BRING ON THE DAMNED (2024)

Produit par Troma, ce film à sketches délirant met en scène des exorcistes, des serial killers, des Martiens et des enquêtrices habillés en tigres !

BRING ON THE DAMNED

 

2024 – USA

 

Réalisé par Brandon Bassham

 

Avec Sydney Hirsch, Zac Amico, Ian Fidance, Johnny Ferri, Marcus Bishop-Wright, Alan Ceppos, SaraKate Coyne, Giuseppe De Caro, Dominick Denaro, Patrick Foy

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I TUEURS I EXTRA-TERRESTRES

Originaire de la scène comique newyorkaise, Brandon Bassham se fait remarquer grâce à deux films d’horreur décalés réalisés avec des budgets ridicules, Feartown U.S.A. et The Slashering. En 2015, la compagnie Troma, spécialisée dans ce genre de production foutraque, acquiert les droits de distribution de ces longs-métrages bricolés avec les moyens du bord, marquant le début d’une collaboration étroite entre Bassham et les créateurs du Toxic Avenger. Notre homme co-écrit ainsi avec Lloyd Kaufman Shakespeare’s Shitstorm et se lance quelques années plus tard dans un film à sketches plus ambitieux : Bring on the Damned. Son idée consiste au départ à solliciter plusieurs scénaristes et réalisateurs pour chapeauter l’ensemble. Mais face aux scripts qu’on lui soumet (tous très proches les uns des autres), il change son fusil d’épaule. C’est lui qui prendra en charge l’ensemble du projet en adoptant pour chaque segment un style radicalement différent, tant dans les sujets que dans la mise en forme. En attendant de pouvoir réunir le financement nécessaire (20 000 dollars, donc vraiment pas grand-chose), il tourne les sketches au fur et à mesure, sur une période qui s’étend entre 2022 et 2025. Et c’est bien sûr Troma qui assure la coproduction et la distribution, Lloyd Kaufman se fendant même d’une apparition éclair dans le film.

Dans « Blasphem », le premier chapitre, une psychiatre (Steph Shober) est chargée d’examiner le cas d’une jeune femme (Amanda Flowers) souffrant de violents troubles du comportement. Selon l’église, qui la croit habitée par le démon, il faut l’exorciser. Détournant les codes du « found footage », ce faux reportage (avec image vidéo abimée et caméra portée) est plus drôle qu’effrayant, malgré les hurlements hystériques à répétition qui saturent la bande son, les gros plans grimaçants de la possédée et les morts sanglantes. Parmi celles-ci, on note un morceau d’anthologie : un curé qui s’arrache le visage devant les caméras ! Quelques éléments improbables alimentent également cette entrée en matière prometteuse, comme l’exorciste qui utilise un poing américain et une batte de base-ball ornés tous deux d’un crucifix pour chasser le démon. Le second chapitre, « Obsession », se tient beaucoup moins. Filmée en noir et blanc, dans une ambiance rétro qu’accentue une musique légère à l’accordéon, cette relecture loufoque de Jules et Jim raconte l’amitié naissante entre deux hommes ayant assassiné leur femme respective. Maladroit, hésitant entre le slapstick et l’horreur (avec une allusion au visage de chair de Massacre à la tronçonneuse), c’est sans conteste le plus faible des sketches de Bring on the Damned.

Disco inferno

Brandon Bassham se rattrape avec « Perversion », qui s’attache à une jeune femme introvertie incapable de connaître un orgasme… sauf si elle commet de sanglants homicides. Voici donc notre serial killeuse (Sydney Hirsch) qui écume la boîte disco du coin pour y cueillir ses victimes. Ce segment – le plus long des cinq – s’agrémente de plusieurs idées de mise en scène inventives, comme un quadruple split screen coloré qui montre en parallèle le destin funeste de quatre victimes masculines de la tueuse. Johnny Ferri, qui joue un émule de John Travolta dans ce sketch, apparaît également dans le suivant, « Nihilism », qui prend quant à lui les atours d’un film noir des années 40 (même si les tenues et les accessoires ne rendent guère justice à la reconstitution d’époque). Tous les clichés d’usage sont de mise (détective privé, gangsters, voix off désabusée, femmes fatales), si ce n’est que nous sommes dans un monde parallèle où les Martiens (des nuages flottants et luminescents) se sont intégrés à la population. D’où quelques moments « autres » qui ne sont pas sans évoquer les univers de David Lynch. Mais c’est dans le dernier chapitre, « Sadism », que le délire bat totalement son plein. Au sein de ce mixage improbable entre Seven et un dessin animé de Hanna et Barbera, nous découvrons que trois chanteuses déguisées en tigres, « Tara and the Tiger Babes », assistées d’un sosie du Fred de Scooby-Doo, sont spécialisées dans les affaires de crimes sexuels violents et tentent d’arrêter un assassin connu sous le surnom de « boucher des fesses » ! Voilà qui clôt en beauté cette anthologie certes inégale, Sans doute trop longue et ouvertement fauchée, mais bourrée d’idées folles et d’inventivité.

 

© Gilles Penso

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OPÉRATION DIABOLIQUE (1966)

Un homme d’âge mûr, à la vie comblée mais sans saveur, accepte la proposition d’une société secrète qui lui propose de tout effacer et de recommencer…

SECONDS

 

1966 – USA

 

Réalisé par John Frankenheimer

 

Avec Rock Hudson, Salome Jens, John Randolph, Will Geer, Jeff Corey, Richard Anderson, Murray Hamilton, Karl Swenson

