une opération sans anesthésie qui s’avère quasi-insoutenable. L’efficacité du film repose aussi beaucoup sur la prestation de Franka Potente, dont le changement progressif de look – resplendissante dans sa robe et ses chaussures de marque en début de métrage, elle finit sous forme d’une misérable loque dépenaillée – permet à Creep de se clore sur une chute cruellement ironique. Voilà donc un exercice horrifique très honorable, qui a le mérite d’éviter les sentiers trop souvent battus. Il faut savoir que le poster original du film, qui montre une main ensanglantée s’appuyant sur la vitre d’une rame dans un tunnel, fut interdit d’affichage dans les couloirs du métro londonien lors de la sortie du film, une censure qui fut finalement levée au moment de son édition DVD. Christopher Smith, pour sa part, allait confirmer son talent dès l’année suivante avec l’excellent Severance.

 

© Gilles Penso



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GODZILLA CONTRE HEDORA (1971)

Le Roi des Monstres affronte une hideuse personnification de la pollution en perpétuelle mutation

GOJIRA TAÏ HEDORA

 

1971 – JAPON

 

Réalisé par Yoshimitsu Banno

 

Avec Akira Yamauchi, Hiroyuki Kawase, Toshie kimura, Keiko Mari, Toshio Shibamoto, Yoshio Yoshida

 

THEMA DINOSAURES I MUTATIONS I BLOB I SAGA GODZILLA

Godzilla’s Revenge insistant beaucoup dès son prologue sur les méfaits de la pollution au Japon, Godzilla contre Hedora ne s’embarrasse pas de prémisses. De la fumée sombre s’échappe des cheminées d’usines, de l’eau boueuse se déverse inexorablement, puis soudain surgit un monstre informe né des déchets accumulés depuis tant d’années par la civilisation. Cette mise en route menaçante joue la carte du contraste avec le générique qui suit, très « jamesbondien », au cours duquel une chanteuse répète inlassablement « sauvez la Terre » sur une orchestration délicieusement pop. Le personnage central de Godzilla contre Hedora est un nouveau petit garçon amateur du grand dinosaure atomique dont le père gagne sa vie en explorant les océans. Or les autorités signalent justement la présence d’un monstre capable de briser des navires en pleine mer. C’est Hedora, la « poubelle vivante », qui présente la fascinante caractéristique d’être en perpétuelle mutation, poussant le superviseur des effets spéciaux Teruyoshi Nakano à rivaliser d’inventivité, son mentor Eiji Tsuburaya ayant passé l’arme à gauche l’année précédente.

Formé de diverses substances polluantes de la Terre et d’un germe venu de l’espace, Hedora ressemble d’abord à une sorte de têtard sous-marin géant. En gagnant la terre ferme, il devient un colossal amas d’algues rampant aux yeux globuleux. Avec son crâne de céphalopode et sa masse spongieuse, il n’est pas sans évoquer le redoutable Cthulhu d’H.P. Lovecraft. Certains passages rappellent également Danger planétaire dans la mesure où des morceaux d’Hedora se détachent de son corps et agissent comme autant de blobs menaçant la population. La créature peut aussi voler comme une énorme soucoupe volante boursouflée qui expulse des gaz toxiques. Partout où il passe, les gens s’étouffent ou se décomposent et les plantes se rabougrissent. Surgissant enfin pour affronter Hedora, Godzilla a toutes les peines du monde à en venir à bout.

