L’ÎLE MAGIQUE (1995)

Un jeune garçon délaissé par sa mère est aspiré par un livre magique qui le transporte dans un monde peuplé de pirates et de créatures fantastiques…

MAGIC ISLAND

 

1995 – USA

 

Réalisé par Sam Irvin

 

Avec Zachery Ty Bryan, Andrew Divoff, Edward Kerr, Lee Armstrong, French Stewart, Jessie-Ann Friend, Oscar Dillon, Abraham Benrubi, Sean O’Kane

 

THEMA CONTES I SAGA CHARLES BAND

L’Île magique s’inscrit dans la série des films à petits budgets produits directement pour le marché vidéo pour le label Moonbeam, destiné au jeune public. Après les dinosaures miniatures de Prehysteria, le monstre amical du Château du petit dragon, les géants comiques de Jack et le haricot magique et les peluches extra-terrestres de La Boutique fantastique, place à un récit fantastique rocambolesque qui semble tirer directement son inspiration des aventures de Peter Pan. Un émule du capitaine Crochet et une charmante sirène y font leur apparition, tandis que l’île magique qui donne son titre au film est une variante manifeste du fameux Pays imaginaire. Tourné au Mexique (plus précisément à Ixtapa-Zihuatanejo) pour pouvoir bénéficier de paysages naturels luxuriants et d’un bord de mer photogénique, L’Île magique met en vedette Zachery Ty Bryan, un « enfant star » de l’époque dont le public américain connaissait alors bien la frimousse grâce à la sitcom Papa bricole avec Tim Allen (plus de 200 épisodes au compteur). Habitué aux productions Charles Band, le réalisateur Sam Irvin dirige ce conte pour enfants entre le tournage de Oblivion (1994) et de sa suite (1996) en s’appuyant sur un scénario co-écrit par Brent Friedman et Neil Ruttenberg, auteurs du très anecdotique Prehysteria 3.

Zachery Ty Bryan incarne Jack Carlisle, un garçon de 13 ans désabusé. Depuis le départ de son père, sa mère (Schae Harrison) est toujours accaparée par son travail et le délaisse trop souvent. Alors qu’il s’apprête à fuguer, sa nounou Lucretia (Ja’net DuBois) le convainc de lire « L’île magique », un livre qui lui appartient depuis plusieurs générations. Zach s’isole dans sa chambre et le feuillette distraitement. Mais soudain, le voilà aspiré par le livre et projeté en 1796, sur une île sauvage où le prince Morgan (Edward Kerr), la guerrière Gwyn (Lee Armstrong) et le valeureux Dumas (Oscar Dillon) affrontent le redoutable Barbe Noire (Andrew Divoff) et ses sbires. Alors qu’il prend la fuite, Zach est sauvé par une petite sirène, Lily (Jessie-Ann Friend), et tente de sauver les héros de cette aventure en se faisant passer pour un grand magicien…

Requin des sables, arbre à pizzas et statue géante

Bardée de clichés, cette petite histoire fantastique qui paie son tribut au Magicien d’Oz et à L’Histoire sans fin échappe à la mièvrerie grâce à une approche systématiquement humoristique. La véritable attraction du film n’est cependant pas à chercher du côté des personnages humains mais plutôt auprès des créatures bizarres et des phénomènes fantasmagoriques qui ponctuent cette aventure : un requin des sables au look reptilien dont le héros se débarrasse avec du chewing-gum, un totem vivant dont les trois visages caricaturaux se disputent sans cesse (clin d’œil au géant tricéphale de Sacré Graal ?), un arbre à pizzas, un fantôme squelettique ricanant ou un bas-relief qui prend vie, tous conçus sous la supervision du créateur d’effets spéciaux Mark Rappaport. Le clou du spectacle est une statue en stop-motion qui rend ouvertement hommage au Talos de Jason et les Argonautes et offre au film sa meilleure séquence. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas David Allen (l’animateur habituel des productions Charles Band) qui anime la créature mais Joel Fletcher, sous la supervision de Joseph Grossberg. A l’image de la grande majorité des productions Moonbeam, L’Île magique est un film plaisant mais pas foncièrement mémorable, ce qui explique pourquoi peu de gens s’en souviennent encore aujourd’hui.

 

© Gilles Penso

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THE UNDEAD (1957)

Roger Corman raconte une étrange séance d’hypnose qui ramène une jeune femme dans une vie antérieure où règnent sorcières et démons…

THE UNDEAD

 

1957 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Richard Garland, Pamela Duncan, Allison Hayes, Val Dufour, Mel Welles, Dorothy Neumann, Billy Barty

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VOYAGES DANS LE TEMPS I DIABLE ET DÉMONS