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Dans les méandres du cinéma américain des années 60, certains films résistent aux catégories et reviennent hanter les spectateurs longtemps après leur sortie. Opération diabolique appartient à cette famille rare d’œuvres inclassables et dérangeantes. Ce drame de science-fiction psychologique, passé relativement inaperçu lors de sa sortie, s’est lentement imposé comme une pièce maîtresse du cinéma paranoïaque post-maccarthyste, où le corps, l’identité et l’illusion de la liberté deviennent des terrains de manipulation absolue. Le récit suit Arthur Hamilton (Rock Hudson), un homme d’âge mûr, bien installé dans une existence morne et insatisfaisante malgré une réussite sociale apparente. Un jour, il reçoit un appel mystérieux d’un vieil ami qu’il croyait mort. Celui-ci lui propose une seconde vie qui s’annonce comme un renouveau complet. Intrigué, Arthur accepte de le suivre et entre dans l’engrenage d’une organisation secrète qui, moyennant la signature d’un contrat sans retour, propose à ses clients de simuler leur mort, de changer de visage et d’identité grâce à la chirurgie, puis de renaître ailleurs sous une autre forme. Arthur devient alors Tony Wilson, jeune artiste séduisant vivant dans une maison californienne de rêve. Une renaissance ? Plutôt une descente aux enfers…

John Frankenheimer, dont la filmographie regorge de thrillers politiques mâtinés de science-fiction (Un crime dans la tête, Sept jours en mai), poursuit ici son exploration de l’aliénation contemporaine en s’attaquant frontalement au mythe américain de la réinvention. À l’instar d’un épisode hypertrophié de La Quatrième dimension, le film déploie son ambiance oppressante avec une virtuosité glaçante. La caméra du chef opérateur James Wong Howe transforme chaque plan en un piège visuel. Objectifs déformants, plongées vertigineuses, images tremblées ou embarquées sur le corps des personnages, tout contribue à faire vaciller les repères, comme si la réalité se disloquait au fil des minutes. Mais Opération diabolique est bien plus qu’un exercice de style paranoïaque. C’est aussi une œuvre profondément métaphysique qui questionne le prix de nos désirs. Qui sommes-nous vraiment, une fois libérés des contraintes sociales et familiales ? Peut-on recommencer sa vie en supprimant son passé ? Le protagoniste campé par Rock Hudson s’apprête à passer d’une prison existentielle à une autre, plus belle mais tout aussi rigide. Malgré la jeunesse retrouvée et les plaisirs soudain accessibles, le vide subsiste. La nouvelle vie qu’on lui vend n’est qu’un décor de cinéma, un fantasme sans âme.

Seconde (mal)chance

C’est d’ailleurs là l’ironie cruelle que dépeint film : ce rêve américain de la seconde chance, tant vanté, s’effondre dès lors qu’il est consommé. Dans une séquence hallucinatoire – une bacchanale où le vin coule à flots tandis que les corps s’entrechoquent dans une cuve géante – le film verse dans le cauchemar dionysiaque, révélant les pulsions enfouies que le système tente de canaliser sous des atours séduisants. Mais même cet abandon hédoniste ne parvient pas à combler le manque. L’identité de Tony Wilson se craquelle, les failles d’Arthur Hamilton remontent à la surface. Et c’est précisément en trahissant le pacte – autrement dit en avouant à des proches son ancienne vie – qu’il condamne son « nouveau moi » à l’échec. Nous ne sommes pas loin des cauchemars kafkaïens, où les personnages se retrouvent piégés dans des structures opaques, dominées par des règles qu’ils ne comprennent pas. À travers Opération diabolique, Frankenheimer capte aussi les tensions souterraines d’une Amérique en pleine mutation, marquée par la guerre du Viêt Nam, les mouvements civiques et les désillusions de l’ère post-Eisenhower. À sa sortie, le film est un échec commercial. Sans doute trop étrange, trop pessimiste et trop en avance sur son temps. Aujourd’hui, il est redécouvert comme un chef-d’œuvre incontournable, une œuvre charnière entre la science-fiction introspective des années 60 et les cauchemars psychologiques des années 70.

 

© Gilles Penso

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HYSTERICAL (1982)

Dans cette parodie bancale et mal-fichue, le fantôme d’un gardien de phare surgit cent ans après sa mort pour transformer ceux qu’il croise en zombies…

HYSTERICAL

 

1982 – USA

 

Réalisé par Chris Bearde

 

Avec Richard Kiel, Bill Hudson, Mark Hudson, Brett Hudson, Cindy Pickett, Julie Newmar, Robert Donner, Murray Hamilton, Clint Walker, Franklyn Ajaye, Bud Cort

 

THEMA FANTÔMES I ZOMBIES

Au début des années 1980, alors que le cinéma parodique bat son plein dans le sillage du succès de Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, trois frères musiciens et comédiens – Mark, Brett et Bill Hudson, alias les Hudson Brothers – décident de se lancer dans leur propre pastiche cinématographique. Originaires de Portland et stars d’une série télé pour enfants dans les années 70 (The Hudson Brothers Razzle Dazzle Show), ils mêlent depuis toujours humour burlesque, pop culture et autodérision. Le trio veut désormais parodier le cinéma d’horreur gothique dans un long métrage où fantômes, zombies et savants fous se télescoperaient sur un tempo infernal. Pour mettre en scène ce joyeux chaos, ils font appel à Chris Bearde, scénariste de renom ayant œuvré sur Rowan & Martin’s Laugh-In et co-créé The Gong Show. Bearde, habitué au rythme frénétique des émissions de variétés et au nonsense télévisuel, partage leurs goûts. Mais le passage du petit au grand écran ne se fait pas sans heurt. Malgré un casting de seconds rôles solides – Richard Kiel (L’Espion qui m’aimait), Julie Newmar (Batman), Charlie Callas (Peter et Elliot) -, le film passe relativement inaperçu à sa sortie en 1983, éclipsé par les comédies plus structurées de l’époque (comme Y’a-t-il enfin un pilote dans l’avion ?, sorti la même année). Il devient pourtant culte auprès des amateurs de nanars assumés et de comédie slapstick déjantée, culte alimenté par la relative difficulté pour pouvoir revisionner cette pellicule tombée aux oubliettes.

