BLOODY MALLORY (2002)

Un petit commando « anti paranormal » part chasser une armée de ghoules qui vient d’enlever le nouveau pape

BLOODY MALLORY

 

2002 – FRANCE

 

Réalisé par Julien Magnat

 

Avec Olivia Bonamy, Adria Collado, Jeff Ribier, Laurent Spielvogel, Julien Boisselier, Valentina Vargas, Thylda Barès, Thierry Perkins-Lyautey

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I VAMPIRES

Pour un premier long-métrage, Bloody Mallory est pour le moins ambitieux, fidèle à la politique des producteurs Olivier Delbosc et Marc Missonier qui, en créant la collection Bee Movies, misent sur de jeunes réalisateurs inconnus désireux de s’attaquer à un genre généralement méprisé en France : le fantastique. Face à l’espace de liberté qui s’ouvre à lui, Julien Magnat se fait plaisir, multipliant les hommages aux films d’horreurs et aux séries culte, Buffy tueuse de vampires en tête. Au volant d’un corbillard rose fuchsia, le cheveu écarlate et le sourire aux lèvres, Olivia Bonamy incarne Mallory, chef d’un commando « anti-paranormal » composé d’une drag-queen experte en explosif (Jeff Ribier), d’une gamine muette mais télépathe (Thylda Barès) et d’un agent détaché par le gouvernement (Thierry Perkins-Lyautey). Tous les quatre sillonnent les routes pour casser du monstre avec une bonne humeur et une désinvolture désarmantes. La petite équipe tombe sur un groupe de ghoules surexcitées qui s’en prennent à des nonnes dans un couvent. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. La vraie menace se trouve à 600 kilomètres de là, où une cohorte de créatures maléfiques kidnappe le nouveau pape (Laurent Spielvogel) pour le livrer au redoutable démon Abbadon…

Sur le papier, Bloody Mallory est un projet excitant, bousculant la morosité d’un paysage cinématographique souvent conventionnel pour y injecter un joyeux grain de folie. A l’écran, hélas, le résultat est loin de tenir ses promesses. La mise en scène maniérée cherche artificiellement la modernité (et se démode donc à la vitesse grand V), l’imagerie des jeux vidéo est convoquée pour présenter chaque protagoniste (sans que les effets numériques ne parviennent à tenir la distance), les acteurs semblent en roue libre, leurs dialogues sonnent faux, bref la balourdise est de mise et le second degré permanent dans lequel baigne le film ne suffit pas à sauver les meubles. Plus de spontanéité, plus de sincérité et moins de quête incessante d’autodérision auraient sans doute suffi à relever le niveau. Dommage par exemple que les fêlures passées du personnage principal (traumatisée la nuit de ses noces par la révélation de l’identité démoniaque de son époux, incarné par Julien Boisselier) soit traitée de manière aussi superficielle. Face à l’impossibilité de nous intéresser à cette galerie de personnages caricaturaux, nous suivons leurs exploits d’un œil distrait et distant.

Délit de sale ghoule

Il faut tout de même saluer l’indiscutable ambition de Julien Magnat qui ne se contente pas de marcher sur les traces classiques du slasher, malgré son budget très raisonnable de deux millions et demi d’euros, et décide de mettre en scène une généreuse galerie de créatures démoniaques. « C’était le premier film de monstres français depuis bien longtemps », nous confirme Jacques-Olivier Mollon, superviseur des effets spéciaux de maquillage. « La vraie difficulté, c’est que Fidélité Production nous avait alloué les moyens d’un petit film français. Or nous avions à créer presque autant de monstres que sur un film comme Une Nuit en enfer, avec un dixième de son budget ! » (1) Quarante litres de latex, soixante litres de faux sang, autant dire que les chiffres en ce domaine sont éloquents. Bloody Mallory nous réserve de fait quelques séquences assez gratinées, comme la grossesse accélérée de nones contaminées dont le ventre explose pour libérer des bébés ghoules voraces, le vaporisateur d’eau bénite qui pulvérise les têtes des monstres, la femme vampire qui aspire le sang d’une victime jusqu’à laisser un cadavre desséché ou encore le surgissement d’un impressionnant molosse qu’on croirait échappé du final d’Hellraiser et qui répond au doux nom de Berserker. Mais le film culte espéré par ses investigateurs passera totalement inaperçu sans donner naissance à la franchise que son concept prévoyait manifestement.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2004

 

© Gilles Penso

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BIENVENUE À MARWEN (2018)

Traumatisé par une agression qui l’a laissé amnésique, un homme invente un monde fictif dans lequel les jouets prennent vie

WELCOME TO MARWEN

 

2018 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Steve Carell, Leslie Mann, Diane Kruger, Merritt Wever, Falk Hentschel, Janelle Gonzalez, Gwendoline Christie, Leslie Zemeckis, Neil Jackson

 

THEMA JOUETS I RÊVES I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

« D’après une histoire vraie » nous annonce un texte à l’écran, juste après les premiers noms du générique. Pourtant, les images qui suivent semblent vouloir contredire effrontément cette mention. Car entre les nuages d’un ciel frappé par une série d’explosions, un avion de la seconde guerre mondiale fonce en slalomant, piloté par un soldat en plastique qui répond au nom de Captain Hogie. Après un atterrissage en catastrophe dans une campagne surdimensionnée, notre héros est attaqué par une troupe de nazis (en plastique eux aussi) et ne doit son salut qu’à l’intervention d’un commando de poupées façon Barbie, armées jusqu’aux dents et bien décidées à en découdre. L’histoire est vraie et pourtant le traitement est fantastique. Voilà tout le paradoxe et la singularité du dix-neuvième long-métrage de Robert Zemeckis. Le personnage réel à l’origine du film est Mark Hogancamp, qui a le malheur un soir d’ivresse d’affirmer dans un bar qu’il n’est pas contre l’idée de porter des chaussures de femmes. Il n’en faut pas plus à cinq brutes épaisses pour se jeter sur lui et le tabasser avec une violence inouïe qui le laisse entre dans la vie et à la mort. Après neuf jours de coma et quarante jours d’hospitalisation, Mark est amnésique. Visiblement excellent dessinateur dans le passé, il est désormais à peine capable de tenir un crayon. Pour exorciser le traumatisme dont il fut victime et raviver la flamme artistique qui l’anime, il photographie des saynètes situées dans un village belge imaginaire en pleine seconde guerre mondiale. Ses héros sont des jouets hyperréalistes inspirés de son entourage réel, et son œuvre finit par s’exposer avec succès.

