GUEULES NOIRES (2023)

Un groupe de mineurs s’enfonce au fin fond de galeries inexplorées et réveille une chose inquiétante en sommeil depuis très longtemps…

GUEULES NOIRES

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Mathieu Turi

 

Avec Samuel Le Bihan, Amir El Kacem, Thomas Solivérès, Jean-Hugues Anglade, Diego Martin, Marc Riso, Bruno Sanches, Philippe Torreton, Antoine Basler

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Après Hostile et Méandre, deux incursions très réussies dans le domaine de la science-fiction, Mathieu Turi continue de creuser bravement le sillon du genre fantastique en se focalisant cette fois-ci sur un petit groupe de protagonistes exclusivement masculins – marquant de fait une rupture avec les deux films précédents qui adoptaient chacun le point de vue d’un personnage féminin. À l’origine de Gueules noires, il y a l’envie de combiner les codes du cinéma d’horreur et ceux du film d’aventures à l’ancienne, avec à la clef la découverte sous terre d’artefacts anciens qui réveillent une malédiction vieille de plusieurs milliers d’années. Désireux d’inscrire son récit dans un contexte français, le réalisateur évacue donc les décors antiques situés dans des pays exotiques lointains. D’où l’idée de s’intéresser au monde des mineurs de charbon, à une époque où l’industrialisation commence progressivement à gagner du terrain. Mathieu Turi n’étant pas du genre à faire les choses à moitié, il tient à offrir aux spectateurs la vision la plus réaliste possible de ce milieu ouvrier des années 50, quitte à transporter son équipe sur des sites authentiques du nord de la France, à évacuer tout usage du fond vert et à ne pas recourir au tournage en studio. Si Gueules noires sent la poussière, le calcaire, la pierre, l’humidité et le charbon, c’est parce que les galeries dans lesquelles se promènent les caméras du film sont bien réelles.

Plusieurs séquences qui avancent progressivement dans le temps s’enchâssent les unes dans les autres avant que l’intrigue à proprement parler puisse commencer, histoire de planter le décor et de mettre en place une atmosphère très particulière, partagée entre l’ultra-réalisme et une certaine féerie. Le prologue situé en 1855 nous offre l’image d’Épinal de mineurs à l’ancienne qui détectent les éventuelles fuites de gaz à l’aide d’un pénitent aux allures de sorcier vaudou. Leur destin qu’on imagine funeste ne s’éclairera que bien plus tard. Le film nous transporte ensuite en 1956, d’abord au Maroc où sont recrutés sans ménagement de futurs mineurs destinés à creuser les galeries du Nord de la France, ensuite sur « l’île du diable », une zone de charbonnage extrêmement dangereuse menée avec fermeté par Fouassier (Philippe Torreton, dont le jeu rugueux et naturaliste ajoute une couche de crédibilité supplémentaire au film). Parmi les hommes qu’il coordonne, Roland (Samuel Le Bihan) est l’un des plus expérimentés. Vétéran de la guerre, il mène chaque jour avec poigne une équipe hétéroclite de mineurs qui ne contestent jamais son autorité. Cette routine quotidienne va s’enrayer suite à l’arrivée de deux nouveaux venus : Amir (Amir El Kacem), qui débarque tout juste du Maroc et ne connaît encore rien à la mine, et surtout le professeur Berthier (Jean-Hugues Anglade), qui se soulage de quelques pots de vin pour s’embarquer avec ce petit groupe mille mètres sous terre, à la recherche d’un trésor archéologique mystérieux…

Mauvaise mine

Il ne faut pas longtemps pour détecter les sources d’inspiration majeures de Mathieu Turi. Si ce groupe d’hommes isolés en proie à une créature inconnue nous évoque rapidement les héros de The Thing, la mécanique de sept personnages en huis-clos agressés l’un après l’autre par une entité cachée dans l’ombre nous ramène illico à Alien. Mais si le réalisateur connaît ses classiques (et les assume sans détour), Gueules noires ne joue jamais la carte de la référence, du clin d’œil ou du post-modernisme cinéphilique. Bien campé sur ses positions, le film embrasse son contexte minier réaliste et n’en démord pas. La mise en forme impeccable du film, la photographie soignée d’Alain Duplantier (qui compose habilement avec les lampes portées par les personnages) et les décors bien réels concourent à captiver très tôt les spectateurs et à les embarquer dans cette mission claustrophobique (avec le personnage d’Amir comme pôle d’identification idéal). Le basculement dans le surnaturel est frontal et brutal, porté par des effets spéciaux à l’ancienne qui possèdent la qualité tactile dont sont encore dépourvues certaines images de synthèse (et qui fleurent bon le latex et l’animatronique des années 80, bien sûr !). En ce sens, Mathieu Turi nous offre ce que nous espérions, avec une indiscutable générosité. On pourra regretter qu’à ce stade de la narration le scientifique campé par Jean-Hugues Anglade (une sorte de professeur Tournesol exalté à contre-courant total des autres protagonistes) se sente obligé de surexpliquer à grand renfort de commentaires et de citations la mythologie qui sous-tend l’intrigue. Lever autant le voile sur le mystère n’était peut-être pas nécessaire, et nous n’aurions pas été contre un peu plus d’incertitudes. Après tout, H.P. Lovecraft – auquel le film se réfère ouvertement – n’était-il pas le roi de l’indicible ? À cette réserve près, comment ne pas saluer l’audace sans cesse renouvelée d’un cinéaste qui ne cesse film après film de déclarer sa flamme au genre fantastique ?

