LOCH NESS TERROR (2008)

Un aventurier spécialisé dans les animaux inconnus se lance sur les traces du monstre du Loch Ness et de tous ses cousins préhistoriques…

BEYOND LOCH NESS

 

2008 – USA

 

Réalisé par Paul Ziller

 

Avec Brian Krause, Niall Matter, Don S. Davis, Donnelly Rhodes, Carrie Genzel, Amber Borycki, Neil Denis, Sebastian Gacki

 

THEMA MONSTRES MARINS

Loch Ness Terror est le petit film de monstres typique estampillé Sci-Fi Channel, ni meilleur ni pire que les autres, mais indéniablement distrayant. Le prologue, situé au milieu des années 70, nous présente une petite équipe de chercheurs explorant les rives du Loch Ness. Bien vite, le gigantesque monstre qui, d’habitude, joue l’arlésienne avec les photographes et les cameramen, s’exhibe dans toute sa splendeur, pousse un ou deux rugissements puis dévore la quasi-totalité des infortunés humains. Seul survivant du massacre, le jeune James Murphey n’en ressort pas tout à fait indemne, forcément. Vingt ans plus tard, c’est devenu un cryptozoologiste aventurier, au look très caricatural de cowboy de western spaghetti (longue gabardine, chapeau aux bords larges, cigarillo, et même un thème musical à l’harmonica pour les spectateurs distraits n’ayant pas saisi l’allusion). Marchant sur les traces du capitaine Achab de « Moby Dick », il a juré la perte de Nessie et de tous ses cousins, qui s’avèrent être des plésiosaures, reptiles marins préhistoriques ayant survécu par miracle depuis l’ère secondaire. Ses pérégrinations le conduisent dans la petite ville d’Ashburn, en bordure du Lac Supérieur qui abrite non seulement un titanesque dinosaure aquatique femelle mais aussi toute une frétillante progéniture.

Dans un film comme Loch Ness Terror, il est évident que les personnages humains nous intéressent moins que les monstres. Chaque protagoniste est donc un archétype brossé à gros traits. Il y a la femme flic sympathique, son fils débrouillard et courageux, son rival stupide et couard, son ex-petite amie mignonnette et intelligente… A cette brochette sans saveur s’ajoute un policier mollasson et inexpressif auquel le scénario réserve les pires répliques, du type : « c’est grotesque, des dinosaures vivent à Ashburn ! » Mixant les éléments anatomiques du poisson et du reptile, la maman plésiosaure et ses rejetons rappellent la morphologie du monstre du Loch Ness animé par Jim Danforth dans Le Cirque du docteur Lao.

Moitié phoque moitié éléphant de mer

Conçues la plupart du temps en image de synthèse (avec quelques éléments animatroniques pour une poignée de gros plans), les créatures sont dans la moyenne des monster movies micro-budgétés de la collection Sci-Fi. Les textures sont relativement réalistes, les incrustations plus ou moins convaincantes… En revanche, leur crédibilité est sérieusement altérée par leur design étrange, leur abdomen bedonnant et leurs nageoires aplaties les dotant d’une démarche assez ridicule, à mi-chemin entre le phoque et l’éléphant de mer ! Spécialiste des créatures étranges (Snakehead Terror, Swarmed, Yeti, Troglodyte), le réalisateur Steve Ziller émaille son film de quelques effets gore assez osés pour le petit écran (têtes arrachées, corps coupés en deux, tripes à l’air). En revanche, sa mise en scène manque singulièrement d’idées et d’efficacité, lorgnant du côté des Dents de la mer pour les courses-poursuites aquatiques et calquant quelques effets de Jurassic Park sur la terre ferme, sans que ces emprunts spielbergiens n’élèvent sensiblement le niveau de ce Loch Ness Terror facultatif.

 

© Gilles Penso


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LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES (1945)

Le futur réalisateur de West Side Story et Le Jour où la terre s’arrêta dirige Boris Karloff dans ce conte délicieusement macabre…

THE BODY SNATCHER

 

1945 – USA

 

Réalisé par Robert Wise

 

Avec Boris Karloff, Henry Daniell, Edith Atwater, Russell Wade, Rita Corday, Bela Lugosi 

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I TUEURS

Le Récupérateur de cadavres se présente comme une suite aux aventures réelles – et macabres – de Burke et Hare, les fameux « résurrectionnistes » qui fournissaient au docteur Knox des cadavres frais pour ses expériences, et qui inspirèrent la nouvelle « The Body Snatcher » de Robert Louis Stevenson. Même s’il sert de référence officielle au film, le texte de l’auteur de « Docteur Jekyll et Mister Hyde » et « L’Île au trésor » a sérieusement été remanié par le producteur Val Lewton, à qui nous devons les magnifiques La Féline et Vaudou de Jacques Tourneur, et qui révisa de fond en comble une première version du scénario signée Philip MacDonald (au générique, Lewton apparaît comme co-auteur sous le pseudonyme de Carlos Keith). Nous sommes au 19ème siècle, dans une Édimbourg particulièrement sombre et sinistre. Le docteur Wolfe McFarlane travaille dans une école médicale où il pratique de nombreuses expériences sur les cadavres. Pour ces dernières, il lui faut en permanence des corps humains. Il a donc recours à John Gray, un cocher qui lui livre régulièrement un bon stock de chair fraîche.