« Il n’y a pas de pollution dans nos cœurs ! »

Assez déconcertant dans sa mise en forme, le film est ponctué de séquences chantées, d’extraits de dessins animés, de poèmes à la gloire de Godzilla, de visions psychédéliques (des danseurs qui ont soudain des têtes de poissons) et même d’une pincée de gore (le visage d’un plongeur à demi-défiguré, les joueurs de cartes transformés en cadavres gluants, les rues jonchées de squelettes ensanglantés). Friand de mélanges des genres, Godzilla contre Hedora est presque expérimental. Sa mise en scène joue la carte de l’originalité chaque fois que possible, détournant les codes visuel et graphiques du début des années 70. Une espèce de woodstock s’improvise d’ailleurs dans les bois, mené par des étudiants clamant « il n’y a pas de pollution dans nos cœurs ! ». Godzilla contre Hedora restera surtout dans les mémoires pour ses nombreuses séquences spectaculaires et insolites, comme la vision de ce blob titanesque qui aspire des dizaines de voitures en pleine ville ou cette scène improbable où Godzilla vole à reculons en utilisant son rayon comme propulseur ! C’est finalement l’opiniâtreté du dinosaure radioactif, combinée à l’inventivité d’un scientifique, qui viendront à bout de la redoutable menace, métaphore d’une préoccupation bien réelle de la population japonaise liée à l’environnement et à la pollution.

 

© Gilles Penso



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INNOCENT BLOOD (1992)

John Landis transforme Anne Parillaud en redoutable vampire aux prises avec la mafia de Pittsburgh

INNOCENT BLOOD

 

1992 – USA

 

Réalisé par John Landis

 

Avec Anne Parillaud, David Proval, Rocco Sisto, Chazz Palminteri, Anthony LaPaglia, Robert Loggia, Tony Sirico

 

THEMA VAMPIRES

Dix ans après Le Loup-garou de Londres, John Landis mêle une fois de plus ses deux genres favoris : la comédie et le fantastique. Comme interprète principale, il opte pour Anne Parillaud, auréolée par le succès planétaire de Nikita. La comédienne nous offre donc une nouvelle prestation musclée sous les traits de Marie, un vampire urbain. Lorsqu’elle est en appétit, elle plante ses canines dans la gorge du premier mafioso à sa portée. Elle vit donc seule et ne sort que la nuit. Le policier Joe Gennaro (Anthony LaPaglia) est également un solitaire. Ayant dû rompre avec toutes ses relations pour infiltrer la plus puissante famille de la mafia de Pittsburgh, il n’a pu éviter d’être démasqué au bout de quelques mois, devenant l’ennemi n°1 du redoutable « capo » Sal Macelli, alias « le Squale » (Robert Loggia). Grillé aux yeux de ses supérieurs, il s’est vu retirer son enquête et vit dans la clandestinité. Son seul espoir est d’abattre Macelli, mais comment tromper la vigilance de celui-ci et l’approcher ? Seule Marie, déterminée et prête à tout, pourrait lui venir en aide…

Innocent Blood traite le vampirisme comme Le Loup-garou de Londres évoquait la lycanthropie : avec humour, désinvolture, recul, mais avec un paradoxal sérieux dans son traitement des scènes d’épouvante. John Landis note tout de même une nuance entre les deux approches. « Le Loup-Garou de Londres est un film qui avait été conçu pour faire peur, pour terrifier les spectateurs », explique-t-il. « Et l’humour y agissait comme un contrepoint, ce qui accentuait davantage les aspects effrayants de l’histoire. Le cas d’Innocent Blood est un peu différent. C’est un film de vampire, mais dans lequel l’humour est plus présent, plus entremêlé avec les éléments fantastiques. » (1) Après les métamorphoses douloureuses de Rick Baker, nous avons droit ici à des décompositions explosives et à d’étonnants scintillements oculaires conçus par Steve Johnson. Le scénario mêle les vampires (au comportement ici proche des zombies) à la mafia, en un film hybride probablement déroutant pour les amateurs respectifs du policier et du fantastique. Anne Parillaud elle-même aura du mal à comprendre dans quel style de film elle joue. « Pendant le tournage d’Innocent Blood, j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un drame », explique-t-elle. « Le vampire, pour moi, est une figure totalement gothique, dramatique, noire, ténébreuse et romantique. Il véhicule le thème de l’immortalité, un fantasme auquel nous aspirons tous, et transporte en même temps des problèmes très humains sous l’angle de la métaphore. Ces concepts sont très forts à mes yeux, et je pensais que John Landis allait les traiter frontalement, d’autant qu’Innocent Blood est aussi une histoire d’amour. Or quand j’ai vu le film terminé, je me suis rendue compte qu’il en avait fait une comédie burlesque. J’ai eu un énorme choc et j’ai vraiment vécu ça comme une trahison. J’en ai voulu à John Landis au point de ne pas participer à la promotion du film » (2)