 

© Gilles Penso


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LA LÉGENDE D’HERCULE (2014)

Le réalisateur de Cliffhanger réinvente l’histoire du célèbre demi-dieu en pillant allègrement 300 et Gladiator…

THE LEGEND OF HERCULES

 

2014 – USA

 

Réalisé par Renny Harlin

 

Avec Kellan Lutz, Gaia Weiss, Scott Adkins, Roxanne McKee, Liam Garrigan, Rade Serbedzija, Johnathon Schaech, Luke Newberry, Kenneth Cranham, Mariah Gale

 

THEMA MYTHOLOGIE

Voilà bien longtemps que Renny Harlin, passionné par la mythologie gréco-romaine, caressait l’idée de consacrer un long-métrage au demi-dieu Hercule. L’occasion se présente en 2014, mais force est de constater que le cinéaste de Prison, 58 minutes pour vivre et Cliffhanger n’est plus que l’ombre de lui-même, nous livrant là un nanar colossal qui serait presque hilarant au second degré si sa tonitruance n’annihilait pas tous nos sens. Dans le rôle principal, Harlin choisit Kellan Lutz, qui jouait Poséidon dans Les Immortels et Emmett Cullen dans la saga Twilight. Charge à lui de porter sur ses épaules ce film hélas sans queue ni tête. Le scénario, qui n’entretient qu’un très lointain rapport avec le mythe tel que nous le connaissons, se déroule dans la Grèce antique en 1200 avant JC. Assoiffé de pouvoir, le roi Amphitryon joue du glaive avec délectation, au grand dam de son épouse Alcmène qui se tourne vers la déesse Héra pour ramener un peu de paix dans le royaume. Celle-ci consent à ce que son époux, le puissant Zeus, féconde Alcmène afin de lui donner un fils qui sauvera le peuple. Son nom sera Hercule, même si Amphitryon, en voyant le nouveau-né, décide de le baptiser Alcide. On le voit, la mythologie est malmenée sans vergogne dans ce récit alambiqué.

Dès les premières minutes, la source d’inspiration principale de Renny Harlin saute aux yeux : 300 de Zack Snyder. Le traitement visuel, la photographie, les effets d’ultra-ralenti en cours d’action, la musique « carmina-buranesque », le look des combattants, tout dans le prologue de La Légende d’Hercule joue la carte du mimétisme. Scott Adkins, quant à lui, calque son timbre de voix sur celui de Gerard Butler, muant son Amphitryon en copie carbone de Leonidas. Rarement plagiat – ou parodie involontaire ? – n’est allé aussi loin. Lorsqu’Hercule grandit, tombe en disgrâce et finit dans les arènes siciliennes puis grecques, le film se mue en remake appauvri de Gladiator, que Renny Harlin pille également sans la moindre retenue. Kellan Lutz se prend alors pour Russel Crowe et se lance dans des combats brutaux auxquels la mise en scène maniérée (ralentis à outrance, sauts en apesanteur) ôte toute crédibilité. Rétif à la moindre demi-mesure, le film sature ses panoramas d’images de synthèse, se surcharge en gimmicks conçus pour projeter aux yeux des spectateurs des effets 3D et appuie son dynamisme sur une imagerie de jeux vidéo. La Légende d’Hercule sonne donc faux de sa première à sa dernière minute.

Kellan le barbant

Et que dire de la prestation de Kellan Lutz ? À la manière des culturistes qui imitaient Conan le barbare dans les films bis italiens des années 80, l’acteur promène gauchement sa silhouette massive, exhibant ses pectoraux gonflés comme des ballons de baudruche face à la frêle Gaia Weiss qui semble sur le point d’être engloutie par cet amas de muscles. La boutade de Groucho Marx à l’époque de Samson et Dalila nous revient alors à l’esprit : « il est difficile de s’intéresser à un film dans lequel le héros a une plus grosse poitrine que l’héroïne. » Cela dit, la chose la plus spectaculaire chez Kellan Lutz reste son abyssale inexpressivité. Nous qui voulions un demi-dieu fier et puissant, nous voilà en présence d’un émule du Miles O’Keeffe d’Ator, du Conrad Nichols de Thor le guerrier ou du Reb Brown de Yor le chasseur du futur ! Si au moins le film parvenait à nous distraire avec un bestiaire fantastique digne de ce nom. La véritable légende d’Héraclès n’en manque pas. Mais nous n’avons droit qu’à un lion de Némée en image de synthèse s’agitant dans une séquence bien peu palpitante. Bref, le ratage est complet. Le flop du film au box-office sera d’ailleurs cruel, le public préférant se tourner la même année vers le Hercule incarné par Dwayne Johnson.

 

© Gilles Penso


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J’AI ÉPOUSÉ UNE EXTRA-TERRESTRE (1988)

Dan Aykroyd et Kim Basinger incarnent un savant sympathique et une E.T. glamour qui tombent dans les bras l’un de l’autre…

MY STEPMOTHER IS AN ALIEN

 

1988 – USA

 

Réalisé par Richard Benjamin

 

Avec Dan Aykroyd, Kim Basinger, Jon Lovitz, Alyson Hannigan, Joseph Maher, Seth Green, Ann Prentiss, Wesley Mann, Tony Jay, Peter Bromilow, Nina Henderson

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Au départ, J’ai épousé une extra-terrestre aurait dû être un drame. C’est en tout cas la vision qu’avait le scénariste Jericho Stone en écrivant la première mouture de ce qui s’appelait alors They’re Coming (« Ils arrivent »). Pour lui, l’invasion extra-terrestre était un moyen habile d’aborder des sujets graves et bien réels, notamment la maltraitance des enfants. Paramount Pictures apprécie son script mais n’a pas du tout envie de se lancer dans un film anxiogène et dépressif. Pourquoi ne pas réadapter cette histoire sous forme de comédie ? Entamée en 1981, l’écriture du film ne sera définitive que sept ans plus tard. Entre-temps, le réalisateur Richard Benjamin (Les Moissons du printemps, Haut les flingues, Une baraque à tout casser) tombe sur le script et accepte de le réaliser. Après que plusieurs plumes se soient succédées, le scénariste Jonathan Reynolds y met la touche finale, Stone n’étant crédité que comme auteur de l’histoire originale (sous le simple nom de Jericho). Honnêtement, au vu du film, il semble difficile de croire qu’au moins quatre auteurs se soient associés pour écrire un scénario pareil…

