TREMORS 2 : LES DENTS DE LA TERRE (1996)

Les vers géants à l’appétit vorace sont de retour dans cette suite déjantée… et cette fois-ci ils courent et sautent !

TREMORS 2: AFTERSHOCKS

 

1996 – USA

 

Réalisé par Steven S. Wilson

 

Avec Fred Ward, Christopher Gartin, Helen Shaver, Michael Gross, Marcelo Tubert, Marco Hernandez, José Rosario, Thomas Rosales Jr.

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA TREMORS

Scénariste de Short Circuit, Miracle sur la 8ème rue, Appelez-moi Johnny 5 et du premier Tremors, S.S. Wilson attaque là son premier long-métrage en tant que réalisateur. Son scénario de Tremors 2, co-écrit avec Brent Maddock, séduit immédiatement les cadres d’Universal qui lancent la production en 1993. Le tournage est alors prévu en Australie, avec un budget de 17 millions de dollars. Kevin Bacon, Fred Ward et Reba McEntire, les trois héros du premier Tremors, sont censés s’embarquer une fois de plus dans l’aventure. Mais McEntire doit se lancer dans une grande tournée (elle est avant tout chanteuse de country à succès) et Bacon est pris par le tournage d’Appolo 13. Privé de têtes d’affiche, Tremors 2 doit être considérablement revu à la baisse. S.S. Wilson s’engage alors à respecter le scénario initial (moyennant quelques ajustements) pour un coût de 4 millions de dollars, quitte à travailler sans salaire. Les équipes des effets spéciaux acceptent de baisser considérablement leurs tarifs, le tournage est relocalisé au Mexique pour réduire les coûts et Tremors 2 est en fin de compte conçu comme un film directement destiné au marché vidéo. Ce n’est qu’à ces conditions que sa production est relancée. Les prises de vues sont bouclées en moins d’un mois, tout début 1994.

Fred Ward rempile dans le rôle d’Earl Basset, le cowboy bougon et taciturne dont nous apprenons qu’il a dilapidé sa fortune dans un ranch d’autruches en faillite. Pour justifier l’absence de Kevin Bacon et Reba McEntire, un dialogue explique que les deux tourtereaux sont partis convoler en justes noces. Alors qu’il tente maladroitement de dresser quelques-uns des capricieux oiseaux coureurs en sa possession, Earl est approché par le propriétaire terrien Carlos Ortega (Marcelo Tubert) dont le champ pétrolifère mexicain est endeuillé par une série de morts violentes. Apparemment, les vers géants du premier Tremors (« graboïdes » pour les intimes) sont de retour et déciment ses employés un par un. Convaincu par la coquette somme qu’on lui promet, Earl accepte à contrecœur de repartir à la chasse aux monstres. Il fera équipe avec Grady Hoover (Christopher Gartin), le chauffeur d’Ortega. Mais face à l’ampleur de la tâche qui les attend, Earl sait qu’il a besoin d’un soutien supplémentaire. Le fou des armes Burt Gummer (Michael Gross), à qui nous devions quelques scènes délectables dans le film précédent, revient donc jouer de la gâchette face aux graboïdes. Son aide ne sera pas superflue, dans la mesure où les créatures sont en train de muter sous une forme encore plus redoutable…

La nuit des vers mutants

Encore plus axé comédie que le premier Tremors, ce second opus trouve en Christopher Gartin un substitut acceptable de Kevin Bacon, afin que la mécanique du « buddy movie » soit rétablie. Fred Ward continue donc à s’exaspérer face à un coéquipier turbulent et à prendre les décisions les plus importantes de sa vie à l’aide de l’indémodable « pierre papier ciseaux ». L’idée de la mue transformant les vers géants en créatures bipèdes à la gueule démesurée permet de varier les plaisirs et de nous offrir des séquences de suspense inédites. Hermaphrodites et désormais capables d’accoucher de nouveau-nés monstrueux, les graboïdes sont toujours l’œuvre du génial duo Alec Gills et Tom Woodruff Jr, qui rivalisent d’inventivité pour concevoir des créations animatroniques convaincantes à moindre coût. Lorsque les vilaines bêtes se mettent à sauter ou à courir, les effets mécaniques ne suffisent plus. C’est là qu’entre en jeu l’équipe de Phil Tippett, rompue aux exercices des images de synthèse grâce à Jurassic Park. La collaboration des studios ADI et Tippett fait des merveilles et se poursuivra à l’occasion de Starship Troopers, dont Tremors 2 constitue presque un galop d’essai technique. De fait, plusieurs des designs extra-terrestres du film de Paul Verhoeven déclinent des idées développées pour celui de S.S. Wilson. Surpris par les réactions très enthousiastes du public des projections tests, les responsables d’Universal ne savent plus quoi faire de Tremors 2. Faut-il tenter une sortie en salles ou se contenter du marché vidéo comme prévu ? Après deux années de tergiversations, le film a droit à une petite distribution cinéma avant d’atterrir dans les bacs de vente et de location de VHS. Moins réussi que le premier Tremors mais indiscutablement distrayant et sympathique, ce second épisode lancera une longue franchise.

 

© Gilles Penso


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MAD HEIDI (2022)

Le « premier film de Swissploitation » est une parodie gore et burlesque des aventures de la célèbre orpheline suisse…

MAD HEIDI

 

2022 – SUISSE / FINLANDE

 

Réalisé par Johannes Hartmann et Sandro Klopfstein

 

Avec Alice Lucy, Max Rüdlinger, Casper Van Dien, David Schofield, Almar Sato, Kel Matsena, Leon Herbert, Pascal Ulli, Katja Kolm, Julia Föry, Milo Moiré

