MOSQUITO (1994)

Suite au crash d’un OVNI, des moustiques atteignent des proportions gigantesques et attaquent la population…

MOSQUITO

 

1994 – USA

 

Réalisé par Gary Jones

 

Avec Gunnar Hansen, Ron Asheton, Steve Dixon, Rachel Loiselle, Tim Lovelace, Mike Hard, Kenny Mugwump, Josh Becker, Margaret Gomoll, John Reneaud

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Une mystérieuse capsule extraterrestre (une très jolie maquette qui nous met toute de suite dans l’ambiance « série B du film) se dirige vers notre planète et s’écrase au cœur de la forêt du Michigan. De la carcasse échouée émerge le corps d’une entité extra-terrestre conforme au look des aliens de La Guerre des mondes : un long bras reptilien et de grands doigts effilés. Un moustique se pose sur la peau de la créature et la pique. Dès lors une étrange mutation génétique se met en branle. Voilà comment commence le premier long-métrage de Gary Jones, un grand fan de cinéma de genre qui pense à cette idée de moustiques mutants depuis les années 80 et s’implique à fond dans le film (ses parents participent, plusieurs véhicules familiaux sont mis à contribution). Malheureusement, le budget à sa disposition se réduit comme peau de chagrin et les grandes ambitions qu’il caresse pour son Mosquito doivent être drastiquement revues à la baisse. D’où des effets spéciaux de qualité très variables. Si les maquillages spéciaux, les effets mécaniques et la pyrotechnie (supervisés par Jones lui-même) tiennent la route, et si les marionnettes mécaniques coordonnées par Matt Hundley fonctionnent plutôt bien, on ne peut pas en dire autant des figurines en stop-motion. Leur animation n’est pas en cause (elle est assurée par le talentueux Paul Jessel), mais les incrustations sont tellement horribles qu’elles feraient presque saigner les yeux des spectateurs.

Suite à la rencontre impromptue entre l’insecte et l’extra-terrestre en début de métrage, la situation dégénère. Dans toute la région, les habitants sont sauvagement attaqués par des moustiques géants de presque deux mètres d’envergure en quête de sang humain. La garde forestière Megan (Rachelle Loiselle), son petit-ami Ray (Tim Lovelace) et le docteur Parks (Steve Dixon), un météorologiste envoyé par le gouvernement, découvrent l’effroyable carnage et tentent d’unir leurs forces contre la menace vrombissante qui infeste les cieux. Plusieurs scènes parviennent à sortir du lot malgré les faibles moyens du film, notamment la poursuite du camping-car, l’assaut final de la maison ou l’homme armé d’une tronçonneuse qui s’en prend aux moustiques géants (par l’entremise de rétroprojections efficaces). On note que l’homme en question est interprété par Gunnar Hansen, le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse, ce qui ne manque pas d’ironie. Il se fend d’ailleurs d’une réplique en forme de clin d’œil lorsqu’il empoigne son engin : « ça doit bien faire vingt ans que je ne me suis pas servi d’un de ces trucs ».

Moustiques à la tronçonneuse

Mosquito se permet quelques passages gore, en particulier lorsque le dard d’un des insectes géants s’enfonce dans l’œil d’un pêcheur, ou lorsqu’un homme se vide de son sang jusqu’à ce que ses yeux s’éjectent de leur orbite. Gary Jones n’hésite pas à exhiber quelques cadavres sévèrement amochés, comme au moment de cette vision de cauchemar au cours de laquelle le camping-car est jonché de corps exsangues et desséchés. La mise en scène joue aussi habilement sur le bruitage stressant des insectes géants. Mais le film souffre de beaucoup de maladresses et de l’injection quasi-systématique d’un humour balourd véhiculé par une poignée de personnages affligeants : le garde forestier voyeur, les gangsters stupides, les pécheurs idiots, tous accompagnés dans leurs actions par une musique éléphantesque qui croit bon de surligner les effets comiques. Mosquito n’entra donc guère dans les mémoires, mais la carrière de Gary Jones était lancée, poursuivant sans complexe la voie du fantastique débridé avec une prédilection pour les grosses bébêtes. Il dirigea ainsi plusieurs épisodes de séries TV (Xena la guerrière, Hercule, Chérie j’ai rétréci les gosses, Sheena) puis quelques « creature features » plus ou moins convaincants, en particulier Spiders, Crocodile 2, Planet Raptor ou encore l’impensable Axe Giant et son titan armé d’une hache.

 

© Gilles Penso


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JEKYLL & HYDE (1990)

Michael Caine entre dans la peau du docteur Jekyll aux côtés de l’ex-Drôle de dame Cheryl Ladd dans cette version télévisée britannique…

JEKYLL & HYDE

 

1990 – GB

 

Réalisé par David Wickes

 

Avec Michael Caine, Cheryl Ladd, Joss Ackland, Ronald Pickup, Diane Keen, Kim Thomson, Kevin McNally, David Schofield, Lee Montague, Miriam Karlin

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Le long téléfilm Jack l’éventreur réalisé par David Wickes pour Thames Television, avec Michael Caine en tête d’affiche, fit son petit effet lors de sa diffusion en 1988 un peu partout dans le monde. Face à ce succès public et critique, les deux hommes décident de se réunir pour un autre récit victorien, en l’occurrence une adaptation de « L’Étrange cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde » de Robert Louis Stevenson. Ce sera un nouveau téléfilm (deux fois moins long que le précédent, 90 minutes au lieu des trois heures de Jack l’éventreur), cette fois-ci destiné à ITV. Pour se distinguer des innombrables œuvres déjà consacrées à ce bon docteur Jekyll, le scénario que Wickes écrit lui-même s’attarde sur le scandale social en inventant pour l’occasion de nouveaux personnages. Nous sommes dans l’Angleterre de 1884 et Jeffrey Utterson (Ronald Pickup), exécuteur testamentaire d’Henry Jekyll, s’apprête à disperser ses biens quand il retrouve Sara Crawford (Cheryl Ladd, ancienne espionne de charme chez les Drôles de dames). Disparue depuis cinq ans, Sara est légataire universelle du docteur, dont elle a eu un fils, mais ne veut rien recevoir. Pour éclaircir le mystère qui pèse sur la mort d’Henry, Sara accepte de raconter son étrange histoire, à l’occasion d’un long flash-back qui constitue le corps principal du film.

