SPARTATOUILLE (2008)

Après Agent zéro zéro, Scary Movie, Sexy Movie et Big Movie, le duo Friedberg/Seltzer continue sur sa lancée en parodiant le 300 de Zack Snyder…

MEET THE SPARTANS

 

2008 – USA

 

Réalisé par Jason Friedberg et Aaron Seltzer

 

Avec Sean Maguire, Kevin Sorbo, Carmen Electra, Ken Davitian, Diedrich Bader, Travis Van Winkle, Jareb Dauplaise, Nicole Parker, Ike Barinholtz, Hunter Clary

 

THEMA HEROIC FANTASY

Jason Friedberg et Aaron Seltzer sont des petits malins. Visiblement incapables d’écrire des scénarios originaux, ils sont en revanche très inspirés lorsqu’il s’agit de plagier ceux des autres. Pourtant personne ne vient leur réclamer le moindre droit d’auteur ou ne leur cherche des noises du côté des copyrights puisqu’il se drapent à chaque fois derrière la cause humoristique. La parodie excuse visiblement tout, y compris l’imitation servile d’histoires imaginées par d’autres scénaristes. Au lieu de bâtir de toutes pièces des intrigues conçues comme des hommages comiques aux films qui les ont bercés (discipline dans laquelle Mel Brooks ou le trio Zucker/Abrams/Zucker sont passés maîtres), Friedberg et Seltzer préfèrent s’adonner au copier/coller. Leur recette ? Piocher dans les succès cinématographiques du moment, reprendre leurs synopsis quasiment tels quels, les mélanger entre eux et les caviarder de gags si possible situés en-dessous de la ceinture. Dans le cas de Meet the Spartans (que les distributeurs français ont cru bon de « traduire » Spartatouille pour se référer sans raison particulière au Ratatouille de Pixar), c’est le 300 de Zack Snyder qui sert de référence principale et dont la trame est reprise à l’identique.

Acteur récurrent de nombreuses séries TV depuis le milieu des années 1980, Sean Maguire se substitue à Gerard Butler pour incarner Leonidas le roi des Spartes, parti en guerre contre les Perses menés par le tout-puissant Xerxes (Ken Davitian, échappé de Borat). Le film étant réalisé à l’économie, l’action se déroule dans deux décors limités et le nombre de guerriers spartiates se résume à treize hommes en slip et en sandales (parmi lesquels on reconnaît Kevin Sorbo, héros de la série Hercule). Si l’étroitesse du budget est assumée et tournée en dérision (via le gag d’un écran bleu que transportent les combattants perses pour multiplier leurs effectifs), il n’en demeure pas moins que Spartatouille a un côté « fauché » qui amenuise son impact.

Épées, slips et sandales

Spartatouille est construit comme un enchaînement de gags autonomes dont le lien ténu est assuré par une imitation servile du scénario de 300. Chaque scène est le prétexte à cligner de l’œil vers d’autres films ou séries à succès (Shrek, Casino Royale, Happy Feet, Ugly Betty, Heroes, Rocky, Transformers), à se moquer d’émissions télévisées populaires (American Idol, Top Model USA, Danse avec les stars, À prendre ou à laisser), de jeux vidéo (GTA) ou de diverses célébrités via des sosies approximatifs (Brad Pitt, Angelina Jolie, Britney Spears, Paris Hilton, Lindsay Lohan, Donald Trump, Tom Cruise). Friedberg et Seltzer se sentent régulièrement obligés d’expliquer les gags et de les commenter pour s’assurer que le public les a bien compris, ce qui n’empêche pas la plupart d’entre eux de tomber comme un cheveu dans la soupe (les interventions de Spider-Man et Ghost Rider notamment). Parfois, ces coups de coude à l’attention des spectateurs sont tellement appuyés qu’ils en deviennent embarrassants, comme lorsque le héros feuillette le livre « 300 » de Frank Miller (au cas où nous n’aurions pas saisi l’allusion). Le film procède donc par accumulation, espérant masquer sa vacuité sous une avalanche de références. Parfois ça fonctionne, mais la plupart du temps Spartatouille croule sous sa propre lourdeur, ses carences de rythme, ses clins d’œil datés et sa vulgarité d’école maternelle. Très épisodiquement drôle, Meet the Spartans est aussi connu en France sous le titre Orgie Movie.

 

© Gilles Penso

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MORDS-MOI SANS HÉSITATION (2010)

Spécialistes du cinéma parodique, Jason Friedberg et Aaron Seltzer passent à la moulinette la saga Twilight

VAMPIRES SUCK

 

2010 – USA

 

Réalisé par Jason Friedberg et Aaron Seltzer

 

Avec Jenn Proske, Matt Lanter, Christopher N. Riggi, Ken Jeong, Anneliese van der Pol, Diedrich Bader, Arielle Kebbel, B.J. Britt, Charlie Webber, Crista Flanagan

 

THEMA VAMPIRES

Après avoir signé le scénario d’Agent zéro zéro et avoir participé à l’écriture de Scary Movie, Jason Friedberg et Aaron Seltzer ont décidé que le genre parodique était un filon rentable et se sont donc spécialisés dans cet exercice sans chercher particulièrement la subtilité (nous sommes à mille années-lumière des pastiches virtuoses des ZAZ, de Jay Roach ou d’Edgar Wright). Après avoir enchaîné à un rythme régulier Sexy Movie, Big Movie, Spartatouille et Disaster Movie, les duettistes changent un peu de mécanique avec Mords-moi sans hésitation. Certes, il s’agit une fois de plus de parodier les grands succès cinématographiques du moment, mais au lieu de chercher à se moquer de dizaines de films à la fois (comme dans leurs opus précédents), Friedberg et Seltzer se concentrent cette fois-ci sur une seule franchise : Twilight (particulièrement les deux premiers films de la saga). Et même si Mords-moi sans hésitation (« traduction » française tout en finesse de Vampires Suck) cligne aussi de l’œil vers plusieurs séries télévisées en vogue (Vampire Diaries, Gossip Girls, Buffy tueuse de vampires, Les Frères Scott), sa cible principale reste l’adaptation des best-seller de Stephenie Meyer.