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Il faut se méfier des « films concepts » trop prometteurs. Bien souvent, les concepts sont bien plus réjouissants que les films eux-mêmes. C’est hélas le cas de Mad Heidi, dont le titre annonce très clairement les ambitions : une relecture impertinente, façon film d’exploitation décomplexé, des célèbres récits pour enfants mettant en scène la gentille petite Heidi dans les montagnes suisses. L’idée était pourtant alléchante, alimentée par une bande-annonce exubérante tournée en trois jours avec Jessy Moravec dans le rôle principal. Diffusé en été 2017, ce teaser permet de démarrer une campagne internationale de financement participatif à l’issue de laquelle deux millions de francs suisses sont réunis. Lorsque Casper Van Dien (Starship Troopers, Tarzan et la cité perdue, Sleepy Hollow) est annoncé au casting, l’intérêt pour ce film potache invraisemblable redouble. Le tournage démarre à l’automne 2021, Alice Lucy remplaçant finalement Jessy Moravec sous la défroque de « Mad Heidi ». Avant le premier tour de manivelle, la comédienne bénéficie de deux semaines et demie d’entraînement pour pouvoir assurer les nombreuses scènes de combats prévues dans le scénario. Vingt-sept jours plus tard, les prises de vues sont en boite et le long travail de post-production et d’effets spéciaux numériques peut commencer.

L’entame du film force l’admiration par son ambition visuelle : il s’agit du panorama d’une Suisse imaginaire où s’étalent sur la même plan, balayés par un ample mouvement de grue, les Alpes, un téléphérique, un petit village, une sinistre usine fumante, une pancarte publicitaire à la gloire du fromage Meili, des gardes armés, une statue antique et une foule de manifestants. Ces derniers, en révolte contre le monopole fromager imposé par le gouvernement, sont massacrés par des soldats armés jusqu’aux dents. Dans cette Suisse dystopique tombée sous le joug fasciste d’un président tyrannique incarné par Casper Van Dien, une seule marque de fromage est acceptée par le gouvernement, les intolérants au lactose sont conspués et les marques concurrentes considérées comme illégales. Les trafiquants sont donc violemment réprimandés. Heidi, elle, mène une vie tranquille dans la montagne, loin de la tourmente, couvée par son grand-père Alpöhi (David Schofield) et chérie par son bien-aimé Peter le gardien de chèvres (Kel Matsena). Mais cette existence paisible s’apprête à basculer dans le drame…

« J’adore l’odeur du fromage au petit matin »

On ne pourra reprocher à Mad Heidi ni son manque d’audace, ni sa mise en forme soignée. Mais l’idée délirante à l’origine du projet se serait sans doute mieux adaptée à un court-métrage qu’à un format long. La mauvaise gestion du rythme du film fixe rapidement les limites du concept, tout comme ses hésitations permanentes sur la bonne tonalité. La prestation autoparodique de Casper Van Dien qui reprend le fameux slogan « I’m doing my part » emprunté à Starship Troopers, joue avec un faux accent allemand improbable et parade en slip rouge aux couleurs du drapeau suisse arrache quelques sourires malgré son absence radicale de subtilité. Le long calvaire d’Heidi dans les geôles suisses, inspiré des films de prisons de femmes des années 70, semble presque appartenir à un autre film qui se prendrait plus au sérieux. Mad Heidi nous livre aussi pèle mêle des passages gore excessifs, de la nudité, des soldats aux allures de nazis, des répliques référentielles (« j’adore l’odeur du fromage au petit matin »), une séance d’apprentissage à la Karate Kid, un combat de gladiateurs contre un guerrier cornu en armure, un « ultra fromage » qui transforme tous ceux qui le mangent en zombies surpuissants et bien sûr une fin ouverte vers une suite potentielle. Cette accumulation généreuse d’idées folles peine malheureusement à s’harmoniser de manière cohérente et donne le sentiment d’avoir assisté au résultat non filtré d’un brainstorming joyeusement arrosé. C’est sympathique, certes, mais rapidement oubliable.

 

© Gilles Penso

 

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SOMETHING IN THE DIRT (2022)

Deux hommes assistent à un phénomène inexpliqué dans un petit appartement et décident d’en tirer un documentaire…

SOMETHING IN THE DIRT

 

2022 – USA

 

Réalisé par Justin Benson et Aaron Moorhead

 

Avec Justin Benson, Aaron Moorhead, Sarah Adina Smith, Wanjiru M. Njendu, Issa Lopez, Vinny Curran, Jeremy Harlin, Gille Klabin, C. Robert Cargill

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Auteurs, réalisateurs (et parfois interprètes) de films de science-fiction indépendants, originaux et atypiques (Resolution, Spring, The Endless, Synchronic), Justin Benson et Aaron Moorhead se sont laissé courtiser par le studio Disney pour lequel ils ont réalisé des épisodes des séries Marvel Moon Knight et Loki. Mais leur personnalité n’en a pas été altérée pour autant, comme en témoigne Something in the Dirt, un cinquième long-métrage tout aussi risqué et audacieux que les précédents. Conçu pendant le confinement imposé par la crise sanitaire du Covid-19 en 2020, le film est envisagé sous un angle radicalement minimaliste : deux protagonistes seulement (interprétés par les réalisateurs), un décor unique (l’appartement réel de Justin Benson) et une équipe technique réduite à une dizaine de personnes. Something in the Dirt est donc un film-concept qui aurait pu se contenter de son idée première mais nous transporte d’emblée sur des territoires inattendus, à mi-chemin entre l’intimisme extrême et l’infiniment grand. Dès l’entame, au cours de laquelle Levi, un jeune homme incarné par Justin Benson, se réveille dans un petit appartement sale et désordonné, la mise en scène induit une approche insolite et déstabilisante.

Ancien pêcheur sous-marin, Levi vivote comme barman à Los Angeles et vient de s’installer dans ce modeste logement du quartier de Laurel Canyon, après quelques démêlées avec la justice et un long séjour dans un institut psychiatrique. Le premier voisin qu’il croise est John (Aaron Moorhead), professeur de mathématiques et photographe amateur qui fut chassé de l’église évangéliste apocalyptique dont il était un membre actif à cause de son homosexualité. Tous deux ont donc des comptes à rendre avec leur passé et semblent avoir échoué dans leurs objectifs de vie respectifs, mais est-il trop tard ? Alors que John et Levi discutent ensemble, ils sont soudain témoins d’un phénomène surnaturel dans le petit appartement. Face à eux, des objets en quartz se mettent à briller étrangement puis flottent dans les airs. Cette soustraction subite aux lois physiques les plus élémentaires s’assortit d’autres bizarreries inexpliquées, comme l’apparition d’un symbole géométrique, des flash lumineux stroboscopiques, des séismes intermittents et des signaux radios indéchiffrables. Incrédules, Levi et John décident de tirer parti de cette situation paranormale pour tourner un documentaire…

Destin ou coïncidences ?

