ENEMY (1985)

Une parabole du racisme et de l'absurdité de la guerre dans laquelle un Terrien et un extra-terrestre apprennent à fraterniser

ENEMY MINE

1985 – USA

Réalisé par Wolfgang Petersen

Avec Dennis Quaid, Louis Gossett Jr, Brion James, Richard Marcus, Carolyn McCormick, Bumper Robinson

THEMA FUTUR I SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Enemy faillit bien ne jamais voir le jour. Contacté pour réaliser le film, Terry Gilliam déclina l’offre pour s’attaquer à son chef d’œuvre Brazil. Le suivant sur la liste fut Richard Loncraine, qui tourna la quasi-intégralité du métrage en Islande, mais qui fut finalement débarqué après un différend avec la production. Le projet aurait pu en rester là, mais Wolfgang Petersen reprit finalement les choses en main et recommença le tournage depuis le début. « Enemy a été conçu comme une sorte de remake futuriste du Duel dans le Pacifique de John Boorman », explique le réalisateur. « Ce n’est pas tant la science-fiction que les relations conflictuelles entre les deux antagonistes qui m’intéressaient. Enemy est avant tout une parabole sur le racisme. » (1) D’où un slogan qui en dit long : « Ennemis parce que c’est ce qu’on leur a inculqué. Alliés parce qu’ils y sont contraints. Frères parce qu’ils ont osé l’être. » Davidge est pilote de guerre. En cette fin de 21ème siècle, les combats se livrent dans l’espace contre les impitoyables Dracs, ennemis irréductibles de la race humaine. Au cours d’une bataille, l’engin de Davidge est abattu, mais le pilote a lui aussi atteint son adversaire. Tous deux s’échouent du coup sur une planète peuplée de monstres et criblée de météorites. L’affrontement continue au sol. Mais, peu à peu, la haine disparaît.

Le Terrien et le Drac apprennent à collaborer pour survivre. Le scénario évoque du même coup la nouvelle « Cooperate or Else » d’A.E. Van Vogt, dans laquelle un humain et un alien étaient contraints de s’entraider sur une planète hostile au beau milieu d’un conflit galactique. A peine sorti de L’Histoire sans Fin, Wolfgang Petersen insuffle à Enemy un charme rétro du plus bel effet, les vaisseaux spatiaux semblant tout droit sortis d’un Flash Gordon. Après une saisissante bataille spatiale concoctée par l’équipe d’ILM, la majeure partie du film se déroule sur une planète inhospitalière, filmée tour à tour sur l’île de Lanzarote (la même que Un Million d’Années Avant JC) et en studio à Bavaria, avec force peintures sur verre. Le maquillage Drac, dû à Chris Walas, est une belle réussite (malgré le raccord autour de la bouche parfaitement visible) et les créatures habitant la planète (des limules géants et des espèces de plantes carnivores) s’avèrent répulsives à souhait.

S'entraider pour survivre

Dennis Quaid (le Blanc jouant un Terrien) et Lou Gosset Jr (le Noir incarnant un Drac) sont quant à eux extraordinaires, et si le scénario s’avère prévisible en ce qui concerne le développement de leurs relations et l’effacement de leur inimitié, il sait malgré tout éviter les clichés avec habileté. Une idée supplémentaire porte la parabole sur un autre niveau : les Dracs sont hermaphrodites, contrairement aux humains qui se sont séparés en deux sexes (c’est en tout cas la théorie développée dans la mythologie grecque). Cela nous vaut une séance d’accouchement autant insolite qu’émouvante, ainsi que la révélation d’un joli bébé Drac. Comme d’autres œuvres phare avant lui, Enemy prouve que la science-fiction n’est jamais plus efficace que lorsqu’elle transpose dans son univers, via la métaphore, les problématiques du présent.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1995.

© Gilles Penso

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WOLF CREEK 2 (2013)

Greg McLean réalise lui-même la séquelle de son shocker / survival brutal en forçant volontairement le trait

WOLF CREEK 2

2013 – AUSTRALIE

Réalisé par Greg McLean

Avec John Jarratt, Ryan Corr, Shannon Ashlyn, Philippe Klaus, Shane Connor

THEMA TUEURS

En 2005, l’Australien Greg McLean avait bluffé son monde avec un survival au traitement très personnel, Wolf Creek. La réussite du film tenait dans une mise en scène à la fois naturaliste et soignée, une excellente direction d’acteurs (tous crédibles), une structure efficace en deux parties (longue immersion avec les protagonistes menant à une totale empathie / rupture de ton vers une traque haletante), et surtout, un mémorable boogeyman haut en couleurs, Mick Taylor, version sadique du Mick sympathique de Crocodile Dundee. Succès aidant, une suite paraissait inévitable. McLean a pris son temps et nous a d’abord donné le magistral Solitaire, grand film d’aventures à l’ancienne avec le plus beau crocodile géant jamais contemplé sur un écran, avant de revenir vers le personnage qui l’a rendu célèbre. Face à toute séquelle cinématographique, on est en droit d’en questionner la légitimité, rares étant celles qui apportent vraiment quelque chose au sujet et qui dépassent leur simple but mercantile. Ici, la note d’intention est limpide dès la séquence d’ouverture : Wolf Creek 2 est un véhicule à la gloire de son bad guy. Contrairement à l’opus précédent où il n’arrivait que sur le tard, il est ici le personnage principal, et le « héros », c’est lui (sentiment renforcé par le fait qu’il massacre d’emblée deux flics antipathiques qui lui cherchent des noises, et non l’inverse).

