GAROU-GAROU, LE PASSE-MURAILLE (1951)

Bourvil incarne un modeste fonctionnaire qui se découvre le pouvoir extraordinaire de traverser les murs

GAROU-GAROU, LE PASSE-MURAILLE

 

1951 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Boyer

 

Avec Bourvil, Raymond Souplex, Joan Greenwood, Gérard Oury, Roger Tréville, Marcelle Arnold, Jacques Erwin, Frédéric O’Brady, René Worms, Nina Myral

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

« Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d’Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul, qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé ». C’est sur ces mots que commence la nouvelle « Le Passe-Muraille » de Marcel Aymé, qui sera publiée une première fois en 1941 avant son intégration dans un recueil d’histoires courtes deux ans plus tard. En quelques mots, l’auteur banalise ainsi une situation extraordinaire pour mieux brocarder ses semblable, au sein de la période trouble de l’occupation qui imprègne fortement plusieurs de ses récits de l’époque. Séduits par « Le Passe-Muraille », le réalisateur Jean Boyer et le scénariste Michel Audiard décident de l’adapter pour le grand écran au début des années 50. Le texte original étant très court, ils le complètent de nouvelles séquences, agencent les événements différemment, modifient les attributs de plusieurs personnages et reconstruisent la personnalité et les caractéristiques physiques du héros pour les adapter à leur interprète Bourvil.

Le futur compère de Fernandel et Louis de Funès incarne ainsi Léon Dutilleul, un modeste fonctionnaire du ministère de l’enregistrement qui vit chez sa sœur Germaine (Marcelle Arnold) et son mari Gaston (Jacques Erwin). Un soir, en rentrant chez lui passablement éméché, Léon découvre qu’il peut passer à travers les murs, profitant dès lors de cet étrange pouvoir pour terrifier son tyrannique beau-frère et son chef de service. Il consulte un médecin excentrique (Frédéric O’Brady) qui ne décèle là rien d’alarmant, avant d’avouer lui-même qu’il essaie depuis des années de traverser les murs. Joignant le geste à la parole, il exhibe son crâne couvert de bandages ! Léon raconte son étrange récit à son ami artiste peintre Gen-Paul (Raymond Souplex). « Celui qui tire nos ficelles t’a choisi comme cobaye pour expérimenter sa dernière invention », commente ce dernier. « Mon explication n’est peut-être pas très scientifique mais elle en vaut bien un autre. » A force d’espionner ses semblables à la dérobée en abusant de ses capacités hors-norme, Léon finit par tomber sur Lady Brockson (Joan Greenwood), une voleuse qui commet ses forfaits la nuit dans un justaucorps noir fort seyant. Le cœur de notre passe-muraille chavire aussitôt. « Tu ne peux pas tomber amoureux d’une dactylo, comme tout le monde ? » réagit Souplex, qui a décidemment les meilleures répliques du film. Pour épater la belle et lui montrer les dangers du métier de voleur, Léon se lance dès lors dans une série de cambriolages spectaculaires qu’il va signer « Garou-Garou ».

« Monsieur coucou »

Avec son rythme enlevé, ses personnages truculents et ses dialogues percutants, Garou-Garou, le passe-muraille est un petit régal de comédie fantastique. Même les effets spéciaux artisanaux supervisés par Paul Raibaud s’avèrent efficaces. Conçus principalement à l’aide de caches et de contre-caches dessinés à la main, ils collent parfaitement à la simplicité décrite par Marcel Aymé. Œuvre centrale de la très longue filmographie de Jean Boyer (dont il constitue le trente-cinquième long-métrage), ce conte excentrique marque la première rencontre entre Gérard Oury (alors comédien) et Bourvil. Les deux hommes se retrouveront avec succès une décennie plus tard dans Le Corniaud, La Grande vadrouille et Le Cerveau. Pour toucher le marché américain, une version alternative du film fut tournée en anglais simultanément sous le titre Mister Peek-A-Boo (« Monsieur coucou »). Garou-Garou, le passe muraille existe aussi dans une version colorisée, mais c’est évidemment dans son noir et blanc d’origine que les puristes le préfèrent.

 

© Gilles Penso



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TROUBLE EVERY DAY (2001)

Claire Denis filme le destin maudit de deux êtres frappés par un mal étrange qui les pousse à dévorer ceux qu’ils aiment

TROUBLE EVERY DAY

 

2001 – FRANCE / ALLEMAGNE / JAPON

 

Réalisé par Claire Denis

 

Avec Vincent Gallo, Tricia Vessey, Béatrice Dalle, Alex Dascas, Florence Loiret, Nicolas Duvauchelle, Raphaël Neal, José Garcia, Hélène Lapiower

 

THEMA CANNIBALES

En 1989, alors qu’elle tourne un court-métrage à New York, Claire Denis rencontre le comédien Vincent Gallo et développe l’idée d’un film d’horreur qui le mettrait en vedette. Le projet ne se concrétisera que douze ans plus tard, sous forme d’un drame gore centré sur le dérèglement psychique de deux personnages n’envisageant les relations sexuelles qu’à condition qu’elles se terminent en festins anthropophages ! Un tel sujet aurait pu donner lieu à un film d’exploitation provocateur mêlant allègrement le sexe et le sang pour la plus grande joie de spectateurs amateurs de spectacles déviants. Mais la réalisatrice de Chocolat et US Go Home n’est pas une émule de Bruno Mattei ou de Jess Franco. Son approche à fleur de peau, sa mise en scène naturaliste et sa sensibilité très personnelle orientent le film dans une direction inconnue, sur un territoire encore vierge où l’horreur est d’autant plus insoutenable qu’elle est intrinsèquement liée au plaisir charnel. La violence, le désir, le rapport au corps et à l’intimité étaient déjà les composantes majeures des six longs-métrages précédents de Claire Denis. Ici, elle les pousse à leur paroxysme pour nous conter les excès d’une passion dévorante… au sens propre.