Cette histoire étonnante fait l’objet d’un documentaire de Jeff Malmberg, Marwencol, que Zemeckis découvre et décide de transformer en fiction mi-réaliste mi-fantasmagorique. En entrant dans l’imagination de son protagoniste, le réalisateur de Qui veut la peau de Roger Rabbit jongle ainsi entre deux mondes parallèles qui s’interpénètrent. Celui de la réalité s’intéresse au quotidien, aux névroses, aux sautes d’humeur et aux élans d’inspiration de Mark, campé avec une subtilité remarquable par un Steve Carell en total contre-emploi. Celui de l’imagination transforme ses jouets en personnages animés d’une vie propre, comme s’ils échappaient parfois à la volonté de leur créateur. Le capitaine Hogie, héros central de cet univers miniature, est un alter-ego courageux et intrépide de Mark. Les nazis qui ne cessent de revenir le tourmenter sont le reflet de ses agresseurs. Quant aux femmes qui dirigent Marwen et prêtent main forte au brave soldat, elles s’inspirent directement des nombreuses présences féminines qui entourent Mark : ses collègues de travail, son aide-soignante, la commerçante qui en pince pour lui et la nouvelle voisine qui ne le laisse pas indifférent…

Small Soldiers

Le principe de Bienvenue à Marwen peut faire penser à Toy Story, mais le processus narratif est inverse. Car si chez John Lasseter les jouets s’animent dès que les humains ont le dos tourné, c’est ici l’homme qui leur donne vie par la seule force de sa pensée. Or plus le film avance, plus notre photographe a du mal à distinguer la réalité du fantasme, Zemeckis brouillant les cartes avec la virtuosité que nous lui connaissons et concoctant des séquences de bataille épiques qui s’invitent sans préavis dans le jardin ou dans le salon d’un héros de plus en plus désemparé. Le réalisateur s’amuse de toute évidence à retrouver le cinéma purement récréatif dont il fut l’un des porte-paroles les plus talentueux dans les années 80-90, réservant même aux amateurs un clin d’œil appuyé à la trilogie Retour vers le futur, tandis que le fidèle compositeur Alan Silvestri accompagne avec enthousiasme le lyrisme épique de ces scènes d’action surréalistes. Mais le cœur de Bienvenue à Marwen est ailleurs. Si le film parvient à toucher la corde sensible, c’est par la finesse avec laquelle est traitée la personnalité complexe de son protagoniste. Ses bizarreries sont abordées sans cynisme, notamment cette fascination pour les chaussures à talons que Zemeckis dépeint avec la même candeur que Tim Burton face au fétichisme d’Ed Wood pour les pulls angoras. Marwen est un film inclassable, difficile à étiqueter, rétif au catalogage. Sans doute est-ce la raison majeure de son cuisant échec au box-office.

 

© Gilles Penso

 

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LA SOIF DU VAMPIRE (1971)

Après The Vampire Lovers, le studio Hammer se lance dans une seconde adaptation du mythe de la femme-vampire Carmilla

LUST FOR A VAMPIRE

 

1971 – GB

 

Réalisé par Jimmy Sangster

 

Avec Yutte Stensgaardt, Ralph Bates, Barbara Jefford, Michael Johnson, Suzannah Leigh, Helen Christie, Pippa Steel, David Healy, Harvey Hall, Mike Raven

 

THEMA VAMPIRES

Entre 1970 et 1971, la Hammer aura adapté trois fois d’affilée la célèbre nouvelle « Carmilla » de Sheridan le Fanu. Épisode central de ce triptyque, La Soif du vampire se situe ainsi entre le Vampire Lovers de Roy Ward Baker et Les Sévices de Dracula de John Hough. Le lien narratif entre les trois épisodes est cependant ténu, à te point qu’il s’agit moins d’une trilogie à proprement parler que d’une série de variantes successives sur le même thème. À la tête de La Soif du vampire, Jimmy Sangster remplace à la dernière minute le réalisateur star du studio, Terence Fisher, ce qui ne permet pas au film de partir sous les meilleurs auspices. Car si Sangster est un scénariste au talent indiscutable (le succès de la Hammer doit beaucoup à ses écrits), il n’a pour l’instant qu’un film à son actif en tant que réalisateur, l’audacieux Les Horreurs de Frankenstein. D’ailleurs, lorsque l’immense comédien Peter Cushing se désiste pour partir au chevet de sa femme malade, Sangster le remplace par Ralph Bates, qui joua sous sa direction un docteur Frankenstein séduisant et impertinent, et qui accepte ici un rôle à total contre-courant, celui d’un professeur austère et rébarbatif. Dernier changement de taille : Ingrid Pitt, l’envoûtante Carmilla de The Vampire Lovers, refuse de reprendre le rôle, sous prétexte que le scénario lui déplaît. C’est donc la toute jeune comédienne danoise Yutte Stensgaardt qui prend la relève.