Le premier épisode puisait abondamment dans Massacre à la Tronçonneuse, la suite braconne donc logiquement sur les terres de la folie débridée et cartoonesque de Massacre à la Tronçonneuse 2. Le ton est plus ouvertement acide, l’humour noir exacerbé de Mick (John Jarratt est en feu) arrose ses effusions gore, flirtant dangereusement avec le slapstick à la sauce Tex Avery, au risque de désacraliser son méchant et de le « Freddy Kruger-iser ». En outre, le survival attendu se mue plutôt en film d’action avec cascades à l’ancienne, rappelant forcément le compatriote Mad Max 2, l’inoubliable Hitcher, et citant même le chef-d’œuvre halluciné de Ted Kotcheff, Réveil dans la terreur, au détour d’un massacre (ici burlesque) de kangourous. Vers la moitié du métrage, et ce malgré la mise en scène toujours efficace de McLean et sa superbe photographie, on commence donc à se demander si tout ceci est bien raisonnable… Heureusement, soudain le scénario bascule et un nouvel arrivant apporte une touche d’originalité bienvenue. Un anglais égaré (très juste Ryan Corr) croise la route d’une proie de Mick, contrariant les plans de ce dernier. Cette rencontre inopinée donne lieu à la meilleure séquence du film, où le grand méchant loup et sa victime se retrouvent face-à-face, dans une sorte de « Questions pour un champion » glauque, chaque mauvaise réponse se soldant par un doigt en moins.

« Question pour un champion » version gore

A ce moment, le torture porn ricanant à la Saw qui pourrait se profiler laisse place à l’analyse intéressante d’un certain cloisonnement de l’outback australien, connu pour son hospitalité toute personnelle (sujet récurrent dans les films provenant de l’île). Mick axe ses questions pièges sur le passé colonial de l’Angleterre sur son continent et fait preuve d’une xénophobie, d’une rancune et d’une mauvaise foi sans bornes. On comprend donc qu’une de ses motivations dans le massacre de touristes (son métier en quelque sorte) serait cette détestation aveugle de l’Etranger. Voir l’Anglais et l’Australien entonner de concert des chants patriotiques du cru entre deux sévices ne manque alors pas de saveur. Cette profondeur et ce décalage inespérés donnent un coup de fouet à l’ensemble et emportent l’adhésion in extremis, sortant Wolf Creek 2 des rails confortables où il s’était installé. Attention néanmoins à l’épisode de trop.

 

© Julien Cassarino

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REC 4 : APOCALYPSE (2014)

La saga [REC], qui avait commencé de manière très forte, s'achève sur ce quatrième opus en perte de vitesse

[REC] 4 : APOCALYPSE

2014 – ESPAGNE

Réalisé par Jaume Balaguero

Avec Manuela Velasco, Paco Manzanedo, Héctor Colomé, ISmael Fritschi, Maria Alfonsa Rosso, Crispulo Cabezas, Emilio Buale

THEMA ZOMBIES I DIABLES ET DEMONS I SAGA [REC]

Clap de fin pour la saga espagnole des [Rec]. Ce quatrième volet baptisé [Rec] 4 : Apocalypse est en tout cas censé venir clore la franchise zombie entamée en 2007 par Jaume Balaguero et Paco Plaza. Du moins pour l’instant. Après les déceptions [Rec] 2 et [Rec] 3 qui étaient un peu venues saloper l’après-chef d’œuvre que fut la baffe du premier opus (l’un des meilleurs films d’horreur des années 2000), [Rec] 4 était très attendu par les fans, avec l’espoir que le retour de Balaguero aux commandes allait remettre les choses dans le bon ordre, faisant oublier la dérive comico-parodique de l’épisode anecdotique signé Plaza en solo. Mais surtout, avec l’espoir de voir la série tutoyer à nouveau les sommets en se recentrant sur le génie qui avait fait toute la qualité et la fraîcheur de son volet initial. Bonne nouvelle, ce nouveau [Rec] était parti pour faire table rase, écartant [Rec] 2 et ses égarements ésotériques mal venus, mettant de côté [Rec] 3 et sa tentative ratée de délire à la L’Armée des Ténèbres, et reprenant aux fondements de la série puisque son action embraye directement après les évènements du tout premier chapitre. De fait, [Rec] 4 démarre dans le fameux immeuble barcelonais où tout a commencé, alors que l’on retrouve la belle journaliste Angela Vidal qui vient de traverser l’enfer, secourue par une équipe du GIGN ibérique.