Dans cette version de l’histoire, Jekyll est veuf, ayant perdu sa femme d’une pneumonie. Il s’éprend alors de Sara, sa belle-sœur, une femme déjà mariée mais qui ne ressent plus aucun amour pour son époux parti à Singapour. Au départ, la relation est purement platonique et le père de Sara, le docteur Lanyon (Joss Ackland), regarde Jekyll d’un mauvais œil, le tenant pour responsable de la mort de sa première fille. On le voit, plusieurs intrigues non imaginées par Stevenson viennent s’immiscer dans le récit pour compliquer la vie de notre savant obnubilé par ailleurs par ses expériences. Car Jekyll, on le sait, étudie la limite insaisissable qui sépare le bien du mal. En testant sur lui-même sa précieuse formule, Henry se transforme en monstrueux Edward Hyde, une brute sans foi ni loi qui commence à entacher la ville de ses crimes sanglants…

Idylles compliquées et mutations difformes

À l’instar d’autres téléfilms remaniant les mythes fantastiques classiques, comme le Dracula de Dan Curtis ou le Frankenstein de Jack Smight pour n’en citer qu’une poignée, cette version prend donc plusieurs libertés avec les évènements décrits dans l’œuvre originale, ajoutant même des parents que nous ne connaissions pas (le père de Jekyll étant incarné par le vétéran Lionel Jeffries) et un journaliste avide de scandale (David Schofield). Malgré ses nombreuses infidélités, Jekyll & Hyde s’attache à retranscrire avec le plus de fidélité et de rigueur possibles l’ambiance et l’essence de la prose de Stevenson, ainsi que le cadre historique du récit. Michael Caine possède tout le charisme nécessaire au rôle de Jekyll et sa transformation en Hyde, à grand renfort de prothèses gonflables, est servie par des effets spéciaux de maquillages spectaculaires, œuvre conjointe de Stuart Conran (Hellraiser) et Mark Jones (Cabal). En revanche, Hyde, au stade final de sa métamorphose, est bien trop monstrueux – sorte d’Elephant Man chauve et boursouflé – pour être plausible. Ce téléfilm à l’approche pourtant réaliste pèche bizarrement par excès dans ces moments-là. Quant au dénouement, il offre aux téléspectateurs une surprise propre à susciter le malaise. Même si ce Jekyll & Hyde remporte beaucoup moins de suffrage que Jack l’éventreur, Caine sera nommé aux Golden Globes et aux Primetime Emmys pour sa performance.

 

© Gilles Penso


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TED (2012)

Mark Wahlberg incarne un trentenaire dont le meilleur ami est un ours en peluche aussi oisif, graveleux et potache que lui…

TED

 

2012 – USA

 

Réalisé par Seth MacFarlane

 

Avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Joel McHale, Giovanni Ribisi, Sam Jones, Patrick Warburton et la voix de Seth MacFarlane

 

THEMA JOUETS

Le soir de Noël, un petit garçon de huit ans formule un souhait un peu fou : que son ours en peluche prenne vie et devienne son ami pour la vie. Or le vœu se réalise et Ted et John sont désormais inséparables. Voilà qui pourrait donner lieu à un joli film pour enfants, un de ces contes enjôleurs susceptibles d’être diffusés en boucle sur Disney Channel pendant les périodes de fêtes. Mais ce n’est que le point de départ de Ted. Après le générique, nous découvrons que John a désormais 35 ans, et si son ours en peluche est toujours à ses côtés, il a désormais une voix de ténor et traîne avec lui sur le canapé en regardant la télé tout en échangeant des blagues graveleuses et en se gavant de bière. Car voilà : malgré son argument fantastique, Ted est une comédie trentenaire classique reproduisant une formule connue, celle du jeune adulte qui refuse de grandir, flanqué d’un bon copain sympathique mais lourdaud et d’une petite amie qui peine à trouver sa place dans l’équation. Tout l’intérêt – et l’originalité – du film repose donc sur l’intégration dans ce sous-genre comique classique d’un élément purement fantastique dérivé d’un conte de fée traditionnel. Un peu comme si Winnie l’Ourson venait envahir l’univers des frères Farrelly.

Jusqu’à présent, Seth MacFarlane s’était spécialisé dans les séries d’animation déployant déjà un humour adulte et référentiel (Family GuyLes Griffin, American Dad). Si Ted est au départ envisagé comme un autre show animé, le réalisateur décide finalement de passer à la prise de vues réelles. Le studio 20th Century Fox, qui accompagne depuis longtemps ses travaux, n’est pas très confiant dans cette entreprise et préfère se désister. C’est donc Universal qui prend le relais. Totalement investi dans le film, MacFarlane l’écrit et le réalise, mais prête également sa voix à l’ours en peluche. Il lui donne aussi sa gestuelle via la technique de la motion capture. « Seth sait exactement ce qu’il veut et peut souvent le dessiner pour vous sur une serviette de table » nous raconte Eric Leven, l’un des superviseurs des effets visuels du film. « Si les paupières dans ce plan sont un peu trop hautes, si elles doivent être décalées, si la forme de la bouche n’est pas tout à fait correcte, il dessine exactement ce qu’il veut sous forme de petit dessin animé pour que les animateurs sachent précisément ce qu’il a en tête. » (1) Ce sens de la minutie s’avère payant. Ted est en effet criant de vérité, fruit du travail conjoint de deux compagnies d’effets spéciaux complémentaires : le Tippett Studio et Digital Pictures Iloura.