Steven Mills (Dan Aykroyd) est un scientifique passionné qui travaille sur différents moyens d’envoyer des ondes radio dans l’espace. Or l’une d’entre elles vient accidentellement de heurter une planète lointaine, provoquant une sérieuse perturbation de sa gravité. Persuadés qu’il s’agit d’une attaque, les habitants décident d’envoyer sur Terre l’une des leurs, Celeste, afin d’y mener l’enquête. Elle aura l’apparence d’une femme humaine (Kim Basinger, donc pas n’importe quelle femme !) et sera aidée dans sa mission par un dispositif appelé Bag : un tentacule extraterrestre doté d’un œil unique et d’un esprit propre déguisé en sac à main (à qui Ann Prentiss prête sa voix). Bag a de nombreuses capacités, comme celle de créer instantanément toutes sortes d’objets. En débarquant sur notre planète, Celeste fait une entrée fracassante dans une soirée organisée par Ron (Jon Lovitz), le frère de Steven. Ce dernier tombe bien sûr sous le charme de la blonde pétillante. La fille de Steven elle-même, Jessie (Alyson Hannigan), est heureuse de voir son père veuf envisager de refaire sa vie. Mais le comportement de plus en plus étrange de Celeste commence à les intriguer sérieusement…

Ma femme est un alien !

Quelques gags absurdes parviennent à nous arracher des sourires et une poignée de dialogues font mouche, comme le fameux « tu peux parler d’être marié à son travail : j’ai passé toute ma carrière à essayer de prouver qu’il y a une vie sur d’autres planètes, et lorsque finalement je l’ai trouvée, je l’ai épousée ! » Mais est-suffisant pour que J’ai épousé une extra-terrestre soit un bon film, ou tout du moins un divertissement de qualité ? Pas vraiment, hélas. Ce script simpliste bourré de clichés et de stéréotypes, qui puise son inspiration au hasard des succès de la décennie (E.T., S.O.S. fantômes, Retour vers le futur), prend l’eau de tous les côtés et finit par venir à bout de la patience des spectateurs les moins regardants. On sauvera du film l’abattage de Kim Basinger (qui crève l’écran et change de tenue à chaque scène) et du beau-frère campé avec une certaine jubilation par Jon Lovitz, ainsi que les impeccables effets visuels de John Dykstra. De là à dire que J’ai épousé une extra-terrestre est mémorable, n’exagérons rien ! Et malgré toute la sympathie que nous éprouvons pour Dan Aykroyd, le rôle du fiancé romantique et fleur bleue ne lui sied guère. D’où ce final interminable qui hésite sans cesse entre loufoquerie et larmoiements sans parvenir à se décider. Comme on pouvait le prévoir, le film de Richard Benjamin ne déplacera pas les foules, ne parvenant pas même à rembourser son budget de 19 millions de dollars.

 

© Gilles Penso


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THE ALIEN FACTOR (1978)

Trois créatures extra-terrestres aux looks improbables débarquent sur Terre et sèment la panique dans une petite ville américaine…

THE ALIEN FACTOR

 

1978 – USA

 

Réalisé par Don Dohler

 

Avec Don Leiffert, Tom Griffin, George Stover, Richard Dyszel, Mary Mertens, Richard Geiwitz, Eleanor Herman, Anne Frith, Christopher Gummer

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Grand amateur de films d’horreur et de science-fiction, Don Dohler réalise une poignée de courts-métrages depuis la fin des années 60 mais se met à travailler comme comptable pour une chaîne de restaurant pour pouvoir gagner sa vie. Le jour où il est licencié, il décide de franchir le pas et de réaliser son premier long-métrage. Après avoir envisagé une comédie fantastique mettant en scène une quinzaine de monstres, il revoit ses ambitions à la baisse et conçoit un récit de science-fiction au premier degré avec au menu trois créatures extra-terrestres. Ce sera The Alien Factor, dont il signe non seulement l’écriture et la mise en scène mais aussi la production et le montage, comme à l’époque de ses films courts. Faute d’un budget digne de ce nom, le tournage est étalé sur plusieurs années, entre octobre 1976 et avril 1977, avec une équipe n’ayant encore jamais travaillé dans le milieu professionnel, principalement dans la ville de Baltimore et ses environs. Tout commence avec un jeune couple qui passe du bon temps dans une voiture près d’un lac. Soudain, une créature les attaque sauvagement et assassine le jeune homme. Alors que la jeune fille s’enfuit, en état de choc, d’autres agressions du même type se poursuivent dans les bois. Selon les témoignages, le coupable semble être un monstre bipède au corps cuirassé et au visage d’insecte.

Alors que l’on se perd en conjectures, un homme est retrouvé vidé de son énergie et prend bientôt les allures d’un cadavre en décomposition. La police est sur les dents mais le maire de la petite ville, qui a sans doute trop vu Les Dents de la mer, ne veut pas ébruiter l’affaire pour éviter de faire fuir les touristes, car un grand complexe de loisirs sera bientôt construit dans la région. Lorsque les coupables de ces exactions font enfin leur apparition, les spectateurs sont partagés entre la stupeur et le rire. Car si l’on ne peut reprocher à Don Dohler son audace et l’originalité de ses monstres, il faut bien avouer que leur look laisse rêveur. Le premier, le Leemoid, est un reptile invisible qui aspire la force vitale de ses victimes (et qui apparaît à la fin du film sous forme d’une sorte de lézard géant animé en stop-motion par Ernest Farino). Le second, l’Inferbyce, est une créature gluante et griffue aux allures d’insecte bipède (en réalité un costume créé et porté par Larry Schlechter). Le troisième est le Zagatile, un monstre au corps couvert de peluche qui mesure plus de deux mètres et qui semble monté sur des échasses (un costume conçu et porté par John Cosentino). Cette ménagerie improbable constitue l’attraction principale du film.