Avec Apocalypse, on s’attendait à une ouverture sur l’extérieur et une pandémie ravageuse galopant à travers la ville (puis le monde) pour installer la dite « apocalypse ». Perdu. Le synopsis de [Rec] 4 allait finalement changer et cet ultime chapitre préfère oublier ses ambitions catastrophes pour rester dans le confinement en huis-clos, son action se délocalisant cette fois-ci du centre de Barcelone vers un cargo servant de lieu de quarantaine aux « survivants » des précédents volets (le seul emprunt au troisième opus est une rescapée du mariage). Lieu de quarantaine mais pas que, puisque le gouvernement y a également installé un laboratoire scientifique aux recherches bien mystérieuses. Et si le concept du huis-clos est de nouveau au rendez-vous, celui du found footage en revanche, disparaît au profit d’une mise en scène plus traditionnelle. Pas une mauvaise idée dans l’absolu, étant donné que le registre commençait à sérieusement tirer la langue ces derniers temps. Si cet ultime chapitre remonte un peu le niveau de la saga après qu’elle ait touché le fond avec la rigolade nanardesque de Plaza, [Rec] 4 reste néanmoins une nouvelle petite déception. Peut-être parce qu’on en attendait trop, en l’occurrence un retour vers les sommets du premier volet. Et malheureusement, force est de constater que [Rec] 4 en est incapable. Bien que le spectacle horrifique soit au rendez-vous d’un film qui s’applique à dépoter avec énergie et efficacité, [Rec] 4 verse néanmoins dans une sorte de semi-ennui par manque d’originalité et d’inspiration. Redondant et sans surprise, son action se cogne sans cesse contre les quatre coins de la carlingue de son bateau-terrain de chasse, tournant en rond autour d’une intrigue bien mince, vainement étoffée à couteaux tirés.

Un survival nerveux mais routinier

On ne peut pas dire que l’on s’ennuie à proprement parler puisque Balaguero s’applique tout de même à faire le job avec intensité dans un survival nerveux, mais le cinéaste semble avoir perdu la flamme et la passion pour son sujet et livre une sorte de DTV de haut standing, privé d’enjeux forts, privé d’une narration palpitante et surprenante, privé aussi de tout génie, alors que le résultat aligne et abuse à outrance des mêmes scènes, des mêmes effets de « peur » qui au final ne fonctionnent plus. Étonnamment fainéant, [Rec] 4 est un parcours balisé, tantôt bavard, tantôt recycleur des sempiternelles mêmes séquences propres au genre mais aussi recycleur de son propre contenu, le film semblant s’auto-copier de l’intérieur pendant une heure et demi. On attendait un final en apothéose, [Rec] 4 nous propose un énième « petit » film de zombie sur un bateau emmené par une ribambelle de personnages pour une majorité insupportables, en plus d’être campé par des acteurs au jeu loin de l’actor’s studio. La créativité envolée, [Rec] 4 est conventionnel, faible, prévisible et surtout mécanique. Un film lambda, regardable et divertissant dans son ensemble, mais tellement loin de ce que l’on en attendait. Reste que la saga remonte d’un cran. Un petit cran, mais un cran quand même. On saura s’en satisfaire. Ou pas…

 

© Nicolas Rieux

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INTERSTELLAR (2014)

Un space opera métaphysique et vertigineux qui permet à Christopher Nolan de nouveaux jeux audacieux sur les paradoxes temporels

INTERSTELLAR

2014 – USA / GB

Réalisé par Christopher Nolan

Avec Matthew McConaughey, Anne Hataway, Jessica Chastain, Mackenzie Foy, Topher Grace, Michael Caine, Matt Damon 

THEMA SPACE OPERA I FUTUR

Interstellar est un film miraculé, qui aurait pu s’engloutir dans les méandres du « development hell », maladie bien connue d’Hollywood, pour disparaître à tout jamais. Ecrit au printemps 2006 par Jonathan Nolan d’après un récit de Kip Thorne, Interstellar est taillé sur mesure pour Steven Spielberg. C’est en effet le vecteur idéal de ses thèmes les plus chers : la fascination pour les étoiles, la perte du lien entre le père et l’enfant, l’entrée en collision de l’ordinaire et de l’extraordinaire… Mais Interstellar piétine, et six ans plus tard Spielberg jette l’éponge. Tout juste échappé du Gotham City de The Dark Knight Rises, Christopher Nolan s’empare alors du projet et s’associe à son frère Jonathan pour entièrement revoir le scénario et l’adapter à son propre univers. Le résultat est la concrétisation d’un fantasme inespéré pour tout amoureux de science-fiction et de hard-science. Car Interstellar fusionne les sensibilités à priori antithétiques de Spielberg et Nolan, transportant ses spectateurs ébahis « là où personne n’est encore jamais allé », pour reprendre l’expression favorite du capitaine Kirk. L’homme-enfant qu’interprète magnifiquement Matthew MacConaughey, les yeux tournés vers les étoiles malgré un revers de destin qui l’enchaîne à une terre de moins en moins nourricière, est définitivement spielbergien. Le voir perdre tout sens commun pour emmener ses enfants contempler le vol plané d’un drone nous ramène à la folie douce de Richard Dreyfuss dans Rencontres du Troisième Type.