Les moyens qu’emploie Gray pour obtenir sa matière première ne sont certes pas très catholiques, mais McFarlane préfère fermer les yeux. « Qu’est-ce que Gray pour moi ? », explique-t-il pour se défausser « Un homme à qui j’achète ce dont j’ai besoin quand j’en ai besoin. Le reste importe peu. » Un jour, une jeune veuve le supplie de soigner sa petite fille, paralysée depuis un accident. Dans un premier temps, McFarlane refuse d’opérer pour pouvoir consacrer tout son temps à son école de médecine. Mais Gray, qui semble lié à lui par un passé obscur, le convainc de s’exécuter, et lui apporte pour ses expériences le cadavre de la jeune chanteuse des rues qui, pourtant, était bien vivante peu de temps auparavant… Habile, le scénario décrit ainsi parallèlement les espoirs d’une jeune veuve pour guérir sa fillette et les tourments du peu scrupuleux docteur, harcelé par le maléfique Gray, cocher, profanateur de sépultures et assassin interprété avec emphase par Boris Karloff.

Le profanateur de sépultures

Bela Lugosi joue ici un petit rôle de serviteur attardé qui tente maladroitement de faire chanter Gray, et que celui-ci assassine au cours d’une scène assez éprouvante, qui marque historiquement la dernière réunion à l’écran des deux monstres sacrés. Les autres meurtres sont plus suggérés, en particulier celui de la chanteuse des rues. Sa voix résonne sous les voûtes de la ville tandis que le cocher s’enfonce dans l’obscurité d’une ruelle magnifiquement éclairée par le chef opérateur Robert de Grasse. Puis soudain tombe le silence, aussi froidement qu’un couperet. Le résultat est aussi subtil qu’efficace. McFarlane est interprété avec beaucoup de conviction par Henry Daniel, affligé par Karloff qui, tel les Furies de la mythologie grecque, semble n’exister que pour le persécuter sournoisement. « Vous êtes devenu un cancer », finit-il par décréter. « Un cancer malfaisant et diabolique qui me détruit l’esprit. » Le final, au cours duquel McFarlane est pris d’hallucinations pendant que le cheval de sa carriole s’emballe sous la pluie nocturne, clôt en beauté ce récit inquiétant marquant l’une des heureuses collaborations qui lièrent le producteur Val Lewton et le réalisateur Robert Wise promis à un avenir prestigieux.

 

© Gilles Penso


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THE LAIR (2022)

Prise en chasse par des insurgés au beau milieu du désert afghan, une pilote britannique découvre un bunker abritant des secrets inavouables…

THE LAIR

 

2022 – GB

 

Réalisé par Neil Marshall

 

Avec Charlotte Kirk, Jonathan Howard, Jamie Bamber, Kibong Tanji, Leon Ockenden, Mark Strepan, Hadi Khanjanpour, Troy Alexander

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Neil Marshall est un réalisateur sympathique qui, faute de révolutionner le cinéma d’horreur et de science-fiction, parvient à le doter de petites pépites savoureuses souvent bourrées de références. L’un de ses motifs favoris – qu’il partage avec James Cameron, toutes proportions gardées – est la figure héroïque féminine dont seules la détermination et le courage sauront triompher d’une adversité monstrueuse. Cette récurrence, tout particulièrement mise en avant dans The Descent, Doomsday et Sorcière, est une fois de plus à l’honneur dans The Lair, dont le scénario est co-écrit par Marshall et son épouse Charlotte Kirk. Cette dernière hérite du rôle principal du film, celui du lieutenant Kate Sinclair, pilote de la Royal Air Force. Son jeu minimaliste et son charisme immédiat emportent d’emblée l’adhésion. Mais Marshall ne tient pas à s’attarder sur un prologue décrivant par le menu les personnages et la situation. Tout s’enclenche dans le feu de l’action, en plein ciel. L’avion de Sinclair est abattu alors qu’il survole une zone hostile de l’Afghanistan (reconstituée en Hongrie pour les besoins du film) et notre protagoniste prend aussitôt ses jambes à son cou, pourchassée par une horde de vilains enturbannés au beau milieu du désert.

De toute évidence, le contexte politico-guerrier n’est qu’un prétexte pour que Marshall multiplie les poursuites, les fusillades et les cascades. Le lieutenant Sinclair a d’ailleurs la gâchette facile, abattant des dizaines d’insurgés armés jusqu’aux dents qui ressurgissent pourtant toujours plus nombreux. En désespoir de cause, elle trouve refuge dans un bunker souterrain étrange, visiblement russe. Les lieux semblent avoir été quittés précipitamment depuis des décades, des cadavres desséchés reposent en vrac au milieu du désordre. L’endroit est d’autant plus sinistre qu’il est plongé dans les ténèbres, seulement éclairé par la lampe précaire qu’utilise Kate pour s’orienter. Et puis vient la découverte qui va définitivement faire basculer l’intrigue : des dizaines de corps humanoïdes sont en suspension dans des containers emplis d’un liquide indéfinissable. Les créatures sont immobiles… mais vivantes !

