MISTER FROST (1990)

Entre La Mouche et Jurassic Park, Jeff Goldblum entrait dans la peau d’un être énigmatique et démoniaque…

MISTER FROST

 

1990 – FRANCE / GB

 

Réalisé par Philippe Setbon

 

Avec Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Vincent Schiavelli, Roland Giraud

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

C’est dans la bande-dessinée que Philippe Setbon fait ses débuts, notamment pour les mythiques revues « Pilote » et « Métal Hurlant ». Le début des années 80 marque son entrée dans le cinéma, d’abord en tant que scénariste. Il écrit entre autres Détective de Jean-Luc Godard, Parole de flic de José Pinheiro, Lune de miel de Patrick Jamain ou encore Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni. En 1987, il passe lui-même derrière la caméra pour Cross, un buddy movie policier qu’il écrit et réalise avec en tête d’affiche Michel Sardou et Roland Giraud. Son second long-métrage est Mister Frost, une ambitieuse co-production franco-britannique mêlant des vétérans anglo-saxons (Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker) et quelques seconds couteaux français que Setbon laisse surjouer à la lisière de la caricature : Roland Giraud (échappé de Cross) en directeur d’institut psychiatrique pédant, Jean-Pierre Cassel en chef de la police blasé et Daniel Gélin en villageois exagérément acariâtre. L’intrigue commence en Angleterre et nous familiarise avec Felix Detweiler (Alan Bates), un inspecteur de police dont Philippe Setbon accentue certaines manies, notamment sa propension à essayer de rouler ses cigarettes lui-même pour finalement abandonner avec lassitude. Ce genre de petit geste banal en dit souvent plus long que les mots. L’homme est indécis, nerveux et impatient.

Detweiler est envoyé enquêter dans la résidence luxueuse du mystérieux Mister Frost (Jeff Goldblum) chez qui deux jeunes gens qui projetaient de voler une voiture ont affirmé avoir vu un cadavre. Frost ne nie pas et admet même que plusieurs corps sont enterrés dans son jardin. Lorsque les autorités débarquent, pas moins de 24 cadavres mutilés sont exhumés chez Frost, dont plusieurs enfants. L’assassin est arrêté mais personne ne parvient à établir son identité. Officiellement, ce Frost n’existe pas. Après avoir gardé le silence pendant deux ans, il est finalement placé dans un institut psychiatrique en France, après avoir transité par l’Allemagne et la Suisse en désarçonnant tous les psychiatres. Seule le médecin Sarah Day (Kathy Baker) est capable de briser son silence. Frost ne veut parler qu’à elle. Mais pourquoi ? Et qui est-il vraiment ? Detweiller, qui a quitté la police, est persuadé qu’il s’agit du diable en personne. « Frost n’est pas dérangé » dit-il le regard exalté en s’entretenant avec le docteur Day. « Il n’a pas sa place dans votre hôpital. C’est le Mal que vous avez introduit chez vous. » Et s’il avait raison ?

Les voies du démon sont impénétrables

Jamais ostentatoire, la mise en scène de Philippe Setbon sait malgré tout se montrer inventive pour déstabiliser les spectateurs. L’usage de la demi-bonnette permet d’obtenir la mise au point à la fois sur un très gros plan de Goldblum et un plan large d’Alan Bates dans le même cadre, les contre-plongées extrêmes et les cadres serrés sur les regards suscitent le malaise, le jeu des reflets en forme de croix sur les pupilles évoque une idée de la propagation du mal… Mais le film repose surtout sur ses acteurs principaux. Si le casting français fait couleur locale sans beaucoup de subtilité et si Kathy Baker ne déborde pas foncièrement de charisme, Alan Bates et Jeff Goldblum crèvent l’écran. Le premier prête son regard de chien battu à un homme brisé au mysticisme amer, affirmant à qui veut l’entendre que « si les voies du Seigneur sont impénétrables, les voies du démon le sont tout autant. » Le second promène sa silhouette de dandy désinvolte avec la grâce d’un danseur, chemise ouverte, cheveux mi-longs, esquissant pas à pas la gestuelle du fameux Ian Malcolm auquel il donnera corps trois ans plus tard dans Jurassic Park. Le spectateur, lui, hésite entre le cartésianisme serein du docteur Day et la théorie satanique de Detweiler. Frost n’est-il qu’un manipulateur habile et sociopathe ou s’agit-il vraiment du diable ? Fascinant malgré ses maladresses, Mister Frost n’aura pourtant pas permis à Setbon de poursuivre sa carrière prometteuse sur grand écran, puisqu’il se tournera dès lors vers la télévision pour écrire plusieurs séries et téléfilms, notamment Fabio Montale, Le Lion et Frank Riva avec Alain Delon.

 

© Gilles Penso

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GUNGALA, LA VIERGE DE LA JUNGLE (1967)

Une expédition scientifique s’enfonce dans la forêt africaine où vit une sauvageonne élevée par les bêtes…

GUNGALA LA VERGINE DELLA GUNGLA

 

1967 – ITALIE

 

Réalisé par Romano Ferrara

 

Avec Kitty Swan, Linda Veras, Poldo Bendandi, Conrad Loth, Archie Savage, Alfred Thomas, Antonietta Fiorito, Bobby Rhodes, Valentino Macchi

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Romano Ferrara, réalisateur de l’inénarrable Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine, nous emmène cette fois-ci dans une aventure exotique délirante qui décline le mythe de Tarzan sous un angle féminin (à la manière de la fameuse Sheena des comic books). Pour brouiller les pistes, Ferrara signe le film sous le pseudonyme américanisé de Mike Williams. Aux frontières de l’Ouganda et du Kenya, deux explorateurs sans scrupules, Wolf (Poldo Bendandi) et Dany (Bobby Rhodes), pillent Bokani, l’idole de la tribu des Bakenda, en s’emparant de son œil gauche, autrement dit un diamant précieux. Mais l’aventure tourne mal. Dany tente en effet de tuer Wolf et disparaît lui-même dans la jungle. Une nouvelle expédition est montée plusieurs années plus tard, menée par Wolf. Ce dernier est bientôt rejoint par Chandler (Conrad Loth), un scientifique qui s’intéresse à la radioactivité des lieux, et sa jolie fiancée Fleur (Linda Veras), adepte du fusil de chasse. Or le joyau est désormais porté comme un médaillon par une sauvageonne baptisée Gungala. Cette dernière, incarnée par la sculpturale actrice danoise Kitty Swan, se promène nue dans la forêt, pousse des cris d’animal apeuré et vit avec des panthères.

