MEGAFORCE (1982)

Dans le futur, certains conflits sont réglés grâce à une unité de combat secrète équipée d’armes et de véhicules sophistiqués…

MEGAFORCE

 

1982 – USA / HONG-KONG

 

Réalisé par Hal Needham

 

Avec Barry Bostwick, Michael Beck, Persis Khambatta, Edward Mulhare, Henry Silva, George Furth, Mike Kulcsar, Ralph Wilcox, Evan C. Kim, Anthony Pena

 

THEMA FUTUR

Malgré les apparences, Megaforce n’est pas une énième série B post-apocalyptique s’inspirant du succès de Mad Max 2 mais une superproduction ambitieuse de 20 millions de dollars confiée à Hal Needham, ancien cascadeur star (avec plus de cent films à son actif) devenu réalisateur spécialisé dans le cinéma d’action tout public (Cours après moi shérif, L’Équipée du Cannonball). La Golden Harvest, qui finance le film, croit suffisamment en son potentiel pour dépenser sans compter : une impressionnante armada de véhicules et d’armes futuristes conçus par William Frederick, l’utilisation d’effets visuels de pointe tels l’Introvision (un système de projection frontale alors expérimental) et le Zoptic (inventé à l’occasion de Superman), une figuration nombreuse, des cascades, des effets spéciaux, de la pyrotechnie, bref du gros spectacle en perspective. Mais le film manque singulièrement de vision et de cohésion artistique, comme si le réalisateur ne savait pas trop comment gérer cette énorme « boite de jouets » à sa disposition. Le problème se ressent dès le casting. Pourquoi choisir des seconds rôles aussi savoureux que Persis Khambatta (révélée dans le rôle de la troublante Ilya de Star Trek le film) et Henry Silva (une « gueule » habituée à jouer les seconds couteaux mémorables) pour ne rien leur offrir à faire, si ce n’est minauder bêtement pour l’une, ricaner hystériquement pour l’autre, puis disparaître pendant la grande majorité du métrage ? Tout repose donc sur le héros incarné par Barry Bostwick, dont la spectaculaire absence de charisme, les poses super-héroïques ridicules, le sourire crispé et la coupe de cheveux improbable jouent singulièrement en défaveur du film.

Dès le générique de début, scandé par la musique outrageusement « eighties » de Jerrold Immel, on sent bien que Megaforce nous entraîne sur le terrain glissant du nanar qui s’ignore. Nous sommes dans un futur proche, où la paisible République de Sardun (totalement imaginaire) subit l’agression de l’armée de Gamibie (tout aussi fictive). Incapables de se défendre contre cette invasion, les autorités de Sardun sollicitent le général Byrne-White (Edward Mulhare) et le major Zara (Persis Khambatta) pour trouver une solution. Tous deux partent donc dans le désert à la rencontre de la Megaforce, une armée secrète composée de soldats internationaux équipés d’armes et de véhicules de pointes bourrés de gadgets high-tech. Leur commandant Ace Hunter (Barry Bostwick) accepte de mener une mission d’envergure visant à détruire les forces de Gamibie, lesquelles sont dirigées par son rival et ancien camarade de régiment le duc Guerera (Henry Silva)…

Tanks, bombardiers et motos volantes

Sur ce prétexte scénaristique co-écrit par Hal Needham, James Whittaker, Albert S. Ruddy et Andre Morgan, Megaforce s’efforce d’en donner aux spectateurs pour son argent. Mais comment prendre au sérieux ces motards en tenue ultra moulante qui chevauchent en éclatant de rire leurs motos customisées puis s’enfoncent dans une base secrète futuriste cachée à l’intérieur d’une grotte, comme dans un vieux James Bond ? Comment croire à ce chef de commando au look de patineur artistique qui tente régulièrement de petits traits d’humour désopilants sans parvenir à dérider les spectateurs ? Comment ne pas soupirer d’impatience face à ces séquences interminables de saut en parachute ou de décollage de bombardiers qui semblent avoir pour seul but d’amortir les frais engagés sur le film ? Car de ce point de vue, Megaforce n’y va pas avec le dos de la cuiller : les motos défilent par trentaines, les avions nous offrent de beaux numéros aériens, d’impressionnantes rangées de chars d’assaut défilent dans le désert… Mais nous assistons à ce défilé de véhicules et à ce déferlement d’explosions sans nous intéresser réellement à ce qui se passe sur l’écran, dans la mesure où les scènes de batailles ressemblent à des démos de cascadeurs et de pyrotechniciens expurgées du moindre enjeu dramatique. Et puis vient ce moment surréaliste où le fier Ace Hunter s’envole dans les airs avec sa moto soudain délivrée des lois de la pesanteur, via un trucage optique tellement maladroit qu’il provoque d’irrépressibles éclats de rire. Comme on pouvait s’y attendre, Megaforce fut un gigantesque flop au box-office, ne rentra jamais dans ses frais et ne donna naissance à aucune suite.

 

© Gilles Penso


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PUPPET MASTER : AXIS TERMINATION (2017)

Le cycle « Axis » de la saga Puppet Master s’achève sur un troisième épisode plus sanglant et mystique que les précédents…

PUPPET MASTER : AXIS TERMINATION

 

2017 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec George Appleby, Tonya Kay, Paul Logan, Kevin Scott Allen, Tania Fox, Alynxia America, Lilou Vos, Daniele Romer, Kyle Devero, Allen Perada

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Puppet Master : Axis Termination clôt la trilogie amorcée avec Puppet Master : Axis of Evil et prend la suite directe du film précédent, Puppet Master : Axis Rising, narrant le combat improbable des célèbres poupées tueuses contre des jouets diaboliques conçus par des savants nazis. Familier des productions Full Moon en général et de la saga Puppet Master en particulier (il écrivit notamment Le Cerveau de la famille, Le Retour des Puppet Master et Retro Puppet Master), le scénariste Neal Marshall Stevens rédige sous le pseudonyme de Roger Barron cet ultime volet toujours réalisé par « le patron » Charles Band. Une ambiance festive semble régner sur cet opus, comme si chacun y faisait ses adieux à la saga amorcée en 1989. David DeCoteau lui-même, qui réalisa quatre épisodes de la franchise, vient faire une petite apparition dans le rôle d’un nazi. S’il est toujours situé au cœur de la seconde guerre mondiale et développe une vague intrigue d’espionnage au sein du Los Angeles de 1942 où se sont infiltrés de vils agents allemands, Puppet Master : Axis Termination cherche à brasser large, intégrant notamment plusieurs éléments surnaturels (spiritisme, sorcellerie, télépathie, télékinésie) dans une intrigue qui n’en demandait pas tant.