Les deux réalisateurs soignent tout particulièrement leur casting pour que leurs acteurs, pour la plupart inconnus du grand public, se conforment le mieux possible aux modèles dont ils se moquent, en particulier Jenn Proske en émule « girl next door » de Kirsten Stewart (dont elle s’amuse à imiter le tic des cheveux derrière l’oreille), Matt Lanter (la voix d’Anakin Skywalker dans The Clone Wars) en copie blafarde de Robert Pattinson et Chris Riggi (Gossip Girl) sous la perruque et les poils de Jacob. L’histoire elle-même ne laisse que peu de surprises aux spectateurs, puisqu’elle reprend à la lettre les péripéties de Twilight. La jeune Becca Crane emménage donc dans la petite ville de Sporks pour y vivre avec son père policier après que sa mère a entamé une liaison extra-conjugale (avec Tiger Woods !). Elle se lie d’amitié avec plusieurs élèves de son nouveau lycée et se laisse attirer par le mystérieux, distant et ténébreux Edward Sullen dont le comportement étrange la rend perplexe…

Mimétisme

Resserrer le pastiche sur une seule saga (au lieu du patchwork souvent indigeste des films précédents des duettistes) n’est pas une mauvaise idée en soi. Comme à l’époque du premier Scary Movie – sur lequel Friedberg et Seltzer n’écrivirent pas grand-chose en fin de compte, le scénario étant surtout l’œuvre des frères Wayans – la parodie peut plus facilement moquer les lieux communs d’un genre sans chercher forcément les clins d’œil tous azimuts au risque de s’éparpiller. Quelques détournements de clichés font mouche dès l’entame du film, comme les playlists dépressives qu’écoute l’héroïne en plein mal-être (« Angoisse d’ado mix », « Je déteste la vie mix », « Je te hais mix ») ou le père qui refuse de voir sa fille grandir (il lui donne une tétine et la trimballe dans un porte-bébé !). Tout le film s’amuse ainsi à surligner les ficelles de mise dans un tel récit. C’est plutôt bien vu, mais cette approche « méta » systématique (qui consiste à commenter les poncifs tout en s’y adonnant pleinement) fixe très vite ses limites et démontre sa propre vacuité, d’autant que l’aliénation du scénario à celui de Twilight empêche Mords-moi sans hésitation de développer sa propre intrigue. On apprécie donc la qualité de l’imitation et le sens du mimétisme des cinéastes, mais l’intérêt d’un tel film demeure très limité. D’autant que les gags souffrent souvent d’un problème de timing. Visiblement peu confiants dans l’acuité des spectateurs, les réalisateurs amenuisent souvent leurs effets comiques en s’appesantissant au lieu d’opter pour un rythme plus alerte. Mords-moi sans hésitation est donc l’archétype du produit de grande consommation qui fait passer un bon moment puis s’oublie aussitôt.

 

© Gilles Penso

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LUI ET L’AUTRE (1983)

Au début des années 80, deux humoristes espagnols décident de parodier E.T. l’extra-terrestre et concoctent le pire des nanars…

EL E.T. Y EL OTO

 

1983 – ESPAGNE

 

Réalisé par Manuel Esteba

 

Avec Francisco Calatrava, Manuel Calavatra, Curro Garcia, Oscar Garcia, Diana Conca, Manolo Royo, Javier De Campos, Goyito Fernandez

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Attention : le film dont voici la chronique est susceptible d’entrer dans le livre Guiness des Records au titre de la pire des parodies de tous les temps. À côté de Lui et l’autre, les bidasseries les plus crétines, les imitations turques des superproductions hollywoodiennes et l’intégralité de la filmographie des Charlots mériteraient leur place à la cinémathèque aux côtés de Citizen Kane. Les deux « stars » de Lui et l’autre sont Manuel García Lozano (dit Manolo, ou « le laid ») et Francisco García Lozano (alias Paco, ou « le moins laid »), deux humoristes connus en Espagne sous le nom des frères Calavatra. Duo musical spécialisé dans les pastiches de chansons célèbres, hommes de spectacle, animateurs de programmes télévisés et radiophoniques, les Calavatra décident un beau jour de faire du cinéma. L’invention des frères Lumière ne s’en est jamais totalement remise. Après des perles telles que Horror Story en 1972, Los Kalavatra contra el Imperio del Karate en 1974 ou encore Makarras Conexion en 1977, nos joyeux trublions décident hélas de se lancer dans une parodie de E.T. l’extra-terrestre. Leur partenaire de crime sera le réalisateur Manuel Esteba, qui dirigea plusieurs de leurs films précédents mais aussi des mélodrames familiaux (Une larme dans le ciel), des fables de science-fiction (Les Survivants de l’apocalypse), des « rape and revenge » (Cœurs violés) et quelques raretés mêlant allègrement l’horreur et l’érotisme.

