HELLRAISER RÉVÉLATIONS (2011)

Ne cherchez plus : voilà sans doute le pire de tous les opus engendrés par la franchise Hellraiser, écrit, tourné et joué n’importe comment…

HELLRAISER REVELATIONS

 

2011 – USA

 

Réalisé par Victor Garcia

 

Avec Steven Brand, Jay Gillespie, Tracey Fairaway, Sebastien Roberts, Stephan Smith Collins, Devon Sorvari, Sanny van Heteren, Jolene Andersen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA HELLRAISER

Ceux qui pensaient avoir touché le fond avec Hellraiser : Hellworld ne se doutaient pas que le pire restait à venir. Les frères Weinstein préparaient pourtant depuis longtemps la mise en chantier d’un remake ambitieux du premier film de la saga. Mais ce projet nécessitait des mois dont les producteurs ne disposaient pas. En effet, il leur était indispensable de lancer un nouvel opus en un temps record sous peine de perdre les droits de la franchise. Exit donc le remake, place à Hellraiser Révélations, une huitième séquelle expédiée en trois semaine seulement, tournage compris ! Le scénario, écrit à la va-vite par le spécialiste des maquillages spéciaux Gary J. Tunnicliffe, est aussitôt envoyé à l’acteur Doug Bradley dans l’espoir de le voir reprendre une nouvelle fois le rôle de Pinhead. « L’encre du scénario est à peine sèche et voilà qu’ils prévoient de démarrer le tournage dans deux semaines puis de distribuer le film un mois plus tard ! », raconte-t-il à l’époque. « Le calendrier de tournage est minuscule, le budget aussi. Franchement, il ne me semble pas qu’il s’agisse d’une tentative sérieuse de faire revivre la franchise Hellraiser » (1). Bradley passe donc son tour. Il sera remplacé par Stephan Smith Collins (pour le visage) et Fred Tatasciore (pour la voix). La mise en scène est confiée à Victor Garcia, signataire des peu mémorables Retour à la maison de l’horreur, Arctic Predator et Mirrors 2. Charge à lui d’emballer ce neuvième Hellraiser en onze jours de tournage.

Les premières minutes du film nous laissent imaginer que nous avons affaire à un « found footage » de la pire espèce : caméra hystérique qui bouge dans tous les sens, image floue et surexposée… Les choses se calment par la suite, l’aspect « reportage vidéo » devenant plus anecdotique, sans pour autant que la mise en forme d’Hellraiser Révélations n’en soit grandement améliorée. La caméra continue d’avoir régulièrement la bougeotte et à s’agiter d’un personnage à l’autre. À se demander si le film n’est pas sponsorisé par Doliprane ! Deux étudiants américains qui se nomment Nico Bradley et Steven Craven (hommage très subtil à Doug Bradley et Wes Craven, bien sûr) partent au Mexique pour faire la fête pendant plusieurs jours mais disparaissent sans laisser de trace. Les autorités mexicaines remettent à leurs parents les affaires qu’ils ont retrouvées, notamment un enregistrement vidéo qui documente leurs derniers instants et un étrange casse-tête en forme de cube. Un an plus tard, les familles des deux disparus se retrouvent pour un dîner…

« S’ils prétendent qu’il vient de l’esprit de Clive Barker, c’est un mensonge ! »

A partir de là, le film prend la tournure d’un huis-clos entre quatre murs, sorte de Vaudeville pseudo-horrifique dans lequel viennent s’intercaler des flashbacks narrant la rencontre des deux amis avec Pinhead. Sous les prothèses et les épingles du Cénobite, Stephan Smith Collins a bien du mal à nous faire oublier Doug Bradley, son visage rondouillard et ses grimaces excessives s’accordant bien mal avec le personnage iconique que nous connaissons. Mais c’est surtout l’ineptie du scénario, la lourdeur de ses péripéties et la transparence de ses personnages qui placent immédiatement Hellraiser Révélations en première place sur le podium de l’opus le plus calamiteux jamais engendré par cette franchise qui, pourtant, ne manque pas d’épisodes médiocres. Quelques éclaboussures gore (assurées par Gary J. Tunnicliffe et son équipe), un peu d’érotisme et un soupçon d’inceste s’efforcent en vain de dynamiser ce film pesant et laborieux sorti directement en DVD en octobre 2011 après une seule séance de cinéma – en réalité une projection pour l’équipe ouverte au public. En découvrant l’ampleur du massacre – et surtout son nom au générique et sur les jaquettes -, Clive Barker oubliera toute retenue en publiant un message mémorable sur Twitter en août 2011. « Je tiens à préciser que je n’ai rien à voir avec cette saloperie ! » écrit-il. « S’ils prétendent qu’il vient de l’esprit de Clive Barker, c’est un mensonge. Ça ne vient même pas de mon trou du cul ! » Car Clive Barker sait être poète, parfois.

 

(1) Extrait d’un entretien paru dans « Dread Central » en août 2010

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

THE CREEPS (1997)

Un savant fou ramène à la vie des versions miniatures de Dracula, le monstre de Frankenstein, le loup-garou et la momie !