Nous sommes en 1830, dans un bourg autrichien propice à toutes les superstitions. Au cours d’un prologue volontairement excessif, une jeune et jolie villageoise est enlevée dans la forêt par les occupants d’un fiacre qui la transportent jusque dans un château où elle est sacrifiée. Tandis qu’un émule de Christopher Lee (Mike Raven) se lance dans une incantation fantaisiste qui mélange le latin et l’hébreu, le sang de la malheureuse s’écoule sur un squelette qui se recouvre de chair pour prendre l’apparence d’une jeune fille… De retour au village, nous faisons la connaissance de l’écrivain Richard Lestrange (Michael Johnson). Curieux lorsqu’on évoque devant lui la légende des Karnstein, des vampires qui reviendraient hanter les lieux tous les quarante ans, il décide d’aller visiter le château qui, selon les racontars, abrite ces infernales créatures. En se rendant sur place, Lestrange découvre un pensionnat de jeunes filles plein à craquer et se laisse émoustiller par toute cette chair fraîche qui s’ébat joyeusement sous le soleil. Alors que notre homme ne sait visiblement plus où donner de la tête, son cœur chavire en voyant débarquer une nouvelle venue qui répond au doux nom de Mircalla. Les amateurs d’anagrammes ne mettront pas longtemps à comprendre quelle est sa véritable identité. Autant dire que lorsque la blonde demoiselle entre dans le pensionnat, le loup pénètre dans la bergerie…

Vampirisme, romantisme et érotisme

Même s’il excelle sous la défroque du strict professeur Giles Barton, Ralph Bates sera très déçu par le film, qu’il qualifiera plus tard d’un des pires auxquels il participa. Jimmy Sangster lui-même s’avouera perplexe face à certains choix artistiques pris au moment du montage, visiblement sans son consentement, en particulier l’ajout d’une chanson suave, « Strange Love », susurrée par la jeune chanteuse britannique Tracy. De fait, La Soif du vampire s’intéresse plus aux chassés croisés amoureux de ses personnages qu’au potentiel horrifique du scénario. Les personnages n’en finissent plus de déclarer leur flamme les uns aux autres comme dans un roman photo, avec force regards appuyés et violons langoureux. Paradoxalement, ces romances à l’eau de rose s’assortissent d’une charge érotique décomplexée dont le film semble faire un mot d’ordre. Les poitrines dénudées et les scènes saphiques sont donc généreusement offertes à un public friand du genre, qui a radicalement repositionné ses exigences depuis la libération des mœurs amorcée à la fin des années 60. Les strictes robes aux cols serrés des productions Hammer de la décennie précédente sont bien loin. Désormais, le décolleté profond est de rigueur, le nu intégral est autorisé et la pudeur s’est évaporée. Pour anecdotique qu’elle puisse sembler, cette relecture du mythe de Carmilla reste intéressante pour l’ambiguïté des sentiments que semble éprouver la jolie créature aux charmes desquels personne ne résiste. Tour à tour machiavélique (lorsqu’elle subit l’influence du comte Karnstein) ou sincère (lorsqu’elle semble lutter contre des états d’âme désespérément humains), Mircalla peine à se positionner moralement et suscite donc des sentiments complexes de la part des spectateurs. La relative neutralité du jeu d’actrice de Yutte Stensgaardt participe beaucoup à cette ambivalence. Ce sera l’un des derniers rôles de cette « étoile filante », qui disparaîtra de la circulation après sa prestation la même année dans Burke & Hare de Vernon Sewell.

 

 

© Gilles Penso

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LE TOUBIB (1979)

Au cœur de la troisième guerre mondiale, un médecin aigri et taciturne s’éprend d’une jeune infirmière idéaliste

LE TOUBIB

 

1979 – FRANCE

 

Réalisé par Pierre Granier-Deferre

 

Avec Alain Delon, Véronique Jannot, Bernard Giraudeau, Francine Bergé, Michel Auclair, Catherine Lachens, Bernard Le Coq, Henri Attal, Jean-Pierre Bacri, Dominique Zardi

 

THEMA POLITIQUE FICTION I FUTUR

À la fin des années 70, Alain Delon a déjà tourné avec les plus grands et cherche à se renouveler. Persuadé que le public attend de lui une histoire d’amour sur fond de tourmente, il se laisse séduire par le roman d’anticipation « Harmonie ou les horreurs de la guerre » de Jean Freustié et décide d’en produire une adaptation en s’octroyant bien sûr le rôle principal. Pierre Granier-Deferre, qui l’a déjà dirigé dans La Veuve Couderc et La Race des seigneurs, se voit proposer la mise en scène. Ce sera le quinzième long-métrage du réalisateur de La Métamorphose des cloportes, Le Chat et Adieu poulet. Reste à trouver l’heureuse élue qui fera chavirer le cœur du personnage incarné par Delon. Kristin Scott-Thomas et Carole Bouquet sont sur les rangs. La première est recalée à cause de son accent anglais, la seconde à cause de sa froideur, et l’on opte finalement pour Dominique Laffin, vue notamment dans Dites-lui que je l’aime de Claude Miller. Mais la comédienne ne s’entend pas du tout avec Delon, dont les idées ne sont pas assez progressistes à son goût, et sera remplacée par Véronique Jannot. À peine âgée de 22 ans, l’ingénue était jusqu’alors spécialisée dans les séries TV. Elle tient donc ici son premier grand rôle pour le cinéma.

Nous sommes en 1983, soit quatre ans dans le futur. La troisième guerre mondiale a éclaté et fait des ravages en Europe. A l’arrière des lignes, le personnel médical d’une antenne chirurgicale installée en pleine campagne vit au rythme des hélicoptères qui charrient quotidiennement leur lot de blessés et de grands brûlés. Taciturne, cafardeux, brisé par le départ récent de sa femme, le chirurgien Jean-Marie Despré (Delon) se consacre à son travail et à ses malades avec une rudesse et une sévérité qui semblent directement inspirés par la personnalité réelle du comédien/producteur. Un jour, une jeune infirmière (Jannot) rejoint l’équipe médicale. Répondant au prénom d’Harmony, elle est trop souriante, trop optimiste, trop fragile aux yeux de Despré. Selon lui, elle n’a pas sa place parmi eux. Mais il se laisse progressivement attendrir, au point de lui avouer « vous me plaisez bien, Harmony » lorsqu’il la trouve endormie sur un lit de camp, épuisée par une charge de travail trop astreignante. Pourtant, lorsque le jour se lève, il reprend sa carapace de gros dur odieux et antipathique. Quand elle lui demandera de l’embrasser, il se contentera de répondre : « ce n’est ni le jour, ni le lieu, ni le bonhomme. » « Même sa gentillesse est brutale » commentera la cantinière incarnée par Catherine Lachens.

