JURASSIC TRASH (1998)

Une parodie potache de Jurassic Park tournée dans le sud de la France avec un budget ridicule

JURASSIC TRASH

1998 – FRANCE

Réalisé par Richard J. Thompson

Avec Laurent Dallias, Coralie, Edouardo Pisani, Elodie Chérie, Dominick Breuil, Emmanuelle, Daniel Broquet, Thierry Anger

THEMA DINOSAURES

Avec une passion indéfectible et une opiniâtreté sans borne, Richard J. Thomson réalise en marge du système des films fantastiques aux budgets quasi-inexistants. Ainsi, après deux Time Demon à l’absurdité parfaitement assumée, le voilà qui se lance dans une parodie potache de Jurassic Park tournée dans le sud de la France avec un budget de 30 000 francs (moins de 6000 euros). Les comédiens ? Une bande de copains, deux actrices spécialisées dans le X (Coralie Trinh Thi et Elodie Chérie) et un apprenti-chanteur à la popularité très éphémère (Eduardo Pisani, dont la ritournelle « je t’aime le lundi » fit le tour des ondes à l’époque). Les effets spéciaux ? Deux gueules de dinosaures en latex animées comme des marionnettes à main et bricolées par le sculpteur/peintre/photographe/vidéaste Antoine Cervero. Le scénario ? Un vaudeville horrifico-érotico-comico-science-fictionnel qui prend racine en plein Paléolithique. Alors qu’un homme préhistorique course une cro-mignonne dans les bois, un objet futuriste étrange le stoppe dans son élan. Une ellipse vertigineuse nous transporte 37 000 ans plus tard, en Iran, où le paléontologue Jules Rassic (!) découvre un œuf de dinosaure en parfait état. Très motivé par cette découverte, le vénérable scientifique décide de commercialiser de tels œufs et de les faire livrer aux quatre coins de la France. Mais en comprenant qu’ils peuvent éclore et donner naissance à des sauriens particulièrement voraces, il tente de récupérer les dangereux colis.

L’action se transporte alors en rase campagne, au bord d’un lac, où l’un de ces monstres rôde, prêt à refermer ses mâchoires sur tout ce qui passe à sa portée – de préférence des jolies touristes adeptes du bronzage topless. Pour compliquer les choses, un jeune savant du coin cherche à donner naissance à une race hybride mi-humaine mi-dinosaurienne, dans un but dont la finalité nous échappe quelque peu. Tout est donc en place pour 90 minutes de délire non-stop. Un nombre assez impressionnant de protagonistes grotesquement caricaturaux se croise dans ce film improbable, du scientifique halluciné au cul-terreux à la gâchette facile en passant par le clown hystérique, l’impresario mafieux, le chef scout intégriste, le garde champêtre traumatisé, le sous-préfet rigide, le paléontologue aux allures de professeur Tournesol ou ses deux assistantes sexy qui troquent rapidement la blouse contre un bikini.

« Les dinosaures sont de très méchante humeur… »

Les dialogues sont à la hauteur du spectacle, notamment ceux de Coralie Trinh Thi qui lâche avec détachement des répliques telles que « si vous voulez mon avis, ce type avait la tête de quelqu’un qui vient de voir un dinosaure » ou encore « je vous l’avais dit professeur, les dinosaures sont de très méchante humeur ». Evidemment, le jeu des acteurs laisse souvent à désirer, l’étroitesse du budget saute aux yeux et l’humour rase volontiers les pâquerettes. Mais bizarrement le charme opère. Jurassic Trash (dont le premier titre, lors de son exploitation en VHS, était Terror of Prehistoric Bloody Creatures From Space) s’apprécie avec une espèce de joie coupable, laissant entrevoir ce que Richard J. Thomson pourrait faire si quelqu’un osait un jour le doter de moyens décents.

 

© Gilles Penso

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JE T’AIME JE T’AIME (1968)

À travers la caméra d'Alain Resnais, le voyage dans le temps se transforme en expérience sensorielle inédite et vertigineuse

JE T’AIME JE T’AIME

1968 – FRANCE

Réalisé par Alain Resnais

Avec Claude Rich, Olga Georges-Picot, Anouk Ferjac, Alain MacMoy, Vania Vilers, Ray Verhaeghe, Van Doude

