LE PROCÈS DE L’INCROYABLE HULK (1989)

Le Titan vert de Marvel fait équipe avec le justicier aveugle Daredevil pour tenter d’éliminer l’empire du crime de Wilson Fisk

THE TRIAL OF THE INCREDIBLE HULK

 

1989 – USA

 

Réalisé par Bill Bixby

 

Avec Bill Bixby, Lou Ferrigno, Rex Smith, John Rhys-Davies, Marta DuBois, Nancy Everhard, Nicholas Hormann, Richard Cummings Jr., Joseph Mascolo, Stan Lee

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

L’accueil du Retour de l’incroyable Hulk ayant été globalement enthousiaste, New World Entertainment lance dans la foulée Le Procès de l’incroyable Hulk et tente un autre crossover, dans la lignée des comics « Marvel Team-Up » édités entre 1972 et 1985. Après le puissant Thor, place donc à l’intrépide Daredevil. Autre changement majeur qui influe sur l’atmosphère visuelle de ce téléfilm : l’équipe de tournage quitte le soleil de Los Angeles pour le décor urbain de Vancouver. Quant à Bill Bixby, il occupe cette fois-ci officiellement le poste de réalisateur, fonction qu’il assuma en grande partie sans en être crédité dans le film précédent. Il reprend aussi bien sûr le rôle de David Banner, toujours en fuite sous un nom d’emprunt, en quête d’une paix intérieure qui semble hors d’atteinte. En début de métrage, nous le retrouvons barbu, gagnant quelques maigres dollars en s’astreignant à des travaux physiques ingrats, côtoyant des brutes qu’il refuse d’affronter pour éviter de réveiller le monstre vert qui sommeille toujours en lui. En perpétuel mouvement, il débarque dans une ville qui n’est jamais nommée mais qui pourrait très bien être New York. Alors qu’il s’installe dans un hôtel minable, le montage parallèle nous présente l’avocat Aveugle Matt Murdock (Rex Smith, alors popularisé par son rôle de motard justicier dans la série Tonnerre mécanique) ainsi que le maître du crime Wilson Fisk (John Rhys-Davies, le Sallam des Aventuriers de l’arche perdue et d’Indiana Jones et la dernière croisade) qui règne sur la cité sous les atours d’un puissant businessman.

Les trois intrigues s’entrechoquent lorsque deux gangsters embauchés par Fisk pour le cambriolage d’une bijouterie se réfugient dans le métro et s’en prennent à une passagère. Or Banner est dans la même rame. Un dilemme intéressant s’empare de lui : doit-il laisser cette jeune femme se laisser agresser en détournant le regard, ou faut-il qu’il intervienne au risque de laisser Hulk prendre le relais ? C’est bien sûr la deuxième option qui se profile, avec à la clé la fuite des voyous, l’hospitalisation de la passagère et de beaux dégâts dans le métro. Arrêté, Banner est défendu par Matt Murdock qui compte sur son témoignage pour faire tomber Fisk et le mettre derrière les barreaux. Passé le cap de la méfiance, une relation de confiance s’installe entre les deux hommes qui finissent par partager leurs secrets : alors que Banner avoue réveiller malgré lui la furie de Hulk chaque fois qu’il est en colère, Murdock révèle qu’il endosse le soir la panoplie du justicier Daredevil pour lutter contre le crime. Alors que la victime du métro est kidnappée par les hommes de Fisk, le géant vert et « l’homme sans peur » vont unir leurs forces pour tenter de renverser le parrain et son empire du crime…

La justice est aveugle

Le procès que promet le titre n’a lieu que dans une scène de rêve mouvementée où Banner, harcelé par des avocats et un juge, perd ses moyens et se transforme en un Hulk plus colérique que jamais. Stan Lee y apparaît sous les traits d’un juré, premier d’une très longue série de rôles que le cerveau de Marvel tiendra sous forme de clins d’œil jusqu’à la fin de sa vie. Mieux écrit et mieux réalisé que Le Retour de l’incroyable Hulk, ce second téléfilm de la période New World redonne un peu de sa superbe à l’alter-ego de Bruce Banner, coiffé d’une perruque plus seyante que dans l’opus précédent. Fisk lui-même est plutôt bien retranscrit à l’écran. S’il n’est pas chauve et glabre comme dans la bande dessinée, et s’il ne porte jamais son célèbre surnom de Caïd, John Rhys-Davies sait le rendre imposant, charismatique et mégalomane à souhait, juché dans une tour qui surplombe la cité, les yeux rivés sur des écrans de contrôle qui le rendent quasiment omniscient. Même Matt Murdock s’en sort relativement bien – en tout cas mieux que son prédécesseur Thor. Rex Smith lui donne corps avec conviction et les origines du personnage telles qu’elles sont narrées à Banner sont en tout point conformes au comics créé par Stan Lee et Steve Ditko. On s’étonnera que les deux associés de l’avocat aveugle ne soient pas Foggy Nelson et Karen Page, comme dans la bande dessinée, mais deux remplaçants insipides nommés Al Pettiman (Richard Cummings Jr.) et Christa Klein (Nancy Everhard). On regrettera surtout que le costume du super-héros ne soit qu’un justaucorps noir banal (sans logo DD ni cornes) au lieu de la panoplie écarlate originale. Comme Thor, Daredevil n’aura pas droit à la série TV que New World lui destinait dans la foulée de ce téléfilm. Il faudra attendre 2015 pour que le justicier réapparaisse avec panache sur un petit écran, à l’occasion de la remarquable série créée par Drew Goddard.