THE CREEPS

 

1997 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Rhonda Griffin, Justin Lauer, Bill Moynihan, Kristin Norton, Jon Simanton, Joe Smith, Thomas Wellington, Phil Fondacaro, J.W. Perra, Andrea Harper

 

THEMA DRACULA I FRANKENSTEIN I LOUPS-GAROUS MOMIES PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Très amateur des films en relief, discipline à laquelle il s’adonna lui-même à l’occasion des sympathiques Metalstorm et Parasite, le producteur Charles Band sent que l’arrivée des télévisions haute définition à la fin des années 90 pourrait bien relancer cette vogue. Il lance donc coup sur coup trois projets conçus pour la 3D : le film d’horreur Horrorvision.com, le conte fantastique Secret of the Micromen et le pastiche d’épouvante The Creeps. Finalement, seul ce dernier long-métrage verra le jour, et c’est Band lui-même qui décide de le réaliser en revenant aux bonnes vieilles techniques qu’il expérimenta dans les années 80, autrement dit un tournage sur pellicule 35 mm au format Cinémascope et en stéréoscopie. Roi de l’économie et du système D, il limite au maximum le budget du film en écourtant son temps de développement et de préparation (huit semaines à peine), en réduisant la durée du tournage à quelques jours, en n’utilisant que deux ou trois décors simples et en ne recrutant qu’une petite poignée d’acteurs. La qualité du résultat final s’en ressent fatalement. Ainsi, malgré son concept fou et des comédiens qui semblent passer du bon temps avec un enthousiasme communicatif, The Creeps est décidément trop mal fichu et trop « cheap » pour convaincre.

Écrit par Benjamin Carr, le scénario s’intéresse au docteur Winston Berber (Bill Moynihan), un savant fou qui se fait passer pour un universitaire pour pouvoir dérober un précieux manuscrit : l’original du « Frankenstein » de Mary Shelley. Anna Quarrels (Rhonda Griffin), la jeune bibliothécaire qui vient de se faire abuser par l’usurpateur, doit absolument remettre la main sur le manuscrit si elle veut conserver son job. Elle s’en remet donc au détective privé le moins cher du marché, David Raleigh (Justin Lauer), qui parvient à identifier le sinistre individu. Ce dernier vient de mettre au point une machine conçue pour transformer les personnages légendaires en entités réelles, dans le but de les mettre à son service et de dominer le monde. Les quatre créatures auxquelles il souhaite donner vie sont Dracula, le monstre de Frankenstein, le loup-garou et la momie. Mais notre homme n’a pas pu récupérer tous les manuscrits qu’il souhaitait et son expérience ne réussit qu’à moitié. Si les monstres se matérialisent bel et bien dans son laboratoire, ce sont des versions « demi-portions » bien moins impressionnantes que ce dont il rêvait…

Nain porte quoi !

Voir des acteurs de petite taille sous le maquillage des célèbres créatures popularisés par le studio Universal est un spectacle à la fois drôle et surréaliste, mais le film n’en profite pas beaucoup. D’ailleurs, à part Dracula incarné avec une emphase volontairement exagérée par Phil Fondacaro, les trois autres n’ont pas grand-chose à faire. « Combien d’occasion un acteur de ma taille a-t-il de pouvoir incarner Dracula ? », se souvient le comédien. « Je sais bien que c’est un film à tout petit budget un peu idiot, mais je ne pouvais pas refuser ce rôle. Maintenant, ma bande demo ne ressemble à aucune autre ! » (1). Nous aimerions partager son enthousiasme. Hélas, The Creeps est un film laborieux qui multiplie les longs plans-séquences pour laisser ses acteurs improviser d’interminables dialogues, histoire de gagner du temps pendant le tournage. Au-delà des petits monstres, les personnages « humains » eux-mêmes sont tous plus improbables les uns que les autres (l’héroïne qui clame à tout va qu’elle est plus intelligente que tout le monde, le détective médiocre qui tient un vidéo club, le scientifique frustré et bégayant, la patronne de la bibliothèque qui frotte sur son corps le manuscrit de « Jane Eyre » en exultant) sans que cette exubérance ne rende le film particulièrement palpitant. L’actrice Rhonda Griffin ayant refusé de tourner des scènes nues, c’est son aînée Kristin Norton qui se dévoue pour la scène du sacrifice humain où, via d’hideuses images de synthèse, elle se transforme en Valkyrie avant de disparaître, sans que le scénario n’avance d’un pouce. Bref, The Creeps n’a qu’un intérêt très limité et ne sera d’ailleurs quasiment jamais été exploité en relief.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

DARK ANGEL – THE ASCENT (1994)

Une jolie démone décide de s’échapper de l’Enfer pour venir juger les péchés des humains sur Terre et punir ceux qui le méritent…

DARK ANGEL – THE ASCENT

 

1994 – USA

 

Réalisé par Linda Hassani

 

Avec Angela Featherstone, Daniel Markel, Mike Genovese, Michael C. Mahon, Milton James, Nicholas Worth, Charlotte Stewart, Cristina Stoica

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

Alors qu’il est en train de tourner simultanément Puppet Master 4 et Puppet Master 5, Jeff Burr se prépare déjà à attaquer son prochain film pour le producteur Charles Band, un western de science-fiction baptisé Oblivion. Mais c’est finalement à Sam Irvin qu’est confié ce long-métrage. Comme lot de consolation, Burr se voit proposer Dark Angel – The Ascent, un projet singulier écrit par Matthew Bright, le scénariste de Forbidden Zone et Shrunken Heads. Malheureusement, le film met du temps à se concrétiser et le réalisateur préfère partir diriger Pumpkinhead II. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Dark Angel finit pourtant par redémarrer avec à sa tête la réalisatrice Linda Hassani, que son amie l’actrice Barbara Crampton présente à Charles Band. Trois petits mois de préparation, un budget anémique de 350 000 dollars, un tournage économique en Roumanie, une réalisatrice peu expérimentée : Dark Angel partait avec de sérieux handicaps. Il s’agit pourtant d’un des films les plus originaux, les plus audacieux et les plus intéressants produits par Full Moon. Certes, son manque de moyens saute aux yeux et une seconde couche aurait sans doute été souhaitable pour affiner le scénario de Bright, mais cette relecture singulière de Taxi Driver (avec une jeune démone qui remplacerait Robert de Niro) vaut vraiment le détour.