Comme on pouvait s’y attendre, les origines de Gungala sont proches de celles de Tarzan. Alors qu’elle était presque bébé, l’avion qui la transportait avec ses parents s’est écrasé dans la jungle africaine, la laissant orpheline. Elle a donc grandi seule au milieu des bêtes. Ce qui est étonnant, c’est que malgré son statut de créature sauvage ayant évolué bien loin de la civilisation, elle porte de très jolis faux-cils et un maquillage soigné. Mais après tout, Raquel Welch nous avait déjà habitués à de tels effets de style l’année précédente avec Un million d’années avant JC. Belle et bronzée comme si elle s’était échappée du papier glacé d’un magazine de charme vintage, Gungala est le seul véritable attrait du film, même si la fiancée de l’explorateur campée par Linda Veras ne rechigne pas non plus à exhiber sa nudité pour attirer aussi les regards vers elle. Les hommes, de leur côté, se révèlent particulièrement inintéressants. Le fiancé, par exemple, est spectaculairement insipide. Quant au chef de l’expédition, c’est une brute antipathique qui passe tout le film à suer à grosses gouttes !

La belle et les bêtes

La tribu africaine de mise en pareil contexte – réduite à une quinzaine de figurants maquillés pour respecter le budget ridicule du film – obéit quant à elle à tous les clichés coloniaux du genre. Ce sont donc des gens peureux, sauvages, primitifs et stupides. On le voit, les choses n’ont guère évolué depuis les Tarzan des années trente. L’intrigue elle-même se résume à une chasse au trésor banale et répétitive. Gungala, la vierge de la jungle provoquerait donc un ennui durable s’il n’était égayé par la présence lumineuse de son héroïne. La scène la plus étonnante – et la plus charmante – du film est sans doute celle où la belle découvre pour la première fois une femme qui lui ressemble. Elle l’observe attentivement, non sans une certaine curiosité, puis se réfugie dans son petit coin de paradis, en compagnie de son singe fidèle et de ses panthères. Là, elle étudie son propre corps, prétexte à une saynète gentiment érotique. Gungala passe donc en revue sa poitrine et ses jambes, puis décide de s’habiller comme l’exploratrice, arborant dès lors une sorte de peau de bête ne masquant que partiellement sa parfaite anatomie. Et ce sera désormais sa tenue de sauvageonne. Le film parvint à réunir suffisamment de spectateurs pour motiver la mise en chantier d’une suite dès l’année suivante : Gungala, la panthère nue.

 

© Gilles Penso

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GINGERDEAD MAN (2005)

Gary Busey prête sa voix à un petit bonhomme en pain d’épice psychopathe bien décidé à décimer une famille de boulangers !

THE GIGNGERDEAD MAN

 

2005 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Gary Busey, Robin Sydney, Ryan Locke, Alexia Aleman, Jonathan Chase, Margaret Blye, Daniela Melgoza, Newell Alexander, James Snyder, Larry Cedar

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND I GINGERDEAD MAN

Grand amateur du show télévisé burlesque Mad TV, le scénariste William Butler imagine un sketch absurde dans lequel un bonhomme en pain d’épice assassine une famille le soir de Noël. Son titre : The Gingerdead Man, un jeu de mot intraduisible en français qui fusionne « Gingerbread » (pain d’épice) et « Dead » (mort). L’équipe de Mad TV apprécie mais décline son offre, dans la mesure où l’un de leurs sketches ressemble déjà beaucoup à l’idée de Butler (si ce n’est qu’un ourson remplace le biscuit assassin). Le scénariste se tourne alors vers le producteur Charles Band, avec qui il a eu l’occasion de travailler depuis le début des années 80. Band s’emballe et lui propose d’en tirer le script d’un long-métrage. Problème : en l’état, le film coûterait dans les trois millions de dollars, ce que Band ne peut pas se permettre en cette période de vaches maigres. Avec l’autorisation de Butler, le concept est donc entièrement revu et corrigé par l’auteur Brian Muir (Critters) pour se conformer à une enveloppe budgétaire minuscule. Seul le titre et l’idée d’un biscuit assassin sont conservés. Pour le reste, nous avons affaire à simple huis-clos classique : un seul décor, une poignée de personnages et un petit monstre qui se cache dans l’ombre. Band connaît bien cette formule, qu’il décline à loisir depuis longtemps, notamment avec les Puppet Master, les Ghoulies, les Demonic Toys, ou encore Hideous.