Le zoo de l’espace

Bientôt, le scénario nous explique la présence de ce trio infernal sur notre planète : un vaisseau spatial zoologique s’est crashé sur Terre, libérant trois spécimens venus de planètes différentes. Désormais, le héros du film (incarné par Don Leifert) va s’employer à essayer d’éradiquer la menace extra-terrestre. Tout dans The Alien Factor transpire l’amateurisme et le manque de moyens : des acteurs qui semblent avoir été choisis au hasard parmi les passants, des décors naturels dénués de la moindre photogénie, des éclairages et une prise de son déficients, des scènes parfaitement inutiles conçues de toute évidence pour rallonger un métrage jugé trop court (le mauvais groupe de rock chevelu qui joue un morceau dans son intégralité dans un bar)… Mais l’opiniâtreté de Don Dohler force l’admiration, tout comme l’’ingéniosité de l’équipe des effets spéciaux bricolant avec trois bouts de ficelle des bestioles originales à défaut d’être convaincantes. The Alien Factor sera finalement exploité commercialement en 1978 et poussera son réalisateur à initier d’autres séries B du même acabit, notamment Nightbeast, The Galaxy Invader ; Blood Massacre et même Alien Factor 2 : The Alien Rampage.

 

© Gilles Penso


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FINAL EXPERIMENT (1993)

Un homme panique à l’idée que des extra-terrestres viennent lui rendre visite la nuit pour pratiquer sur lui des expériences génétiques…

OFFICIAL DENIAL

 

1993 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Brian Trenchard Smith

 

Avec Parker Stevenson, Dirk benedict, Erin Gray, Chad Everett, Michael Plate, Christopher Pate, Natalie McCurry

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Final Experiment marque une date dans l’histoire des productions direct-to-video dans la mesure où il s’agit du tout premier film original produit par la chaîne Syfy, qui s’orthographiait alors Sci-Fi Channel. Son réalisateur, le Britannique Brian Trenchard-Smith, avait déjà touché à toutes sortes de genres, du kung-fu (L’Homme de Hong Kong, La Marque de la panthère) à l’action exotique (Les Cascadeurs de la mort, Le Jour des assassins) en passant par le musical (La rage de la casse), le policier (Le Gang des BMX), le film de guerre (Le Dernier assaut), l’aventure (Le Secret du lac), l’horreur (Le Drive-in de l’enfer, L’Esprit du mal) et la science-fiction post-apocalyptique (Les Traqués de l’an 2000, son titre de gloire le plus célèbre). On lui doit également quelques épisodes de séries TV, notamment pour Tarzan, Les Dessous de Palm Beach et Mission impossible 20 ans après. Notre homme est donc un solide artisan, à défaut d’avoir un style et une vision. Final Experiment raconte l’histoire du couple Corliss, qui commence sérieusement à battre de l’aile car Paul (Parker Stevenson, alias Craig Pomeroy dans Alerte à Malibu), le mari, refuse obstinément d’avoir un enfant. La raison qu’il invoque est pour le moins curieuse : il est persuadé que des extra-terrestres s’introduisent dans sa maison la nuit et se servent de lui comme cobaye pour des expérimentations génétiques !

Face à de telles affirmations, la femme de Paul, Annie (Erin Gray, le colonel Deering de Buck Rogers au 25ème siècle), pense qu’il a sérieusement besoin de l’aide d’un psychiatre. Nous aurions tendance à nous ranger à son avis. Mais une nuit, Paul est bel et bien enlevé dans son sommeil par des êtres venus d’ailleurs. A son réveil, il sait bien qu’il n’a pas rêvé, sans pour autant parvenir à convaincre sa femme. En revanche, l’armée qui surveillait sa maison le croit. Elle a en effet abattu un vaisseau spatial et détient l’un de ses occupants. Les militaires attendent donc de Paul qu’il établisse le contact, notamment le lieutenant-colonel Dan Larner incarné par Dirk Benedict (l’inoubliable Starbuck de Galactica). Final Experiment prend alors rapidement les allures d’un mélange de Rencontres du troisième type et E.T. l’extra-terrestre. On y retrouve l’homme qui a vu les aliens et que personne ne croit sauf le gouvernement, la montagne où a atterri l’OVNI investie par l’armée, le petit extra-terrestre qui veut retrouver son vaisseau, et même quelques notes de musique empruntées à John Williams au moment où l’E.T. en question touche du doigt le héros, dans la forêt nocturne, alors que la pleine lune éclaire le ciel.

Rencontres du troisième E.T.

Hélas, non content de cultiver le déjà-vu avec une constance qui confine au plagiat quasi-systématique, le film de Brian Trenchard-Smith oublie toute subtilité et ne se rattrape guère par sa mise en forme. L’OVNI est une image de synthèse passable, mais le plus gros handicap du film reste le maquillage des créatures, inspiré de celui de Rencontres du troisième type, mais extrêmement sommaire et figé. Cet aspect rigide et plastifié du héros d’une autre planète ôte toute crédibilité aux scènes dans lesquelles il intervient, d’autant que le chef opérateur l’expose en pleine lumière à maintes reprises. La ballerine de douze ans qui incarne le petit alien dans sa combinaison en caoutchouc a donc toutes les peines du monde à nous faire croire à son personnage. Parmi les pouvoirs du sympathique extra-terrestre, on notera la faculté de créer des hallucinations, lui permettant de revêtir aux yeux des humains l’aspect d’autres êtres humains qu’il croise sur son chemin. Une idée sympathique mais que le scénario exploite bien mal. Après ce téléfilm facultatif, le scénariste Bryce Zabel continuera à creuser le sillon extra-terrestre en créant la série Dark Skies.