Les horreurs surréalistes de la guerre

S’il ne brille pas toujours par la finesse de ses dialogues (écrits pourtant par le talentueux Pascal Jardin) ou par la subtilité d’un jeu d’acteur privilégiant trop souvent les archétypes attendus (Delon fait la tête, Jannot sourit tristement, Giraudeau fanfaronne, Lachens plane), Le Toubib laisse une empreinte durable parce qu’il aborde frontalement une question finalement toute simple : une romance sincère est-elle possible dans un contexte marqué par la violence, le sang et la mort ? Et pour que cette problématique soit traitée sous un angle universel, rien ne vaut une guerre imaginaire et futuriste qui les symbolise toutes. Adopter le point de vue de médecins militaires est finalement le meilleur moyen de pointer du doigt l’absurdité des combats. Les soldats n’en finissent plus de se jeter sur les champs de bataille pour revenir estropiés et se faire soigner, selon un manège ridicule et lancinant. Entre deux séquences martiales (l’interminable défilé des engins militaire permis par la collaboration étroite de l’armée de terre avec la production) et bucoliques (les promenades champêtres de nos amoureux transis), Le Toubib est ponctué de séquences surprenantes qui transcendent cette love story sur fond de guerre pour faire entrer le film dans une autre dimension. Témoin ce village irradié en ruines où Harmony imagine furtivement la vie passée d’un village plein de vie, cette vision macabre d’un immense convoi réduit en cendres et jonché de corps mutilés, le surgissement surréaliste d’un char d’assaut amphibie hors des eaux paisibles d’un étang duquel émergeait quelques secondes plus tôt Véronique Jannot rejouant en tenue d’Ève la Venus de Botticelli, ou encore cette séquence cauchemardesque où une multitude de corps de soldats pétrifiés a littéralement fusionné avec les parois d’une caverne. D’une noirceur inattendue, le final est hélas atténué par une grandiloquence de mauvais goût, au détriment d’une demi-mesure dont l’impact aurait certainement été beaucoup plus fort.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON PRÈS DU CIMETIÈRE (1981)

Une famille américaine s’installe dans une grande maison sur laquelle plane un très lourd secret…

QUELLA VILLA ACCANTO AL CIMITERIO

 

1981 – ITALIE

 

Réalisé par Lucio Fulci

 

Avec Catriona MacColl, Paolo Malco, Ania Pieroni, Giovanni Frezza, Silvia Collatina, Dagmar Lassander, Giovani de Nava

 

THEMA ZOMBIES

C’est dans la foulée de son incroyable odyssée ultra-gore au fin fond des enfers de L’Au-delà que Lucio Fulci propose une nouvelle variante sur la figure des revenants putréfiés avec La Maison près du cimetière. Cette fois-ci, le thème du mort-vivant est étroitement mêlé à ceux de la maison hantée et du savant fou. Basé sur une histoire originale d’Elisa Briganti, le scénario passe par maintes réécritures avant la forme finale que nous lui connaissons, fruit d’envies et d’inspirations contraires. Si Fulci tient à rendre un hommage officieux aux écrits de H.P. Lovecraft, son scénariste Dardano Sacchetti se laisse surtout influencer par « Le Tour d’écrou » d’Henry James et par plusieurs souvenirs personnels liés à son enfance. Trop proche à son goût de La Résidence de Narciso Ibañez Serrador, le scénario de Sacchetti déplaît à Fulci qui le retravaille de fond en comble avec l’assistance de l’auteur Giorgio Mariuzzo (lequel avait déjà fait office de « script doctor » sur L’Au-delà). Le récit définitif s’intéresse au docteur Boyle (Paolo Marco), à son épouse Lucy (Catriona MacColl) et à leur fiston Bob (Giovanni Frezza), déménageant de New York pour s’installer dans une grande demeure bostonienne ayant jadis appartenu à l’étrange docteur Freudstein (belle trouvaille que ce patronyme composite !). Tandis que le docteur entame les recherches scientifiques qui ont justifié le déménagement de sa famille, le petit Bob, grande tignasse blonde et regard clair fort inquiétant, est en proie à des hallucinations étranges où une petite fille mystérieuse ne cesse de lui apparaître pour l’inciter à quitter les lieux.

Le film se nimbe alors d’une poésie insolite et souvent macabre, formellement proche de certaines atmosphères chères au Mario Bava d’Opération peur et au Dario Argento de Suspiria. Mais Fulci demeure le maître incontesté du gore à l’italienne, et les séquences de morts violentes qui scandent le récit ne déçoivent guère l’aficionado : couteau de boucher qui traverse une tête de part en part, égorgements à l’arme blanche ou carrément à mains nues, décapitations, empalements à grands coups de pieux acérés, éviscérations en tous genres… C’est un véritable festival, même si les excès de L’Au-delà demeurent probablement le mètre étalon en la matière. Le coupable de ces abominations n’est autre que Freudstein lui-même, qui sévit toujours dans la cave de l’antique maison, sous forme d’un zombie en fort piteux état. Il ne doit sa survie dans ce lamentable état qu’au prix de la chair et du sang de ses victimes humaines, seules capables de ragaillardir ses cellules dégénérescentes.

