OUVRE LES YEUX (1997)

Le second long-métrage d’Alejandro Amenabar est un puzzle fascinant qui plonge Eduardo Noriega et Penelope Cruz dans une spirale infernale…

ABRE LE OJOS

 

1997 – ESPAGNE

 

Réalisé par Alejandro Amenabar

 

Avec Eduardo Noriega, Peneolope Cruz, Chete Lera, Fele Martinez, Najwa Nimri, Gérard Barray, Jorge de Juan

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I RÊVES I MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

Ouvre les yeux est le second long-métrage d’Alejandro Amenabar. Entre 1991 et 1994, il réalise plusieurs films courts qui font presque office de « brouillons » de son œuvre à venir. Déterminante, sa rencontre avec le producteur José Luis Cuerda lui permet de diriger son premier long, Thesis, un thriller déjà très prometteur qui fait connaître son nom partout dans le monde. Pour Ouvre les yeux, il se laisse inspirer par des cauchemars qui le saisirent en pleine nuit alors qu’il était grippé. On comprend mieux pourquoi ce film au récit alambiqué prend bien vite les allures d’un rêve fiévreux. Dès la première scène (qui évoque un passage similaire avec Keanu Reeves dans L’Associé du diable et annonce le prologue de 28 jours plus tard), l’anormalité s’installe dans le quotidien. Le beau et riche César (Eduardo Noriega), au volant de sa Coccinelle, traverse les rues de Madrid puis s’arrête d’un seul coup. Lorsqu’il sort de sa voiture, c’est pour découvrir que la rue est totalement vide. Aucun véhicule, aucun passant, pas âme qui vive. Cette vision n’est qu’un rêve, s’évaporant dès que César se redresse dans son lit, régissant au message « ouvre les yeux » que susurre la voix féminine de son réveille-matin. Des sommeils agités s’achevant par un sursaut, le film en comptera beaucoup d’autres.

César est pourtant un jeune homme comblé au-delà de toute mesure. Son magnétisme auprès de la gent féminine est tel qu’il a la réputation de ne jamais passer deux nuits avec la même femme. Même s’il l’apprécie beaucoup, son meilleur ami Pelayo (Fele Martinez) est forcément jaloux d’un succès pareil. Lors de sa fête d’anniversaire, César rencontre Sofia (Penelope Cruz) que Pelayo a emmené avec lui. Ils sont immédiatement attirés l’un par l’autre et passent la nuit ensemble. Le lendemain matin, César tombe nez à nez avec Nuria (Najwa Nimri), une de ses anciennes conquêtes qui refuse de le laisser quitter sa vie. Ouvre les yeux commence donc comme une chronique légère pleine de fraîcheur sur les amours frivoles madrilènes… mais l’intrigue bascule soudain dans le drame. Lorsque le beau garçon se transforme soudain en freaks, la légèreté n’a plus droit de cité…

Les yeux sans visage

A l’instar de César, le spectateur finit par perdre le sens des réalités. La frontière entre le vrai et le faux devient de plus en plus floue. Avons-nous affaire à un cauchemar ? Une maladie mentale ? Un souvenir ? A moins que l’intrigue ne soit justifiée par un postulat de science-fiction vertigineux. La narration en flash-back brouille davantage les pistes. Les tranches de vie appartenant au passé se mélangent avec celles issus des songes et la temporalité s’altère. « Essayons d’y voir un peu plus clair » dit un inspecteur de police à César qui se perd lui-même dans le fil de son témoignage. Un second niveau de lecture semble possible en filigrane, et ce n’est que le climax qui nous offrira une réponse tangible… Mais est-ce la véritable explication ? Nous voilà comme à la fin de Total Recall incapables de trancher fermement. Amenabar soigne sa mise en scène au millimètre près, nous offrant l’image très graphique – et hautement symbolique – d’un César bicéphale, le temps d’une séquence où, émule du dieu Janus, il porte deux visages : le sien, défiguré via un incroyable maquillage signé Colin Arthur, et un masque en plastique qu’il porte à l’arrière de la tête. Plus tard, dans le miroir des toilettes, il en voit un troisième : le sien avant l’accident. Trois visages, mais lequel est le vrai ? N’est-ce pas une autre manière pour le réalisateur de nous faire comprendre que son intrigue est à tiroirs ? Que chaque couche du récit en abrite une autre, comme une série de poupées russes ? Puzzle passionnant et souvent déstabilisant, Ouvre les yeux assoit définitivement Alejandro Amenabar comme un cinéaste à suivre de près et fera l’objet d’un remake américain réalisé en 2001 par Cameron Crowe, Vanilla Sky.  

 

© Gilles Penso


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STARDUST (2007)

Le futur réalisateur de Kick-Ass, X-Men le commencement et Kingsman nous offre un conte de fées jubilatoire et décalé…

STARDUST

 

2007 – USA / GB

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Charlie Cox, Claire Danes, Michelle Pfeiffer, Robert de Niro, Mark Strong

 