Un ours bien léché

Extrêmement référentiel, l’humour de Ted tourne principalement autour de la culture pop des années 80. On y trouve donc en vrac un téléphone qui sonne avec la musique de K 2000, une allusion au chapeau d’Indiana Jones, la reprise de la chorégraphie de « Staying Alive » façon Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (une parodie de parodie, en somme), des clins d’œil à Superman Returns, Octopussy, Star Wars, et surtout un hommage récurrent au Flash Gordon de Mike Hodges avec une longue apparition pleine d’autodérision du comédien Sam Jones (en très grande forme). D’autres guests apparaissent aussi dans leur propre rôle, comme Tom Skeritt, Norah Jones ou Ted Danson. Quant à Giovanni Ribisi, il est comme toujours parfait dans la peau d’un inquiétant sociopathe (personnage qu’il esquissait déjà dans la série Friends et qui lui ouvrit en grand les portes d’Hollywood). Ted se consomme donc sans modération et avec une jubilation communicative. Le gigantesque succès du film au moment de sa sortie en salles entraîna la mise en chantier d’un second épisode en 2015. La 20th Century Fox s’en mordit bien sûr les doigts.

 

(1) Propos extraits du livre « Mad Dreams and Monsters: the Art of Phil Tippett and the Tippett Studio » (Cameron Books)

 

 

© Gilles Penso


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KNOCK AT THE CABIN (2023)

Le quinzième long-métrage de M. Night Shyamalan place une famille face à un dilemme dont l’issue est l’avenir de l’humanité…

KNOCK AT THE CABIN

 

2023 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Dave Bautista, Jonathan Groff, Ben Aldridge, Nikki Amuka-Bird, Kristen Cui, Abby Quinn, Rupert Grint, M. Night Shyamalan

 

THEMA CATASTROPHES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Knock at the Cabin n’était pas destiné initialement à M. Night Shyamalan. Le scénario de Steve Desmond et Michael Sherman, adaptation du roman « The Cabin at the End of the World » de Paul Tremblay, fut acquis par la compagnie FilmNation avant même la publication du livre. Mais le réalisateur de Sixième sens tombe sur ce script et l’adore. Il en fait une affaire personnelle, y ajoute sa plume pour se le réapproprier et lance une co-production entre sa propre société Blinding Edge Pictures et Universal Pictures (pour qui il a déjà réalisé Old). Énigmatique, le récit prend d’abord la forme d’un « home invasion » oppressant avant de s’orienter vers quelque chose de beaucoup plus surprenant, jouant sans cesse le décalage entre un huis-clos avec une poignée de personnages et des conséquences extérieures à échelle planétaire. C’est une illustration inattendue de l’effet papillon, ramené sous un jour beaucoup plus mystique que scientifique. Voilà donc un sujet taillé sur mesure pour celui qui mit en scène Signes et Phénomènes. Dans le rôle clé de Leonard, l’homme par qui les événements se déclenchent, Shyamalan pense immédiatement à l’impressionnant Dave Bautista après avoir apprécié sa prestation dans le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Le reste du casting est moins familier du grand public, à l’exception de Rupert Grint, le Ron de la saga Harry Potter, dans un contre-emploi savoureux de « chien fou » incapable de réfréner ses émotions.

Le film commence dans un cadre idyllique digne du jardin d’Eden, que Shyamalan filme pourtant avec une certaine étrangeté. Wren, une fillette asiatique (Kristen Cui), capture des sauterelles et les installe dans un bocal, en prenant bien soin de noter leurs caractéristiques dans son cahier. Bientôt, une silhouette imposante vient à sa rencontre. L’homme se veut rassurant, son regard est affable, mais sa carrure est celle d’un colosse. Il s’agit de Leonard, qui affirme ne rien vouloir d’autre que sympathiser avec la gamine. Wren, logiquement méfiante, répond qu’elle n’est pas autorisée à parler aux étrangers. Leonard comprend, mais il entame la conversation malgré tout. Et pendant qu’il parle, d’autres inconnus s’approchent, armés d’outils tranchants fort peu rassurants. Wren prend peur et s’enferme dans sa maison, rejointe par ses deux pères Eric (Jonathan Groff) et Andrew (Ben Aldridge). Tous trois s’inquiètent. Qui sont ces gens à l’extérieur ? Et pourquoi tiennent-ils tant à entrer chez eux ?

Apocalypse Now ?

Le cinéaste n’a pas choisi par hasard de commencer son film avec des sauterelles, symbole évident d’un fléau divin (elles représentent l’une des dix plaies d’Égypte) mais aussi métaphore du microcosme enfermé dans la cabane. Ces humains minuscules ne sont-ils pas eux aussi soigneusement étudiés par une force supérieure ? La question qui taraude assez vite le spectateur est somme toute assez simple : Shyamalan va-t-il réussir à tenir sur une idée aussi minimaliste pendant toute la durée du métrage ? Certes, des échappées sous forme de flash-backs s’intéressant à des épisodes importants de la vie d’Eric et Andrew permettent de sortir furtivement du huis-clos et de nous faire découvrir avec plus d’acuité leurs caractères respectifs et la force du lien qui les unit. Mais pour le reste, l’enfermement et la tension restent les maîtres mots. Or non seulement le réalisateur parvient à nous tenir en haleine, mais il va surtout jusqu’au bout de son concept, nous poussant sans cesse à nous positionner moralement par rapport à cette situation inédite. Sa mise en scène virtuose – et pourtant discrète – parvient à créer le malaise à partir des choses les plus banales, tandis que raisonne de manière obsessionnelle le mantra d’un des personnages : « Crois en quelque chose de plus grand que toi ». Nous ne sommes finalement pas loin des questionnements autour de la foi que développait Signes, avec à la clé une interrogation lancinante : les coïncidences existent-elles, ou tout est-il déjà déterminé à l’avance ? Passionnant et inconfortable, Knock at the Cabin ne pouvait évidemment pas plaire à tout le monde. Mais combien de films parviennent-ils encore autant à bousculer et à surprendre sans jamais emprunter les sentiers battus ?