Le 31 octobre 1882, à Cape Hellview, dans l’Oregon, le capitaine Howdy (Richard Kiel), gardien de phare adultère, succombe en même temps que son épouse et que sa maîtresse Venetia (Julie Newmar) après une crise de jalousie spectaculaire aux répercussions catastrophiques. Un siècle plus tard, à New York, Frederic Lansing (Bill Hudson), auréolé par le succès de son livre polisson Bouche à bouche, rêve d’une reconnaissance littéraire plus prestigieuse. Pour s’isoler et chercher l’inspiration, l’écrivain décide de faire ses bagages et de partir dans l’Oregon où il prend comme nom de plume Casper Brown. Sur place, il fait la rencontre de la charmante Kate (Cindy Pickett) et s’installe dans le phare maudit. Mais les vieilles légendes s’apprêtent à refaire leur apparition. Stimulé par la présence du bel écrivain, le fantôme de Venetia décide de se servir de lui comme hôte pour l’esprit de son défunt amant. Le spectre de Howdy réapparaît bientôt et commence à tuer les habitants de la bourgade, qui se muent aussitôt en zombies blafards. Deux scientifiques maladroits (Mark et Brett Hudson) sont alors appelés à la rescousse pour aider à résoudre cette affaire.

Fantômes en fête

L’intention d’Hysterical est louable et la volonté de bien faire transparaît derrière ce scénario abracadabrant, mais aucun gag ne fait vraiment mouche. Poussifs, mal amenés, tellement insistants que tout effet comique s’évapore aussitôt, ils nous embarrassent plus qu’ils ne nous amusent. Les voix off censément humoristiques (qui traduisent les pensées des personnages) tombent elles aussi à plat, à cause d’un tempo mal géré et d’une écriture franchement pataude. Les traducteurs français en rajoutent, à grands coups de jeux de mots approximatifs et de contrepèteries : « Quelle braguette magique a réveillé la belle au phare dormant ? », ou encore « Je suis le speaker qui ne se laisse pas brouiller l’écoute ! ». En roue libre, les adaptateurs prennent même des initiatives bizarres, comme le remplacement de la phrase récurrente que répètent tous les zombies du film (« what difference does it make ? », autrement dit « qu’est-ce que ça peut bien faire ? ») par un incompréhensible « à la limite, je t’emmerde ». Les nombreux clins d’œil cinéphiliques du film sont insérés « au forceps » dans le récit, du chauffeur de taxi punk hystérique échappé de Taxi Driver au capitaine qui émerge des eaux aux accents d’une musique imitant celle des Dents de la mer (avec même la convocation de Murray Hamilton dans le rôle du maire de la bourgade), en passant par deux émules d’Indiana Jones qui rivalisent de bêtises et de maladresses, Dracula qui sort de son tombeau et se transforme en chauve-souris, l’écrivain qui se prend pour le Jack Nicholson de Shining ou la séance de possession façon L’Exorciste. Tout ça ne vole pas très haut, malgré quelques idées audacieuses (la grande séquence de comédie musicale dans la fête foraine qui annonce le Thriller de Michael Jackson avec quelques mois d’avance), ce qui explique l’oubli dans lequel est tombé cet anecdotique Hysterical.

 

© Gilles Penso

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C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ VOUS (1992)

Benoît Poelvoorde incarne un tueur en série insatiable dans ce faux reportage horriblement drôle… ou drôlement horrible, au choix.

C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ VOUS

 

1992 – BELGIQUE

 

Réalisé par Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde

 

Avec Benoît Poelvoorde , Jacqueline Poelvoorde Pappaert, Nelly Pappaert, Hector Pappaert, Jenny Drye, Malou Madou, Willy Vanderbroeck, Rachel Deman

 

THEMA TUEURS

Il y a des films dont la brutalité ne réside pas tant dans la violence qu’ils exposent que dans le miroir qu’ils tendent au spectateur. C’est arrivé près de chez vous appartient à cette catégorie rare. Ce faux documentaire belge, tourné à l’arrache au début des années 90, prend la forme d’une chronique banale… si ce n’est que son protagoniste est un tueur en série jovial, volubile et incroyablement dérangeant. Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice potache se transforme en un manifeste satirique sur notre rapport à l’image, au spectacle, et à la violence comme objet de divertissement. Le projet naît dans un contexte universitaire. Rémy Belvaux, étudiant à l’INSAS à Bruxelles, décide avec ses complices André Bonzel et Benoît Poelvoorde de bricoler un long-métrage pour contourner l’échec d’un projet scolaire plus classique. Ensemble, ils imaginent une parodie de documentaire dans l’esprit de l’émission télé Strip-Tease, connue pour filmer avec un réalisme cru des anonymes souvent ridiculisés par le montage. À la place de ces figures ordinaires, ils installent un personnage de fiction : Ben, un assassin à la fois loquace, cultivé, sympathique… et profondément monstrueux.

Tourné en noir et blanc, caméra à l’épaule, avec des moyens dérisoires et des proches dans les seconds rôles, le film fait preuve d’une audace impressionnante. Poelvoorde, dans le rôle de Ben, livre une prestation vertigineuse de naturel et de cynisme. Dès la première séquence (un meurtre filmé sans fard dans un train, suivi d’un commentaire pseudo-pédagogique sur l’art de lester un cadavre), le ton est donné : C’est arrivé près de chez vous refuse toute distance de sécurité. Sous des airs de comédie grinçante, le film piège le spectateur. Car plus on avance, plus l’horreur se déploie. Le rire devient inconfortable, l’humour s’efface au profit d’un malaise croissant. On découvre peu à peu la vraie nature de Ben : raciste, misogyne, misanthrope, prêt à tuer un enfant pour une gourmette ou une vieille femme pour un billet. Et surtout, on assiste à l’érosion progressive de la neutralité de l’équipe qui le filme, jusqu’à sa participation active à ses crimes. Le film devient ainsi une réflexion acide sur la complicité des médias face à la violence, et sur cette tentation perverse de se laisser fasciner par ce qu’on devrait condamner.