L’entrée en matière est un tableau dantesque vertigineux. Dans un ample décor volcanique incandescent qui semble issu d’une peinture primitive se pressent des foules gémissantes promises à toutes sortes de supplices par des démons zélés. « Jérôme Bosch et L’Échelle de Jacob ont été des sources d’inspiration majeures pour cette scène », raconte la réalisatrice. « J’ai également été influencée par les expressionnistes allemands Max Beckmann et Otto Dix, ainsi que par Sebastiao Salgado, le merveilleux photographe brésilien, et ses étonnantes photographies des mineurs de Serra Pelada. Nous avons filmé en pleine nuit à Buzau, en Roumanie, sur les volcans de boue de Berca. Tout a été tourné par notre merveilleux directeur de la photographie, Vivi Dragan, et la plupart du temps en lumière naturelle » (1). Mi horrifique mi humoristique, ce prologue étonnant nous fait découvrir Veronica Iscariot, une jeune démone qui souhaite s’échapper de l’Enfer pour aller rendre visite aux humains à la surface de la Terre. Son père, qui arrache méthodiquement les langues des âmes damnées, et sa mère, qui concocte des soupes avec des restes humains, s’opposent fermement à cette décision. Mais Veronica n’en fait qu’à sa tête et débarque dans notre monde où elle fait la rencontre d’un médecin dont elle s’éprend…

Hors normes

Bien sûr, le lien avec Taxi Driver reste assez distendu, même si les clins d’œil abondent, notamment ce moment surréaliste où l’héroïne emmène son futur petit ami voir un film pornographique en s’imaginant que c’est l’ingrédient idéal d’une soirée romantique. La démone calque surtout son comportement sur celui du chauffeur de taxi de Scorsese lorsqu’elle décide de débarrasser les rues des malfaiteurs et des racailles, jusqu’à s’en prendre au maire corrompu de la ville. Le film surprend agréablement par plusieurs de ses partis-pris artistique (notamment une splendide photographie), par l’interprétation tout en finesse d’Angela Featherstone (qui aurait clairement mérité une carrière plus éclatante) et par son équilibrage habile entre la comédie, l’horreur (le sang coule, les cœurs et les colonnes vertébrales s’arrachent, les cadavres se découpent) et une certaine approche philosophique généralement étrangère des productions Full Moon. Linda Hassani poursuivra une timide carrière de réalisatrice sans jamais retrouver cette alchimie presque miraculeuse. Dark Angel – The Ascent n’a rien d’un chef d’œuvre, certes, mais c’est un film hors-normes tombé dans l’oubli qui mérite amplement d’être exhumé et redécouvert.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

BLOOD ISLAND (2010)

En revenant sur l’île où elle passa une partie de son enfance, une working girl coréenne plonge dans l’horreur…

BEDEVILLED

 

2010 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Jang-Cheol-soo

 

Avec Seo Young-hee, Ji Sung-won, Park Jeong-hak, Baek Su-ryun, Bae Sung-woo, Oh Yong, Lee Ji-eun, Kim Gyeong-ae, Son Yeong-sun, Lee Myeong-ja

 

THEMA TUEURS

Avant de passer à la mise en scène, Jang Cheol-soo se forma aux côtés de Kim Ki-duk (L’île, Locataires, Dream), dont il fut l’assistant. « La seule véritable chose qu’il m’ait apprise fut de faire en sorte que le public ne puisse jamais quitter l’écran des yeux », raconte-t-il à propos de son mentor « Il m’a conseillé de garder ça à l’esprit en permanence le jour où je réaliserai mon premier film » (1). Jang Cheol-soo fait ses premières armes sur le court-métrage Escalator to Heaven, qui remporte un certain succès dans les nombreux festivals où il est projeté, puis passe au format long avec Blood Island. Ce film choc prouve à quel point l’élève a consciencieusement suivi les leçons du maître. « Si j’ai décidé de faire un long-métrage aussi fort pour mes débuts, c’est parce que je voulais qu’il puisse immédiatement se démarquer, même s’il s’agit d’un film indépendant à petit budget », explique-t-il (2). Sauvage, violent, bouleversant, émouvant, déchirant et mémorable (oui, oui, ne reculons devant aucun qualificatif), Blood Island ne laisse personne indemne et détourne les codes du « rape and revenge » sous un jour inédit. Le film démontre surtout le talent très prometteur d’un metteur en scène alors encore débutant.

L’héroïne de Blood Island est Hae-won (Ji Sung-won), une belle trentenaire qui mène une vie active en plein Séoul et survit dans la jungle urbaine grâce à une froideur qui confine souvent à l’égoïsme. Suite à une querelle dans la banque où elle travaille, son employeur la somme de prendre un congé forcé. La citadine s’installe alors pour quelques jours sur la petite île de Moodo, terrain de jeu d’une grande partie de ses plus jeunes années. Mais lorsqu’elle retrouve Bok-nam (Seo Young-hee), son ancienne amie d’enfance, c’est pour découvrir que la jeune femme est la victime répétée de violences, d’humiliations et de sévices en tout genre. Esclave des matriarches qui dirigent l’île d’une poigne de fer, objet sexuel des hommes qui semblent abétifiés par l’absorption quotidienne d’une plante locale, Bok-nam est souvent ramenée à l’état de bête servile et soumise. Pourtant, Hae-won ne réagit pas, habituée à rester en retrait et à ne se mêler de rien afin de préserver son confort personnel…

Explosion de violence

Progressivement, le pôle d’identification du spectateur se déplace. A mi-parcours, la protagoniste n’est donc plus l’imperturbable Hae-won mais la fragile Bok-nam, avec qui l’on finit par entrer naturellement en empathie. Si l’on tient compte de son postulat, Blood Island prend au départ les allures d’un drame humain et social… Mais c’est pour mieux basculer dans l’horreur, une horreur d’autant plus choquante qu’elle s’inscrit dans un contexte réaliste et crédible. Centrée avant tout sur les affres psychologiques de ses personnages, cette œuvre d’exception cède à la brutalité la plus extrême et aux exactions les plus sanglantes non par volonté de cultiver les codes du genre mais pour catalyser les émotions et les sentiments. Les frustrations et les rancœurs s’accumulent jusqu’à une explosion de sauvagerie et d’hémoglobine que plus rien ne semble pouvoir retenir. Dès lors, la lisière entre le réel et le fantastique s’évapore volontiers, semant chez les spectateurs un trouble durable, même longtemps après la fin de la projection. Couronné par un gigantesque succès en Corée, Blood Island n’aura pourtant pas permis à son réalisateur de transformer l’essai avec autant d’éclat par la suite.