Quand Freud rencontre Frankenstein

Les séquences d’épouvante pure s’articulent donc autour de la sinistre cave, prélude aux outrances d’un Evil Dead réalisé quasiment dans la foulée par le jeune Sam Raimi. La première visite dans ce lugubre souterrain se solde par l’attaque sanglante d’une chauve-souris particulièrement déchaînée. Plus tard, c’est la baby-sitter (Ania Pieroni, sublime et furtive Mater Lacrymarum dans Inferno) qui succombe sous les assauts du monstre dans la cave. Le climax s’y déroule tout naturellement, et nous révèle enfin le visage de l’affreux Freudstein, un faciès grotesque et difforme dont le maquillage approximatif est sauvé par un éclairage et une mise en scène des plus efficaces. Le docteur zombifié possède en guise de viscères un amas de vers grouillants, et massacre sans discernement tout ce qui passe à sa portée, sous les yeux horrifiés de l’enfant qui tente coûte que coûte de s’échapper par une fissure taillée dans la tombe des Freudstein… Un grand moment de suspense et d’épouvante, qui clôt en beauté une inoubliable tétralogie cadavérique que Lucio Fulci inaugura deux ans plus tôt avec L’Enfer des zombies.

 

© Gilles Penso

 

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L’ILE SUR LE TOIT DU MONDE (1974)

Un archéologue et un riche homme d’affaire partent pour le Pôle Nord et découvrent une île perdue habitée par des Vikings

THE ISLAND AT THE TOP OF THE WORLD

 

1974 – USA

 

Réalisé par Robert Stevenson

 

Avec David Hartman, Donald Sinden, Jacques Marin, Mako, David Gwillim, Agneta Eckemyr, Gunnar Ohlund, Torsten Wahlund

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Projet initié dès 1968 par les studios Disney, soit deux ans après la mort de l’oncle Walt, L’Ile sur le toit du monde de Robert Stevenson débarque finalement sur les écrans en 1974 avec un succès pour le moins mitigé, qui peut s’expliquer par le caractère totalement anachronique de l’entreprise. Car cette production est prise entre la volonté d’un studio à la dérive de renouer avec l’esprit et la réussite de son 20 000 lieues sous les mers, sorti vingt ans plus tôt, et les attentes d’un public familial s’apprêtant sans le savoir à découvrir La Guerre des étoiles trois ans plus tard. Difficile de croire d’ailleurs que les deux films aient coexisté dans la même décennie, tant L’Ile sur le toit du monde parvient justement à ressembler à un film « à l’ancienne ». Situer l’action en 1907, au lieu de 1960 comme dans le roman d’origine, y contribue grandement, de même que le grand âge de Robert Stevenson (70 ans à la sortie du film), un habitué de la maison Disney pour qui il signe en tout une vingtaine de titres dont Mary Poppins, Le Fantôme de Barbe Noire, L’Apprentie sorcière ou Un Amour de Coccinelle. L’histoire débute à Londres. Sir Anthony (Donald Sinden), un riche homme d’affaire, demande au professeur Ivarrson (David Hartman), archéologue, de se joindre à une expédition dans le Pôle Nord pour retrouver son fils, disparu alors qu’il recherchait un légendaire cimetière de baleines. Emmenés par le capitaine Brieux (Jacques Marin) à bord de son dirigeable l’Hyperion, les trois hommes découvrent une île non-répertoriée habitée par des Vikings coupés du monde depuis des siècles. Là-bas, le fils de Sir Anthony semble mener la vie qui lui convient, loin du monde moderne. Mais le chef du village, n’appréciant guère ces nouveaux visiteurs, les condamne à mort…

Au vu du synopsis, on voit clairement la tentative d’invoquer l’esprit de Jules Verne et de 20 000 lieues sous les mers. Dommage dès lors que le Cinemascope soit abandonné au profit d’un format 35 mm standard (soit à peu de choses près le 16:9 de nos téléviseurs) mais ce choix tient en grande partie à une nécessité technique : L’Ile sur le toit du monde est en effet une succession quasi-ininterrompue de plans truqués, au point que le découpage évoque plus un film d’animation maison (de l’époque) qu’un film en prises de vue réelles, de par les cadres majoritairement fixes mais à la composition étudiée. De fait, si la mise en scène est donc plutôt sage en soi, le spécialiste des effets spéciaux Peter Ellenshaw s’en donne à cœur joie. Certes, d’aucun pointeront du doigt certaines peintures sur verre à la finition douteuse, mais de par leur nombre, elles font du film un véritable chant du cygne de l’ère 100% artisanale, juste avant que la caméra opérée par ordinateur d’ILM ne fasse tournoyer les chasseurs X au-dessus de l’Étoile Noire en 1977. Quant aux séquences de vol de l’Hyperion, elles conservent toute leur poésie et continuent d’enflammer l’imaginaire des enfants de 7 à 77 ans, à l’instar du Nautilus en son temps. On notera par ailleurs la présence d’une réplique grandeur nature de l’Hyperion (en fait le nom de la rue ou se situait le premier studio de Walt Disney) dans le parc Disneyland Paris, preuve que bien qu’il soit finalement peu connu du grand public, le film a marqué durablement certains esprits.