THEMA CONTES

C’est au célèbre romancier Neil Gaiman que nous devons la bande-dessinée « Stardust », illustrée par Charles Vess et publiée par DC Comics en 1997. Sous l’impulsion de l’éditeur Avon, Gaiman réadapte son récit pour en faire un roman sans dessin qui paraît deux ans plus tard. Le cinéma s’intéresse bientôt à cette histoire, mais la transformation de « Stardust » en scénario n’est pas simple. Le traitement qu’écrit Ehren Kruger pour Bob Weinstein déplaît à l’écrivain qui récupère ses droits. Plus tard, c’est le réalisateur Terry Gilliam qui s’y intéresse, pour finalement se désister afin de partir réaliser Les Frères Grimm. Matthew Vaughn est le suivant sur la liste. Ce dernier est un producteur à succès (Arnaques crimes et botaniques, Snatch, À la dérive) qui vient de passer à la réalisation à l’occasion de Layer Cake. Stardust sera son second long-métrage. Épaulé par la co-scénariste Jane Goodman, que lui recommande Gaiman lui-même, Vaughn envisage Stardust comme une sorte de mixage étrange entre Princess Bride et Midnight Run. Doté d’un budget d’environ 80 millions de dollars et d’un casting mêlant les jeunes talents (Charlie Cox, Claire Danes) et quelques anciennes superstars sur le retour (Michelle Pfeiffer, Robert de Niro), le futur réalisateur de Kick-Ass et X-Men le commencement se fait plaisir… et nous fait plaisir par la même occasion.

Nous sommes dans l’Angleterre du 19ème siècle. Un grand mur a été édifié pour séparer le monde des humains et le royaume magique de Stormhold. Un jour, le villageois Dunstan Thorn (Ben Barnes) parvient à tromper la vigilance du gardien du mur et passe une nuit à Stormhold, où il rencontre la jeune esclave d’une sorcière (Kate Magowan) dont il s’éprend. De leur union naît Tristan. Dix-huit ans plus tard, ce dernier (Charlie Cox) semble avoir hérité du caractère intrépide de son père. Il promet en effet à sa bien-aimée de lui ramener une étoile tombée du ciel qu’ils ont vu chuter au-delà du mur. Or l’étoile a l’apparence d’une jeune fille, Yvaine (Claire Danes), qui est fort belle mais bien peu disposée à suivre Tristan jusque dans son village. Ce dernier l’oblige à la suivre en l’enchaînant, sans se douter que son parcours sera semé d’embûches…

Une étoile est née

La réussite de Stardust repose d’abord sur son casting impeccable. Charlie Cox (futur Daredevil) est parfait en jeune héros fougueux et naïf, tout comme Claire Danes en étoile candide tombée du ciel. Michelle Pfeiffer excelle en sorcière vile et hypocrite qui, chaque fois qu’elle utilise ses pouvoirs, voit sa peau vieillir (ce qui nous rappelle le sort réservé au sorcier du Voyage fantastique de Sinbad). Quant à Robert de Niro, il se révèle truculent en faux pirate patibulaire à la tête d’un équipage de voleurs de foudre dans son navire volant. D’autres visages familiers égaient le film de leur présence, comme Henry Cavill, Peter O’Toole, Mark Strong, Jason Flemyng, Ricky Gervais ou Rupert Everett (sans compter Ian McKellen qui assure la voix off du narrateur). Dans ce monde médiéval fantaisiste où l’égoïsme et la cupidité sont monnaie courante, les jeunes héros s’affirment comme les seuls personnages vraiment positifs. Quelques visions insolites ponctuent le métrage, notamment ces frères encore vivants qui traînent avec eux tous les fantômes des frères défunts, apparaissant dans l’état dans lequel ils ont été tués (façon Beetlejuice). Si la qualité des effets visuels est inégale, le film reste visuellement très audacieux, multipliant les idées de mise en scène étonnantes et dégageant même par moments une indéniable poésie, comme lorsqu’Yvaine scintille en proie à des émotions un peu plus fortes que les autres. Le film ne se départit jamais vraiment de ce second degré un peu insolent qui semble être l’apanage de son réalisateur, sans pour autant céder aux facilités du cynisme. Stardust est donc le fruit d’un mélange fragile et délicat à l’équilibre presque miraculeux.

 

© Gilles Penso

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PEGGY SUE S’EST MARIÉE (1986)

Francis Ford Coppola plonge Kathleen Turner et Nicolas Cage dans un voyage dans le temps romantique et nostalgique…

PEGGY SUE GOT MARRIED

 

1986 – USA

 

Réalisé par Francis Ford Coppola

 

Avec Kathleen Turner, Nicolas Cage, Catherine Hicks, Barry Miller, Jim Carrey, Joan Allen, Barbara Harris, Don Murray, Leon Ames

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Peggy Sue s’est mariée est passé entre plusieurs mains avant de connaître sa forme définitive. Mari et femme à la ville, Jerry Leichtling et Arlene Sarner sont les auteurs du scénario, dont le titre se réfère à un standard du rock vintage écrit par Buddy Holly en 1959. La première actrice envisagée pour le rôle principal est Debra Winger (Officier et gentleman). Jonathan Demme est choisi pour réaliser le film, mais il ne parvient pas à s’entendre avec les scénaristes et quitte la production, tout comme Penny Marshall qui rend à son tour son tablier. Ce double départ marque aussi celui de Debra Winger. Il faut donc tout reprendre à zéro. Les producteurs tentent alors leur chance auprès de Francis Ford Coppola, qui est remonté en selle en dirigeant Outsiders, Rusty James et Cotton Club après l’échec retentissant de Coup de cœur. Coppola accepte et Peggy Sue s’est mariée repart sur les chapeaux de roue. Le cinéaste propose le rôle-titre à Kathleen Turner et embauche deux membres de sa propre famille pour jouer à ses côtés : sa fille Sofia Coppola dans le rôle de la petite sœur chipie de Peggy Sue et son neveu Nicolas Cage sous la défroque du rocker Charlie. D’autres visages familiers et encore tout jeunes apparaissent au détour du casting, notamment Jim Carrey et Helen Hunt.