 

(1) et (2) Extraits d’un entretien paru dans « Far East Films » en mars 201

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

INVISIBLE : LES AVENTURES DE BENJAMIN KNIGHT (1993)

Un robot radiocommandé et un homme invisible unissent leurs efforts contre un super-vilain qui se terre dans un institut psychiatrique abandonné…

INVISIBLE : THE CHRONICLES OF BENJAMIN KNIGHT

 

1993 – USA

 

Réalisé par Jack Ersgard

 

Avec Brian Cousins, Michael Della Femina, Jennifer Nash, Curt Lowens, David Kaufman, Alan Oppenheimer, Aharon Ipalé, Jake McKinnon, Dana Magdici

 

THEMA HOMMES INVISIBLES I ROBOTS I SAGA CHARLES BAND

Second volet d’un diptyque de science-fiction entamé avec Mandroid, Invisible a été tourné en Roumanie dans la foulée de son prédécesseur, avec le même réalisateur et la même équipe. Contrairement à la volonté première du producteur Charles Band, Jack Ersgard décide de rentrer en Californie entre les deux tournages pour gérer la post-production de Mandroid avant de s’attaquer aux prises de vues d’Invisible. Band aurait préféré éviter cet aller-retour pour faire des économies, mais à l’impossible nul n’est tenu. Car malgré ses grandes ambitions, ce second épisode est réalisé avec un budget ridicule et dans des conditions particulièrement précaires. « Je leur ai demandé qui était le superviseur des effets spéciaux qui allait m’accompagner sur le tournage et ils se sont contentés de rire ! » se souvient le réalisateur en évoquant ses conversations préliminaires avec les producteurs. « Personne ne savait comment réaliser les effets visuels. C’était l’époque des trucages optiques, rien n’était numérique, il fallait tout détourer à la main. J’ai donc tourné les séquences de l’homme invisible avec les moyens du bord en espérant que tout fonctionnerait lors de notre retour à Los Angeles. Dans le cas contraire, nous étions foutus ! » (1) Force est de constater qu’Ersgard s’en tire avec les honneurs et que son film tient à peu près la route malgré ces folles contraintes.

Nous retrouvons donc les personnages de Mandroid quelques mois après les événements du premier film. Cloué dans un fauteuil roulant, le jeune scientifique Wade (Brian Cousins, au jeu toujours aussi approximatif), pilote à distance un robot indestructible pour s’en aller sauver des gens dans les bois ou pour pratiquer des expériences diverses. Sa petite amie Zanna n’est plus interprétée par Jane Caldwell mais par une plus athlétique Jennifer Nash. Quant à leur ami Benjamin (Michael Della Femina), il est désormais complètement invisible suite à une exposition à des radiations et adopte donc la panoplie complète popularisée par le studio Universal dans les années 30 : le chapeau, les bandelettes, les lunettes noires et le grand manteau. Tout ce beau monde unit ses forces contre le vil Ivan Drago (Curt Lowens) qui, caché derrière son masque de fer comme un émule du docteur Fatalis, se terre dans un vieil institut psychiatrique au beau milieu d’une cohorte de malades mentaux qui lui servent d’hommes de main, kidnappe régulièrement des jeunes femmes, expérimente d’étranges mixtures chimiques et fomente de nouveaux plans machiavéliques en ricanant…

La fin de l’aventure

Comme Mandroid, ce second opus dresse un portrait parfaitement caricatural de l’Europe de l’Est, refuge d’abrutis congénitaux incapables d’aligner deux syllabes, de médecins louches et de policiers véreux. On ne peut pas reprocher au film son manque d’audace. Non content de mettre en scène un justicier transparent et un robuste androïde, Invisible : les aventures de Benjamin Knight multiplie les poursuites de voiture, les cascades explosives, les fusillades, les combats à l’épée, bref se révèle très généreux, même si le manque de moyens se fait toujours cruellement sentir. Bizarrement, de telles séquences, assorties à un argument de SF très récréatif, auraient dû logiquement s’adresser à un public large et familial, comme le laisse d’ailleurs entendre le titre du film axé sur l’aventure. Mais de nombreuses scènes montrent que le public visé est beaucoup plus adulte : de l’érotisme langoureux, le viol collectif d’une jeune femme kidnappée par Drago, des cadavres découpés dans une morgue et même un meurtre à la machette digne de Zombie ! Faute de parvenir à cibler correctement ses spectateurs, Invisible n’aura pas le succès escompté et sombrera dans l’oubli. Mandroid et Benjamin Knight arrêteront donc là leurs exploits, même si Charles Band espérait certainement tirer de ces super-justiciers d’autres suites, spin-offs et crossovers.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

MANDROID (1993)

Vaguement inspirée d’un concept de Jack Kirby, cette histoire de robot commandé à distance et de savant fou défiguré fleure bon les serials d’antan…

MANDROID

 

1993 – USA

 

Réalisé par Jack Esgard

 

Avec Brian Cousins, Jane Caldwell, Michael Della Femina, Robert Symonds, Curt Lowens, Patrick Ersgård, Ion Haiduc, Mircea Albulescu, Jake McKinnon

 

