LE MONDE DES VAMPIRES (1961)

Cet ultime volet d’une trilogie mexicaine consacrée aux suceurs de sang multiplie les idées surprenantes et les séquences rocambolesques…

EL MUNDO DE LOS VAMPIROS

 

1961 – MEXIQUE

 

Réalisé par Alfonso Corona Blake

 

Avec Mauricio Garces, Erna Martha Bauman, Silvia Fournier, Guillermo Murray, Jose Baviera, Yolanda Margain

 

THEMA VAMPIRES

Pour cette troisième incursion mexicaine au pays des vampires après Les Proies du vampire et Le Retour du vampire, un ravalement de façade complet a été effectué. Ainsi, à l’exception du producteur Abel Salazar, l’équipe a changé du tout au tout. Exit donc le casting principal, ainsi que le réalisateur Fernando Mendez, remplacé ici au pied levé par Alfondo Corona Blake. Le lien entre ce film et les deux précédents est donc des plus ténus, d’autant qu’ici, le traitement de l’épouvante s’avère plus frontal et bien moins insidieux. A la tête d’une armée de vampires souterrains, le maléfique comte Subotai complote pour pouvoir se venger du dernier descendant de la famille Colman, dont l’ancêtre fut l’ennemi de sa famille en Hongrie. Pour y parvenir, il s’efforce de vampiriser ses deux ravissantes nièces. Le changement de ton est annoncé d’emblée, avec cette séquence pour le moins improbable dans laquelle le comte Subotai dirige un sacrifice rituel au nom d’une prétendue divinité antique, invoquant évasivement la cabale et déclamant de grands textes explicatifs face à la caméra.

Le décor de cette cérémonie occulte est une catacombe ornée de torches qu’on croirait issue d’un péplum, les adeptes de la cérémonie sont des dizaines de jeunes femmes outrancièrement maquillées ainsi que des vampires affublés de masques rigides grotesques aux yeux globuleux, aux oreilles pointues et aux dents proéminentes. Quant à Subotai, il dirige ses serviteurs improbables en pianotant sur un orgue constitué d’ossements humains et jette ses victimes dans un puits hérissé de pointes. Le scénario l’affuble même d’un assistant bossu et difforme qui semble vaguement hérité des Frankenstein d’Universal. On l’aura compris, nous nageons ici dans une ambiance assez proche du serial et de la bande dessinée. Corona Blake persévèrera d’ailleurs dans cette voie, notamment en réalisant plusieurs épisodes de la fameuse saga consacrée au catcheur Santo.

Les vampires n’aiment pas le piano !

Le Monde des vampires se permet au passage quelques variantes fort surprenantes autour de la mythologie des suceurs de sang. Ici, en effet, l’arme la plus susceptible de les anéantir n’est ni le pieu, ni le crucifix, ni l’ail, mais une mélodie jouée au piano ! Quant à la transformation progressive des humains en vampire, elle passe par une étrange étape au cours de laquelle des poils hirsutes se mettent à couvrir le dos des mains avant de s’attaquer au visage. Comme si lycanthropie et vampirisme se confondaient quelque peu en une seule et même malédiction. Le film se pare même de quelques visions surréalistes du plus curieux effet, comme cette image très furtive d’une jeune fille au corps de chauve-souris. Guillermo Murray ne démérite guère dans le rôle du machiavélique comte vampire Subotai, d’autant que sa ressemblance physique avec Christopher Lee est assez frappante, mais l’absence de German Robles, héros inoubliable des deux films précédents, se fait cruellement sentir. Ce segment est donc le plus anecdotique des trois, mais il comporte les mêmes qualités graphiques et formelles que ses deux modèles, tout en reprenant la majeure partie de la bande originale composée par Gustavio Carrion pour Les Proies du vampire.