Déjà vu

En mentionnant l’année 1979 comme celle à partir de laquelle s’est noué le drame sur lequel repose son récit, Neil Marshall officialise en quelque sorte l’une des références majeures de son film : Alien. De fait, le classique de Ridley Scott irradie de sa présence The Lair, et plus encore sa séquelle Aliens dont Marshall reproduit le schéma désormais galvaudé de l’escouade militaire se heurtant à une horde de monstres agressifs – mécanique qu’il avait déjà déclinée dans son premier long-métrage Dog Soldiers. D’autres clins d’œil constellent le film, notamment The Thing et Les Douze salopards. Et c’est finalement là que le bât blesse. Malgré son énergie folle, sa gestion efficace du suspense, ses échauffourées bestiales (d’un coup de griffe, les monstres arrachent les peaux, les visages et les têtes) ou encore sa réécriture excentrique de l’invasion russe en Afghanistan (« Les Russes ont leur propre Roswell » résume l’un des protagonistes), The Lair croule sous le poids de ses références sans parvenir à évacuer le sentiment de déjà-vu. Comme en outre certains personnages sont traités sous un angle ouvertement caricatural (mention spéciale pour le major Finch, dur à cuire à l’œil bandé façon Nick Fury), on finit par assister à cette bataille contre des xénomorphes aux dents acérées d’un œil amusé mais distant.

 

© Gilles Penso


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LE FANTÔME DE LA MOMIE (1944)

Lon Chaney Jr revient en force dans le rôle du monstre à bandelettes surgi d’entre les morts pour reconquérir sa fiancée réincarnée…

THE MUMMY’S GHOST

 

1944 – USA

 

Réalisé par Reginald Le Borg

 

Avec Lon Chaney Jr, John Carradine, Robert Lowery, Ramsay Ames, Barton Mac Lane, George Zucco, Claire Whitney

 

THEMA MOMIES I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Reginald le Borg réalisa sept films en 1944, parmi lesquels Le Fantôme de la Momie, troisième séquelle du classique de Karl Freund. L’action se déplace ici dans un campus américain et prend pour héros l’étudiant Tom Hervey (Robert Lowery) et sa petite amie Amina (Ramsay Ames), laquelle se trouble inexplicablement chaque fois qu’on fait allusion à ses origines égyptiennes. L’un des enseignants de Tom, le professeur Norman (Frank Reicher, le capitaine Englehorn de King Kong), est fasciné par la momie Kharis. Entre-temps, nous avons droit à une séquence désormais indissociable de la saga : le jeune prêtre qui gravit l’escalier d’un temple (un plan « emprunté » à La Main de la Momie) et se voit confier par son vieux prédécesseur (George Zucco) le maintien en vie de la momie. Les décors, les costumes, même les dialogues nous sont désormais familiers, si ce n’est que cette fois-ci le nouveau prêtre, Yousef Bey, a pris les traits anguleux et le regard illuminé de John Carradine.

Un soir de pleine lune, Norman a la mauvaise idée de faire infuser neuf feuilles de tana, conformément à ce qu’indique un manuscrit qu’il est en train de déchiffrer. Aussitôt surgit Kharis, sans l’ombre d’une brûlure malgré son immolation à la fin du film précédent. La momie tue le professeur, boit le breuvage et s’enfuit aussitôt. Amina, quant à elle, est prise d’une crise de somnambulisme qui fait errer sa jolie silhouette en chemise de nuit dans les bois avoisinants. A son réveil, elle se retrouve gratifiée d’une mèche blanche (« un grain de sel dans tes cheveux », pour reprendre les mots de Georges Brassens), comme plus tard Jobeth Williams dans Poltergeist ou Bruce Campbell dans Evil Dead 2. Ce nouvel épisode tire mieux parti de son prédécesseur des talents d’acteur de Lon Chaney, dans la mesure où le scénario ne se contente plus de le faire traîner la jambe dans les bois et d’occire ceux qu’il croise.

Un grain de sel dans les cheveux

Malgré l’épais maquillage qui le camoufle et le bride, Chaney nous communique son émotion face à la momie de sa bien-aimée, entreposée dans le musée de Scribb, ainsi que l’éclat de sa colère lorsqu’il découvre que les bandages d’Ananka ne recouvrent plus que du vide. Car la princesse habite désormais le corps d’Amina. Tandis que la police piétine, Kharis enlève la belle et la livre à Yousef Bey. Ce dernier s’apprête à pratiquer le sacrifice rituel, mais le charme d’Amina le trouble, et le voilà marchant sur la trace de ses prédécesseurs. « Tu es à des milliers de kilomètres des tombes d’Arkam, elle est à des milliers de kilomètres de son péché », lui dicte sa voix intérieure, en une scène schizophrène mémorable. Et tandis que la chevelure de la princesse réincarnée n’en finit plus de blanchir, la momie se révolte contre le prêtre qui a osé tomber amoureux d’Ananka. Au cours d’un final étrangement émouvant, Kharis et sa promise soudain vieillie périssent l’un dans les bras de l’autre, inexorablement enlisés dans un funeste marais. Du coup, même s’il est chiche en innovations et souvent prévisible, Le Fantôme de la Momie s’avère bien plus distrayant que ses deux maladroits prédécesseurs.