Le décor étant planté, le scénario progresse au fil des théories successives qu’échafaude le duo (théories alimentées par les croyances personnelles mais aussi et surtout les informations glanées sur Internet, sur Youtube ou dans des podcasts). Ont-ils affaire à des fantômes ? Des extra-terrestres ? Des mondes parallèles ? Des radiations ? Plus l’intrigue avance, moins le hasard semble avoir de prise sur cette situation, comme si l’emménagement de Levi, sa rencontre avec John et les lourds fardeaux issus du passé que tous deux portent sur les épaules étaient le fruit d’un obscur plan préétabli, ou plutôt d’une logique mathématique (ce que laissent entendre cette figure géométrique récurrente ou ce nombre 1908 qui revient sans cesse). Mais encore une fois, rien n’est certain. Something in the Dirt parle de conspirations et de secrets en laissant volontairement toutes les questions en suspens. Car le film d’intéresse plus à l’effet que le phénomène paranormal a sur ses deux protagonistes qu’au phénomène lui-même, comme en témoigne cette séquence étonnante au cours de laquelle tout le mobilier de l’appartement est soudain soumis à l’apesanteur tandis que John et Levi s’adressent des reproches et des insinuations, à peine intéressés par le spectacle surréaliste qui se déroule sous leurs yeux. Something in the Dirt s’attache aussi au processus de la création d’un film, d’où un certain nombre de mises en abîmes troublantes nous poussant sans cesse à nous demander si ce que nous regardons est censé être une fiction, des extraits du faux documentaire, des séquences supposément réelles ou des reconstitutions. L’une des mentions du générique de fin, qui incite les spectateurs à faire des films entre amis, ajoute à cet effet de miroir. Voilà donc une œuvre résolument hors norme, ciselée avec une minutie toute particulière (la bande son, le cadre, la lumière et le montage sont aux petits oignons), interprétée avec beaucoup de justesse et non dénuée d’humour. Décidément, Benson et Moorhead ne font rien comme les autres et ajoutent avec ce cinquième film une nouvelle pièce au puzzle fascinant de leur filmographie.

 

© Gilles Penso

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VESPER CHRONICLES (2022)

Dans un monde futuriste où la Terre est frappée par une catastrophe écologique, une jeune fille tente de survivre avec son père malade…

VESPER

 

2022 – BELGIQUE / FRANCE / LITHUANIE

 

Réalisé par Kristina Buozyté et Bruno Samper

 

Avec Raffiella Chapman, Eddie Marsan, Rosie McEwen, Richard Brake, Melanie Gaydos, Edmund Dehn, Matvej Buravkov, Marijus Demiskis, Marka Eimontas

 

THEMA FUTUR

Le duo de réalisateurs franco-lithuanien Kristina Buozyté et Bruno Samper s’était déjà fait remarquer en 2012 avec le film de science-fiction conceptuel Vanishing Waves s’attachant aux travaux d’un scientifique sur le transfert de neurones d’une jeune femme dans le coma. Dix ans plus tard, tous deux reviennent à la charge avec une autre œuvre atypique dont les moyens modestes n’entravent guère l’ambition visuelle et l’audace scénaristique. Résolument original, l’univers futuriste post-apocalyptique qu’ils ont en tête n’a rien en commun avec ce que le cinéma d’anticipation propose habituellement. Leurs références sont partiellement puisées dans l’animation (en particulier La Planète sauvage et Princesse Mononoke) mais également dans d’autres œuvres picturales pas forcément rattachées au 7ème art. Le chef opérateur Feliksas Abrukauskas, par exemple, cherche l’inspiration du côté des toiles baroques néerlandaises de Vermeer et Rembrandt. Si les designs établis pour le film (décors, costumes, technologie) échappent aux lieux communs, les techniques employées par les deux cinéastes entrent également en rupture avec les habitudes. Au lieu d’opter pour une surcharge d’effets numériques et d’images de synthèse (ce que le budget global du film, estimé à 5 millions d’euros, ne leur aurait du reste pas permis), ils optent pour des décors naturels et des effets spéciaux physiques, l’imagerie digitale n’intervenant qu’en dernier recours.

La catastrophe écologique dont est victime la Terre de Vesper Chronicles s’inspire de recherches scientifiques hélas bien réelles consistant à concevoir des récoltes génétiquement modifiées à la durée de vie éphémère. A force de jouer à l’apprenti-sorcier, l’homme a détruit les ressources naturelles de sa planète. Les nantis se sont donc réfugiés dans de grandes citadelles coupées du reste du monde, concevant pour satisfaire leurs besoins des « Jugs », autrement dit des serviteurs artificiels et loyaux. Mais la grande majorité de la population tente de survivre dans des conditions de vie désastreuses, au milieu de champs arides où la nourriture naturelle est devenue une denrée extrêmement rare. Vesper (Raffiella Chapman) est l’une de ces nombreuses âmes en peine. Âgée de 13 ans, elle doit subvenir aux besoins de son père Darius (Richard Brake), paralysé après avoir servi pour l’armée des citadelles. Pour communiquer avec Vesper, il utilise un drone qui l’accompagne partout et sur lequel elle a dessiné un visage sommaire. Précoce, la jeune fille passe ses journées à réaliser des expériences biologiques dans l’espoir de rendre fertiles diverses formes de vie. Un jour, un aéro-planeur venu d’une des citadelles s’écrase dans la forêt et s’apprête à bouleverser la vie quotidienne de Vesper et Darius…