Le prologue se débarrasse très vite des deux jeunes héros Beth et Danny qui, il faut bien l’avouer, étaient devenus très insipides dans l’épisode précédent. Place donc à de nouveaux protagonistes, en l’occurrence le docteur russe Ivan Ivanov spécialisé dans les sciences occultes (George Appleby), sa fille médium Elisa (Tania Fox), la sorcière Georgina Vale (Alynxia America) et le cartésien capitaine Brooks (Paul Logan) qui s’efforce de garder la tête sur les épaules. Cette escouade d’un genre très particulier s’oppose à un groupe de vilains gentiment caricaturaux : le docteur Gerde Ernst (Tonya Kay) et le Sturmbahnfuhrer Steiner Krabke (Kevin Scott Allen) qui possèdent eux aussi de puissants pouvoirs parapsychologiques, ainsi que la belle et cruelle Miss Steitze (Kirsten Ostrengo, sous le pseudonyme de Lilou Vos) qui attaque ses victimes avec ses doigts-seringues. Au beau milieu de ce pugilat paranormal, toutes les poupées du film précédent font leur retour, sauf le bien-nommé Kamikaze qui, comme son nom l’indique, s’était fait sauter avec perte et fracas. Bombshell et ses seins mitrailleurs, Blietzkrieg le blindé et Wermacht le velu s’opposent donc une fois de plus à Blade, Pinhead, Jester, Tunneler, Miss Leech et le pistolero Six-coups.

Poupées de sang

Comme il s’agit d’une sorte de « bouquet final », Charles Band décide de réaliser un film plus gore que les précédents, pour revenir aux sources horrifiques de la saga. Le sang gicle donc avec abondance tout au long du métrage, notamment quand Tunneler perfore des crânes, quand Wermacht montre les crocs ou quand se déchaînent les fusillades. Pour pimenter le tout, le film s’octroie une pincée d’érotisme à travers la présence sulfureuse de Miss Steitze ou de la sorcière Georgina Vale qui aime bien s’adonner à ses rituels les seins nus. Budget oblige, les décors sont toujours aussi étroits et limités, malgré les efforts louables que déploie le directeur de la photographie Howard Wexler dans l’espoir de cacher la misère. Pour compenser l’impossibilité de montrer les poupées en train de marcher en plan large – depuis l’absence de David Allen et de ses merveilleux effets en stop-motion – l’équipe des effets visuels développe une idée originale : faire porter à des doublures le costume des jouets, les filmer sur fond vert et les incruster dans certains décors, pour une poignée de plans courts. Habile, le subterfuge est utilisé avec Blade et Tunneler. Comme les deux films précédents, Puppet Master : Axis Termination s’encombre hélas de longs monologues qui font office de remplissage à moindre coût, nous donnant un sentiment de longueur alors que le film ne dure qu’une heure et quart. Le feu d’artifice tombe donc un peu à plat, et nous serions tentés de préférer l’épisode précèdent, plus outrancier et plus ouvertement « bis ».

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER X : AXIS RISING (2012)

Un épisode joyeusement délirant dans lequel les célèbres jouets affrontent de nouvelles poupées conçues par un savant à la solde des nazis !

PUPPET MASTER X : AXIS RISING

 

2012 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Kip Canyon, Jean Louise O’Sullivan, Terumi Shimazu, Scott Anthony King, Paul Thomas Arnold, Brad Potts, Stephanie Sanditz

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Puppet Master : Axis of Evil s’achevait sur un cliffhanger plein de suspense. Charles Band reprend donc les péripéties là où elles s’interrompaient en réalisant lui-même ce volet de la saga la plus longue de l’histoire de la compagnie Full Moon. Un grand X s’affiche pendant le début du générique et sur les posters du film pour affirmer haut et fort que nous avons affaire au dixième épisode (en réalité c’est le onzième, mais Band ne compte pas Puppet Master vs. Demonic Toys qui a été produit sans lui). Domonic Muir, le scénariste du film précédent, étant décédé entretemps, son ami Shane Bitterling (Beneath Loch Ness, Desperate Escape) prend la relève. Ce dernier a de grandes ambitions pour la suite de Puppet Master : Axis of Evil. Puisque les poupées tueuses d’André Toulon s’opposent aux nazis, pourquoi ne partiraient-elles pas en mission secrète afin d’aller tuer Adolf Hitler ? Cette version Puppet Master de Valkyrie ou Inglorious Basterds est prometteuse, mais Charles Band n’est pas très à l’aise avec ce concept. Bitterling revoit donc sa copie sans pour autant se réfréner sur le potentiel délirant du film, malgré un budget anémique et un planning de tournage ramené à douze jours.