Mais lorsque le récit décolle – dans tous les sens du terme – l’une des obsessions majeures de Christopher Nolan irradie tout l’écran : la tentative désespérée de capturer cette notion terriblement abstraite qu’est le temps. Dans Memento, le temps se déployait à rebours. Dans Inception, il défilait à des vitesses parallèles et contradictoires. Ici, il échappe à tout contrôle, une minute dans l’espace se traduisant en longues années sur la terre ferme. Chaque décision, chaque acte est dès lors lourd de conséquences. Voir un film de Steven Spielberg muter progressivement en film de Christopher Nolan est un phénomène étrange. C’est un peu comme si l’on observait le jeune Christian Bale d’Empire du Soleil devenir le Bruce Wayne de The Dark Knight, un enfant qui grandirait trop vite pour endosser des responsabilités soudain colossales.

L'influence de Stanley Kubrick

La dimension métaphysique qu’atteint bien vite Interstellar réconcilie d’ailleurs les univers des deux réalisateurs, le cinéma de Stanley Kubrick étant de toute évidence une de leur source d’inspiration commune. Car l’influence de 2001 l’Odysée de l’Espace irradie une grande partie du métrage. Mais loin de la froideur et de l’hermétisme assumés du space opera kubrickien, Interstellar est un toboggan émotionnel qui ménage une place de choix à des scènes d’autant plus touchantes qu’elles abandonnent toute emphase au profit d’une épure à fleur de peau. Dans Interstellar, l’intime côtoie l’éternité, à l’image de la partition déconcertante d’Hans Zimmer alternant sobriété et grandiloquence. La perfection n’étant pas de ce monde, Interstellar n’est pas exempt de scories, d’incohérences et de raccourcis un peu étranges. Mais c’est surtout une expérience fascinante dont on ne ressort pas indemne.

© Gilles Penso

 

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CUBE (1997)

Avec son premier long-métrage, Vincenzo bâtit un huis-clos magistral reposant sur des mécanismes de suspense redoutablement efficaces

CUBE

1997 – CANADA

Réalisé par Vincenzo Natali

Avec David Hewlett, Maurice Dean Wint, Nicole De Boer, Nicky Guadagni, Andrew Miller, Julian Richings

THEMA MEDECINE EN FOLIE I SAGA CUBE

Né à Detroit, Vincenzo Natali grandit au Canada en développant une passion croissante pour la science-fiction. Il fiat ses premières armes comme storyboarder sur de nombreuses séries animées telles que Beetlejuice, Les Aventures de Tintin ou Fievel. Son savoir-faire s’étend ensuite aux longs-métrages en prises de vues réelles, à travers les storyboards de Johnny Mnemonic ou Ginger Snaps. Bien décidé à franchir le cap de la mise en scène, Natali se lance en 1997 dans un court-métrage baptisé Elevated, qui sert d’inspiration à son premier long-métrage Cube. « L’idéal était de trouver une histoire qui pourrait se dérouler dans un décor unique », raconte-t-il. « Mais je ne voulais pas faire de drame ou de comédie romantique. Comment réaliser un film de science-fiction situé dans un seul endroit clos ? J’ai trouvé la solution en imaginant qu’un décor unique pouvait être utilisé pour faire croire qu’il y en avait beaucoup d’autres. C’est alors qu’est venue l’idée d’un labyrinthe constitué d’une infinité de pièces identiques. » (1) Le postulat de Cube est donc le suivant : cinq personnes qui ne se connaissent pas se réveillent dans une pièce en forme de cube et tentent de s’en échapper tout en tâchant de comprendre où ils sont et qui les y a mis. La triple unité (temps, lieu, action) citée par Nicolas Boileau dans son Art Poétique est donc de mise dans Cube, un véritable exercice de style conçu avec les moyens les plus modestes, autrement dit cinq comédiens, un seul décor et 365 000 dollars canadiens en guise de budget. La simplicité du point de départ et les multiples possibilités qu’il offre, élevant la narration vers des sphères métaphysiques, évoquent beaucoup La Quatrième dimension, et notamment l’épisode « Cinq personnages en quête d’une sortie », écrit par Rod Serling et réalisé par Lamont Johnson, qui n’était pas sans évoquer lui-même le célèbre « Huis-clos » de Jean-Paul Sartre. « On me parle souvent de cet épisode, mais pour être tout à fait honnête avec vous, je ne m’en suis pas inspiré », avoue Natali. » La seule chose qui ait dicté le scénario de Cube était le manque de budget ! » (2)

Le moteur principal de Cube est le suspense. En ce sens, Natali a bien retenu la leçon édictée par Steven Spielberg dans Les Dents de la mer, qui consiste à amorcer le film par une séquence traumatique pour ensuite laisser fonctionner l’imagination du spectateur. Ainsi, Cube commence par l’éveil d’un homme à l’intérieur du mystérieux quadrilatère. Quatre issues s’offrent à lui. Il en choisit une, s’engage dans le tunnel, puis se fige brutalement avant de se disloquer complètement, découpé en mille petits cubes par un filet très acéré ! La surprise de ce piège digne d’un cartoon, la précision du montage et la perfection des effets visuels rendent la séquence diablement efficace. Natali se contente ensuite, tout au long du film, d’aiguillonner les sens du public en le poussant à se demander où sont les pièges et en quoi ils consistent. Il ne recourra qu’une nouvelle fois à un effet choc, lorsqu’un piège crématoire du plus surprenant effet fait fondre le visage d’une victime.