Austère mais passionnant

A mi-chemin entre le réalisme et le surréalisme, l’environnement dans lequel se déroule Vesper Chronicles frappe à la fois par sa tangibilité et son caractère inédit. C’est un monde rural défraîchi et boueux, stérile et sale, dans lequel s’insère avec un naturel désarmant une technologie futuriste qui semble déjà en bout de course. La flore moribonde semble y avoir muté en mixant des propriétés végétales et animales. Dès qu’elle le peut, cette nature blême reprend ses droits, déployant des tentacules avides de nourriture. Dans ce contexte peu engageant, l’humanité n’est guère reluisante, à l’image de Jonas (Eddie Marsan), le frère de Darius, qui se livre sans scrupule à du trafic de sang d’enfant devenu une monnaie d’échange précieuse. Chacun survit comme il peut, révélant souvent ses bas instincts. Cette forêt anémique est également traversée par « les pèlerins », des nomades masqués et silencieux qui collectent de la ferraille dans un but mystérieux. C’est donc toute une mythologie nouvelle qu’ont mis en place Kristina Buozyté et Bruno Samper. Leur film est passionnant, courageux, audacieux, même s’il souffre de l’austérité inhérente à son sujet, d’une caractérisation faible qui incite les spectateurs à rester distants et d’’enjeux dramatiques pas toujours bien définis. Mais le cœur qui bat dans Vesper Chronicles est celui des œuvres d’art exigeantes et à contre-courant du tout-venant, avec en filigrane l’idée que les jeunes générations héritent des péchés de leurs aînés et restent l’ultime espoir d’une rédemption à l’échelle planétaire.

 

© Gilles Penso

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TROLL (2022)

En creusant un tunnel dans la roche d’une vallée norvégienne, des ouvriers réveillent une force monstrueuse qui jaillit des entrailles de la terre…

TROLL

 

2022 – NORVÈGE

 

Réalisé par Roar Uthaug

 

Avec Ine Marie Willmann, Kim Falck, Mads Sjøgård Pettersen, Gard B. Eidsvold, Anneke von der Lippe, Fridtjov Såheim, Dennis Storhøl, Bill Campbell

 

THEMA CONTES

Le réalisateur norvégien Roar Uthaug s’est fait remarquer à l’échelle internationale avec son premier long-métrage, le slasher glacial Cold Prey. Depuis, notre homme a gravi les échelons en dirigeant notamment la version 2018 de Tomb Raider. Or c’est pendant la finalisation de cette réinvention des aventures de Lara Croft qu’Uthaug contacte la compagnie de production Motion Blur pour lui faire part d’une idée qui lui trotte dans la tête depuis deux bonnes décennies : un blockbuster qui mettrait en scène l’une des créatures les plus fameuses du folklore norvégien, autrement dit le troll. Son compatriote Andre Ovredal s’était déjà frotté au sujet avec succès par le biais de l’audacieux « found footage » Troll Hunter sorti en 2010. Mais Roar Uthaug a en tête une autre approche, ne reculant devant aucun morceau de bravoure spectaculaire pour placer son monstre dans le sillage de King Kong. L’un des premiers dessins conceptuels liés au projet montré dans les médias montre d’ailleurs un troll titanesque attaquant la ville d’Oslo. Voilà qui en dit long sur les ambitions du film.

Le personnage central de Troll est Nora Tidemann (Ine Marie Willmann), une paléontologue opiniâtre et passionnée que nous découvrons en train de mettre à jour le crâne d’un grand carnosaure au beau milieu de la terre boueuse. A peine a-t-elle le temps de se réjouir de cette découverte avec le chef des fouilles (un professeur incarné par Bill Campbell, le héros de Rocketeer) qu’un hélicoptère de la défense nationale atterrit sur le site. Nora est sollicitée d’urgence par le gouvernement pour donner son avis sur un sujet de la plus haute importance. Une opération de forage creusant un tunnel dans les montagnes de Dovre a en effet provoqué une immense éruption et la mort de plusieurs ouvriers et manifestants. Un rugissement caverneux jailli des entrailles de la terre, une forme titanesque indistincte aperçue par plusieurs caméras de smartphones et des traces de pas disproportionnés égrenées dans le paysage alentour poussent le cercle rapproché de la Première Ministre à se demander si une créature inconnue n’est pas à l’origine du chaos…

La montagne qui marche

L’entrée en matière de Troll évoque irrésistiblement Jurassic Park, notamment par sa manière de présenter son personnage de paléontologue exaltée. Roar Uthaug assume la référence en reprenant le fameux effet de l’eau qui vibre à l’approche des pas du monstre. Pour tenter de comprendre à quel phénomène ils ont affaire, les membres du gouvernement se réfèrent à King Kong, à un T-rex et même à Godzilla. Alors que nos yeux tentent de décrypter la silhouette titanesque d’un monstre hypothétique capté par des vidéos prises à la volée, les dialogues évoquent une montagne qui se déplace ou encore une force de la nature bipède. Le film sait donc créer savamment l’attente auprès des spectateurs. Lorsque la créature paraît enfin, elle ne déçoit guère. Ce titan gigantesque, dont le faciès est conforme à l’imagerie traditionnelle des trolls et dont la peau semble faite de roche et de terre, est une indiscutable réussite technique. Superviseur des effets visuels, Esben Syberg (La Nonne, The Mandalorian, The Innocents) donne au film les moyens de ses ambitions et concrétise une série de séquences follement spectaculaires. Certes, Troll est entravé par des facilités scénaristiques un peu grossières (le père de l’héroïne est comme par hasard un grand spécialiste des trolls) et par des personnages à la caractérisation trop schématique. Mais le spectacle vaut amplement le détour, d’autant qu’il se double d’un intéressant discours environnemental, le troll symbolisant bien sûr la furie d’une nature perturbée par l’homme qui prend soudain sa revanche.

 

© Gilles Penso

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JEEPERS CREEPERS REBORN (2022)

Le réalisateur d’Iron Sky reprend en main la franchise créée par Victor Salva et nous livre une suite/reboot… calamiteuse !