Le récit démarre sur des chapeaux de roue en reprenant les événements exactement là où nous les avions laissés deux ans plus tôt. L’espionne japonaise Ozu prend donc la fuite dans les rues sombres du quartier chinois, la poupée de Tunneler dans son sac, et vient à la rencontre du vil commandant Moebius. Ce dernier voit dans cette poupée vivante la possibilité de créer une toute nouvelle armée à la solde des nazis. Ça tombe bien : il a kidnappé le docteur Freuhoffer, un brillant scientifique à qui il demande de trouver le moyen de ranimer les morts. Émule du Herbert West de Re-Animator, le savant échoue lamentablement dans ses tentatives de résurrection sur des cobayes non consentants. Mais en découvrant la poupée Tunneler, il envisage de créer une armée de jouets vivants bourrés d’armes mortelles qui pourraient jouer un rôle décisif dans le conflit. Moebius trouve l’idée parfaitement ridicule, jusqu’à ce qu’une démonstration pétaradante ne le fasse subitement changer d’avis…

Poupées contre poupées

Même si Puppet Master X : Axis Rising joue la carte de la continuité, on s’étonne du changement de visage des deux jeunes héros. Kip Canyon et Jean Louise O’Sullivan remplacent en effet Levi Fiehler et Jenna Gallagher sans que nous n’y gagnions au change, les deux nouveaux venus n’ayant ni le charisme ni le charme de leurs prédécesseurs. Exagérément caricatural, le vieux sergent Stone (Brad Potts) qui vient les épauler n’arrange pas les choses. Nous nous rabattons donc sur les méchants, des nazis parfaitement caricaturaux dignes du plus délirant des comic books. Avec Moebius (Scott King), un commandant tyrannique qui agit comme un super-vilain se complaisant dans sa propre vilénie, et Uschi (Stephanie Sanditz), une dominatrice au décolleté vertigineux et à la cravache facile reprenant fidèlement le look de Dyanne Thorne dans Ilsa la louve des SS, nous basculons ouvertement dans le cinéma bis et la « nazisploitation ». Cette approche au second degré est bien plus rafraîchissante que le sérieux du film précédent, surtout lorsque le docteur Freuhoffer se lance dans la fabrication de tout nouveaux jouets vivants : Weremacht (un loup-garou agressif), Kamikaze (un soldat japonais équipé d’une bombe), Blitzkrieg (une armure montée sur un tank) et surtout Bombshell (une version miniature de Uschi équipée de seins mitrailleurs !). Conçues par le créateur d’effets spéciaux Christopher Bergschneider (déjà à l’œuvre sur les épisodes précédents de la saga), ces poupées nazies se lancent dans un combat homérique contre celles de Toulon. Au beau milieu de ces corps à corps, de ces fusillades et de ces crêpages de chignons miniatures surgit la superstar de Puppet Master III, relookée pour l’occasion : le cow-boy Six Coups. Bref voilà un épisode joyeusement exubérant, qui aurait mérité que soient raccourcis ses passages à vide et ses scènes de dialogue à rallonge. À vrai dire, un remontage du film précédent et de celui-ci pour n’en faire qu’un seul long-métrage au rythme resserré aurait sans doute été une bonne idée.

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER: AXIS OF EVIL (2010)

Retour en arrière pour ce dixième Puppet Master qui nous replonge en pleine seconde guerre mondiale et oppose les poupées tueuses à des nazis !

PUPPET MASTER : AXIS OF EVIL

 

2010 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Levi Fiehler, Jenna Gallagher, Taylor M. Graham, Tom Sandoval, Jerry Hoffman, Erica Shaffer, Ada Chao, Mike Brooks, Aaron Riber

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Après Puppet Master vs. Demonic Toys dont il avait cédé les droits sans s’en occuper, Charles Band décide de reprendre en main l’une de ses franchises les plus populaires. L’opus suivant de la saga sera donc celui du retour aux sources, quitte à reprendre la séquence d’ouverture du tout premier Puppet Master et de nous raconter en parallèle des événements et des péripéties imaginés de toutes pièces par le scénariste Domonic Muir (sous le pseudonyme d’August White). Pour satisfaire ses ambitions, Band a besoin d’un budget un peu plus conséquent que sur les épisodes précédents. Il trouve donc une source de financement en Chine, auprès du coproducteur Henry Luk, et installe son équipe sur les plateaux de la compagnie chinoise ACE Studio. Le réalisateur David DeCoteau, qui avait offert à la franchise son meilleur épisode (Puppet Master III : la revanche de Toulon) mais aussi des chapitres très dispensables (Le Retour des Puppet Master et Retro Puppet Master), reprend du service et avouera plus tard que la communication difficile avec les équipes locales n’aura guère simplifié les choses pendant les préparatifs et le tournage. L’un des atouts artistiques intéressants du film est le directeur de la photographie Terrance Ryker (crédité sous le faux nom de Tom Callaway), qui profite de tourner au format numérique avec une caméra RED pour concocter quelques très belles images jouant sur les effets d’ombre, les touches de couleur saturées et les décors enfumés, le tout au format Cinémascope.

Puppet Master : Axis of Evil commence donc dans l’hôtel de luxe Bodega Bay Inn en 1939, exactement à l’endroit où se situait le prélude de Puppet Master premier du nom. Plusieurs stock-shots empruntés au film de David Schmoeller nous montrent André Toulon et son suicide alors que les nazis cherchent à mettre la main sur ses précieuses poupées. Le montage habile intègre de nouveaux plans dans un décor qui reconstitue à l’identique celui utilisé en 1989. Nous découvrons ainsi Danny Coogan (Levi Fiehler), un jeune ébéniste qui tombe sur le corps de Toulon et récupère ses jouets. Danny rêve de s’engager dans l’armée pour aller « casser du Boche et du Jap » (ce qui est tout à fait anachronique, les États-Unis n’étant entrés en guerre qu’en 1941, comme chacun sait), mais sa patte folle l’en empêche. Les poupées de Toulon vont tout de même lui permettre de participer à l’effort de guerre, puisqu’il découvre un complot visant à saboter l’usine d’armement dans laquelle travaille sa petite-amie Beth (Jenna Gallagher). De vils nazis et une espionne japonaise fomentent en effet de sinistres plans dans un opéra chinois qui leur sert de cachette.