« Un film avec trois Oscars » annonce fièrement le générique de Lui et moi, avant d’énumérer les trois Oscars en question : « Oscar Fernandez (aide électricien), Oscar Barcial (secrétaire de l’aide de l’électricien) et Oscar Pedrin (pistonné par le producteur) ». Il n’y a pas de quoi déclencher l’hilarité, certes, mais c’est sans doute le meilleur gag du film. Un vaisseau spatial occupe bientôt tout l’écran (autrement dit les lumières clignotantes et les fumigènes d’une boîte de nuit disco). Une porte s’ouvre, un extra-terrestre dont on aperçoit à peine la silhouette est éjecté dans la nature puis trois figurants avec des lampes de poche explorent les bois nocturnes. Steven Spielberg n’a qu’à bien se tenir, la concurrence s’annonce rude ! Changement de décor : nous voici dans la maisonnée d’une famille monoparentale avec un père laxiste créateur d’œuvres d’art particulières (des fresques murales, des villages en allumettes) et trois enfants dont le cadet, Jojo, est un farceur à tendances psychopathes. Ses blagues préférées ? Effrayer son père avec un cobra, cacher des piranhas dans sa baignoire ou saboter les freins de sa voiture. Lorsque le pauvre paternel se met en gesticuler en hurlant « Jojo ! », le spectateur est censé en conclure qu’il faut rire. Le gag le plus sophistiqué, en ce domaine, reste une tarte à la crème écrasée sur des fesses. Voilà qui donne le niveau général du film.

Rencontres d’un drôle de type

Bien sûr, les choses ne s’arrangent pas avec l’arrivée de l’extra-terrestre au sein de la petite famille. Cet alien impensable est interprété par Francisco Calatrava, engoncé dans un costume en lycra qui plisse de partout (et qui moule dangereusement son entrejambes). Son jeu se limite à des grimaces hideuses et à des borborygmes la plupart du temps inaudibles. Avec ses moyens très limités et ses ambitions artistiques au raz du gazon, Lui et moi essaie de reproduire comme il peut quelques-unes des scènes clés d’E.T. (le cours de sciences, la soirée d’Halloween, l’invasion de la maison par des scientifiques) avec une maladresse qui serait presque touchante si nous n’étions pas tant frappés d’embarras. Ne sachant visiblement pas par quel bout prendre ce pastiche sans queue ni tête, les frères Calavatra et Manuel Esteba tentent tout et n’importe quoi : une séquence chorégraphique où l’extra-terrestre en tutu esquisse des pas de danse classique, une scène romantique très gênante où la sœur de Jojo fait les yeux doux à l’alien en susurrant « Romeo », un passage chanté où tous les acteurs se dandinent en claquant des doigts… Même les spectateurs qui se préparent au pire n’ont pas idée de ce que leur cerveau est prêt à subir face au visionnage de Lui et moi. Le pire du pire est ici allègrement atteint !

 

© Gilles Penso

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SCARY MOVIE (2000)

Les frères Wayans profitent du succès de Scream et de ses imitations pour en tirer une parodie déjantée gorgée d’humour gras…

SCARY MOVIE

 

2000 – USA

 

Réalisé par Keenen Ivory Wayans

 

Avec Anna Faris, Dave Sheridan, Jon Abrahams, Marlon Wayans, Regina Hall, Shawn Wayans, Shannon Elizabeth, Lochlyn Munro, Carmen Electra

 

THEMA TUEURS I SAGA SCARY MOVIE

Le slasher étant revenu sur le devant de la scène grâce à Scream, Souviens-toi l’été dernier et toutes les suites/imitations qui en découlèrent, Shawn Wayans, Marlon Wayans, Buddy Johnson et Phil Beauman, maîtres d’œuvre de la sitcom Les Frères Wayans, décident de se lancer à la fin des années 1990 dans l’écriture d’un long-métrage parodique détournant tous les clichés du genre. Son titre ? « Last Summer I Screamed Because Halloween Fell On Friday The 13th » (« L’été dernier j’ai hurlé parce qu’Halloween est tombé un vendredi 13 ») ! Le studio Miramax s’y intéresse mais développe déjà son propre pastiche des films d’horreur à travers un projet co-écrit par Jason Friedberg et Aaron Seltzer (Agent zéro zéro). Les deux scénarios sont finalement fusionnés pour ne faire qu’un. Peu de choses du travail de Friedberg et Seltzer seront finalement retenues, même si la guilde des scénaristes insiste pour que les noms des six auteurs soient crédités au générique. La mise en scène est confiée à Keenen Ivory Wayans, spécialisé dans l’écriture de sketches humoristiques, déjà signataire de deux longs-métrages n’ayant pas traversé l’Atlantique jusqu’à nous : I’m Gonna Git You Sucka en 1988, parodie des films de blaxploitation des années 1970, et la comédie policière A Low Down Dirty Shame en 1994.