La redistribution des cartes

La séquence de suspense la plus éprouvante de Cube est directement héritée du Mission Impossible de Brian de Palma. Tous les protagonistes y sont en équilibre instable, obligés de n’émettre aucun son sous peine d’être réduits en pièces par un piège invisible. Mais le concept même du film et les scènes de suspense n’auraient pas suffi seuls à faire tenir le récit sur la durée d’un long métrage. Grand maître dans l’art de manipuler le public, Natali ajoute donc dans son cocktail un piment supplémentaire lié aux personnages eux-mêmes. Au début du film, les fonctions de héros, de traître, de sauveur et de fardeau sont réparties de manière assez évidente. Mais au fil des événements, la donne change progressivement et la distribution des rôles se modifie, à l’instar de l’architecture du cube lui-même. Quant au dénouement, il laissera les spectateurs au choix frustrés ou ébahis… « Je ne vous dirai pas ce qu’il y a à l’extérieur du cube pour une raison très simple : je n’en sais rien », avoue le cinéaste. « En faisant ce film, nous voulions ouvertement laisser cette question en suspens. Et c’est ce qui me plaît en tant que spectateur. J’aime qu’on laisse quelques portes ouvertes pour mon imagination. En ne donnant pas les clefs du mystère, en ne montrant pas ce qui se situe au-delà des limites du cube, ce lieu demeure une énigme et entre dans le domaine de la métaphore. » (3)

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février 2010.

 

© Gilles Penso

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ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND (2004)

Une magnifique histoire de romance interrompue et de mémoire effacée mise en scène par un Michel Gondry au sommet de son art

ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MINDE

2004 – USA

Réalisé par Michel Gondry

Avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson, Jane Adams, David Cross

THEMA MEDECINE EN FOLIE

La première collaboration entre le scénariste Charlie Kaufman et le réalisateur Michel Gondry, Human Nature, n’était pas très convaincante, malgré l’indéniable talent de ces deux artistes hors-norme. Mais il faut croire qu’il s’agissait là d’un galop d’essai, car leur film suivant, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, est une véritable merveille. « Ce film répondait aux contraintes d’une grosse production hollywoodienne », explique le producteur Georges Bermann, complice de Gondry depuis ses tout premiers vidéoclips. « Le script et le développement ont été payés par le studio, et il était évident qu’il fallait deux stars pour tenir les rôles principaux. Nicolas Cage était prévu au départ, mais finalement c’est tombé à l’eau et Jim Carrey l’a remplacé, aux côtés de Kate Winslet. » (1) Pourtant, jamais les contraintes d’une grande major ne semblent entacher cette œuvre magique, attachante et résolument originale.

La séquence prégénérique, longue de plus d’un quart d’heure, nous conte l’idylle naissante de deux êtres à part, Joel Barish et Clementine Kruczynski, qui se rencontrent par hasard sur la plage de Montauk. Puis la chronologie se déstructure et se concentre sur les événements survenus quelques jours plus tôt. Joel y est désespéré, car il vient d’apprendre que Clementine l’a effacé de sa vie… au sens propre. En effet, une société nommée Lacuna offre la possibilité technique d’ôter de la mémoire de ses clients tous les souvenirs qui l’embarrassent. Joel décide de faire appel à son tour à leurs services et d’effacer de son cerveau tout ce qui est lié à Clementine. « Il y a un cœur émotionnel à chacun de nos souvenirs », explique à notre héros le docteur Mierzwiak (Tom Wilkinson). « Quand on se débarrasse de ce cœur, le processus de dégradation commence. Quand vous vous réveillerez demain matin, tous les souvenirs que nous aurons ciblés seront fanés et auront disparu comme un rêve. » L’opération a lieu dans l’appartement de Joel, en pleine nuit, sous la supervision de trois employés déjantés de Lacuna (interprétés par rien moins que Mark Ruffalo, Elijah Wood et Kirsten Dunst)

« Une des plus belles histoires d'amour de l'histoire du cinéma »

Mais plus les souvenirs s’effacent, plus Joel commence à regretter sa décision, et sa lutte mentale pour ne pas oublier sa bien-aimée permet à Michel Gondry de multiplier les trouvailles visuelles étonnantes : les plans-séquence qui nous mènent d’un lieu à l’autre, un coin de rue où se perd totalement toute notion d’espace et de temps, le visage de Clementine qui devient flou en pleine discussion, le rival de Joel qui n’apparaît que de dos même lorsqu’il tourne la tête, les objets et les gens qui s’effacent un à un dans un hall de gare… Le scénario brillant de Charlie Kaufman s’assortit ainsi d’une mise en scène ingénieuse, oscillant intelligemment entre la captation instinctive des émotions des héros (caméra à l’épaule, éclairage minimaliste, montage brut) et la multiplication de trucages merveilleusement poétiques. Porté par deux comédiens en état de grâce, Eternal Sunshine of the Spotless Mind fut salué avec un enthousiasme fort mérité par le public et la critique, la presse américaine n’hésitant pas à le qualifier d’« une des plus belles histoires d’amour de l’histoire du cinéma ».

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2006.