 

© Gilles Penso


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A CHRISTMAS CAROL (1938)

Le vieux Scrooge, modèle d’avarice et d’antipathie, prend les traits de Reginald Owen dans cette adaptation populaire du célèbre conte de Dickens…

A CHRISTMAS CAROL

 

1938 – USA

 

Réalisé par Edwin L. Marin

 

Avec Reginald Owen, Gene Lockhart, Kathleen Lochart, Terry Kilburn, Barry MacKay, Lynne Carver, Leo G. Carroll, Ann Rutherford, Lionel Braham

 

THEMA CONTES I FANTÔMES

« A Christmas Carol » est le conte de Noël par excellence, l’histoire qu’il faut adapter sur un rythme régulier pour pouvoir la remettre sans cesse au goût du jour et la faire redécouvrir à toutes les générations de jeunes spectateurs pendant les fêtes de fin d’année. Écrite en 1843 par Charles Dickens, cette fable atemporelle a été montée sur les planches un nombre incalculable de fois et portée à l’écran dès 1901. À partir du 25 décembre 1934, l’acteur Lionel Barrymore interprète le personnage principal, Scrooge, pour une adaptation radio qui sera rejouée tous les ans. Lorsque le studio MGM prépare une nouvelle version filmée du conte, c’est logiquement Barrymore qui est envisagé dans le rôle principal. Mais le comédien souffre alors de crises d’arthrite et doit se désister, cédant sa place à Orson Welles pour la représentation radiophonique et à son ami Reginald Owen pour le film. Il prête tout de même sa voix à la bande-annonce du long-métrage dont la réalisation est confiée à Edwin L. Marin. La version de 1938 présente la particularité de réunir pour la première (et unique) fois trois membres de la famille d’acteurs Lockhart : Gene dans le rôle du comptable Bob Cratchit, sa femme Kathleen dans celui de son épouse et leur fille June qui interprète la jeune Belinda. Pour une œuvre célébrant les valeurs familiales, on ne pouvait rêver mieux !

Étant donnée la courte durée du film (69 minutes) et la volonté d’attirer le public le plus large, certains des aspects les plus sombres de l’histoire originale sont volontairement passés sous silence et plusieurs péripéties et personnages secondaires évacués du scénario. L’histoire se situe toujours dans le Londres du 19ème siècle, la veille de Noël, et s’intéresse donc au vieux Ebenezer Scrooge. Pingre, méfiant, antipathique, grincheux et acariâtre, l’homme a tout pour plaire ! Son interjection préférée est « humbug », qu’on pourrait traduire par « foutaises ». Tout ce qui ne touche pas directement aux activités commerciales, aux affaires sérieuses et à l’amassement d’argent n’a aucun intérêt à ses yeux. Autant dire que les fêtes de Noël lui passent largement au-dessus de la tête. Il dirige avec autorité une échoppe d’usurier, martyrise son employé Bob Cratchit et passe seul toutes ses soirées, y compris celle du 24 décembre. Mais ce soir-là, quelque chose d’imprévu survient dans sa grande maison sinistre : plusieurs spectres s’invitent à tour de rôle chez lui et s’apprêtent à bouleverser sa vie…

Fantômes et bons sentiments

Dès son entrée en matière, A Christmas Carol nous offre de jolies images d’Épinal de l’Angleterre hivernale des années 1800. La neige s’écoule au-dessus des rues commerçantes, les hommes en haut de forme croisent les vendeurs ambulants, les enfants jouent dans la rue devant les carrioles et les chevaux. Bref, ce sont de véritables cartes postales d’époque qui semblent prendre vie sous nos yeux. La féerie s’invite lorsque Scrooge et le fantôme des Noëls passés (une fille charmante aux allures de fée incarnée par Ann Rutherford) s’envolent au-dessus de la ville et revisitent l’enfance du vieil homme. Les autres spectres sont celui de l’ancien associé de Scrooge (Leo G. Carroll, futur personnage récurrent de la série Des agents très spéciaux), le fantôme des Noëls présents (Lionel Braham, campant une sorte de mixage entre Zeus et le Père Noël) et celui des Noëls futurs (une sinistre silhouette encapuchonnée qui évoque la mort). La mise en scène laisse entendre que ces esprits pourraient bien être imaginaires, nés de la mauvaise conscience de Scrooge. Après chaque entrevue avec un fantôme, il se retrouve en effet seul dans son lit, s’agitant dans le vide… Et si c’était un rêve ? Certes, A Christmas Carol est dégoulinant de bons sentiments, moralisateur à outrance, gorgé de sermons et de chants religieux. Mais finalement, un peu de guimauve pour un conte de Noël, quoi de plus normal ? Edwin L. Marin continuera par la suite à réaliser une grande quantité de longs-métrages, parmi lesquels le sympathique Homme invisible contre la gestapo.

 

© Gilles Penso


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MYSTÈRE À VENISE (2023)

Kenneth Branagh reprend la moustache d’Hercule Poirot pour mener l’enquête dans un palais vénitien hanté par d’étranges fantômes…

A HAUNTING IN VENICE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Kenneth Branagh

 

Avec Kenneth Branagh, Camille Cottin, Jamie Dornan, Tina Fey, Jude Hill, Ali Khan, Emma Laird, Kelly Reilly, Michelle Yeoh, Riccardo Scamarcio, Amir El-Masry

 

THEMA FANTÔMES I TUEURS

Avec Le Crime de l’Orient-Express (2017) et Mort sur le Nil (2022), le scénariste Michael Green et le réalisateur Kenneth Branagh s’étaient employés à remettre au goût du jour deux grands classiques d’Agatha Christie. Pour leur troisième incursion dans l’univers de la célèbre romancière, les duettistes changent leur fusil d’épaule et s’attaquent à un roman moins connu, « Hallowe’en Party », publié en 1969 et sorti d’abord en France sous le titre « La Fête du potiron » avant d’être rebaptisé « Le Crime d’Halloween ». C’est l’occasion pour Branagh d’emprunter les voies du cinéma d’épouvante qu’il avait déjà foulées à l’occasion de Dead Again et Frankenstein. Pour autant, le cinéaste ne considère pas tout à fait Mystère à Venise comme un film d’horreur mais plutôt comme un « thriller surnaturel ». Au vu du résultat, on ne saurait lui donner tort. Conformément à ce qu’il annonçait à la fin de Mort sur le Nil, le moustachu Hercule Poirot a pris sa retraite et coule désormais des jours tranquilles à Venise. Pour éviter d’être harcelé par des hordes de gens désireux de le voir résoudre toutes sortes d’enquêtes, l’ex-détective s’offre les services de Vitale Portfoglio (Riccardo Scamarcio), un ancien policier devenu garde du corps. « Le dragon à ma porte », comme il aime le surnommer.