 

© Gilles Penso


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FOU À TUER (1986)

Klaus Kinski incarne le fils d’un officier nazi qui capture des jeunes femmes dans son appartement, les séquestre et les assassine…

CRAWLSPACE

 

1986 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Klaus Kinski, Talia Balsam, Barbara Whinnery, Carole Francis, Tane McClure, Kenneth Robert Shippy, Sally Brown, Jack Heller, David Abbott, Sherry Buchanan

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Fidèle à ses habitudes, le producteur Charles Band tourne plusieurs films en même temps, recycle les décors et les accessoires des longs-métrages qu’il chapeaute et vend des concepts à d’éventuels investisseurs sur simple présentation d’un titre prometteur et d’un poster alléchant. Lorsqu’il réussit à intéresser du monde autour d’un projet baptisé Crawlspace (qu’on pourrait traduire par « vide sanitaire »), il charge David Schmoeller d’en tirer un scénario. Ce dernier avait passé un moment agréable avec Band sur le tournage de Tourist Trap, donc pourquoi pas ? Schmoeller imagine l’histoire d’un vétéran de la guerre du Viet-Nam devenu psychopathe au point de transformer son grenier en camp de prisonniers de guerre. Band aime le concept mais craint que le public américain ne soit pas encore prêt pour un tel sujet. Il envisage plutôt de transformer le personnage en ancien nazi. Les réticences de Schmoeller – bien légitimes – s’évaporent lorsque son producteur lui promet Klaus Kinski dans le rôle principal. Cet acteur légendaire étant disponible, tout le monde saute sur l’occasion et le scénario est spécialement réécrit pour lui. Mais Schmoeller déchante rapidement. Kinski se comporte en effet comme un dément pendant le tournage, hurle lorsque les costumes qu’on lui propose ne lui conviennent pas, refuse de prononcer certains dialogues, n’obéit pas aux instructions de base que sont « action ! » et « coupez ! », provoque de nombreuses bagarres. Les membres de l’équipe finissent même par supplier Schmoeller de l’abattre ! Finalement, le titre français du film se sera révélé parfaitement adapté.

Tant bien que mal, Fou à tuer se tourne malgré la tourmente. Les spectateurs attentifs reconnaîtront le décor de l’immeuble dans lequel se déroule la quasi-totalité de l’action : c’est le même que celui de Troll. Charles Band reste le roi du recyclage. Kinski incarne Karl Gunther, le propriétaire des lieux, un homme passablement perturbé saisi par des élans sadomasochistes. Fils d’un tortionnaire nazi, il fut lui-même médecin à Buenos Aires où il pratiqua l’euthanasie sur bon nombre de patients. Désormais, il espionne ses voisines, en kidnappe quelques-unes, les mutile ou les tue et se confesse dans un journal intime. « Autrefois je tuais pour la science, maintenant je tue parce que je ne peux plus m’arrêter » écrit-il l’air pensif. Lorsqu’il n’occis pas ou ne prélève pas d’organes sur ceux qu’il considère comme ses rivaux, Gunther joue à la roulette russe avec un pistolet chargé, dans l’espoir de se tuer un jour et de mettre fin à sa folie meurtrière avec le peu de moralité qui lui reste. Mais c’est à chaque fois un « clic » qui résonne lorsqu’il appuie sur la gâchette. « Qu’il en soit ainsi » dit-il alors avec philosophie, avant de reprendre ses activités troubles.

Tuez Monsieur Kinski !

Fou à tuer se drape d’une musique superbement grandiloquente de Pino Donaggio, qui prend bien soin d’éviter d’autoplagier son travail sur Body Double lors des nombreuses séquences de voyeurisme du film. Dans l’une d’elles, Tane McClure, la fille de l’acteur Doug McClure (Le Sixième continent, Les 7 cités d’Atlantis) en fait des tonnes, se trémoussant sans retenue et découpant aux ciseaux les bouts de son soutien-gorge ! Papa Doug sera fort mécontent en découvrant le résultat. Quant à Kinski, il montrera un fort penchant pour l’actrice, à tel point que le réalisateur la sollicitera tout le temps sur le plateau, même lorsque sa présence n’est pas nécessaire, dans l’espoir de calmer le tempérament imprévisible de sa star. Le film redouble de séquences troublantes, notamment les lamentations muettes d’une prisonnière enfermée dans une cage dont Gunther a coupé la langue mais qu’il maintient en vie pour avoir quelqu’un à qui parler, ou les reptations surréalistes de Kinski dans les conduits qui relient chacun des appartements. Le problème, c’est que l’intrigue n’est pas follement palpitante, les personnages passant le plus clair de leur temps à monter les escaliers, descendre les escaliers et frapper aux portes. Tout ce qui tourne autour de ce super-vilain néo-nazi est finalement si excessif (ses gadgets, ses armes, ses instruments de torture, son comportement général) que le climax, conçu comme une descente aux enfers cauchemardesques, sombre tranquillement dans le ridicule. Pour prendre sa revanche sur cette expérience traumatisante, David Schmoeller réalisera plus tard un court-métrage au titre évocateur : Please Kill Mr. Kinski !