 

© Gilles Penso

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SLITHIS (1978)

Venice, Californie : un enseignant enquête sur un monstre mutant qui surgit des eaux pour dévorer la population…

SLITHIS / SPAWN OF THE SLITHIS

 

1978 – USA

 

Réalisé par Stephen Taxler

 

Avec Alan Blanchard, Judy Motulsky, Mello Alexandria, Win Condict, Dennis Lee Falt, Prudie Butler, Dale Caldwell

 

THEMA MUTATIONS I MONSTRES MARINS

Le poster spectaculaire de Slithis a titillé l’imagination de beaucoup de fantasticophiles à l’ère bénie des vidéoclubs. Cette créature amphibie transportant dans ses griffes une femme nue sur fond de cité nocturne était prometteuse, ravivant et modernisant la flamme des films de monstres des années 50. Hélas, ce qui se cache derrière cette jaquette évocatrice n’a rien de très enthousiasmant, c’est le moins qu’on puisse dire. Filmé en douze jours à Venice, au fil d’un tournage marathon émaillé de journées de travail s’étirant chacune sur une bonne quinzaine d’heures consécutives, Slithis est l’un des descendants les plus improbables de L’Étrange créature du lac noir, dans la droite lignée de l’Octaman d’Harry Essex. La première scène est déjà assez étrange. Deux enfants jouent au frisbee au ralenti, accompagnés par une musique de dessin animé, puis découvrent au bord d’un canal les cadavres ensanglantés et mutilés de deux chiens. Au bout de cinq minutes de métrage, la silhouette de l’auteur de ce massacre nous est révélée. Même si la pénombre cache les détails de sa morphologie, nous comprenons bien vite la nature de la « bête » : un homme engoncé dans un costume en caoutchouc qui lui donne des allures de bibendum écailleux. Le monstre s’introduit dans une maison au bord de l’eau et en dévore les occupants. Rien ne va plus à Venice, Californie. La police est sur les dents, pensant se trouver face aux meurtres rituels d’une sorte de secte…

Le héros de Slithis est Wayne Connors (Alan Blanchard), enseignant en journalisme dans un lycée californien qui rêve de tomber sur le scoop qui lui permettra de quitter les bancs d’école pour partir sur le terrain. Or ces crimes mystérieux pourraient bien lui en donner l’occasion. En fouinant sur les lieux du double meurtre, il trouve une sorte de boue qu’il fait analyser par l’un de ses confrères, professeur en biologie.  Celui-ci résume la situation en termes abscons : « c’est à la fois organique et non-organique ». Nous voici bien avancés. Voyant que l’intrigue ne semble pas prête à évoluer, le personnage se lance dès lors dans un long monologue explicatif conçu pour justifier le postulat sur lequel repose le scénario du film. Nous apprenons ainsi que les déchets nucléaires d’une usine se sont déversés dans l’eau de la marina et ont provoqué la création d’un organisme protoplasmique en mutation que les scientifiques ont baptisé « Slithis » sans être capables de le reproduire en laboratoire. Serait-il possible qu’un protoplasme de cette nature ait continué à évoluer sous les eaux jusqu’à se muer en prédateur mi-homme mi-poisson ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Wayne sent qu’il tient enfin son scoop.

Un homme-poisson pas très frais

Slithis passant beaucoup plus de temps à détailler l’enquête de son personnage principal qu’à mettre en scène sa créature, nous sommes obligés de subir d’interminables séquences de dialogues filmées dans un style très télévisuel. La plupart du temps, la caméra est fixe et les comédiens débitent leurs tonnes de répliques. Ces derniers s’efforcent de jouer leur rôle avec un maximum naturalisme, sauf l’interprète d’un inspecteur de police (un certain Hy Puke, non crédité au générique) qui, pour une raison qui nous échappe, décide de donner la réplique au héros en criant de manière hystérique, en grimaçant comme un personnage de Tex Avery et en gesticulant de manière visiblement incontrôlable. Cette séquence grotesque est le grand moment d’humour involontaire du film. D’autres personnages improbables surgissent au cours des investigations de Connors, notamment un scientifique dont la moitié du visage a été ravagée par les radiations. Le monstre, lui, n’intervient que de manière sporadique pour attaquer la population, les voitures et les bateaux. Dans ces moments, Stephen Taxler ne sait visiblement plus comment gérer sa mise en scène. Dans le doute, il expérimente tout ce qui lui passe par la tête : image filtrée en rouge, ralentis, faux raccords, sons désynchronisés, effets de solarisation, arrêts sur image… Pendant ce temps, Win Condict, l’interprète de la créature, souffre le martyre, étouffant dans un costume en latex sans fermeture éclair ni boutons qu’il doit donc garder toute la journée. Dans la foulée de Slithis, Taxler envisageait déjà une séquelle où le monstre se mettrait à semer la panique en plein Los Angeles, mais il ne parvint pas à la financer. Il devint alors directeur de production à Hollywood sur de gros films tels que Invasion U.S.A., Waterworld ou Windtalkers. Les autres membres de l’équipe du film ont pour la plupart disparu dans la nature.

 

© Gilles Penso



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LE RETOUR DE L’INCROYABLE HULK (1988)

Six ans après la fin de la série L’Incroyable Hulk, le géant vert revient aux côtés de Thor dans un téléfilm produit par Roger Corman

THE INCREDIBLE HULK RETURNS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Nicholas Corea

 

Avec Bill Bixby, Lou Ferrigno, Jack Colvin, Lee Purcell, Eric Allan Kramer, Steve Levitt, Tim Thomerson, Charles Napier, John Gabriel, Jay Baker

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

En 1982, après cinq ans de diffusion, la série L’Incroyable Hulk s’arrête. Kenneth Johnson avait su trouver le parfait équilibre entre le respect du comics original et une certaine liberté de ton lui permettant de rendre hommage à la série Le Fugitif et d’attirer ainsi un grand nombre de téléspectateurs. Mais toutes les bonnes choses ont une fin… Enfin presque. Car en 1986, la compagnie New World Entertainment créée par Roger Corman rachète Marvel Entertainment et décide de miser sur les super-héros de Stan Lee. Avant de se lancer dans des projets financièrement risqués (le Marvel Cinematic Universe est encore loin), l’idée de capitaliser sur la série à succès de Kenneth Johnson semble judicieuse. Trois téléfilms sont donc initiés à partir de la fin des années 80 : Le Retour de l’incroyable Hulk, Le Procès de l’incroyable Hulk et La Mort de l’incroyable Hulk. Si Stan Lee est sollicité comme consultant, Kenneth Johnson n’est pas invité à la fête et ne découvre l’existence de cette trilogie que lorsqu’est annoncée la diffusion du premier opus ! En revanche, l’acteur principal Bill Bixby est mis à l’honneur. C’est lui qui choisit le scénariste et réalisateur du Retour de l’incroyable Hulk, Nicholas Corea, qui avait déjà signé un certain nombre d’épisodes de la série. Selon certaines rumeurs, Bixby aurait visiblement assuré une grande partie de la mise en scène lui-même. Lou Ferrigno revient lui aussi pour prêter sa musculature à l’alter-égo vert et colérique de Bruce Banner. Et pour que ce premier téléfilm soit un petit événement, on convoque un autre personnage de l’univers Marvel qui n’avait jusqu’alors jamais été incarné en chair et en os : le puissant Thor.

