L’HOMME SANS OMBRE (2000)

Paul Verhoeven se réapproprie le thème de l’homme invisible et transforme Kevin Bacon en psychopathe transparent

HOLLOW MAN

 

2000 – USA

 

Réalisé par Paul Verhoeven

 

Avec Kevin Bacon, Elizabeth Shue, Josh Brolin, Kim Dickens, Greg Grunberg, Joey Slotnick, Mary Randle, William Devane

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Le projet d’une version violente et sulfureuse des aventures de l’homme invisible sous la direction de Paul Verhoeven était extrêmement alléchant. Jusqu’alors, la science-fiction avait été un terrain d’expression idéal pour le cinéaste, s’appuyant esthétiquement sur les codes du genre pour mieux les torpiller de l’intérieur et en livrer une vision toute personnelle. Personne d’autre que lui n’aurait réalisé Robocop, Total Recall ou Starship Troopers de la même manière. Mais L’Homme sans ombre n’est clairement pas de la même étoffe. En guise de subversion, le scénario faussement provocateur d’Andrew Marlowe (Air Force One, La Fin des temps) n’ose jamais aller plus loin que celui du chef d’œuvre de 1933, face auquel il fait bien pâle figure. Car chez James Whale, Jack Griffin était déjà un assassin psychopathe gagné peu à peu par la folie et rêvant de profiter de ses pouvoirs pour commettre les pires crimes, y compris le viol. 70 ans plus tard, l’auteur des vénéneux La Chair et le sang et Basic Instinct ne parvient guère à transcender les ambitions de son illustre modèle. Certes, le sang y coule avec plus de panache et l’érotisme y est nettement plus suggestif, mais dans les normes raisonnables de l’inflation du sexe et de la violence à l’écran en sept décennies de films de genre. Même la scène du viol de la belle voisine par le lubrique savant transparent est pudiquement éludée. C’était pourtant l’un des points forts de la promotion de cet Homme sans ombre vendu comme une version radicale et définitive du mythe popularisé par H.G. Wells. Elles sont bien loin, les éprouvantes agressions de Barbara Hershey par l’entité translucide de L’Emprise

Visiblement parvenu au bout d’un cycle de films hollywoodiens, le réalisateur semble moins concerné que d’habitude et surtout moins spontané. En désespoir de cause, il se rabat sur les effets spéciaux qui, pour le coup, osent toutes les audaces et les surprises. Dès la scène d’introduction, le ton est donné avec ce malheureux rongeur mis en pièce par une bête invisible dont on devine peu à peu les traits simiesques grâce au sang qui recouvre progressivement ses crocs et ses griffes. La suite est à l’avenant, notamment la métamorphose douloureuse du docteur Sebastian Caine (Kevin Bacon), cobaye humain volontaire dont la peau disparaît peu à peu pour révéler les muscles, puis les organes, et enfin le squelette… Ces effets impressionnants, conçus par le Tippett Studio, poursuivent à grande échelle les expérimentations visuelles de John P. Fulton sur Le Retour de l’homme invisible. « J’ai eu beaucoup de plaisir à collaborer une fois de plus avec Phil Tippett, après Robocop et Starship Troopers », raconte Verhoeven. « Mais sur L’Homme sans ombre, les effets visuels étaient moins révolutionnaires. Ils s’appuyaient sur des procédés plus classiques. » (1) Le scénario lui-même ne se permet aucune digression véritable sur les implications éthiques et psychologiques d’une telle expérience humaine. 

La peur de l'invisible

Quant au final, il sacrifie aux normes ultra balisées du slasher traditionnel, l’homme sans ombre se comportant comme n’importe quel tueur psychopathe aux pouvoirs soudain démesurés, voire comme un extra-terrestre échappé d’Alien ou un des raptors de Jurassic Park ! Certes, on attendait bien un film de monstre, mais sous un éclairage tout de même plus subtil. C’est d’autant plus dommage que le potentiel horrifique d’un tel sujet était bel et bien là, comme en témoigne cette déclaration d’E.T.A. Hoffmann datant de 1820 : « Alors que je me sens capable de bien supporter la soudaine frayeur que m’inspirerait quelque terrifiante apparition, les manifestations inquiétantes d’un être qui demeurerait invisible me rendraient immanquablement fou. » Même le compositeur Jerry Goldsmith, dont le talent n’a jamais été à prouver, se met au diapason de l’œuvre et signe une partition tonitruante dénuée de la moindre finesse. Le réalisateur de Robocop est donc clairement passé à côté de son sujet, car au lieu de raconter l’histoire d’un homme névrosé transformé en monstre indestructible grâce à son invisibilité, il eut été mille fois plus audacieux de démontrer que n’importe qui, si équilibré fut-il, est promis à la tentation criminelle et à la déviance dominatrice s’il parvient à se soustraire au regard d’autrui. Une séquelle destinée au marché vidéo sera réalisée six ans plus tard par Claudio Fah, avec Christian Slater dans le rôle-titre. Quant à Verhoeven, il regagnera sa Hollande natale pour réaliser une œuvre bien plus personnelle, le remarquable Black Book.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2017

 

© Gilles Penso

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LE PORTRAIT DE JENNIE (1948)

Un peintre new-yorkais rencontre une mystérieuse jeune fille, vieillissant de plusieurs années à chacune de leurs rencontres…

THE PORTRAIT OF JENNIE

 

1948 – USA

 

Réalisé par William Dieterle

 

Avec Joseph Cotten, Jennifer Jones, Ethel Barrymore, Lilian Gish, Cecil Kellaway, David Wayne, Albert Shape

 