Tout commence par une reprise de la légendaire scène d’introduction de Scream, dans laquelle Carmen Electra remplace Drew Barrymore. Très rapidement, le spectateur comprend que l’humour sera situé en dessous de la ceinture. Flatulences, allusions sexuelles graveleuses et humour pipi-caca sont en effet au rendez-vous. L’intrigue suit à peu de choses près celle du classique de Wes Craven. Le rôle principal de l’émule de Neve Campbell est confié à Anna Faris, qui effectue là ses premiers pas face à la caméra. Deux des frères Wayans lui donnent la réplique : Shawn dans le rôle de Ray (un grand gaillard sportif qui refoule sans cesse son homosexualité non assumée, bonjour la finesse !) et Marlon dans celui de Shorty (un idiot congénital hystérique qui vient vite à bout de la patience des spectateurs les moins exigeants). Cheri Oteri incarne la journaliste arriviste inspirée de celle que jouait Courteney Cox et Dave Sheridan un policier stupide inspiré du Dwight Riley campé par David Arquette. Tout ce beau monde affronte un tueur adoptant la panoplie complète de Ghostface et se prenant régulièrement les pieds dans le tapis comme son modèle.

Le Scream était presque parfait

Si la cible principale du pastiche est bien sûr Scream (et sa suite, notamment via la scène située dans un cinéma), d’autres films sont dans la ligne de mire de Scary Movie, en particulier Souviens-toi l’été dernier, Le Projet Blair Witch, Sixième sens, Matrix, Titanic et Usual Suspects. Cette propension à s’intéresser en priorité aux succès du moment condamne le film de Keenen Ivory Wayans à une certaine obsolescence. Certains clins d’œil sont donc inévitablement datés, comme ce pastiche du spot de publicité Budweiser très populaire à l’époque qui repose sur la réplique « Whassup ! » Les parodies du trio Zucker/Abrahams/Zucker (Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?, Top Secret) restant les modèles du genre, Scary Movie tente de calquer certains de ses gags sur la même mécanique, mais la mise en scène maladroite de Wayans ne parvient pas à rendre justice à cet humour visuel nécessitant un timing parfait. Exemple : les protagonistes s’inquiètent de la disparition d’un de leurs amis tandis qu’à l’arrière-plan le tueur passe la serpillère et se débarrasse du corps. Incapable de tenir le gag sur un seul plan-séquence, le réalisateur insère au montage des gros plans du tueur en pleine opération de nettoyage, insistant lourdement sur le décalage et annihilant du même coup l’effet comique. Fort heureusement, plusieurs gags font mouche et quelques parodies sont bien senties. Dommage que la vulgarité demeure le maître mot de cette comédie qu’on aurait aimé plus inventive. Énorme succès public, Scary Movie entraînera de nombreuses séquelles et ravivera le genre parodique à Hollywood.

 

© Gilles Penso

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DANS LES GRIFFES DE LA MOMIE (1967)

Des archéologues découvrent le tombeau d’un prince égyptien dans une caverne et réveillent une terrible malédiction…

THE MUMMY’S SHROUD

 

1967 – GB

 

Réalisé par John Gilling

 

Avec André Morell, John Phillips, David Buck, Michael Ripper, Catherine Lacey, Eddie Powell, Maggie Kimberly, Tim Barrett

 

THEMA MOMIES

La Malédiction des pharaons et Les Maléfices de la momie ayant fait leur petit effet, la Hammer décide de tirer profit du filon avec cette troisième aventure, dernier film de la compagnie britannique à être tourné aux studios Bray. Dès le prologue – un flash-back situé dans l’Égypte antique – on sent bien que le budget a considérablement été revu à la baisse. Avec dix figurants en costume et un bout de décor en carton-pâte, nous découvrons l’histoire du jeune prince Kah To Bé, contraint de se réfugier avec son serviteur Prem (Dickie Owen, déjà momie dans le film précédent) dans le désert après l’assassinat de son père Men Ta par son propre frère Ar Men Ta. Sentant la mort venir, le prince déchu confie son sceau royal à son robuste serviteur… et nous voilà transportés au début des années 20. Financée par le riche industriel Stanley Preston et menée par Sil Basil Walden, une équipe d’archéologue cherche la sépulture du défunt prince. Les membres de l’expédition ne sont plus que quatre depuis que les porteurs les ont abandonnés, ce qui s’avère bien pratique d’un point de vue budgétaire. Parmi eux se trouve une dénommée Claire, qui semble avoir un certain don pour les prémonitions, n’hésitant pas à affirmer : « quand nous sortirons du désert commencera le vrai danger, et quelques-uns parmi nous vont en être victimes. »

Les archéologues découvrent enfin la caverne où repose le tombeau du prince, mais se heurtent à la désapprobation de Hasmid, descendant de Prem, qui surgit comme un diable et s’autoproclame gardien du tombeau. A leur retour au Caire, Walden tombe malade et se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique. Après s’en être évadé, il est recueilli par une étrange voyante, Haiti. Complice d’Hasmid, elle récite les incantations et réveille la momie de Prem. Colossale et plutôt bien en chair, celle-ci est affublée d’un maquillage sommaire, genre cagoule blanche de catcheur mexicain, ce qui nuit beaucoup à sa crédibilité. Le design du masque s’inspire pourtant d’une vraie momie exposée au British Museum. Pour incarner le monstre, on fait appel à Eddie Powell, un cascadeur qui doubla souvent Christopher Lee, notamment dans la série des Dracula mais aussi dans La Malédiction des pharaons. La momie attaque d’abord Walden, lui écrasant la tête entre ses puissantes mains, puis regagne sagement son sarcophage. Sa prochaine victime est le photographe de l’expédition, qu’elle asperge d’acide avant d’incendier son labo photo. Quelque peu échaudé, Preston décide de quitter l’Égypte avec son attaché de presse. Mais son projet tourne court. Il finit étranglé sur un quai tandis que son assistant est défenestré sans ménagement…