 

© Gilles Penso


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BLACK ADAM (2022)

The Rock incarne un justicier massif à la lisière du bien et du mal dans cette superproduction DC qui lorgne beaucoup du côté de Marvel…

BLACK ADAM

 

2022 – USA

 

Réalisé par Jaume Collet-Serra

 

Avec Dwayne Johnson, Aldis Hodge, Pierce Brosnan, Noah Centineo, Sarah Shahi, Quintessa Swindell, Marwan Kenzari, Bodhi Sabongui

 

THEMA SUPER-HÉROS I DIABLE ET DÉMONS I NAINS ET GÉANTS I SAGA DC COMICS I SUPERMAN

Tôt ou tard, il était inévitable que Dwayne Johnson, le « Rock » du cinéma d’action des années 2000, le roi du blockbuster musclé et décomplexé, se retrouve en tête d’affiche d’un film de super-héros. Le voici donc engoncé dans la combinaison électrique de Black Adam, versant sombre du jovial Shazam qui eut droit à son propre long-métrage en 2019. Peu connu du grand public, ce personnage complexe créé en 1945 par Otto Binder et C. C. Beck se joue des notions de bien et de mal pour se déchaîner dans une zone floue pleine d’équivoque. C’est cette ambiguïté qu’entend bien exploiter le réalisateur Jaume Collet-Serra, qui vient justement de diriger Dwayne Johnson dans Jungle Cruise. Le flash-back qui sert de long prégénérique (et qui dure six bonnes minutes) paie son tribut à l’imagerie et aux effets de style de 300, preuve que l’influence de Zack Snyder sur le « DC Cinematic Universe » reste majeure. Tout commence donc en l’an 2600 avant JC dans la cité de Kahndaq. Le tyrannique souverain Ahk-Ton y convoite la Couronne de Sabbac pour atteindre un immense pouvoir. Un jeune esclave en révolte, sorte de Spartacus local, tente alors d’organiser une rébellion et se voit doté des pouvoirs miraculeux de Shazam par le Conseil des Sorciers. Son objectif : renverser Ahk-Ton et rendre à Kahndaq sa liberté.

Lorsque l’action se transporte de nos jours, force est de constater que la situation ne s’est guère améliorée. La population de Kahndaq est opprimée par les forces armées de l’Intergang, dans une ambiance dictatoriale guère engageante. Là, l’archéologue et résistante Adrianna Tomaz (Sarah Shahi) se met sur la trace de la couronne de Sabbac et réveille par inadvertance le redoutable Teth-Adam (Johnson), un surhomme aux pouvoirs incontrôlables qui massacre les troupes de l’Intergang. Le scénario s’efforce alors de se raccorder maladroitement aux autres maillons de la chaîne distendue de la franchise DC en convoquant le personnage toujours aussi détestable d’Amanda Waller (Viola Davis), à l’initiative des équipes bancales de Suicide Squad et de sa suite. La voilà qui met sur pied une autre escouade visant à stopper la menace que représente Teth-Adam. Son nom : la Justice Society. Cette troupe de super-justiciers, dont les aventures sur papier datent de 1940, prend ici les allures d’un mixage contre-nature entre les X-Men et les Avengers. Leur mission : « protéger la stabilité globale ». Leurs membres : Hawkman (Aldis Hodge), un homme volant qui semble échappé d’Asgard, Cyclone (Quintessa Swindell), une émule de Tornade qui contrôle le vent, Atom Smasher (Noah Centineo), qui porte un masque à la Deadpool et grandit comme Ant-Man, et Doctor Fate (Pierce Brosnan), dont les pouvoirs un peu confus évoquent ceux de Dr Strange et de Mysterio. On le voit, l’ombre des productions Marvel plane allègrement sur Black Adam, qui leur emprunte au passage une grande partie de leur esthétique et de leur approche visuelle.