Au début du film, des tranches de vies énigmatiques s’égrènent sans s’articuler clairement, au fil du destin croisé de deux êtres qu’on sent fragilisés et victimes de pulsions incontrôlables : d’un côté, une femme, Coré (Béatrice Dalle), qui joue les prostituées pour routiers et que son mari médecin (Alex Descas) tente de ramener sur le droit chemin ; de l’autre, un couple américain qui passe sa  lune de miel à Paris et dont l’époux Shane (Vincent Gallo) semble instable malgré l’apparente perfection de son tout récent mariage avec June (Tricia Vessey). Tout n’est pas encore limpide dans cette narration accidentée mais le fil de ce récit tragique se dessine peu à peu. Coré et Shane semblent ne rien avoir en commun, mais ils se sont croisés par le passé et sont tous deux frappés par un mal étrange apparemment incurable. Les malheureux qui croiseront leur chemin en feront les frais dans un bain de sang où l’amour et la mort ne feront plus qu’un…

Pulsions cannibales

L’objet principal de Trouble Every Day est l’étude sans fard d’une sexualité reposant sur un rapport de domination et de pulsion destructrice. Si Béatrice Dalle semble se comporter comme une mante religieuse engloutissant ses amants, elle n’est jamais traitée comme une prédatrice mais comme un être malade incapable de réfréner ses instincts bestiaux. Claire Denis détourne à son compte les figures symboliques du vampire et de l’ogre pour les transposer dans un cadre désespérément réaliste. Au point qu’elle demande à sa chef opératrice Agnès Godard de se laisser inspirer par les photos de Jeff Wall, notamment « La Chambre détruite » qui montre un endroit familier réduit à l’état de ruines ravagées. La partie « médicale » du scénario, qui s’intéresse aux recherches censées enrayer ce mal étrange, est sans doute la moins intéressante du film. José Garcia y est certes convainquant dans le contre-emploi d’un chercheur spécialisé dans la cartographie du cerveau, mais ces éléments narratifs semblent superflus, presque greffés artificiellement au récit pour le rationnaliser. Or Trouble Every Day n’a pas besoin de caution scientifique pour exister. Sa description clinique de ce qui ressemble à un viol anthropophage, avec à la clef un questionnement perturbant sur la notion de consentement, se suffit à elle-même. Présenté au Festival de Cannes de 2001 lors d’une séance spéciale de minuit, Trouble Every Day fit logiquement son petit effet, traînant dans son sillage les effluves troubles d’un parfum de scandale.

 

© Gilles Penso

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CLICK (2006)

Et si une télécommande aux vertus fantastiques vous permettait de prendre le contrôle de votre vie ?

CLICK

 

2006 – USA

 

Réalisé par Frank Coraci

 

Avec Adam Sandler, Kate Beckinsale, David Hasselhoff, Christopher Walken, Sean Astin, Erik Aude, Michael H. Barnett

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I VOYAGES DANS LE TEMPS

Suite au succès surprise de Waterboy, Adam Sandler et le réalisateur Frank Coraci décident de remettre le couvert en s’attaquant à une comédie plus ambitieuse, dans la mesure où elle traite un argument de science-fiction aux répercussions scénaristiques assez complexes. Baptisé Click, le film est écrit par les duettistes Steve Koren et Mark O’Keefe, auteurs de Bruce Tout-Puissant. Ici, Sandler incarne Michael Newman, un homme surchargé de travail qui espère un jour bénéficier de la reconnaissance de son patron, incarné par un David Hasselhoff hilarant dans un contre-emploi d’architecte arrogant. Le métier de Michael ne lui laisse guère le temps de profiter de sa femme (la toute belle Kate Beckinsale) et de ses deux enfants, et les nuits blanches s’accumulent. Un jour, épuisé et énervé à cause des innombrables télécommandes qui s’amoncellent près de la télévision, il décide de se changer les idées en achetant une télécommande universelle.

Au fin fond d’un entrepôt gigantesque qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’on découvre à la fin des Aventuriers de l’arche perdue, un étrange vendeur nommé Morty (Christopher Walken) lui propose un modèle unique. « Je vais chambouler votre univers » (« I’m gonna rock your world » en V.O.) lui promet-il. Lorsque Michael constate les pouvoirs incroyables de cette télécommande (elle coupe le son du chien qui aboie, accélère les querelles avec sa femme, incruste des images dans le monde réel, permet de faire des pauses), il est légitimement en proie au doute. Ne s’agit-il pas d’un canular, d’une caméra cachée ? Mais bien vite, il doit se rendre à l’évidence : ce petit bijou de technologie est bien réel. Désormais, il peut revivre tous les moments de sa vie (y compris sa conception et sa naissance), changer le contraste et la couleur d’une image (s’il veut bronzer par exemple) ou la langue de son interlocuteur. Evidemment, tout finit par dégénérer le jour où Michael va trop loin, accélérant d’un an pour avoir une promotion qui tarde trop. Dès lors, sa vie se mue en véritable cauchemar et, de comédie fantastique, Click se mue peu à peu en fable d’anticipation.