La traversée du miroir que vit l’héroïne de Peggy Sue s’est mariée s’annonce dès les premières secondes du film, le temps d’un plan anodin et naturaliste qui se révèle pourtant totalement artificiel. Sur l’écran d’un téléviseur des années 80, Nicolas Cage s’agite pour vanter les mérites d’un matériel électro-ménager dans un spot publicitaire caricatural. La caméra recule pour nous révéler sa fille (Helen Hunt) en train de glousser, puis son épouse blasée (Kathleen Turner) qui se maquille face à une grande glace. Pour obtenir ce plan sans que la caméra et l’équipe technique ne se reflètent dans le miroir, Coppola utilise un subterfuge habile : il n’y a pas de miroir et une doublure de dos imite tous les gestes de Turner de face. Nous sommes déjà dans un trucage, révélé par l’inévitable décalage de quelques secondes entre les gestes de l’une et de l’autre. Le cinéaste – connu pour son perfectionnisme – sait sans doute que son illusion n’est pas parfaite. Mais le réel et l’imaginaire sont justement sur le point de s’entrechoquer. Peggy Sue se rend un peu à contrecœur à une fête organisée pour réunir les anciens élèves du lycée Buchanan. Elle n’a pas le cœur à la fête, car le couple idéal qu’elle formait avec Charlie (Cage) est en train de se désagréger. Au cœur de la soirée, elle est prise d’un malaise… et se retrouve propulsée soudain vingt-cinq ans dans le passé, en 1960.

« Le temps est exactement comme un burrito »

Inscrit dans une tendance nostalgique sur laquelle avait surfé avec le succès que l’on sait Retour vers le futur l’année précédente, Peggy Sue s’est mariée n’entre pas pour autant dans la même catégorie que le hit de Robert Zemeckis. Les partis pris de Coppola tournent le dos à la science-fiction classique au profit du romantisme et de la poésie. Le saut temporel est ici provoqué sans recours au moindre accessoire technique ou scientifique, comme dans Quelque part dans le temps de Jeannot Szwarc, les deux films bénéficiant d’une bande originale mélancolique signée John Barry. Cette approche a le mérite d’être originale. Revers de la médaille, la suspension d’incrédulité du spectateur est entravée par le comportement de Peggy Sue, qui s’adapte bien vite à cette situation insolite et l’intègre naturellement. Personne pourtant ne réagirait aussi bien face à ce voyage dans le temps que rien n’explique. Les exubérances de Nicolas Cage, affublé d’une banane blonde de rocker, de fausses dents et d’une voix de toon, n’aident pas non plus à la crédibilité de l’ensemble. Mais pour peu qu’on laisse sa rationalité au placard, il n’est pas difficile de se laisser porter par le charme du film, qui se contente d’une analogie culinaire pour justifier son argument fantastique (« le temps est exactement comme un burrito, en cela qu’un bord peut, en se repliant sur lui-même, venir s’ajuster et effleurer l’autre bord ») et s’affirme surtout comme une réflexion sur le destin et la possibilité de s’accorder une seconde chance.

 

© Gilles Penso


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SUR UN ARBRE PERCHÉ (1971)

Un huis-clos à flanc de falaise où l’automobiliste Louis de Funès et deux autostoppeurs risquent à tout moment de tomber dans le vide…

SUR UN ARBRE PERCHÉ

 

1971 – FRANCE

 

Réalisé par Serge Korber

 

Avec Louis de Funès, Géraldine Chaplin, Olivier de Funès, Alice Sapritch, Danielle Durou, Hans Meyer, Fernand Berset, Daniel Bellus, Jean-Jacques Delbo

 

THEMA CATASTROPHE

Alors qu’il travaille avec Serge Korber sur L’Homme-orchestre, une comédie gorgée de numéros musicaux qui lui permet d’exploiter avec brio ses dons de pantomime et d’offrir à son propre fils Olivier un rôle en tête d’affiche, Louis de Funès demande au cinéaste quel sera son prochain film. Korber lui parle alors d’un projet ambitieux nommé L’Accident. Il s’agit d’un film catastrophe d’un genre particulier, puisque c’est un huis-clos mettant en scène un couple coincé dans une voiture en équilibre à flanc de falaise. Les deux protagonistes menacés à tout moment d’être précipités dans le vide seront incarnés par Yves Montand et Annie Girardot, qui ont donné leur accord. De Funès adore l’idée et se dit que la situation décrite dans le scénario serait le support idéal d’une comédie originale. Face à son enthousiasme, Serge Korber revoit sa copie avec le scénariste Pierre Roustang et le dialoguiste Jean Halain. Exit Montand et Girardot (pourtant au faîte de leur gloire à l’époque), place à Louis de Funès. Ironiquement, les deux acteurs donneront ensuite la réplique à la superstar comique dans deux films ultérieurs, respectivement La Folie des grandeurs et La Zizanie. Grâce au nom de De Funès, véritable sésame, la production de Sur un arbre perché se monte rapidement.