« L’un fabrique des femmes, l’autre les détruit ! »

Visiblement conscient du manque de panache de sa momie, le réalisateur John Gilling prend le parti de déformer la première vision du monstre qu’ont ses victimes nocturnes : en reflet dans une boule de cristal, dans le bac de révélateur du photographe, ou encore sous forme d’une silhouette floue à travers les yeux d’un myope ayant brisé ses lunettes. L’affrontement final est lui-même un peu terne, la momie finissant vaincue par une formule sacrée prononcée à voix haute par la belle Maggie Kimberley. Elle se décompose alors via un trucage simple mais très efficace : ses mains effritent son visage qui révèle un crâne tombant lui-même en miettes. Écrit en cinq jours à peine par John Gilling et Anthony Hinds, Dans les griffes de la momie n’a qu’un seul véritable atout : le comédien John Phillips, savoureux en businessman odieux et imbu de lui-même qui dicte ses exploits et ses quatre volontés à son attaché de presse servile. Le film sort en double-programme avec Frankenstein créa la femme, le slogan des encarts publicitaires de l’époque n’y allant pas avec le dos de la cuiller : « Quel horrible duo ! L’un fabrique des femmes, l’autre les détruit ! », tandis que l’illustration de Tom Chantrell, reprise par Boris Grinson pour les affiches françaises, montre un visage couvert de bandelettes, le regard fou, empoignant dans sa main une jeune femme en maillot de bain ! Le gigantisme mensonger de la créature est accru par la présence d’un arbre et de figurants paniqués courant sur son crâne, comme s’il s’agissait d’une colline ! Déçu par ce film, qu’il considère comme l’une de ses pires réalisations, John Gilling se tourne ensuite vers le petit écran (Les Champions, Le Saint) puis prend sa retraite en Australie au milieu des années 70.

 

© Gilles Penso


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LA MAISON AUX FENÊTRES QUI RIENT (1976)

Venu restaurer la fresque de la vieille église d’un village italien, un artiste peintre se retrouve plongé dans une atmosphère cauchemardesque…

LA CASA DALLE FINESTRE CHE RIDONO

 

1976 – ITALIE

 

Réalisé par Pupi Avati

 

Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Giulio Pizzirani, Vanna Busoni, Andrea Matteuzzi

 

THEMA TUEURS

Si le nom Pupi Avati est aujourd’hui associé à de jolies comédies dramatiques italiennes telles qu’Histoire de garçons et de filles, Le Sentier des anges ou Le Cœur est ailleurs, le cinéaste fit ses premières armes en participant à l’écriture d’œuvres sulfureuses telles que Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini ou Baiser macabre de Lamberto Bava (qu’il produisit), puis mit en scène quelques films d’épouvante insolites comme l’horrifique Zeder ou le très surprenant La Maison aux fenêtres qui rient. Derrière ce titre surréaliste qui évoque les premiers films de Dario Argento, notamment L’Oiseau au plumage de cristal ou Quatre mouches de velours gris, se cache une intrigue torturée à mi-chemin entre le thriller et l’horreur pure. Le générique de début donne le ton : on y voit un homme nu, pendu par les bras et lardé de coups de couteau par deux silhouettes encapuchonnées, tandis qu’une voix masculine déclame une ode à la couleur, à la peinture et au sang.

Après ce prologue choc, le film prend pour héros Stefano (Lino Capolicchio), un artiste talentueux missionné dans un petit village italien pour restaurer la fresque murale d’une église qui a été détruite puis reconstruite six fois à travers les âges. L’auteur de la peinture, un certain Bruno Leniani, est mort dans d’étranges circonstances vingt ans plus tôt, et s’était spécialisé dans la reproduction hyperréaliste de la souffrance et de la mort. D’où cette fresque, représentant avec une troublante crudité l’agonie de Saint-Sébastien. Stefano se met à l’œuvre, mais se rend bien compte que sa venue n’est pas appréciée de tous. Il y a d’abord ces appels téléphoniques anonymes qui l’enjoignent de rentrer chez lui, puis cet hôtel qui refuse de continuer à l’héberger, et enfin la mort mystérieuse de son ami Antonio (Giulio Pizzirani) sur le point de lui faire d’inquiétantes révélations à propos d’une « maison avec d’étranges fenêtres ». Pour pouvoir prolonger son séjour au village, Stefano est contraint de loger dans une grande demeure un peu à l’écart, où vit une vieille propriétaire constamment alitée.

Rouge sang

Là, l’épouvante va s’immiscer plus profondément, via ces bruits angoissants qui résonnent toutes les nuits dans la maison, où cette bande magnétique à l’étrange contenu que Stefano découvre derrière une tenture… Ainsi, par touches successives, Pupi Avati instille un climat malsain, prenant patiemment son temps pour construire l’atmosphère de son film, jouant sur des décors sinistres à souhait, une photographie de Pasquale Rachini qui compose admirablement avec la palette des couleurs, une bande son subtilement lugubre et un rythme pesant… Jusqu’à ce dénouement choc, où l’horreur éclate enfin sans retenue, et où la folie meurtrière nous renvoie directement à la célèbre chute de Psychose. Méconnue, discrètement distribuée en nos contrées, La Maison aux fenêtres qui rient est une œuvre trouble à ranger sans conteste aux côtés des meilleurs joyaux transalpins du genre, quelque part entre Les Frissons de l’angoisse, La Longue nuit de l’exorcisme et Suspiria.