Les flatulences d’Adam Sandler

Pour être sensible à l’humour du film, il faut bien sûr apprécier les facéties d’Adam Sandler, ce qui n’est pas toujours évident lorsque se dernier s’efforce de nous faire rire avec des flatulences ! Si l’on peut encore supporter une première heure de gags balourds, la seconde moitié du métrage, qui verse dans le mélodrame et la moralisation, passe beaucoup plus difficilement. Certes, le glissement de la drôlerie vers le drame est audacieux, mais il manque cruellement de subtilité, d’autant qu’un ultime retournement de situation annihile tous ses effets, comme si les auteurs refusaient d’assumer les implications de leur scénario. Notre protagoniste retombe ainsi confortablement sur ses pattes et plonge tête la première dans la guimauve d’un happy end béât. Click déçoit donc, malgré l’originalité de son postulat. Mais on appréciera, aux côtés de Sandler, quelques seconds rôles savoureux., somme Sean Astin en professeur de natation austère ou Henry Winkler en père du héros. On saluera aussi la présence au générique du génial maquilleur Rick Baker, auteur des nombreux effets de vieillissement du film.

 

© Gilles Penso

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LA FILLE DE DRACULA (1972)

Britt Nichols incarne une jeune femme qui se découvre un goût prononcé pour le sang en apprenant qui est son illustre ancêtre

LA FILLE DE DRACULA / A FILHA DE DRACULA

 

1972 – FRANCE / PORTUGAL

 

Réalisé par Jess Franco

 

Avec Britt Nichols, Anne Libert, Alberto Dalbes, Howard Vernon, Daniel White, Jesus Franco, Fernando Bilbao, Carmen Carbonell

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Pour son quarantième long-métrage, le stakhanoviste Jess Franco se laisse une fois de plus guider par son goût prononcé pour l’épouvante mêlée d’érotisme en puisant ses idées à la fois dans « Dracula » de Bram Stoker et « Carmilla » de Sheridan le Fanu. Après avoir concocté un scénario picorant ses idées dans les deux récits, il plante ses caméras à Sintra, au Portugal, où il tournera six autres films, dont Une Vierge chez les morts-vivants et Les Expériences érotiques de Frankenstein. Fidèle à ses habitudes, Franco confie à son acteur fétiche Howard Vernon le rôle de Dracula, qu’il tenait déjà dans Dracula prisonnier de Frankenstein. Vernon aura incarné toute une galerie de personnages inquiétants pour le cinéaste, du docteur Orloff au baron Von Klaus en passant par l’énigmatique Cagliostro. Mais ici, sa présence se limite à une petite poignée de scènes où il gît dans son cercueil de vampire. Il cède en effet la vedette à Britt Nichols, pseudonyme américanisé de Carmen Yazalde. Cette dernière faisait une petite apparition dans La Révolte des morts-vivants, mais c’est Franco qui l’a révélée à l’âge de 22 ans dans Les Vierges et l’amour et Dracula prisonnier de Frankenstein. Il la fera encore tourner dans Les Démons, Les Expériences érotiques de Frankenstein, Quartier de femme et Une vierge chez les morts-vivants, le tout en l’espace de deux ans seulement.

Britt Nichols joue ici Luisa Karlstein, venue au chevet de sa grand-mère mourante. Avant de rendre son dernier souffle, la vénérable baronne lui dévoile à demi-mot la malédiction qui pèse sur leur lignée familiale depuis des générations, et qui trouve son origine dans la crypte de la demeure familiale. Là, Luisa découvre la tombe de l’ancêtre Karlstein, connu sous le nom de Dracula. À la fois épouvantée et fascinée par la présence de ce mort visiblement en pleine forme, elle se laisse hypnotiser par le vampire qui va la pousser à lui ramener des victimes féminines pour assouvir sa soif de sang. Mais Luisa va finir par se prêter au jeu, laissant volontiers ses propres crocs se planter dans la gorge de ses jolies proies… SI le récit s’articule autour d’une enquête policière mollement menée par un commissaire débonnaire, le scénario sert surtout de prétexte à de longues scènes saphiques où la caméra ne sait visiblement pas où donner de la tête, cherchant à cadrer la chair en si gros plan qu’elle finit par se perdre.

