VENIN (1981)

Klaus Kinski organise un kidnapping qui tourne mal lorsqu’un serpent extrêmement venimeux s'en mêle…

VENOM

 

1981 – GB

 

Réalisé par Piers Haggard

 

Avec Klaus Kinski, Oliver Reed, Nicol Williamson, Sarah Miles, Sterling Hayden, Cornelia Sharpe, Lance Holcomb, Susan George, Michael Gough

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

À peine sorti du tournage de Massacres dans le train fantôme, Tobe Hooper est embauché pour réaliser Venin, un cocktail étrange mixant les codes du thriller avec ceux du film d’horreur, le tout dominé par un casting de premier ordre. Le scénario de Robert Carrington (Seule dans la nuit) adapte un roman anxiogène d’Alan Scholefield et les choses semblent bien engagées. Mais bientôt l’ambiance dégénère sur le plateau de tournage, les acteurs n’en font qu’à leur tête, Hooper peine à maintenir la cohésion nécessaire au sein de l’équipe et les producteurs se montrent mécontents de son travail. L’auteur de Massacre à la tronçonneuse est finalement remercié au bout d’une dizaine de jours de tournage, la production invoquant les fameux « différends artistiques » pour justifier ce départ. Le poste vacant est proposé à Piers Haggard, un réalisateur britannique à qui nous devons de nombreux épisodes de séries TV ainsi que plusieurs films de genre tels que La Nuit des maléfices, Quatermass Conclusion ou Le Complot diabolique du Dr Fu Manchu. « Je l’ai remplacé au pied levé », raconte Haggard. « Tobe Hooper avait commencé le film mais visiblement ça ne marchait pas. J’ai vu certains de ses rushes et ils n’étaient effectivement pas très bons. D’autre part, il a fait une sorte de dépression nerveuse. Bref, ils ont arrêté le tournage et me l’ont proposé. Mais j’avais d’autres engagements, notamment des publicités à tourner. Finalement j’ai pris les choses en marche, avec à peine dix jours de préparation, et ça se voit. » (1)

Venin raconte l’histoire d’un criminel international, Jacques Müller (Klaus Kinski), qui prévoit de faire chanter la riche Ruth Hopkins (Cornelia Sharpe). Pour y parvenir, il fait passer sa petite amie Louise (Susan George) pour une femme de chambre et soudoie le chauffeur Dave (Oliver Reed). Tous deux ont pour mission de kidnapper Philip (Lance Holcomb), le fils asthmatique des Hopkins, afin de réclamer une rançon. Or le petit garçon vient de ramener chez lui un serpent domestique provenant d’un importateur local, sans savoir que son nouvel animal de compagnie a été accidentellement échangé contre un Black Mamba mortel destiné à un laboratoire de toxicologie. Alors que les gangsters pénètrent dans la résidence londonienne des Hopkins et que la police, alertée, encercle les lieux, le mamba en liberté se faufile dans le système de ventilation, prêt à planter ses crocs dans la chair de tous ceux qu’il croisera…

La bête tapie dans les recoins…

Pour Piers Haggard, la réalisation de Venin est un véritable cauchemar. Non content de devoir travailler dans l’urgence sans préparation digne de ce nom, il se frotte au caractère impossible de ses deux acteurs masculins principaux dont le comportement devient rapidement ingérable – et qui permet sans doute de mieux comprendre le désarroi de Tobe Hooper. Klaus Kinski et Oliver Reed se détestent en effet cordialement pendant le tournage, se provoquant sans cesse, s’échauffant sans retenue et créant une atmosphère extrêmement pénible pour l’ensemble de l’équipe. Haggard gardera un très mauvais souvenir de cette période, déclarant finalement que l’acteur le plus agréable de ce film était le mamba noir ! La réussite de Venin n’en est que plus remarquable. Face à la caméra, Kinski campe en effet un parfait criminel endurci et imperturbable et Reed un excellent chauffeur pleutre et rustre. À leurs côtés, Sterling Hayden prête son charisme au personnage du policier bourru qui garde la tête froide. Le concept malin du film s’appuie sur des séquences de suspense redoutablement efficaces. La huis-clos oppressant et la présence de la bête visqueuse tapie dans les recoins s’assortissent de multiples rebondissements, aux accents efficaces d’une musique de Michael Kamen alors en tout début de carrière. On en vient même à se demander si les tensions en coulisse n’ont pas profité au climat stressant du film.

 

(1) Interview de Piers Haggard dans le magazine « Fangoria » en 2003

 

© Gilles Penso

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TERRIFIER (2016)

Place au clown psychopathe le plus sanglant de tous les temps, à côté de qui même Pennywise et le Joker ressemblent à des enfants de chœur !

TERRIFIER

 

2016 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Jenna Kanell, Samantha Scaffidi, Catherine Corcoran, David Howard Thornton, Pooya Mohseni, Matt McAllister, Katie Maguire, Gino Cafarelli

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS I CLOWNS I SAGA ART LE CLOWN

Petit résumé des épisodes précédents. En 2011, Damien Leone réalise le court-métrage Terrifier dans lequel un clown psychopathe aux pouvoirs paranormaux massacre les gens à tour de bras en s’acharnant tout particulièrement sur une jeune automobiliste. Ce croquemitaine muet et blafard, que Leone faisait déjà apparaître dans le film court The 9th Circle cinq ans plus tôt, passe au format long-métrage grâce au film à sketch All Hallow’s Eve en 2013. Le voici désormais superstar de Terrifier, qui n’est pas un remake du court-métrage du même nom ni une suite de All Hallow’s Eve mais une nouvelle variante autour des exactions sanglantes de ce monstre exubérant. Si « Art le clown » (tel est son petit nom) semble avoir délaissé sa nature d’être surnaturel pour devenir un psycho-killer plus « terre à terre », sa capacité à semer le chaos et la destruction dans de belles gerbes d’hémoglobine n’a pas été amenuisée. Certains de ses anciens modes opératoires (la seringue pour endormir, le sac plastique pour étouffer, la chaîne pour lacérer) réapparaissent même au détour de plusieurs séquences. Mais Michael Gianelli, interprète du clown dans les films précédents, préfère cette fois-ci passer son tour pour éviter les longues et pénibles sessions de maquillages spéciaux. C’est donc David Howard Thornton, fort de son expérience de mime, qui hérite du rôle.