THEMA FANTÔMES

David O’Selznick, célèbre producteur d’Autant en emporte le vent ou Duel au soleil, incarnait à lui seul une certaine idée du cinéma hollywoodien, flamboyant et grandiose. Pas étonnant dès lors que Le Portrait de Jennie ait dérouté le public à sa sortie. Tiré du roman éponyme de Rober Nathan, le film se pose comme une œuvre intimiste et philosophique dont l’aspect romantique dépasse le cadre du mélodrame des deux succès sus-cités pour reposer entièrement sur un argument fantastique. Mystique même. Eben Adams (Joseph Cotten) peint des paysages mais peine à vivre de ses pinceaux. Miss Spinney (Ethel Barrymore), la co-directrice d’une galerie d’art d’un âge certain, perçoit pourtant le potentiel de son travail, convaincue que s’il trouvait l’inspiration véritable, il pourrait accoucher d’un chef-d’œuvre. Eben rencontre ensuite par hasard la jeune Jennie (Jennifer Jones) dans Central Park. La fillette semble le connaitre et lui explique qu’elle aimerait grandir plus vite pour pouvoir être avec lui, puis disparait comme elle est apparue, laissant derrière elle un foulard emballé dans un journal daté d’il y a 30 ans. Lorsqu’il la retrouve quelques jours plus tard, elle est âgée de plusieurs années supplémentaires. Jennie et Eben réalisent que leurs destinées sont liées, bien qu’ils soient nés dans des époques différentes. Dès lors, il ne vit plus que dans l’attente de leur prochaine rencontre et tente d’en apprendre plus sur elle. Ses investigations le mènent dans un couvent où elle a séjourné, mais une sœur lui apprend que Jennie est morte il y a quelques années, emportée par une lame de fond près du phare voisin. Eben est convaincu que s’il se rend au phare à la date anniversaire de l’accident, il pourra la revoir et peut-être empêcher le drame…

Difficile de résumer ce film décidément atypique tant scénario et mise en scène disséminent abondamment mystères cosmiques et pistes de réflexion philosophique. De prime abord, il s’agit d’une histoire d’amour entre deux âmes sœurs séparées par le temps, un obstacle bien plus difficile encore à surmonter que l’espace comme le montrera plus tard Quelque part dans le temps. L’autre complication tient à la nature fantomatique de Jennie, un ressort dramatique déjà au cœur de L’Aventure de Madame Muir l’année précédente. Mais Le Portrait de Jennie se veut avant tout une évocation et une représentation poétique et métaphysique de thèmes tels que la postérité, la mémoire et le destin. Après avoir rencontré Jennie, Eben ne cherche plus à vendre ses tableaux simplement pour payer son loyer ; son art devient une obsession, sa raison de vivre. Comme l’explique le collègue de Miss Spinney, un portrait réussi doit avoir une dimension intemporelle et universelle, ce à quoi parviendra Eben avec le portrait de sa spectrale muse, tous deux accédant à la postérité à travers ce chef d’œuvre : elle par sa fascinante beauté mélancolique, lui par son travail enfin reconnu. D’un point de vue méta-textuel, le film pourra aussi être vu comme une déclaration d’amour de Selznick à Jennifer Jones, qu’il allait épouser l’année suivante.

Une brève histoire (de l’amour et) du temps

Le réalisateur William Dieterle, un des nombreux émigrés allemands à Hollywood depuis les années 20, apporte une sensibilité toute expressionniste au Portrait de Jennie, dans un noir et blanc tour à tour hyper-contrasté et stylisé, mais aussi étonnamment désaturé lors de scènes en extérieurs dans la Grosse Pomme – une excursion hors du studio remarquable dans une production Selznick. Les rues de la ville apparaissent désertes, les amoureux transis errant dans les rues entre chien et loup comme deux fantômes, ce qui renfore encore l’intemporalité de l’histoire. La dernière séquence du film, lorsqu’Eben se rend au phare au beau milieu de la tempête, est teintée en vert, faisant basculer l’ambiance de l’onirisme vers le cauchemar. L’ultime plan du film nous offre une ultime évolution chromatique, concluant de façon douce-amère l’histoire de Jennie et Eben qui tend passionnément vers la notion d’absolu : accomplissement artistique, amour indéfectible et affirmation de soi. Bien que la magie de la mise en scène repose sur un traitement pictural très à-propos, le scénario fait lui aussi preuve d’une impressionnante densité – chaque scène, chaque réplique enrichissant le propos – et soigne ses personnages secondaires, comme l’émouvante Miss Spinney qui parvient à faire ressentir son amour et son admiration pour Eben, bien que les convenances sociales de l’époque lui interdisent d’avouer son attirance pour cet homme bien plus jeune qu’elle. Le Portrait de Jennie est un véritable petit bijou de cinéma, onirique et mélancolique, qui semble nous dire que l’âge et le temps ne sont que des notions terrestres, et que seul l’Amour a le pouvoir de nous extirper de leur fatale emprise.

 

© Jérôme Muslewski

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FRIGHT NIGHT 2 (2013)

Fausse suite du remake de Vampire, vous avez dit vampire ?, ce second Fright Night met en scène une version moderne de la comtesse Bathory

FRIGHT NIGHT 2: NEW BLOOD

 

2013 – USA

 

Réalisé par Eduardo Rodriguez

 

Avec Will Payne, Jaime Murray, Sean Power, Sacha Parkinson, Chris Waller, John-Christian Bateman, Liana Margineanu, Alina Minzu, Adi Hostiuc, Joelle Coutinho

 

THEMA VAMPIRES I SAGA VAMPIRE, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE ?

C’est en un temps record que le studio Fox a lancé la production de ce second Fright Night, dont le scénario fut écrit en une semaine à peine par Matt Venne (auteur de La Voix des morts de Patrick Lussier et La Maison sur le lac de Mick Garris), avant de subir un certain nombre de révisions pendant deux mois. À la tête de cette fausse séquelle conçue directement pour une exploitation vidéo, Eduardo Rodriguez entend rendre hommage au premier Vampire, vous avez dit vampire ? de Tom Holland sans tenir compte du précédent Fright Night de Craig Gillespie. Et de fait, Fright Night 2 usurpe son titre dans la mesure où il ne s’agit nullement d’une suite mais plutôt d’une variante sur le film original, qui emprunte également quelques éléments à Vampire, vous avez dit vampire 2 de Tommy Lee Wallace. Du coup, aucun des comédiens du Fright Night de 2011 n’a été conservé même si les personnages principaux sont les mêmes, incarnés par des acteurs hélas beaucoup moins charismatiques que leurs prédécesseurs (nous avons clairement affaire ici à des seconds couteaux). Il nous faut donc accepter le concept étrange d’un reboot qui met une fois de plus en scène Charley Brewster (Will Payne), sa petite amie Amy Peterson (Sacha Parkinson) et son copain lourdaud « Evil » Ed Bates (Chris Waller). Tous les trois se retrouvent dans un voyage étudiant en Roumanie, ce qui permet un contexte différent de ceux des opus précédents. Mais pour le reste, le refrain reste le même et un sentiment de déjà vu permanent flotte sur le film.