« La nuit sera encore remplie d’ailes meurtrières »

Pour être honnête, les talents d’actrice de Britt Nichols semblent inversement proportionnels à son indiscutable photogénie. Lorsque la belle écarquille exagérément les yeux en écoutant les dernières paroles de la baronne, ou lorsqu’elle se fige stupidement en ouvrant grand la bouche face au surgissement de Dracula hors de son tombeau, les éclats de rire sont difficiles à réfréner. Mais Jess Franco prend visiblement tout ça très au sérieux, s’octroyant le rôle de Cyril Jefferson, le secrétaire de la famille Karlstein, friand de tirades imagées telles que « La nuit sera encore remplie d’ailes meurtrières et le silence qui nous entoure sera rompu une fois et une autre fois par les cris d’angoisse et d’épouvante, loi immuable et éternelle du mystère et de la terreur ». Mais sa caméra hésitante, qui n’en finit plus de zoomer et de dézoomer sur ce qu’elle filme, qui cherche la mise au point en cours de prise et qui abuse de mouvements panoramiques accidentés, joue en défaveur du film. C’est d’autant plus dommage que certains plans sont très beaux et joliment photographiés. Le montage est à l’avenant, multipliant des champs et contre-champs interminables comme la scène de la jeune femme dans sa baignoire alternée avec des plans répétitifs des yeux et de la bouche de sa prédatrice. Comme toujours chez Franco, il est difficile de savoir si nous avons affaire là à des effets de style ou à une mise en scène aléatoire qui ne sait pas vraiment où elle va. En ce sens, chaque film du cinéaste se vit comme une expérience étrange faite d’incrédulité, de surprise et de fascination.

 

© Gilles Penso

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SUMMER OF 84 (2018)

Un film ultra-nostalgique des années 80 dans lequel quatre adolescents traquent un serial killer qui s’en prend aux enfants

SUMMER OF 84

 

2018 – Canada / USA

 

Réalisé par François Simard, Anouk Whissell, Yoan-Karl Whissell

 

Avec Graham Verchere, Judah Lewis, Caleb Emery, Cory Gunter-Andrew, Tiera Skovbye, Rich Sommer, Jason Gray-Stanford, Shauna Johannesen

 

THEMA TUEURS

Décidément, le trio canadien François Simard, Anouk Whissell et Yoan-Karl Whissell a du mal à sortir des années 80. Après une série de courts-métrages de genre inspirés du cinéma fantastique des eighties, ils signaient le réjouissant Turbo Kid conçu comme un hommage aux films post-apocalyptiques ayant succédé à Mad Max 2. Avec Summer of 84, ils s’attachent à un groupe d’adolescents menacés par un serial-killer. Ce long-métrage nostalgique, qui semble autant payer son tribut aux slashers post-Halloween qu’aux Goonies et à Stand By Me, part avec de belles intentions. Mais Super 8, Stranger Things et Ça sont déjà passés par là, d’où un inévitable effet de déjà-vu. Car le trio Simard, Whissell & Whissell n’écarte aucun lieu commun : la musique synthétique rétro, les allers-venues à vélo dans un quartier résidentiel de banlieue, les événements mystérieux qui frappent la petite ville, les clins d’œil cinéphiliques destinés aux fans (E.T., Poltergeist, Le Retour du Jedi, Gremlins, Karate Kid) et surtout un groupe d’ados parfaitement archétypal. Dans l’ordre, nous avons le héros plus malin que les autres, le trouillard en surpoids, l’intellectuel à lunettes et le mauvais garçon obsédé sexuel. Côté clichés, nous voilà servis !

L’esprit Amblin est là, assumé dès les premières minutes. Nous sommes dans la ville banlieusarde de Cape May. Notre jeune héros Davey a quinze ans, est principalement élevé par sa mère puisque son père reporter est souvent en déplacement, communique avec ses amis grâce à un talkie-walkie, ne se déplace qu’en bicyclette, traîne au bowling et rêve de devenir cinéaste. « Comment est-ce que je vais devenir Spielberg si je ne pratique pas ? » dit-il à son père à qui il veut emprunter une caméra. Toute cette petite bande est perturbée par les exactions d’un tueur en série qui s’en prend aux adolescents de la ville. Alors que la police piétine, Davey commence à soupçonner l’un de ses voisins, dont le comportement lui semble suspect. Il convainc ses trois meilleurs amis de mener l’enquête avec lui, quitte à les plonger dans des situations de plus en plus risquées.

Un slasher soft

Bizarrement, alors que Turbo Kid regorgeait de séquences gore toutes plus excessives les unes que les autres, Summer of 84 reste très sage et met la pédale douce sur la violence, malgré le fort potentiel horrifique de son intrigue. De fait, nous sommes plus proches des Goonies que de Vendredi 13 pendant la majorité du métrage, autrement dit les 90 premières minutes. Même les épisodes les plus softs de Stranger Things nous semblent plus brutaux que ce film désespérément sage. Soignée mais relativement anonyme (comme serait celle d’une production Netflix classique), la mise en scène réserve son lot de « jump-scares » régulièrement disséminés pour raviver l’attention du public (la sonnerie stridente d’un téléphone, une chaudière qui se met en route en grondant, quelqu’un qui tape brusquement aux vitres, un copain qui fait une blague). Puis soudain, à dix minutes de la fin, Summer of 84 se transforme brièvement en survival et en slasher enfin digne de ce nom, secouant un peu les nerfs engourdis des spectateurs. Mais ce revirement est trop tardif, trop furtif, d’autant que le dénouement ne résout rien et s’ouvre vers une hypothétique séquelle, comme si le film ne pouvait pas se suffire à lui-même. Pas désagréable mais relativement anecdotique, Summer of 84 n’entrera donc guère dans les mémoires…

© Gilles Penso



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TURBO KID (2015)