Un secret presque inavouable

Certains moments sont entrés dans la culture populaire – le poème sur les pigeons, le cocktail « Petit Gregory » – mais ne suffisent pas à dissimuler la noirceur absolue du propos. Quand le film bascule dans une scène de viol collectif d’un réalisme glaçant, toute possibilité d’humour s’effondre. Et c’est précisément là que réside la force du film, dans sa capacité à faire coexister une drôlerie féroce et un désespoir sans fard. En coulisses, le film relève presque du miracle. Autoproduit, tourné sans autorisation officielle, monté avec les moyens du bord, il est d’abord présenté sous une forme raccourcie aux professeurs de l’INSAS qui le jugent trop inégal. Mais une fois retravaillé et allongé, il atterrit en 1992 à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Le choc est immédiat. Le film repart avec plusieurs prix, dont celui de la Critique internationale. Poelvoorde devient une révélation du cinéma belge, propulsé du statut d’amateur à celui de superstar. L’accueil public est à l’unisson. Malgré son radicalisme, le film trouve son public et devient un objet de culte, transmis de génération en génération comme un secret presque inavouable. Si le film est signé collectivement, les tensions au sein du trio fondateur s’aggravent malheureusement après la sortie. Belvaux, instigateur du projet, souffre de voir ses apports dilués. Il quitte le monde du cinéma pour celui de la publicité, où il connaît une certaine reconnaissance… jusqu’à son suicide en 2006. Le film, quant à lui, continue d’exister comme un cri du cœur à la fois dérangeant, irrévérencieux et profondément lucide.

 

© Gilles Penso

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FEMALIEN 2 (1998)

Deux extra-terrestres débarquent sur Terre à la recherche de leur collègue Kara et multiplient les expériences grivoises pour la retrouver…

FEMALIEN 2

 

1998 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Bethany Lorraine, Josh Edwards, Damien Wells, Amy Lindsay, Summer Knight, Steven Albrecht, Robbye Bentley, Steve Curtis, Samantha Flat, Venesa Talor

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA FEMALIEN I CHARLES BAND

Femalien ne plaçait pas ses ambitions très haut : alimenter les bacs des vidéoclubs en proposant au public peu regardant des séquences érotiques soft s’enchaînant au fil d’une intrigue de science-fiction filiforme. L’affaire s’avéra rentable, générant suffisamment de bénéfices pour motiver la mise en chantier d’une suite. Les producteurs Pat Siciliano et Charles Band relancent donc la machine en s’octroyant même un budget, un planning de tournage et un nombre d’acteurs revus à la hausse. Si Venesa Talor, héroïne du Femalien, original, accepte de rejoindre l’aventure, c’est uniquement sous forme d’une petite apparition finale, en restant cette fois-ci habillée. Les autres séquences la mettant en scène sont donc des flash-backs issus du premier film. Le rôle féminin principal échoit à Bethany Lorraine, qui accepte la suggestion de son agent de s’aventurer sur le terrain érotique, après des années de mannequinat ainsi qu’un téléfilm avec David Schwimmer. L’expérience lui laissera un souvenir mitigé (pas tant à cause de la nudité que des scènes de sexe), au point de marquer un point final à sa carrière d’actrice. La comédienne Jacqueline Lovell, présente dans le premier Femalien et grande habituée des productions Charles Band, aurait dû elle aussi figurer dans cette suite, mais elle préfère finalement décliner pour accepter d’autres propositions aux budgets plus importants.

Quand le film commence, nous assistons à une crise de couple entre Lester (Damien Wells) et Terry (Amy Lindsey), qui ne s’entendent bien qu’au lit. Elle le trouve immature parce qu’obsédé par les Ovnis, alors qu’elle gagne sa vie sérieusement comme photographe de presse. Mais soudain, les appareils de Lester lui signalent l’arrivée de visiteurs d’une autre planète. C’est à contrecœur, et totalement incrédule, que Terry accepte de le suivre dans sa quête. Or un couple d’extra-terrestres vient bien d’arriver sur Terre. Blonds et naïfs, il s’agit des collecteurs 4899 (Bethany Lorraine) et 5032 (Josh Edwards), qui finissent par répondre aux noms de Xeda et Trion. Leur mission : retrouver leur camarade disparue, Kara (Venesa Talor). Ils découvrent dans un premier temps que les humains se sentent obligés de recouvrir leurs corps de vêtements. « Sans doute pour éviter de penser au sexe tout le temps et de ne plus être productifs », finissent-ils par supposer. En communiquant avec Dak, un cristal qui parle, nos collecteurs apprennent que Kara s’est vivement intéressée au comportement sexuel des humains. Pendant qu’ils suivent sa trace d’un lieu à l’autre, Lester et Terry, ainsi qu’un mystérieux homme en noir, les pourchassent.

L’odyssée de l’extase

Dans Femalien 2, tout le monde couche avec tout le monde : Lester avec Terry, la serveuse d’un café avec son petit-ami, un couple dans le salon de massage, Xeda et un inconnu dans un lagon virtuel, deux catcheuses dans un ring, et bien sûr nos deux extra-terrestres… avec en prime plusieurs séances de strip-tease pour faire bonne mesure. Si toutes ces grivoiseries s’intercalent à un rythme régulier dans le métrage, elles tentent de le faire de manière un peu moins artificielle que dans le premier film, vaguement justifiées par le fil ténu de cette intrigue certes très répétitive mais raisonnablement distrayante. Entre deux parties de jambes en l’air, les acteurs jouent les scènes de comédie du mieux qu’ils peuvent (ce que démontre le sympathique bêtisier qui alimente le générique de fin), Femalien 2 ayant le bon goût d’injecter un peu d’humour dans son scénario squelettique. Les amateurs du « Charles Band Cinematic Universe » apprécieront au passage le crossover avec Virtual Encounters dans la séquence où nos extra-terrestres se retrouvent dans un centre spécialisé dans la réalité virtuelle et s’immergent dans des scènes torrides artificielles. Deux décennies plus tard, Band ravivera cette petite franchise avec Femalien : Cosmic Crush.