Extrêmement prolifique au milieu des fifties, Roger Corman réalisa pas moins de huit films en 1957, notamment Not of this Earth, Viking Women and the Sea Serpent, L’Attaque des crabes géants, et cet étonnant The Undead. Parallèlement aux extra-terrestres belliqueux, aux crustacés monstrueux et aux serpents de mer, ce stakhanoviste de la mise en scène et de la production s’attaqua ainsi à un récit complexe mêlant sorcellerie, hypnose, diable, voyages dans le temps et réincarnation. Tout ça avec un budget minuscule, une poignée de décors et une petite semaine de tournage à peine. « Je voulais profiter de l’éphémère passion du public pour la réincarnation au milieu des années 1950, comme en témoignaient les excellentes ventes du livre “A la recherche de Bridey Murphy“ », raconte Corman. « Chuck Griffith avait écrit un scénario intitulé The Trance of Diana Love mais l’engouement était déjà passé et nous l’avons sorti sous le titre The Undead. » (1). Le film raconte l’étrange expérience de Quintus Ratcliff (Val Dufour), un étudiant en psychologie qui, après avoir passé sept ans au Tibet, revient voir son professeur. Il le convainc de pratiquer une séance d’hypnose conforme à celles auxquelles il a assisté auprès des chamanes du Népal. Son cobaye sera Diana Love (Pamela Duncan), une prostituée qui accepte de se prêter au jeu du moment qu’on la paie bien. L’objectif de Quintus est de la faire régresser jusque dans une vie antérieure.

Nous la retrouvons donc en plein moyen âge dans la peau d’Hélène, une jeune femme accusée de sorcellerie et condamnée à la décapitation. Tandis qu’elle croupit dans un cachot et s’efforce de ne pas céder aux avances de son gardien disgracieux, elle entend la voix de Diana – c’est-à-dire elle-même dans le futur – et en profite pour s’échapper. A partir de là, elle vit une aventure confuse qui laisse imaginer un certain surmenage chez les scénaristes. Fuyant dans une forêt embrumée qui annonce le cycle d’adaptations d’Edgar Poe que Corman réalisera peu après, elle rencontre le fossoyeur ensorcelé Smokin (Mel Welles), puis la vieille et caricaturale sorcière Meg Maud (Dorothy Neuman). Dans la foulée, nous apprenons que le beau Pendragon (Richard Garland) est amoureux d’Hélène, mais qu’il est lui-même convoité par la sorcière Lydia (Allison Hayes, qui fut l’inoubliable géante d’Attack of the 50 Foot Woman et qui constitue le seul éclat d’un casting par ailleurs assez terne). Lydia est accompagnée d’un diablotin aux oreilles pointues et à la jolie houppette, et tous deux passent la majeure partie du film à se muer en animaux divers : chat noir, lézard, rapaces, chauves-souris ou araignées.

La danse des ghoules

« Pour l’unique décor réel du film, je me suis servi d’une magnifique maison des années 1930, à Beverly Hills, et j’ai soigneusement cadré de sorte que les maisons voisines n’apparaissent pas à l’écran », raconte Corman. « Pour reproduire l’ambiance du Moyen Âge, nous avons construit les décors intérieurs sur le plateau, nous avons fait venir beaucoup d’arbres, avons apporté de la terre par pelletées pour recouvrir le sol en béton, diffusé du brouillard en arrière-plan et avons loué les éléments de décor, accessoires et costumes auprès des établissements fournissant également les films à gros budget. » (2) C’est ainsi que le réalisateur/producteur parvient à boucler son film pour 75 000 dollars seulement. L’un des moments les plus improbables de The Undead est le sabbat des sorcières, présidé par un diable sans panache (un barbu dans un habit noir arborant une grande fourche et incarné par un Richard Devon surjouant à outrance), au cours duquel trois ghoules entament une chorégraphie improbable. Parallèlement, la séance d’hypnose prend des allures de véritable voyage dans le temps, puisque Quintus s’avère capable de traverser les âges pour venir lui-même en aide à Hélène. Le scénario propose alors un dilemme surréaliste : soit Hélène se sacrifie et permet à ses vies futures de se dérouler, soit elle brise le continuum espace-temps et annule du même coup ses prochaines existences. L’idée ne manque pas d’intérêt, mais elle se noie dans un maelström d’incohérences scénaristiques et de péripéties improbables, signe d’une écriture, d’un tournage et d’une production exagérément précipités.


(1) et (2) Extraits de la biographie “Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime” par Roger Corman et Jim Jerome, publiée en 1990

 

© Gilles Penso

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BASILIK, MONSTRE DU DÉSERT (2006)

Un gigantesque reptile aux yeux paralysants sort de son sommeil millénaire et sème la panique dans le musée où il est exposé…

BASILISK, THE SERPENT KING

 

2006 – USA

 

Réalisé par Louie Myman

 

Avec Jeremy London, Wendy Carter, Cleavant Derricks, Griff Furst, Sarah Skeeters, Stephen Furst, Yancy Butler, Doug Dearth

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Créature terrifiante citée par plusieurs mythologies occidentales, notamment dans l’Antiquité et au moyen âge, le Basilic est un hybride du reptile et du coq qui pétrifie du regard, empoisonne l’air et crache un redoutable venin. Il est surprenant qu’un tel monstre ait été si peu exploité au cinéma, si l’on excepte quelques apparitions en « guest-star » comme dans Harry Potter et la chambre des secrets. En 2006, Sci-Fi Channel a décidé de lui offrir la vedette dans un téléfilm ambitieux. Le prologue se situe dans la province de la Cyrénaïque, en l’an 112 après Jésus Christ. Un groupe de pèlerins traverse le désert jusqu’à la grotte qui abrite le monstre afin de le mettre hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes. Généreux, le réalisateur Louie Myman nous révèle la créature dès les premières minutes du film, et force est de constater qu’il s’agit d’une indéniable réussite. Conçu en images de synthèse par Jesse Mesa Toves (pilier de la série Battlestar Galactica) et animé par Alexander Yanchkolovski (Shark Attack 3), le Basilic prend ici les allures d’un serpent géant dont le corps se hérisse de nombreux petits appendices et dont la gueule redoutable mixe les caractéristiques du dragon et du dinosaure.