JEEPERS CREEPERS REBORN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Timo Vuorensola

 

Avec Sydney Craven, Imran Adams, Jarreau Benjamin, Peter Brooke, Matt Barkley, Ocean Navarro, Alexander Halsall, Georgia Goodman, Jodie Mcmullen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA JEEPERS CREEPERS

Créateur de la trilogie Jeepers Creepers, Victor Salva envisage dans la foulée un quatrième épisode dont il écrit le scénario et dont il souhaite confier le premier rôle à Gina Philips, qui tenait la vedette du premier film. Mais sa proposition est rejetée par les producteurs qui décident d’enclencher une suite/reboot de leur côté sans impliquer les créateurs de la franchise. Sean-Michael Argo (créateur de la série Salvage Marines) écrit donc un scénario confié au réalisateur finlandais Timo Vuorensola, qui avait mis en scène les deux Iron Sky. Le prologue de Jeepers Creepers Reborn est quasiment un remake de celui du tout premier film, si ce n’est que le frère et la sœur incarnés jadis par Gina Philips et Justin Long sont désormais remplacés par un couple âgé que jouent Dee Wallace (Hurlements, E.T., Cujo) et Gary Graham (Robot Jox, Necronomicon, Star Trek Enterprise). Tous deux sont donc pris en chasse sur la route par une camionnette menaçante que conduit un chauffeur sinistre coiffé d’un chapeau à larges bords et découvrent que ce dernier dissimule des cadavres au pied d’une église. Mais cette entrée en matière n’est qu’un faux départ, les images d’un docu-fiction diffusé sur Youtube. Nous découvrons alors les vrais protagonistes du film, et force est de constater qu’ils sont bien moins intéressants que leurs prédécesseurs.

Les héros de Jeepers Creepers Rerborn sont un autre couple : Chase (Imran Adams), un fan de films d’horreur qui croit dur comme fer à la légende de Creeper, et sa petite amie Laine (Sydney Craven), qui accepte un peu à contrecœur de l’accompagner dans un festival de geeks en Louisiane, le « Horror Hound ». Leurs dialogues sont volontiers référentiels, clignant de l’œil vers Iron Sky (un peu d’autocitation ne peut nuire !) et vers les trois précédents films de la saga Jeepers Creepers (qui sont donc assumés comme étant de la fiction inspirée de faits prétendument réels). Laine est enceinte mais Chase ne le sait pas. Ce dernier a prévu de la demander en mariage le soir-même. Voilà pour la caractérisation de nos tourtereaux, qui n’ira pas plus loin. Alors qu’ils se dirigent vers le festival des fans d’horreur, une créature décrépie émerge dans les bois. Il s’agit du Creeper, qui rampe pathétiquement dans sa carcasse momifiée, avale quelques vers puis change de peau et renaît à la vie, prêt à reprendre le massacre qu’il avait laissé en suspens pendant son hibernation…

L’étendue du désastre

Le fait que Jeepers Creepers Reborn ait choisi comme protagonistes des personnages agaçants, sots et peu crédibles n’aide évidemment pas les spectateurs à s’attacher à eux. Lorsqu’ils débarquent dans ce fameux « Horror Hound » (une sorte de kermesse cheap rurale où tous les participants ressemblent à des idiots névropathes), les choses empirent. Mais le film se saborde définitivement en transportant son action dans une vieille maison abandonnée où une poignée de survivants est traquée par le Creeper. Le décor lui-même est une aberration. Nous sommes au milieu de la nuit sans électricité, et pourtant chaque étage est suréclairé par des centaines de sources de lumière incompréhensibles. Ce part pris visuel, illogique et peu esthétique, ôte à la mise en scène toute possibilité de nous effrayer. Comment ressentir la moindre peur dans ce décor ouvertement factice dénué de la moindre zone d’ombre ? Le monstre lui-même est une sorte de clown qui s’amuse à faire des blagues, écoute de la musique sur un vieux phonographe et surgit de manière aléatoire au détour d’un couloir pour attaquer ses victimes. Ajoutez à ce cocktail déjà navrant une sorte de culte (représenté par trois figurants encapuchonnés) aux intentions nébuleuses, une quasi-absence de péripéties et des effets visuels hideux (notamment lorsque les personnages sont filmés devant un fond vert), et vous aurez une idée de l’étendue du désastre. Le Creeper de Victor Silva va avoir beaucoup de mal à se remettre de cette « renaissance » ratée…

 

© Gilles Penso

 

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SMILE (2022)

Traumatisée par le suicide sanglant d’une de ses patientes, une thérapeute se retrouve victime d’une terrifiante malédiction…

SMILE

 

2022 – USA

 

Réalisé par Parker Finn

 

Avec Sosie Bacon, Jessie T. Usher, Kyle Gallner, Robin Weigert, Caitlin Stasey, Kal Penn, Rob Morgan, Judy Reyes, Gillian Zinser, Jack Sochet

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

En 2020, Parker Finn réalise le court-métrage Laura Hasn’t Sleep (« Laura n’a pas dormi »), un huis-clos de onze minutes dans lequel une femme terrifiée (Caitlin Stasey) raconte ses cauchemars à un psychiatre (Lew Temple). Ce petit film très efficace fait un grand effet lors de sa projection en festival, notamment lors du South of Southwest où il remporte le prix spécial du jury dans la catégorie « Midnight Short ». Impressionnés par ce galop d’essai, les cadres de Paramount Pictures proposent au jeune réalisateur d’entrer dans la cour des grands en tirant de Laura Hasn’t Sleep un long-métrage dont il pourrait signer lui-même le scénario et la mise en scène. C’est en septembre 2021 que le projet est officiellement annoncé, d’abord sous le titre Something’s Wrong With Rose (« Quelque chose ne va pas avec Rose ») puis sous son appellation définitive de Smile (« Sourire », tout simplement). S’il se laisse sans doute (consciemment ou non) influencer par Ring et It Follows, Parker Finn s’efforce d’aborder son scénario sous un angle nouveau, comme s’il construisait pièce par pièce le puzzle d’un cauchemar n’en finissant plus de s’intensifier jusqu’au point de non-retour, avec en filigrane l’idée du sourire détourné de sa fonction première pour véhiculer non pas la joie ou l’empathie mais au contraire la menace et l’épouvante.