 

De Funès incarne l’un de ces petits bourgeois antipathiques dont il raffole (affublé d’une perruque improbable), en l’occurrence le promoteur français Henri Roubier, revenu d’Italie après avoir conclu un accord lui assurant la mainmise sur les autoroutes européennes avec l’un de ses associés. Alors qu’il roule le long de la Méditerranée, Roubier embarque un jeune auto-stoppeur (Olivier de Funès) et une ravissante jeune femme en difficulté (Géraldine Chaplin). Les deux passagers le contraignent à faire un détour par Cassis, ce qui ne l’arrange guère. Alors que la nuit tombe et qu’il est exaspéré par ses deux passagers, Roubier manque un virage et son véhicule chute dans le vide au-dessus d’un précipice. L’automobile et ses occupants se retrouvent miraculeusement perchés sur un pin parasol accroché à la paroi d’une falaise. Tous trois tentent de se dégager, mais au moindre de leur mouvement, la voiture bouge, menaçant de basculer dans le vide. Leur vie ne semble alors plus tenir qu’à un fil…

Équilibre instable

Porter à l’écran le scénario de Sur un arbre perché représente un défi logistique hors du commun. Une fausse voiture allégée est réellement installée à flanc de montagne, sur un faux pin parasol. Pendant cinq semaines, Korber et son équipe filment tous les plans larges grâce à ce dispositif grandeur nature à l’intérieur duquel s’agitent trois cascadeurs qui doublent les acteurs principaux. Des alpinistes et un hélicoptère sont également sollicités pour ces prises de vue vertigineuses. La suite du tournage se déroule en studio, à l’intérieur d’une voiture montée sur vérins devant une falaise factice reconstituée par le chef décorateur Rido Mondelli. Les gros moyens sont donc à l’œuvre. Mais dès que se met en place le dispositif du film catastrophe, une évidence saute aux yeux du spectateur : Louis de Funès n’est pas dans son élément. Le génial comédien qui, habituellement, saute, gesticule, traverse l’espace avec fougue et transforme son corps en élastique monté sur ressort, se retrouve soudain confiné dans l’espace réduit d’une voiture. Privé de la latitude de jeu qu’il lui faudrait, il est en demi-mesure, face à des compagnons de jeu peu convaincants qui peinent donc à lui donner la réplique. Comme on pouvait le craindre, le public ne répond pas présent. Sur un arbre perché sera l’un des rares flops de Louis de Funès. Il faut tout de même reconnaître au film une audace et une originalité indiscutables. Après le tournage, Olivier de Funès abandonnera définitivement la carrière d’acteur à laquelle le destinait son père pour devenir pilote de ligne.

 

© Gilles Penso

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SHORT CIRCUIT (1986)

Un robot guerrier conçu pour la Défense américaine est frappé par la foudre et adopte soudain un comportement très humain…

SHORT CIRCUIT

 

1986 – USA

 

Réalisé par John Badham

 

Avec Steve Guttenberg, Ally Sheedy, Fisher Stevens, Austin Pendleton, G.W. Bailey, Brian McNamara, Marvin J. McIntyre, John Garber, Penny Santon

 

THEMA ROBOTS

Cinéaste pour le moins éclectique, John Badham nous a offert des œuvres aussi variées que La Fièvre du samedi soir, Dracula, Tonnerre de feu ou Wargames. Un jour, les producteurs David Foster et Larry Turman lui proposent Short Circuit, un scénario co-écrit par S.S. Wilson et Brent Maddock, futurs créateurs de la saga Tremors. « Ce script était extrêmement spécial », se rappelle le réalisateur. « Le personnage principal était un robot qui se croyait vivant. C’était tellement charmant, doux et drôle que je devais faire ce film. J’ai décroché mon téléphone et j’ai dit : “Ce sera un énorme succès. Il n’y aura ni Eddie Murphy, ni Richard Dreyfuss, ni Tom Cruise dans le film. Il n’y aura que ce robot.” » (1) Le personnage principal de Short Circuit est donc un robot soldat baptisé « Numéro 5 » que la compagnie Nova Robotics est fière de présenter aux membres du gouvernement. Extrêmement sophistiqué, il représente un atout de poids auprès du Ministère de la Défense. Mais tout se gâte lorsque le robot reçoit une forte décharge électrique provoquée par la foudre. Dès lors, à l’instar de l’ordinateur d’Electric Dreams, il s’humanise peu à peu et oublie toutes ses velléités guerrières. Mais ses constructeurs ne l’entendent pas de cette oreille et se lancent dans une traque impitoyable pour le ramener au bercail et le reprogrammer.

Un tel scénario nécessite évidemment des effets spéciaux performants. Au départ, les auteurs Wilson et Maddock envisagent la stop-motion pour les actions les plus complexes, mais John Badham préfère s’appuyer exclusivement sur des effets spéciaux pratiques réalisés en direct pendant le tournage. Conçu par Syd Mead (le designer de Blade Runner), le sympathique « Numéro 5 » prend vie grâce au spécialiste des effets mécaniques Eric Allard. « Huit ou dix personnes le dirigeaient », raconte Badham. « Si vous aviez regardé derrière le robot, vous auriez vu toutes sortes de fils qui en sortaient, les hommes des effets spéciaux avec des radiocommandes, trois ou parfois quatre marionnettistes qui actionnaient ses yeux, sa bouche et ses bras. Il y avait en fait une vingtaine de versions de ce robot, selon les actions nécessitées. » (2) Techniquement, Short Circuit est une réussite indiscutable. Narrativement, c’est une autre histoire. Le film ne cherche en effet à contourner aucun cliché, taillant tranquillement la route balisée d’un comique de situation confortable. Et pour s’assurer l’adhésion du public, le casting est dominé par deux visages éminemment sympathiques : Ally Sheedy (Wargames, Breakfast Club) et Steve Guttenberg (Police Academy, Cocoon). Chacun d’entre eux reste bien sagement circonscrit dans le registre qu’on attend de lui : la jeune femme excentrique et marginale d’un côté, le type attachant, charmeur et un peu ahuri de l’autre.