 

© Gilles Penso


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À LOUER (2006)

Pour la collection « Scary Stories » destinée à la télévision espagnole, Jaume Balaguero signe un huis-clos redoutablement oppressant…

PARA ENTRA A VIVIR

 

2006 – ESPAGNE

 

Réalisé par Jaume Balaguero

 

Avec Macarena Gomez, Nuria Gonzalez, Adria Collado, Ruth Diaz, Roberto Romero, David Sandanya, Julieta Marocco

 

THEMA TUEURS

Conçu pour la télévision espagnole, À louer s’inscrit dans la collection « Peliculas Para No Dormir » (un titre qu’on pourrait traduire par « Histoires pour ne pas dormir », mais qui fut rebaptisé « Scary Stories » en France). Cette série de téléfilms autonomes est dirigée par le vétéran Narciso Ibanez Serador, à qui nous devons notamment La Résidence. Pas du tout complexé par un planning de tournage réduit et un budget limité, Jaume Balaguero (La Secte sans nom, Fragile) en profite pour concocter avec Alberto Marini un scénario concentré dans l’espace et dans le temps, avec un nombre restreint de comédiens et une situation de départ plutôt simple. La redoutable efficacité du film et sa capacité à générer le stress et l’angoisse n’en sont que plus remarquables. Jeune infirmière en poste au Jaume’s Hospital (!), Clara attend un enfant. Son époux et elle revendent donc leur appartement afin d’en dénicher un plus grand. Mais le temps passe et les offres alléchantes ne pleuvent pas. Jusqu’à cette petite annonce énigmatique déposée dans leur boîte aux lettres. Curieux, nos deux tourtereaux décident d’y jeter un coup d’œil. C’est bien sûr le début de la fin…

La distance qui sépare l’immeuble à visiter du centre-ville s’avère particulièrement longue, et lorsque le couple découvre le bâtiment décrépi et abandonné, tous deux déchantent. Mais l’employée de l’agence est déjà là, qui les attend jovialement sous la pluie dans son ciré jaune canari. Ils gravissent donc les étages sinistres avec désenchantement, par politesse, se jurant de déguerpir le plus rapidement possible. Or lorsqu’ils pénètrent dans l’appartement, un piège effroyable se referme sur eux, et le cauchemar commence. En 68 minutes à peine, Balaguero parvient à clouer le spectateur sur son siège, démontrant que l’absence de moyens peut stimuler la créativité au lieu de la gangréner. Une grande part de la réussite d’À louer est à mettre au crédit des deux actrices principales, la première donnant physiquement de sa personne avec une énergie incroyable, la seconde déployant tout un registre d’émotions contraires, oscillant entre la bonhomie sympathique, la folie furieuse hystérique et la profonde dépression.

La panique et la folie

Inventif, Balaguero tire parti au mieux de son décor unique, qu’il rend terriblement anxiogène, et filme certaines de ses actions avec des tremblements de caméra surprenants qui pourraient fort bien symboliser le basculement des protagonistes dans la panique et la folie. Une brève interruption en cours de récit, proche des facéties narratives de Takashi Miike sur Audition, laisse d’ailleurs imaginer un temps que le cauchemar n’est que la funeste prémonition d’événements non encore survenus. Les amateurs du cinéma de Jaume Balaguero ne pourront s’empêcher de tisser des liens entre À louer et [Rec], qu’il co-réalisera l’année suivante avec Paco Plaza. Les deux films se concentrent en effet sur une icône moderne du cinéma de terreur : une jeune femme énergique adoptant un look digne de Bruce Willis (débardeur, treillis) et traversant en hurlant les escaliers et les couloirs d’un vieil immeuble barcelonais, prise en chasse par des monstres d’autant plus effrayants qu’ils sont – ou furent – humains. Ce bel exercice de style inaugura en beauté une série télévisée inégale, équivalent hispanique des Masters of Horror américains.

 

© Gilles Penso


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ILSA LA TORTIONNAIRE (1977)

La « saga » douteuse initiée en 1974 se complète d’un quatrième épisode officieux signé par le roi de l’horreur érotique Jess Franco…

GRETA – HAUS OHNE MÄNNER

 

1977 – USA / ALLEMAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Jess Franco

 

Avec Dyanne Thorne, Tania Busselier, Eric Falk, Lina Romay, Esther Studer, Esther Moser, Jess Franco

 