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Alain Resnais a toujours été friand d’expérimentations avant-gardistes, bouleversant souvent les conventions scénaristiques traditionnelles, se jouant de la chronologie et déstructurant à loisir la narration et le fil des événements. C’était déjà le cas dans Hiroshima Mon Amour ou L’Année Dernière à Marienbad. Mais dans Je t’aime Je t’aime ces expériences semblent poussées à leur paroxysme, comme si le film tout entier était devenu un sujet d’étude. D’où une étrange adéquation entre le scénario, signé Jacques Sternberg, et son héros, Claude Ridder, incarné par un tout jeune Claude Rich. Après une tentative de suicide, ce dernier est cueilli à sa sortie de l’hôpital par des scientifiques qui souhaitent le faire participer à un test très particulier. Le principe ? Le renvoyer un an dans le passé pendant une minute, plus précisément le 5 septembre 1966 à 16 heures. Les essais effectués sur des souris ayant été fructueux, l’étape suivante est le cobaye humain. Claude n’ayant plus rien à perdre, il accepte. La forme de la machine à remonter le temps marque d’emblée une rupture avec l’imagerie science-fictionnelle classique. Au lieu d’un appareillage sophistiqué, nous découvrons une espèce de meringue géante hérissée d’antennes. Allongé dans un lit de forme molle, aux côtés d’une souris en bocal, Claude est soumis à une dose massive de drogue.

Désormais immobile mais parfaitement lucide, il devient spectateur de son propre passé. Il revit sa rencontre avec sa femme Catrine, sa rupture, son gravissement des échelons sociaux depuis les tâches subalternes d’emballeur de colis jusqu’à ses succès d’écrivain. Comme dans un rêve, les scènes s’enchaînent au mépris de la chronologie, se répètent, s’inversent, bégaient. Par moments, les souvenirs dérapent. Il aperçoit ainsi la souris qui gambade sur le sable de la plage, se retrouve dans les couloirs d’une administration dont les départements sont la psychose et la névrose, organise une course de vitesse entre trois montres… Il devient évident que l’expérience ne se déroule pas comme prévu, car chaque fois que Claude revient d’un de ses voyages dans le passé, il repart aussitôt. Chez les scientifiques, on commence à s’inquiéter : faut-il le réveiller en plein état transitoire ou poursuivre l’expérience coûte que coûte ?

La source d'inspiration de Christopher Nolan ?

L’exercice de style de Je t’aime je t’aime est fascinant, quasi hypnotique. Ce qui ressemble de prime abord à un collage surréaliste obéit en réalité à une logique imparable. Comme souvent chez Resnais, le film réclame la participation du public, afin que le puzzle soit reconstitué et que chaque pièce soit remise dans le bon ordre. On pense parfois aux Choses de la Vie de Claude Sautet, et l’on imagine surtout l’impact qu’un tel film a pu avoir sur des cinéastes tels que Christopher Nolan, Memento ou Inception payant un tribut manifeste à Resnais. Nimbé d’une musique envoûtante laissant la part belle aux chœurs aériens, paré de dialogues volontiers poétiques (« la peur c’est quand on a chaud, la terreur c’est quand on a froid »), Je t’aime je t’aime est une œuvre totalement atypique, dont le concept même nous évoque une phrase de l’auteur Jacques Goimard : « le souvenir est déjà un voyage dans le passé ».

 

© Gilles Penso

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TIME DEMON (1996)

Le premier long-métrage d'un amoureux du cinéma de genre qui s'est toujours battu contre vents et marées pour produire ses séries B décomplexées

TIME DEMON

1996 – FRANCE

Réalisé par Richard J. Thomson

Avec Laurent Dallias, Elodie Chérie, Elisabeth Henriques, Dominick Breuil, Jean-François Gallotte, Alain Robak

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VOYAGES DANS LE TEMPS

Avec son goût immodéré pour le fantastique, l’horreur et la science-fiction, Richard J. Thomson fit un peu office de vilain petit canard auprès des écoles de cinéma françaises, plus portées sur l’œuvre d’un Jean-Luc Godard ou d’un Eric Rohmer que sur celles de John Carpenter et Sergio Martino. Ses études se terminant sans éclat, l’apprenti-cinéaste prit donc le taureau par les cornes et mit en chantier comme il put un premier long-métrage baptisé Time Demon (et sous-titré Les Prêtresses de l’Enfer). Le scénario, totalement délirant, nous fait découvrir des nazis rescapés de la seconde guerre mondiale et réfugiés dans une usine désaffectée. Grâce à une machine à voyager dans le temps et à une secte de prêtresses diaboliques, ils récupèrent un coffre mystérieux que des conquistadors ont volé à un sorcier indien et qui contiendrait un esprit capable de donner la vie éternelle. Mais cette boîte de Pandore ne peut s’utiliser sans la présence d’un talisman sacré ayant appartenu à un Espagnol du 16ème siècle. Les prêtresses, armées jusqu’aux dents, se mettent donc en quête de son descendant. Or ce dernier n’est qu’un loser qui fait croire à sa femme qu’il travaille dans une banque alors qu’en fait il est plongeur dans un fast-food et rêve de devenir comédien.