Au cours d’un massacre assez gratiné, le monstre élimine tous les intrus, pétrifiant certains du regard, crachant son venin sur d’autres, dévorant, écrasant ou déchiquetant les derniers. Mais le meneur du groupe, avant de rendre l’âme, parvient à brandir son sceptre en forme de serpent, « l’Œil de la Méduse » au moment précis où survient une éclipse totale du soleil. Le regard du Basilic s’y reflète et le monstre finit pétrifié puis enseveli sous une avalanche de pierres. Après ce prologue choc, l’action nous transporte dans la Lybie des années 2000, où une jeune équipe d’archéologues déterre le sceptre et la créature, croyant avoir affaire à une immense statue antique sculptée dans un matériau inconnu. Mais le soir où l’impressionnante relique est exposée dans un muséum, une éclipse totale obscurcit le ciel, le sceptre s’illumine, et notre bébête revient à la vie, semant la panique au milieu des universitaires. Tandis que l’armée débarque avec ses gros sabots et qu’une financière appâtée par le gain tente de s’emparer du sceptre, le monstre s’échappe dans les égouts et débouche dans une galerie marchande bondée…

« Ce n’est pas un petit serpent ! »

Si Basilik, monstre du désert est une œuvre très divertissante, bénéficiant d’effets spéciaux convaincants et d’une mise en scène dynamique, son impact est considérablement amoindri par ses personnages caricaturaux (dont quelques faire-valoir comiques insupportables), ses dialogues ridicules (« j’ai vu pas mal de documentaires animaliers, et je peux vous dire que ce n’est pas un petit serpent ! ») et ses péripéties téléphonées. Autre problème : l’absence totale de suspense malgré l’extraordinaire potentiel de la créature. L’idée intéressante des héros s’immobilisant au milieu des mannequins de la galerie marchande pour que le Basilic ne les repère pas (réminiscence de la scène du T-Rex de Jurassic Park) tombe ainsi à plat. Le climax se déroule dans une usine nucléaire, jusqu’à un épilogue un peu niais qui ramène nos protagonistes en Lybie.

 

© Gilles Penso


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LA VIERGE DE NUREMBERG (1963)

Un classique du cinéma d’épouvante gothique italien des années 1960 avec Christopher Lee en domestique défiguré…

LA VERGINE DI NORIMBERGA

 

1963 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti

 

Avec Rossana Podesta, George Rivière, Christopher Lee, Jim Dolen, Anny Dehli Uberti, Luigi Severini, Mirko Valentin

 

THEMA SUPER-VILAINS

Fidèle en esprit à de nombreux films d’horreur gothiques des années 1960 influencés par Mario Bava et Roger Corman, La Vierge de Nuremberg privilégie la construction de son atmosphère à celle de son scénario, suivant en cela la trace d’un Riccardo Freda (L’Effroyable secret du docteur Hichcock et sa suite). La beauté des décors gothiques, l’admirable travail du chef opérateur Riccardo Pallottini et la photogénie de l’héroïne interprétée par Rossana Podesta l’emportent donc sur un récit à rebondissements qui s’embarrasse peu de cohérence mais permet le développement d’intéressantes scènes d’épouvante à l’ancienne. Adaptée d’un roman de Frank Bogart, l’intrigue se situe dans un vieux château, comme il se doit, que le scénario ne situe pas géographiquement, même si l’un des protagonistes évoque « les châteaux du Rhin ». Patrimoine familial de Max Hunter (Georges Rivière), il lui revient de droit, et l’homme vient donc s’y installer avec sa jeune épouse Mary (la belle Rossana). Le lieu est pour le moins sinistre, occupé qu’il est par des domestiques étranges, notamment le taciturne Erich au visage à moitié brûlé interprété par Christopher Lee en personne.

Et puis il y a cette chambre des tortures, jadis utilisée par le lointain ancêtre de Max, et aujourd’hui transformée en musée. Pièce maîtresse de l’exposition, la « Vierge de Nuremberg » est une statue creuse dont l’intérieur est hérissé de pointes acérées, où périssaient jadis d’infortunées victimes. Or un soir, Mary y découvre le cadavre ensanglanté d’une jeune femme. Terrifiée, elle se laisse convaincre par Max qu’il s’agit d’un simple cauchemar. Mais les visions de cet acabit se multiplient, et le tortionnaire apparaît sous les traits de l’ancêtre des Hunter, surnommé « Le Punisseur », dissimulé sous une capuche de bourreau médiéval. Il s’en prend à d’autres victimes féminines, notamment une malheureuse dont le visage est en partie dévoré par un rat…

« Le Punisseur »