Les bons et les méchants

Maladroitement, le film tente la carte de l’humour référentiel à travers une série de clins d’œil (la chambre d’ado emplie de posters de Batman, Superman, Flash et Aquaman, les allusions à Sergio Leone) et de répliques post-modernes (« Tu pourrais être célèbre : magazines, lunchboxes, jeux vidéo, et le complexe industriel des super-héros représente beaucoup d’argent », dit le jeune Amon à Teth-Adam). L’élément le plus intéressant du film est indiscutablement sa gestion inattendue du manichéisme. Le « héros » est une brute épaisse qui tue à tour de bras tous ceux qui s’opposent à lui sans autre forme de procès. Les membres de la Justice Society, de leur côté, prônent une justice équitable. « Il y a des héros et des vilains ici », dit Hawkman pour résumer la situation. Évidemment ce n’est pas aussi simple. « Vous aimez diviser le monde entre le bien et le mal », lui répondra Adrianna, « mais c’est facile à faire quand c’est vous qui tracez les lignes. » Mais il aurait fallu un minimum de finesse pour explorer correctement les passionnantes ramifications d’une telle situation. Or Collet-Serra ne fait pas dans la dentelle, Dwayne Johnson se contente de froncer les sourcils en regardant ses adversaires d’un air méchant, les affrontements se résument à des jets d’énergie, de la haute voltige et des destructions massives, aux accents d’une musique éléphantesque de Lorne Balfe, et l’on convoque même les démons géants et les zombies en fin de métrage pour tenter de relancer l’intérêt. L’entreprise semble bien vaine, jusque dans cette inévitable séquence post-générique qui n’a d’autre vocation que caresser les fans dans le sens du poil en imitant – une fois de plus – les recettes éprouvées de Marvel.

 

© Gilles Penso

 

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DRESSÉ POUR TUER (1982)

Une jeune femme vient au secours d’un grand chien-loup blanc qui, sous ses allures affables, cache des instincts meurtriers inavouables…

WHITE DOG

 

1982 – USA

 

Réalisé par Samuel Fuller

 

Avec Kirsty McNichol, Paul Winfield, Burt Ives, Jameson Parker,Christa Lang, Vernon Weddle, Karl Lewis Miller, Helen Siff

 

THEMA MAMMIFÈRES

Au volant de sa voiture, une jeune actrice, Julie Sawyer (Kirsty McNichol), renverse une nuit un chien-loup blanc. Elle le garde chez elle en attendant de retrouver son propriétaire, et se laisse séduire par l’instinct protecteur du chien qui la sauve d’une agression. Mais le bel animal revient certains soirs couvert de sang. Troublée, Julie l’emmène chez des spécialistes du dressage qui découvrent que le chien a été conditionné depuis sa naissance pour tuer tous les gens de couleur noire. Passées la surprise et l’indignation, le dresseur noir Keys (Paul Winfield), habitué à côtoyer les fauves les plus agressifs, va tenter de le « déprogrammer ». Mais cette rééducation s’avère extrêmement dangereuse… Le monstre de Dressé pour tuer n’est donc pas le chien mais l’homme. C’est bien là que résident toute le force et toute l’horreur de ce film adaptant le roman « Chien Blanc » écrit en 1969 par Romain Gary, dont l’épouse Jean Seberg connut réellement la terrible mésaventure que Samuel Fuller fait vivre ici à Kirsty McNichol.

De fait, on imagine mal comment un chien peut devenir malfaisant sans l’intervention de l’homme. Une phrase amère de Pierre Desproges nous revient alors en mémoire : « le seul déprédateur, le seul tueur pour le plaisir, la seule nuisance à pattes, se tient sur celles de derrière, afin d’avoir les mains libres pour y serrer son fouet à transformer les chiots en miliciens bavants ». Dans le film, ce constat n’apparaît que dans un second temps, le magnifique chien blanc ne développant d’abord qu’une vive intelligence, avant de s’avérer aussi être un redoutable tueur sélectif, conditionné au racisme meurtrier par la douleur et l’endoctrinement instinctif. Dommage que le titre français ne se soit pas contenté de « Chien blanc », au lieu d’opter pour un « Dressé pour tuer » trop révélateur dans la mesure où il annonce d’emblée l’élément clef du film, qui n’est perçu que tardivement par l’héroïne et le spectateur.

Les crocs du diable

Grâce au jeu tout en subtilité de Kristy McNicholl et à la finesse du scénario de Samuel Fuller (à qui nous devons le mémorable Shock Corridor) et Curtis Hanson (futur réalisateur de L.A. Confidential), le processus d’identification au personnage principal fonctionne à merveille. Les attaques répétées du chien contre plusieurs citoyens noirs sont assez éprouvantes, mais l’une des scènes les plus fortes du film est la confrontation de Julie avec l’ancien propriétaire du chien, gentil grand-père de deux adorables gamines. Les tentatives pour « reprogrammer » les instincts pervertis du canin sont génératrices de fortes tensions, jusqu’au dénouement qui constitue un véritable choc, d’autant plus abrupt que le film ne propose aucun épilogue. Fuller signe là une mise en scène nerveuse et brute, comme si la colère qu’il avait éprouvée en lisant le texte de Gary était restituée sur la pellicule sans le moindre garde-fou. Entre deux aboiements sauvages, le mélomane appréciera une partition très inspirée composée par Ennio Morricone. Fruit de maintes controverses, Dressé pour tuer ne sortit jamais en salles aux États-Unis, et se fit surtout connaître par ses multiples rediffusions sur la chaîne HBO.