Tourné et exploité en vidéo, produit avec l’aide du magazine Mad Movies, Time Demon a souvent les allures d’un court-métrage amateur, dont il accuse les inévitables maladresses mais aussi l’insolence désinvolte et la naïveté décomplexée. Quelle production « officielle » oserait donc exhiber avec un tel mauvais goût assumé des diablesses sexy en tenue de cuir sadomasochiste s’adonner à des relations saphiques devant un drapeau nazi flottant ostensiblement entre les parois rouillées d’une usine décrépie ? Et que dire de ces effets gore excessifs bidouillés avec les moyens du bord (visages décomposés, membres tranchés, tête fondue dans de l’acide, seins découpés au couteau) ? Ou de ces officiers SS dont l’accent allemand est aussi peu crédible que celui de Thierry Lhermitte dans Papy fait de la Résistance ?

Bricolage et autodérision

Si Richard J. Thomson filme le plus sérieusement possible ce récit improbable (le prologue situé en 1521, avec cascades à cheval et en costumes d’époque, démontre une audace manifeste), il ne se prend lui-même jamais au sérieux et cultive volontiers l’autodérision. Ainsi, lorsqu’une comédienne s’offusque devant son agent qui lui propose de tourner dans une série Z fantastique mal filmée et tournée en vidéo, la mise en abîme s’avère plutôt culottée. D’autant que Thomson joue lui-même le rôle du réalisateur ! Alors qu’importent ces scènes érotiques parfaitement gratuites, ces combats aux chorégraphies approximatives, ce grain vidéo peu photogénique ou ces dialogues souvent débités sans la moindre conviction. Time Demon n’ambitionne pas de concourir dans la même catégorie que ses modèles mieux argentés. C’est un simple galop d’essai bricolé par un petit groupe animé d’une passion commune. D’ailleurs, les fantasticophiles reconnaîtront au gré du casting quelques visages connus comme Jean-Pierre Putters, Christophe Lemaire, Jean-Claude Romer ou Alain Robak.

 

© Gilles Penso

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LES MONSTRES DE LA MER (1980)

Une variante gore et érotique de L'Étrange créature du lac noir produite par Roger Corman

HUMANOIDS FROM THE DEEP

1980 – USA

Réalisé par Barbara Peeters

Avec Doug McClure, Ann Turkel, Vic Morrow, Cindy Weintraub, Anthony Penya, Denise Galik, Lynn Theel, Meegan King

THEMA MONSTRES MARINS

Après Piranhas, Roger Corman continue à exploiter le filon juteux des Dents de la mer en proposant sa propre version de L’Etrange créature du lac noir, dont il confie la mise en scène à Barbara Peeters, ex-comédienne, cascadeuse et directrice artistique. Ici, les hommes-poissons sont le résultat de manipulations génétiques visant à augmenter la taille des saumons à l’aide d’une substance baptisée DNA-5, et ils s’attaquent violemment aux habitants d’une petite ville de pêcheurs, cherchant des femmes à inséminer pour perpétuer leur race et avancer d’un cran dans l’évolution. Pour moderniser le mythe créé par Jack Arnold, Corman a décidé d’y injecter de l’horreur et du sexe. Ainsi, quelques plans gore nous révèlent des visages à moitié dévorés, de vilaines traces de griffures ou des éventrements sanglants, tandis que la plupart des jeunes femmes attaquées par les hommes poissons se retrouvent invariablement nues comme des vers. Sans parler des séquences dans lesquelles les hommes poissons se couchent de tout leur long sur leurs victimes dénudées pour s’accoupler à elles ! Cela dit, ces passages érotico-zoophiles ne furent ajoutés au montage qu’après-coup, Roger Corman trouvant le premier résultat trop soft à son goût. Refusant de tourner elle-même ces scènes additionnelles parfaitement gratuites, Barbara Peeters fut donc remerciée et remplacée par un metteur en scène de substitut resté anonyme (d’aucuns pensent qu’il s’agit de Corman en personne).

Les monstres eux-mêmes, affublés de bras de tailles variables selon les spécimens, ne sont pas des plus convaincants. Si l’illusion passe encore dans les gros plans furtifs de pattes ou de crânes, ou lors des plans mouvementés d’attaques nocturnes, la vision des costumes en caoutchouc en plein jour nous ramène carrément aux séries B sans le sou des années 50, tant ces gueules hypertrophiées au cerveau apparent, ces écailles factices et ces petites queues en trompette manquent de crédibilité. Rob Bottin, leur créateur, se rattrapera largement quelques années plus tard en concevant quelques-uns des plus beaux monstres de l’histoire du cinéma, notamment l’extra-terrestre de The Thing et le diable de Legend. Mais ici, le budget ne lui permet visiblement pas de faire des merveilles.