 

© Gilles Penso

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NECROPOLIS : LEGION (2019)

Une romancière s’installe dans la maison qu’habitait une sorcière assoiffée de sang et se laisse peu à peu posséder par son esprit…

NECROPOLIS : LEGION

 

2019 – USA

 

Réalisé par Chris Alexander

 

Avec Augie Duke, Ali Chappell, Lynn Lowry, Joseph Lopez, Zoe Georgaras, Stephanie Delorme, Alexis Korotash, Goldie Rocket, Steve Kasan, Adam Buller

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

S’il est auréolé d’une petite aura de film d’horreur culte, le Necropolis de Bruce Hickey n’a pourtant rien de foncièrement mémorable. Cette histoire de sorcière du 17ème siècle, réincarnée en motarde punk des années 80, est certes amusante, mais la facture extrêmement mal-fichue du film et son scénario erratique jouent sérieusement en sa défaveur. Seul élément marquant : ces passages délirants au cours desquels la super-vilaine incarnée par LeeAnne Baker exhibe trois paires de seins que viennent téter des petits démons assoiffés ! Difficile donc de comprendre ce qui a pu pousser le producteur Charles Band à en initier un remake. Necropolis : Legion s’inscrit en fait dans une démarche de « réinvention » de plusieurs films produits par Band dans les années 80/90, sous le label « Deadly Ten ». Et pour donner une seconde jeunesse au film de Bruce Hickey, c’est le réalisateur Chris Alexander qui est sollicité. Ancien journaliste pour Fangoria, Alexander possède un style bien à lui, beaucoup plus proche de l’épouvante poético-érotique européenne (Jess Franco, Jean Rollin, Harry Kümel, Andrzej Zulawski) que des séries B rigolardes auxquelles Band est habitué. En s’attaquant à cette nouvelle version de Necropolis, Alexander impose donc une patte très personnelle, même s’il collabore avec le scénariste Brockton McKinney, auteur régulier pour les productions Full Moon (Evil Bong 666, Evil Bong 777, Weedjies !).

Le prologue nous présente Eva (Ali Chappell), une sorcière vampire satanique dont les rituels nocturnes sont interrompus lorsque son époux (Joseph Lopez), le révérend du village, surgit, un crucifix et un missel à la main, et la tue d’un coup de poignard dans le cœur. Quelques siècles plus tard, l’écrivaine Lisa Tanzette (Augie Duke) décide d’emménager provisoirement dans la ferme où la sinistre Eva a vécu afin d’écrire un livre sur l’histoire de ce lieu supposé hanté. Alors qu’elle participe à une séance de dédicaces dans la librairie locale, signant son dernier ouvrage Beyond Darkness, une femme paniquée (Lynn Lowry) la met en garde : elle doit absolument quitter la ville si elle souhaite garder son âme intacte. Lisa n’en fait rien, bien sûr, et prend ses quartiers dans la région. Mais dès la première nuit, elle est troublée par des rêves perturbants. Le lendemain, elle se coupe le pied avec des éclats de verre et son sang commence à se répandre sur le plancher, irriguant la terre sous la cabane où elle s’est installée. Le mal s’apprête dès lors à se réveiller…

Ma sorcière bien nénés

Il y a fort à parier que les spectateurs familiers des productions Charles Band furent déstabilisés par ce faux remake très éloigné des canons habituels des productions Full Moon. Pas d’humour burlesque à l’horizon, pas de petits monstres… Même le Necropolis original semble bien loin. La relecture du film de Bruce Hickey n’est de toute évidence qu’un prétexte pour permettre à Chris Alexander de faire valoir sa propre sensibilité. Certes, le film nous offre une image insolite qui n’aurait pas dépareillé dans Evil Bong ou Piranha Women : des tétons en forme de mâchoires acérées qui permettent à la sorcière de se repaître du sang de ses victimes. Mais Alexander aborde cette bizarrerie anatomique sans second degré ni gaudriole. Même approche pour cette étonnante séquence de résurrection de la sorcière, née du sang mélangé avec la terre. La main qui surgit du sol et le cœur palpitant qui se reconstitue en accéléré offrent au film une belle touche surréaliste, tandis que les pleines lunes qui percent l’obscurité, le vieux cimetière décrépit et les messes noires sataniques surgissant dans de brefs flash-backs assument l’influence du cinéma gothique européen des années 70. Malgré ses moyens très limités, Necropolis : Legion développe ainsi une ambiance envoûtante, presque hypnotique, que vient renforcer une très belle musique co-composée par Richard Band et par Alexander lui-même.

 

© Gilles Penso

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JU-ON : THE GRUDGE (2002)

Même s’il fut précédé par deux longs-métrages à petit budget, ce film est le premier qui popularisa à l’échelle internationale l’univers de The Grudge

JU-ON

 

2002 – JAPON

 

Réalisé par Takashi Shimizu

 

Avec Megumi Okina, Misaki Itô, Misa Uehara, Yui Ichikawa, Kanji Tsuda, Kayoko Shibata, Yukako Kukuri, Shuri Matsuda, Yôji Tanaka, Yoshiyuki Morishita

 

THEMA FANTÔMES I SAGA THE GRUDGE

Si Ju-On : The Curse et Ju-On : The Curse 2 avaient connu un bel impact au Japon, ils restaient encore relativement confidentiels dans le reste du monde. Mais avec ce troisième volet, Takashi Shimizu bénéficie d’une sortie en salles internationale qui lui permet de faire découvrir l’univers de The Grudge au plus grand nombre. Avec à sa disposition un budget plus important, le réalisateur peut troquer l’image vidéo en 4/3 contre un tournage en 35 mm au format 1.85. Même s’il s’agit d’une suite des opus précédents, Ju-On : The Grudge peut s’apprécier à la manière d’un film autonome, et c’est d’ailleurs sous cette forme qu’il fut principalement découvert. Mais ceux qui sont familiers avec les deux premiers films y trouveront des indices le positionnant à la fois comme une séquelle (l’épilogue de The Curse 2 trouve ici un écho direct) et un remake, avec le même motif de l’enseignant s’inquiétant de l’absence prolongé de son élève et lui rendant visite à domicile. Fidèle à la narration fragmentée de The Curse et The Curse 2, Ju-On : The Grudge se divise en six segments centrés chacun sur un protagoniste distinct. Ce qui les lie, c’est bien sûr l’intervention des fantômes influant tragiquement sur leur destin.