THEMA SUPER-VILAINS I CANNIBALES I SAGA ILSA

Tournée quasiment en même temps qu’Ilsa la tigresse du goulag, ce quatrième épisode, resté longtemps inédit en France, n’est pas officiellement rattaché à la trilogie initiée par Don Simpson et David Friedman. Il fut d’ailleurs distribué sur le marché international sous les titres de Greta the Mad Butcher et Wanda the Wicked Warden. Mais les évidentes similitudes avec les trois Ilsa précédents lui donnèrent rapidement le statut de dernier épisode de la « saga », ce qui fut confirmé par son titre américain Ilsa the Wicked Warden, puis sa contrepartie française Ilsa la tortionnaire. La mise en scène a ici été confiée aux bons soins de Jess Franco. Celui-ci, parfaitement à l’aise dans le double domaine de l’horreur crue et de l’érotisme gras, s’en donne donc à cœur joie, à grands coups de scènes de douche, de tortures au fouet et à l’électrochoc, de viols collectifs, de catch féminin dénudé, de sadomasochisme et de saphisme… Bref, Ilsa la tortionnaire, c’est la foire d’empoigne du mauvais goût. Au bout de quatre épisodes, cette étrange recette commence à devenir un tantinet lassante…

Après le camp nazi, le harem et le goulag, la cruelle teutonne (toujours incarnée par l’incontournable Dyanne Thorne) se trouve ici en charge d’une institution psychiatrique pour femmes au cœur d’une forêt d’Amérique latine. Ses méthodes pour soigner la folie, on s’en doute, ne sont pas des plus orthodoxes, et servent principalement à satisfaire ses fortes pulsions sadiques. Abbie Philips (Tanya Busselier), une jeune femme à la recherche de sa sœur disparue, se laisse volontairement interner dans la sinistre clinique afin de mener son enquête, grâce à la complicité du docteur Milton Arcos (joué par Jess Franco lui-même). Elle ne sera guère au bout de ses peines, car en plus d’Ilsa et de ses revêches surveillantes, Abbie se heurtera à quelques patientes peu commodes, dont la désaxée Juana, interprétée par Lina Romay, actrice fétiche de Franco, qui la soumettra à toutes sortes d’humiliations sordides (la plus gratinée étant probablement de se substituer à son papier toilette au cours d’une séquence fétichiste de haut vol).

La grande bouffe

Pour le reste, rien de bien nouveau à l’horizon. Dyanne Thorne, alors quadragénaire, continue à exhiber son opulente poitrine, les jeunes filles soupçonnées de fricoter avec les révolutionnaires passent un mauvais quart d’heure dans les geôles insalubres, et les clichés de la série se mêlent joyeusement aux lieux communs des films de prison de femmes, sous-genre que Jess Franco connaît par cœur pour lui avoir donné quelques-uns de ses plus « beaux » fleurons (Quartier de femmes, Caged Women, Love Camp et autres titres tout aussi poétiques). Ilsa la tortionnaire restera tout de même dans les mémoires pour son climax hallucinant, au cours duquel les patientes torturées, menées par Juana, se rebellent contre Ilsa, se jettent violemment sur elle et la dévorent littéralement ! Et le montage d’alterner des gros plans des mâchoires ensanglantées des jeunes femmes avec des images de fauves déchiquetant leurs proies… Un final choc qui scelle définitivement les aventures de la blonde tortionnaire.

 

© Osnep Sellig

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VIDOCQ (2001)

Le superviseur d’effets spéciaux visuels Pitof passe à la mise en scène pour une adaptation baroque et excessive des aventures du célèbre détective…

VIDOCQ

 

2001 – FRANCE

 

Réalisé par Pitof

 

Avec Gérard Depardieu, Guillaume Canet, Ines Sastre, André Dussollier, Edith Scob, Moussa Maaskri, Jean-Pierre Gros

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Après avoir été superviseur d’effets spéciaux sur la plupart des grosses productions françaises des années 90 et 2000 (Les Visiteurs, La Cité des enfants perdus, Astérix et Obélix contre César), puis réalisateur de deuxième équipe sur l’Alien la résurrection de Jean-Pierre Jeunet, Pitof est passé à la mise en scène avec cet ambitieux Vidocq. L’idée de base consiste à s’éloigner de la célèbre série policière des années 60 pour plonger dans une atmosphère mystique émaillée de crimes étranges et de sorcellerie. Le fameux détective du titre, interprété par Gérard Depardieu, disparaît alors qu’il était sur le point d’arrêter un mystérieux assassin surnommé l’alchimiste. Etienne Boisset (Guillaume Canet), son jeune biographe, reprend alors son enquête… Avide d’expérimentations techniques, Pitof a opté pour un tournage en format HD et s’est mis en tête de reconstituer intégralement le Paris de 1830, à grand renfort d’effets numériques et de matte-paintings. Ces belles intentions sont hélas ruinées par une absence totale de finesse. La texture de l’image prend les allures d’une vidéo bas de gamme, les trucages sont extrêmement voyants, les faux cieux nuageux terriblement mal incrustés. Bref, l’audace visuelle s’est muée en patchwork grotesque et maladroit.