L’idée peut de prime abord faire penser à une variante pâtissière de Chucky : l’âme d’un tueur psychopathe qui se transfère dans un petit corps et le transforme en mini-monstre. Dans le rôle de l’assassin, Band porte son choix sur Gary Busey (le fameux vilain de L’Arme fatale) sans trop y croire. Or l’acteur accepte le rôle contre la modique somme de 25 000 dollars. Band se frotte les mains : il ne le sollicitera que pendant une seule journée de tournage, le fera revenir pour une session de doublage afin qu’il prête sa voix au cookie psychopathe et misera toute la promotion sur son nom. Hélas, l’acteur va s’avérer ingérable. « Il était capricieux, bizarre et impossible ! », se souvient Band. « Presque immédiatement, deux femmes de la garde-robe et du maquillage se sont approchées de moi et m’ont fait savoir qu’il disait des choses obscènes et qu’il était « accidentellement » tactile. » (1) La journée de tournage au cours de laquelle Busey incarne le désaxé Millard Findlemeyer qui assassine un homme et son fils dans un restaurant texan est donc cauchemardesque pour l’équipe. « Le reste du film a été beaucoup plus facile, parce qu’au lieu de Gary, nous avons travaillé avec le biscuit » (2), confesse Band.

L’attaque du biscuit tueur !

Comment le tueur se transforme-t-il en bonhomme en pain d’épices psychopathe ? Manifestement indécis, le scénario se perd dans une triple explication confuse. A priori, cette métamorphose survient à cause d’un sort jeté par la mère du tueur, qui a mêlé ses cendres à de la farine de pain d’épice et l’a déposée dans la boulangerie de la famille Leigh. Mais une autre explication survient plus tard dans le métrage : le sang d’un des employés s’écoule par accident dans la pâte et provoque une étrange réaction en chaîne. Puis c’est carrément un éclair à la Frankenstein qui frappe le four en train de cuire le bonhomme en pain d’épices. Le petit monstre est une marionnette conçue par John Carl Buechler. Son animation extrêmement limitée ne lui permet malheureusement pas de faire grand-chose, à part surgir ici et là en s’agitant modérément. C’est pourtant l’un des personnages les plus convaincants du film. Car à l’exception de Robin Sydney, qui tente tant bien que mal de mettre un peu de conviction dans son jeu, les acteurs jouent tous plus mal les uns que les autres, de la mère alcoolique à la rivale écervelée en passant par le businessman au chapeau de cowboy, le petit ami « bad boy » ou le « boulanger catcheur ». Très court (à peine plus d’une heure), le film semble pourtant très long, tant il est chiche en péripéties, préférant utiliser des dialogues insipides pour faire office de remplissage. Bref, voilà encore un concept amusant gâché par un scénario paresseux et une mise en scène bâclée. Gingerdead Man aura pourtant droit à plusieurs suites et même à un crossover avec la saga Evil Bong.

 

© Gilles Penso

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

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HENRY, PORTRAIT D’UN SERIAL KILLER (1986)

Le réalisateur John McNaughton nous conte les méfaits banals, quotidiens et atroces d’un tueur en série pulsionnel… Un film choc !

HENRY, PORTRAIT OF A SERIAL KILLER

 

1986 – USA

 

Réalisé par John McNaughton

 

Avec Michael Rooker, Tom Towlers, Tracy Arnold, David Katz, Anne Bartoletti, Kurt Naebig, Ray Atherton, Eric Young, Mary Demas, Anne Bartoletti, Kristin Finger

 

THEMA TUEURS

« Il n’est pas Freddy, il n’est pas Jason… Il est réel ». Cette accroche, écrite en gros sur les posters américains d’Henry, portrait d’un serial killer, dit bien le parti pris adopté par John McNaughton : le réalisme avant tout, loin des codes habituels du slasher et du cinéma d’horreur. Pour son premier long-métrage, le réalisateur souhaite frapper fort, même s’il dispose de moyens très limités. Avec un budget de 110 000 dollars, une caméra 16 mm et des acteurs débutants, McNaughton tourne pendant un mois en s’inspirant des faits sanglants perpétrés par deux tueurs en série ayant vraiment existé, Henry Lee Lucas et Otis Toole. Avec l’accord de ses producteurs Malik B. Ali et Waleed B. Ali, les faits réels sont largement réadaptés pour s’intégrer dans la fiction que McNaughton a en tête. Les conditions de tournage sont si précaires que la plupart des seconds rôles sont interprétés par des amis ou des parents du réalisateur. Les décors sont naturels, les costumes et les véhicules appartiennent aux membres de l’équipe et les figurants dans la rue sont de vrais passants. Michael Rooker lui-même travaille comme concierge lorsqu’il auditionne pour incarner Henry, et c’est son véritable uniforme qu’on voit dans le film. Ce système D permanent stimule la créativité de tous et dote surtout le film d’une patine réaliste qui intensifie très efficacement l’effet d’inconfort voulu par son metteur en scène.

Le tout premier plan suscite déjà le malaise. Une jeune femme semble paisiblement endormie dans l’herbe. Mais plus la caméra recule, plus son regard semble figé. Puis le sang apparaît sur sa poitrine. Elle est nue et rigide. Pas de doute, c’est un cadavre. Changement de plan : une main écrase une cigarette dans un cendrier. Pour Henry, tuer est un geste quotidien comme un autre. Et tandis qu’apparaissent d’autres scènes de crime plus sanglantes et atroces les unes que les autres, avec en guise de bande son les hurlements d’horreur poussés pendant le massacre, Henry vaque tranquillement à ses occupations. Il fume, conduit, écoute la radio, puis se met à guetter les jeunes femmes à la sortie des magasins, sans cesse en quête de nouvelles proies. Chez lui, le meurtre est une pulsion incontrôlable qu’il a tranquillement intégrée dans son rythme de vie. « C’est toujours pareil, et c’est toujours différent », confie-t-il à propos de ses meurtres à Otis Toole, son ancien compagnon de cellule, son actuel colocataire et son futur complice. Henry semble hanté par une enfance martyre au cours de laquelle il aurait été violenté par sa mère. Mais ses souvenirs d’enfance sont flous, contradictoires, au point qu’on en vient à douter de leur véracité. Lorsque Becky, la sœur d’Otis, vient emménager provisoirement avec les deux hommes, la situation se complique…