Charley Brewster est perturbé par le comportement de sa voisine, Gerri Dandridge, qui semble attirer les jeunes femmes chez elles pour les saigner puis jeter leurs corps dans des sacs poubelle. Après avoir fouillé chez elle et découvert qu’il s’agissait d’un vampire, il tente en vain de convaincre son entourage et les autorités. Tous les moments clés du film de Tom Holland sont donc là, de la transformation d’Evil Ed en vampire au kidnapping d’Amy en passant par le recours désespéré aux services de Peter Vincent, incarné ici par Sean Power. On le voit, rien de bien neuf à l’horizon, à part la modernisation du personnage de Peter Vincent (l’élégant comédien « old school » que campait Roddy McDowall est devenu une star bidon de YouTube qui ne croit pas aux monstres et traîne dans les bars à striptease) et le changement de sexe du vampire (Jerry est devenu Gerri). Cette dernière entorse au film original est sans doute un clin d’œil au second Vampire, vous avez dit vampire ?, dont la sensuelle buveuse de sang s’avérait être la sœur du sanglant Jerry. Le scénario profite de la féminisation du monstre et de la relocalisation européenne de l’intrigue pour convoquer le mythe de la comtesse Bathory. Car au naturel, la belle Gerri (Jaime Murray) est en réalité une vieille femme encapuchonnée qui ensorcelle ses jeunes victimes féminines, les égorge à distance (!), remplit sa baignoire de leur sang puis s’y plonge. Elle en ressort dès lors fraîche et pimpante, prête à commettre de nouveaux forfaits…

Vampire en pire

Tourné en 23 jours dans des températures glaciales avoisinant parfois les -30° (au grand dam des comédiens frigorifiés et des techniciens dont l’équipement manque souvent de défaillir), Fright Night 2 n’est pas dénué de qualités. Le chef opérateur Yaron Levy signe une photographie très soignée aux couleurs saturées, le compositeur Luis Ascanio mêle avec bonheur les cuivres, les synthétiseurs et les chœurs lugubres, et le cinéaste parvient à concocter quelques scènes d’épouvante assez efficaces, comme ce pré-générique choc dans une station-service ou ce chassé-croisé dans le métro. Il conçoit également un flash-back original qui raconte les origines de la comtesse sanglante sous forme d’une bande-dessinée en 3D. Inattendue, cette scène permet à la production d’économiser les coûts importants qu’aurait nécessité un tournage en prises de vues réelles, mais il faut reconnaître qu’elle est justifiée de manière très artificielle dans le film. Et c’est là tout le problème de Fright Night 2 : une absence de finesse et des raccourcis scénaristiques permanents. Visiblement peu confiant dans le potentiel de son scénario, Rodriguez ménage un « jump-scare » toutes les cinq minutes, se réfugie derrière un érotisme prudent et des effets sanglants convenus, puis achève son film sur un climax ridicule n’en finissant plus d’enchaîner les rebondissements improbables dans la grande piscine de la comtesse Bathory.

 

© Gilles Penso

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M.A.L. MUTANT AQUATIQUE EN LIBERTÉ (1989)

L’équipe d’une station nucléaire sous-marine est attaquée par un redoutable monstre aquatique…

DEEP STAR SIX

 

1989 – USA

 

Réalisé par Sean S. Cunningham

 

Avec Taurean Blacque, Nancy Everhard, Greg Evignan, Miguel Ferrer, Matt McCoy, Nia Peeples, Cindy Pickett, Marius Weyers

 

THEMA MONSTRES MARINS

Réalisé par l’initiateur de la franchise Vendredi 13, Deep Star Six s’évertue à recopier tranquillement le scénario d’Abyss pendant une bonne partie de métrage. Cela dit, étant donné la simultanéité des deux films, il est difficile d’estimer la véritable nature du plagiat. D’autant que Lewis Abernathy, auteur de l’histoire « originale » de M.A.L., est un ami de James Cameron, et que tous deux développaient leurs projets respectifs en même temps. Cameron aurait même instamment prié Abernathy d’attendre qu’Abyss sorte sur les écrans afin que les deux films ne se concurrencent pas. Les points communs sont en effet légion. Ici, nous suivons les mésaventures de l’équipe d’une station nucléaire sous-marine qui se retrouve en difficulté, isolée de tous, privée d’oxygène et menacée de noyade et de dépressurisation. La première heure du film n’est pas follement palpitante, dans la mesure où l’action principale consiste à montrer des acteurs s’agiter dans le décor de la station, lequel est agrémenté de quelques effets pyrotechnique et autres jets d’eau pour bien montrer qu’il y a danger. De temps en temps, quelques mignonnes maquettes évoluent dans un décor miniature pour nous montrer la situation vue de l’extérieur, et c’est à peu près tout.

Au bout d’une heure, la menace montre enfin le bout de son museau : il s’agit d’un monstre marin bizarre, que le titre français qualifie de mutant pour bâtir un acronyme astucieux avec le mot « mal », mais que le scénario semble plutôt rattacher à une espèce préhistorique indéterminée, réveillée par l’homme comme son ancêtre Godzilla. Encore que le slogan du film, pour sa part, laisse carrément imaginer une origine extra-terrestre, clamant que « tous les aliens ne viennent pas de l’espace ». Quoiqu’il en soit, nous avons affaire à une sorte de reptile géant aux membres antérieurs griffus et à la mâchoire triangulaire démesurée, façon Tremors. Le script abandonne alors ses similarités avec Abyss pour virer à l’Alien aquatique, comme le Leviathan de George Pan Cosmatos sorti quasiment en même temps sur les écrans.