L’effort de guerre

Malgré des moyens qu’on imagine encore très limités, le travail de reconstitution d’époque est soigné. Au-delà de la chambre d’hôtel du prologue, le chef décorateur Joe Walser et son équipe édifient quelques rues assez convaincantes d’un quartier chinois, traversées par la petite poignée de figurants en costume que les producteurs Charles Band et Henry Luk peuvent se payer. On se réjouit aussi du grand retour du compositeur Richard Band, qui décline le fameux thème musical des poupées sous un angle nouveau et intègre dans sa partition plusieurs instruments ethniques asiatiques. Du côté des comédiens, c’est inégal. Si le couple vedette incarné par Levi Fiehler et Jenna Gallagher tient étonnamment la route, avec une justesse et une subtilité très appréciables, on ne peut pas en dire autant du grand-frère du jeune héros, incarné par un Taylor M. Graham qui en fait des caisses, ou des méchants improbables qui aiment se lancer dans de grandes tirades lyriques en se prenant très au sérieux. Les poupées, quant à elles, n’interviennent que tardivement et sans beaucoup d’éclat. Miss Leech revient cracher des sangsues mortelles aux côtés du tranchant Blade, du perforant Tunneler, du massif Pinhead et du tournoyant Jester. Un nouveau venu fait son apparition, Ninja, mais ni son look (un visage en bois taillé à la serpe) ni ses actions (des jets d’étoiles acérées) ne marqueront les mémoires. Un peu pesant, cet épisode s’achève sur une fin des ouverte à laquelle Charles Band lui-même donnera suite deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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ACHOURA (2018)

Pour son second long-métrage, Talal Selhami nous plonge au cœur d'un conte d’épouvante qui puise ses racines dans le folklore marocain…

ACHOURA

 

2018 – FRANCE / MAROC

 

Réalisé par Talal Selhami

 

Avec Younes Bouab, Sofiia Manousha, Ivan Gonzalez, Moussa Maaskri, Omar Lofti, Mohamed Choubi, Clémence Verniau, Mohamed Wahib Abkari

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En 2010, Talal Selhami nous offrait Mirages, un premier long-métrage étonnant qui présentait l’originalité d’inscrire dans un contexte socio-culturel franco-marocain les codes du cinéma d’épouvante, le tout avec une économie de moyens qui forçait le respect. Son style, son univers, sa personnalité et sa patte étaient déjà là, très perceptibles. Il nous aura fallu attendre près de dix ans pour découvrir son film suivant, fruit d’un parcours du combattant éprouvant. Le financement d’Achoura ne fut pas une simple affaire, pas plus que sa post-production. Après un tournage près de Casablanca et Mohammedia en 2015, les effets spéciaux promis par la compagnie en charge de leur création jouent l’arlésienne. Un an et demi plus tard, il faut tout reprendre à zéro. Puis c’est la société de production initiale qui dépose le bilan en oubliant de rétrocéder les droits du film à son auteur. La bataille est logistique, artistique, juridique, mais Talal Selhami tient bon, soutenu par l’opiniâtre productrice Lamia Chraïbi. C’est avec une certaine fébrilité que nous attendions enfin de découvrir Achoura après les maintes péripéties ayant émaillé sa réalisation. Autant dire que notre patience aura été allègrement récompensée.

« Achoura » est le nom d’une fête marocaine folklorique connue aussi comme « la nuit des enfants ». Les festivités, les danses et les déguisements se font autour d’un grand feu, en pleine forêt. Mais ce soir-là, la petite Bachira n’est pas à la fête. Mariée de force à un adulte violent, elle prend la fuite avec un ami de son âge jusque dans une vieille maison abandonnée où une force mystérieuse s’empare d’elle. Cette scène, qui se situe à une époque lointaine, va conditionner tous les événements à venir. Dès lors, le scénario d’Achoura fait des va et vient entre le présent, où évoluent trois adultes hantés par un souvenir traumatique refoulé (le flic Ali, l’institutrice Nadia et l’artiste Stéphane), et le passé, dans lequel les mêmes protagonistes, enfants, firent la rencontre d’une créature dont ils ont peu à peu occulté le souvenir. S’agissait-il d’un individu désaxé et pervers ? Ou de quelque chose de plus ancien, de plus impalpable et de plus terrifiant ? « Ce qui nous a attaqué n’était pas humain » se souvient Stéphane. Depuis, il peint de manière obsessionnelle et répétitive un être démoniaque et monstrueux sur les toiles qu’il expose. Et voilà que cette mystérieuse entité refait son apparition…

Les démons de l’enfance

Même s’il est profondément ancré dans le folklore marocain, Achoura évoque par bien des aspects les écrits de Stephen King, preuve que les terreurs décrites par l’auteur de « Carrie » et « Shining » sont universelles. C’est d’abord « Ça » qui vient naturellement à l’esprit, ne serait-ce qu’à travers la mécanique du groupe d’amis se remémorant leur affrontement avec la Bête alors qu’ils étaient enfants. D’autres réminiscences affleurent, comme le grand champ sinistre des « Enfants du maïs ». Talal Selhami ne peut renier l’inspiration de King, qui nourrit depuis longtemps son imaginaire. Mais sa manière de s’emparer de ce matériau séminal pour le décliner sous un jour inédit et résolument novateur donne à Achoura tout son sel. Et tant pis si le Ça d’Andres Muschietti est sorti sur les écrans entre-temps, renforçant le réflexe de la comparaison. Achoura n’en conserve pas moins sa singularité et sa sensibilité. Au service de cette vision toute personnelle, le réalisateur s’appuie sur un accompagnement artistique de premier ordre : la superbe musique orchestrale de Romain Paillot, la photographie somptueuse de Mathieu de Montgrand, les designs d’Alex Tuis (où semblent émerger quelques échos du cinéma de Miyazaki), les effets spéciaux de l’atelier de Jean-Christophe Spadaccini, les effets visuels de Nessim Chebaane et Gabriel Kerlidou, sans oublier un très beau générique conçu par Nicolas Alberny. Face au spectacle enivrant d’Achoura, les manques de moyens, les difficultés techniques, les soucis logistiques et juridiques, toutes ces entraves s’évaporent pour céder la place à l’envoûtante légende de « Boughatate », le genre de conte macabre qu’on chuchote autour d’un feu de camp et qui reste longtemps ancré dans les mémoires.