THEMA ROBOTS I SAGA CHARLES BAND

À l’époque où sa compagnie Empire Pictures tenait encore debout, Charles Band développa plusieurs projets inspirés de concepts imaginés par l’immense dessinateur Jack Kirby (co-créateur de Captain America, Les Quatre Fantastiques, Les X-Men, Hulk et tant d’autres). Après la chute d’Empire et le lancement de Full Moon Entertainment, Band fit ce qu’il savait faire le mieux : du recyclage. Le projet « Mortalis » devint Docteur Mordrid et, dans la foulée, le concept « Mindmaster » se transforma en Mandroid. Le réalisateur Ted Nicolaou étant occupé ailleurs, c’est au Suédois Jack Ersgard qu’est confié le film, sur la foi de son premier long-métrage d’horreur The Visitors. « Charles Band m’a dit qu’il voulait que je réalise deux films en même temps et que je les tourne en Roumanie », raconte Ersgard. « Le premier était Mandroid et le second Invisible. Il n’y avait aucun script, juste des flyers avec les posters des films. Il a ajouté : “Ne t’inquiète pas pour les scénarios, ils seront prêts quand tu arriveras à l’aéroport.” J’avais neuf semaines pour tourner les deux films, c’était complètement fou ! » (1). Esgard accepte malgré tout en regardant d’un œil perplexe le poster de Mandroid, directement inspiré d’un dessin de Kirby et montrant un homme sur un fauteuil roulant connecté à un robot. Quant au scénario, il arrive par fax en Roumanie au fur et à mesure, écrit par Jackson Barr puis peaufiné par Courtney Joyner sous le pseudonyme d’Earl Kenton, en hommage au réalisateur de La Maison de Frankenstein.

Digne d’un serial des années 20/30 ou d’une série B des années 40/50, ce scénario rocambolesque fait feu de tout bois en compilant des influences disparates. Un scientifique américain (Wade Franklin, sympathiquement inexpressif et adepte du chewing-gum en toutes circonstances) débarque dans un pays d’Europe de l’Est indéterminé pour évaluer à la demande du gouvernement les expériences robotiques menées par Karl Zimmer (Robert Symonds) et Ivan Drago (Curt Lowens). Le premier est un vénérable professeur qui ne veut que le bien de l’humanité. Le second est un vil traitre qui rêve de dominer le monde. Le fait que son nom soit exactement le même que celui de Dolph Lundgren dans Rocky IV (clin d’œil ? coïncidence ?) nous met d’emblée la puce à l’oreille sur ses néfastes intentions. Les deux savants ont mis au point un système capable de commander à distance un puissant robot, Mandroid, avec l’aide de deux assistants : Zanna (Jane Caldwell), la fille de Zimmer qui tombera bientôt dans les bras du bel américain, et Benjamin (Michael Della Femina), qui sera accidentellement exposé à des radiations et commencera à devenir invisible. Désireux de récupérer le robot pour ses propres projets, Drago casse tout, se retrouve défiguré par les rayons de cristaux qu’il voulait voler puis part se réfugier dans le sous-sol d’une maison isolée, comme s’il se prenait pour le Fantôme de l’Opéra.

Cyborg m’était conté

Mandroid s’efforce donc de mêler un argument de science-fiction post-Robocop (même si son androïde ressemble plus à un « metal hero » japonais des années 80 qu’à un émule du cyborg de Paul Verhoeven) avec les codes du cinéma d’épouvante à l’ancienne. D’où les éclairages gothiques, voire expressionnistes, qui accompagnent les méfaits de Drago, lequel finit par s’assurer les services d’un assistant muet et contrefait qui n’aurait pas dépareillé dans un Frankenstein d’Universal. Rien n’est à prendre au sérieux dans ce film qui joue pourtant la carte du premier degré imperturbable, sis dans une Europe de l’Est caricaturale digne du Top Secret des ZAZ où la population est majoritairement constituée de militaires habillés comme dans les années 40 et de vagabonds simples d’esprit. Engoncé dans la combinaison en plastique de Mandroid conçue par Michael Deak et l’équipe d’Alchemy FX, Jake McKinnon fait ce qu’il peut pour sembler crédible, au beau milieu d’un climax extrêmement riche en fusillades et en impacts de balles. Pas très dynamique ni vraiment palpitant, Mandroid rattrape ses faiblesses par son grain de folie et s’achève sur un cliffhanger annonçant une suite tournée dans la foulée : Invisible, les aventures de Benjamin Knight.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

MOWGLI, LA LÉGENDE DE LA JUNGLE (2018)

Andy Serkis réalise une version très personnelle du « Livre de la Jungle », plus proche de Kipling que de Disney…

MOWGLI: LEGEND OF THE JUNGLE

 

2018 – USA

 

Réalisé par Andy Serkis

 

Avec Rohan Chand, Matthew Rhys, Freida Pinto et les voix de Christian Bale, Cate Blanchett, Benedict Cumberbatch, Naomie Harris, Andy Serkis, Peter Mullan

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Il aurait pu sembler hardi, pour ne pas dire inconscient, de lancer sur les écrans une version « live » du « Livre de la jungle » deux ans à peine après celle – couronnée de succès – de Jon Favreau. Comment éviter la comparaison et espérer faire concurrence à Disney ? En réalité, le projet de ce Mowgli était en développement depuis plusieurs années avec en ligne de mire une distribution en salles en 2016 ou 2017. C’est en entendant parler de la sortie imminente du remake disneyen que les producteurs décidèrent de repousser sa date de sortie. Et c’est finalement la plateforme Netflix qui hérita du bébé. Connu pour ses talents d’acteur – surtout en tant que spécialiste de la « performance capture » via ses prestations dans Le Seigneur des Anneaux, King Kong ou la saga La Planète des singes -, Andy Serkis caressait depuis quelques années l’ambition de passer à la mise en scène. Il fit son baptême derrière la caméra avec la romance Breathe, avant de s’attaquer à ce Mowgli qui, selon ses propres aveux, est la concrétisation d’un rêve d’enfant. Alors tant pis si Le Livre de la jungle de Disney menace de laisser planer son ombre sur son second long-métrage. Serkis entend bien proposer une vision personnelle des écrits de Rudyard Kipling et refuse d’ailleurs le recours à un univers 100% virtuel – c’était le choix de la version de Favreau – pour partir tourner plusieurs séquences dans des extérieurs naturels d’Afrique du Sud.