Au début du film, David Banner (qui a emprunté le pseudonyme de David Bannion pour conserver son anonymat) coule des jours heureux avec la bio-généticienne Maggie Shaw (Lee Purcell). Leur bonheur sans vague est filmé avec une candeur sirupeuse digne d’un soap opera. Tous deux travaillent à l’institut de recherche Joshua Lambert et Banner, qui a réussi à empêcher son encombrant « Mister Hyde » de surgir depuis deux ans, est sur le point de s’en débarrasser définitivement grâce à une machine révolutionnaire de son invention : le transpondeur Gamma. Mais alors qu’il s’apprête à s’exposer aux rayons, un de ses anciens élèves pénètre dans les lieux et interrompt l’expérience. Il s’agit de Donald Blake (Steve Levitt), qui lui raconte une bien étrange histoire. Alors qu’il participait à une expédition en Norvège, il découvrit un marteau antique lui permettant de faire apparaître le dieu viking Thor, fils d’Odin. Dès lors, tous deux sont liés. Lorsqu’une organisation criminelle projette de s’emparer du transpondeur et kidnappe Maggie, Banner n’a d’autre recours que de réveiller la bête qui sommeille en lui. Hulk et Thor vont ainsi devoir faire équipe pour sauver la belle et contrecarrer les plans des vilains…

À Thor et à travers

On le voit, le scénario de Nicholas Corea prend un certain nombre de libertés avec le Thor du comics. Car dans les pages écrites par Stan Lee et dessinées par Jack Kirby, le dieu viking et le docteur Blake se passaient le relais dans notre monde, l’un se substituant à l’autre et vice-versa. Ici, tous deux cohabitent dans les mêmes scènes, formant une sorte de duo comique façon « buddy movie » : le savant chétif et malin et la montagne de muscles paillarde et bagarreuse. Pour convoquer le super-héros nordique, Blake procède un peu comme Aladdin et sa lampe. Il brandit le marteau et hurle « Odin ! ». Aussitôt, des arcs électriques en rotoscopie se dessinent un peu partout et Thor surgit. Si l’athlète Eric Allan Kramer a indéniablement le physique de l’emploi, on émettra quelques réserves sur son look : une cuirasse aux épaulettes en fourrure, un pantalon en skaï et un casque garni d’une jolie paire d’ailes. Hulk lui-même a un peu perdu de sa superbe. À cause de l’aggravation de sa surdité, Lou Ferrigno est obligé de porter un équipement auditif encombrant dissimulé sous une nouvelle perruque franchement peu seyante. Lorsque le fils d’Odin et le Titan vert partagent l’écran, il nous semble donc plus assister à un bal costumé qu’à une aventure de super-héros, malgré quelques scènes d’action ambitieuses comme le premier combat dans le laboratoire, l’attaque de l’hélicoptère ou la fusillade finale dans l’entrepôt. En seconds rôles, on note la présence de Jack Colvin, reprenant le rôle du journaliste fouineur McGee, et de Charles Napier dans le rôle d’un des gangsters. L’une des idées majeures du Retour de l’incroyable Hulk était de pouvoir donner naissance dans la foulée à une série TV consacrée à Thor. Mais celle-ci ne verra jamais le jour, malgré le succès honorable de ce téléfilm et la mise en chantier de ses deux séquelles.

 

© Gilles Penso

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MEURTRE AU 43ème ÉTAGE (1978)

John Carpenter filme l’angoisse quotidienne d’une jeune femme qu’un maniaque épie et traque sans relâche…

SOMEONE’S WATCHING ME !

 

1978 – USA

 

Réalisé par John Carpenter

 

Avec Lauren Hutton, David Birney, Adrienne Barbeau, Charles Cyphers, Grainger Hines, Len Lesser, John Mahon, James Murtaugh

 

THEMA TUEURS I SAGA JOHN CARPENTER

Après une demi-douzaine de films courts amateurs, John Carpenter tourne coup sur coup deux longs-métrages très remarqués, le space-opera parodique Dark Star et le western urbain Assaut. Le studio Warner s’intéresse alors à ce free-lance au style déjà très marqué et lui propose d’écrire le scénario de High Rise, un thriller horrifique inspiré d’un fait divers. Au fil des mois, le projet évolue, se transforme en téléfilm et change de titre : Someone’s Watching Me ! (« Quelqu’un m’observe ! »). Même si le petit écran semble moins adapté à son univers que le cinéma, Carpenter voit là l’occasion de réaliser son premier long-métrage pour un studio et accepte avec enthousiasme la proposition d’écrire et de diriger ce qui va s’annoncer comme une sorte d’embryon de La Nuit des masques. Tourné en 18 jours, Meurtre au 43ème étage s’intéresse à Leigh Michaels (Lauren Hutton), une jeune femme qui a fui son ancienne vie sur la côte Est pour s’installer à Los Angeles. Elle emménage dans une résidence huppée de 2000 habitants qui lui offre une vue imprenable sur la ville. « J’ai l’impression d’être dans le tiroir du haut d’une boîte en verre » dit-elle en souriant à l’agent immobilier. Le décor étant planté, Carpenter ne tarde pas à faire basculer son intrigue jusqu’à un point de non-retour. Tout commence par des appels téléphoniques inquiétants, puis des cadeaux énigmatiques déposés à son attention. Visiblement, quelqu’un l’observe depuis l’immeuble d’en face, pénètre chez elle, la suit partout… Persuadée qu’un maniaque veut la pousser à bout, Leigh contacte en vain la police avant de décider de poursuivre elle-même cet homme mystérieux qui la harcèle.