 

© Gilles Penso

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MACBETH (1948)

Orson Welles adapte Shakespeare avec emphase, contournant les faibles moyens à sa disposition pour créer une atmosphère de conte macabre…

MACBETH

 

1948 – USA

 

Réalisé par Orson Welles

 

Avec Orson Welles, Jeanette Nolan, Dan O’Herlihy, Edgar Barrier, Roddy McDowall, Alan Napier, Erskine Sanford, John Dierkes, Keene Curtis, Peggy Webber

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Porter la pièce « Macbeth » à l’écran s’imposait presque comme une évidence pour Orson Welles, qui avait déjà décliné sur les planches le classique de Shakespeare avec sa compagnie du Mercury Theatre. Mais le financement du film, que le réalisateur ambitionne de mettre sur pied après La Dame de Shanghai, n’est pas simple. C’est finalement la société Republic Pictures, jusqu’alors spécialisée dans les serials d’aventure et de science-fiction bon marché, qui accepte de mettre sur pied cette production afin d’ouvrir son champ d’activité et de se payer une image de marque prestigieuse. Mais le budget mis à disposition du cinéaste est extrêmement modeste : 700 000 dollars à peine. Macbeth est donc tourné à l’économie en 23 jours, se rabattant sur des décors bricolés avec les moyens du bord et des costumes empruntés à d’autres productions. Si Welles s’octroie logiquement le rôle principal, il n’est pas simple de trouver celle qui lui donnera la réplique. Après avoir essuyé le refus de nombreuses actrices pour incarner Lady Macbeth, le metteur en scène choisit Jeanette Nolan, avec qui il a travaillé à plusieurs reprises au théâtre et à la radio. Ce sera son premier rôle au cinéma, point de départ d’une carrière foisonnante.

Les fameuses trois sorcières de la pièce, ici juchées sur un piton rocheux embrumé et réunies autour d’une grande marmite, ouvrent logiquement les hostilités en concoctant leur potion visqueuse. Mais Welles opère d’emblée une petite entorse au texte initial dans la mesure où elles créent une figure en glaise à l’effigie de Macbeth. Le vaudou s’invite donc dès l’entame, ce qui ne surprend qu’à moitié quand on sait que le metteur en scène avait monté au théâtre une version caribéenne de la pièce, entièrement jouée par des acteurs noirs. À travers sa vision de Macbeth, il cherche surtout à accentuer le fossé qui se creuse entre les vieilles religions païennes et l’avènement du christianisme. D’où l’invention d’un tout nouveau personnage, le « Père sacré », qu’incarne Alan Napier. C’est ce dernier qui chasse les sorcières en brandissant une croix, ou qui plus tard évoque la perfidie des forces obscures, ce qui pousse Banquo à se signer. Comme pour montrer que ces entités occultes ont élu domicile parmi les humains, Welles fait le choix d’octroyer aux interprètes des sorcières (Peggy Webber, Lurene Tuttle et Brainerd Duffield) d’autres rôles, en l’occurrence Lady Macduff, une dame de la cour et le premier assassin. Le fantastique et la réalité s’entremêlent donc, ce que confirme une mise en forme volontairement déconnectée du monde réel.

La forêt qui marche

Sous l’influence manifeste du cinéma expressionniste allemand et des films gothiques des années 30, Orson Welles inscrit ses séquences dans des décors tordus et contrastés, joue sur la profondeur de champ, les plongées, les contre-plongées, les compositions verticales et les ombres portées démesurées, comme si Les Hauts de Hurlevents et La Fiancée de Frankenstein s’épousaient en un mariage contre-nature. De fait, Macbeth se pare de très belles forêts de studio enfumées, de maquettes, de peintures sur verre, de tous les artifices qui permettent d’obtenir des décors à bas prix tout en ceignant l’œuvre dans un écrin surnaturel à mi-chemin entre le conte de fées et le récit d’épouvante. Le palais des époux Macbeth est ainsi réduit à l’état de caverne, une habitation troglodyte encore coincée dans les âges barbares. Quant aux visions embrumées de la forêt qui marche, elles font littéralement basculer le film dans le surréalisme. Annonçant certains des exercices de style de La Soif du mal, Welles conçoit de très audacieux plans-séquences dans lesquels une chorégraphie minutieuse des comédiens et de la caméra permet de saisir dans la continuité de mémorables morceaux de dramaturgie, comme la nuit du meurtre de Duncan, la révélation du massacre de la famille Macduff ou les crises de somnambulisme de Lady Macbeth. Fascinant à défaut d’être subtil, le film fut éreinté par la critique anglo-saxonne qui lui reprocha notamment des dialogues prononcés dans de faux accents écossais excessifs. Ailleurs, et notamment en France, l’accueil de Macbeth fut bien plus chaleureux. Depuis, le septième long-métrage d’Orson Welles a acquis ses galons de classique.

 

© Gilles Penso


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MACBETH (1971)

Roman Polanski nous livre une vision crue, brutale et trouble de la célèbre pièce de Shakespeare qu’il constelle de visions fantasmagoriques…

THE TRAGEDY OF MACBETH

 

1971 – GB

 

Réalisé par Roman Polanski

 

Avec Jon Finch, Francesca Annis, Martin Shaw, Terence Bayler, John Stride, Nicholas Selby, Stephan Chase, Paul Shelley

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Dans la vie et la carrière de Roman Polanski, Macbeth occupe une place très particulière. Réalisé trois ans après Rosemary’s Baby, c’est surtout le premier film auquel il s’attèle après la mort brutale de son épouse Sharon Tate. Se remettre au travail après un tel drame n’était pas simple. Sans doute fallait-il porter à l’écran une autre tragédie. Fasciné par le Hamlet de Laurence Olivier, Polanski rêve justement depuis longtemps de se pencher sur le cas Shakespeare et trouve dans la pièce « Macbeth » matière à raviver sa créativité alors en berne. Le défi est de taille, dans la mesure où l’anglais n’est pas la langue maternelle de Polanski et que le respect du texte original est l’un des mots d’ordre de cette adaptation. Le cinéaste obtient son financement de manière inattendue auprès de Hugh Hefner, célèbre créateur du magazine de charme Playboy qui accepte probablement plus par amitié que par intérêt artistique. Il y laissera quelques plumes, le budget initial d’un million de livres étant finalement multiplié par deux en cours de production à cause de nombreuses difficultés logistiques entravant le tournage. Pour son casting, Polanski veut des acteurs jeunes, las des vieux Macbeth et Lady Macbeth qu’il a souvent vus écumer les planches de théâtre. Son choix se porte sur Jon Finch (héros l’année suivante du Frenzy d’Alfred Hitchcock) et sur Francesca Annis (qu’il avait initialement envisagée pour Répulsion). C’est un choix intéressant. Dès leur première apparition à l’écran, les comédiens exhalent en effet une jeunesse et une pureté qui contrasteront d’autant plus violemment avec la déchéance en marche. La première vision de Lady Macbeth, notamment, dans une cour de ferme éclairée par un soleil vespéral, semble issue d’un conte de fée. Or le conte s’apprête à basculer dans l’horreur.