L’éprouvant prégénérique de Smile (long de presque un quart d’heure) coince son personnage principal entre deux traumatismes qui entrent étrangement en résonnance, l’un ancré dans le passé, l’autre surgissant au présent. Thérapeute dans un service psychiatrique, le docteur Rose Cotter (Sosie Bacon) a été marquée dans son enfance par le suicide de sa mère. Désormais, elle côtoie chaque jour les patients les plus déstabilisés dans l’espoir de leur venir en aide. Alors qu’elle s’apprête à rentrer chez elle après de longues heures de garde, une patiente entre dans l’établissement. Il s’agit de Laura Weaver (Caitlin Stasey, reprenant le rôle qu’elle tenait dans le court-métrage original). En état de choc, cette étudiante diplômée a été témoin du suicide d’un de ses professeurs et panique à l’idée d’être désormais frappée d’une malédiction. Partout, elle voit des visages arborant un sourire féroce et annonçant sa mort prochaine. Rose tente de la raisonner, mais c’est trop tard : Laura change subitement d’attitude. Elle arbore désormais un large sourire et se tranche la gorge avant de s’effondrer au sol. Profondément choquée par ce qu’elle vient de vivre, Rose bénéficie d’une semaine de congé, au cours de laquelle son superviseur lui conseille de se reposer. Mais bientôt des visions cauchemardesques envahissent son quotidien. Et si la malédiction qu’évoquait Laura était réelle ? Et si Rose en était devenue la prochaine victime ?

Vivre et laisser sourire

L’une des grandes qualités du court Laura Hasn’t Sleep était sa direction d’acteurs. C’est aussi l’un des atouts majeurs de Smile. Sosie Bacon parvient à nous communiquer ses fêlures et ses terreurs avec tellement de conviction et d’intensité que l’angoisse s’immisce partout dans le film, même lorsqu’il ne s’y passe rien de particulier. Parker Finn ne se réfrène pas pour autant sur les effets choc, quitte à abuser parfois des jump-scares pour faire sursauter les spectateurs (mais toujours avec une redoutable efficacité, il faut l’avouer). Ce climat oppressant est aussi entretenu par ce que fait la caméra, indépendamment des dialogues et du jeu des comédiens. Dès l’entame du film, plusieurs plans-séquence relient certaines actions, certains lieux ou certains personnages entre eux, pour induire déjà par le seul langage cinématographique l’idée des relations de cause à effet, mais aussi pour évoquer la présence d’une entité omnisciente qui évoluerait indépendamment des lois physiques habituelles. Et lorsque l’image bascule et que le sol devient ciel, le malaise obtenu s’appuie sur l’inversion des repères (le sourire qui devrait être réconfortant est désormais vecteur de frayeur). La mise en forme soignée (jeux sur les longues focales pour isoler les visages dans le flou, ruptures dans la bande son, musique atonale stressante) n’est donc pas autosuffisante mais sert bien le propos du film, autrement dit la lente descente aux enfers d’une protagoniste dont l’éventuel salut ne peut passer que par l’affrontement de son trauma d’enfance et le rejet de la culpabilité qui la ronge depuis des décennies. Gros succès au box-office, Smile aura rapporté plus de douze fois don budget initial de 17 millions de dollars. Joli coup pour Paramount, qui envisageait au départ de distribuer directement le film sur ses plateformes de streaming avant de se raviser pour lui offrir une vraie sortie en salles.

 

© Gilles Penso


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ARTHUR MALÉDICTION (2022)

Un film d’horreur situé dans le prolongement d’Arthur et les Minimoys ? Une drôle d’idée concoctée par Luc Besson…

ARTHUR MALÉDICTION

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Barthélémy Grossmann

 

Avec Mathieu Berger, Thalia Besson, Lola Andreoni, Yann Mendy, Jade Pedri, Vadim Agid, Marceau Ebersolt, Mikaël Halimi

 

THEMA CONTES I SAGA ARTHUR ET LES MINIMOYS

Le concept d’Arthur Malédiction peut sembler totalement excentrique. Il est pourtant né d’une réflexion à la logique supposément imparable. Puisque les enfants qui ont aimé la trilogie d’Arthur et les Minimoys sont devenus de jeunes adultes, ils s’intéressent maintenant aux films d’horreur. Dans ce cas, pourquoi ne pas concocter un long-métrage déclinant sous le mode effrayant la mythologie des petites créatures mises en scène par Luc Besson ? Sur le papier, l’idée pouvait se défendre. En pratique, c’est une toute autre histoire. Le problème majeur réside dans le fait que les Minimoys ne sont pas entrés dans la culture populaire et n’ont rien d’un objet de culte, malgré leur relatif succès à l’époque. Capitaliser là-dessus était donc d’emblée une idée douteuse. Par conséquent, mettre en scène un groupe d’étudiants qui vouent un culte fanatique aux Minimoys au point de tapisser leurs murs avec les posters des films, de collectionner les peluches de toutes les créatures, de se costumer comme les personnages et de revoir inlassablement la trilogie en DVD est totalement irréaliste, pour ne pas dire présomptueux. C’est pourtant le point de départ d’Arthur Malédiction, qui démarre donc d’emblée avec un sacré handicap.