Plus problématique : ce refus en bloc de tout sens de la mesure s’étend au moindre aspect du film. Le casting opte systématiquement pour des « gueules » sans se soucier de la pertinence d’un tel choix, les comédiens surjouent avec une outrance risible, les cadrages privilégient les angles bizarres et les très gros plans sans justification, le montage est épileptique au point de manquer de lisibilité… La musique, omniprésente, a été confiée au talentueux Bruno Coulais, qui tente lui aussi les expériences hardies. « J’aime bien l’idée de traiter le 19ème siècle avec les sonorités d’aujourd’hui », nous confie-t-il. « Sans aller vers l’anachronisme total, un mélange de classicisme et de modernité peut être très intéressant » (1). D’où la guitare électrique pendant l’un des combats entre Vidocq et l’alchimiste.

Le miroir de la mort

Mais la partition de Vidocq est un joyeux fourre-tout, à l’image du film entier, mêlant les imitations manifestes de Danny Elfman, les extraits classiques épars ou encore les recyclages de l’incontournable « Mars » de Gustav Holst. Le problème, c’est que la musique, comme le reste, ne s’arrête jamais et ne s’offre aucun ralentissement, ne permettant donc à aucune dynamique (au sens propre) de se mettre en place. Du coup, l’ambition du film est tuée dans l’œuf, et c’est d’autant plus dommage que le scénario offrait des possibilités fascinantes et que la direction artistique de Marc Caro était des plus inventives, avec une mention spéciale pour le masque-miroir de l’alchimiste dans lequel ses victimes se voient mourir. Cet hommage direct à la caméra tueuse du Voyeur de Michael Powel est concrétisé à l’écran par les effets digitaux de McGuff Ligne sous la supervision de Rodolphe Chabrier. « Parfois, c’est pendant le tournage que viennent les idées de nouveaux outils numériques », nous explique ce dernier. « Il me paraît indispensable de toujours prendre en compte le réalisateur, les comédiens et les conditions de tournage » (2). Dommage que tous ces talents servent une œuvre aussi brouillonne.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2001

(2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2009

 

© Gilles Penso


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KOMODO VS COBRA (2005)

Un groupe d'écologistes militants s’aventure dans la jungle d’une île du Pacifique où sévissent des reptiles titanesques…

KOMODO VS COBRA

 

2005 – USA

 

Réalisé par Jim Wynorski

 

Avec Michael Paré, Michelle Borth, Ryan McTavish, Renee Talbert, Jerri Manthey, Ted Monte, Glori-Anne Gilbert, Rene Rivera

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Après Boa Vs. Python, tout semblait possible en matière de crossover improbable. Alors pourquoi pas Komodo Vs. Cobra ? L’affiche, ramenant souvent le titre à la forme d’un logo KvC, cligne de l’œil sans complexe vers Aliens Vs. Predator et nous laisse espérer un combat titanesque entre deux monstrueux reptiles. Les cinq premières minutes du film sont généreuses et démarrent sur des chapeaux de roue. Une jeune femme et deux hommes courent à perdre haleine dans une jungle tropicale, poursuivis par un gigantesque varan de Komodo qui dévore l’un d’entre eux. À peine ont-ils le temps de souffler qu’un cobra grand comme le Monstre du Loch Ness jaillit de l’océan et en engloutit un autre…  Si une telle séquence est prometteuse sur le papier, elle s’avère tout juste risible à l’écran, étant donnée la piètre qualité des images de synthèse censées donner vie aux deux monstres. Superviseur des effets visuels, Scott Coulter (Spiders, Pterodactyles et même John Rambo) nous a pourtant habitué à mieux. Ici, chaque effet numérique – y compris les coups de feu qui se résument à des flash passablement incrustés – est un ratage en bonne et due forme, annulant l’impact de toutes les scènes d’action du métrage.