 

© Gilles Penso

 

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MONSTER FROM GREEN HELL (1957)

Des guêpes irradiées par des rayons cosmiques atteignent des proportions colossales et sèment la panique dans la jungle…

MONSTER FROM GREEN HELL

 

1957 – USA

 

Réalisé par Kenneth G. Crane

 

Avec Jim Davis, Barbara Turner, Robert E. Griffin, Joel Fluellen, Eduardo Ciannelli, Vladimir Sokoloff, Tim Huntley, LaVerne Jones

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Sous l’impulsion de Des monstres attaquent la ville et Tarantula, distribués respectivement en 1954 et 1955, le cinéma de science-fiction du milieu des années 50 s’est soudain pris d’une passion grandissante pour les insectes géants nés d’expériences inavouables. Produit par Al Zimbalist Jr, responsable d’un assez redoutable Robot Monster, ce Monster From Green Hell se contente ainsi d’accumuler tous les poncifs du genre, en prenant pour prétexte un missile transportant des guêpes envoyées dans l’espace à titre expérimental qui finit par s’écraser en pleine Afrique. Devenus gigantesques à cause de rayons cosmiques ayant entraîné leur mutation, les insectes sèment bientôt une belle panique dans la jungle. De toute évidence, Wah Chang, qui est chargé de fabriquer les monstres géants, n’a pas vu de guêpes depuis longtemps lorsqu’il s’attelle à la tâche, car ses créatures ne ressemblent que très vaguement à des insectes, et s’approchent à la limite plus du scarabée que de la guêpe. D’ailleurs, on les voit beaucoup plus souvent ramper que voler.

La plupart du temps, le trucage utilisé est une tête géante qui terrorise les personnages mais provoque plutôt le rire chez les spectateurs. Pour les plans plus larges, c’est l’animation image par image qui est mise à contribution, sous la supervision de Jack Rabin et Louis DeWitt. Cette technique permet des effets plus intéressants et des images plus mémorables que la grosse tête immobile, mais le look des insectes demeure très peu crédible dans les deux cas, leurs petites ailes battant timidement dans les airs et leurs mandibules s’agitant sans beaucoup de conviction. Pour intégrer les figurines animées dans les prises de vues réelles, l’équipe des effets spéciaux recourt principalement aux transparences, ce qui permet notamment de montrer les guêpes menacer les acteurs, des hordes d’animaux récupérées dans des stock-shots divers ou des foules généreusement puisées dans le film Stanley et Livingstone d’Henry King et Otto Brower (1939). C’est d’ailleurs pour mieux se raccorder avec ces larges extraits que l’ensemble des comédiens portent des costumes victoriens ! Dans d’autres plans, des doubles expositions donnent aux guêpes des tailles godzillesques au mépris de tout sens des proportions.

« La nature sait parfois réparer elle-même ses erreurs… »

L’une des séquences les plus intéressantes est probablement le combat nocturne entre l’une des guêpes géantes et un immense serpent, recourant presque exclusivement à l’animation dans un décor miniature, même si sa brièveté la rend assez frustrante. Finalement, les monstres bourdonnants sont anéantis par une éruption volcanique, via des plans très « cheap » qui se contentent de surimpressionner de véritables images de volcans avec des plans des insectes déjà utilisés plus tôt dans le film. Et les héros de conclure cette belle aventure par quelques phrases hautement spirituelles du style « Il a fallu un volcan pour réussir là où nous avons échoué », ou encore « La nature sait parfois réparer elle-même ses erreurs ». Que d’émotions ! Le réalisateur Kenneth G. Crane tournera deux autres films fantastiques très anecdotiques, The Manster et The Double Garden, avant de revenir à son activité première de monteur.

 

© Gilles Penso

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Bonus +

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LES EXPÉRIENCES ÉROTIQUES DE FRANKENSTEIN (1973)

Un délire érotico-horrifique concocté par l’habitué du genre Jess Franco, avec le monstre de Frankenstein, un savant fou et une femme vampire…

LA MALDICION DE FRANKENSTEIN

 

1972 – ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Jess Franco

 

Avec Howard Vernon, Britt Nichols, Dennis Price, Fernando Bilbao, Lina Romay, Anne Libert, Albert Dalbes, Luis Barboo

 

THEMA FRANKENSTEIN I VAMPIRES

Dans cette séquelle assez calamiteuse de Dracula prisonnier de Frankenstein, Jess Franco se distingue une fois de plus par la maladresse de sa mise en scène : les mouvements de caméra sont approximatifs, les coups de zoom anarchiques, l’image souvent floue, les acteurs jouent un peu n’importe comment (surtout dans les scènes où ils sont censés s’affronter) et la musique est assez peu audible. Ici, le monstre de Frankenstein (Fernando Bilbao, le même que dans le film précédent) est entièrement argenté et son maquillage (dont on voit précisément les raccords) évoque très grossièrement celui de Boris Karloff. Ranimé magnétiquement dans un décor de laboratoire excessivement pauvre, il s’écrie « j’ai mal à la tête » lorsque son créateur (le maladif Dennis Price), assisté d’un dénommé Morpho (qu’interprète Jess Franco lui-même), lui transperce le crâne pour des raisons scientifiques qui nous échappent. Bientôt, la créature est kidnappée par le maléfique Cagliostro (Howard Vernon, le Dracula du film précédent) et Melissa (Anne Libert), sa femme-oiseau vampire au corps recouvert de plumes bleues.