« Numéro 5 est vivant ! »

Le côté « recette de cuisine » de Short Circuit le prive d’une grande partie de son charme et de sa spontanéité. Ce ne sont pourtant pas les bonnes idées qui manquent.  La première rencontre entre Stephanie (Sheedy) et N°5 est plutôt finement jouée par exemple, dans la mesure où elle croit avoir affaire à un extra-terrestre et entreprend donc de lui faire découvrir son monde en accéléré, dans une séquence qui semble tout droit échappée de E.T. Le classique de Spielberg est d’ailleurs une référence manifeste puisque le scénario de Short Circuit reprend plusieurs de ses ressorts et de ses rebondissements. Le travail sur la bande originale n’est pas non plus dénué d’intérêt. 100% électronique en début de film, la musique de David Shire intègre progressivement des instruments classiques au fur et à mesure que se développent les émotions du robot, jusqu’à la fameuse phrase « Numéro 5 est vivant ! » soulignée par une ample montée de violons. Mais une fois de plus, la subtilité n’est pas au rendez-vous et les ficelles restes grosses (comme cette autocitation balourde le temps d’une scène où le robot apprend à danser en regardant La Fièvre du samedi soir à la télé). Pourtant John Badham eut du flair. Car Short Circuit fut un immense succès au box-office et entraîna deux ans plus tard une suite réalisée par Kenneth Johnson : Appelez-moi Johnny 5.

 

(1) et (2) Propos issus du livre « The Directors » de Robert J. Emery (2002)

 

© Gilles Penso


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BAD CHANNELS (1992)

Une créature extra-terrestre et son robot pénètrent dans une station de radio et kidnappent plusieurs Terriennes qu’ils miniaturisent…

BAD CHANNELS

 

1992 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Paul Hipp, Martha Quinn, Aaron Lustig, Ian Patrick Williams, Charlie Spradling, Robert Factor, Roumel Reaux, Rodney Ueno, Daryl Strauss

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS I NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Bad Channels est un film au concept particulièrement bizarre dont le producteur Charles Band confie le scénario à Jackson Barr après lui avoir montré le poster (car la méthode habituelle de Band est de faire dessiner un poster d’abord et de trouver l’histoire ensuite). « Une fois de plus, nous étions dans une situation où il fallait écrire le film à partir d’une affiche », raconte le scénariste. « Le concept de l’animateur radio qui s’enferme lui-même vient de moi. Les personnes miniaturisées dans les fioles étaient sur le poster, donc c’est une idée de Charles. J’ai alors pensé à une intervention extra-terrestre pour essayer de raccorder tout ça. J’essayais de faire au mieux pour me conformer à ce qu’on voyait sur le poster. » (1) Cette méthode de travail très peu orthodoxe explique l’aspect « patchwork » du film. Contacté pour réaliser Bad Channels, Ted Nicolaou montre d’abord quelques réticences, craignant de se retrouver dans une sorte d’imitation du Terrorvision qu’il réalisa pour Band en 1986. Mais l’aspect musical du film l’attire, notamment la possibilité de réaliser quelques faux vidéoclips et d’appuyer son montage sur une bande originale rock’n roll composée et interprétée par le groupe Blue Öyster Cult.

Paul Hipp interprète Dangerous Dan, un DJ qui ne recule devant aucun excès pour augmenter l’audience de la station de radio KDUL. Son dernier coup de pub ? S’enchaîner à une chaise et passer en boucle un disque de polka jusqu’à ce qu’un auditeur soit capable de trouver la combinaison susceptible de le libérer. Ce genre de « happening » n’est pas du goût de la journaliste Lisa Cummings (Martha Quinn), qui flaire là l’arnaque. Le patron de la station de radio, en revanche, se frotte les mains, même si les méthodes de ce DJ incontrôlable sont loin de le rassurer. Soudain, une créature extra-terrestre à la tête en forme de chou-fleur et un petit robot (qui semblent tous deux échappés d’un film de SF des années 50) font irruption dans la station, séquestrent Dan et son technicien Corky (Michael Huddleston), enduisent les lieux d’une substance verte végétale et kidnappent plusieurs auditrices qu’ils miniaturisent pour les faire entrer dans de petites fioles, une vision surréaliste qui nous rappelle irrésistiblement les homuncules du docteur Pretorius dans La Fiancée de Frankenstein.

Une opportunité manquée

Le caractère résolument insolite de Bad Channels emporte l’adhésion, en grande partie grâce au rythme enlevé du film, à son ton léger et au charisme de Paul Hipp (qui faisait la même année de petites apparitions dans L’Arme fatale 3 et Bad Lieutenant). L’idée la plus étrange du film est liée à la capture des terriennes. Celles-ci subissent momentanément des hallucinations qui leur donnent le sentiment de jouer dans des clips vidéo. Bad Channels est donc régulièrement ponctué par des morceaux de hard rock, de heavy metal et de rock psychédélique. Le principe est amusant, même si les chansons sont beaucoup trop longues et semblent faire office de remplissage. « Le film aurait pu être beaucoup plus réussi, mais il n’y avait clairement pas assez d’argent », déplore Jackson Barr. « Avec un budget un peu plus élevé, Ted Nicolaou aurait vraiment pu faire un film d’enfer. » (2) Ce manque cruel d’argent induit des situations répétitives et des décors limités qui finissent par engendrer un certain ennui. L’intérêt se renouvelle en fin de métrage avec l’apparition d’un monstre farfelu qui semble échappé de Beetlejuice ou de Evil Dead 2, une marionnette bricolée avec les moyens du bord par l’atelier Criswell Productions sous la supervision de Greg Aronowitz (accessoiriste et homme à tout faire sur des films comme Dark Angel, Demonic Toys, Critters 4 ou Forever Young). Passé inaperçu au moment de sa distribution vidéo, même auprès des amateurs des productions Charles Band, Bad Channels est considéré par beaucoup comme une opportunité manquée.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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RING 2 (1999)