On ne saurait trop départager, d’ailleurs, ce qu’il y a de pire dans Komodo Vs. Cobra : les effets spéciaux, les comédiens, le scénario ou les dialogues (question du soldat : « chef, qu’est-ce que c’est ? », réponse de son supérieur : « un monstre que je vais tuer ! »). Les héros sont les membres actifs d’un groupe écologiste, « Notre Planète », embarquant avec eux une journaliste et son caméraman sur une île perdue dans le sud du Pacifique pour dénoncer les expériences qu’y pratique l’armée américaine sous le nom de code « Projet Carnivore » (tout un programme !). Assez vite, Susan Richardson (Michelle Borth), la fille de l’instigateur du projet, nous explique leur but : « développer un biocatalyseur pour stimuler la croissance des plantes en utilisant des fragments l’ADN animal. »

« Projet Carnivore »

Au départ, le savant philanthrope et sa gentille fille voulaient nourrir la planète entière en créant du maïs géant transgénique. Mais les méchants militaires ont préféré récupérer la matrice de croissance pour l’expérimenter sur des animaux. Les varans et cobras soumis au test se sont donc pris pour King Kong et sèment dès lors la terreur sur l’île, annihilant toute forme de vie autour d’eux. Le scénario nous promet ainsi des dizaines de monstres, mais nous n’en voyons en réalité que deux, lesquels s’affrontent enfin pendant le climax, comme on pouvait s’y attendre. Le combat n’a rien de palpitant. Car au-delà de la piètre qualité des images numériques, même pas dignes du plus basique des jeux vidéo, l’action se limite à quelques grognements et autres coups de gueule. Les seuls rares atouts du film sont finalement ses magnifiques décors naturels captés sur l’île hawaïenne de Kauai, qui a vu débarquer bien des équipes de tournage, notamment celle de Jurassic Park. Ces cascades, ces jungles touffues et ces monts verdoyants, soutenus par une partition emphatique à mi-chemin entre le western, James Bond et le film de jungle, sont indéniablement photogéniques. Mais bon, autant s’acheter une carte postale.

 

© Gilles Penso


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INTACTO (2002)

Le futur réalisateur de 28 semaines plus tard concocte pour son premier film un thriller aux frontières du paranormal…

INTACTO

 

2002 – ESPAGNE

 

Réalisé par Juan Carlos Fresnadillo

 

Avec Leonardo Sbaraglia, Eusebio Poncela, Mónica López, Antonio Dechent, Max von Sydow, Guillermo Toledo

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Et si la chance était un pouvoir surnaturel, une énergie tangible susceptible de passer de main en main, de s’additionner, de se soustraire, de se voler ou de se gagner ? Tel est le point de départ audacieux d’Intacto, premier long-métrage d’un cinéaste espagnol de 34 ans qui souffrit lors de sa sortie d’une promotion minimaliste et d’un titre sans doute trop proche du Memento de Christopher Nolan. Après un prologue mystérieux et un tant soit peu oppressant ne nous livrant pas encore toutes les cartes de l’intrigue, nous faisons connaissance avec Tomas Sanz (Leonardo Sbaraglia), unique survivant d’une catastrophe aérienne. Recherché par la police pour avoir commis un hold-up, il est contacté par Federico (Eusebio Poncela), un homme mystérieux ayant lui-même réchappé par miracle à un tremblement de terre. En sa compagnie, Tomas découvre qu’un groupe élitiste d’hommes et de femmes mène des activités secrètes auxquelles il va être initié. Ceux qui possèdent « le don », c’est-à-dire la chance, ont le droit d’y participer. Et de toute évidence Tomas en fait partie.

Le principe est délicieusement tortueux : lorsqu’un des membres de cette communauté souterraine récupère la photographie d’un de ses « collègues » ou entre en contact physique avec lui, il lui vole sa chance, et accroît du même coup la sienne. Celui qui possède le plus de photos est donc le plus chanceux des hommes. Et à la fin de cette gigantesque partie, il ne pourra en rester plus qu’un, suivant un schéma pyramidal qui nous est familier depuis Highlander. L’objet de ces paris successifs est une série de « jeux » de plus en plus dangereux : une course dans la forêt les yeux bandés, une traversée nocturne de l’autoroute au milieu des voitures lancées à grande vitesse, et pour finir une roulette russe dans laquelle une seule balle a été retirée du barillet. Sara (Monica Lopez), l’inspecteur de police chargé de retrouver la trace de Tomas, a elle-même réchappé de peu à un accident de voiture ayant coûté la vie à son époux et sa fille. Elle fait donc malgré elle partie de l’élite et devra infiltrer le milieu pour mener son enquête à bien. Tous ces chemins croisés trouveront leur point de conjonction dans le casino de Samuel Berg (Max Von Sydow), un survivant de la Shoah considéré comme le plus grand possesseur de chance au monde…