 

© Gilles Penso

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LE MONSTRE AUX FILLES (1961)

Chantages et coucheries sont au programme de ce film de loup-garou atypique situé dans un pensionnat pour jeunes filles…

LYCANTHROPUS

 

1961 – ITALIE / AUTRICHE

 

Réalisé par Paolo Heusch

 

Avec Curt Lowens, Barbara Lass, Carl Shell, Maurice Marsac, Maureen O’Connor, Mary McNeeran, Grace Neame

 

THEMA LOUPS-GAROUS

À contre-courant des histoires de loup-garous narrées par les compagnies Universal et Hammer, Le Monstre aux filles mixe épouvante et intrigue policière en un étrange cocktail, le tout sous l’égide de Paolo Heusch qui nous livra trois ans plus tôt un Danger vient de l’espace relativement anecdotique. L’intrigue prend place dans une maison de rééducation pour jeunes filles, où vient de débarquer un tout nouveau professeur. Dès le premier soir de son arrivée, Mary, l’une des pensionnaires, fait le mur et traverse une magnifique forêt nocturne digne des productions Universal. Soudain, elle se fait attaquer par deux mains velues, puis son corps sans vie est jeté dans un cours d’eau, le tout souligné par une musique étrange et plutôt efficace, à base de piano énervé, de flûte virevoltante et de cuivres envoûtants. Le lendemain, les rumeurs vont bon train. S’agit-il de l’attaque d’une bête sauvage ou d’un monstre ? Étant donné que Mary faisait chanter quelqu’un, n’aurait-elle pas plutôt été assassinée ? Brunhilde, l’une de ses camarades, décide de mener l’enquête…

Dès lors, le scénario prend la structure classique d’un whodunit, la fameuse question « qui est l’assassin ? » prenant ici la tournure de « qui est le loup-garou ? ». Les soupçons pèsent sur le nouvel arrivant, mais il faut avouer que l’employé Walter (Luciano Pigozzi, sosie italien de Peter Lorre) a un comportement pour le moins troublant… D’une grande beauté plastique, le film bénéficie d’une photographie en noir et blanc très soigné, de décors superbes et de l’indéniable photogénie de ses jeunes actrices, même si ces dernières restent sagement engoncées dans leurs stricts uniformes. Les amateurs de chair fraîche alléchés par le titre américain Werewolf in a Girl Dormitory (« Le loup-garou dans un dortoir de filles ») en sont donc pour leurs frais. Si l’érotisme n’est donc pas de la partie, l’épouvante promise par le titre original a tout de même droit de cité à travers un lycanthrope pour le moins atypique. Son maquillage bestial s’avère plutôt efficace, en grande partie grâce à une photographie contrastée privilégiant les zones d’ombre.

Hormones, tyroïde et lycanthropie

Démarqué du look imposé par Jack Pierce dans les années 30, ce loup-garou évoque plutôt le Mister Hyde de Rouben Mamoulian. Hélas, il n’apparaît que furtivement, jouant presque un rôle de figurant au beau milieu d’une nébuleuse histoire de coucheries et de chantages. Le film présente tout de même l’originalité de nous proposer une explication médicale à la lycanthropie, par la bouche même du professeur nouvellement arrivé dans la maison de redressement. Prenez des notes, ça peut servir. D’après lui, la glande pituitaire qui contrôle les hormones et la tyroïde est en cause. En effet, si on agit sur elle avec de l’hypophyse de loup, on peut soigner certains malades souffrant de crises bestiales. Hélas, les effets secondaires s’avèrent pires que le mal combattu, car aussitôt le système pileux et la dentition se développent, le comportement change, et le patient finit par agir comme un animal. Le loup-garou terrorisant les jeunes filles serait donc victime de ce fâcheux traitement. La révélation de son identité, en forme de coup de théâtre, précipite donc la fin d’un récit anecdotique mais fort distrayant.

 

© Gilles Penso


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L’EMPIRE DES FOURMIS GÉANTES (1977)

Le roi des films de monstres géants des années 50 poursuit ses méfaits dans les seventies en opposant Joan Collins à des insectes monstrueux…

EMPIRE OF THE ANTS

 

1977 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Joan Collins, Robert Lansing, Albert Salmi, John David Carson, Robert Pine, Edward Power, Jacqueline Scott

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La fin des années 70 n’entama guère le goût de Bert I. Gordon pour les monstres géants. Vingt ans après les sauterelles de Beginning of the End, il s’attaque ici aux fourmis, mâtinant son récit de clichés issu du cinéma catastrophe alors en pleine vogue et utilisant abusivement le nom d’H.G. Wells comme source prétendue d’inspiration (il nous avait déjà fait le coup avec Village of the Giants et Soudain les monstres). Le prologue nous présente sous une forme documentaire les mœurs des fourmis et la manière dont elles usent de leurs phéromones. Au cours du générique, un navire largue en pleine mer des fûts de déchets radioactifs. Or l’un de ces dangereux récipients atterrit sur le sable d’une île de Floride en cours d’installation immobilière. Bientôt, une inoffensive colonie de fourmis vient tremper ses mandibules dans le produit en fuite… A deux pas de là, une experte foncière aux dents longues (Joan Collins) propose un tour de bateau à un groupe d’éventuels investisseurs. Suivant un mode narratif calqué sur les Airport, La Tour infernale ou L’Aventure du Poséidon, les protagonistes nous sont présentés à tour de rôle, véhiculant chacun son lot d’archétypes et de lieux communs.