Le film multiplie ainsi les séquences horrifiques, tout en jouant la carte du whodunit façon Cluedo. Qui donc est cet ange de la mort ? Max lui-même ? L’inquiétant Erich ? A moins qu’il ne s’agisse d’un fantôme vieux de 300 ans ? La clef du mystère est des plus excentriques. L’assassin n’est autre que le père de Max, torturé par les nazis pendant la guerre pour avoir participé à un attentat contre Hitler, et transformé en véritable squelette vivant. Chauve, malingre, le visage déformé par un hideux rictus, il a donc sombré dans la folie et perpétue impunément les méfaits de son ancêtre… Au-delà de ses indéniables qualités formelles et de son solide casting, La Vierge de Nuremberg se pare d’une étonnante partition de Riz Ortolani oscillant entre les effets d’épouvante traditionnels et un free jazz enjoué pour le moins déconcertant. Margheriti, lui, cumule les postes, ajoutant à son rôle de metteur en scène celui de co-scénariste et de concepteur des effets spéciaux. Petit détail surprenant : Bertrand Blier, qui faisait alors ses débuts de metteur en scène à l’occasion du documentaire Hitler connais pas, occupa sur La Vierge de Nuremberg le poste d’assistant-réalisateur.

 

© Gilles Penso


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LA PETITE SIRÈNE (2023)

La liste des remakes inutiles des classiques animés de Walt Disney se rallonge avec cette romance aquatique qui hélas boit la tasse…

THE LITTLE MERMAID

 

2023 – USA

 

Réalisé par Rob Marshall

 

Avec Halle Bailey, Jonah Hauer-King, Melissa McCarthy, Javier Bardem, Noma Dumezweni, Art Malik, Daveed Diggs, Jacob Tremblay, Awkwafina

 

THEMA CONTES I MONSTRES MARINS

« Une petite sirène noire ! C’est un scandale ! » Voilà ce que l’on pouvait entendre et lire partout après la diffusion de la bande annonce de ce remake du classique de John Musker et Ron Clements. Au lieu de s’indigner face à la couleur de la peau de l’actrice choisie pour incarner Ariel, n’eut-il pas été plus judicieux de voir le film d’abord et de s’exprimer après ? D’autant que cette histoire de couleur est un faux problème. La question n’est pas de savoir si la comédienne doit ressembler ou non à son modèle dessiné, mais plutôt de comprendre l’intérêt d’une relecture « live » d’un long-métrage animé, au-delà de la triviale motivation financière. Or une fois de plus, cet intérêt est hélas extrêmement limité, du moins pour le spectateur. Car ce qu’on aime le plus, dans un film comme celui-là, c’est ce qu’on aimait déjà dans le dessin animé original : les personnages, l’intrigue, les chansons. Et ce qu’on aime le moins, c’est ce qui le différencie de son modèle. Nous voici donc à nouveau plongés dans une situation impossible, l’un de ces cercles vicieux absurdes dont le studio Disney semble être devenu coutumier pour faire fructifier ses franchises en offrant « du neuf » avec « du vieux ».

C’est la nostalgie qui nourrit la curiosité de découvrir le remake « live », mais c’est aussi elle qui finit par alimenter la déception et la frustration. Comment des acteurs en chair et en os et des images de synthèse pourraient-ils rivaliser avec le charme premier et intact d’une ligne dessinée, d’un simple à-plat de couleur, d’une pureté esthétique ici pervertie au profit d’une sorte de quête désespérée de « photoréalisme » ? Certes, Halle Bailey est une charmante sirène, Javier Bardem en impose dans la peau du roi triton et Melissa McCarthy donne de sa personne sous les traits peu flatteurs de l’affreuse Ursula. La force de l’histoire – une sorte de « Romeo et Juliette » aquatique qui revisite Hans Christian Andersen avec beaucoup de liberté – demeure. Mais trente-quatre ans après le long-métrage animé, l’effet de surprise n’a plus cours et les choix artistiques opérés par Rob Marshall et son équipe nous laissent perplexe : des animaux qu’on tente de rendre bizarrement réalistes tout en les affublant de gros yeux cartoonesques (et de voix caricaturales), des séquences sous-marines aux effets visuels douteux qui semblent échappées d’Aquaman, un rallongement excessif du métrage (1h20 en 1989, 2h20 en 2023, cette heure supplémentaire était-elle vraiment nécessaire ?)…

Plouf !

Familier avec l’univers Disney (pour qui il a signé Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence et Le Retour de Mary Poppins), Marshall fait du travail appliqué, montre son savoir-faire dans le domaine de la gestion des séquences spectaculaires (le naufrage, le climax apocalyptique), concocte quelques sympathiques moments de comédie intime (les passages assurément les plus intéressants du film) mais il n’y a pas d’âme, pas de vision, pas de défi dans cette Petite sirène trop formatée pour convaincre. Face à de telles considérations, qui se soucie de savoir si l’actrice principale a des origines afro-américaines ou non ? Halle Bailey constitue d’ailleurs l’une des rares bonnes surprises du film. On sent pourtant que le studio Disney lui-même n’est pas très au clair avec cette envie de montrer plus de diversité à l’écran, au point qu’il en vient à justifier maladroitement son choix à travers la présentation caricaturale des six autres filles du roi Triton, qui semblent échappées d’un spot de pub « United Colors of Benetton » des années 80 ! C’est bien la preuve – mais en fallait-il une supplémentaire ? – que les prises de position « progressistes » de Disney sont beaucoup moins morales que politiques. Bref, si vous êtes sensibles au destin de ces deux êtres solitaires qui cherchent désespérément à échapper à leur destin, le prince Éric qui ne souhaite pas se conformer aux codes rigides de la royauté et la sirène Ariel qui refuse de rester confinée sous les eaux sans découvrir le monde des humains à la surface… revoyez le film de John Musker et Ron Clements !