Au passage, Melissa occis Morpho puis kidnappe de jeunes vierges pour le plaisir de Cagliostro et pour ses futures expériences. On ne sait pas exactement à quoi elles peuvent servir, d’un point de vue strictement médical, mais à ce stade on ne s’étonne plus de rien. De son côté, Frankenstein trépasse, ressuscite grâce aux efforts de sa fille Vera (Beatriz Savon), puis meurt à nouveau ! Vera Frankenstein tente alors assez maladroitement de s’opposer à Cagliostro en se livrant elle-même comme victime. Friand d’expériences absurdes, Cagliostro, de son côté, décapite une jeune femme et greffe sa tête sur le corps d’une autre, afin de créer la « femelle parfaite ». Il la fait ressusciter par Vera et l’offre aux ardeurs du monstre de Frankenstein, dans le but de faire naître une descendance de surhommes, la race des « Pantos ». Mais le Dr Seward fait comprendre au monstre que Cagliostro a fait tuer son créateur, ce qui provoque sa fureur.

Des femmes nues et des zombies

Quelques femmes nues et des zombies portant des masques de carnaval ajoutent un peu d’ambiance au délire ambiant. La fin, aussi confuse que le reste du métrage, nous apprend la future naissance d’un autre Cagliostro dans neuf mois (?!). On sent bien que tout – du scénario jusqu’au montage en passant par la fabrication des décors et la direction des acteurs – est fait à la hâte, dans la panique et le désordre le plus total, témoignage à vif de la boulimie maladroite d’un Jess Franco soucieux d’enchaîner les films les plus vite possible sans jamais tirer la moindre leçon de ses erreurs ni tenter d’améliorer la qualité de ses métrages. Dans le rôle d’Esmeralda la Gitane, on reconnaît Lina Romay, qui avait fait ses débuts la même année dans La Fille de Dracula, et qui allait rapidement devenir l’égérie de Jess Franco, héroïne de bon nombre de ses délires érotico-horrifiques, le suivant même jusque dans ses œuvres les plus pornographiques (et il en réalisa un nombre non négligeable, le bougre !). Les Expériences érotiques de Frankenstein est aussi connu sous un titre plus « sage », La Malédiction de Frankenstein.

 

© Gilles Penso

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WARLOCK (1989)

Julian Sands entre dans la peau d’un être démoniaque qui débarque dans le Los Angeles des années 1980 pour retrouver un grimoire magique…

WARLOCK

 

1989 – USA

 

Réalisé par Steve Miner

 

Avec Julian Sands, Lori Singer, Richard E. Grant, Mary Woronov, Kevin O’Brien, Richard Kuss, Allan Miller

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS

À la fin des années 1980, David Twohy n’est pas encore le scénariste de À armes égales, Waterworld et Le Fugitif, ni le réalisateur de la saga Riddick. Mais il a déjà à son actif le script de Critters 2, déployant des trésors d’ingéniosité autour d’un concept se contentant au départ de surfer sur le succès du Gremlins de Joe Dante. L’histoire qu’il concocte pour Warlock séduit l’équipe de New World Pictures, la compagnie créée par Roger Corman, qui en confie la mise en scène à Steve Miner. Ce dernier a alors réalisé Le Tueur du vendredi, Meurtres en trois dimensions et House, démontrant ses affinités évidentes avec l’horreur, mais aussi neuf épisodes de la série Nos années coup de cœur ainsi que le désopilant Soul Man, preuve que la comédie est aussi dans ses cordes. Ces deux composantes vont s’avérer très utile pour donner à Warlock sa forme définitive. Pour le rôle principal, c’est Julian Sands qui est envisagé. Repéré pour ses prestations dans La Déchirure, Chambre avec vue et Gothic, cet acteur d’origine anglaise prête peu d’attention au scénario qu’on lui fait parvenir, persuadé qu’il s’agit d’un de ces innombrables slashers dont sont envahis les écrans depuis Halloween. Lorsqu’il finit par le lire, l’histoire et le ton lui plaisent beaucoup et il s’embarque dans l’aventure.

En 1691, à Boston, le chasseur de sorcières Giles Redferne (Richard E. Grant) capture le démoniaque Warlock (Sands) et le fait condamner à la pendaison. Mais Satan le libère et le propulse dans le futur. Redferne le suit à travers le portail temporel et le retrouve dans Los Angeles trois siècles plus tard. Le Warlock atterrit en catastrophe dans la maison d’une serveuse nommée Kassandra (Lori Singer) qui l’héberge sans se douter qu’elle vient d’ouvrir ses portes à un être démoniaque… A peu de choses près, Warlock suit la trame narrative de Terminator, l’enjeu étant le même (le basculement de la Terre dans le chaos), mais cette fois ci nos deux antagonistes viennent du 17ème siècle. La quête est ici celle d’un grimoire diabolique à reconstituer. Cette espèce de Necronomicon aurait pu permettre à Warlock de s’intituler Pages arrachées au livre de Satan si le titre n’avait déjà été utilisé par Carl Theodor Dreyer en 1920.