Polanski tient à inscrire son film dans un cadre réaliste. Loin des canons de la mise en scène théâtrale avec lesquels il est par ailleurs familier, il part en quête de naturalisme, tourne en extérieurs réels, utilise une caméra portée pendant les scènes de combats, reconstitue le onzième siècle avec un maximum de fidélité. Son Macbeth nous fait ressentir la saleté, le froid, l’humidité, la poussière, mais aussi le sang, les larmes, la sueur et la peur. Même les trois sorcières qui initient le drame sont d’abord traitées sous un angle tangible et non surnaturel. Ce parti pris provoque une rupture d’autant plus grande lorsque soudain surgissent les visions purement fantastiques : la dague étrangement luminescente qui flotte dans les airs, le cadavre ensanglanté et énucléé de Banquo qui revient à la vie en portant un rapace sur son épaule, la horde de sorcières nues qui concoctent dans leur caverne une sinistre potion divinatoire ou encore les cauchemars paranoïaques de Macbeth dont le point culminant est un vertigineux jeu de miroirs qui s’enchaînent…

Le chaos a accompli son chef d’œuvre

Macbeth version Polanski joue ainsi le grand écart permanent entre l’approche historique rigoureuse et le basculement dans une imagerie fantasmagorico-poétique macabre. La mort et la désolation hantent le métrage dès ses premières minutes. Il y a d’abord la main coupée avec un couteau que les sorcières enterrent, le blessé qui est violemment achevé sur le champ de bataille, les pendus qui s’agitent au bout de leur corde. Puis surviennent le meurtre sanglant du roi Duncan, le démembrement de ses serviteurs, l’assassinat lâche de Banquo, le massacre abominable des enfants de Macduff, la décapitation finale… « Horreur ! Le chaos a accompli son chef d’œuvre » s’écrie Macduff en découvrant la mort du roi. Ces mots traduisent bien la teneur du spectacle qu’offre Polanski sans pudeur. Celui du carnage sans cesse répété, en une escalade sans issue où le sang coule avec abondance et crudité. De là à dire que Macbeth est un film d’horreur, il n’y a qu’un pas. Une horreur qui, d’ailleurs, n’a pas besoin d’être démonstrative pour être saisissante. Lorsque Lady Macbeth, nue comme au premier jour, est prise d’une crise de somnambulisme et cherche obsessionnellement à effacer de ses mains des taches de sang qu’elle est la seule à voir, la folie qui s’empare d’elle fait froid dans le dos et annonce la noirceur de son destin. Le film s’accompagne d’une bande originale atonale et expérimentale du groupe The Third Ear Band, qui emprunte parfois des accents psychédéliques pour accompagner les séquences les plus insolites. C’était à craindre, ce Macbeth atypique ne rencontra pas son public aux États-Unis. Il fut bien plus apprécié en Angleterre et a depuis largement été reconnu à sa juste valeur.

 

© Gilles Penso

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MACBETH (2021)

Joel Coen réinvente le classique de Shakespeare sous une forme épurée et graphique accentuant son caractère fantastique…

THE TRAGEDY OF MACBETH

 

2021 – USA

 

Réalisé par Joel Coen

 

Avec Denzel Washington, Frances McDormand, Brendan Gleeson, Corey Hawkins, Moses Ingram, Harry Melling, Ralph Ineson, Brian Thompson, Sean Patrick Thomas

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Pour la première fois depuis les débuts de sa carrière de cinéaste, Joel Coen se lance dans un long-métrage sans son frère Ethan. C’est donc en solo qu’il écrit et met en scène cette adaptation de la célèbre pièce de Shakespeare déjà maintes fois portée à l’écran par le passé. Pour justifier une nouvelle version de cette sanglante tragédie médiévale, les partis pris artistiques du coréalisateur de Sang pour sang sont radicaux : un format 4/3, une image en noir et blanc, un tournage intégralement en studio, des décors ramenés à leur plus simple expression et une accentuation du caractère fantastique de l’œuvre d’origine. L’approche picturale semble donc vouloir se rapprocher du Macbeth d’Orson Welles réalisé en 1948. Mais si effectivement plusieurs des effets de style adoptés par Coen nous ramènent à la version « art-déco » du père de Citizen Kane, le Macbeth cru 2021 possède une singularité qui le rend unique en son genre. Pour interpréter les époux maudits, le réalisateur opte pour Denzel Washington et Frances McDormand. Ce choix n’est évidemment pas le fruit du hasard. Au-delà du charisme indiscutable de ces deux immenses comédiens (McDormand étant par ailleurs l’épouse de Joel Coen et la coproductrice du film), cette incarnation place les personnages dans une tranche d’âge crépusculaire. À 67 et 64 ans, ils sont bien loin des jeunes mariés du Macbeth de Polanski, ce qui décuple la démarche désespérée s’apprêtant à faire basculer les amants diaboliques dans la folie meurtrière.