Roulette russe

A ce scénario résolument novateur et vertigineux qu’il a co-écrit avec Andres Koppel, Juan Carlos Fresnadillo appose une mise en scène impeccable. La photographie de Xavi Gimenez est superbe, les décors de Cesar Macarron claustrophobiques à souhait, la musique de Lucio Godoy envoûtante et les comédiens tous excellents, dominés par un Max Von Sydow impérial comme à son habitude. Intacto tire une partie de son étrangeté du parti pris atemporel et universel de son cinéaste, rien ne nous permettant vraiment de situer géographiquement ou historiquement ce récit. L’intrigue s’achemine lentement vers son inévitable climax, empruntant aux légendes indiennes la croyance de la capture de l’âme par l’émulsion photographique. Et si hasard et coïncidence s’appréhendent ici comme une donnée quantifiable, le film pose en substance une ultime et passionnante question : l’amour est-il plus fort que la chance ?

 

© Gilles Penso


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THE MANGLER REBORN (2005)

Sans lien avec les deux Mangler précédents, cette déclinaison de la nouvelle de Stephen King décrit les agissements d’un inquiétant psychopathe…

THE MANGLER REBORN

 

2005 – USA

 

Réalisé par Matt Cunningham et Erik Gardner

 

Avec Weston Blakesley, Aimee Brooks, Reggie Bannister, Scott Speiser, Juliana Dever, Sarah Lilly, Renee Dorian

 

THEMA OBJETS VIVANTS I TUEURS I SAGA STEPHEN KING

Après le très dispensable Mangler 2, personne n’attendait rien d’un troisième épisode inspiré de près ou de loin par la nouvelle « La Presseuse » de Stephen King. Les réalisateurs Matt Cunningham et Erik Gardner nous prennent pourtant par surprise en s’éloignant le plus possible du second opus, qui jouait vainement la carte du modernisme high-tech, pour revenir à une horreur plus brute et plus primaire. The Mangler Reborn s’ouvre sur un carton définissant le mot « possession ». Nous découvrons alors Hadley Watson (Weston Blakesley, glaçant), un réparateur ayant perdu son travail, au grand dam de son épouse Beatrice (Sarah Lily). Sans raison logique, notre homme a dépensé ses dernières économies dans l’achat et la restauration d’une vieille essoreuse qu’il a installée dans le sous-sol de sa maison. Obsédé par la machine, il passe ses jours et ses nuits à l’assembler et à lui parler, comme si la presseuse s’adressait à lui (une obsession qui n’est pas sans rappeler celle d’Arnie Cunningham dans Christine). Il finit par se couper, et son sang coule dans la machine. Les conséquences ne tardent pas : Hadley tue sa femme d’un coup de maillet et la livre à la presseuse. Voilà un pré-générique plutôt prometteur.

Le film s’intéresse ensuite à Jamie (Aimee Brooks), habitante d’un quartier résidentiel qui perd son travail et son petit ami la même journée. Après une scène de douche à l’érotisme gratuit (avec force gros plans sur les seins de la jeune femme), Jamie ouvre la porte à un homme venu réparer sa machine à laver. Hélas, il s’agit d’Hadley. L’agression qui s’ensuit oscille entre l’angoisse et l’humour noir, en un exercice d’équilibre qui s’avère assez déstabilisant. Le tueur attaque ainsi Jamie, qui se défend en lui plantant le talon d’une de ses chaussures dans l’oreille ! Alors qu’elle prend la fuite dans son jardin, il la kidnappe en plein air, à deux pas d’un voisin qui passe la tondeuse sans rien remarquer (l’homme est joué par Jeff Burr, réalisateur de Massacre à la tronçonneuse 3).