 

© Gilles Penso

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BUBBA HO-TEP (2003)

Le réalisateur de Phantasm et la star d'Evil Dead nous racontent la lutte d'un Elvis Presley vieillissant contre une redoutable momie

BUBBA HO-TEP

2003 – USA

Réalisé par Don Coscarelli

Avec Bruce Campbell, Ossie Davis, Ella Joyce, Heidi Marnhout, Bob Ivy, Edith Jefferson, Larry Pennell, Reggie Bannister

THEMA MOMIES

Jusqu’alors, le nom de Don Coscarelli semblait irrémédiablement associé à deux franchises dont il semblait incapable de s’extraire : Phantasm et Dar l’Invincible. De beaux exercices de style, certes, mais l’homme avait encore d’autres univers à explorer, ce qu’il prouva avec maestria avec cet atypique Bubba Ho-Tep. Le film part d’un postulat improbable : Elvis Presley n’est pas mort et finit ses vieux jours dans la maison de repos de Mud Creek, au cœur d’une petite ville du Texas. En réalité, c’est l’un de ses meilleurs imitateurs, Sebastian Haff, qui est mort à sa place, le King ayant échangé son identité avec celle du sosie pour refaire sa vie et accéder à une tranquillité bien méritée. Mais aujourd’hui, cloué au lit, infantilisé par un personnel blasé et côtoyant de joyeux cinglés vieillissants qui se prennent pour d’authentiques cow-boys ou pour John Kennedy, il se demande s’il ne regrette pas un peu sa décision. Un soir, l’ancien dieu du rock’n roll reçoit la visite d’un scarabée gros comme un ballon de foot et particulièrement agressif. Cette intrusion est le prélude d’une menace bien plus inquiétante. Une momie égyptienne hante en effet les lieux, aspirant l’âme des pensionnaires pour revenir à la vie. Le concept du film, inspiré d’une nouvelle publiée dix ans plus tôt par Joe R. Lansdale, est donc pour le moins déjanté. Coscarelli ne cède pas pour autant à la tentation de la parodie potache. Son film se laisse au contraire aller à une tendresse inattendue, soulevant de véritables questions sur la vieillesse, la solitude et la crise d’identité.

Ce qui n’empêche pas pour autant Bubba Ho-Tep de nous offrir quelques bonnes tranches de rigolades, notamment pendant les discussions animées entre Elvis et un irrésistible JFK noir adepte de la théorie du complot, lesquels finissent par mettre en place une stratégie en vue de stopper les agissements du monstre en bandelettes. Et voici donc nos sémillants vieillards partis en pleine nuit casser de la momie, l’un en déambulateur, l’autre en fauteuil roulant ! Pleins de charme, les effets spéciaux du film refusent superbement tout recours au numérique et aux images de synthèse (à l’exception de quelques hiéroglyphes sous-titrant les grognements de la momie grimaçante) au profit de techniques artisanales à l’ancienne qui nous renvoient au cœur des années 80, lorsque les maquillages spéciaux et les effets mécaniques étaient rois.

Old school jusqu'au bout

Et c’est aux talentueux artistes de l’atelier KNB qu’échoit la mission de donner corps à l’antique croquemitaine égyptien, incarné à l’écran par l’athlétique cascadeur Bob Ivy. Parfaitement ancrée dans la tonalité mi-nostalgique mi-parodique du film, la partition rétro de Brian Tyler se teinte de guitares blues du plus bel effet. Au détour du casting, on reconnaît Reggie Bannister, héros de la saga Phantasm qui endosse ici le rôle de l’administrateur peu scrupuleux de cette fameuse maison de repos qui tombe littéralement en ruines. Quant à Bruce Campbell, il nous livre là l’une de ses meilleures performances, toutes catégories confondues, prouvant une bonne fois pour toutes qu’il y a une vie après Evil Dead. Même si Bubba Ho-Tep ne parvint guère à déplacer les foules dans les salles de cinéma, il se mua peu à peu en objet de culte et se rattrapa largement sur le marché de la vidéo.

 

© Gilles Penso

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I, ROBOT (2004)

Alex Proyas adapte les écrits robotiques d'Isaac Asimov sans finesse mais avec beaucoup d'efficacité

I, ROBOT

2004 – USA

Réalisé par Alex Proyas

Avec Will Smith, Bridget Moynahan, Alan Tudyk, James Cromwell, Bruce Greenwood, Adrian Ricard, Chi McBride

THEMA ROBOTS I FUTUR

A l’annonce d’un film adaptant les récits robotiques d’Isaac Asimov et signé Alex Proyas (l’esthète surdoué de The Crow et Dark City), on ne pouvait que s’enthousiasmer. Mais face aux moyens conséquents mis en œuvre, la Fox décida d’en faire un film à grand spectacle destiné au public le plus large. Au final, I, Robot est donc un produit hybride, s’ingéniant à mêler d’une part le « Will Smith Show » façon Bad Boys, à grands coups d’humour décontracté, d’action explosive et d’effets spéciaux numériques, et d’autre part la fable d’anticipation à caractère social, développant la thématique de la cohabitation entre les hommes et les machines pensantes. Nous sommes en 2035, dans un monde où les robots sont parfaitement intégrés dans la société, assurant les rôles d’assistants, de compagnons ou de gardiens loyaux et fidèles. Avec son habituelle désinvolture, l’ex-Prince de Bel Air incarne Del Spooner, un lieutenant de police de Chicago qui voue une haine farouche aux robots. La faute en incombe à un traumatisme qui ne nous sera révélé qu’au cœur de l’intrigue. En attendant, il n’a aucune confiance en ses « frères » mécaniques, contrairement à la majeure partie de la population, et les considère d’un œil plus que méfiant.