Un discours contemporain en filigrane

Alors que tout l’attrait de L’Ile sur le toit du monde tient à son invitation à l’aventure et à la découverte, on peut déplorer qu’à mi-parcours, un échange entre Sir Anthony et son fils retrouvé vienne un peu sonner comme une fausse note, entravant soudainement la magie et teintant le film d’un discours conservateur, voire un brin cynique. Car si tout est fait pour émuler le cinéma hollywoodien des années 50/60, les seventies s’invitent dans l’affaire alors que la communauté Viking est à demi-mot assimilée au mouvement hippie. Le fils affirme d’ailleurs qu’il est venu là pour « chasser des arcs-en-ciel ». En réponse à son père s’inquiétant de savoir s’il était parti pour le fuir, il le rassure en expliquant qu’il ne cherchait qu’un peu d’aventure et accepte sans se faire prier de revenir au bercail pour prendre la succession des affaires paternelles. Un renoncement aux idéaux et au rêve que l’on retrouve dans Alice au pays des merveilles de Tim Burton et Le Retour de Mary Poppins de Rob Marshal, également produits par Disney. Mais qu’importe : abstraction faite de cette petite contradiction morale et de l’impossibilité de surpasser le modèle que constitue 20 000 lieues sous les mers, L’Ile sur le toit du monde ne souffre d’aucune baisse de régime et offre des images mémorables, en particulier toutes les scènes impliquant les miniatures de l’Hyperion. Quant à la réalisation qui met en scène les acteurs dans des décors construits partiellement et complétés par des peintures sur verre, quand ils ne sont pas carrément filmés sur fond bleu, elle anticipe avec 25 ans d’avance l’approche alors révolutionnaire de George Lucas sur La Menace fantôme. Pas mal pour un film semble-t-il mal aimé et tombé en désuétude jusqu’au sein de la corporation Disney elle-même.

 

© Jérôme Muslewski

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TAMARA (2005)

Victime d’une mauvaise blague qui lui coûte la vie, une jeune fille revient d’entre les morts pour assouvir sa vengeance

TAMARA

 

2005 – USA

 

Réalisé par Jeremy Haft

 

Avec Jenna Dewan, Katie Stuart, Chad Faust, Bryan Clark, Melissa Elias, Gil Hacohen, Marc Devigne, Matthew Marsden

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Tamara (Jenna Dewan) est la tête de turc de son lycée. Timide, renfermée sur elle-même, habillée comme une grand-mère, elle est sujette à tous les quolibets possibles et imaginables. Chez elle, l’ambiance n’est pas beaucoup plus festive. Son père est un alcoolique primaire et le seul refuge de la jeune fille réside dans sa passion pour la sorcellerie. Lorsqu’elle a le malheur d’écrire dans le journal du lycée un article sur l’abus de stéroïdes chez certains de ses camarades sportifs, l’animosité à son encontre se transforme en haine pure et dure. Constatant que leur souffre-douleur est amoureuse du professeur de littérature Bill Natolly (Matthew Marsden), les lycéens lui tendent un piège en imaginant un faux rendez-vous galant dans un motel. Or la blague tourne mal et Tamara finit par y laisser la vie. Mais le lendemain, la jeune fille retourne en classe comme si de rien n’était. Non seulement la voilà revenue d’entre les morts, mais en plus elle s’est désormais muée en bombe sexuelle. « La vengeance a un corps qui tue » croit d’ailleurs bon de préciser le slogan du film.

Tamara repose énormément sur la prestation de la comédienne Jenna Dewan, aussi crédible en adolescente renfrognée et presque autiste qu’en bimbo délurée à l’anatomie affolante. Sa métamorphose physique est d’ailleurs très surprenante, et chacune de ses apparitions envoûte autant le spectateur que les protagonistes. D’autant que le réalisateur Jeremy Haft opte pour quelques partis pris judicieux, comme l’élimination de la couleur rouge dans le film, à l’exception des tenues et du maquillage de Tamara. Pour le reste, passée la première surprise, le scénario ne réserve plus beaucoup de surprises, marchant tour à tour sur les traces de Carrie, Very Bad Things, et Souviens-toi l’été dernier. La saga Destination finale vient également à l’esprit, à travers ce groupe d’adolescents qui s’apprêtent à être frappés l’un après l’autre par un destin funeste selon un schéma prédéfini, l’un d’entre eux étant en proie à des visions apparemment prémonitoires. Cette dernière correspondance cinéphilique s’explique largement par le fait que Jeffrey Reddick, scénariste de Tamara, fut justement celui de tous les épisodes de Destination finale.

À gore perdu

Le film tente de rattraper son manque d’innovation par quelques débordements gore assez extrêmes. A ce titre, une poignée de séquences choc, comme l’automutilation d’un des lycéens avec un cutter, sont franchement gratinées. D’autres puisent leur inspiration à tout va, du surgissement hors de terre d’un démon femelle aux yeux blancs (façon Evil Dead) à un abominable vomissement digne de L’Exorciste en passant par ce bras infesté de vers que n’aurait pas renié Lucio Fulci. On le voit, le film brasse large, et ne s’embarrasse jamais beaucoup de cohérence. Les explications liées à l’usage de la sorcellerie sont nébuleuses et certaines scènes bousculent assez loin les limites de la vraisemblance, notamment le climax. Guère impérissable, Tamara remplit malgré tout son office de petit shocker sans prétention. Du gore, une pin-up affriolante, de la sorcellerie, il n’en faut finalement pas beaucoup plus pour passer un agréable moment derrière son écran.

 

© Gilles Penso

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VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE (1959)

L’adaptation flamboyante d’une des aventures extraordinaires les plus célèbres de Jules Verne

JOURNEY TO THE CENTER OF THE EARTH

 

1959 – USA

 

Réalisé par Henry Levin

 

Avec James Mason, Pat Boone, Arlene Dahl, Diane Baker, Thayer David, Peter Ronson, Robert Adler, Alan Napier

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES

Avant Arthur Conan Doyle (« Le Monde Perdu ») et Edgar Rice Burroughs (le cycle « Pellucidar »), Jules Verne s’était déjà approprié avec panache le mythe du monde perdu avec son fameux « Voyage au Centre de la Terre », publié en 1864. Cet archétype des aventures extraordinaires, dont il fera sa spécialité, marque ses premiers pas dans le domaine de la science-fiction. Somptueuse adaptation de ce classique du fantastique littéraire, le film réalisé en 1959 par Henry Levin fut initié par le studio Fox pour capitaliser sur le succès de deux autres transpositions de Jules Verne à l’écran, 20 000 lieues sous les mers de Richard Fleischer et Le Tour du monde en 80 jours de Michael Anderson. L’intrigue de Voyage au centre de la terre se situe à la fin du 19ème siècle. Le professeur Lindenbrock (James Mason, qui incarnait justement le capitaine Nemo cinq ans plus tôt) y fait une découverte sensationnelle. Un savant islandais du moyen-âge, Saknussen, aurait en effet trouvé le moyen de se rendre au centre de la terre, consignant sur un document écrit le chemin à emprunter depuis l’emplacement d’un volcan précis. Or Lindenbrock est parvenu à déchiffrer ce message. Mais il n’est pas le seul sur la piste. Le professeur Götteborg de Stockholm (Ivan Triesault) voudrait lui damer le pion, avant de passer l’arme à gauche suite à l’intervention d’un arrogant descendant de Sacknussen (Thayer David).