Après un prologue choc se référant à un bain de sang survenu dans le passé (et donnant la vedette à Katie Maguire, l’héroïne de All Hallow’s Eve, dans un tout autre rôle), nous voilà transportés le soir d’Halloween, période visiblement préférée de ce bon vieil Art. Deux copines, Tara (Jenna Kanell) et Dawn (Catherine Corcoran), reviennent d’une soirée visiblement bien arrosée et ne peuvent décemment reprendre leur voiture dans cet état. Elles s’arrêtent donc dans la pizzeria du coin pour avaler quelque chose de solide et cuver les litres d’alcool qu’elles ont absorbé. Mais un client très bizarre vient d’asseoir à proximité et les regarde d’un air inquiétant. Le visage blanc, le nez pointu, le costume bicolore et les chaussures démesurées… pas de doute, c’est Art le clown ! Le spectateur, conditionné, sait très bien à quel genre de psychopathe il a affaire. Mais les deux jeunes femmes n’en savent encore rien. Bien sûr, le carnage ne saurait tarder à commencer…

Killer Klown

Cultivant la triple unité de lieu, de temps et d’action, la grande majorité de l’intrigue de Terrifier se situe en une nuit, dans un immeuble délabré où une poignée de personnages s’efforce d’échapper aux griffes du clown assassin. L’extrême brutalité des meurtres et des massacres (on écorche, on égorge, on poignarde, on tranche, on écrabouille) entre un peu en contradiction avec les effets spéciaux de maquillage excessifs qui semblent échappés d’un Braindead. Le grand écart entre ces trucages gore cartoonesques (avec notamment un découpage à la scie d’anthologie !) et la radicalité des mises à mort n’est pas l’une des moindres singularités du film. Cela dit, si elles étaient traitées avec réalisme et au premier degré, la plupart de ces séquences seraient sans doute difficiles à supporter. D’autres part, cette relative approximation dans les effets prosthétique – due probablement en grande partie à des limitations budgétaires – offre un filtre « poétique » qui n’est pas dénué de sens dans la mesure où le tueur en série est un clown farceur et silencieux qui semble échappé d’un cirque macabre. Dommage que l’efficacité du climat anxiogène bâti par Damien Leone soit atténuée par une caractérisation quasi inexistante, des péripéties répétitives et des comportements absurdes (les futures victimes s’enferment dans des placards et se jettent à pieds joints dans la gueule du loup). Devenu rapidement culte auprès des amateurs d’horreur outrancière, Terrifier s’achève sur un twist savoureux.

 

© Gilles Penso

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LA ROSE ÉCORCHÉE (1970)

Dans cette variante autour du thème des Yeux sans visage, un peintre fortuné fait chanter un chirurgien déchu pour réparer le visage de son épouse…

LA ROSE ÉCORCHÉE

 

1970 – FRANCE

 

Réalisé par Claude Mulot

 

Avec Philippe Lemaire, Anny Duperey, Olivia Robin, Howard Vernon, Elisabeth Teissier, Gérard Huart

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Assistant réalisateur sur le grivois 3 filles vers le soleil de Roger Fellous (dont il signe également le scénario), Claude Mulot fait son baptême de réalisateur avec la comédie polissonne Sexyrella, puis opère un changement de cap avec son second long-métrage, La Rose écorchée, une relecture très personnelle des Yeux sans visage de Georges Franju. L’approche se veut poétique, comme en témoigne le texte d’introduction qui s’affiche plein écran : « Le passé : Au cœur d’une demeure ancestrale, deux hommes se penchent sur leur passé… Ils attendent le verdict d’un médecin. » Il y a là Frédéric Lansac (Philippe Lemaire), le peintre à la mode dont raffole tout Paris, et Wilfried (Gérard Huart), le patron de la galerie qui expose ses œuvres. Un flash-back nous raconte comment la belle Moira (Elizabeth Teissier) se jette dans les bras du peintre. Mais celui-ci tombe peu après sous le charme d’Anne (Anny Duperey), irrésistible dans son costume de marquise en prévision d’une soirée déguisée. Pour sceller cette idylle nouvelle, il l’emmène dans son grand château isolé au milieu des bois. Là vivent deux serviteurs nains patibulaires et muets au look parfaitement improbable, Igor et Olaf. Des touches d’étrangeté de ce type, La Rose écorchée en comportera beaucoup.