Le choix d’une héroïne célibataire, dynamique et indépendante permet d’emblée d’évacuer le cliché traditionnel de la victime hurlante et passive qui se soumet bien vite à la tyrannie de son agresseur. Leigh impose d’emblée une personnalité forte, tant dans sa vie professionnelle (elle travaille en tant que réalisatrice dans une station de télévision locale) que personnelle (dans les bars, c’est elle qui drague les hommes et impose le jeu de la séduction). Sa meilleure amie devient d’ailleurs Sophie (Adrienne Barbeau), une fille tout aussi émancipée et lesbienne de surcroît. Incarnée à la perfection par Lauren Hutton, cette femme libre et un peu excentrique prend le monde avec recul et humour. Ce qui ne l’empêche évidemment pas d’être terrorisée par cette menace invisible qui ne cesse de se rapprocher. Mais c’est à bras le corps qu’elle décide de se mesurer au danger, quitte à se jeter elle-même dans la gueule du loup, armée d’un couteau dérisoire dans une de ces tours modernes déshumanisant ses habitants jusqu’à les muer en entités anonymes. Ce choix d’affronter seule le psychopathe devient une nécessité lorsque ses appels répétés à la police finissent par la faire passer pour une folle doublée d’une paranoïaque.

Sueurs froides

Alfred Hitchcock étant la source d’inspiration majeure de Meurtre au 43ème étage, John Carpenter décide d’assumer ouvertement cette filiation dès le générique de début qui cite celui de La Mort aux trousses : les mêmes lignes géométriques traversant l’écran, la même rythmique nerveuse dans la bande originale d’Harry Sukman. Mais c’est surtout Fenêtre sur cour que convoque le scénario du film, à travers le jeu croisé des télescopes qui permettent d’observer – ou d’être observé par – le voisinage, en un jeu de miroir inquiétant où Lauren Hutton finit par se substituer à Grace Kelly et Adrienne Barbeau à James Stewart. D’autres allusions au maître du suspense jalonnent Meurtre au 43ème étage, comme ce travelling compensé « emprunté » à Sueurs froides ou cette manière très particulière de donner du caractère aux objets (Carpenter filme sous une multitude d’angles de prise de vue un paquet mystérieux déposé dans l’appartement de Leigh, exactement comme Hitchcock avec l’enveloppe pleine de billets dans la chambre de Marion Crane dans Psychose). Les autres clins d’œil sont plus ludiques : un personnage qui se nomme Leone en hommage au grand Sergio et la tour qui porte le nom de Arkham Tower pour évoquer H.P. Lovecraft. Malgré toutes ces références, John Carpenter s’affranchit habilement de ses mentors en imposant un certain nombre d’effets de style qui deviendront ses marques de fabriques. A l’instar du Steven Spielberg de Duel, il transforme même les contraintes de l’exercice télévisé (coupures publicitaires régulières, format 4/3, décors limités) en vecteurs de suspense. La peur s’insinue dans les arrière-plans (la silhouette qui apparaît furtivement derrière Lauren Hutton au téléphone), dans les entrées de champ inattendues où dans des couloirs sombres filmés en caméra subjective. Diffusé sur NBC le 29 novembre 1978, Meurtres au 43ème étage fait entrer Carpenter dans la cour des grands et lui permet de rencontrer son épouse Adrienne Barbeau, que l’on retrouvera dans Fog et New York 1997. Deux semaines plus tard, le cinéaste enchaîne avec le tournage de Halloween.

 

© Gilles Penso

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LA FEMME INVISIBLE (1941)

Pour sa troisième incursion dans le thème de l’invisibilité, le studio Universal féminise son personnage principal et joue la carte de la comédie

THE INVISIBLE WOMAN

 

1941 – USA

 

Réalisé par Edward Sutherland

 

Avec John Barrymore, Virginia Bruce, Charlie Ruggles, John Howard, Oscar Homolka, Maria Montez

 

THEMA HOMMES INVISIBLES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Déjà auteurs du Retour de l’homme invisible, Joe May et Curt Siodmak proposent une nouvelle variante autour du roman d’H.G. Wells en écrivant l’histoire de cette Femme invisible volontiers axée sur le potentiel comique de la thématique, et n’assurant plus le moindre lien avec le personnage de Jack Griffin. Le vétéran John Barrymore y incarne avec force grimaces un vieux professeur excentrique du nom de Gibbs, clamant partout avoir trouvé la formule qui permet aux gens de se rendre invisible. Fort peu considéré par ses pairs, Gibbs en est réduit à passer une annonce dans le journal pour qu’un cobaye humain accepte de se prêter à l’expérience. Étant donné que celle-ci n’est pas rémunérée, l’annonce n’attire personne, à l’exception de Kitty Carroll (Virginia Bruce), une jeune femme qui arrondit ses fins de mois en travaillant comme mannequin sous les ordres du tyrannique Monsieur Growley (Charles Lane). Soucieuse d’échapper à son train-train quotidien, Kitty vient rendre visite à Gibbs dans le but de tester la formule, laquelle mixe cette fois l’injection d’un sérum avec l’exposition du corps à des ondes électromagnétiques via une machine complexe et excentrique.

Autre grosse différence avec les héros invisibles précédents : l’invention de Gibbs permet aux cobayes de redevenir visibles au bout de quelques heures et ne présente aucun effet secondaire comportemental. Exit donc les tourments psychologiques et les séquences de suspense dignes de ce nom. Ici, seul le rire et la détente sont à l’ordre du jour. Notre jeune héroïne profite de son invisibilité pour prendre sa revanche sur son odieux patron, défilant sous forme d’une robe sans tête pour effrayer les snobs clients de Growley, puis terrifiant ce dernier en se faisant passer pour sa conscience. Les choses se compliquent lorsque trois gangsters s’intéressent de près à l’invention de Gibbs et s’efforcent de la subtiliser par tous les moyens pour permettre à leur patron (Oscar Homolka), exilé au Mexique, de se rendre invisible. Une intrigue amoureuse mettant en scène l’oisif aventurier Dick Russell (John Howard) vient compléter le cocktail.