Dès lors, il n’y a plus d’obstacle sur le chemin de l’expédition de Lindenbrock. Le savant sera accompagné par Alec (Pat Boone), le fiancé de sa nièce Jenny (Diane Baker), Hans Belker (Peter Ronson), un guide islandais, et Carla (Arlene Dahl), la veuve du professeur Götteborg. La petite expédition s’enfonce progressivement dans les entrailles de notre planète. Plus nos protagonistes s’approchent de la croûte terrestre, plus leur odyssée prend les allures de voyage dans le temps, portée par une partition tourmentée de Bernard Herrmann qui renforce le caractère fantasmagorique du film. Cette bande originale devenue classique s’inscrit d’ailleurs au sein d’une période propice aux univers fantastiques pour le compositeur fétiche d’Alfred Hitchcock, exactement à mi-chemin entre les musiques qu’il écrivit pour deux contes animés par le magicien Ray Harryhausen : Le 7ème voyage de Sinbad et Les Voyages de Gulliver.

L’attaque des reptiles géants

Voyage au centre de la terre se pare de magnifiques peintures sur verre et de décors surréalistes, comme cet océan intérieur dont la plage est peuplée de dinosaures quadrupèdes au dos écaillé à mi-chemin entre les dimétrodons et les édaphosaures. Ceux-ci sont en réalité des iguanes, affublés d’une crête dorsale en caoutchouc, qui se déplacent hélas trop vite pour paraître vraiment gigantesques, malgré l’effet de ralenti utilisé. Intégrés aux comédiens dans des plans larges superbes, les reptiles se jettent sur l’un de leurs congénères, blessé par deux harpons, ce qui laisse imaginer les sévices qu’a dû subir l’animal au cours du tournage. On peut craindre la même chose du varan qui plus tard, dans le décor des ruines de l’Atlantide, est enseveli sous des flots de lave. Ce bémol de taille nous gâche un peu le plaisir, d’autant que des dinosaures en stop-motion se seraient avérés beaucoup plus convaincants et spectaculaires. La technique fera pourtant école, notamment dans la version 1960 du Monde perdu qui sera initiée par le producteur Irwin Allen en grande partie suite au succès international du Voyage au centre de la terre d’Henry Levin, considéré aujourd’hui encore comme la meilleure adaptation filmée du classique de Verne.

 

© Gilles Penso

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LA NUIT DES SANGSUES (1986)

Des limaces extra-terrestres se logent dans le cerveau des humains et les transforment en zombies dégoulinants !

NIGHT OF THE CREEPS

 

1986 – USA

 

Réalisé par Fred Dekker

 

Avec Jason Lively, Steve Marshall, Jill Whitlow, Tom Atkins, Wally Taylor, Bruce Solomon, Vic Polizos, Allan Kayser

 

THEMA ZOMBIES I EXTRA-TERRESTRES

Irréductible fan de films d’épouvante et de science-fiction, Fred Dekker est le co-auteur du réjouissant House réalisé par Steve Miner. Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur et scénariste, il semble s’être efforcé de mixer toutes ses influences et toutes ses références La Nuit des Sangsues est donc un pot-pourri typique des premières œuvres de cinéphiles, maladroit dans sa construction mais sincère dans ses intentions. Le prologue nous transporte en 1959, aux alentours de l’université américaine de Lover’s Lane. Là, un vaisseau spatial débarque une créature extra-terrestre particulièrement agressive qui s’en prend aussitôt à un couple de terriens. Vingt-sept ans plus tard, nous faisons connaissance avec de jeunes protagonistes un tant soit peu stupides, notamment Chris, un étudiant en première année qui, s’il veut avoir une chance de séduire la belle Cynthia, doit accepter de participer à d’absurdes épreuves de bizutage. L’une d’entre elles consiste à dérober un cadavre à la morgue.

Avec l’aide de son ami JC, Chris tombe sur le corps cryogénisé d’un homme habité par une forme de vie extra-terrestre parasitaire. Accidentellement libérés, les monstres envahissent rapidement le campus voisin. Comme le titre l’indique assez bien, il s’agit d’espèces de limaces voraces qui jaillissent dans la bouche des humains et se logent dans leur cerveau où elles pondent des œufs. Les malheureux ainsi contaminés se transforment en zombies jusqu’au moment où les œufs éclosent et que les parasites fassent éclater la tête porteuse pour se lancer à la conquête de nouvelles victimes…