Un soir de bal costumé, Anne – devenue Madame Lansac – se confronte avec sa rivale Moira et tombe dans un grand feu de bois. Alors que la narration se replace au présent, le verdict du médecin tombe comme un couperet. « C’est un miracle que votre femme soit encore en vie », dit-il à Lansac. « Les brûlures ont ravagé son visage et son corps. » La situation étant posée, la suite des événements est assez facile à prévoir. Un second carton annonce donc : « Le présent : La demeure est devenue tombeau. » Le visage de la belle Anne ayant été horriblement brûlé, le peintre décide de faire chanter Romer, un chirurgien esthétique recherché par la police, afin d’opérer des greffes sur le visage de sa femme. Or ce chirurgien est incarné par Howard Vernon, qui jouait déjà dans une imitation des Yeux sans visage, le fameux Horrible docteur Orloff de Jess Franco. D’où un troisième carton : « Le futur : Le visage d’une femme vivante ! Dans l’esprit dérangé, l’idée s’est imposée… » Dès lors, le kidnapping de jolies jeunes victimes va s’avérer nécessaire pour tenter de réparer l’irréparable…

Brume, chandelier et nains en peaux de bête

Très tôt, La Rose écorchée met en lumière l’indiscutable photogénie d’Anny Duperey, la muant en figure artistique pure, en muse quasiment abstraite. L’annonce de sa défiguration n’en est que plus terrible. Dès lors, Claude Mulot utilise avec habileté la caméra subjective déformée pour évoquer la vision d’Anne (dont l’esprit s’est altéré en même temps que ses traits). Bien souvent, le film emprunte les voies gothiques d’un Mario Bava, d’un Roger Corman ou d’un Terence Fisher, notamment lors de l’enterrement nocturne au pied du château noyé de brume, ou pendant ces séquences iconiques au cours desquelles une jeune femme en nuisette arpente les couloirs de la vaste demeure avec un chandelier à la main tandis que l’orage gronde. Adepte du grand écart artistique, le film n’hésite pas à opposer à cette élégance classique une imagerie totalement bis, comme ce combat dans la paille entre une fille nue et deux nains en peaux de bêtes ! Dans le rôle du peintre meurtri, Philippe Lemaire force le trait et surjoue souvent, ce qui n’enlève rien à son charisme quasi-magnétique. Howard Vernon en fait lui aussi des caisses, se lançant dans un grand monologue en plan-séquence où il explique comment le chirurgien renommé qu’il fut est tombé si bas. « Je suis fasciné par cet assemblage miraculeux de lignes, de courbes, d’apérités, de couleurs » déclare-t-il alors avec lyrisme pour illustrer son obsession pour les visages humains. Œuvre phare du cinéma fantastique français du début des années 70, La Rose écorchée fait figure d’exception dans la carrière de son réalisateur, qui se spécialisera ensuite dans l’érotisme et la comédie (souvent entremêlés) avec des titres aussi imagés que Les Charnelles, Le Sexe qui parle, Suprêmes jouissances, Les Petites écolières ou l’inénarrable Le Jour se lève et les conneries commencent.

 

© Gilles Penso

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BUMBLEBEE (2018)

La franchise Transformers s’offre un épisode rétro sous haute influence de Steven Spielberg et des productions Amblin…

BUMBLEBEE

 

2018 – USA

 

Réalisé par Travis Knight

 

Avec Hailee Steinfeld, Jorge Lendeborg Jr., John Cena, Jason Drucker, Pamela Adlon, Stephen Schneider, Ricardo Hoyos, John Ortiz, Glynn Turman, Len Cariou

 

THEMA ROBOTS I SAGA TRANSFORMERS

Les résultats décevants de Transformers : The Last Knight au box-office poussèrent le studio Paramount à rétropédaler pour éviter de perdre de l’argent sur une franchise visiblement en perte de vitesse. D’où l’idée d’une sorte de prequel offrant éventuellement la possibilité de faire redémarrer la saga sur une autre base temporelle. Si le budget de Bumblebee reste conséquent (environ 128 millions de dollars), il reste en deçà de ceux alloués jusqu’alors aux opus précédents (entre 150 et 220 millions chacun). Autre grosse différence : Michael Bay reste certes producteur mais cède sa place de réalisateur. Pour le relayer, plusieurs noms circulent, de Chris McKay (Lego Batman, le film) à Seth Gordon (Baywatch : Alerte à Malibu) en passant par Jaume Collet-Serra (Instinct de survie), Rick Famuyiwa (Dope) ou les frères Nee (The Last Romantic). On le voit, la production cherche tous azimuts, avant d’arrêter finalement son choix sur Travis Knight, grand spécialiste de la stop-motion (il était superviseur de l’animation sur Coraline, producteur de L’Étrange pouvoir de Norman et des Boxtrolls, réalisateur de Kubo et l’armoire magique). Knight s’attaque ainsi à son premier long-métrage en prises de vues réelles.

Sur la planète Cybertron, la résistance Autobot, dirigée par Optimus Prime, est sur le point de perdre la guerre contre les Decepticons et se prépare à évacuer la planète. Les forces des Decepticons interceptent les Autobots pendant l’évacuation, et Optimus envoie l’éclaireur B-127 sur Terre dans une capsule de sauvetage pour établir une base d’opérations, avant de rester sur place pour repousser les Decepticons. B-127 atteint la Terre, s’écrase en Californie et perturbe l’exercice d’entraînement d’une agence gouvernementale secrète qui surveille l’activité extraterrestre sur Terre. Après moult péripéties musclées, B-127 scanne une Coccinelle Volkswagen jaune de 1967 avant de s’effondrer à cause de ses blessures. En 1987, l’adolescente Charlene « Charlie » Watson (Hailee Steinfeld), déprimée par la mort de son père, trouve la Volkswagen dans une casse et tente de la faire démarrer…