Les personnalités s’affirment, les couples se forment, les animosités se dessinent… Et bientôt surgissent des hordes de fourmis grosses comme des rhinocéros. Dotées d’un appétit vorace et d’une forte intelligence de groupe, elles frappent les humains un à un, leur laissant bien peu d’espoir de survie. Les séquences d’attaque sont certes répétitives, mais l’ingéniosité artisanale des effets spéciaux fait souvent mouche, Gordon utilisant tour à tour de véritables insectes agrandis par rétro-projections, par caches ou par incrustations, de gros modèles mécaniques vaguement articulés, et même une petite séquence animée image par image pour le déplacement des monstres sur un ponton. La partie centrale du film est donc conçue sur le mode d’un survival ponctué de morts violentes, jusqu’à ce que les derniers rescapés tentent de s’échapper par une rivière et débouchent sur un village voisin. Là, ils découvrent que la reine de la colonie s’est immiscée dans l’esprit de ses victimes humaines et contrôle leurs pensées.

Old School

Empruntant ses éléments science-fictionnels à L’Invasion des profanateurs de sépultures mais aussi à L’Attaque des crabes géants, le climax se déroule dans une raffinerie de sucre et s’achève dans un grand incendie. Le problème majeur de L’Empire des fourmis géantes est sans doute l’incapacité de Bert I. Gordon à s’adapter au modernisme des années 70, traitant son sujet de la même manière qu’à l’époque de The Spider ou Le Fantastique homme colosse. Or entre-temps, Steven Spielberg a sérieusement redéfini les canons du genre avec Les Dents de la mer, précédé dix ans plus tôt par les incontournables Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Mais Mister BIG préfère ne rien changer à sa formule, osant même réutiliser le prétexte d’une mutation à base de produits radioactifs, un cliché passé de mode depuis bien longtemps ! Voilà donc un film qui arrive trop tard. Au milieu des fifties, L’Empire des fourmis géantes se serait probablement taillé la réputation d’un petit classique du genre. Deux décennies plus tard, il passa complètement inaperçu.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN 1970 (1958)

Boris Karloff incarne un savant fou balafré donnant naissance à un monstre atomique dans cette relecture futuriste du célèbre mythe…

FRANKENSTEIN 1979

 

1958 – USA

 

Réalisé par Howard K. Hoch

 

Avec Boris Karloff, Tom Duggan, Jana Lund, Donald Barry, Charlotte Austin, Irwin Berke, Rodolph Anders, John Dennis

 

THEMA FRANKENSTEIN

27 ans après le premier Frankenstein de la Universal, Boris Karloff revient fréquenter le mythe de Mary Shelley, cette fois-ci dans le rôle du baron, pour ce Frankenstein 70 qui ravira les amateurs de cinéma bis et dont la mise en chantier fut principalement motivée par le succès l’année précédente de Frankenstein s’est échappé et I Was a Teenage Frankenstein. Jadis torturé par les nazis, ce nouveau descendant de l’audacieux Victor a le visage à moitié défiguré par une hideuse balafre. La gestion du patrimoine familial ne mettant guère de beurre dans ses épinards, il loue le château familial à une équipe de télévision désirant y tourner un film d’épouvante. Le seul but du baron est en réalité d’acquérir un réacteur atomique pour ramener à la vie à la créature de son trisaïeul, qu’il cache dans son laboratoire ultra-moderne. Signe des temps, les arcs électriques et les poulies ont fait place aux machines électroniques et aux bandes magnétiques. D’où le titre futuriste de cet énième Frankenstein (pour un spectateur des années 50, évidemment). A vrai dire, Frankenstein 1970 faillit d’abord s’appeler plus modestement Frankenstein 1960, mais on opta en fin de compte pour un saut dans le temps plus conséquent. Au diable la demi-mesure !

Au début du film, la créature est en bien piteux état, car son visage n’est qu’une tête de mort et son corps en manque d’organes vitaux. Le vieux baron n’hésite donc pas à éliminer Shuter (Norbert Schillert), son serviteur, pour lui « emprunter » son cerveau, son cœur et ses yeux. Hélas, les globes oculaires sont rendus inutilisables suite à une maladresse. Il faut donc en puiser de nouveaux parmi les membres de l’équipe de tournage. Le monstre se met alors à déambuler dans le château, le corps recouvert de bandelettes et la tête coiffée d’un étrange cylindre en forme de poubelle ! Judy (Charlotte Austin), la scripte de l’équipe, est assassinée, tout comme le caméraman, et c’est finalement Gottfried (Rudolph Anders), le vieil ami trop curieux de Frankenstein, qui donnera ses yeux à la créature. Ces diverses disparitions ne sont pas prises au sérieux par la police, qui soupçonne une manœuvre publicitaire. Mais les hurlements paniqués de Carolyn Hayes (Jana Lund), la jeune et jolie actrice de l’équipe, finissent par tourmenter le monstre qui, schéma classique, se retourne contre son créateur, l’incendie traditionnel étant ici remplacé par les radiations atomiques.