Dans un futur post-apocalyptique situé en 1997 (!), un adolescent tente de survivre en échappant aux sbires du redoutable Zeus

TURBO KID

 

2015 – CANADA / NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par François Simard, Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell

 

Avec Munro Chambers, Michael Ironside, Laurence Lebœuf, Aaron Jeffrey, Edwin Wright, Romano Orzani, Yves Corbeil, François Simard, Anouk Whissell

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

Signataire d’une demi-douzaine de courts-métrages d’horreur sous forte influence du cinéma américain des années 80, le trio canadien François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell se lance en 2011 dans le tournage d’un film court de science-fiction baptisé T is for Turbo. Situé dans un monde futuriste post-apocalyptique, ce récit mouvementé de six minutes met en scène un garçon fan de comic books qui trouve le costume high-tech de son héros favori et part lutter contre le tyran régnant sur la région. Les trois réalisateurs tentent de convaincre le producteur Ant Timpson d’intégrer T is for Turbo dans le film d’anthologie The ABCs of Death, mais c’est finalement T is for Toilet de Lee Hardcastle qui est sélectionné pour illustrer la lettre T. Il n’en demeure pas moins que Timpson est très impressionné par T is for Turbo et propose à ses auteurs de produire un long-métrage qui en soit l’extension. Simard, Whissell & Whissell se retrouvent ainsi à la tête de leur premier projet de 90 minutes. Le budget est loin d’être colossal mais leur inventivité est en berne et le vétéran Michael Ironside (Total Recall, Starship Troopers) accepte de jouer le rôle du grand méchant du film, le redoutable Zeus. Turbo Kid est lancé.

Conformément à son modèle de six minutes, Turbo Kid se déroule dans un futur post-apocalyptique qu’une voix off situe en 1997. Cette aberration chronologique s’appréhende comme un hommage à tous les sous-Mad Max 2 conçus dans les années 80 qui envisageaient leur monde futuriste dix ou quinze ans plus tard. La date choisie n’est sans doute pas un hasard, puisque c’est celle du légendaire Escape from New York de John Carpenter. De fait, Turbo Kid accumule dès son entame les hommages répétés à la culture populaire et aux objets emblématiques des eighties, du rubik’s cube au walkman en passant par les cassettes audio, les VHS, le viewmaster et le tube « Thunder in Your Heart » de John Farnham qui accompagne le générique de début. La musique synthétique composée par le duo Le Matos (Jean-Philippe Bernier et Jean-Nicolas Leupi) renforce la référence. Passionné par les bandes dessinées consacrées à un super-héros baptisé Turbo Rider (une sorte de mixage entre X-Or et les Power Rangers), un adolescent solitaire (Munro Chambers) survit à l’hiver nucléaire en échangeant contre un peu d’eau les objets qu’il trouve dans les ruines des Terres Désolées. A peine a-t-il le temps de rencontrer et de s’attacher à une jeune fille exubérante surgie de nulle part, Apple (Laurence Lebœuf), que celle-ci est kidnappée par les sbires du maléfique Zeus (Michael Ironside) qui règne en tyran sur cette partie du monde. Le garçon affronte alors ses peurs et fait équipe avec le cowboy dur à cuire Frederick (Aaron Jeffery) pour tenter de devenir un héros…

Retour vers le futur

La tonalité de Turbo Kid n’est pas simple à cerner. Si le héros ado, sa passion pour les comics et le costume de super-héros semblent conçus pour un tout jeune public, les nombreux débordements sanglants et ultra-gore contredisent cette impression première. Tout commence par quelques visions macabres héritées des nombreux « post-apo » italiens (têtes coupées plantées sur des pics, cadavres desséchés dans les voitures rouillées) mais les choses dégénèrent rapidement pour muer chaque combat en foire à la tripaille : mains tranchées, têtes hachées, corps qui explosent, intestin extirpé d’un abdomen, belligérants découpés en morceaux… Tous ces excès sont bien sûr à prendre au second degré, dans la droite lignée de ceux d’un Braindead ou d’un Machine Girl, mais tout de même ! A ce grand écart inattendu s’ajoutent de nombreux clins d’œil directement destinés à la génération de ceux qui furent teenagers dans les années 80, les looks de la faune de Turbo Kid semblant parfois échappés de Mad Max 2, Indiana Jones et le temple maudit, Les Aventures de Jack Burton, Le Gladiateur du futur ou Les Guerriers du Bronx pour n’en citer qu’une poignée. Ultra-généreux jusque dans ses maladresses, ce premier long-métrage a l’habilité de tirer parti de son manque de moyens pour en faire une force, muant un terrain vague en univers futuriste ravagé et remplaçant les habituelles poursuites automobiles par des courses à vélo, ce qui poussera le magazine « Wired » à définir le film comme un « Mad Max en BMX ».