Cet état d’esprit s’amplifie lorsqu’on lui demande d’enquêter sur la mort du célèbre roboticien Alfred Lanning (ce bon vieux James Cromwell), dont le « suicide » s’avère rapidement être un meurtre. Or le principal suspect est un robot de la nouvelle génération NS-5, surnommé Sonny. Pourtant, si l’on s’en réfère aux lois de la robotique, les robots ne sont pas dotés de la faculté de tuer les êtres humains. Que s’est-il donc passé ? L’enquête de Spooner est ponctuée de séquences d’action inédites, servies par des effets spéciaux absolument hallucinants. Notamment la course poursuite dans le hangar empli de milliers de robots, la destruction d’une villa par une monstrueuse machine démolisseuse, ou encore l’attaque des androïdes sous le tunnel autoroutier. Fort heureusement, le film ne se résume pas à une collection de trucages spectaculaires.

Les contingences d'un blockbuster hollywoodien

Plus l’intrigue avance, plus elle s’épaissit, et plus la problématique de l’intelligence artificielle se développe, éveillant la curiosité et l’intérêt d’un public bien conscient de ne pas être en présence d’un simple thriller d’action futuriste. Aux côtés de Will Smith, la belle Bridget Moynahan incarne la robopsychologue Susan Calvin. Revêche et glaciale dans les romans d’Asimov, la scientifique était ainsi décrite par le romancier : « elle avait l’air froid et lointain d’une personne qui a travaillé depuis si longtemps avec des machines qu’un peu de leur acier a fini par pénétrer dans son sang. » Autant dire qu’à l’écran, Calvin est autrement plus glamour, mais Moynahan l’interprète malgré tout avec beaucoup de justesse et d’imperturbabilité. I, Robot s’efforce ainsi de préserver une certaine fidélité d’esprit au texte original, malgré ses contingences de blockbuster hollywoodien, et son ultime plan, extrêmement graphique, semble tout droit issu de la couverture d’un roman de SF des années 50. Mais indéniablement, l’ultime adaptation cinématographique de l’univers d’Isaac Asimov reste encore à faire.

 

© Gilles Penso

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AUX YEUX DES VIVANTS (2014)

Le troisième long métrage du duo Bustillo/Maury semble vouloir rendre hommage aux univers de Tobe Hooper et Stephen King

AUX YEUX DES VIVANTS

2014 – FRANCE

Réalisé par Julien Maury et Alexandre Bustillo

Avec Anne Marivin, Theo Fernandez, Francis Renaud, Zacharie Chasseriaud, Damien Ferdel, Fabien Jegoudez, Béatrice Dalle

THEMA TUEURS I SAGA BUSTILLO & MAURY

C’est dans les cris, les larmes et le sang que commence Aux yeux des vivants, le temps d’une séquence d’ouverture tétanisante qui nous rappelle l’atmosphère glaciale d’A l’intérieur. Ce quasi-retour aux sources est d’autant plus assumé par Julien Maury et Alexandre Bustillo que Béatrice Dalle, dans le rôle d’une femme enceinte névrotique, sert de pivot à ce prologue. Quelque peu déçus par l’accueil tiède réservé à leur film précédent, Livide, les duettistes décident d’emprunter un chemin mieux balisé, évitant les influences trop antithétiques pour assurer une cohésion stylistique à leur troisième long-métrage. 

La source d’inspiration majeure d’Aux yeux des vivants semble provenir de deux films américains des années 80 : Massacre dans le Train Fantôme de Tobe Hooper et Stand By Me de Rob Reiner. Le choc de ces deux univers donne naissance à une œuvre troublante, atypique, dont les protagonistes sont trois gamins un peu laissés à l’abandon dans une ville rurale qui ressemble étrangement aux bourgades chères à Stephen King. Cancres invétérés, « mauvais garçons » dont chaque exaction ressemble à un appel de détresse destiné à des adultes visiblement occupés ailleurs, Dan, Tom et Victor ont la mauvaise idée d’incendier la grange d’un fermier antipathique. Pour éviter les représailles, ils prennent la fuite dans un studio de cinéma abandonné. Mais dans ces ruines d’un âge d’or révolu, ils tombent nez à nez avec Isaac Faucheur et son fils Klarence, deux psychopathes se livrant à d’inquiétantes activités. Les trois adolescents parviennent à regagner leurs foyers respectifs. Mais Klarence les a suivis, prélude à une longue nuit de terreur… 