Des enjeux transparents

Les situations comiques édictées par ce scénario burlesque s’enchaînent sans beaucoup de finesse, à mi-chemin entre Abbot et Costello et les trois Stooges. Les seconds rôles cabotinent plus que de raison – notamment les gangsters maladroits, la gouvernante grimaçante ou le majordome George qui se prend les pieds dans les tapis et tombe dans les escaliers de manière récurrente – et l’intrigue ne présente que peu de rebondissements captivants. Les effets spéciaux eux-mêmes, toujours signés John P. Fulton, oscillent entre l’excellence (la femme invisible qui enfile ses bas, la bouteille de cognac qui remplit les verres) et la maladresse (certaines lignes de cache sont bien visibles, les cagoules et gants noirs sont aisément repérables dans certaines scènes de déshabillage). Dès son troisième long-métrage consacré à l’invisibilité, le studio Universal cède ainsi à la facilité, amorçant le mouvement parodique qui sera relayé par tous les Deux nigauds à venir.

 

© Gilles Penso

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THE MANSON FAMILY (2003)

Une sorte de docu-fiction expérimental qui aborde sans tabous les excès de la secte meurtrière menée par le plus sordide des gourous

THE MANSON FAMILY

 

2003 – USA

 

Réalisé par Jim Van Bebber

 

Avec Marcelo Games, Marc Pitman, Leslie Orr, Maureen Allisse, Amy Yates, Jim Van Bebber, Tom Burns, Michelle Briggs

 

THEMA TUEURS

Cinéaste underground natif de l’Ohio, Jim Van Bebber s’est fait connaître par une poignée de courts et de longs-métrages produits avec les moyens du bord, dans des conditions semi-professionnelles. Distribué à une plus vaste échelle, The Manson Family est un peu l’œuvre de sa vie. Commencé au milieu des années 80 sous le titre provisoire Charlie’s Family, ce film troublant à mi-chemin entre le reportage, la reconstitution hyperréaliste et le documentaire, ne fut achevé qu’une vingtaine d’années plus tard. Tout autre cinéaste aurait lâché l’affaire en cours de route, déprimé par son incapacité à boucler son tournage faute de moyens. Mais Van Bebber transforme le handicap en avantage. Ainsi les comédiens qui jouent les protagonistes du drame réapparaissent-ils deux décennies plus tard, sous des traits naturellement vieillissants, pour témoigner des horreurs passées face à une fausse caméra de reporter. Le réalisme obtenu est imparable. The Manson Family s’intéresse donc au sinistre Charles Manson, ancien détenu, musicien raté et hippie mystique, qui fonda à la fin des années 60 « la famille », une communauté prônant l’amour libre, puis le culte de la peur, et enfin le meurtre gratuit et sanglant.

Les abominations du gourou et de sa secte atteignirent leur point culminant lors de l’assassinat de l’actrice Sharon Tate, alors épouse de Roman Polanski et enceinte de plusieurs mois, ainsi que de quatre de ses amis. Trois autres meurtres furent commis par « la famille » dès le lendemain, avant que la police ne démantèle la secte et n’emprisonne à vie Charles Manson. S’il s’octroie toutes les libertés artistiques qu’il juge nécessaires, Jim Van Bebber colle de près aux événements tels qu’ils furent rapportés par les différents témoins, et surtout à l’imagerie de l’époque, grâce à des prises de vues brutes et granuleuses qu’on jurerait issues des années 60/70. Le film commence en 1996 et raconte le projet d’un documentaire consacré à Manson, à l’initiative du journaliste Jack Wilson (Carl Day). Ce prétexte permet d’alterner les reconstitutions de 1969 (en 16 mm) et les « interviews » des survivants dans les années 80 (en vidéo), par le biais d’un montage extrêmement minutieux.

Orgies sanglantes

Ne reculant devant aucun tabou, Van Bebber filme des séquences d’orgie impensables, Manson (Marcelo Games) et ses adeptes s’ébattant nus dans la campagne, buvant le sang d’un animal égorgé et s’en enduisant le corps, s’accouplant dans toutes les positions imaginables, tandis que le gourou prend des allures de diable cornu et grimaçant aux yeux de ses « frères » passablement défoncés. La descente aux enfers de la communauté est progressive et insidieuse. La fraternité bon enfant se laisse peu à peu contaminer par d’étranges idées. On y parle de philosophie raciale, on commet des cambriolages nocturnes, on apprend à manier le couteau, la haine s’insinue. Et puis survient le premier meurtre, choquant par sa crudité. Les épouvantables scènes de massacre qui s’ensuivent sont à la limite du supportable. Le sang, les hurlements, l’hystérie envahissent l’écran, et Van Bebber achève son film sur une note fort peu rassurante, laissant sur le carreau des spectateurs pas vraiment préparés à un spectacle aussi déstabilisant.