 

© Gilles Penso



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LE JOUR DE LA FIN DES TEMPS (1979)

Une famille américaine se retrouve transportée dans une dimension parallèle où règnent d’étranges créatures…

THE DAY TIME ENDED

 

1979 – USA

 

Réalisé par John Bud Cardos

 

Avec Chris Mitchum, Dorothy Malone, Jim Davis, Natasha Ryan, Marcy Lafferty, Scott Kolden, Roberto Contreras

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Le Jour de la fin des temps est un film hybride, puisant son inspiration à la fois dans l’emphase mystique de Rencontres du troisième type et dans le bestiaire fantastique de Ray Harryhausen. Résultat, on ne sait pas trop quoi penser de ce récit un peu décousu dans lequel le vénérable Grant (Jim Davis, héros de la série Dallas), installe sa famille dans la nouvelle maison qu’il a bâtie, au cœur du désert du Mojave. Il est donc accompagné par son épouse Ana (Dorothy Malone), sa fille Beth (Marcy Lafferty), le mari de cette dernière Richard (Chris Mitchum) et leurs enfants Steve (Scott Kolden) et Jenny (Natasha Ryan). Parallèlement, une supernova inonde la terre de radiations. Bientôt, une étrange pyramide verte et lumineuse apparaît dans le corral de Grant, et peu après sa famille tout entière se voit transplantée en même temps que la maison dans un univers parallèle extra-terrestre, par le biais d’une faille spatio-temporelle.

Avec un budget très raisonnable de 800 000 dollars, le producteur Charles Band et le réalisateur John Bud Cardos ont essayé de faire des merveilles, en accumulant de nombreux effets spéciaux visuels et en tournant le film en Cinémascope. A vrai dire, l’attraction principale du film est assurée par les trois monstres étranges qui surgissent à tour de rôle : un petit gremlin qui semble échappé du final de Rencontres du troisième type, un « loup-lézard » bipède qui mixe la morphologie du Ymir de A des millions de kilomètres de la Terre avec celle des aliens de Rayon laser, et un troll aux allures de dinosaure quadrupède à tête de gorille. David Allen est l’auteur de l’animation de la première de ces créatures, haute comme trois pommes, qui apparaît en pleine nuit dans la chambre de la petite fille et celle de la grand-mère, dansant et tournant sur elle-même avec la grâce d’un Puppetoon. Les deux monstres reptiliens sont en revanche animés par Randy Cook, au cours d’un pugilat fort distrayant. « Toutes ces figurines étaient sculptées par Lyle Conway, et je dois dire qu’elles étaient assez belles », nous relate Cook (1). Hélas, malgré la qualité de leur animation, ces trois monstres souffrent d’intégrations très maladroites dans les prises de vues réelles, à base de transparences passablement délavées. Du coup, les plans d’animation les plus réussis sont ceux qui mettent à contribution des décors miniatures complets, comme l’attaque de l’écurie par le « loup-lézard », lequel se retrouve avec une fourche plantée dans le museau.

La nuit des extra-terrestres

« Le film avait été tourné au format Cinémascope, mais lorsqu’ils l’ont diffusé à la télévision et édité en vidéo, ils n’ont pas conservé le format large », raconte David Allen. « Or dans certains plans de la scène du combat des monstres, Jim Davis était cadré à gauche, en train de regarder la bataille à droite du cadre. Du coup, à la télé, vous ne voyez plus les monstres, mais uniquement l’arrière de la tête de Jim Davis ! » (2) D’abord baptisé Vortex puis Timewarp, le film est finalement sorti sous le titre The Day Time Ended aux États-Unis. Il a brièvement été exploité en France en 1981 sous le titre Le Jour de la fin des temps après avoir été annoncé un temps sous celui de La Nuit des extra-terrestres sous lequel il fut présenté lors du Festival du Film Fantastique de 1979.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 1999

(2) Propos recueillis par votre humble narrateur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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HITCHER (2007)

Un remake du classique de Robert Harmon dans lequel Sean Bean reprend le rôle tenu jadis par Rutger Hauer

THE HITCHER

 

2007 – USA

 

Réalisé par Dave Meyers

 

Avec Sean Bean, Sophia Bush, Zachary Knighton, Neal McDonough, Kyle Davis, Skip O’Brien, Travis Schuldt

 

THEMA TUEURS I SAGA HITCHER

L’usine à remakes de Michael Bay a encore frappé. Après l’extraordinaire Massacre à la tronçonneuse, le facultatif Amityville et l’anecdotique Massacre à la tronçonneuse : le commencement, le réalisateur d’Armageddon et sa compagnie Platinum Dunes s’attaquent ici à une nouvelle version d’Hitcher, classique de l’épouvante routière réalisé en 1986 par Robert Harmon. A quelques détails près, notamment une nouvelle écriture du lien qui unit les deux jeunes héros, l’intrigue est restée la même. Jim Halsey et Grace Andrews, partis se détendre le temps d’un week-end, prennent en stop un homme étrange qui se présente sous le nom de John Ryder. Au fil de la conversation, ils comprennent qu’ils ont affaire à un dangereux psychopathe et parviennent à l’expulser de leur véhicule. Mais dès lors, Ryder se met à les prendre en chasse, multipliant les cadavres ensanglantés autour d’eux…