« Je suis une sorcière ! »

Julian Sands trouve ici un de ses meilleurs personnages, nimbant chacune de ses apparitions d’une aura inquiétante des plus efficaces. La mise en scène inspirée de Steve Miner joue volontiers avec le suspense (l’héroïne vieillie qui tente de récupérer son bracelet en courant après un train en marche), l’horreur (des yeux et une langue arrachés, un doigt tranché) et le fantastique spectaculaire (les voltiges à la Superman, l’affrontement final). Avec bonheur, l’humour s’immisce de manière quasi-omniprésente, non pour distancier le spectateur de l’intrigue en le faisant ricaner – comme c’était souvent le cas dans le cinéma d’horreur de l’époque -, mais pour lui permettre de partager le cynisme dévastateur du Warlock. La partition de Jerry Goldsmith donne une touche un peu rétro au film. Dommage que le final, qui semble inspiré de Scanners, se débarrasse du sorcier de manière aussi expéditive et aussi peu crédible. Notons les difficultés des traducteurs français avec le mot « warlock », ce qui amène parfois Julian Sands à affirmer avec appoint : « je suis une sorcière » ! Le film est achevé à la fin de l’année 1988 mais la société New World Pictures fait faillite au moment de sa sortie en salles. Les droits de distribution sont alors rachetés par Trimark Pictures qui mettra sur pied les suites Warlock 2 et Warlock III.

 

© Gilles Penso

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LE MONDE PERDU (1951)

Une aventure romanesque maritime qui confronte ses héros à des pirates et à des dinosaures sur une île déserte volcanique…

TWO LOST WORLDS

 

1951 – USA

 

Réalisé par Norman Dawn

 

Avec Laura Elliot, James Arness, Bill Kennedy, Gloria Petroff, Tom Hubbard, Jane Harlan, Michael Rye

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Vingt-six ans après Le Monde perdu d’Harry O’Hoyt, cette petite production réalisée par Norman Dawn n’hésite pas à promettre à ses spectateurs un double monde perdu avec le titre sans équivoque Two Lost Worlds (que les distributeurs belges et français traduisent de manière plus classique, quitte à faire croire de manière mensongère qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle). Le récit commence le 16 août 1830. Nous sommes alors au cœur du développement de la marine marchande, symbolisée par le fier navire Hamilton Queen quittant les rives de Salem pour son premier voyage en direction des Indes orientales. « Le Hamilton Queen transporte bien plus que la précieuse cargaison abritée dans sa cale », déclame une voix off sans demi-mesure. « Il transporte les rêves de l’Amérique et ceux des hommes qui savent saisir la chance que leur offre leur destin ». Kirk Hamilton lui-même nous apparaît alors sous les traits du comédien James Arness (La Chose d’un autre monde, Des Monstres attaquent la ville), fier, le cheveu au vent, la main nonchalamment posée sur la barre du navire, tel l’incarnation en chair et en os d’une gravure d’époque.

L’élément comique du film est apporté par le personnage de Salty (Tim Graham), l’homme à tout faire qui grimace régulièrement avec la finesse d’Abbott et Costello. Lorsque le sinistre capitaine Hackett (Michael Rye), à bord du Phantom, décide de passer à l’abordage, une brève bataille marine garnie de stock-shots s’ensuit, avant que le Hamilton Queen ne parvienne à semer ses assaillants. Blessé, Hamilton fait alors escale dans une petite ville côtière australienne pour se soigner et laisse son équipage poursuivre le voyage. Là, il sympathise avec la fille du gouverneur, Elaine Jeffries (Laura Elliot). S’ensuivent une amourette printanière, la jalousie du rival, le bal du village et le retour de la voix off qui paraphrase tout ce qui passe à sa portée… Plus ce récit romanesque avance, plus il semble évident que le titre du film est aussi mensonger que son poster garni de reptiles géants agressifs. Le spectateur qui aura eu la patience d’attendre jusque-là assistera au retour du pirate et de ses hommes, à l’enlèvement d’Elaine et à une nouvelle bataille en mer garnie de coups de canons et de stock-shots.

Les sauriens qui venaient d’ailleurs

Il faut attendre la toute dernière bobine, à un quart d’heure de la fin du métrage, pour que nos héros échouent sur une île déserte et volcanique. Là, sans crier gare, les dinosaures surgissent enfin… ou plutôt un crocodile et un iguane agrandis à l’écran. Leur présence est d’autant plus incongrue dans l’aventure que rien ne la justifie. Ils sont d’ailleurs empruntés à un autre film, le fameux Tumak, fils de la jungle d’Hal Roach (1940), grand pourvoyeur de stock-shots reptiliens à l’attention de productions fauchées en mal de grands monstres. Les deux sauriens s’entretuent donc, sous le regard des protagonistes via des rétroprojections plutôt bien troussées, avant l’incontournable catastrophe volcanique clôturant comme il se doit la majorité des récits de mondes perdus. Ayant épuisé son lot d’images d’archives, Two Lost Worlds s’achève comme il a commencé, avec l’image d’Épinal d’un navire marchand qui vogue sur les océans et une voix off plus sentencieuse que jamais…

 

© Gilles Penso

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