Pour s’affranchir du dessin animé de 1967, qui demeure la référence absolue et le modèle de nombreuses adaptations ultérieures, Serkis et la scénariste Callie Kloves tiennent à redonner aux animaux la place qu’ils occupaient dans le matériau littéraire d’origine. Baloo (qu’incarne Serkis lui-même) redevient donc le tuteur autoritaire de Mowgli, Bagheera (Christian Bale) son « grand frère » conciliant et magnanime, Kaa (Cate Blanchett) un être énigmatique et tout-puissant. Le Roi Louie, lui, n’a pas droit de cité, puisque sa présence (imaginée spécifiquement pour le film animé de 1967) est contradictoire avec la vision anarchique du peuple singe tel que le décrivait Kipling. Quant au tigre Shere Khan (Benedict Cumberbatch), il apparaît ici sous des atours particulièrement effrayants. Le design ne cherche jamais à rendre les personnages particulièrement mignons ou attendrissants, opérant un exercice délicat d’équilibrisme entre l’hyperréalisme et la fantasmagorie. D’où ce serpent monumental qui déploie des anneaux interminables ou ce vénérable éléphant, aussi grand qu’un mammouth, dont le corps gigantesque semble presque avoir fusionné avec la forêt. La performance technique qui donne vie à ces créatures en motion capture est remarquable, rivalisant sans mal avec celle du film de Favreau.

L’enfant sauvage

Au milieu de cette faune hétéroclite, Mowgli trouve son interprète idéal sous les traits juvéniles de Rohan Chand. Ni homme ni loup mais un peu des deux, la « petite grenouille » (c’est la traduction de son nom) est comme un poisson dans l’eau au milieu des loups, même si certains d’entre eux ne se privent pas de lui faire savoir qu’il est trop différent pour faire partie du clan, comme une sorte de « vilain petit canard » en somme. Mais lorsqu’il se retrouve momentanément recueilli dans un village d’homme, il a tout d’une bête féroce, conforme à l’enfant sauvage que mettait en scène François Truffaut en 1970. Nulle part à sa place, étranger partout, c’est peut-être justement ce statut d’éternel « inadapté » qui lui permettra d’assurer une paix fragile entre humains et animaux. Tel est le moteur dramatique majeur de Mowgli. La sauvagerie est de mise dans le film, car telle est la loi de la jungle, quitte à proposer un spectacle qui ne sera pas adapté au public le plus jeune. On saigne et on meurt – parfois brutalement – dans ce Mowgli audacieux et pas particulièrement consensuel. Andy Serkis y démontre la vision et la virtuosité d’un metteur en scène talentueux, même si ces qualités s’évaporeront hélas lorsqu’il s’attèlera au calamiteux Venom : Let There Be Carnage quelques années plus tard.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

CURSE OF THE RE-ANIMATOR (2022)

Et voici le troisième et dernier volet de la petite saga lovecraftienne qui s’inspire à la fois de From Beyond et des aventures d’Herbert West…

CURSE OF THE RE-ANIMATOR

 

2022 – USA

 

Réalisé par William Butler

 

Avec Josh Cole, Dane Oliver, Christina Hélène Braa, Amanda Jones, Michael Paré, Chase Howard, Victoria Monai Richards, Nate Blair, Mabel Thomas

 

THEMA MONDES PARALLÈLES I DIABLE ET DÉMONS I MÉDECINE EN FOLIE I ZOMBIES I LOVECRAFT I SAGA RE-ANIMATOR CHARLES BAND

Curse of the Re-Animator : avec un titre pareil, on aurait pu s’attendre à une suite tardive de Re-Animator, Re-Animator II et Beyond Re-Animator, la fameuse trilogie consacrée au savant fou Herbert West. Mais en réalité, cette « malédiction du Re-Animator » provient d’une autre trilogie, réalisée avec un micro-budget pour la plateforme de streaming de Full Moon Entertainment. Le producteur Charles Band capitalise ainsi sur des titres qui firent son succès dans les années 80 tout en rendant hommage au cinéaste Stuart Gordon qui en fut le metteur en scène. Conçue d’abord comme une série de six épisodes d’une demi-heure chacun, cette modeste saga d’inspiration lovecraftienne fut ensuite remontée sous forme de trois longs-métrages : The Resonator – Miskatonic U, Beyond the Resonator et donc Curse of the Re-Animator. Ce troisième volet réunit les deux derniers épisodes de la web série et donne une fois de plus la vedette à deux scientifiques issus des écrits de H.P. Lovecraft : Herbert West le ré-animateur et Crawford Tillinghast l’inventeur du « resonator ». Si Jeffrey Combs incarnait tour à tour ces deux personnages sur grand écran (avec une exaltation mémorable qui le fit découvrir aux yeux du public), ils sont ici interprétés respectivement par Josh Cole et Dane Oliver. Les deux jeunes comédiens n’arrivent certes pas à la cheville de Combs, mais leur prestation est tout à fait respectable.