Tourné en 36 jours seulement, le film s’appuie sur une reconstitution minimaliste de l’Ecosse du XIème siècle et assume d’emblée l’aspect surnaturel de son postulat. Trois oiseaux noirs volètent sinistrement dans un ciel blanc brumeux, puis la caméra nous ramène au sol où se tient recroquevillée sur elle-même une créature qui semble humaine mais dont les contorsions n’ont rien de naturel. C’est une sorcière, que joue l’étonnante Kathryn Hunter. Encore agitée par les stigmates de son corps de volatile, elle se démultiplie. Ses deux sœurs apparaissent sous forme de reflets dans une eau stagnante, puis comme de simples silhouettes noires qui l’accompagnent. C’est donc une figure ambigüe qui pourrait tout aussi bien être une vue de l’esprit, une illusion, une tache dans un cerveau fiévreux. Après avoir gagné vaillamment la guerre qui ravageait le pays, le chef des armées Macbeth (Denzel Washington) et son ami Banquo (Bertie Carvel) croisent cette créature triple sans comprendre à qui ou à quoi ils ont affaire. Les sorcières parlent par énigmes et annoncent l’avenir des deux hommes : Macbeth deviendra seigneur de Cawdor puis roi, tandis que Banquo engendrera une lignée royale. Puis les sœurs s’emmitouflent dans leurs manteaux noirs aux allures de robes de corbeaux, redeviennent volatiles et s’envolent. « Ces créatures étaient-elles ici, ou avons-nous mangé de la racine des fous qui emprisonne la raison ? » s’interroge Banquo. Mais leur prophétie s’immisce dans l’esprit de Macbeth et y creusent un sillon qui le mènera progressivement vers le meurtre et la folie…

La racine des fous qui emprisonne la raison

Tout le parcours de ce Macbeth vieillissant sera donc conditionné par l’envie de concrétiser cette prophétie. « Souvent, pour causer notre perte, les voix de l’ombre nous disent des vérités, nous charment avec de petits riens pour nous trahir », lui dit Banquo, comme pour le mettre en garde. Mais c’est trop tard. Le ver est dans le fruit et contamine bien vite une Lady Macbeth qu’on sent désespérée. Le bain de sang inexorable qui commence se nourrit de lui-même et va croissant en même temps que la démence. Là, le fantastique reprend le dessus à travers les hallucinations que provoque la culpabilité : une dague qui flotte dans les airs, un mort qui ressuscite, les sorcières prophétesses qui reviennent alimenter la paranoïa… D’une beauté époustouflante, les images de ce Macbeth tirent leur force de leur épure. On pense à Eisenstein, Bergman, Fritz Lang ou James Whale. Ces visions frappantes comme la minuscule silhouette de Lady Macbeth surplombant la falaise se muent presque en abstractions, métaphores de la solitude et du point de non-retour. Née de sa sobriété, la somptuosité du film touche tous les départements artistiques : la photo de Bruno Delbonnel, les décors de Stefan Dechant, les costumes de Mary Zophres, la musique de Carter Burwell. Fusion miraculeuse entre la sophistication cinématographique et la pureté du théâtre, le Macbeth de Joel Coen est sorti dans un nombre limité de salles avant sa diffusion sur Apple TV début 2021.

 

© Gilles Penso


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LEPRECHAUN (1993)

Pour son tout premier rôle au cinéma, Jennifer Aniston affronte un lutin diabolique incarné par la star de Willow !

LEPRECHAUN

 

1993 – USA

 

Réalisé par Mark Jones

 

Avec Warwick Davis, Jennifer Aniston, Ken Olandt, Mark Holton, Robert Hy Gorman, John Sanderford, Shay Duffin, Pamela Mant

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES I SAGA LEPRECHAUN

Scénariste pour la télévision depuis la fin des années 70 (principalement au service de séries animées comme Scoubidou, Capitaine Caverne, Mister Magoo, Yogi Bear, mais aussi sur des épisodes de L’homme qui tombe à pic, Riptide, Rick Hunter, L’Agence tout risque), Mark Jones décide de passer au format cinéma et d’en profiter pour faire son baptême de metteur en scène. Pour y parvenir avec un budget raisonnable, Jones se laisse tenter par l’idée d’un film d’horreur contenant quelques éléments humoristiques. Séduit par l’approche des Gremlins et des Critters, il cherche à varier les plaisirs avec un autre monstre miniature ricanant susceptible de mener la vie dure à un petit groupe de héros. C’est en se laissant inspirer par la mascotte des céréales Lucky Charms que Mark Jones développe le concept d’un lutin irlandais légendaire se transformant en psycho-killer surnaturel prêt à tout pour retrouver son or. La compagnie Trimark, qui cherche alors à développer son activité de production et de distribution de longs-métrages, flaire là un filon intéressant et donne son feu vert. Pour incarner le petit monstre, le choix se porte assez naturellement sur Warwick Davis, qui connaît alors un petit passage à vide après avoir incarné avec succès le personnage-titre de Willow, et accepte avec enthousiasme, troquant son accent anglais natif contre des intonations irlandaises volontairement exagérées. Le rôle féminin principal, quant à lui, est attribué à une débutante qui impressionne beaucoup Mark Jones lors des séances de casting : Jennifer Aniston.

C’est sans prélude que démarre Leprechaun. Après un plan énigmatique où la créature plongée dans la pénombre se lance dans une ode à son précieux trésor en parfait émule de l’Harpagon de Molière, un homme nommé Dan O’Grady (Shay Duffin) revient dans sa maison du Dakota après un séjour en Irlande où il a subtilisé un sac d’or appartenant au Leprechaun. Mais le farfadet l’a suivi et entend bien récupérer son dû, quitte à semer la mort sur son chemin. O’Grady cache le trésor et enferme le monstre dans une malle en posant un trèfle à quatre feuilles sur le couvercle pour s’assurer qu’il ne sortira pas. Dix ans plus tard, JD (John Sanderford) et sa fille Tory (Jennifer Aniston) quittent Los Angeles pour s’installer à la campagne, précisément dans l’ancienne maison d’O’Grady. Esquissant déjà le rôle d’enfant gâtée snobe au franc-parler qui fera la popularité du personnage de Rachel Green, la future star de Friends s’horrifie face à cette mansarde poussiéreuse couverte de toiles d’araignées. « A qui l’as-tu achetée, à Dracula ? », demande-t-elle à son père. Tous deux sont bientôt rejoints par un improbable trio de jeunes peintres en bâtiment venus les aider à retaper la maison. Mais ils réveillent par mégarde le Leprechaun et la panique s’installe bientôt…