La mort dans l’âme

La mise en scène brute, granuleuse et crue nous évoque parfois la crudité sans concession du Maniac de William Lustig ou du Driller Killer d’Abel Ferrara. Ces captations presque candides du quotidien d’un tueur ayant définitivement effacé toute notion de bien ou de mal font froid dans le dos parce qu’elles sont justement crédibles, presque palpables. La scène perturbante de l’attaque d’une famille filmée au caméscope annonce quant à elle les fausses images documentaires de C’est arrivé près de chez vous et la vogue future du found footage. Henry, portrait d’un serial killer bouscule donc les habitudes. À une époque où le slasher a tendance à tourner à la caricature, où La Colline a des yeux 2, La Revanche de Freddy, Massacre à la tronçonneuse 2 et Jason le mort-vivant transforment leurs figures d’épouvante en croquemitaines clownesques, John McNaughton remet les choses à leur place et nous montre sans filtre ce qu’est un vrai tueur. Dans le rôle principal, Michael Rooker est parfait. Sa mâchoire carrée, sa silhouette massive, son regard bien enfoncé sous une arcade sourcilière proéminente et son physique brutal s’adaptent à merveille à ce personnage secret et taciturne. Il s’en faudrait de peu que le monstre se laisse attendrir par la présence fragile de la sœur de son meilleur ami. Mais y a-t-il encore un salut possible dans cette âme souillée ? Au-delà de l’onde de choc durable qu’Henry, portrait d’un serial killer a provoqué sur le cinéma de genre en général et l’horreur en particulier, le film aura servi de starting-block aux carrières respectives du réalisateur John McNaughton (Borrower, Mad Dog and Glory, Sexcrimes) et de l’acteur Michael Rooker (La Part des ténèbres, Cliffhanger, Replicant, Horribilis, Les Gardiens de la galaxie). Beau pied à l’étrier pour ces deux artistes talentueux.

 

© Gilles Penso

 

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RODAN (1956)

Le célèbre ptéranodon géant japonais surgit pour la première fois dans un long-métrage en couleurs extrêmement spectaculaire…

SORA NO DAIKAIJU RADON

 

1956 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Kenji Sahara, Yumi Shirakawa, Akihito Hirata, Akio Kobori, Yasuko Nakaya, Minosuke Yanada, Yoshibumi Tajima

 

THEMA DINOSAURES

Après Godzilla et Le Retour de Godzilla, la compagnie japonaise Toho décide de mettre à l’honneur un nouveau monstre géant et de lui offrir pour la première fois l’écrin de la couleur, fait encore assez rare au milieu des années cinquante. Pour donner corps à cette créature, le scénariste Ken Kuronuma se laisse inspirer par un incident réel survenu dans le Kentucky en 1948 : un pilote de la garde nationale aérienne y trouva la mort après avoir poursuivi en avion ce qu’il pensait être un OVNI. La première idée est de mettre en scène une sorte d’oiseau géant proche de l’archéoptéryx. Mais l’on se rabat finalement sur une version titanesque du ptéranodon, ce fameux reptile volant au crâne surmonté d’une crête qui sillonnait les cieux du Crétacé. D’où son nom japonais de Radon, diminutif de ptéranodon. Aux États-Unis, on préfère inverser les voyelles dans la mesure où Radon est une marque de savon assez connue à l’époque ! En Occident, la bête s’appelle donc Rodan. Le film s’ouvre sur une incroyable découverte faite par des mineurs japonais dans une galerie : une horde d’insectes géants. Soudain, un ptérosaure gigantesque sort d’un œuf qui vient d’éclore, dévore les insectes et s’envole vers la ville, causant ruines et destructions par le simple battement de ses ailes. Bientôt, un autre ptérodactyle se joint à lui. Des cités entières s’écroulent sur leur passage, soufflées par les ouragans qu’ils provoquent en volant. De ville en ville, la radio signale ces créatures infernales auprès desquelles les avions les plus rapides et les plus puissants s’avèrent inefficaces…

Après avoir supporté le poids du costume de Godzilla, l’acteur Haruo Nakajima entre dans la peau de Rodan, autrement dit un costume de 70 kilos fabriqué sur mesure par l’équipe d’Eiji Tsuburaya. Soutenues par des cordes de piano, les gigantesques ailes du ptérosaure reposent sur une structure en bambou fixée aux épaules de Nakajima. Autant dire que le tournage n’est pas une partie de plaisir, notamment lorsque les grands câbles soutenant l’acteur costumé en monstre se rompent alors que la caméra tourne, l’entraînant dans une chute de plus de sept mètres de haut jusque dans l’eau. Passée la frayeur, tout le monde se frotte les mains : la cascade involontaire a été filmée et rendra très bien sur grand écran ! Pour les plans larges qui doivent montrer Rodan en plein vol, l’acteur déguisé cède la place à plusieurs marionnettes que Tusburaya construit à cinq échelles différentes selon les plans. Quant à l’insecte géant Meganulon, il s’agit d’un costume mécanique de quatre mètres cinquante de long actionné par trois manipulateurs.