La saga horrifique initiée par Hideo Nakata d’après le roman de Koji Suzuki s’offre un second épisode peinant à renouveler l’effet de surprise…

RINGU 2

 

1999 – JAPON

 

Réalisé par Hideo Nakata

 

Avec Miki Nakatani, Hitomi Sato, Kyoko Fukada, Fumiyo Kohinata, Kenjiro Ishimaru, Yurei Yanagi, Rikiya Otaka, Yoichi Numata, Nakano Matsushima

 

THEMA FANTÔMES I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA RING

Ring 2 est un cas un peu à part. En 1991, l’écrivain Koji Suzuki faisait paraître avec succès le roman « Ring », suivi quatre ans plus tard d’une suite, « Rasen », baptisée chez nous « Double hélice ». En 1998 sortaient coup sur coup deux films japonais tirés respectivement de ces deux romans : Ring d’Hideo Tanaka, promis à un succès international, et Rasen de Jôji Iida, passé quant à lui totalement inaperçu. Pour éviter de rester sur un échec et tenter de faire fructifier le phénomène Ring, il est donc décidé de donner une suite au film de Tanaka, titrée logiquement Ring 2, sans tenir compte du roman « Double hélice » ni du film qui l’adaptait. La production se met en branle dans la hâte pour éviter que le soufflé ne retombe. Le scénario, co-écrit par Tanaka et Hiroshi Takahashi, commence quasiment là où s’arrêtait le premier Ring et sollicite en toute logique la présence d’une grande partie des acteurs du film précédent (du moins ceux dont les personnages ont survécu !).

Lorsque le film commence, Mai Takano (Miki Nakatani) cherche à comprendre les raisons de la mort de son petit ami Ryuji. Peu à peu, ses investigations l’emmènent jusqu’à cette légende d’une cassette vidéo hantée par l’esprit d’une jeune fille aux pouvoirs paranormaux, Sadako, morte depuis trente ans. Tous ceux qui visionneraient la cassette mourraient dans d’étranges circonstances une semaine plus tard. Mai découvre que le fils de Ryuji (Rikiya Otaka) possède les mêmes étranges pouvoirs que Sadako, et tente l’impossible pour enrayer cette terrible malédiction. Voilà pour le postulat, qui se prive de l’effet de surprise du premier film et pousse Nakata à privilégier les effets choc au détriment de l’atmosphère oppressante du premier film. Tout ayant été raconté dans Ring, cette séquelle s’efforce de rationaliser les choses en expliquant mieux les origines de la cassette maudite et la manière dont ses images ont été enregistrées. Cet angle narratif est notamment exploité à travers les expériences d’un scientifique, le docteur Kawajiri (Fumiyo Kohinata), qui s’efforce de reproduire des images identiques à l’aide de sujets particulièrement sensibles.

Le Mal dans le puits

Hélas, le scénario n’a plus grand chose de captivant, et ce Ring 2 marque bien les limites d’un concept fort mais entièrement exploré dans le premier roman de Kôji Suzuki et le premier film de Hideo Nakata. Ici, on se contente donc de réutiliser tant bien que mal les mêmes ingrédients. Certes, l’épouvante pointe de temps en temps le bout de son nez, à travers les visions inquiétantes de Mai, les pouvoirs étonnants du petit Yoichi, ou cette scène finale dans le puits où Sadako attaque la femme et l’enfant. Mais c’est peu pour une heure et demi de film, et la complexité de l’intrigue émousse les sens du spectateur. D’autant que le final du premier Ring laissait imaginer le déploiement d’un virus redoutable que rien ne semblait pouvoir enrayer. Mais cette menace croissante et pyramidale a été évacuée ici, au profit d’une nouvelle enquête nous apprenant plus ou moins ce que nous savions déjà. Reste le jeu fort convaincant de la belle Miki Nakatani, qui révèle ici la subtilité de son jeu en passant au premier plan. Distribué directement en vidéo sur le territoire américain, Ring 2 est l’un des plus gros succès en salles de l’année 1999 au Japon. D’autres suites seront donc logiquement envisagées dans la foulée.

 

© Gilles Penso

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GLUTORS (1992)

Des aliens végétaux hideux contaminent les humains dans ce remake officieux de L’Invasion des profanateurs de sépultures

SEEDPEOPLE

 

1992 – USA

 

Réalisé par Peter Manoogian

 

Avec Sam Hennings, Andrea Roth, Dane Witherspoon, Bernard Kates, Holly Fields, John Mooney, Anne Betancourt

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I VÉGÉTAUX PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Après ses déboires sur le tournage complexe d’Arena, le réalisateur Peter Manoogian avait pris ses distances avec le producteur Charles Band. L’eau ayant coulé sous les ponts, les deux hommes finissent par se retrouver au début des années 90 et Manoogian accepte de mettre en scène pour la compagnie Full Moon deux longs-métrages d’affilée, Demonic Toys et Seedpeople. Le budget mis à disposition du réalisateur est extrêmement réduit, tout comme son planning de tournage. « Je ne pense pas avoir fait du mauvais travail, mais ce film n’avait rien de très original », confesse-t-il (1). En effet, le scénario de Jackson Barr (Subspecies, Bad Channels) ressemble à remake bon marché de L’Invasion des profanateurs de sépultures dont il reprend la plupart des idées et même la structure en flash-back. Le film commence donc par les gesticulations d’un homme en panique criant à qui veut l’entendre qu’il n’est pas fou et que la menace venue d’ailleurs est bien tangible, comme dans le classique de Don Siegel. Cet homme est le géologue Tom Baines (Sam Hennings) et l’histoire qu’il s’efforce de raconter à un agent du FBI tandis qu’il est solidement attaché sur un lit d’hôpital commence quelques jours plus tôt.