 

© Gilles Penso

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ÉVOLUTION (2016)

Un conte fantastique inclassable dans lequel d’étranges expériences chirurgicales sont menées dans un village isolé au bord de l’océan…

ÉVOLUTION

 

2016 – FRANCE

 

Réalisé par Lucile Hadzihalilovic

 

Avec Max Brebant, Julie-Marie Parmentier, Roxane Duran, Nathalie Le Gosles, Mathieu Goldfeld, Nissim Renard

 

THEMA MONSTRES MARINS I MÉDECINE EN FOLIE I MUTATIONS

Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes adultes et de garçons de son âge. L’enfant finit par s’interroger sur les étranges expériences chirurgicales qui sont menées dans l’hôpital de l’île… Évolution est un film de science-fiction, au sens le plus strict du terme. Il y est question d’un village côtier à l’abri de la civilisation, d’une société matriarcale ayant exclu toute présence adulte masculine, d’enfants soumis à des expériences chirurgicales contre-nature bouleversant les lois de l’évolution, de fusions troublantes entre l’anatomie humaine et celle de créatures marines… Spontanément, cet univers étrange et ses ramifications évoquent les récits d’H.P. Lovecraft et une grande partie de l’œuvre de David Cronenberg. Mais Lucile Hadzihalilovic est une réalisatrice atypique, échappant résolument à ce tissu d’influences pour construire un objet filmique inclassable et singulier. La seule référence cinématographique qu’elle s’autorise est Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, moins d’ailleurs pour son intrigue ou ses thématiques que pour son atmosphère et son environnement. Le fait que les deux films aient été tournés sur des sites très similaires – à Grenade pour l’un, Lanzarote pour l’autre – n’est donc pas le fruit du hasard.

Évolution n’est pas facile d’accès. Son rythme extrêmement lent, son intrigue opaque et ses dialogues réduits à leur plus simple expression nécessitent une participation active, une implication forte et une bonne dose de patience de la part de ses spectateurs. Lucile Hadzihalilovic sait que tout le monde ne jouera pas le jeu mais court tout de même le risque de ne pas se conformer à une narration classique pour mieux exprimer sa sensibilité et affirmer son style. La démarche de la réalisatrice n’est pas pour autant l’hermétisme mais la volonté de faire vivre à ceux qui découvrent Évolution une expérience unique, immersive et sensitive. A la réflexion, tout aurait pu s’expliquer à l’issue d’un ultime rebondissement levant le voile sur les tests médicaux pratiqués sur les jeunes insulaires, sur les motivations ayant présidé à ces mutations biologiques, sur la nature véritable de ces enfants kidnappés et de leurs geôlières hybrides devenues mères adoptives.

Hors norme

Mais le scénario refuse d’en dire plus, pour éviter les travers d’explications laborieuses souvent décevantes, et surtout pour laisser l’imagination du public trouver seul les pièces manquantes du puzzle. Ouvert à de nombreuses interprétations, lisible sous un angle purement métaphorique (les allusions à la fécondation, à l’état embryonnaire et à la naissance sont légion), Évolution n’est donc pas un film « confortable », malgré son indéniable beauté plastique, et suscite un malaise insidieux et croissant. Le fait même qu’il ait pu se frayer un chemin jusque dans nos salles de cinéma tient du miracle. Qu’on adhère ou pas à la démarche artistique de Lucile Hadzihalilovic, on ne peut que se réjouir qu’il y ait de la place, sur grand écran, pour des œuvres aussi étranges et hors normes. Le fantastique est pluriel et doit pouvoir s’exprimer sous toutes ses facettes. A l’heure où les blockbusters formatés par les grands studios suralimentaient nos réseaux de distribution, Évolution prit les atours d’un ovni rafraîchissant.

 

© Gilles Penso

 

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LES MALÉFICES DE LA MOMIE (1964)

Une expédition britannique découvre en Égypte une momie parfaitement conservée qui ne tarde pas à s’éveiller pour semer la terreur…

THE CURSE OF THE MUMMY’S TOMB

 

1964 – GB

 

Réalisé par Michael Carreras

 

Avec Terence Morgan, Ronald Howard, Fred Clark, Jeanne Roland, George Pastell, Jack Gwillim, John Paul, Michael Ripper

 