Les Ailes de l’enfer

Le scénario de Rodan s’appuie sur une mécanique rigoureusement identique à celle de Godzilla. Le monstre préhistorique est donc réveillé par une explosion nucléaire, sème la panique puis finit abattu par les autorités. La différence majeure réside dans le surnombre de créatures : deux ptéranodons géants, qui tardent d’ailleurs à montrer le bout de leur bec, cédant d’abord la place aux monstrueux insectes probablement inspirés des fourmis géantes de Des monstres attaquent la ville. Selon les séquences, les Rodans s’avèrent plus ou moins convaincants. Si certains passages au cours desquels ils battent péniblement des ailes pour décoller accusent leur nature caoutchouteuse et mécanique, les survols des grandes cités sont de toute beauté, les reptiles traversant alors les cieux avec une grâce indiscutable. EIji Tsuburaya se surpasse dans l’une de ses disciplines préférées : la fabrication de décors miniatures. Tous rivalisent de beauté et de minutie, agrémentés parfois de matte paintings et destinés pour la plupart à des destructions spectaculaires. Pour souligner l’impact de la présence des monstres sur le monde, Inoshiro Honda agrémente son film de nombreuses scènes de congrès, de conférences de presse, de réunions scientifiques et de meetings militaires. Quant à la version américaine du montage – celle qui franchira les frontières jusqu’à chez nous -, elle croit bon d’ajouter une voix off envahissante qui paraphrase l’action et administre même quelques leçons de morale. Il n’empêche que Rodan connaitra un beau succès aux États-Unis, comme dans le reste du monde, et permettra à la Toho de poursuivre allègrement dans la voie festive des films de monstres géants.

 

© Gilles Penso

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HIDEOUS (1997)

De riches collectionneurs excentriques cherchent à récupérer les spécimens biologiques difformes les plus rares… mais certains sont encore vivants !

HIDEOUS !

 

1997 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Michael Citriniti, Mel Johnson Jr, Jacqueline Lovell, Tracie May, Rhonda Griffin, Jerry O’Donnell, Andrew Johnston, Mircea Constantinescu, Alexandru Agarici

 

THEMA FREAKS I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Surchargé par ses activités intensives de producteur (son nom est au générique d’une quinzaine de films par an !), Charles Band aime s’octroyer un peu de temps pour passer lui-même derrière la caméra. Le voilà donc à la tête de Hideous, dont le scénario est signé Benjamin Carr (pseudonyme habituel de Neal Marshall Stevens). Heureux de son expérience avec la comédienne Jacqueline Lovell sur le délirant Le Cerveau de la famille, Band décide de l’intégrer au casting du film et profite de l’infrastructure du studio qu’il a créé à Bucarest avec son partenaire roumain Vlad Paunescu (à l’occasion de Subspecies et de ses suites) pour y installer son équipe de tournage pendant deux semaines. Particulièrement original, le scénario de Hideous s’intéresse à deux collectionneurs excentriques et fortunés, le docteur Emilio Lorca (Michael Citriniti, l’un des policiers des Affranchis) et le businessman Napoleon Lazar (Mel Johnson Jr, l’un des mutants de Total Recall). L’impitoyable rivalité qui les oppose est liée à des items très rares dont eux seuls semblent capables de déterminer l’inestimable valeur : des bizarreries animales et humaines qu’ils conservent amoureusement dans des bocaux de formol. Leur principale fournisseuse est Belinda Yost (Tracie May), qui dirige avec poigne la compagnie Medical Specimens Inc.

Lorsque le film commence, un tout nouveau spécimen extrêmement rare vient d’être déniché dans un réservoir de traitement des eaux et récupéré par Belinda. Il s’agit d’une sorte de fœtus au visage double qui attire aussitôt les convoitises. Lazar l’achète au prix fort mais est braqué par Sheila (Jacqueline Lovell), l’assistante de Lorca, qui vole son précieux chargement. Les deux rivaux, leur fournisseuse, son assistante écervelée (Rhonda Griffin) et un détective privé (Jerry O’Donnell) se retrouvent tous dans le château de Lorca pour un règlement de compte en forme de huis-clos qui prend une tournure inattendue. Car quatre spécimens appartenant à Lorca – dont le tout dernier volé à son concurrent – ont brisé les bocaux dans lesquels ils flottaient et se sont échappés ! Ils rôdent désormais dans les recoins du château, bien décidés à ne plus se laisser faire…

Des bêtes baveuses, des seins nus et un masque de gorille

Non content de son postulat démentiel, Hideous collectionne les séquences farfelues qui semblent n’avoir d’autre raison d’être que de ravir les spectateurs et faire parler d’elles. Comment interpréter autrement ce moment « autre » où Jacqueline Lovell, entièrement nue à l’exception d’un minishort, d’une paire de bottines et d’un masque de gorille, menace Mel Johnson Jr avec un pistolet sur une route enneigée et le menotte à un arbre ? Lorsque l’homme lui demande les raisons de cet accoutrement, elle se contente de répondre avec une voix rocailleuse : « je suis libre, je suis fière, je suis une femme ! » Autre passage autant gratuit que mémorable : l’un des petits spécimens difformes et poisseux qui rampe sous les draps d’une femme endormie et entreprend de lui lécher la poitrine en émettant d’étranges borborygmes ! Les petits monstres du film sont des marionnettes conçues et animées par Mark Rappaport. Si leur design se révèle insolite et atypique, leur texture en plastique est assez rapidement identifiable et leurs mouvements sont très limités. Les freaks restent donc la plupart du temps dans l’ombre et ne font finalement pas grand-chose. Le scénariste semble d’ailleurs donner l’impression de ne pas savoir comment développer son concept. Il ne se passe donc plus grand-chose à partir de la première moitié du métrage, et cet Hideous qui s’annonçait si prometteur finit par devenir frustrant faute de péripéties et d’actions dignes de ce nom.