Les premiers pas de Rob Bottin et James Horner

En tête de casting, on retrouve Doug McClure, héros du Sixième Continent, de Centre Terre Septième Continent et autre Continent Oublié, ici passablement empâté et bedonnant. Il ne dépareille pas au milieu de comédiens pas plus convaincus que les spectateurs par cette histoire abracadabrante, ponctuée de séquences ridicules, notamment le faux suspense de la jeune fille en petite tenue apeurée chez elle (c’est son petit ami qui lui fait des blagues), ou la grotesque bagarre générale façon western. La partition, qui lorgne tranquillement du côté des violons de Psychose, est l’œuvre d’un James Horner alors débutant. Au cours du climax, les monstres agressent la population au beau milieu d’une fête locale, en une belle séquence de panique hystérique ponctuée de morts violentes. Quant à la scène finale, elle nous renvoie directement à Alien, l’autre influence majeure de ce film patchwork.

 

© Gilles Penso

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COURSE CONTRE L’ENFER (1975)

Un mélange des genres audacieux qui lance aux trousses de quatre amis partis sillonner les routes une secte d'adorateurs du diable

RACE WITH THE DEVIL

1975 – USA

Réalisé par Jack Starrett

Avec Peter Fonda, Warren Oates, Loretta Swit, Lara Parker, R.G. Armstrong, Clay Tanner, Carol Blodgett, Phil Hoover

THEMA DIABLE ET DEMONS

Ancien cascadeur devenu acteur (Galt dans le premier Rambo, c’est lui !) et réalisateur, Jack Starrett s’est distingué dans ce registre avec notamment Cleopatra Jones (un des fleurons de la Blaxploitation), mais aussi et surtout dans le film d’action avec A small town in Texas et cette fameuse Course contre l’enfer. Le film s’est construit un statut culte au fil du temps chez les connaisseurs de bis. Nous sommes en 1975, L’Exorciste  a connu un succès historique et placé la diablerie sur le devant de la scène. Starrett entend bien profiter de ce filon (le scénario est signé par deux malins formés à l’école Corman, Lee Frost et Wes Bishop), et nous met dès le départ dans l’ambiance avec un générique angoissant porté par la partition ad hoc de Leonard Rosenman, qui convoque sans détours clavecins et chœurs sataniques. Deux couples d’amis partent sillonner les routes de l’Amérique profonde dans leur camping-car flambant neuf. Un soir, ils assistent par hasard à un rite macabre qui finit par le sacrifice d’une jeune fille. Repéré par la secte fanatique coupable du meurtre, ils vont devoir fuir pour survivre…

Toute la force du film est d’avoir su oser le mélange et la citation intelligente. Le casting, tout d’abord : les héros masculins sont campés par deux icônes du genre, Peter Fonda (Easy Rider, Larry le dingue, Mary la Garce) et Warren Oates, un des acteurs fétiches de Peckinpah. L’ombre de ce dernier plane au-dessus du métrage dans ses accès de violence chorégraphiés et la détermination désespérée de ses protagonistes, et Starrett se permet même de préfigurer l’excellent Convoi de Bloody Sam à grand renfort de spectaculaires cascades routières. Le voyage initiatique de la figure consumériste de Oates pensant à tort triompher de la nature, de la masse et de l’inconnu (il vante longuement les mérites de son véhicule et de l’individualisme à son comparse) rappelle forcément celui de Délivrance. Quant au personnage de Fonda, hippie sur le retour rechignant au combat mais devant y céder par force face à une culture différente, il prend à la fois sa source dans Les Chiens de paille et Massacre à la tronçonneuse  (Paul A.Partain, le Franklin du chef-d’œuvre de Tobe Hooper, fait d’ailleurs une brève apparition ici pour mieux boucler la boucle).

Un road movie paranoïaque

L’atmosphère paranoïaque et complotiste s’immisçant doucement pour finir par embrasser le film tout entier évoque tout aussi bien le Polanski de Rosemary’s Baby (la séquence de la piscine avec son défilé de vieux faciès inquiétants) que L’invasion des profanateurs de sépulture (ici, on ne peut se fier à personne). Mais la réussite indéniable de l’entreprise (malgré une légère longueur avant de rentrer dans le vif du sujet et une facture parfois un poil télévisuelle) ne tient pas que dans la savante utilisation de ses prestigieuses références. Pour preuve, l’influence exercée par ce petit classique instantané sur de nombreux collègues : la séquence à moto du début servira clairement de modèle pour La Colline a des yeux 2 de Wes Craven, les grandes lignes de l’histoire et l’attaque des serpents seront reprises dans le mythique épisode de Starsky & Hutch, « Sorcellerie » (et son traumatisant « Gloire à Satan ! »), et Kevin Smith le citera comme inspiration pour Red State. D’une efficacité et d’une concision exemplaires, Course contre l’enfer trouve son apothéose dans un épilogue tétanisant et pessimiste qui donne encore le frisson aujourd’hui (Starrett confiera d’ailleurs que la plupart des fanatiques du film étaient incarnés par d’authentiques membres d’une secte satanique !). Un remake fut mis en chantier en 2005, sans suite heureusement, car l’époque où un bon faiseur pouvait transcender une simple bande d’exploitation référencée pour livrer une œuvre généreuse dénuée de cynisme ou d’autodérision paraît tristement révolue.