L’alien des abysses

On le voit, Sean S. Cunningham semble avoir veillé à éviter à tout prix l’originalité, de peur de dérouter un public aux goûts parfaitement formatés. Il avait fait de même dix ans plus tôt en photocopiant presque La Nuit des masques pour lancer la franchise Vendredi 13, mais cette fois-ci son monstre aquatique n’a guère généré de séquelle, et l’on comprend aisément pourquoi. Étant donné que la bestiole en question n’est pas des plus convaincantes et qu’elle se contente de remuer timidement devant des comédiens pas vraiment concernés, autant dire que le public baille plus que de raison tout au long du film. Le casting est d’ailleurs d’une fadeur qui confine à la transparence, à l’exception du charismatique Miguel Ferrer, ex-golden boy adepte de poudre blanche dans Robocop et futur agent du FBI hargneux de Twin Peaks, qui cabotine ici à outrance mais tire au moins son épingle du jeu. Quelque peu brouillé avec Lewis Abernathy après la sortie de M.A.L., James Cameron finit par passer l’éponge et l’embarqua sur les tournages de Titanic et Les Fantômes du Titanic.

 

© Gilles Penso

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LE PROFESSEUR FOLDINGUE (1996)

Eddie Murphy nous offre un remake excessif du classique Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis

THE NUTTY PROFESSOR

 

1996 – USA

 

Réalisé par Tom Shadyac

 

Avec Eddie Murphy, Jada Pinkett, James Coburn, Larry Miller, David Chappelle, John Ales, Patricia Wilson, Jamal Mixon

 

THEMA JEKYLL & HYDE

L’idée de faire le remake d’une parodie, en l’occurrence le Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis, peut à priori surprendre. C’est pourtant ce qu’ont entrepris trente-trois ans plus tard le producteur Brian Grazer, le réalisateur Tom Shadyac et le comédien Eddie Murphy, frais émoulu d’un Vampire à Brooklyn oscillant maladroitement entre la comédie et l’épouvante. Pour éviter de réitérer cette maladresse, point d’ambiguïté ici : The Nutty Professor version 1996 (lourdement traduit par Le Professeur Foldingue en France, ce qui nous rappelle les grandes heures télévisées de Stéphane Collaro et son équipe d’humoristes !) est une comédie pure, même si la thématique reste profondément fantastique. L’idée maîtresse de cette nouvelle version est née dans l’esprit d’Eddie Murphy : pourquoi le docteur en question ne serait-il pas un obèse cherchant à lutter contre sa corpulence envahissante ?

L’idée est séduisante, certes, et susceptible de toucher un large public dans une Amérique frappée de calories envahissantes. Mais elle n’est guère réalisable sans effets spéciaux omniprésents, dans la mesure où c’est Eddie Murphy qui interprète le docteur obèse, son alter ego athlétique, ainsi que toute la famille du docteur et un professeur d’aérobic blanc… Sept personnages distincts en tout ! Maquilleur familier du comédien et superstar des effets spéciaux cosmétiques, le grand Rick Baker s’est attelé à cette lourde tâche avec le talent qu’on lui connaît. Grâce au savoir-faire de Baker et à sa mousse de latex, Murphy se transforme tour à tour en bibendum de deux cents kilos, en mère joviale, en grands-parents fatigués, en frère hargneux ou en blanc gesticulant. Le frêle Julius Kelp de Jerry Lewis se mue ainsi en ventripotent Sherman Klump, professeur de génétique à l’Université Wellman. Sérieusement complexé par son poids considérable, il essaie bien les régimes et les séances de sport, mais rien n’y fait. Lorsqu’un comique de cabaret se moque ouvertement de sa corpulence devant Carla (Jada Pinkett), jolie professeur de chimie dont il est en train de s’éprendre, Klump décide de tenter le tout pour le tout : créer la formule qui le transformera en séducteur svelte, agressif et sûr de lui.

Docteur obèse et Mister svelte

Empruntant un terrain déjà balisé tout en distillant quelques séquences de pure folie (le cauchemar où Klump s’imagine aussi grand que King Kong), Le Professeur Foldingue s’achemine vers un climax excessif au cours duquel, par le biais d’effets visuels hérités de The Mask, notre héros grossit et maigrit à tour de rôle devant une assistance médusée. Il faut bien avouer que la mise en scène de Tom Shadyac est anonyme et que l’humour y végète très en dessous de la ceinture. Malgré tout, le divertissement fonctionne plutôt bien, en grande partie grâce à l’énergie et à la bonhomie communicative de son comédien omniprésent. Mais qu’il est loin, le chef d’œuvre de Jerry Lewis ! Le succès du Professeur Foldingue, qui coûta tout de même la coquette somme de 54 millions de dollars, remit en selle Eddie Murphy, qui venait d’enchaîner une inquiétante série de bides, et entraîna la mise en chantier d’une séquelle centrée sur les membres de la famille Klump.

 

© Gilles Penso

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POPCORN (1991)

Alors qu’ils organisent une soirée consacrée aux films d’horreur, les membres d’un ciné-club sont attaqués par un tueur défiguré…

POPCORN

 

1991 – USA

 

Réalisé par Mark Herrier

 

Avec Jill Schoelen, Tom Villard, Dee Wallace Stone, Derek Rydall, Malcolm Danare, Elliott Hurst, Ivette Soler

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I TUEURS

Alan Ormsby est un cas un peu à part dans l’industrie du cinéma. Cumulant les postes de réalisateur, scénariste et maquilleur spécial, il a notamment écrit Le Mort-vivant, Deranged et La Féline de Paul Schrader. Auteur de Popcorn, il en attaqua la mise en scène mais fut remplacé au bout de trois semaines de tournage par le méconnu Mark Herrier (l’un des acteurs principaux de la comédie Porky’s), tout comme la comédienne Amy O’Neill qui céda finalement sa place à Jill Schoelen dans le rôle de la jeune héroïne Maggie, une étudiante passionnée par le cinéma. Toutes les nuits, celle-ci fait des cauchemars qui l’inspirent pour l’écriture d’un scénario de film. Dans le ciné-club de son lycée, auquel elle participe activement, les considérations cinéphiliques vont bon train. Ainsi peut-on y entendre des répliques aussi improbables que : « il y a plus de contexte social et d’étude de mœurs dans Police Adacamy 5 que dans toute l’œuvre d’Ingmar Bergman » ! Le ton est donné : Popcorn sera un film postmoderne gorgé de clins d’œil à l’attention des fans de cinéma de genre.