THEMA MOMIES

Cinq ans après La Malédiction des pharaons, une nouvelle momie vient semer la terreur dans une production Hammer à l’occasion de ces Maléfices de la momie. Anthony Hinds en écrit une partie du scénario, sous son pseudonyme habituel John Elder. Michael Carreras ne se contente pas de produire le film, puisqu’il en co-rédige l’histoire en utilisant comme nom d’emprunt Henry Younger. Contrairement aux sagas Dracula et Frankenstein de la Hammer, Christopher Lee et Peter Cushing ne sont pas récurrents dans celle de la Momie, puisqu’ils n’apparaissent que dans le premier opus. Les studios Bray, acquis par la Hammer en 1951, sont mis en veille après le tournage de La Gorgone, dans la mesure où la Hammer ne sait pas encore si la major Columbia souhaite renouveler son contrat de distribution. Les Maléfices de la momie est donc tourné aux studios Elstree. Une expédition britannique y découvre en Égypte une tombe royale inviolée depuis des siècles. Plus étonnant encore, la momie est dans un état de conservation parfait et présente des particularités qui justifient son transfert en Angleterre, ce qui laisse à certains l’espoir d’appétissants bénéfices commerciaux.

L’un des archéologues déchiffre le texte inscrit sur un collier que porte la momie, ravivant sans le savoir une malédiction vengeresse. Des meurtres sauvages s’enchaînent alors jusqu’à ce que soit payée la dette de sang. Prenant la relève de Christopher Lee, Dickie Owen incarne la momie, qui se nomme désormais Ran-Antef. Pour jouer le rôle féminin principal des Maléfices de la momie, Michael Carreras fait appel à l’actrice Jeanne Roland, qu’il vient tout juste de rencontrer dans une soirée. Quant à Fred Clark, il incarne le showman américain Alexander King qui rêve de faire de l’argent en exhibant la momie dans les foires et cirques du monde entier. Son personnage apporte au film du cynisme, de l’humour et une touche de modernité. La toute première apparition de Ra-Antef, qui se fait bien attendre, s’avère assez théâtrale. Surgissant en haut d’un immense escalier, la créature semble vouloir imiter Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula.

Moitié os, moitié bandage !

Mais par la suite sa présence et les meurtres qu’elle commet suivent une routine qui laisse les spectateurs un peu indifférents. Le film est sans doute aussi dévalorisé par l’absence de tête d’affiche, même s’il bénéficie des habituelles qualités propres à la Hammer, c’est-à-dire de splendides décors, une photographie soignée, des comédiens convaincants et même un peu de gore, comme en témoignent pas moins de trois mains tranchées. Le dossier de presse préliminaire annonce à l’époque « Un monstrueux géant de vingt pieds de haut au parcours parsemé de meurtres au milieu des paysages du Caire », avec une illustration muant la momie en émule de King Kong, une jeune fille terrifiée au creux de sa main. Cette affiche un tant soit peu mensongère est pourtant utilisée telle quelle lors de l’exploitation du film en double programme avec La Gorgone. Le monstre retrouve ses proportions normales dans le poster américain du film, accompagné d’un slogan imparable : « Moitié os, moitié bandage, entièrement horrifique à vous glacer le sang ! »

 

© Gilles Penso


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LA MARQUE DE LA MORT (1961)

Un étudiant en médecine découvre les recherches de son sinistre ancêtre, en quête du secret de la vie éternelle…

LA MARCA DEL MUERTO

 

1961 – MEXIQUE

 

Réalisé par Fernando Cortes

 

Avec Fernando Casanova, Sonia Furio, Rosa Maria Gallardo, Aurora Alvarado, Edmundo Espino, Pedro de Aguillon

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Petite perle du cinéma horrifique mexicain, La Marque de la mort commence à la fin du 19ème siècle, dans une atmosphère qui évoque à la fois Jack l’éventreur, Sherlock Holmes et Docteur Jekyll et Mister Hyde. A peine sortie d’une église, une jeune femme est suivie par le docteur Malthus, un homme étrange dont la cape et le haut de forme dessinent des ombres inquiétantes sur les murs de la ville pauvrement éclairée par les réverbères. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Malthus chloroforme sa victime, l’emmène dans son laboratoire, enfonce une sonde dans sa poitrine et aspire son sang. Arrêté au beau milieu de son expérience par l’intervention de la police, il est condamné pour le meurtre de six femmes. Dès qu’il gagne sa cellule, le médecin vieillit brutalement, affirmant au curé venu le faire repentir que le but de ses recherches est rien moins que le secret de la vie éternelle. Après sa pendaison, une ellipse astucieuse nous transporte dans les années 60, par le biais d’une roue de charrette se transformant en essieu de voiture, tandis que la partition pesante de Gustavo Carrion prend soudain des tonalités jazzy.

Là, nous faisons connaissance de Rosa (Sonia Furio), qui attend avec impatience le retour de son fiancé Gonzalo (Fernando Casanova), après cinq années d’études de médecine en Europe. Lorsque le couple est réuni dans la somptueuse demeure familiale, tout semble aller pour le mieux… Mais bientôt, Gonzalo est hanté par l’inquiétant portrait de son ancêtre, qui n’est autre que le sinistre Malthus (une scène que reprendra fidèlement Roger Corman dans La Malédiction d’Arkham). Lorsqu’il découvre le compte-rendu des expériences de son aïeul et le passage secret menant à son laboratoire, Gonzalo est fasciné et décide de poursuivre ses travaux. Dès lors, il est comme guidé par une force extérieure, qui le pousse à pénétrer dans le caveau familial (un soir d’orage comme il se doit), à enlever le corps momifié du vieux Malthus et à le ramener dans le laboratoire. Sans vergogne, il kidnappe dans la foulée une jeune servante et transfère son sang dans le corps desséché.