 

© Julien Cassarino

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CAUCHEMARS A DAYTONA BEACH (1982)

Traumatisé par un drame survenu pendant son enfance, un homme interrompt son traitement médical et se transforme en tueur psychopathe

NIGHTMARE

1982 – USA

Réalisé par Romano Scavolini

Avec Baird Stafford, Sharon Smith, C.J. Cooke, Mik Cribben, Danny Ronan, John L. Watkins, Bill Milling, Scott Praetorius

THEMA TUEURS

Connue également sous le nom de Nightmare, cette perle rare a fait les beaux jours des maniaques de la VHS, un des seuls supports actuels comprenant la version intégrale non censurée (avec un DVD Zone 1 sorti en 2011). Réalisé par un Italien aux Etats-Unis, le film cultive un cosmopolitisme logique, grand écart réussi entre les codes du slasher 80’s U.S. pour les séquences se situant dans le présent (ManiacVendredi 13 et Halloween sont cités) et la terreur déviante transalpine 70’s pour ses flashbacks. Il est intéressant de constater que le metteur en scène dresse ainsi un panorama chronologique de l’évolution du cinéma d’horreur. Le spectateur suit au départ le traitement douloureux d’un homme qui souffre de violents cauchemars, traumatisé par un drame d’enfance. Libéré, il arrête de prendre ses médicaments et se révèle être un dangereux psychopathe… D’un postulat de départ banal, Scavolini tire un authentique thriller psychanalytique, qui se révèle être beaucoup plus profond qu’il n’en a l’air. Rythmé par des scènes de meurtres à la violence frontale, le véritable sujet se dévoile par le biais d’un brusque changement de point de vue, quand le fou dangereux croise le chemin d’un enfant.

Là, nous sommes propulsés témoins de la vie d’une famille et de ses dysfonctionnements : la mère individualiste élève ses enfants seule, et délègue au maximum à une baby-sitter, préférant les folles virées en bateau avec son amant. Le jeune garçon manifeste soudain d’étranges comportements, adepte de la blague macabre, criant au loup, arborant des masques glauques ou harcelant ses proies au téléphone. Le b.a.-ba d’un psycho-killer en puissance. Dès lors, la frontière entre les exactions du tueur et les farces de mauvais goût du petit se fait plus ténue, créant une atmosphère de malaise, confortée par d’éprouvants coups d’œil sur le passé du dément.

Déferlement sanglant

La séquence finale lorgne du côté des plus grands moments d’angoisse et de subversion du cinéma de genre (certaines images sont tout aussi inmontrables de nos jours que celles de Simetierre ou des Tueurs de l’éclipse), mettant face-à-face un gamin armé et un boogeyman masqué, dans un déferlement sanglant. A la fois déférent envers ses modèles et avant-gardiste, le film accuse le poids du temps seulement dans la technologie antédiluvienne utilisée par les médecins pour pister leur patient (intrigue parallèle plutôt inutile au demeurant).  Le tout dérange et interroge jusqu’à une ultime remise en question plus que surprenante, posant le sujet de la transmission du Mal, implacable révélation qui donne tout son sel à cette curiosité.

 

© Julien Cassarino

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LA PLAGE SANGLANTE (1980)

Une variante originale des Dents de la Mer dans laquelle le danger ne vient plus de l'eau… mais du sable !

BLOOD BEACH

1980 – USA / HONG-KONG

Réalisé par Jeffrey Bloom

Avec David Huffman, Mariana Hill, John Saxon, Stephan Gierash, Burt Young, Otis Young

THEMA VEGETAUX

Motivées par le triomphe impensable des Dents de la mer, premier blockbuster officiel de l’histoire du cinéma (au sens étymologique du terme), toutes les sociétés de production cherchèrent dans la foulée à récupérer des miettes de ses recettes, via l’imitation servile (La Mort au Large), la réadaptation satirique (Piranhas) ou la variante improbable (Les Monstres de la mer). Ecrit et réalisé par Jeffrey Bloom, la Plage Sanglante s’octroie une once d’originalité en inversant littéralement le concept des Dents de la mer, ce que confirme l’un des slogans du film : « Cette fois-ci, le danger ne vient pas de la mer… ». Quand le récit commence, sous le soleil radieux de Santa Monica, une quinquagénaire est soudainement engloutie sous la plage, comme si des sables mouvants l’absorbaient. Personne n’ayant assisté à cet étrange spectacle, elle est simplement portée disparue. Mais lorsqu’on retrouve sur les lieux son chien décapité, l’inquiétude monte d’un cran. Au vu des maigres indices récoltés sur place, on attribue le forfait à un homme de haute taille pourvu de grandes mains et d’ongles pointus.