 

© Gilles Penso

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LES FEMMES DE STEPFORD (1975)

Une fable de science-fiction féministe dans laquelle les femmes d’une petite ville américaine se transforment en ménagères soumises…

THE STEPFORD WIVES

 

1975 – USA

 

Réalisé par Bryan Forbes

 

Avec Katharine Ross, Paula Prentiss, Peter Masterson, Nanette Newman, Tina Louise, Carol Eve Rossen, William Prince

 

THEMA ROBOTS

Le romancier Ira Levin passa à la postérité lorsque Roman Polanski adapta son effrayant « Rosemary’s Baby » en 1968. Sept ans plus tard, un autre récit de l’écrivain est porté à l’écran par le scénariste William Goldman et le cinéaste Bryan Forbes. Et si les deux hommes semblent avoir vécu une pénible relation conflictuelle tout au long de l’élaboration des Femmes de Stepford, le film n’en souffre pas outre mesure, exhalant toutes les obsessions paranoïaques de l’auteur. Photographe dilettante, Joanna est mariée à Walter, un brillant avocat. Un beau jour, ils quittent la vie trépidante de New York avec leur enfant pour partir s’installer dans le petit village de Stepford, dans le Connecticut. Là, l’existence est paisible et tout le monde se connaît. Les hommes se réunissent sous forme de clubs aux occupations variées et anecdotiques. Quant aux femmes, elles semblent toutes béates d’assumer leur rôle de ménagères soumises et attentionnées, leur discussion se limitant principalement aux recettes de cuisines et aux produits ménagers. Et pourtant, à Stepford se tenait jadis un club féministe comportant une bonne cinquantaine de membres…

Lorsqu’une des nouvelles venues au village, professeur de tennis sculpturale et émancipée, se mue brusquement à son tour en ménagère docile troquant sa tenue de sport contre une robe d’intérieur et faisant détruire son court de tennis pour que son mari possède la piscine chauffée de ses rêves, Joanna et son amie Bobby décident de mener l’enquête. Soucieuses de comprendre le comportement étrange des femmes de Stepford, elles se mettent à imaginer que les hommes ont mêlé à l’eau de la ville une forte dose de tranquillisant. Mais les analyses d’un ami chimiste évacuent cette théorie. Et puis Bobby se métamorphose à son tour. Sombrant dans un état paranoïaque, Joanna décide de consulter une psychiatre, à qui elle confie : « si j’ai tort, c’est que je suis folle. Et si j’ai raison c’est encore pire ! »

Intelligemment dérangeant

Le fin mot de l’histoire nous plonge dans un coup de théâtre digne des meilleurs épisodes de La Quatrième dimension, que ne vient guère tempérer un épilogue terriblement cynique. Les Femmes de Stepford est donc avant tout un film féministe dans lequel l’angoisse s’immisce lentement, craquelant peu à peu le vernis d’une vie de banlieue paisible qui semble faire écho aux publicités caricaturales des années cinquante. Nous étions alors au cœur des mouvements féministes les plus virulents. Les MLF s’organisaient, les soutiens gorges brûlaient en signe de protestation, et le film aurait dû résonner fortement dans un tel contexte. Pourtant Les Femmes de Stepford ne connut qu’un accueil des plus timorés. Il faudra attendre quelques années pour que l’œuvre finisse par acquérir un véritable statut de classique, le public et la critique saluant enfin à son juste titre un scénario intelligemment dérangeant ainsi que la belle performance de Katarine Ross dont le rôle était à l’origine prévu pour Diane Keaton. Or on a beau apprécier l’actrice fétiche de Woody Allen, il faut bien reconnaître que nous n’y avons pas perdu au change, l’ex-star du Lauréat portant une grande partie du film sur ses épaules.

 

© Gilles Penso

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SCALPS (1983)

Six étudiants en archéologie pratiquent des fouilles en plein désert et réveillent un esprit maléfique indien

SCALPS

 

1983 – USA

 

Réalisé par Fred Olen Ray

 

Avec Jo-Ann Robinson, Richard Hench, Roger Maycock, Frank McDonald, Carol Sue Flockhart, Barbara Magnusson, Kirk Alyn, Carroll Borland, Forrest J. Ackerman

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Grand amateur de cinéma d’horreur et de science-fiction depuis sa plus tendre enfance, Fred Olen Ray n’a pas attendu d’avoir une structure de production digne de ce nom ou un budget décent pour commencer à faire des films. Avec trois bouts de ficelles, il bricole donc des longs-métrages dans des conditions précaires. Après l’invasion d’extra-terrestres de The Brain Leeches et la contamination zombie de The Alien Dead, Fred Olen Ray s’attaque à Scalps, dont l’idée lui a été soufflée par son ami Donald G. Jackson. Le scénario filiforme est conçu pour coûter le moins cher possible. De fait, le budget global se résumera à environ 15 000 dollars. Véritable « fan boy », le réalisateur tourne un prologue dans un décor minimaliste (deux bureaux et un mur blanc) avec trois anciennes gloires du cinéma qu’il aime tant : Kirk Alyn (le héros du serial Superman de 1948), Carroll Borland (l’inoubliable Luna de La Marque du vampire) et Forrest J. Ackerman (éditeur du cultissime magazine « Famous Monsters on Filmland »). Ces vénérables figures du fantastique incarnent trois professeurs qui échangent quelques banalités en champ et contre-champ au cours d’un prologue qui ne présente aucun autre intérêt que d’ajouter leurs noms prestigieux au générique. Mais la majorité du film se déroule dans le désert californien, où Fred Olen Ray filme sans la moindre autorisation six jeunes comédiens incarnant avec une conviction toute relative des étudiants en archéologie partis déterrer des artefacts indiens.

D.J., Randy, Kershaw, Ben, Louise et Ellen partent donc gaiment dans leur van, le coffre plein de pelles et de pioches. Lorsqu’ils font halte dans une station-service, refrain connu, un vieil Indien les met en garde : il ne faut surtout pas creuser dans le désert pour éviter de réveiller l’esprit des Indiens tués lors d’un massacre dans la zone des « arbres noirs ». Bien sûr, ils font fi de cet avertissement, plantent leur tente au milieu des rocailles isolées et commencent à piocher. Et, comme on pouvait s’y attendre, leurs fouilles ne sont pas sans conséquences. Au milieu de la nuit, sans explication, des tambours et des chants tribaux résonnent. Puis le visage d’un vieil homme aux yeux blancs apparaît dans un feu de camp, juste avant une explosion qui marque l’éveil de Black Caw, un Indien qui pratiquait jadis la magie noire. Cette entité ancestrale possède l’un d’entre eux. Le massacre peut alors commencer…