La ruée vers l’or

Leprechaun semble sans cesse hésiter entre la tonalité d’un conte pour enfants (les gentils Ozzie et Alex qui découvrent un sac d’or au pied d’un bel arc-en-ciel) et celle d’un film d’horreur pour adolescents (avec quelques morts brutales assez gratinées). Ce grand écart s’explique par des changements de cap successifs en cours de production. Warwick Davis, qui trouve le scénario trop violent et trop premier degré, insiste pour ajouter une bonne dose d’humour. Le petit film d’horreur initialement envisagé se transforme donc quelques jours avant le début du tournage en comédie d’épouvante. Mais en voyant le résultat, les producteurs trouvent qu’il n’est pas assez ciblé vers les teenagers. Mark Jones revoit donc sa copie et part tourner des scènes gore additionnelles. En charge de ces séquences sanglantes, le maquilleur Gabe Bartalos (Frère de sang) est aussi responsable du design très réussi du lutin, un croquemitaine haut comme trois pommes que Davis incarne à merveille. Décomplexé, drôle, suffisamment insolite et improbable pour distraire raisonnablement, Leprechaun est tout de même un film au concept très limité qui aurait pu sombrer dans un oubli légitime. Seulement voilà : en 1994, la série Friends cartonne sur les petits écrans et transforme Jennifer Aniston en superstar. De fait, les ventes VHS et DVD de Leprechaun explosent soudain et marquent le point de départ d’une saga à l’incroyable longévité.

 

© Gilles Penso


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INSEMINOID (1981)

Une équipe de scientifiques en mission sur une planète lointaine affronte une femme de leur expédition possédée par une entité extra-terrestre…

INSEMINOID

 

1981 – GB

 

Réalisé par Norman J. Warren

 

Avec Judy Geeson, Robin Clarke, Jennifer Ashley, Stephanie Beacham, Steven Grives, Barrie Houghton, Rosalind Lloyd, Victoria Tennant

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Spécialisé dans les films d’horreur à petit budget saupoudrés d’érotisme, le cinéaste britannique Norman J. Warren a notamment signé L’Esclave de Satan, Le Zombie venu d’ailleurs et La Terreur des morts-vivants. Son film suivant est censé s’intéresser à des gargouilles, mais le financement s’interrompt alors même que le scénario est en cours d’écriture. Warren et son producteur Richard Gordon s’intéressent alors à une idée développée par le maquilleur spécial Nick Maley (futur designer des créatures de Krull, La Forteresse noire ou Lifeforce) et son épouse Gloria. Problème : des bailleurs de fond sont prêts à investir dans le film mais le scénario doit être prêt en quatre jours ! Les époux Maley écrivent donc en quatrième vitesse un script d’abord baptisé Doomseeds puis retitré Inseminoid pour éviter la confusion avec Demon Seed (Génération Proteus). L’action est d’abord prévue pour se dérouler dans un vaisseau spatial, mais le budget mis à disposition de Warren (un million de livres) empêche l’élaboration des décors appropriés. L’équipe se rabat donc sur les grottes de Chislehurst, sur l’île Gozo de l’archipel maltais, qui offrent un panorama extra-terrestre acceptable à moindres frais. Tourné en quatre semaines, Inseminoid présente de nombreux points communs avec Alien, mais Norman J. Warren et les époux Maley ont toujours affirmé que c’était un hasard, dans la mesure où ils n’avaient pas vu le classique de Ridley Scott avant d’entrer en production.

Nous sommes dans le futur. Alors qu’une équipe de douze archéologues et scientifiques explore les ruines d’une ancienne civilisation sur la planète Xeno, dont les parois caverneuses sont tapissées de cristaux inconnus, une série d’incidents survient. Il y a d’abord une mystérieuse explosion qui coûte la vie à un des membres de l’équipe, puis le comportement soudain délirant d’un des scientifiques qui, possédé par une intelligence extra-terrestre, devient extrêmement violent et provoque la mort d’une collègue. Le noyau dur de l’expédition s’efforce de garder la tête froide malgré la gravité de la situation. Mais les choses empirent sérieusement lorsque Sandy (Judy Geeson) part en quête de cristaux et qu’un monstrueux alien (dont nous apercevons à peine la silhouette) l’agresse. Nous la retrouvons alors dans un environnement immaculé onirique, allongée sur une table, entièrement nue. Face à elle se tient la créature extra-terrestre, noyée dans la pénombre, qui place entre ses jambes un tube transparent pour pratiquer une insémination d’un genre très particulier ! Le film s’appelant Inseminoid, une telle situation était à prévoir. Il n’empêche que la scène fait son petit effet.

Grossesse spatiale

Lorsque la malheureuse Sandy revient à la base, c’est pour découvrir qu’elle est enceinte de deux mois. Brutalement, la voilà prise d’accès de folie meurtrière, d’anthropophagie, de nécrophagie. Dotée d’une force surhumaine, elle écharpe tous ceux qui ont le malheur de passer à sa portée. Inseminoid se transforme alors en slasher enchaînant sur un rythme régulier les meurtres graphiques et spectaculaires. La mécanique est connue, si ce n’est que le tueur psychopathe est ici une femme enceinte passablement perturbée et engrossée par un extra-terrestre ! Ce jeu de massacre qui clairsème inexorablement les rangs des membres de l’expédition s’achemine vers une séquence encore plus folle que celle de l’insémination : l’inévitable accouchement, au cours duquel Sandy hurle à la mort, saturant la bande son de cris stridents jusqu’à expulser de son corps deux créatures hideuses hélas trop furtives (mais que le matériel publicitaire de l’époque ne se privera pas d’exploiter sur de nombreuses affiches et photos d’exploitation à travers le monde). Rythmé sur une musique de John Scott (Greystoke, King Kong 2) qui, faute de moyens, sacrifie l’orchestre au profit de sons électroniques grinçants, Inseminoid n’est pas beaucoup plus palpitant que les films précédents de Norman J. Warren tout en remplissant comme eux son cahier des charges de série B d’exploitation érotico-sanglante aux effets choc généreux.

 

© Gilles Penso


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