Évidemment, la police se fourre le doigt dans l’œil, et la panique véritable survient un jour de grande affluence sur la plage. Car une jeune femme y est soudain attirée par le sable, ses hurlements attirant l’attention des estivants. Lorsqu’on la tire de l’étreinte granuleuse, on constate que ses jambes sont ensanglantées et couvertes de morsures. Dans la peau de Pearson, un capitaine de police acariâtre, John Saxon mène l’enquête et fait ratisser la plage, sans succès. Et les victimes de s’enchaîner, à un rythme régulier qui, avouons-le, finit par engendrer une certaine monotonie. Pourtant, quelques audaces émaillent le jeu de massacre, comme ce chercheur de métaux qui se fait aspirer par la main et réapparaît couvert d’algues dans une bouche d’égout, ou ce violeur sur le point d’agresser une fille qui finit émasculé dans une grosse gerbe de sang !

Massacre à grande échelle

Au-delà de ses figures de style (les cadrages au ras du sol, l’invisibilité de la menace dévoreuse, la musique de Gil Mellé qui se démarque de la célèbre partition de John Williams), La Plage Sanglante emprunte aussi aux Dents de la mer  son enjeu principal, autrement dit le fait que la plage s’apprête à être envahie par les vacanciers, ce qui laisse évidemment présager un massacre à grande échelle. Mais si Spielberg révélait immédiatement la nature du danger carnivore, Jeffrey Bloom entretient quant à lui le mystère et ne révèle le monstre qu’en toute fin de métrage, dans le décor très photogénique des ruines souterraines d’un hôtel désaffecté, jonchées de cadavres, où la bête est traquée avec des caméras à infrarouges et des kilos d’explosifs. Très fréquentable malgré plusieurs pertes de rythme dues à des longueurs inutiles (la chanson dans le pub, la description d’une des victimes vêtement par vêtement… ), cette série B décomplexée s’achève sur un dénouement très ouvert… mais ne connaîtra pourtant pas de séquelle, laissant sa créature vorace reposer définitivement six pieds sous terre.

 

© Gilles Penso

SUMURU, LA CITE SANS HOMMES (1969)

La deuxième aventure cinématographique d'une super-vilaine mégalomane imaginée par Sax Rohmer

SUMURU, REGINA DU FEMINA / THE GIRL FROM RIO

1969 – ESPAGNE / ALLEMAGNE

Réalisé par Jess Franco

Avec Shirley Eaton, Richard Wyler, Maria Rohm, George Sanders, Herbert Fleischmann, Marta Reves, Elisa Montes, Walter Rilla

THEMA SUPER-VILAINS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Produit par Harry Allan Towers, pour qui Jess Franco avait déjà réalisé de nombreux films (Les Inassouvies, Les Nuits de DraculaBlood of Fu Manchu), Sumuru la Cité sans Hommes est la suite de The Million Eyes of Sumuru, adaptation très libre des aventures d’une super-vilaine mégalomane inventée par Sax Rohmer (l’écrivain qui créa Fu Manchu). Le premier film, réalisé par Lindsay Shonteff, cherchait maladroitement à mixer l’espionnage, la science-fiction et l’érotisme sans parvenir à maintenir l’intérêt du spectateur malgré une poignée de séquences audacieuses en début de métrage. Cette séquelle n’élève pas vraiment le niveau, mais elle a le mérite de nous transporter aux confins d’une étrangeté quasiment surréaliste. Car Jess Franco est un esthète, et ses effets de style insolites dotent Sumuru, la Cité sans Hommes d’une personnalité bien à part. 

Le scénario écrit par Harry Allan Towers (sous le pseudonyme de Peter Wellbeck) prend pour héros Jeff Sutton (Richard Wyler), un détective chargé de retrouver une jeune femme portée disparue à Rio. Avec en main dix millions de dollars, il atterrit au milieu d’une guerre ouverte entre Sir Matthews (George Sanders, héros vieillissant du Village des Damnés), un mafieux maniéré qui ne supporte pas la vue du sang et s’esclaffe en lisant les BD de Popeye, et Sumuru (Shirley Eaton, la fameuse victime dorée de Goldfinger). Cette dernière règne sur un bataillon de jolies filles armées jusqu’aux dents au sein de Femina, une cité futuris@te à l’abri des regards indiscrets, avant-poste d’un monde nouveau qu’elle espère diriger d’une poigne de fer et que les femmes domineront. Jess Franco étant un polisson patenté, il profite de ce postulat pour décliner les séquences fétichistes, saphiques et sado-masochistes, l’érotisme demeurant ici relativement sage dans la mesure où le public visé semble large. 