Les six petits Indiens

Très amateur dans sa facture (la photographie, le montage, le jeu des acteurs), bourré de faux raccords, Scalps ne vaut vraiment le détour que pour ses effets gore et ses maquillages spéciaux, conçus par Chris Biggs (La Galaxie de la terreur), John McCallum (Biohazard) et Bart J. Mixon (le téléfilm Ça). Certes, nous ne sommes pas dans la grande finesse, mais cet Indien monstrueux au visage ensanglanté fait son petit effet, tout comme ces meurtres saignants qui évoquent les travaux de Tom Savini (égorgements, scalps en gros plan, décapitations) ou ces images choc qu’on croirait échappées d’un film d’horreur italien (le gros rat qui se promène sur le crâne d’un cadavre desséché). On ne peut pas en dire autant de cet étrange prêtre à tête de lion qui retrousse ses babines mécaniquement et qui intervient régulièrement de manière totalement inexplicable. Il faut dire que ces plans répétitifs – qui n’étaient au départ que des tests d’effets spéciaux conçus pour n’apparaître que très furtivement – ont été ajoutés artificiellement par les distributeurs sans le consentement de Fred Olen Ray. En effet, ce dernier ignorait qu’en signant avec la compagnie 21st Century Film Corporation, il leur cédait les droits de remanier totalement le montage. D’où l’insertion aléatoire de plans horrifiques dans un ordre étrange qui ne respecte ni la logique ni la chronologie du récit. Mais il faut bien reconnaître que Scalps est lent et désespérément vide de péripéties pendant sa première heure. Ce remontage bizarre – abusant de flash-forwards souvent incompréhensibles – joue finalement presque en faveur du film, concourant à l’établissement d’un climat malsain et oppressant.

 

© Gilles Penso

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ZATHURA, UNE AVENTURE SPATIALE (2005)

Deux jeunes garçons découvrent un jeu de société dont chaque tour déclenche l’irruption de robots et d’extra-terrestres reptiliens…

ZATHURA : A SPACE ADVENTURE

 

2005 –  USA

 

Réalisé par Jon Favreau

 

Avec Josh Hutcherson, Jonah Bobo, Tim Robbins, Kristen Stewart, Dax Shephard et la voix de Frank Oz

 

THEMA JOUETS I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLELES I EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS

Si le pitch vous rappelle Jumanji, c’est tout à fait normal puisque Zathura est une pseudo-suite tirée d’un autre roman de Chris Van Allburg, auteur et illustrateur de livres pour enfants à qui l’ont doit aussi Le Pôle express. Jumanji ayant été une affaire plus que rentable en 1995 pour Columbia, le studio envisage très tôt une suite, même si l’épilogue du film original n’appelait pas de suite directe, en tout cas pas avec les mêmes personnages. Or, force est reconnaitre que la présence de Robin Williams en tête d’affiche avait largement contribué au succès du film. Une « vraie » suite aurait également présenté un gros risque de redite, l’avancée technologique en matière d’effets spéciaux numériques ne pouvant justifier à elle seule de ressortir le même bestiaire animalier de sa boîte de jeu. Mais tout comme la Nature a horreur du vide, les studios ont horreur de ne pas pouvoir faire de suites : la « solution » consiste donc à conserver le concept de Jumanji et de remplacer le jeu-titre par un autre, Zathura, dont la thématique spatiale permet de substituer aux lions et éléphants des robots et des extra-terrestres, et la pluie de mousson à une pluie de météorites.

Walter (Josh Hutcherson) et Danny (Jonah Bobo) sont deux frères tout ce qu’il y a de plus banals : le petit suit le grand comme son ombre et l’idolâtre ; le grand, un pied dans l’âge ingrat, prétend ne plus s’intéresser aux enfantillages du plus jeune. Suite au divorce de leurs parents, nous les retrouvons au moment où ils passent leur premier week-end dans la nouvelle maison de leur père (Tim Robbins). Celui-ci, tenu par des obligations professionnelles, doit s’absenter, les laissant sous la surveillance de leur grande sœur Lisa (Kristen Stewart). Danny découvre alors une étrange boîte de jeu à la cave : Zathura. Évidemment, après avoir activé le mécanisme lui permettant d’avancer son pion, d’étranges phénomènes se produisent : un robot cousin du Robby de Planète interdite fait irruption dans le salon et leur maison se trouve propulsée dans l’espace où les enfants vont se retrouver confrontés à des lézards humanoïdes. Là ou Jumanji ajoutait des péripéties au roman et en aérait le récit original, Zathura se tient à la très brève histoire du livre, constituant une trame bien légère pour un scénario pourtant signé David Koepp, à qui l’on doit Jurassic Park, L’Impasse, Spider-Man ou encore le très bon Hypnose. L’intrigue est linéaire et répétitive, sans surprise. Il faut toutefois reconnaitre l’exposition réussie des personnages, les deux jeunes acteurs s’avérant convaincants dans leurs rôles de « All American Kids » dans la tradition Amblin. Josh Huchterson, qui incarne l’aîné et tient ici son premier rôle principal, connaitra une carrière d’enfant-star bien remplie, jusqu’à son rôle de Peta dans la saga Hunger Games. Coïncidence de casting : Zathura se paye une autre future star d’une saga pour adolescents, en l’occurence Kirsten Stewart,  pas encore affublée de la désobligeante réputation d’actrice la plus inexpressive du monde…

Jon Favreau vs. Joe Johnston

Doté d’un budget somme toute confortable de 65 millions de dollars, Zathura ressemble malheureusement plus à une suite « direct-to-video » qu’à un blockbuster pour grand écran. Deux raisons principales à cela : l’aspect étriqué du scénario (toute l’action se déroule dans la maison) et le caractère puéril de l’ensemble. Derrière la caméra, Jon Favreau, qui signe là son troisième film, fait preuve d’une saine approche dans sa volonté de mêler effets pratiques et images de synthèse. À ce titre, le travail de l’atelier de Stan Winston est parfaitement intégré et mis en valeur. On appréciera le look des lézards, qui évite habilement le syndrome du simple « homme en costume ». Mais malgré la relative sophistication technique, l’impression d’avoir affaire à un téléfilm reste prégnante, un reproche que l’auteur de ces lignes se permettra d’appliquer également au Iron Man que Favreau réalisera quelques années plus tard. Zathura marque sa première incursion majeure dans l’univers des effets visuels, un domaine dont il s’est un peu trop vite auto-proclamé le roi incontesté depuis ses remakes « live » du Livre de la jungle et du Roi lion. Car tout bon technicien et promoteur de ces techniques « innovantes » qu’il soit (le cyclorama à LED du Mandalorian reste un cyclorama), le film qui nous intéresse aujourd’hui révélait déjà ses limites en tant que metteur en scène : appliqué certes, mais pas inspiré. Et si Zathura n’arrive pas à la cheville de Jumanji, il en va de même pour Jon Favreau vis-à-vis de Joe Johnston.