Tom narre son arrivée dans la petite ville rurale de Comet Valley, qu’il avait quittée pour faire ses études. Il y retrouve son ex-petite amie Heidi (Andrea Roth), son ancien rival Brad (Dane Witherspoon) devenu policier et la population locale qui lui demande de venir inspecter plusieurs météorites tombées dans les champs voisins. Soudain, tout bascule le temps d’une séquence surréaliste. Un soir, Frank (John Mooney), le frère d’Heidi, part arroser des plantes en pleine nuit et découvre d’étranges cosses dans un arbre d’où surgit un liquide poisseux qui le recouvre entièrement. Quelques minutes plus tard, l’homme a changé de comportement, désormais froid et distant. Quant à la substance gluante répandue sur le sol, elle laisse émerger des créatures bizarroïdes verdâtres dont le look impensable nous ramène aux films de SF des années 50. C’est ainsi que commence cette nouvelle invasion, dont seule une adolescente équipée d’un caméscope semble être consciente dans un premier temps…

La mauvaise graine

Les protagonistes du film n’étant ni très convaincants, ni particulièrement intéressants, les spectateurs se laissent plutôt attirer par les hideux petits monstres végétaux et grimaçants dont les apparitions sont brèves mais indiscutablement récréatives. Œuvres de l’incontournable John Carl Buechler, ces « glutors » (si l’on en croit le titre français) viennent s’ajouter à la grande galerie des créatures miniatures et hargneuses du « Charles Band Cinematic Universe », aux côtés des Ghoulies, des Subspecies et surtout des Troll avec lesquels ils présentent quelques points communs. L’un s’envole pour se jeter sur ses victimes comme une espèce d’insecte disporportionné, le second avance péniblement sur deux pattes à la manière d’un cul-de-jatte, le troisième roule sur le sol comme les Critters avant de révéler son faciès improbable. Un morphing furtif permet même de montrer la transformation d’un humain en l’un de ces monstres. Sur le papier, Glutors avait tout pour concourir dans la même catégorie que Le Blob ou Tremors, ces films de monstres des années 80/90 ravivant la flamme de ceux des années 50 en y ajoutant une touche de second degré. Mais les faibles moyens dont bénéficie Manoogian l’empêchent de faire des miracles. Glutors passe donc inaperçu et la suite un temps envisagée (écrite par le duo de scénaristes Dave Parker et Jay Woelfel) ne verra jamais le jour.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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65 : LA TERRE D’AVANT (2023)

Adam Driver qui affronte des dinosaures ? Sur le papier, l’idée était prometteuse. À l’écran, c’est une autre histoire…

65

 

2023 – USA

 

Réalisé par Scott Beck et Bryan Woods

 

Avec Adam Driver, Arianna Greenblatt, Chloe Coleman, Nika King et la voix de Brian Dare

 

THEMA DINOSAURES

Découvert par toute une frange du public grâce à son interprétation de Kylo Renn dans la saga Star Wars, Adam Driver est un acteur aux facettes multiples qu’on a pu voir aussi bien chez Martin Scorsese que Terry Gilliam, Ridley Scott, Leos Carrax, Clint Eastwood, Jim Jarmusch, Steven Spielberg ou Spike Lee. S’appuyant sur son profil atypique et son passé dans les marines, le duo d’auteurs et réalisateurs Scott Beck et Bryan Woods lui offre le rôle principal de 65. Signataires de deux films d’horreur (Nightlight en 2015 et Haunt en 2019), Beck et Woods se sont surtout distingués en écrivant le scénario de Sans un bruit et sa suite. Sur la foi du script de 65, Columbia Pictures leur alloue un budget de 45 millions de dollars. Pendant le prégénérique (long de 17 minutes !), nous découvrons la planète Somaris, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la nôtre et dont les habitants, qui ont des allures d’humains comme vous et moi, parlent en anglais (il faut déjà accepter ce parti pris si l’on veut avoir une chance d’entrer dans l’histoire). Le pilote Mills (Driver) accepte une mission spatiale de deux ans qui lui permettra d’engranger suffisamment d’argent pour soigner sa fille malade (Chloe Coleman). Son épouse Alya (Nika King) accepte donc à contrecœur de le voir traverser le cosmos pour transporter des passagers à l’autre bout de l’univers.

En plein vol, le vaisseau Zoïc heurte une ceinture d’astéroïdes et se crashe sur une planète inconnue. Paniqué, Mills découvre qu’il est apparemment le seul survivant du voyage, alors que le système d’alerte émet un bruit lancinant que les fantasticophiles connaissent bien : celui des machines martiennes de La Guerre des mondes (version 1953). L’atmosphère de la jungle dans laquelle il s’est échoué est respirable, mais les lieux regorgent de danger. Il s’est en effet échoué sur notre Terre, il y a 65 millions d’années, à l’époque où les dinosaures dominaient le monde. Or une fillette (Ariana Greenblatt) a également survécu à l’accident. Leur seul moyen de s’échapper est d’atteindre la capsule de sauvetage qui repose au sommet d’une montagne. Pour y parvenir, ils vont devoir braver la faune monstrueuse qui régit ces lieux sauvages et qui se pourlèche déjà les babines à l’idée de se les mettre sous la dent…