L'influence de James Bond

Par moments, l’intrigue improbable de Sumuru, la Cité sans Hommes prend les allures d’une métaphore satirique de la vie de couple, la dictatrice affirmant que sa société féminine nécessite la présence des hommes, pour pouvoir leur soutirer de l’argent et profiter de leur force musculaire afin de bâtir les murs de la cité. Un machisme latent caractérise par ailleurs le comportement de Jeff Sutton, qui séduit les filles sans se soucier de leur prénom, s’étonne en découvrant qu’elles savent lire, mais ne montre aucun signe de surprise en apprenant qu’elles appartiennent à l’armée de la super-criminelle. Doit-on en conclure que le film est misogyne ? Sans doute faut-il plutôt attribuer ces digressions à des clichés mal digérés, respectivement hérités du personnage d’Antinea créé par d’Henry Rider Haggard (dont Sumuru constitue ici une espèce de variante pop) et de celui de James Bond (dont la phallocratie n’est plus à prouver). Le climax de Sumuru, la Cité dans Hommes s’inspire d’ailleurs de celui de la plupart des aventures cinématographiques de l’agent 007, avec bataille finale et destruction explosive du repaire des méchants… si ce n’est que le budget permet tout juste de faire trembler la caméra, tandis que les acteurs courent en tous sens au milieu de volutes de fumigènes ! Un drôle de film, en vérité…

 

© Gilles Penso

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LES DAMNÉS (1963)

Produit par le studio Hammer et réalisé par Joseph Losey, cet insolite récit de science-fiction mélange les genres et les influences

THESE ARE THE DAMNED

1963 – GB

Réalisé par Joseph Losey

Avec Macdonald Carey, Shirley Anne Field, Viveca Lindfors, Alexander Knox, Oliver Reed, Walter Gotell, James Villiers

THEMA ENFANTS I MUTATIONS I POLITIQUE-FICTION

Les Damnés est une production Hammer relativement méconnue qui décline à loisir le motif du contraste et de la rupture. Les premières minutes donnent le ton. Après un générique arpentant la côte du Sud de l’Angleterre où reposent d’étranges sculptures d’animaux pétrifiés, aux accents d’une musique paisible de James Bernard, la frénésie des rues animées d’une ville britannique s’affiche soudain, au rythme swinguant de la chanson « Black Jackets ». L’effet de contraste se renforce lorsqu’un touriste américain d’une cinquantaine d’années (Macdonald Carey) se laisse séduire par une jeune Anglaise décomplexée (Shirley Anne Field) appartenant à une bande de blousons noirs dirigée par son frère King (Oliver Reed). Autre sentiment d’opposition : le couple mal assorti qui lie le major Bernard Holland (Alexander Knox) et l’artiste Freya Nielssen (Viveca Lindfors). Le premier travaille sur un projet militaire top secret, la seconde sur des sculptures donnant du monde une vision quelque peu morbide. Le laboratoire ultra-sécurisé de l’un jouxte l’atelier à ciel ouvert de l’autre. Et c’est justement là, sur cette côte isolée, que se retrouvent tous les protagonistes de cette intrigue à tiroirs.

Finalement, le fait même que Joseph Losey, cinéaste engagé politiquement et chouchou du Festival de Cannes, se lance dans un film produit par le studio Hammer, terre d’élection de Dracula et du monstre de Frankenstein, ne symbolise-t-il pas mieux que tout cette volonté de faire jouer les contrastes ? Il en va de même de cette disparité assumée des styles, voguant entre la liberté de la Nouvelle Vague et les codes de la science-fiction à l’ancienne. Forcément, le résultat s’avère déroutant. Mais c’est aussi ce qui fait le sel des œuvres complexes, celle-ci s’appuyant sur le roman « The Children of Light » d’H.L. Lawrence. Le titre du film (The Damned en Angleterre, These Are the Damned aux Etats-Unis) est une référence volontaire au Village des Damnés, ce que confirment certains posters exhibant des enfants inquiétants aux yeux luisants. Pourtant, le film de Wolf Rilla et celui de Joseph Losey ne présentent que peu de points communs. Certes, il est ici aussi question d’enfants aux capacités hors du commun, réunis en une sorte de micro-société étrange. Mais les ressemblances s’arrêtent là.