Faire le remake d’une œuvre culte est évidemment un exercice périlleux, un tel projet n’étant viable que s’il est porté par une forte personnalité. En l’occurrence, l’impulsion de ce nouvel Hitcher est moins à mettre au compte de Dave Meyers, réalisateur de clips et de spots publicitaires tournant là son premier long-métrage, que de son chaperon Michael Bay. A tel point que la mise en scène, pour efficace et musclée qu’elle soit, ne témoigne d’aucun parti pris personnel, se contentant d’assurer le service minimum avec des degrés d’efficacité variables. Si la première apparition nocturne de John Ryder sous la pluie, découpée et montée avec la minutie d’un orfèvre, fait littéralement froid dans le dos, et si la majeure partie des scènes d’action décoiffent indéniablement, d’autres séquences clefs pèchent par excès de maniérisme.  En la matière, le pire vient probablement du climax, truffé de ralentis, de longues focales outrancières et de morceaux de rock FM là où il eut fallu de la sobriété, de la violence brute et du réalisme. Ce type d’artifices superflus ponctue régulièrement le métrage, comme si Dave Meyers ne croyait pas suffisamment à l’efficacité du récit, à moins qu’il n’ait pas su apposer une patte véritable à un produit trop formaté. Il faut dire que l’ombre du film original plane constamment sur le remake, lequel reprend servilement la structure, les séquences et les dialogues de son modèle sans vraiment chercher à les transcender.

Une relecture soignée mais superflue

Pour qui est familier avec le premier Hitcher, cette relecture semble donc forcément superflue. Mais pour tous les autres – c’est-à-dire la plupart des adolescents directement ciblés ici – le spectacle demeure palpitant d’un bout à l’autre. Dave Meyers n’étant franchement pas malhabile lorsqu’il filme ses cascades de voitures ou ses moments de suspense oppressant, le film marche presque tout seul. Il faut également saluer la performance téméraire de Sean Bean. Personne ne pouvait égaler la prestation habitée et illuminée de Rutger Hauer. Le solide comédien britannique se garde donc d’imiter son prestigieux prédécesseur, nous proposant sa propre vision du personnage : un monolithe insondable et insensible. A ses côtés, Sophia Bush et Zachary Knighton, habitués jusqu’alors aux sitcoms et aux séries TV, s’en tirent avec honneur mais sans beaucoup d’éclat.

 

© Gilles Penso

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BÊTE MAIS DISCIPLINÉ (1979)

Jacques Villeret s’agite dans une comédie de Claude Zidi qui mêle espionnage, science-fiction et vaudeville dans le plus grand désordre

BÊTE MAIS DISCIPLINÉ

 

1979 – FRANCE

 

Réalisé par Claude Zidi

 

Avec Jacques Villeret, Kelvine Dumour, Céleste Bollak, Michel Aumont, Catherine Lachens, Michel Robbe

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Malgré leurs stars respectives, L’Animal et La Zizanie n’auront pas été les triomphes attendus. Pour son dixième long-métrage, Claude Zizi cherche alors à varier les plaisirs, tout en restant fidèle au genre comique qu’il a toujours défendu. Avec la bénédiction de son producteur Christian Fechner, il puise son inspiration un peu partout, mélangeant les bidasseries des débuts de sa carrière (Les Bidasses en folie, Les Bidasses s’en vont en guerre) avec des éléments de science-fiction et d’espionnage surfant sur la vogue de La Guerre des étoiles et des James Bond incarnés par Roger Moore. Il ne reste plus qu’à trouver l’acteur principal de cette loufoquerie disparate co-écrite avec Didier Kaminka et titrée Bête mais discipliné. Écartant les têtes d’affiche, Zidi se tourne vers Jacques Villeret. Pas encore célèbre auprès du grand public, le futur François Pignon du Dîner de con a pourtant déjà beaucoup tourné, notamment pour Claude Lelouch, Yves Boisset et Elie Chouraqui. Zidi lui offre le rôle sur mesure de Jacques Cardot, un jeune appelé « bête mais discipliné » que le scénario plongera dans une cascade de situations impensables.

Rondouillard, timide, introverti et follement éperdu d’une jeune fille employée dans une station thermale, Jacques est la risée de ses camarades de chambrée, parmi lesquels on reconnaît de tout jeunes Daniel Auteuil et Gérard Lanvin, esquissant un peu maladroitement les personnages archétypaux dont ils se feront une spécialité (le petit malin débordant de cynisme pour l’un, le grand bougon jouant les mauvais garçons pour l’autre). Jacques attend avec impatience la perm’ qui lui permettra de retrouver sa belle et de lui offrir le médaillon qu’il lui a acheté en vidant ses économies. Mais rien ne va se passer comme prévu. Dans le laboratoire de la base militaire, une cargaison top-secret doit absolument être transportée jusqu’au ministère de l’intérieur dans un convoi placé sous la responsabilité de l’officier Stévenin (Michel Aumont). Or Jacques est désigné d’office pour conduire le véhicule. Pas aussi bête ou disciplinée qu’on voudrait bien le croire, la jeune recrue détourne le convoi pour se rendre à l’hôtel des thermes. Mais cette insubordination va avoir des conséquences catastrophiques, d’autant que la précieuse cargaison est une nouvelle arme d’un genre très spécial…

Un film qui annonce Piège de cristal et Terminator ?