La déchiqueteuse

Le scénario, basique mais efficace, ne cesse de rebondir en s’appuyant dès lors sur un huis clos à la limite du Vaudeville situé dans la maison de l’assassin, dont les murs sont souillés de taches de sang. Tour à tour, le voleur Rick (Reggie Bannister), son fils Mike (Scott Speiser) et la fille d’Hadley (Renee Dorian) pénètrent ainsi dans les lieux… La mise en scène brute, pas très éloignée de celle de certains films d’horreur d’exploitation des années 70-80, distille un certain malaise. Cette ambiance poisseuse évoque même certains longs-métrages de Tobe Hooper, qui réalisa justement le premier The Mangler. Certes, les massacres perpétrés dans la presseuse ne sont pas aussi explicites que chez Hooper, mais ils restent assez sanglants. Nous avons d’ailleurs plus affaire ici à une déchiqueteuse qu’à une presseuse, Hadley buvant ensuite le sang de ses victimes évacué par la machine. La bande originale composée par le groupe Climax Golden Twins, constituée principalement de nappes synthétiques angoissantes et d’effets sonores stressants, participe à l’atmosphère oppressante du film. The Mangler 2 n’est certes pas très passionnant, mais son caractère glauque, son cynisme et ses excès sont mille fois préférables au triste second opus qui le précéda.

 

© Gilles Penso


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MACISTE CONTRE LES HOMMES DE PIERRE (1964)

Le célèbre héros antique aux muscles saillants affronte des créatures extra-terrestres surgies des entrailles de la terre…

MACISTE E LA REGINA DI SAMAR

 

1964 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Giacomo Gentilomo

 

Avec Alan Steel, Anna-Maria Polani, Jean-Pierre Honoré, Jany Clair, Nando Tamberlani, Delia D’Alberti, Goffredo Unger, Anna Maria Dionisio, Paola Pitti

 

THEMA MYTHOLOGIE I EXTRA-TERRESTRES

Le personnage de Maciste avait rencontré des monstres mythologiques variés, des dinosaures et même des sorcières du 16ème siècle, mais jamais encore il n’avait eu affaire à des extra-terrestres. Qu’on se rassure : cette lacune est effacée avec Maciste contre les hommes de pierre, qui mêle audacieusement le péplum antique à la science-fiction, sous la direction de Giacomo Gentilomo à qui nous devions déjà, entre autres, Le Chevalier blanc, Le Dernier des Vikings et justement Maciste contre le fantôme. Suite à la chute d’une comète venue de la Lune (le crash étant reconstitué dans un joli décor miniature agrémenté d’effets pyrotechniques mignonnets), une nouvelle forme de vie monstrueuse naît des entrailles de la terre. Dès lors, la reine Samara se voit contrainte de sacrifier régulièrement aux créatures des jeunes gens sous peine de voir son royaume entièrement détruit. Mais la reine est moins victime que ce qu’elle veut bien faire croire. Elle a en effet passé un pacte avec les monstres extra-terrestres qui lui ont promis en échange la puissance, la richesse et l’immortalité.

Aussi, lorsque le colossal Maciste, barbu comme son cousin Hercule, est appelé à la rescousse, elle voit son arrivée d’un très mauvais œil. La vilaine tente alors de le piéger dans un souterrain de la cité, orné de pièges qui n’ont rien à envier à ceux des serials : pics hérissés qui surgissent des rochers, trappes qui s’ouvrent et se remplissent d’eau… S’ensuit un combat contre un homme singe aux dents proéminentes dont Maciste, bien sûr, ne fait qu’une bouchée. Alors que la nuit du nouveau sacrifice approche, Samara s’apprête carrément à sacrifier sa propre sœur… Maciste étant capturé, une scène de suspense mémorable nous le montre sur le point de se transformer en tranche de gruyère entre les dents d’un piège digne d’une aventure de Sax Rohmer.