Réévalué à la hausse

Mais comment en vouloir à l’auteur des Blues Brothers, qui a toujours aimé mélanger les genres, et ce dès son premier long-métrage Schlock ? D’où les abondantes notes d’humour que distillent les dialogues d’Innocent Blood, comme lorsque Marie, se repaissant de mafieux, déclare : « J’étais triste, j’étais affamée, il était temps que je m’occupe de moi. Alors je me suis dit : “pourquoi pas de l’italien ?“ » Et comme Landis est un « movie brat », autrement dit un enfant bercé par les vieux films qu’il dévora devant son poste de télévision, il truffe son long-métrage d’extraits de classiques du genre (de L’Inconnu du Nord Express au Cauchemar de Dracula en passant par Le Fantôme de la rue Morgue, Le Monstre des temps perdus et l’incontournable Dracula de Tod Browning) et offre des seconds rôles à une flopée de guest-stars prestigieuses telles que Sam Raimi, Dario Argento, Frank Oz, Michael Ritchie, Tom Savini ou Forrest J. Ackerman. Avec le temps, Anne Parillaud révisera son jugement sur le film en comprenant enfin sa tonalité et sa portée. « Il a fallu que les années passent et que je me rende compte qu’Innocent Blood étaitdevenu un film culte », avoue-t-elle avec humilité. « J’ai réalisé à quel point les gens aimaient ce film. Dans les vidéoclubs, il était quasiment impossible de l’emprunter car il n’était jamais disponible. J’ai compris que j’étais passée à côté de quelque chose et que ma déception de l’époque m’avait un peu aveuglée. Parfois, un acteur n’a aucune objectivité pour juger un film dans lequel il joue, et c’est ce qui m’est arrivé. Le résultat était tellement différent de ce que je croyais avoir tourné que je n’ai pas été capable d’en apprécier ses qualités. » (3)

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2011

(2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2009

 

© Gilles Penso

 

Pour en savoir plus

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BAXTER (1989)

Un chien redoutablement intelligent, guidé par ses instincts primitifs et son absence totale d’empathie, devient le compagnon d’un petit garçon très inquiétant…

BAXTER

 

1989 – FRANCE

 

Réalisé par Jérôme Boivin

 

Avec Lise Delamare, Jean Mercure, Jacques Spiesser, Catherine Ferran, Jean-Paul Roussillon et la voix de Maxime Leroux

 

THEMA MAMMIFÈRES I ENFANTS

Remarqué pour ses courts-métrages insolites, Jérôme Boivin prépare son premier long-métrage avec le producteur Patrick Godeau et le scénariste Jacques Audiard (fils du célèbre Michel et pas encore porté aux nues par ses propres films). Le projet est celui d’un thriller assez classique que Boivin espère consteller de touches personnelles, mais notre homme découvre entretemps le roman « Des tueurs pas comme les autres » de Ken Greenhall. Ce livre le fascine littéralement. Même s’il est publié dans la collection « Série Noire », il sort du cadre des polars édités habituellement dans cette série et ne se rattache à vrai dire à aucun genre connu. Si le récit tourne autour de deux assassins en puissance, comme l’indique le titre, ces derniers échappent en effet aux conventions du genre puisqu’il s’agit d’un chien et d’un petit garçon. Séduit par la plume de Ken Greenhall, Jérôme Boivin parvient à convaincre Godeau et Audiard de laisser tomber leur film policier pour se lancer dans l’adaptation du roman. Ce sera Baxter. Le projet est risqué, le budget ridicule, les acteurs peu connus, mais le pari est lancé. A la recherche d’un cadre européen qui ne soit pas la France mais y ressemble, le réalisateur opte pour la Belgique et y installe sa petite équipe.