Des enfants mutants victimes du monde adulte

Car les gamins sont ici victimes du monde adulte, qui est à l’origine de leur condition mutante et qui les confine dans un environnement quasi-carcéral sous l’œil tout-puissant d’un Big Brother s’autoproclamant leur « professeur ». La peur du nucléaire, très présente en ces années soixante naissantes, nimbe toute la seconde partie du métrage. Losey ayant fui la chasse aux sorcières maccarthyste pour se réfugier en Grande-Bretagne, il traite ici les tensions de la Guerre Froide avec une amertume désenchantée, et achève son film sur une note extrêmement pessimiste. Accueilli avec une certaine tiédeur, voire un désintérêt généralisé, au moment de sa sortie, Les Damnés mit du temps à acquérir ses lettres de noblesse auprès des fantasticophiles, ces derniers étant pour la plupart passés à côté de cette production Hammer pour le moins atypique.


© Gilles Penso

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LA GALAXIE DE LA TERREUR (1981)

Horreur viscérale et science-fiction futuriste s'entremêlent dans cette production Roger Corman dont la direction artistique est signée James Cameron

GALAXY OF TERROR

1981 – USA

Réalisé par Bruce Clark

Avec Edward Albert, Erin Moran, Ray Waltson, Bernard Behrens, Zalman King, Robert Englund, Taafe O’Connell, Sid Haig

THEMA SPACE OPERA I FUTUR

Alors qu’il vient tout juste de livrer sa sympathique imitation de La Guerre des étoiles avec Les Mercenaires de l’Espace, Roger Corman ne perd pas une minute et décide dans la foulée de surfer sur une autre vague science-fictionnelle : celle d’Alien. Il confie donc à William Stout, Marc Siegel et Bruce D. Clark l’écriture d’un scénario mêlant l’espace et l’horreur, dans les limites d’un budget de 700 000 dollars. En voici le postulat : sans nouvelles du vaisseau spatial « Rebus », qui s’est posé sur une planète lointaine puis n’a plus donné signe de vie, le tout-puissant Maître, qui règne sur Terre, lance une mission de sauvetage dont il sélectionne lui-même l’équipage. Après un atterrissage mouvementé, les membres de cette mission de secours découvrent l’épave du « Rebus », jonché de débris et de cadavres. Sur cette planète mystérieuse trône une gigantesque pyramide qui brouille tous les signaux. C’est alors que des créatures surgies des ténèbres s’en prennent aux membres de l’équipage et les massacrent les uns après les autres.

La première chose qui frappe, dans La Galaxie de la Terreur, est la qualité de sa direction artistique. Réutilisant les coursives de vaisseau spatial construites pour les Mercenaires de l’espace, qui seront encore amortis dans d’autres produits de SF maison comme Androïde ou Mutant, Corman confie la supervision visuelle du film à un tout jeune James Cameron, alors employé multitalents de la société New World (il conçut à l’époque des matte paintings, des maquettes et des effets optiques pour New York 1997 et Les Mercenaires de l’Espace). Cameron prend également en charge la réalisation de la deuxième équipe de La Galaxie de la Terreur et y imprime un style déjà très identifiable. Les éclairages bleutés de la planète hostile, l’emploi intensif des rétro-projections, des peintures sur verre et des éléments de décor miniatures, le design réaliste des combinaisons spatiales annoncent les futurs partis-pris de Terminator et surtout d’Aliens le retour

« Il n'y a aucune horreur que nous n'ayons créée nous-mêmes… »

Au détour du casting de La Galaxie de la Terreur, on découvre quelques visages familiers comme Zalman King, héros de Blue Sunshine qui joue ici un officier acariâtre, Robert Englund, futur Freddy Krueger, ou encore Sid Haig (La Maison aux 1000 morts, The Devil’s Rejects). Le scénario repose sur une idée passionnante, partiellement héritée de Planète Interdite : les monstres et les horreurs que rencontrent les explorateurs ne sont rien d’autre que la matérialisation de leurs propres peurs et phobies. En ce sens, La Galaxie de la Terreur est presque l’ancêtre de Sphère ou de Event Horizon. « Il n’y a aucune horreur que nous n’ayons créée nous-mêmes », dira l’astronaute incarné par Englund. Ce qui nous donne droit à de jolis moments d’horreur, comme le cristal qui se plante dans le bras d’un homme et glisse inexorablement sous sa peau, la fille littéralement violée par un immonde ver géant, ou celle dont le corps, enserré par une multitude de câbles, finit par éclater comme un fruit trop mûr ! Avec tous ces atouts en poche, La Galaxie de la Terreur se hisse sans mal au-dessus du panier des productions New World de l’époque, et s’achève sur un dénouement ne manquant pas d’ironie.

 

© Gilles Penso

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