Le premier personnage du film est Rika (Megumi Okina), qui travaille en tant que volontaire dans un centre d’aide sociale. Malgré son manque d’expérience, elle est chargée de retrouver la trace d’une personne qui ne donne pas signe de vie. En se rendant dans la maison dont on lui a communiqué l’adresse, elle découvre des débris éparpillés partout et Madame Sachie (Chikako Isomura), une vieille dame dans un très mauvais état. Alors qu’elle nettoie les lieux, Rika perçoit des bruits de grattements et un miaulement derrière un placard condamné. À l’intérieur, elle trouve un chat noir… et un enfant. Dès lors, le scénario se subdivise en plusieurs récits interconnectés pour nous faire découvrir d’autres facettes de la malédiction, à travers le regard des personnages qui en sont frappés. Ce ne sont donc pas à proprement parler des flash-backs ou des flash-forwards (même si nous effectuons des allers-retours dans le temps) mais plutôt les pièces d’un puzzle s’assemblant peu à peu pour couvrir toute l’étendue du drame. Car la malédiction se propage comme les tentacules d’une pieuvre ou comme un virus, frappant un à un tous ceux qui entrent en contact avec le lieu funeste.

Les tentacules de la malédiction

La peur passe d’abord par le non-dit : des bruits de pas qui courent, des empreintes de main sur un mur, un reflet furtif dans un miroir, des cheveux noirs qui flottent, ces miaulements récurrents et cette fameuse voix grinçante devenue l’une des signatures sonores de la franchise. La plupart des horreurs se déroulent d’ailleurs hors-champ. Tandis que les hurlements se perdent dans les ténèbres et que les yeux s’écarquillent en gros plan, Takashi Shimizu évite de céder à la tentation des jump-scares faciles. Dans Ju-On : The Grudge, ce sont surtout les jeux de caméra (notamment ces fameux travellings circulaires autour des visages en gros plan) et le travail minutieux de la bande son qui contribuent à créer un climat anxiogène, même lorsqu’il ne se passe apparemment rien. En multipliant davantage les lieux que dans les deux premiers Ju-On, ce troisième volet renforce l’idée selon laquelle ce n’est pas la maison qui est hantée, mais ceux qui l’on côtoyée et qui se retrouvent dès lors poursuivis par les spectres vengeurs. Ce concept peut donc se décliner à loisirs, d’où la longévité de la franchise The Grudge, qui prendra une dimension encore plus importante deux ans plus tard avec le remake américain que Shimizu dirigera sous l’égide de Sam Raimi.

 

© Gilles Penso

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WEEDJIES ! (2019)

Alors qu’ils célèbrent Halloween dans un hôtel de Las Vegas, des fêtards invoquent sans le vouloir des petits monstres voraces…

WEEDJIES : HALLOWEED NIGHT

 

2019 – USA

 

Réalisé par Danny Draven

 

Avec Brett Hargrave, Victoria Strange, Shen Yue, Jonathan Charles, Denise Milfort, James Adam Tucker, Nelson Hayne, Derek Petropolis, Chad Ridgely, Roy Abramsohn

 

THEMA PETITS MONSTRES I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA CHARLES BAND

En 2019, le producteur Charles Band annonce le lancement d’une collection baptisée « Deadly Ten », dix longs-métrages conçus pour revisiter à leur manière un certain nombre de films culte produits par ses compagnies Empire et Full Moon. Pour faire monter la sauce et satisfaire les fans, Band prévoit d’alimenter sa plateforme de streaming en permettant aux abonnés de suivre en temps réel l’avancement de chacune des productions. À cause de la pandémie, tous les titres annoncés ne se concrétiseront pas, mais six d’entre eux arriveront à terme : Necropolis: Legion (nouvelle version du Necropolis de Bruce Hickey), Blade : The Iron Cross (première aventure « solo » issue des Puppet Master), Femalien : Cosmic Crush (troisième opus d’une trilogie érotico-fantastique), Sorority Babes 2 (suite tardive du film de David DeCoteau), Subspecies 5 (dernier épisode de la franchise) et Weedjies ! Si ce dernier – qui inaugure la collection – ne se rattache officiellement à aucun film en particulier, il cherche de toute évidence à rendre hommage à Ghoulies, dont il reprend le principe, tout en recyclant l’idée du cannabis diabolique héritée de la saga Evil Bong. Danny Draven hérite de la mise en scène et soigne sa mise en forme en adoptant un format Cinémascope. Quant au décor principal, il s’agit de l’Artisan Hotel Boutique de Las Vegas, déjà largement exploité dans Evil Bong 777.

Alors qu’Halloween bat son plein à Las Vegas, Madison (Brett Hargrave), Dallas (Victoria Strange) et Frankie (Yo Ying) décident de marquer le coup avec une fête inoubliable. Elles veulent en profiter pour récolter des fonds dans le but de financer leurs études, tout en transformant un vieil hôtel prétendument hanté en terrain de jeu jusqu’au bout de la nuit. Leur ami Claude (Johnny Jay Lee), timide et secrètement amoureux de Dallas, se joint à l’aventure. Les nombreux fêtards sont invités à participer à une chasse au trésor dans l’hôtel pour pouvoir décrocher le « Golden Nug », un morceau de marijuana très puissant. C’est alors qu’apparaît une mystérieuse invitée, la baronne (Denise Milfort), qui propose aux organisateurs un jeu insolite : le « Weed-G-Board », version « weed » de la planche Ouija. En s’y essayant, les filles et Claude libèrent malgré eux une horde de créatures cauchemardesques : les Weedjies. Guidés par les règles du fantomatique Ganja Ghost (James Adam Tucker), nos héros comprennent qu’ils n’ont que jusqu’à minuit pour capturer et renvoyer ces créatures dans leur plateau infernal. Faute de quoi, eux et leurs invités rejoindront les rangs des Weedjies…