Pour relancer le ciné-club, ses membres décident d’organiser une nuit de l’horreur dans un vénérable cinéma qui s’apprête à fermer définitivement ses portes. En fouillant les lieux, la petite équipe découvre « Le Possesseur », un court-métrage psychédélique des années 70 dont l’auteur, Lenyard Gates, aurait perpétré un massacre avant de se donner la mort. Or les images du film rappellent étrangement à Maggie ses cauchemars. Le mystère s’épaissit lorsque la mère de la jeune femme (Dee Wallace Stone, échappée de Hurlements, E.T. et Cujo) est agressée en pleine nuit dans le cinéma qui semble soudain hanté. Lorsque « la nuit de l’horreur » démarre le lendemain, les spectateurs déguisés investissent les lieux avec une bonne humeur communicative.

Insectes géants, hommes électriques et odorama

Les trois films projetés cette nuit-là sont conçus comme de réjouissants hommages parodiques au cinéma fantastique des années 50 et 60, et ce sont sans conteste les meilleurs moments de Popcorn. Le premier, baptisé « Mosquito », est un film de moustique géant en relief, façon Jack Arnold. Alors qu’à l’écran l’insecte colossal (soutenu par un fil bien visible) attaque les personnages, aspirant leur sang en plantant son dard dans leur tête, un moustique géant mécanique suspendu à un harnais se promène dans la salle de cinéma pour effrayer les spectateurs (hommage direct au réalisateur William Castle qui utilisait un gimmick similaire dans La Nuit de tous les mystères). Difficile de ne pas penser à Panic sur Florida Beach, que Joe Dante réalisera deux ans plus tard. Le film suivant est « Attack of the Amazing Electrified Man », une sorte de parodie de L’Indestructible dans laquelle un condamné à la chaise électrique ressuscite et électrocute ceux qui lui barrent la route, tandis que des décharges électriques se déclenchent sur le fauteuil des spectateurs (référence à The Tingler, un autre film de Castle). Le troisième film est « The Stench », un film japonais façon Inoshiro Honda qui est projeté dans la salle en « aroma-rama ». Mais pendant la projection, les membres du club sont tués un à un par un mystérieux assassin au visage brûlé qui se confectionne des masques à l’effigie de ses victimes (grâce à des maquillages spéciaux très inventifs) et semble mener une croisade personnelle contre Maggie. « Le Fantôme de l’Opéra » et L’Homme au masque de cire figurent donc également parmi les références de ce savoureux film patchwork qui ne connut pas le succès qu’il méritait et sombra dans un oubli duquel il faudrait sans doute l’exhumer.

 

© Gilles Penso

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LE MONDE FANTASTIQUE D’OZ (2013)

Un prestidigitateur menteur et roublard, emporté par une tornade dans le monde imaginaire d’Oz, se retrouve mêlé aux rivalités entre trois sorcières

OZ, THE GREAT AND POWERFUL

 

2013 – USA

 

Réalisé par Sam Raimi

 

Avec James Franco, Mila Kunis, Michelle Williams, Rachel Weisz, Zach Braff, Joey King, Bruce Campbell

 

THEMA CONTES

Après les acquisitions de Pixar, Marvel et Lucasfilm, Disney débutait la seconde décennie du nouveau millénaire avec déjà plus d’un projet dans son sac. Comme si ça ne suffisait pas, le producteur Joe Roth, ex-patron de la filiale « live » de la firme et déjà à l’origine du très profitable remake d’Alice aux pays des merveilles par Tim Burton, veut créer une franchise potentielle basée sur la série de livres de Frank L. Baum consacrés au monde du magicien d’Oz. Après avoir dilué l’esprit « burtonien » dans sa fantaisie bariolée, Roth jette cette fois son dévolu sur Sam Raimi, le réalisateur de la trilogie culte Evil Dead, de Darkman, Mort ou vif, mais surtout bien sûr de la poule aux œufs d’or que représentait sa trilogie Spider-Man. Après tout, n’en déplaise à ses fans les plus évangélistes, Raimi avait déjà depuis longtemps déposé machette et tronçonneuse, avec plusieurs films plus sages et plus mainstream. Mais Le Monde fantastique d’Oz profite néanmoins de quelques sursauts de personnalité hérités de son précédent film, le jubilatoire Jusqu’en enfer, lui-même voulu comme une récréation après avoir trop trainé ses lycras dans le giron de Sony Pictures avec ses Spider-Man. Le film s’ouvre de façon audacieuse en utilisant un format d’image « académique » (soit le 1,33 : 1 des téléviseurs 4/3) en noir & blanc (sépia plus exactement) pendant 20 minutes ! Le générique est déjà magnifique en soi, avec ses effets optiques façon lanterne magique et zootrope. La version 3D du film renforce encore la sensation d’assister à un tour de magie et la musique de Danny Elfman laisse espérer que ce Monde fantastique d’Oz vengera la déroute de Tim Burton sur Alice au pays des Merveilles. La promesse est d’autant plus belle que le personnage d’Oscar Diggs (James Franco) est d’entrée présenté comme un prestidigitateur volage et roublard, plutôt embarrassé que touché lorsqu’une jeune infirme (Joey King) le supplie d’essayer de lui rendre l’usage de ses jambes, car « elle croit en lui ». Survient alors une tornade qui va, comme dans le classique de Victor Fleming, propulser notre anti-héros dans le monde d’Oz.