 

 © Jérôme Muslewski

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RAGE (1977)

David Cronenberg filme les méfaits d’une jeune femme transformée en prédatrice assoiffée de sang après une opération chirurgicale…

RABID

 

1977 – CANADA

 

Réalisé par David Cronenberg

 

Avec Marilyn Chambers, Frank Moore, Joe Silver, Howard Ryshpan, Patricia Gage, Susan Roman, Roger Periard

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

C’est dans la continuité directe de Frissons que s’inscrit Rage, cultivant la même fascination pour la mutation du corps, les dérives médicales de scientifiques jouant aux apprenti-sorciers et la fusion de l’horreur et de l’érotisme. En creusant ce sillon sulfureux, David Cronenberg ajoute une pierre à l’édifice d’un sous-genre du fantastique qui sera rétrospectivement baptisé « body horror ». Dans le rôle principal, le réalisateur envisage Sissi Spacek, pas encore popularisée par Carrie qui n’est pas sorti sur les écrans au moment de la mise en chantier de Rage. Le producteur Ivan Reitman n’est pas très enthousiaste. Selon lui, la comédienne manque de sex-appeal, sans parler de son accent texan qu’il trouve trop prononcé. Changeant son fusil d’épaule, Cronenberg opte pour Marilyn Chambers. Cette dernière, jusqu’alors spécialisée dans le cinéma pornographique (Derrière la porte verte, The Resurrection of Eve), cherche justement à changer de registre. Rage lui offre cette possibilité, tout en capitalisant sur son absence de pudeur qui permettra l’ajout d’une poignée de séquences topless (passage quasi-obligatoire du cinéma d’exploitation). Entretemps, Carrie sort sur les écrans du monde entier et connaît un triomphe planétaire. Du coup, Cronenberg montre le poster du film dans une séquence nocturne où son héroïne déambule dans les rues de la ville. Mais il n’aura pas à se plaindre de son « choix par défaut ». Marilyn Chambers le surprend agréablement par son investissement dans le film et par son endurance lors du tournage de séquences pas toujours simples.

L’accorte Marilyn incarne Rose, une jeune femme victime d’un spectaculaire accident de moto. Si son fiancé Hart (Frank Moore), qui conduisait l’engin, s’en sort avec des blessures superficielles, la malheureuse est entre la vie et la mort. Coincée sous la moto au moment de son explosion, elle n’a pas le temps d’être transportée à l’hôpital. C’est donc le docteur Dan Keloid (Howard Ryshpan), propriétaire d’une clinique de chirurgie esthétique installée tout près du lieu de l’accident, qui la prend en charge. Pour sauver Rose, le médecin décide de tester à échelle réelle une greffe expérimentale qui consiste à récupérer de la peau des cuisses de la patiente pour l’appliquer sur sa poitrine, ce greffon se modifiant pour s’adapter à sa fonction nouvelle. L’opération est une réussite, mais un effet secondaire inattendu transforme le métabolisme de Rose. Sous son aisselle gauche s’est développé un nouvel organe prolongé par un dard. Désormais incapable de se nourrir autrement qu’avec du sang humain, Rose laisse régulièrement surgir cet appendice pour transpercer ceux qui ont le malheur de croiser sa route. Les victimes sont dès lors contaminées par une sorte de rage destructrice qui les pousse à agresser leur entourage immédiat…

Patiente zéro

Le principe de la morsure, de l’écoulement du sang et de la contamination semble vouloir détourner les mécanismes traditionnels du vampirisme, Cronenberg s’appropriant cette thématique classique pour mieux la mêler à ses propres obsessions. Plusieurs motifs présents dans Rage se déclineront d’ailleurs plus tard dans sa filmographie, notamment l’extériorisation physique des traumatismes de Chromosome 3, la « nouvelle chair » de Videodrome ou les opérations chirurgicales de Faux-semblants. Eros et Thanatos cohabitant volontiers chez Cronenberg, le membre monstrueux qui pousse sous le bras de Rose emprunte son aspect aux organes génitaux humains. Il s’agit donc d’une sorte d’orifice vaginal duquel surgit un appendice phallique. C’est le maquilleur Joe Blasco, déjà à l’œuvre sur Frissons, qui est chargé de donner corps à cette aberration morphologique. Rage ne coûte que 530 000 dollars canadiens, ce qui n’empêche pas le cinéaste de vouloir montrer les conséquences de la contamination à grande échelle : carambolages, scènes de panique dans le métro, fusillade dans un grand magasin. Sans parler de ces moments de rupture où l’horreur bascule dans une sorte de surréalisme, comme lorsqu’un médecin contaminé découpe le doigt d’une infirmière pour boire son sang, ou lorsque des ouvriers frappés de folie attaquent une voiture et ses occupants avec un marteau-piqueur. On ne peut s’empêcher de voir plusieurs liens se tisser entre Rage et le cinéma de George Romero, notamment à travers la manière dont sont filmés les infectés, leurs victimes et les forces armées s’efforçant de maintenir un semblant d’ordre au milieu du chaos. Rage semble de fait se nourrir au sein de The Crazies et alimenter l’imagerie de Zombie. Sorti sur les écrans en avril 1977, ce sera un grand succès au Canada, le plus gros pour une production de cet acabit.

 

© Gilles Penso

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