 

© Gilles Penso

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FRANKENSTEIN (2004)

Le réalisateur Marcus Nispel et le producteur Martin Scorsese modernisent le célèbre mythe avec Vincent Perez dans le rôle du monstre…

FRANKENSTEIN

 

2004 – USA

 

Réalisé par Marcus Nispel

 

Avec Parker Posey, Vincent Perez, Thomas Kretschmann, Adam Goldberg, Michael Madsen, Ivana Milicevic

 

THEMA FRANKENSTEIN

C’est l’écrivain Dean Koontz qui est à l’origine de cette relecture inédite du mythe de Frankenstein. Avec son collaborateur Kevin Anderson, le célèbre romancier prévoit à l’origine une série télévisée. Tout se met en place pour un premier épisode sous forme de téléfilm ambitieux dont le producteur exécutif est Martin Scorcese en personne. Mais Koontz ne parvient pas à s’entendre avec la compagnie de production USA Networks et préfère tranquillement quitter le navire. Son idée ne reste pas inexploitée pour autant, puisqu’il en tirera une série de cinq romans entre 2005 et 2011 : « Le Fils prodigue », « La Cité de la nuit », « Le Combat final », « Lost Souls » et « The Dead Town ». Koontz autorise tout de même USA Networks à adapter l’idée initiale sous forme de téléfilm, à condition que son nom ne figure pas au générique. Scorsese reste alors attaché au projet et c’est Marcus Nispel qui hérite de la mise en scène. Le réalisateur a alors le vent en poupe, ce Frankenstein se situant exactement entre son remake de Massacre à la tronçonneuse et son audacieux Pathfinder.

Rien n’est gothique dans l’approche du film, ce qui constitue en soi une surprise. Nous sommes dans un cadre moderne et urbain. Alors qu’ils enquêtent sur les meurtres d’un tueur en série qui mutile et prélève les organes internes de ses victimes, deux enquêteurs de la police de la Nouvelle-Orléans, l’inspectrice Carson O’Conner (Parker Posey) et son partenaire Michael Sloane (Adam Goldberg), apprennent que Victor Frankenstein (Thomas Kretschmann), qui se fait désormais appeler Victor Helios, est toujours en vie.  Le savant a créé plusieurs créatures génétiquement modifiées dans l’intention de constituer une légion d’adeptes qui l’aideront à renverser l’ancienne race (autrement dit les humains). Sa toute première création, le monstre original (Vincent Perez), qui se fait désormais appeler Deucalion, est également en vie. « Je viens de corps récupérés dans un cimetière de prison », déclare-t-il. « Le cœur d’un voleur, les mains d’un étrangleur, les yeux d’un tueur à la hache et la force vitale d’un orage. » Or cette créature cherche à tuer l’homme qui lui donna vie, reprenant à son compte le fameux motif de l’apprenti sorcier et de ses travers.

« La nouvelle race »

L’intérêt majeur de cette nouvelle version est sa tentative de moderniser le récit de Mary Shelley en mixant l’atmosphère glauque de l’horreur urbaine à celle, beaucoup plus terre à terre, des films policiers. Comme toujours chez Marcus Nispel, la mise en scène est stylisée et la photographie extrêmement soignée, le directeur de la photographie Daniel Pearl ayant opté pour un tournage au format Super 16 mm. Sa caméra s’attarde volontiers dans les recoins de décors sinistres à souhait. L’idée de muer le docteur Frankenstein en savant génial mais mégalomane ayant donné naissance à une légion d’êtres « supérieurs » qu’il a baptisé « les siens » s’avère fascinante. Thomas Kretschmann est convaincant sous la défroque du démiurge et Vincent Perez nous surprend très agréablement dans la peau du monstre Deucalion. Dommage que le film se termine en queue de poisson sans dénouement digne de ce nom. Le syndrome du pilote de série TV saute aux yeux, mais ce premier film restera sans suite. Ironiquement, une mini-série consacrée à Frankenstein sera distribuée sur les petits écrans la même année, sous la direction de Kevin Connor, dans une version beaucoup plus « orthodoxe » et fidèle à la plume de Mary Shelley.

 

© Gilles Penso


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KINGSMAN : LE CERCLE D’OR (2017)

Matthew Vaughn donne une suite à son pastiche délirant du cinéma d’espionnage des années 60 en redoublant de folie et d’inventivité…

KINGSMAN: THE GOLDEN CIRCLE

 

2017 – USA / GB

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Taron Egerton, Colin Firth, Juliane Moore, Mark Strong, Halle Berry, Channing Tatum, Jeff Bridges, Pedro Pascal, Elton John

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I ROBOTS

Pour éviter le syndrome Kick Ass 2, une suite par bien des aspects indigne de son prédécesseur, Matthew Vaughn exprime très tôt l’envie de réaliser lui-même la suite de Kingsman à condition bien sûr que le premier film obtienne des résultats satisfaisants au box-office. Or l’accueil du public et de la critique s’avère particulièrement chaleureux. Dès le printemps 2015, le studio Fox annonce donc la mise en chantier d’un second opus. Mais un autre projet de Vaughn, une nouvelle adaptation à l’écran des aventures de Flash Gordon, ressurgit et pourrait bien l’empêcher de donner une suite à son Kingsman. Après plusieurs mois de suspense, les choses s’officialisent : Flash Gordon ne se fera pas et Vaughn repasse derrière la caméra pour Kingsman : le cercle d’or dont il coécrit le scénario avec sa fidèle partenaire de plume Jane Goldman. L’entame du film nous démontre en quelques secondes que le cinéaste n’a pas perdu la main. Une délirante poursuite en voiture permet en effet à ce second Kingsman de démarrer littéralement sur des chapeaux de roue. Virtuosité de la mise en scène, folles idées narratives, effets visuels spectaculaires, éléments science-fictionnels pleinement assumés, nous voilà immédiatement conditionnés. Sans temps mort ni demi-mesure, ce prologue plonge nos protagonistes au cœur d’une intrigue démentielle dont le seul maître mot semble être l’excès.