Star 80

De toute évidence, Bumblebee semble avoir été conçu comme une sorte de mixage entre les films Disney de la série La Coccinelle et Le Géant de fer (cette dernière référence étant parfaitement assumée par les producteurs). Une ambiance proche des productions Amblin baigne en outre l’ensemble du métrage (dont Steven Spielberg, rappelons-le, est producteur exécutif). Toute la culture pop des années 80 semble d’ailleurs s’être donnée rendez-vous ici : les chambres des adolescents sont décorées avec des posters des Aventuriers de l’arche perdue et de The Thing, la bande originale est un best of de tubes des eighties, des extraits de Breakfast Club ponctuent le film, une salle de cinéma affiche Gremlins, etc… On note aussi une forte influence d’E.T. l’extra-terrestre dont Bumblebee reprend une partie de la structure et plusieurs idées de séquences (La créature cachée aux adultes, la complicité du frère, la mort et la résurrection, les poursuites, les adieux finaux). Bumblebee est donc un film sous influence, ce qui ne l’empêche pas de se révéler bien plus intéressant que tous les Transformers qui l’ont précédé, ne serait-ce que parce que son intrigue, plus resserrée, est à échelle humaine. L’autre gros avantage est une gestion plus lisible des effets visuels d’ILM, qui permettent enfin de bien comprendre le processus permettant de métamorphoser les véhicules en robots. Très prévisible, pas spécialement fine, cette variante nous apparaît pourtant éminemment plus sympathique et regardable que les autres films de la franchise. Le grand public ne lui réserva pourtant qu’un accueil mitigé, étouffant dans l’œuf l’idée d’un reboot à la sauce années 80.

 

© Gilles Penso


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MIGHTY GORGA (1969)

L’une des imitations les plus ratées, les plus invraisemblables et les plus involontairement drôles de King Kong

THE MIGHTY GORGA

 

1969 – USA

 

Réalisé par David L. Hewitt

 

Avec Anthony Eisley, Scott Brady, Megan Timothy, Jack Taylor, Gary Craver, David L. Hewitt

 

THEMA SINGES I DINOSAURES

Des pseudos-King Kong grotesques et mal-fichus, le cinéma fantastique en compte beaucoup, surtout depuis que les singes géants sont revenus sur le devant de la scène grâce au remake de John Guillermin en 1976 (comment oublier les hilarants King Kong revient, Le Colosse de Hong Kong ou même King Kong 2 ?). Mais dès les années soixante, les émules impensables du roi Kong s’en donnent à cœur joie. Après les variantes japonaises orchestrées par la Toho (King Kong contre Godzilla et King Kong s’est échappé), place donc à un morceau de choix, l’inénarrable Mighty Gorga. Produit de manière indépendante avec un budget ridicule, ce long-métrage désopilant – au second degré – est l’œuvre de David L. Hewitt. Avant de devenir créateur d’effets spéciaux pour des films tels que Shocker, Willow ou Chérie j’ai rétréci les gosses, Hewitt était un faiseur de séries B décomplexées aux titres aussi éloquents que The Wizard of Mars, Journey to the Center of Time ou Dr. Terror’s Gallery of Horrors. The Mighty Gorga est son cinquième long-métrage, et probablement l’un des plus calamiteux. Hewitt y cumule les casquettes de réalisateur, scénariste, producteur et même acteur (il joue lui-même le singe géant, sans en être crédité). Sans complexe, notre homme installe sa petite équipe à Bronson Canyon et Simi Valley, en Californie, et se lance dans l’aventure.

Le ton est donné dès la scène d’introduction, lorsqu’une femme est offerte en sacrifice à un singe géant, autrement dit David Hewitt engoncé dans un costume velu affreux à la tête rigide parfaitement immobile, aux yeux sans cesse écarquillés et à la bouche invariablement grande ouverte. Voilà donc le « puissant Gorga » du titre ! Puis nous changeons de décor. Mark Remington, le propriétaire d’un cirque, craint la faillite. S’il ne trouve pas l’idée d’une nouvelle attraction majeure d’ici trois mois, c’est la fin. Il décide donc de monter une expédition pour le Congo et de s’enfoncer dans une jungle africaine où la légende parle d’un gorille gigantesque. Sur place, il rencontre April, propriétaire d’une réserve d’animaux dont le père – ça tombe bien – connaissait la légende du dieu gorille. Cet homme vénérable a même dessiné une carte de la zone où vivrait la créature, et où aucun homme blanc n’est jamais allé. Remington, April et leur guide local (qui donne des coups de machette dans l’herbe à ses pieds pour simuler une jungle dense) partent donc dans la savane et rencontrent une tribu d’indigènes (trois hommes en pagne qui parlent entre eux en anglais avec un accent indien !). Soudain, les voilà qui frappent le gong tandis que le sorcier appelle le dieu simiesque. « Oh, puissant Gorga ! », crie-t-il. « Les tambours au loin nous annoncent que le mal approche dans la jungle. De nombreux Blancs viennent violer les secrets de la mort. » On ne saurait dire ce qui est le plus risible dans cette scène : le discours du sorcier ou son total manque de conviction pendant qu’il le récite face à la caméra. On sent même qu’un sourire involontaire le titille. Bien sûr, lorsque paraît le singe, les choses dégénèrent.

Le T-Rex en plastique

L’hilarité secoue déjà largement les spectateurs quand Gorga s’empare d’une jeune femme qui lui a été offerte en sacrifice (l’homme déguisé en singe secoue dans sa main velue une petite poupée). Mais c’est l’apparition d’un tyrannosaure qui provoque les plus gros éclats de rire. Car ce dinosaure est un jouet en plastique visiblement secoué à la main par un assistant tandis que sa mâchoire claque mécaniquement. Les acteurs sont rétroprojetés (via une transparence immonde) derrière ce mini-T-Rex pour nous faire croire à la grande taille du monstre. Puis c’est l’inévitable combat avec Gorga, qui assomme le saurien en quatre ou cinq plans sans jamais se départir de sa grimace figée. Tout le film est à l’avenant, provoquant chez les spectateurs l’euphorie ou la consternation – voire les deux. Bourré de faux raccords, garni d’innombrables images de stocks d’animaux sauvages, affublé d’un extrait de La Vengeance d’Hercule (pour l’apparition incompréhensible d’un dragon en stop-motion dans une grotte), Mighty Gorga est une calamité sur pellicule sans queue ni tête. Il faut le voir pour le croire. David L. Hewitt poursuivra ses exactions dans le domaine du cinéma cheap d’exploitation (The Girls From Thunder Strip, Les Bourreaux, The Lucifer Complex) avant de bifurquer prudemment vers le monde des effets spéciaux jusqu’à sa retraite en 2003.