Force est de reconnaitre que les promesses d’un divertissement « autre » ne sont pas tenues après ce point, la faute en partie à une direction artistique qui semble interchangeable avec celles d’Alice aux pays des merveilles, des deux Maléfique et du futur Casse-Noisette. Noyé dans ses images de synthèse criardes, Sam Raimi parvient néanmoins à nous faire oublier que Dorothy n’est pas de l’aventure. Alors que la tendance actuelle est à la relecture féministe de certains classiques, Le Monde fantastique d’Oz fait l’exact inverse ! Ce sont toutefois les femmes qui mènent la danse autour d’Oscar : entre Glinda (Michelle Williams), Theodora (Mila Kunis) et Evanora (Rachel Weisz), le pauvre homme est aussi malmené qu’une boule de flipper. Impossible de ne pas penser au pauvre Ash (Bruce Campbell) qui subissait le sadisme de son réalisateur dans la trilogie Evil Dead et qui, comme de coutume, se fend d’une courte apparition dans le rôle d’un garde zélé. Fidèle à ses habitudes donc, Raimi recours à l’autocitation et replace quelques-uns de ses mouvements de caméra « cartoonesques » fétiches, comme ces objets contondants au premier plan pointant vers leur victime, ces plans cassés dès qu’une bagarre s’amorce et ces images distordues face à l’horreur. Et s’il doit par contrat mettre la pédale douce sur les effets horrifiques, sa méchante sorcière de l’Ouest est aussi monstrueuse que possible (il s’agit pourtant de Mila Kunis) grâce aux maquillages de ses fidèles compagnons d’arme du studio KNB, notamment quand il la filme à la manière des zombies d’antan. Néanmoins, malgré un mariage réussi entre décors partiels « en dur » et extensions numériques, l’aspect général du film est trop lisse pour laisser s’exprimer le Sam Raimi excentrique et incisif que nous aimons.

Sam Raimi, le magicien qui ose

Sam Raimi s’est donc acquitté du cahier des charges imposé, probablement avec plus de panache que le Tim Burton démissionnaire d’Alice aux pays des merveilles car, malgré les apparences, lui ne se renie pas : non content de recycler les grandes lignes de L’Armée des ténèbres (un héros-malgré-lui tombé du ciel dans un royaume où il est pris pour le messie et mène une armée de fortune à la victoire face à l’oppresseur) Le Monde fantastique d’Oz, prône également la supériorité de l’inventivité, du bricolage et de la magie (soit la définition du cinéma de Raimi époque pré-Mort ou vif) sur la technologie et l’uniformisation. Après une séquence-montage où Ash – pardon, Oz – commande ses troupes à l’ouvrage pour préparer leur contre-attaque, nous découvrons lors de la bataille que son intention était toute autre, et qu’il compte venir à bout des deux méchantes sorcières comploteuses en usant de malice et d’imagination : voilà les vrais talents de ce faux magicien, en qui on peut voir une analogie avec un réalisateur. La réussite de Raimi se situe donc moins dans le résultat à l’écran que dans son sous-texte et ses articulations. La victoire reste toutefois amère, car le film peut alors se voir au mieux comme une fable cynique, au pire comme un produit parfaitement calibré mais sans aspérité, selon que l’on soit sensible ou pas aux messages codés que Sam Raimi nous adresse.

 

© Jérôme Muslewski

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PUPPET MASTER 2 (1990)

Pour donner à leur créateur le fluide vital qui lui redonnera vie, les poupées tueuses d’André Toulon se lancent dans un nouveau jeu de massacre…

PUPPET MASTER II

 

1990 – USA

 

Réalisé par David Allen

 

Avec Elizabeth Maclellan, Collin Bernsen, Steve Welles, Gregory Webb, Charlie Spradling, Jeff Celentano, Nita Talbot, Sage Allen

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER CHARLES BAND

Génie des effets visuels et de l’animation, digne descendant de son idole Ray Harryhausen, David Allen a su agrémenter de nombreux films à petits budgets de créatures mémorables, notamment pour les productions de Charles Band (Rayon laser, Le Jour de la fin des temps, Les Poupées, Ghoulies 2, Robot Jox). Band lui avait déjà donné la possibilité de faire ses débuts de metteur en scène en dirigeant l’un des segments de l’anthologie Le Maître du jeu. Cet essai réussi permet à David Allen de passer à la vitesse supérieure en attaquant avec Puppet Master II son premier long-métrage. Malheureusement, le scénario de David Pabian est un tissu d’inepties qui ne parvient pas même à capitaliser sur le potentiel offert par le premier Puppet Master. Un bref résumé de l’histoire (imaginée par Band lui-même) en dit assez long. Orphelines sans leur créateur André Toulon, les marionnettes qu’il a créées, et auxquelles il a donné vie grâce à un secret appris en Égypte par un mystérieux marionnettiste, le déterrent et lui donnent un peu du fluide qui les maintient en activité. Désormais mort-vivant et en état de putréfaction avancée, Toulon (Steve Welles) se cache sous des dizaines de mètres de bandage et recrée son armée miniature qu’il lance à la recherche de cerveau humain, d’où elles pourront tirer leur énergie vitale. Les prochaines victimes potentielles sont de jeunes scientifiques venus investir le château au bord de mer où se déroulèrent jadis de fort étranges événements.

La seule nouveauté un tant soit peu distrayante de Puppet Master II est la création de Torch, une nouvelle poupée aux allures de soldat allemand de la première guerre mondiale et au faciès de squelette carnassier, dont le bras droit est un redoutable lance-flammes et dont les dents sont des balles de revolver. Une savoureuse scène de suspense le montre aux prises avec un enfant qui se plaît à martyriser ses jouets. Un flash-back conçu visiblement comme un hommage à La Momie nous permet également de découvrir l’une des créatures du magicien égyptien qui livra jadis son secret à Toulon. Il s’agit d’une sorte de gargouille habillée comme un clown et animée image par image dans une poignée de plans qui évoquent ouvertement les monstres de Ray Harryhausen. Les poupées demeurent donc une fois de plus l’attraction principale, le reste du film ne valant pas grand-chose. 