 

© Gilles Penso


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L’EXPÉRIENCE INTERDITE (1990)

L’une des œuvres les plus emblématiques de Joel Schumacher plonge cinq étudiants en médecine dans un voyage dangereux vers l’au-delà…

FLATLINERS

 

1990 – USA

 

Réalisé par Joel Schumacher

 

Avec Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin, Oliver Platt, Kimberly Scott, Joshua Rudoy

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Pendant ses jeunes années à Boston, l’étudiant Peter Filardi est marqué par l’expérience de mort imminente que lui raconte l’un de ses amis. Bien plus tard, Filardi s’en inspire pour imaginer le récit de L’Expérience interdite. Ce sera son premier scénario de long-métrage. Au moment où on lui propose de porter cette histoire à l’écran, Joel Schumacher est en train de réaliser un documentaire sur « The Center of Living » de New York, une organisation dédiée à l’accompagnement des patients au stade terminal de leur maladie. Ce tournage est bien sûr éprouvant, et la lecture du scénario de Filardi fait écho dans l’esprit du cinéaste. Fasciné par cette histoire de vie et de mort, Schumacher sait qu’il risque malgré tout de se heurter à un obstacle : comment rendre visuellement attrayantes ces nombreuses scènes statiques où un groupe d’acteurs regarde l’un d’entre eux allongé sur une table ? La solution lui saute aux yeux : s’écarter d’une approche clinique réaliste au profit d’une mise en image baroque et gothique. Ses principaux alliés artistiques seront le chef décorateur Eugenio Zanetti, le directeur de la photographie Jan de Bont et le compositeur James Newton Howard. De l’autre côté de la caméra, Schumacher parvient à réunir un casting de jeunes talents diablement prometteurs : Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt.

L’Expérience interdite raconte l’histoire de cinq étudiants en médecine ambitieux et audacieux qui rêvent de découvrir ce qui se passe après la mort. Pour répondre à cette question existentielle, ils décident de se plonger dans un état de « mort provisoire » selon un procédé technique très minutieux : l’arrêt du cœur grâce au chlorure de potassium, la baisse de la température, la mort clinique, puis le retour à la vie par injection d’adrénaline. Bientôt, l’expérience se mue en compétition, chaque cobaye désirant demeurer plus longtemps en état de « mort provisoire » que le précédent. Mais les visions fugitives perçues pendant cet état second reposent sur les erreurs, les fautes, les frustrations et les remords liés à chaque individu qui tente l’expérience. Et ces visions resurgissent après que les cobayes aient été ranimés. Car on ne revient pas seul de l’au-delà…

D’entre les morts

L’Expérience Interdite fait partie de ces films rares dont l’alchimie insaisissable naît d’une cohésion de talents œuvrant dans un parfait unisson. En s’appuyant sur le charisme de ses jeunes comédiens et sur le savoir-faire de son équipe artistique, Joel Schumacher redouble d’inventivité pour faire pénétrer les spectateurs dans la subjectivité de ses personnages. Le moindre détail anodin prend alors une tournure inquiétante : des vélos qui crissent de manière trop stridente, une rame de métro qui change presque d’aspect en entrant dans un tunnel, l’éclairage d’une ruelle nocturne qui se modifie… En revenant d’entre les morts, nos héros ont une perception soudain altérée de la réalité, prélude au surgissement de visions beaucoup plus alarmantes. On pense aux effets de style d’Adrian Lyne dans L’Échelle de Jacob, dont le sujet est très voisin. Les scènes purement fantastiques de L’Expérience interdite – autrement dit les « voyages » dans l’au-delà et les hallucinations qui en découlent – possèdent un caractère quasiment palpable, à tel point que le spectateur est soumis à une véritable douche écossaise. Les tréfonds de l’horreur cérébrale et les moments d’émotion pure s’alternent sans cesse, avec à la clef l’apparition des fantômes du passé et leurs doubles visages (enfant assassin / enfant fragile, père zombie / père affectueux). Le risque pris par le scénario de Filardi était le basculement final dans une rédemption imprégnée de moralisation judéo-chrétienne balourde. Le film n’échappe pas totalement à cet écueil mais demeure une pièce maîtresse dans l’œuvre de Joel Schumacher, sans conteste l’un de ses films les plus mémorables et les plus aboutis.

 

© Gilles Penso


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CANDY LAND (2022)

Le sang et le sexe s’entremêlent étroitement dans ce slasher très particulier confrontant un petit groupe de prostituées à une série de meurtres brutaux…

CANDY LAND

 

2022 – USA

 

Réalisé par John Swab

 

Avec Olivia Luccardi, Eden Brolin, Sam Quartin, Owen Campbell, William Baldwin, Virginia Rand, Guinevere Turner, Brad Carter, Bruce Davis, Mark Ward

 

THEMA TUEURS

Spécialisé dans les films cérébraux revisitant les effets de style du cinéma de genre et notamment le thriller – Let Me Make You a Martyr (2016), Tun with the Hunted (2019), Body Brokers (2021) ou Ida Red (2021) -, John Swab décide en 2022 de s’attaquer à la figure du slasher qu’il souhaite détourner de ses codes classiques pour l’inscrire dans un contexte inhabituel. Il écrit et réalise donc Candy Land, qui marque sa cinquième collaboration consécutive avec le producteur Jeremy M. Rosen, et s’installe avec sa petite équipe dans le Montana. Si la majorité de ses comédiens sont peu connus, il s’offre tout de même la présence de William Baldwin dans le rôle ambigu d’un shérif complaisant aux pulsions troubles et incontrôlables. L’intrigue s’attache à un petit groupe hétéroclite de travailleurs du sexe qui sévissent dans un relais routier et cohabitent dans un motel sous la direction maternelle de la maquerelle Nora (Guinevere Turner). Il y a là Sadie (Sam Quartin), Riley (Eden Brolin) et Liv (Virginia Rand), ainsi que l’éphèbe Levi (Owen Campbell) qui ne laisse pas insensible le shérif Rex (Baldwin donc). Ce microcosme vit une routine sordide et désabusée sans faire de vagues.