Double face

Et le miracle opère : en quelques fondus enchaînés savamment distillés, le cadavre de Malthus rajeunit puis revient à la vie. Les deux personnages étant joués par le même comédien, la mise en scène recourt à diverses astuces pour les faire apparaître ensemble à l’écran (principalement des doublures maquillées et des caches contre-caches). Mais il faut surtout saluer la double interprétation de Fernando Casanova, aussi convaincant en savant fou et autoritaire qu’en médecin débutant rongé peu à peu par les remords. C’est d’ailleurs sur la confrontation entre Malthus et son descendant que reposent les meilleures séquences du film, tous deux n’étant finalement que les différentes facettes d’un même homme, à cheval entre sa passion dévorante de la science et son éthique (Jekyll et Frankenstein ne sont pas loin). Le final de La Marque de la mort s’inscrit d’ailleurs pleinement dans la mouvance des grands classiques du genre, puisque le récit s’achève sur un gigantesque bûcher purificateur.

 

© Gilles Penso


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LES GRIFFES DE LA PEUR (1969)

Un thriller d’épouvante à base de machinations, de sous-entendus, de faux-semblants et de chats diaboliques…

EYE OF THE CAT

 

1969 – USA

 

Réalisé par David Lowell Rich

 

Avec Michael Sarrazin, Gayle Hunnicutt, Eleanor Parker, Tim Henry, Laurence Naismith, Jennifer Leak, Linden Chiles

 

THEMA MAMMIFÈRES

L’ombre d’Edgar Poe et de Boileau et Narcejac plane sur ce film extrêmement stylisé à mi-chemin entre le thriller psychologique et le conte d’épouvante. La sublime Gayle Hunnicutt, dont les mini-jupes sixties révèlent une paire de jambes interminables, incarne Cassia Lancaster, une esthéticienne sans scrupule qui projette d’assassiner une de ses clientes malades (Eleanor Parker) dans l’espoir de récupérer sa fortune. Pour y parvenir, elle demande à Wylie (Michael Sarrazin), le neveu de la moribonde, de la persuader de modifier son testament. Un problème vient cependant s’immiscer dans cette conspiration huilée : Wylie a une terrible phobie des chats, depuis qu’un félin a failli l’étouffer dans son berceau. Or la tante Danny, qui dort sous une tente à oxygène, vit au milieu d’une flopée de matous grassouillets auxquels elle a légué sa fortune… Truffé d’effets de montage surprenants, Les Griffes de la peur annonce l’originalité de sa facture dès son générique de début tout en split-screens, soutenu par une partition du génial Lalo Schifrin. Nous étions alors dans les années fastes d’un cinéma libre et inventif, celles où Mike Nichols réalisait Le Lauréat et Sam Peckinpah Guet-apens.

D’ailleurs, les décors naturels de San Francisco où fut tourné le film évoquent bien plus le naturalisme de Bullit que la sophistication de Sueurs froides, même si l’influence d’Alfred Hitchcock est ici assez prégnante. Ce n’est sans doute pas un hasard, dans la mesure où Joseph Stefano, auteur du script des Griffes de la peur, fut aussi celui de Psychose. L’atmosphère générale du film est à la fois très malsaine et étrangement détendue, notamment à travers les étranges relations que Danny entretient avec ses neveux, méprisant celui qui lui est dévoué et adulant celui qui n’a que de vénales intentions. Pour ce dernier, elle semble même nourrir des intentions quasi-incestueuses. Lorsque Wylie constate sa mauvaise mine, elle lui rétorque ainsi avec une voix pleine de sous-entendus : « Je me croyais encore un peu attirante ».

Catfight

Tout le métrage baigne dans une espèce d’humour pince sans rire très british. On parle d’assassiner quelqu’un comme on irait chez le coiffeur. A vrai dire, Les Griffes de la peur est avant tout le récit d’une machination, les chats ne venant ponctuer l’intrigue que sporadiquement, le temps d’effrayer notre protagoniste félinophobe. Dans le climax, ils révèlent cependant une agressivité surnaturelle, constellant de taches écarlates la robe immaculée de l’héroïne au cours d’une séquence fort bien réalisée. Il faut bien reconnaître que le scénario de Stefano est un peu léger, et que le film souffre de nombreuses pertes de rythme. D’où certaines scènes de remplissage d’une gratuité effrontée, comme ce combat entre deux jeunes filles en mini-jupes (lorsqu’on sait que ce type de séquence s’appelle « catfight » en anglais, on comprend l’ironie de la chose). Fort heureusement, la réalisation imaginative de David Lowell Rich dynamite le récit en permanence. La scène de la cavalcade du fauteuil roulant est à ce titre exemplairement filmée et montée. Le metteur en scène ne fera jamais mieux, signant même dix ans plus tard un médiocre Airport 80.