Les huit héros du film sont un groupe d’amis de 18 ans qui connaissent Arthur sur le bout des doigts. Pour fêter l’anniversaire d’Alex (Mathieu Berger), le plus fan de tous (sa chambre ressemble à celle d’un gamin de huit ans), ses copains ont déniché un cadeau imparable : ils ont retrouvé la maison dans laquelle s’est déroulé le tournage de la trilogie de Luc Besson ! Quelle joie immense ! C’est donc à une véritable quête du Graal que se vouent les huit compagnons, partis avec deux voitures, des tentes, des sacs de couchage et des provisions pour arpenter les routes de campagne de la France profonde. Le sympathique week-end amical (et plus si affinités) qui se prépare va hélas prendre une tournure cauchemardesque… Mis en scène par Barthélémy Grossmann (réalisateur du long-métrage 13m2 et de la série d’animation Lascars), les jeunes comédiens (tous des inconnus, parmi lesquels on découvre Thalia Besson, l’une des filles de Luc) font ce qu’ils peuvent et ne s’en sortent pas si mal, malgré les dialogues ineptes et les comportements balourds dont ils sont affublés. Mais la facture très approximative du film et ses effets de style agaçants (jump cuts maniérés, accélérés/ralentis et autres cache-misère saugrenus) sont une épreuve pour les spectateurs les plus indulgents. Le pire reste pourtant à venir…

Le service Minimoy

Plus le film avance, plus il devient évident que le scénario patine à l’aveuglette (il ne se passe strictement rien pendant 50 bonnes minutes). Grossmann a beau faire des coups de zoom accompagnés de coups de violons intempestifs sur une paire de chaussure suspendue dans une cabane, filmer en très gros plan la dentition amochée d’un autochtone patibulaire ou demander à tous les personnages de jouer à se faire peur dans l’espoir de faire sursauter les spectateurs, rien n’y fait : on comprend assez vite qu’Arthur Malédiction ne va nulle part et ne sait que faire de son concept absurde. Les choses s’accélèrent un peu en dernière partie de métrage (ça crie, ça saigne, ça s’agite, ça tombe dans des trous), mais c’est pour s’acheminer vers l’une des résolutions les plus niaises de l’histoire du cinéma. Arthur Malédiction était donc clairement une fausse bonne idée (ou tout simplement une mauvaise idée), le film ayant en outre été tourné en dépit du bon sens, dans les conditions d’un projet d’étude sollicitant une main d’œuvre quasiment bénévole (les élèves de l’école de cinéma fondée par Luc Besson). L’existence de ce long-métrage improbable n’a été révélée publiquement qu’en mars 2022, soit trois mois avant sa sortie dans les salles françaises. L’accueil du public fut indifférent, pour ne pas dire glacial. Pauvres Minimoys, méritaient-ils un tel sort ?

 

© Gilles Penso

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EGŌ (2022)

Une préadolescente découvre un œuf dans la forêt et décide de le ramener chez elle, sans se douter des terribles conséquences de ce geste…

PAHANHAUTOJA

 

2022 – FINLANDE

 

Réalisé par Hanna Bergholm

 

Avec Siiri Solalinna, Sophia Heikkila, Jani Volanen, Reino Nordin, Oiva Ollila, Saija Lentonen, Ida Maattanen

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I MUTATIONS I ENFANTS I DOUBLES

Egō est le premier long-métrage de la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm, signataire d’une demi-douzaine de courts-métrages et d’une dizaine d’épisodes de séries TV. Tout est parti de l’idée d’une jeune fille effrayée à l’idée de décevoir sa mère et mettant tout en œuvre pour être acceptée telle qu’elle est. De peur que l’amour maternel s’étiole, cette héroïne encore enfant doit cacher ses émotions et les enfouir au plus profond de son âme. Tel est le point de départ de Pahanhautoja (un terme finlandais qui évoque le fléau et l’intention malveillante), titre que les Américains ont choisi de traduire par Hatching (« Éclosion ») et les Français par Egō. Plus elle travaille cette idée, plus Hanna Bergholm sent qu’il lui faut utiliser le filtre de la métaphore pour la développer pleinement. D’où le recours à l’épouvante et l’horreur. Peu familière avec le genre, la réalisatrice s’immerge dans une grande quantité de films emblématiques, parmi lesquels plusieurs lui font forte impression, notamment Grave de Julia Ducournau, Mister Babadook de Jennifer Kent, Morse de Tomas Alfredson, Les Autres d’Alejandro Amenabar ou encore le Suspiria de Luca Guadagnino. Egō courait alors le risque de n’être qu’une compilation de ce tissu d’influence. Or il n’en est rien. Le premier long-métrage de Bergholm est une œuvre coup de poing qui se distingue justement par sa singularité.

Les premières images du film dressent le tableau idyllique d’une famille finlandaise heureuse. Tinja (Siiri Solalinna), 12 ans, pratique la gymnastique, sous le regard admiratif de sa mère (Sophia Heikkila) qui filme leur quotidien pour l’exposer fièrement sur son blog très populaire. Le père (Jani Volanen) est jovial, le petit frère (Oiva Ollila) malicieux, leur maison de banlieue est belle et bien décorée. Bref tout va bien dans ce joli cocon. Mais soudain l’intrusion d’un corbeau met à mal ce bel équilibre – physiquement mais aussi psychologiquement. Le volatile croasse en cassant tout sur son passage. Les verres se brisent, le beau lustre tombe, la table basse explose. Toutes ces fêlures matérielles annoncent celles qui vont se dessiner dans les esprits des personnages. Car cette vision souriante du foyer nordique parfait n’est bien sûr qu’une façade. Les sourires sont forcés, les véritables sentiments profondément enfouis. Il y a là de l’hypocrisie, de la frustration, du mensonge, de la jalousie… Lorsque le corbeau est capturé par Tinja, tué par la mère et jeté à la poubelle, les choses devraient rentrer dans l’ordre. Mais c’est trop tard. Réveillée au milieu de la nuit par d’horribles croassements, la jeune fille découvre dans la forêt voisine un œuf qu’elle décide de ramener chez elle et qu’elle cache sous son oreiller. Or l’œuf va grandir de manière inattendue…