« Méfiez-vous du chien qui pense… » : telle était la phrase d’accroche de Baxter au moment de sa sortie. Non seulement il pense, mais en plus il parle, du moins en voix-off, racontant tout au long du film ses états d’âme, ses envies et ses besoins. Baxter est un bull-terrier blanc, qui garde un souvenir flou mais visiblement pénible de son séjour dans un chenil. A travers trois expériences successives, il va découvrir et analyser les humains, leur comportement, leur mode de fonctionnement et leurs faiblesses. Sa première maîtresse est une vieille femme, qui accepte ce cadeau de sa fille à contrecœur et s’habitue comme elle peut à cette bête qui vit assez mal ce séjour en territoire hostile. Leur cohabitation se terminera mal. Baxter atterrit ensuite chez les voisins d’en face, un jeune couple qui fait l’amour du matin au soir jusqu’à la naissance de leur bébé. Ce petit rival ne sera pas du goût de Baxter… Le troisième foyer qui l’accueille est celui du petit Charles et de ses parents. Charles est solitaire, secret, taciturne, et se met à développer une fascination croissante pour hitler. Quand on est un chien aussi intelligent et dangereux que Baxter, avoir comme maître une graine de nazi ne peut qu’aboutir à une situation dramatique…

« N’obéissez jamais »

La photogénie atypique du bull-terrier (interprété à l’écran par plusieurs chiens), la voix éraillée de Maxime Leroux qui prononce ses pensées à voix haute (après que la production ait fait des tentatives infructueuses avec un enfant et même avec Michael Lonsdale) et la mise en scène minimaliste de Jérôme Boivin contribuent à l’étrangeté inconfortable de ce film résolument non conventionnel, partagé entre la comédie, le drame et l’horreur sans se positionner ouvertement dans la case d’un genre à part entière. En ce sens, Baxter se place dans la droite lignée du matériau littéraire qui l’inspire. Quand on étudie de plus près la trame du film, on constate qu’il avance en quelque sorte à rebours. Car au fil de ses maîtres successifs, Baxter découvre d’abord la vieillesse, puis l’âge adulte et enfin l’aube de l’adolescence. Ainsi, après l’aigreur et l’insouciance, il se frotte à un âge où la distinction entre le bien et le mal reste encore à faire. Car Charles, son petit maître aux idées sombres, est-il maléfique ? Ne s’intéresse-t-il pas au couple hitler-braun comme un entomologiste décortiquerait des insectes ? Le chien lui-même est-il intrinsèquement mauvais ? Certes, ses instincts meurtriers ne sont pas à prouver, mais la distanciation et la froideur avec lesquelles il observe chaque situation semblent le placer au-dessus de toute considération manichéenne. Tous deux sont dépourvus d’empathie, de capacité d’amour ou de haine. Le spectateur les déteste et s’attache à eux en même temps, ce qui rend leur confrontation finale si difficile à endurer. Comment se positionner moralement dans un univers où finalement personne n’attire la sympathie ? C’est finalement la phrase finale du chien, « n’obéissez jamais », qui semble être la clé de cette analyse sans appel de la nature humaine et de ses rapports de force souvent faussés.

 

© Gilles Penso



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CHAMBRE 1408 (2007)

Un auteur spécialisé dans les romans d’épouvante passe une nuit dans la chambre d’un hôtel qui est supposée hantée…

1408

 

2007 – USA

 

Réalisé par Mikaël Hafström

 

Avec John Cusack, Samuel L. Jackson, Mary McCormack, Andrew Lee Potts, Kim Thomson, Len Cariou, Drew Powell

 