 

© Gilles Penso


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PASSENGERS (2016)

Réveillés trop tôt de leur sommeil en hibernation, Chris Pratt et Jennifer Lawrence errent seuls dans un immense vaisseau spatial…

PASSENGERS

 

2016 – USA

 

Réalisé par Morten Tyldum

 

Avec Jennifer Lawrence, Chris Pratt, Lawrence Fishburne, Michael Sheen, Andy Garcia, Vince Flowers, Conor Brophy, Julee Cerda, Aurora Perrineau

 

THEMA SPACE OPERA I FUTUR

Il aura fallu près de dix ans pour que le scénario de Passengers, œuvre de Jon Spaihts (The Darkest Hour, Prometheus, Doctor Strange), puisse se transformer en film. De nombreux acteurs et réalisateurs sont tour à tour associés au projet. Keanu Reeves et Rachel McAdams s’annoncent assez tôt en tête d’affiche, sous la direction de Brian Kirk. Les choses semblent alors bien engagées. Mais le film change encore de mains et se perd dans les tourments bien connus à Hollywood de « l’enfer du développement ». Lorsqu’enfin Sony Pictures Entertainment fait l’acquisition des droits du film fin 2014, Passengers prend sa tournure définitive. Ce sont finalement Chris Pratt et Jennifer Lawrence (respectivement tout droit échappés de Jurassic World et X-Men Apocalypse) qui partagent la vedette du long-métrage, dont la mise en scène est confiée à Morten Tyldum. Ce réalisateur d’origine norvégienne avait notamment réalisé les thrillers Headhunters et Initiation Game et rêvait depuis longtemps de s’attaquer à un gros film de science-fiction laissant la part belle aux personnages et à leurs relations. Le scénario de Passengers est donc taillé sur mesure pour ses ambitions. C’est entre septembre 2015 et février 2016 que se déroule le tournage, principalement à Atlanta.

Nous sommes dans l’espace, à bord du gigantesque vaisseau de croisière Avalon qui navigue en pilotage automatique. Les 5000 passagers et 258 membres d’équipage dorment paisiblement, en hibernation. A leur réveil, tous iront habiter une colonie installée sur la planète Homestead 2. Nous sommes en effet dans un futur où les colonies offrent des alternatives efficaces à la surpopulation de la Terre. Au bout de 30 ans de voyage, James Preston (Chris Pratt) se réveille. Des hologrammes et des robots l’accueillent, mais il est seul. Où sont les autres ? Notre homme comprend bientôt que son module d’hibernation est tombé en panne et qu’il s’est réveillé trop tôt. Le voyage va durer encore 90 ans ! Malgré toutes ses tentatives, il lui est impossible de réintégrer son module et de relancer le mode hypersommeil. Va-t-il mourir de vieillisse seul dans les coursives du vaisseau ?

Perdus dans l’espace

Très intriguant, le point de départ de Passengers nous décrit la situation impensable d’une sorte de Robinson Crusoé du futur. En vingt minutes, le film de Morten Tyldum nous décrit mieux la solitude dans l’espace que ne le faisait Seul sur Mars en deux heures de métrage. Les choses se compliquent lorsque se pose un choix moral crucial. Pour chasser sa solitude, James a la possibilité de réveiller une jeune femme (qui s’appelle Aurora, clin d’œil manifeste à l’héroïne de La Belle au bois dormant). Mais s’il le fait, ce sera un geste extrêmement égoïste la condamnant comme lui à passer le reste de ses jours dans le vaisseau Avalon. Le dilemme est passionnant, poussant chaque spectateur à s’interroger sur les choix qu’il opèrerait lui-même. Dommage que le traitement de cette romance – bâtie de toutes pièces sur un terrible mensonge – ne se départisse jamais de son artificialité. Chris Pratt et Jennifer Lawrence ressemblent moins à des personnages réels qu’à des gravures de mode en smoking et en robe de soirée qui s’aiment comme dans un spot de pub, accompagnés d’une bande originale suave pour piano et synthétiseurs confiée aux bons soins de Thomas Newman. Les conflits internes que vit le protagoniste et les rebondissements inattendus qui surviennent en cours de récit permettent de maintenir l’attention des spectateurs et d’attiser leur envie de comprendre comment cette idylle bancale s’achèvera. Mais une approche plus subtile aurait pu décupler l’impact du film, dont le succès au box-office sera tempéré par un accueil critique très tiède.

 

© Gilles Penso

 

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HELP ! (1965)

Les Beatles affrontent des adorateurs de la déesse Kali et des savants fous qui veulent mettre la main sur une bague magique que possède Ringo Starr…

HELP !