Dans cet ultime opus, Crawford réactive à contrecœur la machine infernale qui ouvrait la porte vers d’autres dimensions et laissait pénétrer dans notre monde des créatures bien peu recommandables. L’étudiant s’exécute sous la pression du professeur Wallace (Michael Paré) et de Julia (Kate Hodge), la mère d’un de ses camarades qui espère voir son fils revenir d’entre les morts. Mais en mettant en route le « resonator », tous les trois risquent d’ouvrir la porte à un terrible démon féminin qui pourrait bien provoquer la fin du monde. Un malheur n’arrivant jamais seul, les expériences que mène parallèlement Herbert West tournent à la catastrophe. En essayant de stopper un cadavre agressif qu’il vient de ramener à la vie, West provoque la mort de Kelly (Victoria Monai Richards), la petite-amie de son colocataire. Ce dernier lui injecte le sérum de West pour la ramener à la vie (ce qui nous rappelle l’épilogue du tout premier Re-Animator). Bien sûr, les conséquences vont se révéler désastreuses…

« Il n’y a pas de Dieu, il n’y a que la science »

Le sang continue de couler à flots dans ce troisième opus, les protagonistes se retrouvant régulièrement recouverts de liquides poisseux et de litres d’hémoglobine. Le réalisateur William Butler semble même prendre un malin plaisir à souiller les habits et le visage de son jeune casting. Ainsi, tandis que West maîtrise de plus en plus mal la horde de zombies qui s’agitent dans son laboratoire de fortune, Tillinghast est régulièrement agressé par des bestioles violettes gluantes et bizarroïdes issues du « resonator ». Petite amie de l’un et assistante de l’autre, Mara Esteban (Christina Hélène Braa) assure le lien entre les deux personnages, mais l’on peut regretter que leurs deux intrigues n’interagissent pas vraiment. En ce sens, la promesse de ce crossover n’est pas totalement tenue. Tillinghast continue à lutter contre ses propres démons tandis que West s’amuse à jouer les apprentis-sorciers. « Il n’y a pas de Dieu, il n’y a pas de vie après la mort, il n’y a que la science » affirme-t-il, ce qui nous rappelle le slogan du film original de Stuart Gordon : « Il se prend pour Dieu, mais Dieu a horreur de la concurrence ». Ce n’est qu’au moment du climax, lorsque les démons du « resonator » et les zombies de West s’affrontent, que les deux intrigues s’entrecroisent enfin le temps d’un climax joyeusement délirant.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

BEYOND THE RESONATOR (2022)

Les protagonistes de From Beyond et de Re-Animator entremêlent leurs destins dans cette relecture modernisée des écrits de Lovecraft…

BEYOND THE RESONATOR

 

2022 – USA

 

Réalisé par William Butler

 

Avec Josh Cole, Dane Oliver, Christina Hélène Braa, Amanda Jones, Chase Howard, Victoria Monai Richards, Nate Blair, Mabel Thomas, Michael Paré

 

THEMA MONDES PARALLÈLES I DIABLE ET DÉMONS I MÉDECINE EN FOLIE I ZOMBIES I LOVECRAFT I SAGA RE-ANIMATOR CHARLES BAND

Beyond the Resonator est la suite directe de The Resonator – Miskatonic U et en reprend le même principe. Comme son prédécesseur, ce film est donc le fruit du remontage de deux épisodes de la web série The Resonator, en l’occurrence le deuxième (« The Rise of Katthogra ») et le troisième (« Herbert West Returns »). Si le film précédent était une sorte de remake rajeuni et modernisé de From Beyond, celui-ci consacre une grande partie de son intrigue à revisiter le scénario de Re-Animator. Les deux étudiants apprenti-sorciers Crawford Tillinghast et Herbert West fréquentent ici la même université et pratiquent leurs expériences douteuses simultanément à deux endroits différents du campus. Ce part pris permet d’entremêler leurs histoires, de rendre un double hommage à Stuart Gordon (qui fut le metteur en scène des deux longs-métrages servant ici d’inspiration majeure au script) et de créer une sorte de « Miskatonic Cinematic Universe » (pour reprendre les termes du critique Mitch Lovell). On sait Charles Band grand amateur des comics Marvel et de leur propension à faire s’entrecroiser leurs personnages d’un épisode à l’autre. Si Spider-Man et Iron Man peuvent partager des aventures en commun, pourquoi pas Tillinghast et West ?

Suite aux expérimentations réalisées dans le film précédent avec le « resonator », les étudiants exposés à la machine sont en proie à des visions très inquiétantes. Le plus perturbé d’entre eux est Brandon (incarné ici par Nate Blair, alors que le rôle était précédemment tenu par Austin Woods) qui, un soir de grande panique, se donne la mort. Tillinghast lui-même voit apparaître son défunt père qui lui fait une annonce bien peu rassurante : non content d’avoir ouvert la porte vers des univers parallèles, le « resonator » menace de laisser débarquer Katthogra, un démon femelle ancestral et redoutable. Pendant ce temps, Herbert West emménage dans un logement universitaire, au grand dam de son colocataire qui regarde d’un mauvais œil cet étudiant austère, antipathique et rigide. West installe son laboratoire dans la cave de l’appartement et commence à mener des expériences contre-nature qui consistent à ramener les morts à la vie. Après quelques tests non concluants avec une araignée et un marsupial, il décide de passer à la vitesse supérieure en utilisant des cadavres humains fraîchement recueillis à la morgue…

Lovecraft en folie

Moins soigné visuellement que The Resonator – Miskatonic U, Beyond the Resonator accuse un peu plus cruellement son manque de moyens. William Butler s’efforce malgré tout de faire fi des restrictions budgétaires pour multiplier les idées folles et les séquences extrêmes, notamment l’apparition d’un homme dont le visage n’est plus qu’un trou béant, le surgissement d’une sorte d’araignée géante pourpre et grimaçante ou encore – cerise sur le gâteau – l’attaque d’un koala zombie qui finit par exploser ! Les maladresses de la mise en scène et les limitations techniques gâchent un peu la fête, mais on apprécie l’ambition de ce film composite et son grain de folie. Les créatures et les nombreux effets gore liés aux expériences de West (notamment quelques morceaux de cadavres particulièrement gluants) sont l’œuvre de Greg Lightner (Corona Zombies, Baby Oopsie, Doktor Death). La vraie bonne surprise du film provient de la prestation de Josh Cole. Le jeune acteur campe un Herbert West d’autant plus réussi que la prestation de Jeffrey Combs, encore dans toutes les mémoires, reste insurpassable. Cole ne cherche pas à combattre dans la même catégorie que son prédécesseur mais nous offre une réinterprétation très honorable du savant fou et tire son épingle du jeu. Il domine d’ailleurs allègrement le reste du casting, beaucoup plus fade que lui. Le final est un cliffhanger préparant l’ultime opus de cette saga délirante : Curse of the Re-Animator.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