Nous apprenons bientôt que tous les bureaux de l’agence Kingsman ont été anéantis. Les seuls rescapés de cette opération de destruction massive, Eggsy (Taron Egerton) et Merlin (Mark Strong), doivent désormais collaborer avec une agence des États-Unis. C’est l’occasion idéale de parodier les clichés liés à l’image que l’Europe se fait des Américains : des cowboys rustres buveurs de whisky et armés de lassos. Le choc culturel avec les Anglais, exagérément élégants et flegmatiques, n’en est que plus grand. La « super-vilaine » du film est Poppy Adams (Julianne Moore), qui vit au milieu de la jungle dans un repaire dont le design acidulé semble s’inspirer de l’imagerie de Grease et Happy Days. Flanquée de chiens robots agressifs et d’une androïde esthéticienne armée jusqu’aux dents, elle hache ses ennemis pour les transformer en hamburgers et retient Elton John en otage ! Après avoir contaminé des tonnes de drogue, Poppy fait chanter le gouvernement en exigeant la légalisation du trafic de stupéfiants pour pouvoir continuer à faire fructifier son business. Pour incarner ce personnage haut en couleur, Julianne Moore se serait laissée inspirer par le Lex Luthor joué par Gene Hackman dans Superman.

Absurdement vôtre

Une fois de plus, la saga James Bond reste la source principale d’inspiration, tout particulièrement la période Roger Moore, comme le confirment quelques clins d’œil à Vivre et laisser mourir, L’Espion qui m’aimait ou encore Moonraker. Les scènes d’action excessives, les cascades aux chorégraphies hallucinantes et les rebondissements impensables s’enchaînent sans la moindre retenue. Ici, tous les débordements sont permis et les invraisemblances scénaristiques ne sont jamais un obstacle au bon déroulement de l’intrigue. Au contraire, elles ont tendance à devenir la norme. Chaque idée, si abracadabrante soit-elle, est ainsi poussée dans ses retranchements et exploitée jusqu’à l’absurde. Comme son prédécesseur, ce second Kingsman nous offre son lot de combats ébouriffants, notamment au cours d’un climax en plan-séquence à couper le souffle. Drôle, décomplexée, audacieuse, la suite se montre donc digne de son modèle, avec une telle générosité que le montage initial dure presque quatre heures. Enthousiasmés, les cadres de la Fox proposent alors à Vaughn de tout garder pour en tirer deux films distincts. Mais le réalisateur préfère réduire son métrage de moitié et resserrer le rythme pour n’obtenir qu’un seul film de deux heures vingt. Le troisième opus, The King’s Man : première mission, ne sera pas une suite mais une prequel abandonnant la science-fiction pour se focaliser sur l’espionnage pur au cœur des tourments de la première guerre mondiale.

 

© Gilles Penso

 

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GODS OF EGYPT (2016)

Le réalisateur de Dark City et The Crow explore la mythologie égyptienne à travers une épopée fantaisiste et spectaculaire…

GODS OF EGYPT

 

2016 – USA

 

Réalisé par Alex Proyas

 

Avec Nikolaj Coster-Waldau, Gerard Butler, Brenton Thwaites, Chadwick Boseman, Elodie Yung, Courtney Eaton, Geoffrey Rush, Bryan Brown, Rufus Sewell

 

THEMA CONTES I MYTHOLOGIE

Alex Proyas a démarré sa carrière de cinéaste avec deux coups d’éclat qui ont fait date : The Crow et Dark City. Si la suite de sa carrière est moins marquante, elle compte quand même quelques œuvres fascinantes comme I, Robot ou Prédictions. Après ces deux longs-métrages ambitieux taillés respectivement sur mesure pour Will Smith et Nicolas Cage, Summit Entertainment lui propose Gods of Egypt, un projet de grande envergure écrit par les scénaristes Matt Sazama et Burk Sharpless. Proyas voit là l’occasion de proposer au grand public un blockbuster original et de renouer avec ses racines (il est né en Égypte avant de partir s’installer en Australie avec ses parents). Comme sources d’inspiration, le réalisateur cite une poignée de monuments du septième art, de Lawrence d’Arabie aux Aventuriers de l’arche perdue en passant par Les Canons de Navarone, L’Homme qui voulut être roi et les westerns de Sergio Leone. La production se frotte déjà les mains en espérant pouvoir créer à partir du film une nouvelle franchise susceptible de rivaliser avec les Star Wars et le « cinematic universe » de Marvel. L’idée initiale est de tourner Gods of Egypt dans le Sahara, avant que l’on opte pour le désert australien, jugé plus sécurisant. Et c’est dans cet environnement avec lequel Proyas est familier que se met en place cette relecture à grand spectacle du mythe d’Osiris.

Nous sommes dans une Égypte antique fantaisiste où les dieux (souvent hautains) cohabitent avec les hommes (à leur service). Alors que le vénérable Osiris (Bryan Brown) s’apprête à couronner son fils Horus (Nikolaj Coster-Waldau) pour lui léguer le royaume, Le belliqueux Seth (Gerard Butler) surgit avec son armée, assassine Osiris (son propre frère), aveugle Horus et se proclame nouveau roi. Désormais, l’humanité sera asservie et devra payer le prix fort pour son passage dans l’au-delà. Nous voilà donc face à une vision bien cynique du monde, puisque même face à la mort, les nantis et les démunis ne sont plus égaux. Si Coster-Waldau retrouve le charisme du Jaime Lannister qu’il incarnait dans Game of Thrones, Butler semble auto-parodier sa prestation de guerrier impitoyable dans 300, dont il reprend même des mimiques et des gestuelles. Il n’empêche que sa présence à l’écran reste toujours aussi impressionnante. Du côté des humains, on s’attache vite au jeune couple de héros pétillants qui sauront retourner cette situation aux proportions pourtant divines. Impétueux et insouciant, Bek (Brenton Thwaites) évoque irrésistiblement l’Aladdin de Disney, prêt à tout pour les beaux yeux de Zaya (Courtney Eaton). Les péripéties qui vont les lier tous deux au destin d’Horus sont rocambolesques et pas crédibles pour un sou, mais la suspension d’incrédulité liée à l’univers du film (un conte de fées dans un univers de fantasy pseudo-antique) nous permet de jouer le jeu sans trop rechigner.