Dès ses premières secondes, Candy Land expose sans la moindre retenue l’acte sexuel et la nudité frontale, mais en évacuant volontairement tout glamour. L’érotisme n’a pas droit de cité dans cet univers cafardeux et impersonnel où l’amour se monnaye. En ce sens, le visuel très provocateur de l’affiche du film est trompeur. Mais il est vendeur, il faut bien l’avouer ! Pour un long-métrage consacré à la prostitution, aguicher le chaland de manière racoleuse procède finalement d’une certaine logique. Un grain de sable va finir par s’immiscer dans le train-train quotidien des marchands de sexe. Il s’agit de Remy (Olivia Luccardi), une jeune femme en perdition. Membre d’une secte religieuse qui distribue à tout va des tracts annonçant que « la fin est proche » et qui prie pour le salut des âmes, Remy a fui les siens et se réfugie dans cette nouvelle « famille » bien peu orthodoxe. C’est alors qu’une série de meurtres ensanglante soudain le relais routier…

Le grand écart

Le son lancinant des camions, dont le klaxon prend les allures d’une corne de brume perdue dans le lointain, rythme le quotidien morose – mais filmé sans misérabilisme – des protagonistes de Candy Land. Lorsque survient la figure bigote de Remy, dont la motivation secrète semble être la volonté de purifier son entourage par tous les moyens, Saint Maud nous revient en mémoire. Mais il faut bien avouer que les motivations et l’évolution psychologique de cette jeune femme introvertie manquent de clarté, voire de crédibilité. Le premier meurtre que filme Swab est inattendu et franchement osé, mêlant de manière très étroite le plaisir de la chair et les agonies du supplicié. Cette scène trouvera son écho plus tard dans une autre mise à mort en plein acte sexuel où le sang écarlate saturera toute l’image. Opérant ans cesse le grand écart, Candy Land nage entre deux eaux. Son postulat pourrait être celui d’un film d’exploitation pur et dur. Il en comporte en effet les composantes idéales : le sexe, le sang et une pointe de religion déviante. Mais le film choisit de prendre ses distances avec le genre en se donnant les allures d’une chronique sociale doublée d’un drame psychologique. La démarche est intéressante mais pas totalement concluante. On en vient à se demander si une approche plus frontale (celle que promettait l’affiche avec son crucifix-couteau et son minishort aguicheur) n’aurait pas été plus efficace. Car pour être honnête, ni les amateurs de films d’horreur ni les spectateurs en quête d’un cinéma indépendant exigeant ne risquent de ressortir satisfaits de cette œuvre en équilibre instable.

 

© Gilles Penso


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GODZILLA II : ROI DES MONSTRES (2019)

Il revient, et il n’est pas content ! D’autant que Mothra, Ghidrah et Rodan ont décidé de se joindre à la fête…

GODZILLA: KING OF THE MONSTERS

 

2019 – USA

 

Réalisé par Michael Dougherty

 

Avec Kyle Chandler, Vera Farmiga, Ken Watanabe, Sally Hawkins, Millie Bobby Brown, Bradley Whitford, Thomas Middleditch, CCH Pounder, Charles Dance

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I DRAGONS I SAGA GODZILLA I MONSTERVERSE

En réalisant sa propre version de Godzilla, Gareth Edwards l’envisageait comme un film autonome ne nécessitant aucune suite. Mais Hollywood ne fonctionne pas selon cette logique, on le sait bien. Lorsque le long-métrage se hisse au sommet du box-office dès sa sortie en salles, la compagnie Legendary lance aussitôt la mise en chantier d’un nouvel épisode. Une idée un peu folle se met même à germer dans l’esprit des cadres de la société de production : pourquoi ne pas concevoir un gigantesque « Cinematic Universe », à la manière de celui de Marvel, en imaginant une série de crossovers confrontant les grands monstres les plus célèbres ? C’est dans cet esprit que seront mis en chantier Kong : Skull Island et plus tard Godzilla vs. Kong. Mais pour l’heure, il faut donner une suite au Godzilla de 2014. Le scénario est confié à Michael Dougherty et Zach Shields (auteurs du sympathique Krampus). Gareth Edwards étant sollicité par le tournage de Rogue One puis occupé par des projets plus personnels, c’est Dougherty qui hérite de la mise en scène de Godzilla II : Roi des monstres. Enthousiaste, ce dernier envisage son épisode comme une suite musclée et survitaminée, n’hésitant pas à affirmer que son film sera à Godzilla ce qu’Aliens était à Alien. L’intention est claire : il faut en mettre plein la vue.

L’intrigue de Godzilla II se situe cinq après les événements décrits dans le film précédent. Désormais, l’existence des monstres géants (« Titans » pour les intimes) est connue de tous. Le docteur Emma Russell (Vera Farmiga), une paléobiologiste qui travaille pour l’organisation Monarch, s’est séparée de son époux Mark (Kyle Chandler), suite à la mort de leur fils Andrew, et vit désormais avec sa fille Madison (Millie Bobby Brown). Alors que toutes deux assistent avec fascination à la naissance de la gigantesque chenille Mothra, un groupe d’éco-terroristes dirigé par l’ancien colonel de l’armée britannique Alan Jonah (Charles Dance) attaque leur base et les kidnappe. Mark est donc sollicité par ses ex-collègues de chez Monarch pour aider à les retrouver. Peu à peu, d’autres créatures colossales s’éveillent et commencent à semer le chaos : le dragon tricéphale Ghidrah, le ptérodactyle Rodan et bien sûr ce bon vieux Godzilla.