 

© Gilles Penso


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LA TOUR SOMBRE (2017)

Ce western-spaghetti post-apocalyptique s’efforce d’adapter l’une des œuvres les plus complexes et les plus insaisissables de Stephen King…

THE DARK TOWER

 

2017 – USA

 

Réalisé par Nikolaj Arcel

 

Avec Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor, Katheryn Winnick, Nicholas Pauling, Nicholas Hamilton, Jackie Earle Haley, Dennis Haysbert, Claudia Kim

 

THEMA FUTUR I SAGA STEPHEN KING

« La Tour sombre » occupe une place très particulière dans l’œuvre de Stephen King. Il ne serait pas exagéré de dire quil sagit de sa création la plus longue, la plus complexe et la plus importante, ne seraitce que parce quil la entamée alors qu’il navait que dixneuf ans et quil la achevée quarante ans plus tard. Le premier volume, « Le Pistolero », sintéresse à Roland de Gilead, une sorte d’émule du Clint Eastwood des westerns spaghetti de Sergio Leone. Errant dans le désert dun monde postapocalyptique, il est à la recherche dun mystérieux homme en noir. Lui seul saura répondre à ses questions liées à la Tour Sombre, un édifice mythique sur lequel semble reposer léquilibre de ce mondeci et de tous les autres. La rumeur d’une adaptation de la saga à lécran commence à courir en 2009, alors que J.J. Abrams envisage den tirer une série télévisée dans la foulée de Lost mais ne donne finalement pas suite à cette idée. L’adaptation de « La Tour sombre » sera finalement un film coécrit par Akiva Goldsman et Jeff Pinkner, produit par Ron Howard et réalisé par Nikolaj Arcel. Le rôle principal est confié à Idris Elba, son charisme, sa présence et l’intensité de son jeu contrebalançant son absence de ressemblance avec le personnage illustré par Michael Whean dans les romans de Stephen King.

Le casting est d’ailleurs le point fort du film de Nikolaj Arcel. Sous le costume de l’homme en noir, Matthew McConaughey crève l’écran et aurait même tendance à voler la vedette au pistolero. Son sourire carnassier, son regard fou et sa cruauté désinvolte sont conformes à l’image que le lecteur se fait de Randall Flagg. Il n’aurait pas dépareillé dans Le Fléau de Mick Garris ou même dans La Tempête du siècle sous la défroque du maléfique Linoge dont il semble être une sorte d’alter-ego. Jake lui-même, incarné par le jeune Tom Taylor, nous convainc sans conteste en pré-adolescent en bute à l’incompréhension du monde adulte ne voyant dans ses cauchemars récurrents et ses troubles de la personnalité qu’une déficience psychologique alors qu’il s’agit en réalité d’un éveil de conscience vers d’autres mondes possibles. Le duo qu’il forme avec Roland est le moteur narratif du film, comme c’était le cas dans la seconde partie du roman « Le Pistolero », mais en l’état La Tour sombre est un film hybride qui semble ne pas trop savoir sur quel pied danser, à mi-chemin entre l’étrangeté cauchemardesque de la prose de King et un spectacle tout public censé rameuter le public des sagas Le Seigneur des Anneaux et Harry Potter. Dire que le film manque d’audace et d’ambition en brassant trop large serait injuste. Par bien des aspects, c’est même un film assez « anti-hollywoodien ». Mais l’on se perd en conjectures sur le point de vue adopté pour narrer cette histoire.

Un résumé en accéléré de toute la saga

Dans le texte de King, tous les événements étaient vus à travers le regard de Roland. Sa quête, aux allures de western spaghetti dans un monde rétro-futuriste dévasté, offrait aux lecteur un plongeon dans une atmosphère inédite et surprenante. Dans le film, le personnage principal est Jake. Nous le suivons dans sa vie quotidienne new-yorkaise, opposé à sa mère et son beau-père qui ne le comprennent pas, jusqu’à ce qu’il s’échappe de son monde pour surgir dans celui du pistolero et faire équipe avec lui. Ce changement radical de point de vue semble malheureusement avoir été bien plus dicté par des contraintes financières qu’artistiques. De toute évidence, s’attacher à un cowboy taciturne au lieu d’un garçon de onze ans aurait pu rebuter le public peu friand de western. Mais c’était pourtant l’essence même du récit initial, la source même de son originalité. Une autre erreur consiste à donner beaucoup trop d’importance à l’homme en noir, qui apparaît régulièrement à l’écran pour signifier sa malfaisance à un public qui l’a pourtant saisie d’emblée et n’a pas besoin qu’on enfonce le clou. Du coup, le redoutable sorcier perd son aura de mystère pour se muer en simple méchant dont les desseins nous sont révélés trop tôt et bien trop explicitement. Puisant ses éléments narratifs dans les trois premiers romans, le film finit par ressembler à un résumé en accéléré de toute la saga qui risque de ne convaincre ni les fans de la première heure (criant à la trahison, et on ne saurait leur donner tort), ni les novices (perdus dans un film insaisissable qui ne leur laisse le temps de s’attacher à aucun personnage). D’autres longs-métrages ainsi qu’une série télévisée parallèle narrant la jeunesse du pistolero étaient prévus par Ron Howard et Akiva Goldsman, mais les piètres résultats du premier film au box-office ont remis en question le prolongement de la saga.

 

© Gilles Penso

 

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