Gremlins et cannabis

Porté par une musique trépidante de Richard Band, qui nous rappelle un peu les folies de Stuart Gordon des années 80 (Re-Animator, From Beyond), le prologue de Weedjies se déroule en 1978 le soir d’Halloween, en hommage à John Carpenter (qui fit d’ailleurs ses débuts en tant que monteur pour Charles Band sur le long-métrage Last Foxtrot in Burbank). Pendant la grande fête déguisée qui occupe la majorité du film, les amateurs des productions Full Moon pourront apprécier des costumes de personnages familiers (le Gingerdead Man, Blade et Tunneler de Puppet Master, le fermier Hambo, le clown Killjoy, un démon de La Peur qui rôde) ainsi que les apparitions de plusieurs habitués des productions Band, comme les actrices Mindy Robinson et Robin Sydney, le réalisateur David DeCoteau ou le créateur d’effets spéciaux Tom Devlin. Dès que les créatures démoniaques férues de cannabis sont invoquées, le scénario se contente d’enchaîner les saynètes dans lesquelles elles attaquent à tour de rôle les invités de la fête ou multiplient les bêtises (vider le bar, remplacer le DJ, conduire une voiture, manger du gâteau, fumer des joints, jouer du piano) en se laissant largement inspirer par Gremlins et surtout Gremlins 2. Le design des bestioles ne manque pas d’inventivité (un gremlin-serpent femelle, un loup-garou, un monstre gluant cornu, un goblin joueur de guitare) mais leur présence reste très anecdotique. Les amateurs des petits monstres à l’ancienne y trouveront tout de même leur compte. Weedjies est d’ailleurs dédié à la mémoire de John Carl Buechler, le concepteur des Ghoulies, mort l’année de la sortie du film.

 

© Gilles Penso

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DRACULA (2025)

Luc Besson retrouve l’acteur principal de Dogman et le transforme en vampire romantique lâché dans le Paris du 19ème siècle…

DRACULA

 

2025 – FRANCE

 

Réalisé par Luc Besson

 

Avec Caleb Landry Jones, Christoph Waltz, Zoë Bleu, Matilda De Angelis, Ewens Abid, Guillaume de Tonquédec, Bertrand-Xavier Corbi, Raphael Luce, Liviu Bora

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES I SAGA LUC BESSON

Très satisfait de sa collaboration avec Caleb Landry Jones sur Dogman, Luc Besson envisage rapidement de lui confier un autre rôle. Le nom de Dracula surgit dans la conversation, et le cinéaste se lance aussitôt dans l’écriture d’un scénario, décidé à se démarquer des innombrables adaptations précédentes en optant pour une approche résolument romantique. « Quand vous lisez le livre, la partie la plus intéressante, c’est cet homme qui attend des siècles et des siècles de revoir sa femme », explique-t-il. « Pour moi, c’est l’histoire d’amour ultime. » (1) En réalité, cet aspect est parfaitement étranger du roman, qui n’aborde jamais le vampire comme un amoureux transi. Le caractère romantique du personnage n’apparaîtra que plus tard, notamment dans les adaptations signées Dan Curtis, John Badham ou Francis Ford Coppola. De toute évidence, l’inspiration du réalisateur est donc plus cinématographique que littéraire, et il n’échappera à personne que la version de Coppola est sa référence majeure. Les silhouettes des belligérants sur fond écarlate en début de métrage, le visage momifié d’un Dracula vieillissant affublé d’une coiffure invraisemblable, son look rajeuni avec grand manteau et haut de forme, la réplique « j’ai traversé tous les océans » sont autant d’emprunts directs au Dracula de 1992. Mais à force de jouer le jeu du mimétisme, Besson s’expose à une comparaison défavorable. Son film peine non seulement à retrouver l’ampleur visuelle de Coppola mais flirte aussi parfois dangereusement avec la parodie, rappelant malgré lui le Dracula mort et heureux de l’être de Mel Brooks.

Le film démarre dans la Roumanie de 1480. Le prince Vlad et son épouse Elisabeta sont fous amoureux, mais il doit partir à la guerre. Lorsqu’il revient du champ de bataille, victorieux et harassé, c’est pour découvrir qu’Elisabeta est tombée dans une embuscade tendue par l’ennemi. L’échauffourée qui s’ensuit s’achève par la mort de sa bien-aimée. Vlad renonce alors à Dieu et devient damné. 400 ans plus tard, à Paris, une jeune femme dont l’acte de naissance indique qu’elle a 130 ans a été internée à l’hôtel Dieu, délirante, hystérique et incontrôlable. L’affaire est délicate, car elle est liée à la famille royale d’Angleterre, mais son comportement et son état sont très préoccupants. Le prêtre dépêché sur place, qui ne porte pas le nom de Van Helsing mais assume les mêmes fonctions, constate qu’il s’agit d’un vampire, et apprend de sa bouche aux canines acérées que son maître est un prince. Ensuite, c’est le récit que nous connaissons tous : le jeune notaire Jonathan Harker rend visite à Dracula dans son château, le comte vampire reconnaît chez la fiancée d’Harker la réincarnation de sa bien-aimée et décide de la retrouver, le prêtre s’oppose à lui… À cette trame maintes fois narrée, Besson décide d’ajouter plein de petites choses. Certaines sont intéressantes, d’autres, disons, bizarres.