Le jour d’Halloween, Poirot reçoit la visite d’Ariadne Oliver (Tina Fey), auteur à succès de romans policiers qui semble être une sorte d’alter-ego caricatural d’Agatha Christie elle-même, preuve que l’écrivaine ne manquait pas d’auto-dérision. Celle-ci parvient à convaincre notre homme de venir assister à une fête d’Halloween dans un vieux palais vénitien appartenant à l’ancienne chanteuse d’opéra Rowena Drake (Kelly Reilly). Cette soirée organisée pour les enfants sera suivie d’une séance de spiritisme au cours de laquelle Rowena espère entrer en contact avec l’esprit de sa défunte fille Alicia. La séance sera menée par la médium Joyce Reynolds (Michelle Yeoh) que la romancière soupçonne d’être un charlatan. Elle demande donc à Poirot de l’aider à la démasquer et à prouver que ses soi-disant communications avec les esprits sont truquées. Le détective étant cartésien par nature, ce débusquage semble acquis. Mais une série d’événements étranges commence à bousculer les convictions de l’enquêteur, dans ce palais à l’atmosphère lugubre qui serait selon la légende hanté par les fantômes d’orphelins abandonnés après une épidémie ayant frappé la ville. « Les histoires effrayantes rendent la vie moins effrayante » dit l’écrivaine qui finit elle aussi par se troubler face à une série de manifestations paranormales…

« Toutes les maisons sont hantées ou maudites »

Situer ce récit spectral dans la cité des Doges a quelque chose de logique, comme si cette ville engloutie qui servait de cadre au glaçant Ne vous retournez-pas était déjà un vestige du passé. « À Venise, on dit que toutes les maisons sont hantées ou maudites » dit d’ailleurs le garde du corps de Poirot en début de film, alors qu’ils traversent nuitamment les canaux de la ville sur des gondoles sinistres ayant perdu tout caractère romantique. Dans le très beau décor du palais décrépit dont on sent la grandiloquence passée, Kenneth Branagh prend visiblement beaucoup de plaisir à décliner les lieux communs du genre. Les lustres tombent, les ampoules éclatent, le tonnerre gronde, les fenêtres s’ouvrent, les portes claquent, les chants d’enfants résonnent, les visions furtives apparaissent dans les miroirs, les ombres passent en coup de vent, bref toute la panoplie du film de fantômes est convoquée avec une certaine efficacité, certes, mais sans grande nouveauté. Rien ne semble avoir changé depuis Le Chat et le canari de 1927 qui mêlait déjà les codes de l’enquête policière avec ceux du film de maison hantée. Comme en outre Branagh utilise de manière un peu trop systématique les plongées, les contre-plongées, les cadrages obliques ou les grands-angles pour évoquer l’étrangeté, sa démarche finit par nous sembler un peu trop artificielle pour convaincre. L’aspect le plus intéressant du film est son jeu permanent sur l’opposition entre la supercherie et le surnaturel. Chaque fois qu’une cause rationnelle justifie un phénomène d’allure paranormale, elle est déjouée par une autre manifestation inexpliquée, jusqu’à ce que les personnages – et les spectateurs – ne sachent plus quoi croire. Et si le mystère finit par se désépaissir en fin de métrage, un certain doute subsiste… Jusqu’à un épilogue très ouvert qui laisse imaginer d’autres aventures de l’infatigable Hercule Poirot.

 

© Gilles Penso


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L’INCROYABLE ALLIGATOR (1980)

Ne jetez pas les bébés alligators dans les toilettes : ils peuvent se transformer en monstres géants avides de chair humaine !

ALLIGATOR

 

1980 – USA

 

Réalisé par Lewis Teague

 

Avec Robert Forster, Robin Riker, Michael Gazzo, Jack Carter, Dean Jagger, Sydney Lassick, Perry Lang, Sue Lyon, Henry Silva, Bart Braveman

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Auteur du scénario de Piranhas, John Sayles conserve le même ton et les mêmes thématiques avec cet Incroyable alligator jonglant volontiers entre le premier et le second degré et payant son tribut aux Dents de la mer. Sayles est d’ailleurs très occupé en cette année 1980, puisqu’il écrit en même temps le script des Mercenaires de l’espace et de Night Skies, un projet de Steven Spielberg qui sera finalement abandonné au profit de E.T. l’extra-terrestre. Envisagé pour mettre en scène L’Incroyable alligator, Joe Dante prépare à l’époque Hurlements et cède donc le pas à Lewis Teague, réalisateur de deux films policiers et d’une poignée d’épisodes de séries TV. L’Incroyable alligator puise son inspiration dans une célèbre légende urbaine et commence sans s’embarrasser de longs préambules. Pas du tout refroidie par l’accident auquel elle assiste pendant un spectacle dans une ferme aux crocodiles, et qui manque de coûter la vie à l’un des dresseurs, une petite fille insiste auprès de sa mère pour acheter un bébé alligator. Son père, exaspéré, jette l’animal dans les WC. Douze ans plus tard, le reptile, qui s’est acclimaté au monde souterrain où il trouve sa pitance, a bien grandi, alimenté par un laboratoire qui jette clandestinement dans les égouts des cadavres de chiens sur lesquels on expérimente de nouvelles hormones. Dès lors, un monstre plus gros qu’une voiture hante les sous-sols de la ville et dévore tout ce qui lui tombe sous la dent…