Entre horreur radicale et poésie enfantine

Malgré un budget étriqué, Bustillo et Maury ne sacrifient pas la mise en forme d’Aux yeux des vivants, le film bénéficiant d’une photographie somptueuse d’Antoine Sanier et d’une bande originale magnifique signée Raphael Gesqua (sous l’influence manifeste du Wolfman de Danny Elfman). Même les déconvenues survenues en cours de production jouent parfois en faveur du film, comme ce décor de fête foraine abandonnée – initialement prévue dans le scénario – que les réalisateurs ne dénichèrent pas, se rabattant finalement sur un ancien studio de cinéma décrépi gisant en pleine campagne bulgare. Mine de rien, ce choix contraint évite au film une trop forte aliénation à l’une de ses influences – Massacre dans le Train Fantôme, donc. Les deux cinéastes conservent un style très particulier, en équilibre permanent entre l’horreur la plus radicale et une certaine forme de poésie souvent rattachée au monde de l’enfance. La longue séquence au cours de laquelle Klarence pénètre dans la maison de Viktor jongle à merveille entre ces deux composantes, ménageant des moments de terreur pure. Certes, le film souffre de dialogues souvent maladroits (les répliques vulgaires du jeune trio irritent plus qu’elles n’amusent) et d’une bonne dose d’incohérences. Mais l’initiative est trop encourageante pour être résumée à ces scories. Comment ne pas saluer l’endurance de Bustillo, Maury et de leur producteur Fabrice Lambot, défenseurs envers et contre tous d’un cinéma fantastique français digne de ce nom ? Saluons aussi la prestation de Francis Renaud qui, dans un registre difficile, confirme tout le bien que nous pensons de lui.

 

© Gilles Penso

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ATOMIC COLLEGE (1987)

Mauvais goûts, nudité, gore et monstres dégoulinants : la Troma décline les recettes de Toxic Avenger dans le décor d'un lycée américain

CLASS OF NUKE’EM HIGH

1987 – USA

Réalisé par Richard W. Haines et Samuel Weil

Avec Janelle Brady, Robert Prichard, Gil Brenton, Pat Ryan, James Nugent Vernon, Brad Dunker, Gary Schneider, Théo Cohan

THEMA MUTATIONSSAGA CLASS OF NUKE’EM HIGH

Un an après le relatif succès de Toxic Avenger, Lloyd Kaufman se glisse pour la onzième fois de sa carrière dans le fauteuil du réalisateur, sous le pseudonyme de Samuel Weil, et co-dirige avec Richard W. Haines ce nouveau rejeton estampillé Troma. Au programme : de l’humour gras, des dialogues stupides, des acteurs amateurs, de l’érotisme potache et des effets spéciaux horrifico-comiques. La recette n’est guère digeste, certes, mais elle donne lieu dans le cas présent un film plutôt sympathique, même s’il ne risque guère de marquer les mémoires. Sitôt vu, sitôt oublié en somme. La centrale nucléaire de Tromaville ayant une fuite, et son ventripotent patron étouffant l’affaire pour éviter le scandale, l’eau est contaminée et des liquides épais et peu ragoûtants s’infiltrent un peu partout dans le lycée voisin. Les pensionnaires de cet établissement scolaire parodient allégrement les clichés alors en vogue : le  boutonneux à lunettes, le rocker gominé façon Grease, la pom pom girl écervelée, le beau gosse genre capitaine de l’équipe de foot… Le premier lycéen infecté, Dewey, se met à baver abondamment, agresse ses camarades, puis se jette par la fenêtre avant de se décomposer à la vitesse grand V, se muant en squelette recouvert de chair putréfiée. Le ton d’Atomic College est ainsi donné. Comme dans tout lycée, il y a des mauvais garçons, qui prennent ici des allures de punks improbables et caricaturaux et répondent au doux nom de « Crétins ». 

Cette espèce de horde sauvage dégénérée à la Mad Max 2 achète de l’herbe à un employé de la centrale voisine, qui la fait pousser sur le site nucléaire. Ce qui donne fatalement aux joints des propriétés étranges. Warren Brant et Chrissy Murphy, le couple amoureux qui fait office de héros du film, en fera les frais. Chrissy est soudain gagnée par de violentes pulsions nymphomanes, puis vomit dans les toilettes un têtard monstrueux qui rappelle l’Elmer de Frank Henenlotter. Quant à Warren, il se métamorphose en justicier hideux et zombifié (sa chair se décompose, sa tête gonfle exagérément, du sang lui coule de partout). Sorte de cousin du Toxic Avenger, il corrige violemment les punks amateurs de racket, puis reprend figure humaine au petit matin. Au cours d’une séquence absurde conçue comme un défouloir censé enthousiasmer le public adolescent, les « Crétins » font évacuer le lycée et le saccagent de fond en comble, au son d’un mauvais morceau de rock typique des années 80.

Bête et méchant, mais très distrayant

Finalement, le têtard de Chrissy se mue en monstre gluant qui constitue véritablement le clou du spectacle. Version visqueuse et pustuleuse d’Alien au corps hérissé d’épines, à la queue de serpent et au faciès de squelette en décomposition, il s’avère franchement réussi (il faut dire qu’on ne le voit que dans la pénombre, et jamais en entier) et gratifie le film de quelques meurtres gores improbables (cerveau arraché à coup de griffe, œil expulsé de son orbite, décapitation à main nue). Les deux réalisateurs tirent ainsi parti avec beaucoup d’habilité de leurs moyens ridicules, se permettant des séquences de foule en panique, des destructions pyrotechniques et des effets spéciaux variés, et concoctant finalement un spectacle primaire mais très distrayant.

 

© Gilles Penso

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