 

1965 – GB

 

Réalisé par Richard Lester

 

Avec John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, George Harrison, Leo McKern, Eleanor Bron, Victor Spinetti, Roy Kinnear, John Bluthal, Patrick Cargill

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I NAINS ET GÉANTS

En 1964, les Beatles deviennent pour la première fois héros d’un long-métrage avec Quatre garçons dans le vent, racontant trois jours mouvementés dans la vie des « Fab Four » face à la caméra enjouée du réalisateur Richard Lester. L’année suivante, Lennon, McCartney, Starr et Harrison retrouvent Lester à l’occasion de Help ! qui, pour sa part, développe un récit fictionné beaucoup plus exubérant écrit par Marc Behm (Charade) et Charles Wood (Le Knack… et comment l’avoir). Bien sûr, ce script reste avant tout un prétexte pour mettre en image les chansons des Beatles, lesquelles s’intercalent régulièrement au cours du film avec plus ou moins de justification par rapport au récit : un enregistrement en studio, une ode chantée à une jeune femme, une répétition en plein air, etc. De l’aveu même de Starr et McCartney, les superstars auraient également soufflé aux scénaristes l’idée de séquences situées dans les Alpes autrichiennes et dans les Bahamas pour le seul plaisir de voyager dans ces contrées qu’ils n’avaient pas encore visitées. On ne s’étonnera donc pas face aux joyeuses incohérences de ce film sans queue ni tête, d’autant que nos quatre garçons dans le vent expérimentaient à l’époque les effets de la marijuana, d’où un grand nombre de séquences où ils planent sans se souvenir de leurs répliques ou agissent de manière totalement incompréhensible.

Conscients de se retrouver avec un « objet filmique non identifié » sur les bras, les distributeurs assument le délire ambiant en parodiant au cours de sa campagne de promotion l’un des slogans imaginés par Alfred Hitchcock pour Psychose. Au lieu de « Veuillez ne pas révéler la fin de ce film à vos amis (c’est la seule que nous ayons) », ils optent donc pour « Veuillez ne pas révéler le début de ce film à vos amis (ils ne le croiraient jamais, de toute façon) ». Le titre Help ! lui-même n’est trouvé qu’au tout dernier moment. Dans un premier temps, le film s’appelle Eight Arms to Hold You. Mais personne ne l’apprécie, d’autant qu’il n’a pas grand-rapport avec l’intrigue. John Lennon ayant écrit au moment du tournage la chanson « Help ! », on décide de l’intégrer dans le film et d’abandonner le titre Eight Arms to Hold You au profit de Help ! En France, le film sera distribué une première fois sous le titre Au secours !

Au secours !

Le scénario de Help ! s’intéresse à une secte d’adorateurs de la reine Kali obligés d’interrompre un sacrifice humain lorsqu’ils s’aperçoivent qu’il leur manque une bague sacrée indispensable à la cérémonie. C’est Ringo, le batteur des Beatles, qui porte cette bague sans vraiment savoir pourquoi. Il devient donc victime des tentatives répétées du maléfique Clang (Leo McKern) pour récupérer le joyau, ainsi que du démentiel professeur Foot (Victor Spinetti), désireux lui aussi d’en faire l’acquisition. Ce postulat délirant donne lieu, en plus des passages musicaux, à une série de gags nonsensiques, domaine dans lequel Richard Lester semble exceller. On pense parfois aux Monty Pythons, en particulier au cours de l’entracte qui interrompt très brièvement l’histoire. Dans l’une des séquences les plus étranges du film, précédée d’un intertitre annonçant « Les aventures excitantes de Paul sur le plancher », McCartney, piqué par une seringue remplie de sérum rétrécissant, devient minuscule et patauge dans un cendrier pendant que ses trois compères résistent aux assauts de leurs agresseurs multiples. Entre deux chansons des Beatles, la bande originale de Ken Thorne parodie le « James Bond Theme » et réarrange sous forme orchestrale plusieurs tubes du quatuor. Mine de rien, le tournage de Help ! aura une influence déterminante sur l’avenir du groupe. John Lennon y testera pour la première fois les fameuses lunettes qui deviendront son accessoire « signature », George Harrison y goûtera aux joies de son futur instrument fétiche le sitar. Quant à Paul McCartney, il profitera des pauses entre les prises de vues pour écrire une petite chanson qu’il baptisera « Yesterday. »

 

© Gilles Penso


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X-MEN : DARK PHOENIX (2019)

La neuvième incursion cinématographique dans le monde des mutants de Marvel est un épisode confus et sans éclat…

X-MEN : DARK PHOENIX

 

2019 – USA

 

Réalisé par Simon Kinberg

 

Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Nicholas Hoult, Sophie Turner, Tye Sheridan, Alexandra Shipp, Evan Peters, Kodi Smit-McPhee

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA X-MEN I MARVEL COMICS

Trois semaines avant la sortie de X-Men Apocalypse, La Fox, confiante, annonçait déjà l’épisode suivant de la saga mutante, autrement dit X-Men : Dark Phoenix. Mais entretemps, les résultats au box-office d’Apocalypse se révèlent très décevants, poussant le studio à revoir ses ambitions à la baisse. Le budget de Dark Phoenix est d’abord considérablement réduit, pour éviter d’élargir davantage le creux financier. Un temps, les exécutifs envisagent même de sortir directement le film sur les plateformes de streaming sans passer par la case cinéma. Cette décision est finalement abandonnée, permettant à Dark Phoenix d’être distribué en salles. Mais les moyens mis à sa disposition restent restreints. Scénariste et producteur de plusieurs épisodes précédents de la franchise X-Men (Le Commencement, L’Affrontement final, Days of Future Past, Apocalypse), Simon Kinberg se retrouve ici propulsé au poste de réalisateur. Il n’avait jusqu’alors dirigé qu’un épisode de série télévisée, pour le reboot de La Quatrième dimension en 2019. Le voilà donc à la tête de son premier long-métrage. Or malgré toute sa bonne volonté, Kinberg n’est ni Bryan Singer ni Matthew Vaughn. Son manque d’expérience et surtout de vision font cruellement défaut au film. Le troisième acte sera d’ailleurs intégralement retourné suite aux réactions très négatives des projections test. C’est généralement très mauvais signe.