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Chambre 1408 est un film d’une incroyable efficacité, reposant pourtant sur un concept ultra-simple qui semble en partie dérivé des scènes les plus effrayantes de Shining (il y a pires références, nous en conviendrons). Ce n’est pas tout à fait un hasard, puisque Stephen King est l’inspirateur du projet, par l’entremise d’une des quatorze nouvelles parues en 2003 dans le recueil « Tout est Fatal » (« Everything’s Eventual »). Le récit s’inspire librement d’un personnage réel, le parapsychologue Christopher Chacon, et des anecdotes qu’il collecta à propos d’un hôtel californien à l’inquiétante réputation, le Del Coronado. Dans Chambre 1408, John Cusack incarne Mike Enslin, un auteur réputé de romans d’épouvante qui, malgré le succès de ses œuvres traitant de sujets paranormaux, n’a jamais cru aux fantômes ou aux esprits. Agnostique et cynique, il est persuadé que la vie après la mort n’est qu’une invention des hommes destinée à les rassurer. Ses visites fréquentes dans les maisons supposées hantées et les cimetières n’ont fait que renforcer ses convictions en ce domaine. Pour les besoins de son nouveau roman, il déniche une chambre du Dolphin Hotel, la n°1408, dans laquelle se sont produites plusieurs morts inexpliquées et violentes. Pas du tout impressionné par ce passif sinistre, ni par les mises en garde du directeur de l’hôtel (Samuel L. Jackson), Enslin décide d’y passer une nuit. Une nuit qui va rapidement virer au cauchemar…

A priori, rien ne semble distinguer Chambre 1408 des innombrables histoires de fantômes au cours desquelles des protagonistes sceptiques affrontent des phénomènes paranormaux effrayants (La Maison du diable, La Maison des damnés ou Poltergeist ont fait date dans le genre), d’autant que le héros est ici un énième alter-ego de Stephen King. Le déjà-vu guette donc sur le seuil de cette chambre maudite, mais il n’y pénètre jamais vraiment. Bien vite, le spectateur s’interroge. Cette chambre est-elle hantée ? Tout se passe-t-il dans la tête de l’écrivain ? Quel est le vrai rôle joué par le gérant de l’hôtel ? Lorsque le sujet des fantômes est abordé frontalement, ce dernier affirme avec aplomb qu’ils n’ont rien à voir avec les phénomènes en présence. « C’est le Diable qui est dans cette chambre » déclare cet homme mystérieux. « Pourquoi les gens croient-ils aux fantômes ? », ajoute-t-il. « Pour rigoler ? Non ! C’est la perspective de quelque chose après la mort. » Et si ce Diable, c’était lui ?

Chair de poule

Beaucoup de questions restent en suspens, mais le scénario écrit à six mains par Matt Greenberg, Scott Alexander et Larry Karaszewski réserve des rebondissements étonnants en cours d’intrigue, et une chute qui donne la chair de poule. Comme en outre le metteur en scène suédois Mikaël Hafström (auteur du thriller Dérapage avec Clive Owen et Jennifer Aniston) parvient à construire des moments de pure terreur avec une économie de moyens remarquable, aidé par le jeu habité d’un John Cusack en grande forme, Chambre 1408 fait mouche, éveillant en nous des peurs basiques que seuls les grands films savent encore solliciter sans se surcharger en effets spéciaux coûteux et cache-misère.

 

© Gilles Penso



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LES CHIENS (1979)

À travers cette fable inquiétante, Alain Jessua dénonce les dérives sécuritaires de ses semblables

LES CHIENS

 

1979 – FRANCE

 

Réalisé par Alain Jessua

 

Avec Gérard Depardieu, Victor Lanoux, Nicole Calfan, Pierre Vernier, Fanny Ardant, Philippe Klébert, Régis Porte, Gérard Séty, Philippe Mareuil

 