Claude Zidi a beau plonger Jacques Villeret dans les situations les plus ridicules (affublé d’un costume de marin qui le fait ressembler à un petit garçon, couvert de boue des pieds à la tête), le comédien reste touchant, fragile et attendrissant en toutes circonstances. Du coup, les ressorts comiques du film ne fonctionnent pas aussi bien que Zidi et Kaminka le voudraient. La maladresse lunaire de Villeret et le zèle colérique d’Aumont auraient pu créer un de ces duos comiques antithétiques dont Francis Veber a le secret, mais Bête mais discipliné n’a pas cette ambition. Il navigue un peu à vue, accumulant les gags sympathiques mais peu mémorables au sein d’une intrigue somme toute assez faible. Restent quelques quiproquos vaudevillesques efficaces dans une chambre d’hôtel, et surtout une poignée de séquences qui semblent presque préfigurer les futurs blockbusters hollywoodiens de la décennie suivante. Car en voyant Aumont ramper dans les couloirs d’aération de l’hôtel pour espionner les voisins, comment ne pas penser à Piège de cristal ? Et lorsque débarque un tueur cyborg (incarné par l’impressionnant René Van De Val) à l’œil rouge clignotant et à la main métallique dont chaque doigt est une arme, on jurerait voir un Terminator avant l’heure. Hasard ? Coïncidence ? Très probablement. Cela dit, James Cameron puisera plus tard son inspiration chez Claude Zidi et Didier Kaminka en signant le remake de La Totale, alors sait-on jamais ? Le « McGuffin » de Bête mais discipliné, cette fameuse cargaison après qui tout le monde court, est l’autre élément de science-fiction du film, puisqu’il s’agit d’un gaz expérimental changeant le comportement des gens. Les uns deviennent euphoriques, les autres se prennent pour des animaux ou pour des danseurs étoiles, bref c’est la panique au sein du climax joyeusement délirant de cette œuvre sympathique mais très dispensable.

 

© Gilles Penso



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LA CHAIR DU DIABLE (1973)

Peter Cushing et Christopher Lee se retrouvent face à un squelette préhistorique dont la chair se reconstitue peu à peu…

THE CREEPING FLESH

 

1973 – GB

 

Réalisé par Freddie Francis

 

Avec Peter Cushing, Christopher Lee, Lorna Heilbron, George Benson, Kenneth J. Warren, Duncan Lamont, Harry Locke

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Si Les Monstres de l’espace dénichait les origines du diable sur la planète Mars, La Chair du diable les localise dans notre préhistoire, à travers un scénario audacieux où les pièces éparses d’un même puzzle s’assemblent progressivement au fil d’une étonnante intrigue à tiroirs. Il y a James Hildern (Christopher Lee), cet autoritaire directeur d’hôpital psychiatrique sur le point de publier un ouvrage révolutionnaire sur la folie. Il y a ce fou dangereux, évadé de l’asile, traqué par toutes les polices. Il y a Emmanuel Hildern (Peter Cushing), le frère de James, un vénérable paléontologue accablé par la maladie mentale de son épouse qu’il a cachée à sa fille unique Pénélope pour la protéger. Il y a enfin et surtout cet étonnant squelette que le même Emmanuel Hildern a ramené d’une expédition en Nouvelle-Guinée, et qui semble constituer le fameux chaînon manquant que cherchent maints scientifiques. Massif, grimaçant, cet inquiétant fossile mi-humain mi-simiesque ne serait-il pas celui du Diable lui-même ? C’est en tout cas la folle théorie que développe le paléontologue, s’appuyant sur des ouvrages antiques.

Par inadvertance, le savant découvre qu’en versant de l’eau sur le squelette, sa chair se reconstitue. Il en extrait alors des cellules et crée ce qu’il pense être l’antidote contre le mal. Contrarié par l’état de sa fille, qui vient d’apprendre la vérité sur sa mère et se noie dans le chagrin, Hildern oublie toute prudence et lui inocule le sérum. Le résultat ne se fait pas attendre : Pénélope sombre dans la folie, perd toute notion de bien et de mal, traîne dans les quartiers mal famés, se prostitue presque, commet plusieurs meurtres et échoue dans l’hôpital psychiatrique de son oncle James. Celui-ci, peu encombré par les scrupules, décide de dérober le squelette dans le laboratoire de son frère pour s’approprier sa découverte. Or un orage gronde soudain, couvrant de pluie l’imposante carcasse qui se recouvre progressivement de chair et revient à la vie…

La carcasse du mal

Passionnant de bout en bout, ce scénario fou se pare de l’interprétation magistrale de Peter Cushing, partagé entre la sensibilité d’un père peiné et l’excentricité d’un professeur à la Tournesol, Christopher Lee, détestable et odieux à souhaits, et Lorna Heilbron, incarnant tour à tour la jeune fille modèle et la sauvageonne délurée… Seules petites réserves : Jenny Runacre, la comédienne choisie pour interpréter la mère de Pénélope au cours d’un flash-back, est probablement la danseuse de french cancan la plus ridicule et la moins crédible de l’histoire du cinéma, et le monstre lui-même, une fois entièrement régénéré, ressemble à un amas de latex bien moins effrayant que ce que laissait présager son impressionnant squelette. Le film s’achemine inexorablement vers un dénouement noir et pessimiste, conçu sous forme d’un coup de théâtre terriblement cynique. Une thématique très voisine (le Mal ayant établi sa demeure dans la carcasse d’un chaînon manquant préhistorique) sert de base au scénario de Terreur dans le Shangaï Express, réalisé l’année précédente par Eugenio Martin et mettant une fois de plus en scène Christopher Lee et Peter Cushing.

 

© Gilles Penso

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