Lors d’une spectaculaire mission de sauvetage spatiale (plutôt habilement réalisée, avec une mise en avant de la complémentarité des pouvoirs des jeunes X-Men qui unissent leurs forces pour une plus grande efficacité), Jean Gray (Sophie Turner) est frappée par ce qui ressemble à une éclipse solaire. Ses pouvoirs étaient déjà difficiles à contrôler par le passé, puisqu’ils provoquèrent la mort de sa mère dans son enfance, flash-back à l’appui. Désormais, ils prennent une ampleur affolante et échappent à toute possibilité d’être canalisée, causant même le trépas violent d’un des X-Men. Paniquée, la jeune mutante prend la fuite. Si Xavier (James McAvoy) et Magneto (Michael Fassbender) se mettent à sa recherche, c’est avec en tête deux objectifs bien distincts. Le premier souhaite en effet la ramener, le second l’éliminer. D’où un affrontement musclé en plein New York où Magnéto, déchaîné, fait surgir le métro du sol. Entretemps, Jean a été recueillie par une race d’extra-terrestre qui, après avoir vu son monde détruit, souhaite conquérir le nôtre…

La débâcle

Jusqu’alors de très haute tenue, malgré un léger infléchissement qualitatif perceptible dans X-Men Apocalypse, la saga des Mutants dégringole brutalement avec Dark Phoenix, à cause d’un scénario dénué de finesse que ne sauve évidemment pas la mise en scène très fonctionnelle de Simon Kinberg. La musique binaire et assourdissante de Hans Zimmer parachève la débâcle. Certes, le film sait nous offrir quelques jolis morceaux d’anthologie, comme la séquence du combat dans le train où les super-héros s’épaulent pour lutter contre les aliens hégémoniques. Mais ces coups d’éclats ne suffisent pas à élever le niveau de Dark Phoenix, d’autant que les effets numériques ont souvent tendance à jouer les « cache-misères », surtout au cours d’un climax sans cesse réécrit qui se mue en véritable orgie digitale sans queue ni tête. Comme on pouvait s’y attendre, le long-métrage de Kinberg sera un cruel échec critique et financier, précipitant nos pauvres X-Men dans un cul de sac artistique qui sera confirmé par le rachat de la Fox par Walt Disney Pictures. Les mutants de Stan Lee, Jack Kirby et Chris Claremont erreront donc dans les limbes en attendant de pouvoir ressurgir au sein du Marvel Cinematic Universe de Disney.

 

© Gilles Penso

 

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ALL HALLOW’S EVE (2013)

Art le clown fait sa première apparition dans ce film à sketches structuré autour du contenu d’une cassette VHS mystérieuse…

ALL HALLOW’S EVE

 

2013 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Katie Maguire, Catherine A. Callahan, Marie Maser, Kayla Lian, Mike Giannelli, Sydney Freihofer, Cole Mathewson, Michael Chmiel, Marissa Wolf, Minna Taylor

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS I EXTRA-TERRESTRES I CLOWNS I SAGA ART LE CLOWN

Passionné de cinéma d’horreur, le touche-à-tout Damien Leone (scénariste, réalisateur, monteur, créateur d’effets spéciaux) fait ses débuts avec deux courts-métrages d’épouvante très remarqués, The 9th Circle en 2006 et Terrifier en 2011. S’ils racontent deux histoires différentes, ces films courts ont en commun la présence d’un clown muet amateur de blagues macabres, de mutilations et de massacres en tous genre : le bien nommé Art. Lorsqu’il découvre Terrifier sur Youtube, le producteur Jesse Baget envisage de l’intégrer dans un film à sketches dont les autres segments utiliseraient les courts-métrages d’autres réalisateurs. Mais Leone réussit à le convaincre de lui confier l’intégralité de ce film. Ainsi naît le projet All Hallow’s Eve qui intègre donc Terrifier, The 9th Circle mais aussi un tout nouveau court-métrage et un fil conducteur, tous réalisés par Damien Leone, heureux de s’attaquer là à son premier long-métrage. Comme son titre l’indique, All Hallow’s Eve se déroule le soir d’Halloween. Émule de Jamie Lee Curtis dans La Nuit des masques, Sarah (Katie Maguire) fait du babysitting dans une maison de banlieue pendant que les parents de deux gamins, Tia (Sydney Freihofer) et Timmy (Cole Mathewson), passent la soirée dehors. Tandis qu’ils regardent distraitement La Nuit des morts-vivants à la télé, les enfants vident leur sac de friandises pour vérifier la teneur de leur butin. Et là, surprise : au milieu des bonbons se trouve une cassette vidéo sans étiquette. D’où peut-elle bien venir ? Et surtout que contient-elle ? Sarah ne tient pas à la visionner, de peur qu’elle n’ait été glissée dans le sac par quelque pervers. Mais face à l’insistance de Tia et Timmy, elle la place dans le lecteur VHS…

Le film d’horreur qu’ils découvrent sur la cassette vidéo est donc The 9th Circle. La différence de qualité saute aux yeux (piqué de l’image, montage, lumière, jeu des acteurs), mais ce n’est pas problématique dans la mesure où il s’agit d’un « film dans le film ». On passe donc outre la facture semi-amateur pour se laisser gagner par cette histoire étrange. Dans une salle d’attente, une jeune femme (Kayla Lian) est importunée par un clown muet qui l’endort avec une seringue. Lorsqu’elle se réveille, elle est enchaînée dans un souterrain auprès d’autres captives. A partir de là, c’est la descente aux enfers, à grand renfort de monstres contrefaits (dont une sorte de cousin du Toxic Avenger), de sorcières et de démons. Les maquillages spéciaux ne font pas dans la dentelle mais l’atmosphère reste intéressante. Et surtout, le fait que la baby-sitter et les enfants soient eux-mêmes spectateurs de ce film de plus en plus malsain apporte une seconde couche de narration ainsi qu’un intéressant effet de mise en abîme. D’autant que Sarah – qui semblait pourtant stricte au départ – laisse cet étalage d’horreurs défiler devant les yeux des gamins, comme s’il elle était gagnée elle-même pat une sorte de fascination douteuse.