Les petits monstres

Toulon est devenu un croque-mitaine mort-vivant à l’accent allemand, emmitouflé dans des bandages (quelque part à mi-chemin entre L’Homme invisible et L’Homme au masque de cire) et assoiffé de sang. Quant aux héros, hélas, ils se résument à une poignée de bellâtres jeunes et stupides que le scénario tente de faire passer pour d’éminents scientifiques œuvrant dans le domaine parapsychologique, mais dont la réelle fonction consiste à périr un à un, comme dans un vulgaire succédané de Vendredi 13Si David Allen rivalise d’inventivité pour donner vie aux jouets tueurs et les faire cohabiter à l’écran avec leurs futures victimes humaines, ses talents de metteur en scène ne peuvent guère s’épanouir en pareil contexte. « Certes, ce n’était pas ce qu’on peut appeler un grand film, mais c’était ma première réalisation, et il y avait un bon nombre de problèmes techniques complexes à régler », nous avouait-il quelques années plus tard. « Pour moi, c’était l’occasion de me faire la main avant d’attaquer la mise en scène de mon film The Primevals, plusieurs années plus tard. » (1) Hélas, le brillant animateur n’eut jamais l’occasion de terminer ce projet de longue date, variation extrêmement audacieuse sur la thématique du Monde Perdu. Un cancer le terrassa en effet le 6 août 1999 à l’âge de 44 ans. Bien des années plus tard, plusieurs de ses anciens collaborateurs unirent leurs efforts pour ressusciter ce film inachevé.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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OZ, UN MONDE EXTRAORDINAIRE (1985)

Revenue du merveilleux monde d'Oz, Dorothy fuit l’internement que lui réservait sa tante pour regagner son univers… imaginaire ?

RETURN TO OZ

 

1985 – GB / USA

 

Réalisé par Walter Murch

 

Avec Fairuza Balk, Nicol Williamson, Jean Marsh, Piper Laurie, Matt Clark, Deep Roy, John Alexander, Brian Henson

 

THEMA CONTES

Dans les années 80, alors que le genre fantastique a désormais établi résidence dans les villes de banlieue américaines (les slashers et toutes les productions Amblin) et s’adresse volontiers aux adolescents, le corollaire de cette évolution est de chercher à rompre avec ce quotidien en offrant aux enfants de s’évader dans des mondes imaginaires. La Guerre des étoiles a déjà préparé le terrain, mais le conte connait un retour en grâce à sa suite avec Dark Crystal, Labyrinthe, L’Histoire sans fin, Legend ou Princess Bride. Le studio Disney, toujours en pleine traversée du désert depuis les années 70, apporte sa contribution au genre avec Oz, un monde extraordinaire. Le scénario trouve un habile équilibre pour satisfaire les parents ayant grandi avec Le Magicien d’Oz sans s’aliéner le jeune public. Les événements du film original sont ainsi évoqués dans le prologue, alors que Dorothy (Fairuza Balk) raconte ses aventures au docteur Woley (Nicol Williamson). Mais pour autant, il ne s’agit pas d’une suite puisque l’héroïne n’est âgée que de 9 ans (contre 16 dans le film original) et qu’il n’est plus question ici de numéros musicaux. Oz, un monde extraordinaire peut donc s’appréhender comme l’histoire indépendante d’une fillette soupçonnée d’affabulations. Ce qui pousse le médecin à lui prescrire une séance d’électrochocs dans ce qui ressemble plus à un asile qu’à un hôpital. Heureusement, un orage survient, causant une rupture de courant salvatrice. Une autre pensionnaire aide alors Dorothy à s’enfuir à travers bois mais elles chutent toutes deux dans une rivière et sont emportées. Ayant perdu connaissance, Dorothy se réveille dans le monde de Oz et découvre que ses habitants ont été pétrifiés par un méchant roi (interprété également par Nicol Williamson pour établir le lien entre réalité et rêverie), qui retient prisonnier l’épouvantail rencontré lors de son premier séjour. Accompagnée d’un soldat mécanique, d’un épouvantail et d’un homme-citrouille, Dorothy part au secours de son ami.

Le film nous emmène à Oz après une petite bobine – mais quelle bobine ! Pour un conte tout public, qui plus est produit par Disney, Dorothy n’est pas ménagée, promise à un calvaire proche de celui enduré par Baby Doll dans Sucker Punch. Un aspect cauchemardesque que l’on retrouve plus tard dans une scène qui marquera à coup sûr les plus jeunes, lorsque Dorothy s’infiltre dans une galerie arborant des têtes coupées sous vitrine que la maitresse des lieux, décapitée, peut utiliser à sa guise. Et la reine étêtée de se lancer à la poursuite de la petite intruse ! Terry Gilliam n’est pas loin et la séquence n’aurait pas dépareillé dans Le Baron de Munchausen. Force est d’ailleurs de reconnaitre que si Oz, un monde extraordinaire est une production américaine, il n’en exhale pas moins un parfum tout britannique. Et si le spectateur a envie de s’écrier : « j’ai l’impression que nous ne sommes plus au Kansas ! », c’est parce que le film a été tourné intégralement en Angleterre, ce que la photo de David Watkins et la direction artistique de Norman Reynolds semblent trahir à chaque instant. Le fait que le Kansas soit un brin plus verdoyant qu’on ne l’imagine n’entrave en rien la crédibilité des scènes du monde réel. En revanche, d’autres extérieurs intégrés dans le pays d’Oz contrarient notre suspension d’incrédulité car la lumière naturelle, très plate, contraste avec celle, plus travaillée et chaude, des séquences en studio et des divers décors peints. Néanmoins, bien que son film soit visuellement moins abouti que celui de son concurrent direct Labyrinthe, Walter Murch utilise tous les trucages à sa disposition pour raconter son histoire, dont un remarquable travail de marionnettes confié à Brian Henson, mais surtout l’omniprésence de la « claymation » – de la pâte à modeler animée image par image – une discipline rarement vue dans des productions de ce calibre.