Marqué par la mort de son ancien co-équipier, le policier David Madison (Robert Forster) est chargé d’enquêter sur la série de disparitions mystérieuses qui frappe la ville et sur les morceaux de cadavres qu’on découvre près des égouts. Or un autre de ses collègues meurt justement pendant leurs investigations. Madison annonce à qui veut l’entendre que le coupable est un alligator géant, mais personne ne croit à sa thèse, jusqu’à ce qu’un journaliste trop curieux ne prenne lui-même des photos dans les égouts. Si ce reporter finit dévoré, sa pellicule lui survit. Et face aux clichés, il faut se rendre à l’évidence : un monstre à écailles rôde sous la terre. Après que l’armée ait organisé une battue en vain, le film troque l’influence des Dents de la mer contre celle de Godzilla. Car au cours d’une séquence nocturne d’anthologie, l’alligator défonce le pavé et s’extirpe du sous-sol, attaquant les habitants à la surface. Très ingénieux, les trucages alternent un véritable saurien dans des décors miniatures (facilement repérables mais très soignés) et un alligator mécanique grandeur nature franchement réussi (surnommé « Ramon » par l’équipe du film, et ensuite offert à l’équipe de basket-ball des Florida Gators de l’Université de Gainesville).

Les dents de la terre

L’ombre des Dents de la mer reste malgré tout très présente. Car au-delà du monstre tapi dans l’ombre qui referme sa mâchoire sur tout ce qui bouge, le trio vedette du film est lui-même calqué sur celui du classique de Spielberg : le flic qui veut en découdre (Forster prenant donc la relève de Roy Scheider), le jeune membre de la communauté scientifique (ici une belle herpétologue incarnée par Robin Riker dont notre policier finit par s’enticher) et le chasseur bourru et imbu de lui-même (joué par Heny Silva, qui s’amuse à imiter suavement le cri des alligators devant les journalistes !). Lewis Teague ménage quelques séquences d’humour satirique délectables, comme le merchandising sauvage organisé autour d’une scène de crime, où les marchands ambulants proposent des sauriens en plastique, des peluches et même des bébés alligators. Le film ne s’interdit pas non plus quelques références à « Moby Dick », le protagoniste n’ayant bientôt plus d’autre but que de tuer la bête pour chasser ses propres démons, quitte à démissionner de la police pour continuer son combat « en free-lance ». Seul petit regret dans ce très sympathique monster-movie : l’absence de James Horner, qui écrivit pourtant la bande originale du film, mais qu’une grève empêcha d’enregistrer, cédant donc le pas au compositeur Craig Huxley. Véritable starting-block, L’Incroyable Alligator permit à son réalisateur de se voir confier quelques films de genre remarqués dans les années 80, notamment Cujo, Cat’s Eye et Le Diamant du Nil.

 

© Gilles Penso

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FIVE NIGHTS AT FREDDY’S (2023)

Un gardien de nuit est chargé de veiller sur une pizzera désaffectée dans laquelle se dressent d’inquiétantes figurines animatroniques…

FIVE NIGHTS AT FREDDY’S

 

2023 – USA

 

Réalisé par Emma Tammi

 

Avec John Hutcherson, Piper Rubio, Elizabeth Lail, Mary Stuart Masterson, Matthew Lillard, Kat Conner Sterling, David Lind, Christian Stokes, Joseph Poliquin

 

THEMA OBJETS VIVANTS

C’est le 8 août 2014 que sort la première mouture du jeu vidéo « Five Nights at Freddy’s » imaginé par Scott Cawthon, gros succès de « survival horror » qui donnera naissance à plusieurs suites. Dès l’année 2015, le cinéma s’intéresse à une adaptation du jeu par l’entremise du studio Warner Bros. C’est alors Gil Kenan (Monster House, Poltergeist version 2015) qui est envisagé à la mise en scène. Mais la production prend du retard, le projet n’avance pas et Kenan se retire. En 2017, la compagnie Blumhouse prend le relais et propose la réalisation à Chris Columbus (Harry Potter, Percy Jackson). Les préparatifs continuent à traîner, laissant le temps à un projet concurrent de sortir sur les écrans : Willy’s Wonderland. Ce film dingue réalisé par Kevin Lewis, avec Nicolas Cage en tête d’affiche, n’est pas une adaptation officielle de « Five Nights at Freddy’s » mais reprend une grande partie de son concept, oscillant entre l’horreur et la comédie et générant un petit culte autour de son grain de folie joyeusement absurde. De fait, lorsque Five Night at Freddy’s finit enfin par se concrétiser, sous la direction de la réalisatrice Emma Tammi, le film sent déjà un peu le réchauffé et le déjà vu.

Five Nights at Freddy’s s’intéresse à Mike Schmidt (John Hutcherson), agent de sécurité dans un centre commercial qui perd son emploi après avoir agressé un père négligent qu’il avait pris pour un kidnappeur. Son comportement violent est justifié par un traumatisme d’enfance qui nous sera révélé en cours d’intrigue. Son conseiller d’orientation professionnelle propose à Mike un emploi de gardien de nuit chez Freddy Fazbear’s Pizzeria, un centre de divertissement familial autrefois prospère mais aujourd’hui abandonné. D’abord réticent, Mike finit par accepter l’offre lorsque les services sociaux menacent de lui retirer la garde de sa jeune sœur Abby (Piper Rubio) et de la confier à leur sinistre tante Jane (Mary Stuart Masterson) qui souhaite toucher les mensualités liées à la garde de la fillette. Ce boulot de gardien de nuit chez Freddy’s ne semble pas particulièrement compliqué. Mais dans les coulisses se cachent plusieurs mascottes aux allures de grands animaux en peluche animatroniques qui ne demandent qu’à revenir à la vie…