L’attaque des Titans

Le film ne pèche pas par manque de générosité, certes, mais les monstres de Godzilla II nous sont jetés à la figure les uns après les autres en une orgie d’images de synthèse sans charme ni retenue qui nous empêchent d’apprécier pleinement la beauté intrinsèque des créatures. Ce n’est pas tant le design des bêtes qui pèche (de ce point de vue, le travail des artistes conceptuel est irréprochable), mais plutôt leur mise en scène qui, à trop vouloir jouer la carte du dynamisme spectaculaire, n’engendre que confusion et frustration. Michael Dougherty sature ses images de fumée, de lumières multicolores qui clignotent, de particules qui flottent, d’éclairs, de pluie, de neige, de foudre, de gerbes d’eau, de lave en fusion, le tout filmé par une caméra qui a la tremblote. Par conséquent, le corps à corps de Godzilla et Ghidrah en Antarctique, le surgissement de Rodan dans un volcan mexicain, l’éclosion de Mothra au milieu d’une cascade ou le combat de catch final ressemblent à des spectacles de son et lumière sous acide. Comment s’impliquer dans de telles séquences sans avoir la migraine ? Il y a certes une idée intéressante qui surnage au fil du scénario de Shields et Dougherty : cette attaque des Titans serait le réveil du système immunitaire de notre planète contre l’infection que représente l’espèce humaine. Mais cette théorie, expliquée scolairement à mi-parcours du film, n’a aucune réelle conséquence sur le déroulement du récit. De fait, malgré un casting de premier ordre (Kyle Chandler, Vera Farmiga et Charles Dance rivalisent comme toujours de charisme), rien n’est crédible dans Godzilla II. Gareth Edwards avait donc raison : son Godzilla se suffisait amplement à lui-même.

 

© Gilles Penso


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THE CLOVERFIELD PARADOX (2018)

Un équipage d'ingénieurs spatiaux tente de trouver une solution pour régler les graves problèmes énergétiques qui frappent la Terre…

THE CLOVERFIELD PARADOX

 

2018 – USA

 

Réalisé par Julius Onah

 

Avec Gugu Mbatha-Raw, David Oyelowo, Daniel Brühl, John Ortiz, Chris O’Dowd, Aksel Hennie, Zhang Ziyi, Elizabeth Debicki, Roger Davies

 

THEMA SPACE OPERA I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I SAGA CLOVERFIELD

Comme c’était le cas pour 10 Cloverfield Lane, le premier scénario de The Cloverfield Paradox n’a à l’origine aucun lien avec la franchise créée par J.J. Abrams. La première version du script, écrite par Oren Uziel, s’appelle God Particle (« la particule de Dieu »). Le studio Paramount sent le potentiel de ce récit de science-fiction et en fait l’acquisition. Mais investir 50 millions de dollars sur un tel long-métrage est un pari risqué, à moins qu’il ne soit rattaché à une franchise déjà existante. C’est là que J.J. Abrams entre en jeu. Pourquoi ne pas conserver le scénario de God Particle tel quel mais y injecter quelques éléments permettant de relier narrativement la mésaventure spatiale de ses héros aux événements décrits dans Cloverfield et 10 Cloverfield Lane ? Uziel revoit donc sa copie mais conserve l’intrigue qu’il avait initialement bâtie. Une fois de plus, il ne s’agit pas d’une suite à proprement parler mais plutôt d’un film autonome s’inscrivant presque « en creux » dans la mythologie Cloverfield. L’intrigue se situe dans un futur proche, autrement dit en 2028, période où la Terre souffre d’une crise énergétique mondiale. Alors que les coupures de courant sont légion, que les queues devant les stations-service deviennent interminables et que la situation semble désespérée, les agences spatiales du monde entier s’unissent pour tenter de trouver une solution.

Une mission internationale se met en place à bord de la station orbitale Cloverfield. Son but : tester l’accélérateur de particules Shepard qui permettrait en théorie de fournir à la Terre une source d’énergie inépuisable. Les membres de cet équipage cosmopolite sont le commandant américain Kiel (David Oyelowo), l’ingénieur britannique Ava Hamilton (Gugu Mbatha-Raw), le physicien allemand Ernst Schmidt (Daniel Brühl), le médecin brésilien Monk Acosta (John Ortiz), l’ingénieur irlandais Mundy (Chris O’Dowd), l’ingénieur russe Volkov (Aksel Hennie) et l’ingénieur chinois Tam (Zhang Ziyi). Tous unissent leurs compétences complémentaires pour mener à bien cette opération, malgré les levers de boucliers des théoriciens de la conspiration persuadés que cette expérience ouvrira des portails vers des univers parallèles permettant à des entités monstrueuses d’envahir la Terre. Ces craintes – qui ne sont pas sans évoquer le postulat de The Mist – ne sont bien sûr pas prises au sérieux par les scientifiques. Mais les spectateurs qui ont déjà vu le premier Cloverfield leur accordent logiquement du crédit. Les premières tentatives d’utilisation de l’accélérateur de particules échouent lamentablement. Mais notre équipage insiste, jusqu’à ce que l’expérimentation fonctionne enfin…