Clowneries

Fatalement, All Hallow’s Eve souffre de l’origine disparate du matériau avec lequel il est constitué. Une fois que le premier segment est terminé, Leone peine à conserver une unité et une cohérence artistique. Sarah couche donc les enfants et continue de regarder la cassette, qui raconte une toute autre histoire (spécialement tournée pour l’occasion, donc) aux allures de remake de L’Homme de la planète X. La patine n’est plus du tout la même, le style non plus, et la présence de téléphone portables contredit le caractère faussement vintage de cette cassette VHS. Même constat pour le troisième segment, Terrifier, qui se donne les allures d’un film grindhouse tourné sur pellicule (avec scratches, salissures et rayures). Cet ultime récit est cependant le plus réussi des trois, laissant à l’effrayant Art toute la latitude pour s’exprimer et préfigurant les longs-métrages Terrifier et Terrifier 2 qui lui seront ensuite consacrés. All Hallow’s Eve se paye quelques effets gore bien gratinés, joue de manière récréative avec les nerfs des spectateurs et baigne dans une ambiance oppressante qu’accentue la bande originale électronique du groupe Noir Deco. Rien de bien subtil, certes, mais le film remplit son contrat et permet de lancer officiellement la carrière de Damien Leone.

 

© Gilles Penso

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BARBARE (2022)

Pour les besoins d’un entretien d’embauche, une jeune femme loue une maison pour la nuit. Mais les lieux sont déjà occupés…

BARBARIAN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Zach Cregger

 

Avec Georgina Campbell, Bill Skarsgård, Justin Long, Matthew Patrick Davis, Richard Brake, Kurt Braunohler, Jaymes Butler, J.R. Esposito, Kate Bosworth

 

THEMA TUEURS I FREAKS

Comme beaucoup de films, Barbare s’apprécie d’autant plus qu’on en sait le moins possible sur ce qu’il raconte et sur les péripéties qui découlent de sa situation initiale. Rien ne sera donc révélé ici de l’intrigue, si ce n’est son point de départ. Le processus créatif qui a conduit à l’écriture du scénario ne manque pas d’intérêt. Le scénariste/réalisateur/acteur Zach Cregger s’est d’abord laissé inspirer par le livre « The Gift of Fear » de Gavin de Becker, dont le sous-titre « Signaux de survie qui nous protègent contre la violence » s’avère très éloquent. Cet essai entend indiquer aux lecteurs comment percevoir les indices annonciateurs de danger avant qu’il ne soit trop tard. C’est évidemment une manne pour un scénariste. En se laissant guider par son instinct, Cregger écrit le script d’un court-métrage dans lequel une femme fait face à un inconnu et dialogue avec lui, ignorant une série croissante de signes laissant indiquer qu’elle aurait toutes les raisons de se méfier de son interlocuteur. Pris au jeu, Cregger développe davantage son récit et le rallonge. Le titre de travail, Barbarian, deviendra définitif. Et ce sera le tout premier long-métrage solo de son auteur, après les comédies Miss Mars et The Civil War on Drugs qu’il co-dirigea avec Trevor Moore.

Le point de départ du film est le suivant : Tess Marshall (Georgina Campbell) vient passer un entretien d’embauche à Detroit. Son déplacement nécessite qu’elle passe la nuit dans la région. Elle réserve donc sur Airb’n B une maison dans le quartier résidentiel de Brightmoor. Mais en arrivant tard dans la soirée, Tess découvre qu’un homme occupe déjà les lieux. Il s’agit de Keith (Bill Skarsgård), qui prétend avoir lui aussi réservé la maison sur le même site et pour la même date. Nous n’en dirons pas plus. Même s’il n’est crédité nulle part au générique du film, Jordan Peele, qui est un bon ami de Zach Cregger, l’aurait aidé officieusement à affiner son scénario et à peaufiner son montage. La préoccupation majeure de Cregger restait de surprendre sans cesse ses spectateurs. Dans ce domaine, force est de reconnaître que la réussite est totale, les deux influences que le cinéaste cite en marge de son film étant David Fincher et Sam Raimi. Lorsqu’on voit Barbare jusqu’au bout, on comprend pourquoi.

Le sous-sol de la peur

Barbare nous saisit d’emblée par la finesse de son interprétation et la minutie de sa mise en scène. Avec une précision d’orfèvre, Cregger cisèle son cadre, sa lumière, sa bande son, jouant en virtuose avec l’attente des spectateurs. « Rupture » semble être son mot d’ordre, surtout à mi-parcours du film. Car l’intrigue ne cesse de rebondir là où on ne l’attend pas, s’amusant avec les lieux communs du genre pour mieux les détourner, laissant croire au public qu’il va pouvoir deviner les événements à venir pour mieux l’emmener ailleurs. Si l’humour s’invite de manière explicite au cours de la seconde partie, le sentiment de peur ne s’éloigne jamais totalement, et c’est ce fragile équilibre qui s’installe au cours du dernier acte, favorisant le surgissement de nouveaux protagonistes qui permettent de faire bifurquer sans cesse l’histoire dans des recoins inattendus. Hélas, le climax oublie toute mesure pour se laisser aller aux excès du Grand-Guignol, gâchant un peu la subtilité des effets déployés jusqu’alors. Il n’en demeure pas moins que le visionnage de Barbare reste une expérience fascinante. Succès surprise au box-office, le film rapportera plus de 43 millions de dollars dans le monde (pour un budget de 4,5 millions de dollars) avant d’atterrir sur les plateformes de streaming.

 

© Gilles Penso

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