Animatronics Attack

Totalement délirant, le concept du film est résumé à mi-parcours par Mike en ces termes : « Des enfants fantômes qui possèdent des robots géants ! » Nous sommes donc légitimement en droit d’espérer un film d’horreur excessif s’octroyant une pleine liberté de ton. Or Five Nights at Freddy’s a du mal à trouver sa tonalité. Malgré le caractère absurde des monstres, les mécanismes de peur sont ici traités au premier degré et s’avèrent pour la plupart totalement inefficaces. Comme en outre le film met la pédale douce sur le gore et ne fait pas spécialement rire, on se perd en conjectures sur le public visé. Car Emma Tammi se prend très au sérieux, s’attachant à décrire en détail les états d’âme, les traumas, les émotions et les sentiments de ses protagonistes. Certes, John Hutcherson (que nous avions découvert enfant dans Zathura puis adolescent dans Voyage au centre de la Terre) se révèle convaincant sous la défroque de ce loser insomniaque à la dérive, et la relation complexe qu’il entretient avec sa jeune sœur a quelque chose de touchant. Mais ce travail de caractérisation semble totalement inapproprié dans un tel film, d’autant que d’autres personnages (comme la femme-flic incarnée par Elizabeth Lail) n’ont aucune épaisseur et se comportent au mépris de toute logique. On ne sait donc pas vraiment sur quel pied danser et comment appréhender ce film bancal. Willy’s Wonderland avait au moins le mérite d’opter pour un parti pris, si invraisemblable soit-il. Five Night at Freddy’s finit donc par nous laisser indifférents, malgré le travail intéressant réalisé par les artistes de l’atelier Jim Henson sur les créatures animatroniques.

 

© Gilles Penso


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THE POD GENERATION (2023)

Dans le futur, les femmes n’auront plus besoin d’être enceintes ou d’accoucher pour avoir un bébé : on n’arrête plus le progrès !

THE POD GENERATION

 

2023 – BELGIQUE / FRANCE / GB

 

Réalisé par Sophie Bathes

 

Avec Emilia Clarke, Chiwetel Ejiofor, Vinette Robinson, Veerle Dejaeger, Lamara Stridjhaftig, Emma De Poot, Kyoung Her, Karel Van Cutsem, David Beelen

 

THEMA FUTUR I MÉDECINE EN FOLIE

Après avoir réalisé la comédie fantastique Âmes en stock (avec Paul Giamatti) et une version personnelle de Madame Bovary (avec Mia Wasikowska), Sophie Barthes s’intéresse au rapport complexe à la maternité qu’entretient un couple de new-yorkais dans un monde futur très proche du nôtre. Ce troisième long-métrage, une co-production entre la Belgique, la France et le Royaume Uni, met en scène Emilia Clarke (la « reine des dragons » de Game of Thrones) et Chiwetel Ejiofor (le héros de 12 Years a Slave). Par sa nature même, c’est déjà un film atypique. Dans la cité d’anticipation de The Pod Generation, les assistants virtuels sont partout, commentant nos gestes et nos humeurs, prodiguant sans cesse des conseils, préparant les repas et les loisirs de chacun. La productivité des salariés est désormais mesurée par des algorithmes, les thérapeutes ne sont plus des humains, les forêts sont majoritairement holographiques, l’air frais se consomme dans les bars, l’éducation n’est plus financée par le gouvernement et – petite nouveauté qui va bouleverser bien des habitudes – on peut désormais se passer de grossesse et d’accouchement pour faire des bébés !

« Confiez-nous la phase la plus contraignante et profitez de vos bébés » affirme avec jovialité le patron de la toute puissante entreprise Pegazus qui commercialise les pods, des œufs synthétiques connectés qui abritent les embryons pendant neuf mois jusqu’à leur naissance. Toutes les campagnes marketing de Pegazus vantent les mérites d’une société où la femme pourra enfin continuer à s’épanouir professionnellement sans avoir à subir les inconvénients d’une grossesse. Rachel (Emilia Clarke), pleinement intégrée dans une entreprise où elle ne cesse de démontrer son efficacité, est fortement tentée par l’option du pod mais n’ose pas en parler à son mari Alvy (Chiwetel Ejiofor). Car ce dernier est en parfait décalage avec la tournure qu’est en train de prendre le monde. Il est botaniste, s’intéresse à la terre, aux plantes, aux feuilles et aux arbres. Lorsqu’elle apprend quel est le métier d’Alvy, la DRH de Rachel fait la grimace avant d’avancer : « je suppose donc que vous êtes la source principale des revenus du foyer ? » Dans cette société moderne où l’intelligence artificielle est partout, l’amour de la nature n’est pas un atout mais plutôt un vestige obsolète du passé. Comment Alvy réagira-t-il en apprenant que Rachel s’est inscrite sur une liste d’attente chez Pegazus et vient d’être admise pour acquérir son précieux pod ?

Contre-nature

Parfaitement dans l’air du temps, The Pod Generation soulève les problématiques de son temps. « Le progrès ne rend personne superflu, il nous complète » s’entend ainsi dire une salariée qui s’inquiète de voir des machines intelligentes se substituer peu à peu à ses collègues. Sophie Barthes s’efforce de filmer cet univers aseptisé avec un maximum de naturalisme, sans jamais insister sur les éléments de science-fiction qui sont donc intégrés comme des composantes banales de l’environnement et de l’intrigue. Mais il est évident que ce futur proche est une dictature douce et sans douleur, un totalitarisme insidieux qui ne dit pas son nom. La déshumanisation s’y installe tranquillement, derrière les sourires commerciaux des grands patrons qui prétendent ne vouloir que le bien de leurs semblables. The Pod Generation s’appuie sur la performance très convaincante de ses acteurs principaux qui se prêtent au jeu comme dans une comédie dramatique « traditionnelle » et renforcent la crédibilité de cet avenir décidément très plausible. Dommage que le scénario peine à exploiter pleinement ses prémices fascinantes. L’hymne à la nature finit par se révéler trop démonstratif et la résolution déçoit par sa simplicité et son absence de prise de risques. Il manque clairement au film un dernier acte digne de ce nom, et l’on en vient à se demander si un tel sujet n’aurait pas eu plus d’impact sur un format plus court… dans un épisode de Black Mirror par exemple.

 

© Gilles Penso


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