DEADPOOL & WOLVERINE (2024)

Le buddy movie le plus improbable du Marvel Cinematic Universe se concrétise face à la caméra du réalisateur de Free Guy et La Nuit au musée…

DEADPOOL & WOLVERINE

 

2024 – USA

 

Réalisé par Shawn Levy

 

Avec Ryan Reynolds, Hugh Jackman, Emma Corrin, Morena Baccarin, Rob Delaney, Leslie Uggams, Aaron Stanford, Matthew Macfadyen

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS I DEADPOOL I X-MEN

Dès la sortie de Deapool 2 et son succès international, un troisième épisode est logiquement envisagé par Ryan Reynolds et la 20th Century Fox. Tant que le public répond présent, il faut continuer de l’alimenter. Mais le studio est finalement racheté par Disney, bouleversant quelque peu ce projet de suite. Le super-héros irrévérencieux et ses aventures interdites aux mineurs – sauf s’ils sont accompagnés d’un adulte – ont-ils leur place dans le Marvel Cinematic Universe ? Sentant probablement l’odeur des billets verts, Kevin Feige donne son feu vert et permet officiellement au projet de décoller. Après Tim Miller et David Leitch, c’est Shawn Levy qui hérite de la réalisation, fort de l’expérience heureuse qu’il eut avec Ryan Reynolds sur Free Guy et Adam à travers le temps. Mais le cinéaste, son acteur principal et la batterie de scénaristes embauchés pour l’occasion peinent à trouver une idée suffisamment convaincante pour relancer les exploits du « mercenaire à grande bouche ». La solution vient d’Hugh Jackman, qui accepte de participer au film en reprenant le rôle de Wolverine. L’acteur australien avait pourtant annoncé qu’il raccrochait définitivement les griffes après Logan. Il faut croire que la perspective de passer du bon temps avec Ryan Reynolds et avec Shawn Levy (qui le dirigea dans Real Steel) le fit changer d’avis. Place donc à Deadpool & Wolverine, un « buddy movie » aussi improbable que ce que laisse entendre son titre surréaliste.

Pour inscrire officiellement Deadpool & Wolverine dans le MCU, plusieurs éléments empruntés à la franchise chapeautée par Feige s’invitent dans le scénario, et ce dès le prologue qui met en scène les agents du TVA (le Tribunal des Variations Anachroniques découvert dans la série Loki). Un étrange exercice d’équilibre s’opère alors, le film de Levy étant le premier à directement jeter les ponts entre l’univers Marvel de la Fox et celui de Disney (même si Sam Raimi lançait déjà les hostilités dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness). Comme les deux Deadpool précédents, celui-ci est injurieux, graveleux, gore et autoparodique, ce qui ne surprend pas outre-mesure si ce n’est que cette fois-ci le personnage devient officiellement une propriété intellectuelle de Disney. Or les dialogues ne cessent de brocarder la compagnie de Mickey, ses délires hégémoniques, ses achats compulsifs de toutes les franchises disponibles et même son phagocytage de la 20th Century Fox. La démarche pourrait sembler incroyablement courageuse, voire autodestructrice. Il n’en est rien bien sûr, et l’on sait que la moindre de ces salves satiriques a été validée par un comité de lecture et procède donc d’une posture savamment calculée. S’il y a un vent de fraîcheur inattendu à glaner dans ce troisième épisode, il ne provient donc pas tant de son caractère pseudo-subversif (les deux premiers Deadpool essayaient déjà de jouer les faux garnements insolents) mais de l’hommage visiblement sincère qu’il tient à rendre à tout un pan de l’univers cinématographique de Marvel antérieur à la création du Marvel Studio.

Deadpool aux œufs d’or

La convocation des multiverses, des personnages alternatifs et d’une multitude de guest-stars se plie certes aux contraintes du « fan service » façon Spider-Man No Way Home et entretient l’adhésion d’un public dont la cause est d’emblée acquise – Deadpool est devenu une poule aux œufs d’or inespérée pour les tiroir-caisse des salles de cinéma. Mais derrière ce feu d’artifice de clins d’œil conçus pour caresser les aficionados dans le sens du poil, il y a visiblement autre chose, comme une envie de saluer toutes les tentatives précédentes de porter les idées de Stan Lee et de ses équipes à l’écran, souvent oubliées par les générations biberonnées au MCU. Après tout, Logan lui-même n’eut-il pas droit à plusieurs vies contradictoires face aux caméras respectives de Bryan Singer, Brett Ratner, Gavin Hoods, Matthew Vaughn ou James Mangold ? Ryan Reynolds ne campait-il pas déjà dans X-Men Origins : Wolverine un Wade Wilson bien différent de celui qui le rendit populaire ? Et s’il y avait plus de déférence et de respect envers les aînés qu’on ne voudrait bien le croire dans ce Deadpool & Wolverine ? Ceux qui n’y verront que de l’action virtuose ultra-violente et parodique, des dialogues bêtes et méchants et des blagues référentielles en auront largement pour leur argent. Les autres y dénicheront peut-être un supplément d’âme inattendu, à l’image de ce montage d’extraits candides et étonnamment émouvants diffusés pendant le générique de fin.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article