Le dîner des dinos

A peu de choses près, le concept de 65 est le même que celui de La Planète des dinosaures, une sympathique série B des années 70 qui ne brillait ni par son scénario ni par son jeu d’acteurs mais nous offrait de magnifiques sauriens préhistoriques en stop-motion. La seule véritable différence, à l’exception de la provenance extra-terrestre des protagonistes, réside dans la nature de leur relation : un adulte et une enfant, substitut évident de la propre fille du héros (comme la Newt d’Aliens). La mécanique du film s’appuie en grande partie sur leurs échanges, avec ce qu’il faut de saynètes comiques et de passages émouvants pour que la mayonnaise essaie de prendre. Le concept était attrayant, mais le film ne tient absolument pas ses promesses. Nous qui attendions un film d’action primaire mais jouissif gorgé d’affrontements entre Adam Driver et une faune préhistorique déchaînée, nous restons sur notre faim. Les monstres préhistoriques pointent bien sûr le bout de leur museau de temps en temps, mais leur design laisse à désirer (le trait est forcé sans subtilité, les morphologies sont souvent fantaisistes) et leurs interventions s’avèrent somme toute assez limitées. Le climax rattrape un peu cette frustration, mais c’est insuffisant pour justifier l’existence même de ce long-métrage qui a toutes les caractéristiques d’une fausse bonne idée. À tout prendre, autant revoir La Planète des dinosaures qui, lui, ne nous trompait pas sur la marchandise.

 

© Gilles Penso

 

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SHAZAM ! LA RAGE DES DIEUX (2023)

Le justicier le plus immature de l’histoire des super-héros affronte un gloubi-boulga mythologique dans cette séquelle invraisemblable…

SHAZAM ! FURY OF THE GODS

 

2023 – USA

 

Réalisé par David F. Sandberg

 

Avec Zachary Levi, Asher Angel, Jack Dylan Grazer, Rachel Zegler, Adam Brody, Ross Butler, Lucy Liu, Helen Mirren, Djimon Hounsou

 

THEMA SUPER-HÉROS I DRAGONS I MYTHOLOGIE I SAGA DC COMICS

Face au succès du premier Shazam !, il était évident qu’une suite se mettrait rapidement en chantier. La concrétisation de ce second épisode aura inévitablement été repoussée de quelques années à cause de la pandémie du Covid 19, laissant entretemps l’univers cinématographique de DC se déployer sous des formes diverses et parfois contradictoires (Birds of Prey, Wonder Woman 1984, The Suicide Squad, Zack Snyder’s Justice League, The Batman, Black Adam). Pour Shazam ! la rage des dieux, l’équipe du premier film est logiquement remise en selle : le scénariste Henry Gayden, le réalisateur David F. Sandberg et tout le casting original, Zachary Levi en tête. Le compositeur Benjamin Wallfisch étant indisponible, c’est Christophe Beck qui lui succède. Mais honnêtement, malgré le talent indiscutable des deux hommes, la différence ne saute pas aux oreilles, tant le travail qu’ils auront respectivement accompli se conforme sagement aux codes attendus de la bande originale super-héroïque sans laisser transparaître une quelconque personnalité artistique. Car ce second Shazam !, comme on pouvait s’y attendre, offre exactement aux spectateurs ce qu’ils attendent.

La scène chaotique dans un musée d’Athènes qui ouvre le film est certes impressionnante et permet au récit de s’enclencher sans temps mort. Mais rapidement, le scénario entre dans la routine des enchaînements de blagues, des scènes de sauvetage filmées sans autre parti-pris visuel que la quête de l’effet spectaculaire immédiat et des explications nébuleuses motivant les actes des super-vilains. Ici, la sympathique « famille Shazam » doit faire face aux redoutables filles du dieu Atlas, qui emprisonnent la cité de Philadelphie sous un gigantesque dôme (une idée que le scénariste avoue avoir empruntée au long-métrage Les Simpsons !). Dès lors, le réalisateur David F. Sandberg étire sur plus de deux heures de métrage une intrigue pourtant filiforme qui déborde de clins d’œil : tous les super-héros de l’univers DC sont cités, la poupée Annabelle fait son apparition dans le cabinet d’un pédiatre, les références à la pop-culture abondent (Game of Thrones, Fast and Furious). Ce type de démarche post-moderne masque généralement la vacuité d’un univers peinant à forger seul sa propre originalité.

Shazam sans âme

Aux côtés du casting initial avec lequel les spectateurs sont déjà familiers, le film s’offre de nouveaux personnages bien peu mémorables malgré le talent de leurs interprètes. Rachel Zegler, qui fut si touchante dans le West Side Story de Steven Spielberg, nous laisse ici de marbre, minaudant sans finesse. Les prestations de Lucy Liu et Helen Mirren sont tout autant anecdotiques, coincées dans des registres caricaturaux indignes de leur étoffe et de leur charisme. En désespoir de cause, on se rabat sur le bestiaire du film, conçu par l’équipe du studio d’effets visuels DNEG. Le surgissement de Ladon (un dragon dont le corps hérissé de pointes semble en bois) est un moment fort, même si le design de la bête déçoit ceux qui attendaient une représentation fidèle du véritable monstre mythologique dont il s’inspire (un reptile à cent têtes !). La prolifération du jardin des Hespérides dans la cité de la Philadelphie et l’apparition d’une nuée de hideuses créatures hybrides (chimères, harpies, minotaures et même un cyclope reprenant la morphologie de celui du 7ème voyage de Sinbad) vaut aussi le coup d’œil. Mais comme souvent, la qualité des effets visuels s’inverse proportionnellement avec celle du scénario, qui accumule dès lors des péripéties de plus en plus absurdes – pour ne pas dire embarrassantes – jusqu’à un final atteignant les sommets du ridicule.

 

© Gilles Penso

 

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