Cauchemar spatial

The Cloverfield Paradox s’appuie sur la solidité de sa brochette d’acteurs aux visages plus ou moins familiers pour les fantasticophiles (Daniel Brühl était le sinistre baron Zemo de Captain America : Civil War, Zhang Ziyi la délicieuse Jen de Tigre et dragon). Tous jouent avec suffisamment de conviction pour nous faire croire à l’incroyable. Car la situation à bord de la station Cloverfield bascule rapidement dans le délire surréaliste : mutations physiques, changements de comportements, apparitions et disparitions. Les événements cauchemardesques qui surviennent dans les coursives suscitent leur lot de surprises et de frissons. Par ailleurs, le scénario s’enrichit de la mise en parallèle des conflits imminents sur Terre avec les tensions au sein de cet équipage international (ce qui n’est pas sans évoquer le 2010 de Peter Hyams). Mais le film souffre d’un problème majeur : son incapacité à exprimer clairement les règles qui régissent son paradoxe spatio-temporel. Privé de cette information, le spectateur ne comprend jamais clairement les enjeux dramatiques et ne peut s’impliquer dans les agissements de l’équipage dont le langage pseudo-scientifique devient vite abscons. Le champ des possibles étant visiblement illimité, les situations se nouent et se dénouent en laissant le public sur le bas-côté. Quant au plan final, il cligne lourdement de l’œil vers le premier Cloverfield pour essayer de légitimer sans finesse la présence de ce film au sein de la franchise.

 

© Gilles Penso

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10 CLOVERFIELD LANE (2016)

Après un accident de voiture, une jeune femme se retrouve enfermée dans un bunker souterrain, sous la garde d’un homme au comportement étrange…

10 CLOVERFIELD LANE

 

2016 – USA

 

Réalisé par Dan Trachtenberg

 

Avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr, Maya Erskine, Mat Vairo, Douglas M. Grifin, Cindy Hogan

 

THEMA CATASTROPHES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA CLOVERFIELD

Au départ, 10 Cloverfield Lane n’avait rien à voir avec Cloverfield. Le projet s’appelait alors The Cellar (« la cave ») et devait être produit par Insurge Pictures, une branche du studio Paramount spécialisée dans les films aux budgets modestes. Le huis-clos post-apocalyptique co-écrit par Josh Campbell et Matt Stuecken se prêtait bien au cahier des charges de cette filiale. Mais Insurge Pictures ferme finalement ses portes et The Cellar se retrouve sur le carreau. En tombant sur le scénario, J.J. Abrams se dit qu’il suffirait de quelques réaménagements pour le lier – ne serait-ce que de manière très discrète – au Cloverfield de Matt Reeves qu’il a produit en 2008. Le cinéaste Damien Chazelle (qui vient de faire sensation avec Whiplash) est embauché pour retravailler le récit avec les deux auteurs originaux et c’est finalement la maison mère Paramount qui produit le film. Pour la mise en scène de 10 Cloverfield Lane, ce n’est pas un vétéran qui est approché mais au contraire un nouveau-venu, Dan Trachtenberg, connu alors pour une poignée de courts-métrages ambitieux. Le pari est audacieux, d’autant que l’efficacité du film doit reposer en grande partie sur la minutie de sa réalisation et la direction de ses acteurs

Mary Elizabeth Winstead, qui jouait la fille de Bruce Willis dans Die Hard 4, incarne Michelle, une jeune femme chamboulée après avoir rompu avec son fiancé Ben. Elle débarrasse en vitesse son appartement, fait ses valises et quitte la Nouvelle-Orléans. Tout se joue sans dialogue, en musique, aux accents d’une très belle partition signée Bear McCreary. Ben (à qui Bradley Cooper prête sa voix) laisse des messages sur son répondeur, la radio signale plusieurs pannes dans les grandes villes, l’atmosphère s’alourdit progressivement… puis c’est le choc. La voiture de Michelle entre en collision avec un autre véhicule et se lance dans une série de tonneaux. Lorsqu’elle reprend conscience, la jeune femme découvre qu’elle est enfermée dans une salle en béton. Le propriétaire des lieux, Howard (John Goodman), affirme qu’il lui a sauvé la vie et qu’elle doit rester avec lui dans son bunker souterrain. En effet, une attaque d’origine inconnue a décimé toute vie à l’extérieur. Mais dit-il la vérité ?

Huis-clos

L’intensité oppressante du huis-clos qui s’installe dès les premières minutes de 10 Cloverfield Lane repose majoritairement sur la personnalité insaisissable du geôlier/protecteur incarné par John Goodman. À l’instar de l’héroïne, le spectateur ne sait jamais vraiment sur quel pied danser et comment appréhender ce personnage équivoque. L’indiscutable capital sympathie de Goodman se prête à merveille à cette ambiguïté, sa corpulence toujours aussi impressionnante se révélant à double tranchant (à mi-chemin entre le nounours et l’ogre). L’économie de moyens du film et l’unité de lieu renforcent habilement l’efficacité des nombreuses séquences de suspense (psychologiques, physiques ou les deux). Par moments, cette épure nous rappelle celle d’une scène de théâtre. Le réalisateur fait d’ailleurs le choix de tourner toutes les séquences dans l’ordre chronologique, afin de permettre aux comédiens de faire évoluer leurs personnages en même temps que l’intrigue. Si Goodman excelle comme toujours, Mary Elizabeth Winstead nous convainc tout autant par sa pleine implication, ce qui permet aux spectateurs de s’identifier à elle d’un bout à l’autre du métrage. John Gallagher Jr, qui incarne le troisième larron, apporte une touche légère qui rééquilibre les forces en présence. 10 Cloverfield Lane fonctionne donc à plein régime, jusqu’à un dernier acte grandiloquent qui cherche un peu maladroitement à convoquer l’imagerie du premier Cloverfield et sabote une partie de la construction dramatique du film. Un final plus minimaliste et plus « terre à terre » n’aurait pas été pour nous déplaire.

 

© Gilles Penso


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