La boucle se boucle

Quelques idées visuelles intéressantes ponctuent le film, comme la créature guettant Carolyn dans l’ombre de la crypte, ou les yeux de Gottfried apparaissant d’abord écarquillés en gros plans, puis insérés à la place des orbites vides du monstre suite à une audacieuse ellipse. Mais l’ensemble du film se traîne en longueur sans véritable sens du rythme, d’autant que les personnages ne sont que des coquilles vides auxquelles il est bien malaisé de s’identifier. Il faut dire que le scénario pourtant co-signé par les vétérans Richard Landau (Le Monstre) et George Worthing Yates (Des monstres attaquent la ville) ne fait pas dans la dentelle, se démarquant à peine des élucubrations d’un Ed Wood moyen (on pense notamment à La Fiancée du monstre avec Bela Lugosi). Reste ce dénouement surprenant, où nous découvrons que sous ses bandelettes, le monstre a le visage de Boris Karloff. La boucle est ainsi bouclée.

 

© Gilles Penso


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SCARY MOVIE 2 (2001)

Le deuxième volet de la célèbre saga parodique des frères Wayans délaisse les tueurs psychopathes au profit des esprits et des fantômes…

SCARY MOVIE 2

 

2001 – USA

 

Réalisé par Keenan Ivory Wayans

 

Avec Marlon Wayans, Shawn Wayans, Tim Curry, James Woods, Veronica Cartwright

 

THEMA FANTÔMES I DIABLE ET DÉMONS I SAGA SCARY MOVIE

La lourdeur potache du premier Scary Movie ne laissait aucun espoir quant à l’intérêt potentiel d’une quelconque séquelle. Pourtant, le prologue de Scary Movie 2 s’avère prometteur, puisqu’il parodie avec un certain panache L’Exorciste, permet à James Woods de pasticher avec bonne humeur la prestation de Max Von Sydow en prêtre illuminé, et s’achève sur un combat de jets de vomi assez épique ! Le rôle de Woods fut d’abord proposé à Charlton Heston, qui déclina l’offre, puis à Marlon Brando, qui empocha un généreux cachet d’un million de dollars mais fit faux bond à la production pour des raisons de santé. La suite du film permet de cerner les nouvelles ambitions de ce second opus : laisser tomber Scream pour se concentrer sur un scénario hérité de Hantise, autrement dit plonger les protagonistes imbéciles du premier film dans une maison hantée, sous l’œil malsain d’un professeur déjanté incarné par Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show, Legend, Ça).

L’idée est louable, car elle permet d’éviter la redite. Hélas, la bêtise des gags et leur étirement jusqu’à l’épuisement empêchent la parodie de faire mouche. Exemple : les trois héroïnes féminines dévalent un escalier au ralenti, accompagnées par une BO techno nerveuse, et font face au méchant debout derrière une grille. On sent donc venir d’assez loin la parodie de Charlie Angels, d’autant que les filles arborent les mêmes tenues, les mêmes coupes de cheveux et les mêmes postures martiales que le trio mis en scène par McG. Mais le scénario se croit obligé de leur faire crier « Drôles de Dames ! » et de singer toute une série de plans du film suscité, comme si le public était trop idiot pour capter le clin d’œil du premier coup. Ce jeu inutile des prolongations devient par moments embarrassant. Les autres parodies de succès plus ou moins contemporains accumulées dans ce second Scary Movie (Titanic, Hannibal, Apparences, le Dracula de Coppola, Poltergeist) tombent ainsi plus ou moins à plat pour les mêmes raisons, malgré quelques séquences purement fantastiques assez prometteuses, comme l’attaque d’une plante géante fumeuse de joints ou la résurrection d’un squelette récalcitrant.

Dans la précipitation

Ni meilleure, ni pire que le premier Scary Movie, cette séquelle pêche donc par les mêmes défauts et s’oubliera tout aussi facilement. On a tout de même du mal à croire qu’un tel scénario ait été l’œuvre commune de sept personnes, preuve que l’union ne fait pas toujours la force. La bande originale elle-même mélange les travaux d’une multitude de compositeurs, après le refus de la partition écrite par George S. Clinton (pas assez proche selon les producteurs de la musique temporaire utilisée au montage) et le désistement de Marco Beltrami pour cause d’agenda trop chargé. Tous ces cafouillages sont en partis dûs à la précipitation dans laquelle le film a été réalisé, le studio Dimension ayant exigé des frères Wayans que cette séquelle soit distribuée un an après le premier Scary Movie.

 

© Gilles Penso


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