Le vampire de ces dames

Esthétiquement, le Dracula de Besson tient la route, c’est indiscutable. La somptueuse photographie de Colin Wandersman, les décors grandioses de Hugues Tissandier, les effets spéciaux cosmétiques de Jean-Christophe Spadaccini et Denis Gastou, l’entêtant « love theme » composé par Danny Elfman sont autant d’atouts plastiques qui profitent au film, couplés à l’idée attrayante de transporter l’intrigue dans le Paris de 1880, où se préparent le centenaire de la Révolution française et l’Exposition universelle. Mais la finesse n’est clairement pas au rendez-vous : des serviteurs gargouilles en images de synthèse qu’on croirait échappées d’un Disney (quelque part à mi-chemin entre Le Bossu de Notre Dame et La Belle et la Bête), un flash-back involontairement drôle où Vlad essaie désespérément de mourir en se défenestrant à répétition sans résultat probant, une chorégraphie anachronique provoquée par un parfum envoûtant… Et que dire de cette vision excessivement naïve du couple amoureux qui s’adonne hilare à des batailles d’oreillers, se recouvre de nourriture et s’envoie des pétales de roses ? Le plus troublant, finalement, est la projection que Luc Besson lui-même semble opérer sur le personnage de Dracula. Aux yeux de tous, le comte vampire est un prédateur redoutable aux nombreuses victimes. Mais lui se voit comme un grand romantique sans cesse en quête d’amour. Et pour parvenir à ses fins, il n’hésite pas à annihiler les sens des femmes qu’il souhaite séduire en utilisant une drogue olfactive désinhibante. Les autorités, les bien-pensants et les empêcheurs d’aimer en rond s’érigent alors en antagonistes, prêts à tout pour empêcher notre « héros » incompris de connaître la grande passion. La transformation finale du monstre en martyr parachève ce processus de transfert, comme si Besson cherchait à travers lui une forme de réhabilitation intime.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans L’Antre du cinéphile en mars 2024

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG 777 (2018)

Les protagonistes déjantés de l’improbable saga consacrée au « bong maléfique » se retrouvent dans un hôtel hanté à Las Vegas…

EVIL BONG 777

 

2018 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Jessica Morris, Mindy Robinson, Peter Badalamenti, Caleb Hurst, Adam Roberts, Elina Madison, Tonya Kay

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I FANTÔMES I PETITS MONSTRES I CLOWNS I SAGA EVIL BONG I KILLJOY I CHARLES BAND

On ne peut pas dire que les films de la saga Evil Bong brillent par leur intelligence ou leur finesse. Il n’empêche que depuis le premier opus de cette franchise noyée dans les vapeurs de la marijuana, lancé sur le marché vidéo en 2006, une communauté de fans relativement importante voue un petit culte au « bong maléfique » et aux personnages bizarroïdes qui gravitent tout autour. Content de son petit effet, le producteur/réalisateur Charles Band n’hésite pas à solliciter les amateurs pour qu’ils mettent la main à la poche. À l’instar de Evil Bong High-5 et Evil Bong 666, ce septième opus est donc partiellement financé grâce à une campagne participative lancée sur le site Indiegogo. Pour attirer le chaland, Band promet « des effets spéciaux réalisés en direct, du sexe avec des marionnettes et des surprises super bizarres ! » Il faut croire que cette accroche fait mouche, puisque Band réussit à récolter plus de 25 500 dollars, un montant bien plus élevé que pour les deux Evil Bong précédents. Il tient donc les promesses de son slogan invraisemblable, pour le plus grand bonheur des fans.

Sachant qu’il ne pourra pas faire des merveilles avec le budget qu’il a pu réunir, Band n’hésite pas à commencer par faire un peu de remplissage. Les trois premières minutes d’Evil Bong 777 sont donc consacrées à un résumé détaillé de l’épisode précédent, suivies par 2 minutes 20 de générique. C’est toujours ça de gagné, d’autant que le film complet dure à peine un peu plus d’une heure. Il faut dire que le scénario du film se résume à peu de choses. Tout juste échappés du Sexy Hell, un monde parallèle dirigé par un diable lubrique (Peter Badalamenti), l’euphorique Rabbit (Sonny Carl Davis), la clownesque Faux Batty (Robin Sydney), la diseuse de bonne aventure Misty (Jessica Morris) et le Gingerweed Man suivent les plans de Ebee, le bong maléfique, qui décide de se rendre là où sévissent les amateurs de marijuana et de fêtes épiques, autrement dit à Las Vegas. Pendant ce temps, la diabolique Lucy Furr (Mindy Robinson) cherche elle aussi à quitter le Sexy Hell pour preparer sa vengeance…

Puppetophilie

On connaît le penchant fétichiste de Charles Band pour les petits monstres en général et pour les marionnettes en particulier. N’est-ce pas lui, le père des Puppet Masters, Demonic Toys et autres Ghoulies ? n’avait-il pas déjà repoussé les limites – en ce domaine – en montrant deux Minions coucher ensemble dans Decadent Evil ? Ici, il décide d’aller encore plus loin en insérant dans son film une séquence interminable au cours de laquelle une marionnette d’Elvis fait l’amour avec une fille entièrement nue pendant un spectacle X à Las Vegas. A l’issue de la scène, le pénis en tissus du King se dresse et éjacule des serpentins dans la salle ! Dans la même lignée, le film nous offre la vision impensable d’une escort girl gironde et totalement dénudée à laquelle s’accouple de manière très suggestive le Gingerweed Man. Dans un registre moins salace – mais tout aussi « puppetophile » -, on appréciera la création de deux nouveaux petits monstres hargneux. En récupérant les miettes du Gingerdead Man – piétiné par Faux Batty à la fin du film précédent -, Lucy Furr donne en effet naissance à un couple de nouveaux « biscuits psychopathes » encore plus hideux et assoiffés de sang que leur prédécesseur. Pour offrir à Evil Bong 777 un décor attrayant en guise de climax, Band investit le « Tom Devlin’s Monster Museum » créé dans le Nevada par le concepteur des effets spéciaux de la saga – un showroom plein de créatures issues du cinéma d’horreur de science-fiction – et y dirige la poursuite finale, avant une chute absurde annonçant l’épisode suivant.

 

© Gilles Penso

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