Clins d’œil en série

Fred Dekker est un fantasticophile pur et dur, à tel point que tous les personnages de son film portent le nom de cinéastes spécialisés dans le genre : Romero, Hooper, Cronenberg, Carpenter, Cameron, Landis, Raimi, Miner, Cunningham, Dante, De Palma… Jusqu’au journal local qui se nomme le « Corman Clarion ». Ces facéties évoquent celles de Hurlements, d’autant que Dekker utilise Dick Miller, acteur fétiche de Joe Dante, pour lui faire interpréter un armurier, rôle qu’il tenait déjà dans Terminator. Sans parler de cet extrait de Plan 9 From Outer Space qui passe à la télé en arrière-plan. Ce jeu référentiel prend une tonalité franchement parodique au cours d’un rêve de l’inspecteur Cameron, qui reproduit fidèlement le découpage d’une scène célèbre des Dents de la mer. Dommage que Dekker n’ait pas joué la carte du clin d’œil en permanence en dotant son film d’une véritable lecture au second degré. Car il n’ose visiblement pas aborder sous un ton ouvertement comique son histoire de zombies gorgés de sangsues extra-terrestres, comme s’il se sentait trop respectueux du genre pour vouloir s’en moquer. Ainsi, chaque écart humoristique est-il immédiatement rattrapé par un retour immédiat au sérieux. Résultat : le film a toutes les allures d’une série B de SF plutôt distrayante, agrémentée de surcroît d’effets spéciaux efficaces et surprenants (exception faite des grotesques extra-terrestres grimaçants du prologue), mais il ne resta guère vivace dans les mémoires. Cela dit, il est tout à fait possible que James Gunn se soit laissé inspirer par cette Nuit des sangsues pour concocter son délirant Horribilis.

 

© Gilles Penso

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YESTERDAY (2019)

Après un accident, un chanteur sans succès se réveille dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé…

YESTERDAY

 

2019 – GB

 

Réalisé par Danny Boyle

 

Avec Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran, Joel Fry, Kate McKinnon, Lamorne Morris, Sophia Di Martino, Elise Chappell, Harry Michell, Alexander Arnold

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

C’est le scénariste Jack Barth qui est à l’origine de Yesterday. Après avoir passé de longues années à essayer d’intéresser Hollywood à ses histoires, il part d’un constat désenchanté selon lequel s’il se retrouvait dans un monde où Star Wars n’existait pas, il serait incapable de vendre le concept créé par George Lucas. Il imagine alors un chanteur sans succès qui se réveille un jour dans un univers parallèle sans Beatles et tente de s’approprier leurs chansons pour connaître le triomphe. Écrit en 2012, ce script a un petit air de déjà-vu. On pense notamment au film Jean-Philippe de Laurent Tuel, où un fan absolu de Johnny Hallyday bascule dans une réalité où son idole n’existe pas, mais aussi et surtout à la bande-dessinée « Yesterday » de David Blot et Jérémie Royer. Cette histoire tournant autour de l’usurpation d’une œuvre artistique serait-elle donc elle-même le fruit d’un plagiat ? Difficile de répondre à cette question. Toujours est-il que le scénariste Richard Curtis (Quatre mariages et un enterrement, Love Actually) se laisse séduire par le pitch de Jack Barth et décide de réécrire le scénario en adoucissant sa tonalité sombre pour accroître son potentiel de comédie romantique.

Le projet démarre officiellement lorsque le versatile réalisateur Danny Boyle (Trainspotting, 28 jours plus tard, Slumdog Millionaire) se lance dans l’aventure. Le film reçoit la bénédiction de Paul McCartney, Ringo Starr, Yoko Ono et Olivia Harrison, mais un tel adoubement n’est pas gratuit. Un tiers du budget de Yesterday sera ainsi consacré à l’obtention des droits d’utilisation des chansons des Beatles. Quant à leur interprétation, elle est assurée par le comédien Himesh Patel qui chante lui-même et s’accompagne à la guitare et au piano. La véritable révélation du film, c’est lui. Patel incarne Jack Malick, qui travaille dans l’entrepôt d’un supermarché du Suffolk en espérant pouvoir percer un jour dans la musique. Mais malgré l’opiniâtreté de son amie d’enfance et manager Ellie (Lily James), ce jeune chanteur peine à sortir de l’anonymat et ne remplit même pas les minuscules chapiteaux des modestes festivals que l’on met à sa disposition. Prêt à abandonner ses rêves pour de bon, il rentre un soir chez lui à vélo. A cet instant précis, un phénomène inexpliqué frappe toute la planète : l’électricité est coupée partout pendant un bref instant. Plongé dans les ténèbres, Jack est heurté par un bus. A son réveil, il constate avec stupeur qu’il a basculé dans une réalité alternative. Le voilà plongé dans un univers où les Beatles n’ont jamais existé. Désormais seul à connaître les chansons des superstars de Liverpool, il les joue au public en laissant croire qu’il en est l’auteur…

Un garçon dans le vent

Loin d’être un simple gimmick, l’univers des Beatles envahit une grande partie de Yesterday, dont Daniel Pemberton signe la bande originale en jetant un pont entre les chansons réinterprétées par Patel et l’atmosphère musicale du film. L’hommage est subtil mais omniprésent, comme lorsque l’inexorable crescendo orchestral de « A Day in the Life » précède l’accident qui déclenche tout. Les guitares de Paul McCartney et George Harrison, les trompettes de « Penny Lane », les claviers de « Strawberry Fields Forever » s’invitent discrètement, sans ostentation, pour accompagner pas à pas l’ascension de cet usurpateur rapidement dépassé par les événements. Mais c’est surtout lorsque Jack essaie de faire découvrir pour la première fois à son entourage les classiques des quatre garçons dans le vent qu’il convient de ne pas trahir l’essence des œuvres originales. Son interprétation sera-t-elle à la hauteur ? Constat amer sur l’industrie du disque et plus généralement sur un monde où le marketing corporatiste a largement pris le pas sur l’instinct artistique, Yesterday permet à Ed Sheeran d’incarner une caricature de lui-même (il conseille vivement à Jack de remplacer le titre « Hey Jude » par « Hey Dude », plus dans l’air du temps selon lui) et ponctue sa narration de gags savoureux (dont celui, récurrent, où Jack cherche des noms sur Google pour savoir s’ils existent dans ce monde parallèle). Entre éclats de rire et moments d’émotion intenses, Yesterday nous questionne sur l’inspiration, la mémoire, la quête d’identité et le devoir de transmission. Cette dernière thématique envahit le dernier acte du métrage, culminant au cours d’une séquence touchante et inattendue laissant rêveur sur les caprices du destin.

 

© Gilles Penso

 

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