La traversée du désert

Gods of Egypt se donne les moyens de ses folles ambitions. Panoramas gigantesques, foules innombrables et monuments titanesques s’affichent ainsi sur le grand écran Cinémascope. Sans compter toute une galerie de créatures fantasmagoriques : des scarabées géants qui servent de montures à Seth, des chasseurs aux allures de minotaures, des serpents cracheurs de feu gros comme des locomotives, un Sphinx immense et rocheux qui s’éloigne volontairement de l’imagerie classique, un démon dont l’infinité de crocs est enveloppée de volutes de nuages noirs… Les dieux eux-mêmes se métamorphosent en êtres hybrides cuirassés et volants. Toute cette générosité n’est pas sans revers. Plusieurs effets visuels accusent une certaine approximation (notamment les incrustations) et le jeu des proportions entre les humains et les dieux (les premiers étant environ deux fois plus petits que les seconds) donne à l’écran des résultats bizarres, presqu’involontairement comiques. Malgré tout, l’ampleur, l’audace et la richesse du spectacle sont follement enivrants. Autre atout majeur : la musique de Marco Beltrami qui parvient à nous faire revivre les grandes heures des 1001 Nuits et du péplum telles que les mettaient jadis en musique Miklos Rozsa et Bernard Herrmann (on pense aussi aux partitions flamboyantes de Lawrence d’Arabie, Stargate, Le Prince d’Égypte, Le Masque de Zorro ou La Momie). Hélas, l’échec critique et commercial du film sera vertigineux, au point de stopper abruptement la carrière hollywoodienne d’Alex Proyas.

 

© Gilles Penso

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FEMALIEN (1996)

Une entité extra-terrestre prend l’apparence d’une jeune femme pour partir à la découverte des sensations physiques des Terriens…

FEMALIEN

 

1996 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Venesa Talor, Jacqueline Lovell, Matt Shue, Kurt Sinclair, Taylor St. Clair, Brittany Andrews, Juan Carlos de Vasquez, Leena, Carlos San Miguel

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA FEMALIEN CHARLES BAND

Sous les conseils des grandes chaines de magasins commercialisant ses films à petit budget, le producteur Charles Band initia en 1996 le label Surrender Cinema pour alimenter les bacs vidéo de séries B érotiques avec des arguments fantastiques ou de science-fiction en guise de prétexte scénaristique. Après le galop d’essai de Virtual Encounters, qui rencontra un gentil petit succès, Band enchaîne avec Femalien dont il confie une fois de plus la mise en scène à Cybil Richards (alias Rick Bitzelberger). Le titre est un mot-valise habile, mixant joyeusement la féminité et les extra-terrestres, qui présente l’avantage d’annoncer immédiatement la couleur. L’argument du film est ramené à sa plus simple expression. Une race d’extra-terrestres a évolué au point de se transformer en pure énergie. Revers de la médaille : les expériences physiques leur sont désormais totalement inconnues. Pour pouvoir collecter un maximum de données sur le sujet, ils envoient sur Terre l’un des leurs sous l’apparence d’une ravissante jeune femme qui répond au nom de Kara (Venesa Talor). 

Le plan d’ouverture de Femalien, qui visualise l’espace, les vaisseaux spatiaux et les planètes avec des images de synthèse extrêmement sommaires, nous permet très tôt de mesurer les faibles moyens mis à disposition de la réalisatrice. Quelques secondes plus tard, Kara débarque les seins nus dans une maison sur Terre et observe un couple en pleins ébats sur un transat au bord de la piscine. Le ton du film est donc donné très tôt. À partir de là, Kara se téléporte d’endroit en endroit pour continuer à expérimenter : dans un studio photo où elle incite un couple de modèles à s’envoyer en l’air devant le photographe ; dans un magasin de lingerie où deux vendeuses en chaleur lui font un défilé de sous-vêtements qui se transforme en strip-tease ; dans une chambre à coucher où elle copule avec le serveur d’un café ; dans une salle de spectacle où se déroule un show érotique décadent ; dans un salon de massage où elle offre au masseur une expérience hors du commun ; dans une chambre de méditation où la séance zen vire à l’orgie…

Rencontres du troisième slip

La mécanique narrative de Femalien est la même que celle de Virtual Encounters, mais avec un résultat moins convaincant dans la mesure où l’argument de science-fiction est ici extrêmement tiré par les cheveux et ressemble trop ouvertement à ce qu’il est : un prétexte comme un autre pour dénuder et accoupler l’ensemble du casting. Pour ajouter un peu de fantastique à cette histoire filiforme, notre impudique extra-terrestre discute régulièrement avec Dak, une interface luminescente qui lui prodigue des conseils. Elle possède également un certain nombre de pouvoirs magiques évasifs justifiés vaguement par sa nature éthérée. Son toucher lumineux guérit ainsi les blessures, stimule la libido et déploie de l’énergie. Nouvelle venue à l’écran, Venesa Talor aurait accepté de jouer dans ce film en espérant connaître une carrière similaire à celle de Matilda May. Cette dernière fit en effet ses débuts dans le rôle d’une extra-terrestre entièrement nue dans Lifeforce avant de devenir une comédienne beaucoup plus « respectable » au registre varié et à la popularité accrue. Mais Femalien n’a définitivement pas l’étoffe d’un Lifeforce et notre actrice ne parviendra jamais à s’extraire du ghetto des séries B sexy conçues directement pour le marché vidéo. On la retrouvera naturellement au casting de l’inévitable Femalien 2 en 1998.

 

© Gilles Penso

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