THEMA MAMMIFÈRES

C’est à Milan, pendant l’enregistrement de la musique de son thriller Armaguedon, qu’Alain Jessua développe l’idée de son long-métrage suivant. Le soir, il s’étonne de voir autant de chiens tenus en laisse dans les rues ou près des terrasses de café. En discutant avec les autochtones, il découvre que les gens les plus âgés font tous l’acquisition d’un animal de garde pour éviter d’être agressés. L’imagination du cinéaste se met en branle et accouche bientôt du scénario des Chiens, qui sera co-écrit avec André Ruellan. L’action se situe dans une ville nouvelle de l’Yonne, même si en réalité le tournage se déroulera dans un quartier récent de Torcy. Le personnage central du film est le docteur Henri Ferret (Victor Lanoux), qui vient tout juste de s’installer dans la région, et qui sera le pôle d’identification idéal des spectateurs. Dès ses premières consultations, le brave médecin s’étonne du nombre anormal de morsures dont sont victimes ses patients. Il finit par comprendre que la majorité des habitants de la ville ont acheté des chiens pour se prémunir des agressions nocturnes. Leur fournisseur est un notable très respecté, Morel (Gérard Depardieu), qui tient un vaste chenil dans les bois et dresse les bêtes pour les muer en véritables armes mortelles. Entre les deux hommes, une relation complexe va se nouer…

La force du film – et la source principale du malaise qu’il provoque – repose sur sa capacité à jouer sans cesse sur l’ambigüité des sentiments. Si Victor Lanoux campe un protagoniste sympathique et attachant, il nous est difficile de ne pas être plus attirés encore par le charisme passionné et la flamme intense qui anime Gérard Depardieu, pourtant clairement présenté comme l’antagoniste du récit. Quant à la jeune femme campée par Nicole Calfan, victime d’un viol dès le début du métrage et donc objet de toutes les empathies, elle se laisse tenter par l’acquisition d’un chien afin de se protéger et se transforme peu à peu en furie assoiffée de sang, prompte à lancer son animal à l’assaut des potentiels agresseurs. Quand un berger allemand se jette sur un violeur dans le but manifeste de le faire passer de vie à trépas, faut-il exulter ? Lorsqu’une meute hurlante se rue sur un voleur de voitures ou sur un jeune délinquant pour les réduire en charpie, que penser ? Dans ce contexte trouble où le manichéisme se voile, Alain Jessua questionne les instincts de survie de ses semblables et leur propension à préférer la sécurité à la liberté… quitte à laisser les crocs se refermer sur des fuyards dont la culpabilité restait à prouver.

Les instincts primaires

Si l’argument des Chiens est à priori réaliste, le traitement du film le laisse régulièrement basculer dans une atmosphère insolite qui tutoie de près le fantastique. Dès l’entame, les codes du cinéma d’horreur sont convoqués au moment de l’agression nocturne de Nicole Calfan, calquant fidèlement sa mise en forme sur les effets de style du slasher alors très en vogue outre-Atlantique. Lorsque plus tard plusieurs propriétaires de chiens de garde organisent en pleine nuit des combats contre de jeunes rebelles équipés de protections précaires, dans des rues désertes aux allures presque post-apocalyptiques, une note de sinistre surréalisme s’invite. Et lors du climax, alors que résonnent les tambours tribaux d’un groupe de travailleurs immigrés, un flash-back mue Morel et ses disciples en émules du maléfique comte Zaroff. Ces chasseurs d’hommes au regard fou et à la mâchoire tremblante ne finissent-ils d’ailleurs pas par fusionner avec leurs bêtes ? Cette lycanthropie latente prend une tournure troublante au cours d’une séquence de dressage où Nicole Calfan entraîne son chien à attaquer Gérard Depardieu. Tandis que retentissent les aboiements hystériques de l’animal, des gros plans successifs isolent la jeune femme qui exulte et l’homme qui soupire, comme s’ils faisaient l’amour, revenant momentanément à l’état le plus primitif sous les assauts répétés de la bête qui va et vient entre eux. Le film s’achève sur le regard écarlate d’un chien-loup qui fixe le spectateur droit dans les yeux, comme pour l’interroger sur ses propres penchants bestiaux.

 

© Gilles Penso

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