Une production houleuse…

Les cinéphiles noteront qu’il s’agit de l’unique réalisation de Walter Murch, monteur (image et son) oscarisé de quelques classiques pour ses amis Francis Coppola et George Lucas. Bien que son implication personnelle dans ce projet l’ait amené à en cosigner le scénario, les pontes de Disney n’eurent de cesse de douter de ses compétences, si bien qu’il fut évincé après quelques jours de tournage. Il ne retrouvera son poste que grâce à l’intercession de ses deux amis susmentionnés, et la garantie que Lucas prenne la relève derrière la caméra si les choses devaient mal se passer. En revanche, Gary Kurtz, producteur émérite des deux premiers épisodes de La Guerre des étoiles ne sera pas repêché et se verra remplacé par Paul Maslansky, célèbre par la suite pour son « travail » sur la saga Police Academy. Malgré ces tensions en coulisse, Oz, un Monde extraordinaire propose une aventure cohérente dans son genre, et si personnages et effets spéciaux ne génèrent pas le même émerveillement que d’autres fantaisies produites à la même période, on peut regretter cette époque où certains films n’hésitaient pas à provoquer quelques sains et inoffensifs frissons chez les enfants. Un des buts du Fantastique n’est-il pas d’exorciser les peurs et les cauchemars ?

 

© Jérôme Muslewski

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LE CLANDESTIN (1987)

Un chat génétiquement modifié s’embarque sur le yacht luxueux d’un milliardaire mafieux et sème la terreur parmi les passagers…

UNINVITED

 

1987 – USA

 

Réalisé par Greydon Clark

 

Avec George Kennedy, Alex Cord, Toni Hudson, Rob Estes, Clu Gulager, Shari Shattuck, Clare Carey

 

THEMA MAMMIFÈRES

Greydon Clark est un prolifique cinéaste de genre habitué à composer avec des budgets ridicules sans pour autant réfréner ses ambitions. Si son film le plus réussi est probablement Terreur extra-terrestre, les amateurs de cinéma bis lui préfèrent souvent Le Clandestin pour son humour involontaire. L’idée de ce long-métrage impensable est née au milieu des années 80, alors que Clark est en train de tourner le western Final Justice. Dans le studio italien qu’il côtoie trône un grand bassin édifié par Dino de Laurentiis pour la simulation de séquences en mer. Pourquoi ne pas y tourner un film d’horreur qui se déroulerait à bord d’un bateau, avec un monstre attaquant tous les passagers ? Après avoir envisagé un temps de mettre en scène un rat mutant, le réalisateur penche finalement pour un chat, plus original et donc plus surprenant. Reste à dénicher le yacht qui accueillera sa petite équipe. Le bateau idéal étant introuvable en Italie, Clark est sur le point de renoncer, jusqu’à ce qu’il trouve la perle rare en Californie. Abandonnant l’idée de tourner dans un bassin, il loue donc la luxueuse embarcation pendant deux semaines pour 15 000 dollars et part tourner en mer. 75 000 autres dollars sont dépensés pour embaucher trois vétérans du petit écran dans les rôles principaux : George Kennedy (Le Virginien), Alex Cord (L’île fantastique) et Clu Gulager (La Grande caravane). Le budget se réduisant comme peau de chagrin, il reste moins de 110 000 dollars pour faire le film. Autant dire qu’il va falloir faire des concessions…

Dès l’entame du Clandestin, le ton est donné. Un chat parvient à échapper à la surveillance d’un groupe de scientifiques qui pratiquaient des expériences sur lui dans un laboratoire de Floride et rode dans le parking souterrain du bâtiment. Des hommes en combinaison antiradiations le cernent et tentent de l’endormir avec une flèche tranquillisante. Mais lorsque l’un d’entre eux s’approche trop près du félin, la bouche du matou s’ouvre pour révéler un second chat – monstrueux celui-ci – qui surgit et se jette sur lui. S’ensuivent les hurlements, les jets de sang… et les éclats de rire irrépressibles des spectateurs. Comment rester de marbre face à ce concept aberrant (un chat démoniaque caché dans le corps d’un autre chat) et devant les effets spéciaux désespérément simplistes sollicités pour lui donner corps (une rudimentaire marionnette à main conçue par Jim et Debi Boulden) ? Le potentiel comique du film est d’autant plus grand qu’il se prend très au sérieux, visiblement inconscient de cet humour au second degré qu’il véhicule constamment et qui lui vaudra des déclarations d’amour de la part des fans de nanars. Chaque attaque de la créature est plus drôle que la précédente, et l’on pense aux fausses pubs des Nuls pour le CCC (« comité contre les chats ») qui utilisaient abondamment des faux félins en peluche balancés devant la caméra et agrémentés de bruitages de cris hystériques. Greydon Clark n’utilise d’ailleurs que deux miaulements en tout et pour tout qui seront inlassablement répétés tout au long du film.

La croisière chat m’use

Mais il nous faut tout de même tenter de nous intéresser à l’histoire. Nous découvrons donc avec perplexité cinq étudiants (deux bimbos écervelées, deux abrutis invétérés et un spécialiste de la biologie beaucoup plus intelligent que les autres) qui s’embarquent sur le yacht d’un milliardaire véreux et de ses deux associés, accompagnés du chat qu’ils ont ramassé dans la rue. Le prétexte pour réunir ces personnages est saugrenu (les trois gangsters en route vers les îles Caïman proposent aux étudiants de servir d’équipage puisque les anciens employés ont pris la poudre d’escampette), mais nous ne sommes plus à ça près. La routine qui s’installe ensuite laisse rêveur : des amourettes entre ados filmées comme dans un téléfilm érotique du dimanche soir, des scènes de bagarre à mourir de rire (les trois acteurs vétérans ne sont plus dans leur prime jeunesse et chaque effort physique semble compliqué) et ce bon vieux chat mutant qui revient faire des siennes régulièrement. Chaque apparition de la méchante marionnette est un pur réjouissement, accompagnée des grimaces outrées des victimes qui n’en finissent plus de hurler et des maquillages spéciaux conçus à base de « bladders » (les fameuses vessies gonflables en latex) et de faux sang généreusement répandu. Tandis que l’étudiant en biologie s’efforce de nous donner des explications scientifiques, les morts violentes s’accumulent jusqu’à un climax inimaginable où le yacht est remplacé par une petite maquette filmée dans la piscine de Greydon Clark, visiblement à bout de ressources mais déterminé à finir coûte que coûte ce croisement délectable entre Alien et Titanic !

 

© Gilles Penso

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