Éclosion

Egō joue sans cesse sur l’ambiguïté des émotions et l’ambivalence des sentiments, à l’image de Tinja qui sourit de toutes ses dents face à sa mère puis arbore soudain une mine sombre lorsqu’elle a le dos tourné. La forme du film se laisse contaminer par le fond et adopte aussi des ruptures de ton étonnantes. Lorsque la jeune héroïne se familiarise avec l’étrange créature surgie de son œuf (une très belle création animatronique conçue par Gustav Hoegen, pilier de la saga Star Wars depuis Le Réveil de la Force), plusieurs séquences de E.T. nous reviennent en mémoire. Mais l’on se doute insidieusement que le caractère merveilleux de la situation s’apprête à basculer dans l’horreur. De fait, une autre référence moins paisible finit par prendre le relais : Incidents de parcours de George Romero. Car cette créature s’apprête à devenir le Mister Hyde de Tinja, sa part sombre et bestiale, le monstre qui sommeille en elle… mais aussi en chacun de nous. La jeune fille finit donc par s’inquiéter de ses propres pensées, susceptibles de s’avérer hors de contrôle et destructrices. C’est là une passionnante métaphore de l’entrée dans l’adolescence, de la métamorphose du corps et du comportement, mais aussi et surtout du décalage entre ce que les adultes attendent de leurs enfants et ce que ces derniers sont au fond d’eux-mêmes. La douce tyrannie exercée par la mère de Tinja (qui vit à travers elle sa frustration de ne pas avoir été elle-même une championne de patinage artistique) est au cœur de ce drame monstrueux qui semble sans issue. Porté par la double prestation impressionnante de Siiri Solalinna et Sophia Heikkila, Egō a remporté le Grand Prix et le Prix du Jury Jeunes au Festival international du film fantastique de Gérardmer en 2022. Une double récompense amplement méritée.

 

© Gilles Penso

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LES CHRONIQUES DE NOËL (2018)

Kurt Russell incarne un Père Noël cool et rock’n roll dont la tournée de cadeaux est accidentellement interrompue par deux enfants…

THE CHRISTMAS CHRONICLES

 

2018 – USA

 

Réalisé par Caly Kaytis

 

Avec Kurt Russell, Judah Lewis, Darby Camp, Lamorne Morris, Kimberly Williams-Paisley, Oliver Hudson

 

THEMA CONTES

Les Chroniques de Noël est produit par Chris Columbus, ce qui a poussé tout naturellement les équipes marketing du film à écrire en gros sur l’affiche : « Par les créateurs de Harry Potter à l’école des sorciers et Maman j’ai raté l’avion. » Cette mention est un brin opportuniste, bien sûr, mais elle n’est pas foncièrement mensongère. Scénariste de Gremlins et réalisateur de Miss Doubtfire, Columbus a indéniablement le sens de la fête. Dans le cas présent, il cède cependant le fauteuil du réalisateur à Clay Kaytis, un grand spécialiste de l’animation à l’œuvre notamment sur Pocahontas, Le Bossu de Notre-Dame, Hercule, Mulan, Tarzan, Kuzco, La Planète au trésor, Chicken Little, Raiponce, Les Mondes de Ralph, La Reine des neiges, bref le dessus du panier des studios Disney depuis le milieu des années 90. Après avoir gagné ses galons de réalisateur sur Angry Birds : le film, Kaytis s’attaque avec Les Chroniques de Noël à son premier long-métrage « live » et s’en sort avec les honneurs. Le scénario, qui s’appuie sur une idée originale de Matt Lieberman (Free Guy) et David Guggenheim (Sécurité rapprochée), entend bien dépoussiérer un peu les traditionnels contes de Noël par le biais d’un récit gorgé d’énergie et de trouvailles visuelles.

C’est par le prisme d’un caméscope que nous sont racontées les premières vignettes du film. Une famille aimante fête joyeusement Noël chaque année. Les enfants grandissent, les coupes de cheveux changent, mais l’enthousiasme reste communicatif et le fameux « esprit de Noël » est bel et bien là… jusqu’au décès du père (Oliver Hudson), moteur de ces festivités annuelles. Depuis, l’ambiance est un peu morose chez les Pierce. Claire (Kimberly Williams-Paisley), la mère infirmière, passe une grande partie de ses soirées à l’hôpital. Teddy (Judah Lewis), le fils ado, commence à multiplier les mauvaises fréquentations. Quant à Kate (Darby Camp), la petite sœur, elle repasse inlassablement les vidéos des Noëls précédents en espérant retrouver cette ambiance festive désespérément évaporée. Le soir de Noël 2018, Kate a une idée saugrenue : essayer de filmer le Père Noël avec le caméscope. Teddy accepte de mauvaise grâce de participer à son plan. A partir de là, rien ne va se passer comme prévu et les catastrophes vont s’enchaîner…

Santa Kurt

La grande idée du film est d’avoir confié le rôle du Père Noël à Kurt Russell. Le héros de New York 1997 nous offre une version détendue, cool, charismatique et imperturbable du bon vieux Santa, loin de l’imagerie d’Epinal véhiculée par les publicités (et notamment par la marque Coca Cola). Son agacement face à sa représentation systématiquement ventripotente et sa manière désabusée d’expliquer que le fameux « oh oh oh » est une pure invention sont des moments savoureux. Les Chroniques de Noël repose en très grande partie sur ses épaules, le duo d’enfants agissant principalement comme faire-valoir de ce Pépère Noël. Pour autant, Caly Kaytis n’oublie pas son passé dans le cinéma d’animation et s’appuie sur le scénario de Matt Lieberman pour doter son film d’un rythme extrêmement soutenu. Généreuse, l’aventure se veut 100% distrayante, quitte à partir dans toutes les directions : les séquences de voltige spectaculaires, les poursuites de voitures dans les rues de Chicago, les gags visuels à répétition et même une séquence de comédie musicale (dans laquelle Kurt Russell nous rappelle qu’il fut Elvis Presley le temps d’un téléfilm réalisé par John Carpenter). L’animation elle-même a son droit de cité à travers les facéties de lutins et des rennes (dont le rendu cartoonesque aurait sans doute mérité d’être plus soigné), aux accents d’une partition épique de Christophe Beck. Souvent drôle, Les Chroniques de Noël sait aussi faire vibrer la corde sensible en évoquant de manière récurrente les douleurs successives à l’absence du père et les difficultés de reconstruction d’une chaîne familiale dont on a brisé un maillon. Diffusé directement sur Netflix, le film eut un tel succès qu’il entraîna deux ans plus tard la mise en chantier d’une séquelle dirigée cette fois-ci par Chris Columbus.

 

© Gilles Penso

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