Quand le péplum rencontre la science-fiction

Quelques visions purement fantastiques ornent le métrage, comme cette entité extra-terrestre géante et vêtue d’une étrange armure au faciès d’insecte qui apparaît dans la chambre de la reine (en surimpression), ces nuages surnaturels qui survolent la montagne de la mort nimbée d’une étrange lueur verdâtre, ou encore l’apparition des fameux hommes de pierre qui surgissent des parois de la grotte en animation image par image avant d’être interprétés par des figurants dans d’impressionnants costumes à l’aspect rocheux. Pendant le climax, saupoudré d’images d’archives d’éruptions volcaniques en gros plans, Maciste affronte les Hommes de Pierre, comme il est dit dans le titre du film, et abat la statue de Sélénée, la reine des envahisseurs. Aussitôt, celle-ci vieillit en accéléré et se décompose, tandis que notre bodybuilder sauve les gentils et s’enfuit finalement à cheval, sa nouvelle conquête féminine à ses côtés, pour aller sauver d’autres peuples, ailleurs dans le monde. C’est naïf mais résolument sympathique. Au lieu de poursuivre ses expérimentations cinématographiques à grand spectacle, Gentilomo prit le parti d’abandonner Cinecitta pour se reconvertir dans la peinture, medium apparemment plus adapté à sa sensibilité artistique.

© Gilles Penso

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L’APPRENTIE SORCIÈRE (1971)

Une féerie disneyenne mouvementée dominée par la présence charismatique d’Angela Lansbury et David Tomlinson…

BEDKNOBS AND BROOMSTICKS

 

1971 – USA

 

Réalisé par Robert Stevenson

 

Avec Angela Lansbury, David Tomlinson, Roddy McDowall, Sam Jaffe, John Ericson, Bruce Forsyth

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

La genèse de L’Apprentie sorcière remonte à 1945, année où le studio Disney fait l’acquisition des droits d’adaptation du livre pour enfants « The Magic Bedknob » écrit par Mary Norton. Le projet stagne, laissant à la romancière le temps d’en écrire une suite, « Bonfires and Broomsticks », puis de combiner les deux volumes en un seul sous le titre « Bedknobs and Broomsticks ». Nous sommes alors en 1957 et Disney commence à envisager sérieusement l’adaptation du texte à l’écran. Mais les difficultés techniques s’annoncent difficile à surmonter. Au début des années 60, le film n’est toujours pas entré en production et le studio préfère s’attaquer d’abord à Mary Poppins qui sortira en 1964. L’étape suivante sera enfin L’Apprentie sorcière, qui réunira notamment le même réalisateur (Robert Stevenson) les mêmes compositeurs (Robert et Richard Sherman) et le même irrésistible David Tomlinson. Julie Andrews est d’ailleurs sollicitée pour participer aussi à l’aventure, délaissant la tenue de Mary Poppins pour celle de la sorcière Eglantine Price. Mais l’actrice préfère passer son tour. Lorsqu’elle se ravise, consciente qu’elle doit sa popularité à Walt Disney, il est trop tard : le rôle a été attribué à Angela Lansbury. Aussi étrange que ça puisse paraître, le scénario du film – et donc l’intrigue des romans – s’inspire de personnages réels, en l’occurrence un groupe d’occultistes ayant pratiqué des séances de magie pour lutter à leur manière contre l’envahisseur allemand pendant la seconde guerre mondiale.

Nous sommes en août 1940, pendant la bataille d’Angleterre. Charlie, Carrie et Paul Rawlins, trois orphelins, sont évacués loin des bombardements près d’une ville côtière où ils sont confiés à Mademoiselle Eglantine Price. Réticente, cette dernière les accueille de mauvaise grâce. Il faut dire que la brave femme concentre tous ses efforts sur l’apprentissage par correspondance de la sorcellerie dans l’espoir de trouver une formule magique qui sauverait l’Angleterre de l’invasion allemande. Lorsque les enfants découvrent le secret de Mademoiselle Price, ils deviennent ses complices et se retrouvent embarqués dans une folle aventure parsemée de sorts magiques plus ou moins réussis, d’armures médiévales animées, de lits volants, de vieux grimoires de sorcellerie et d’animaux cartoonesques (qui semblent échappés en partie du Livre de la jungle) amateurs de matchs de football…

La magie dans la tourmente

Le tournage de L’Apprentie sorcière n’est pas toujours une partie de plaisir pour les comédiens, notamment pour Angela Lansbury qui apprécie très peu le fait d’être contrainte par un storyboard extrêmement précis, un tournage majoritairement sur fond d’incrustation et des effets spéciaux omniprésents. De fait, la mise en scène de Robert Stevenson accuse une certaine rigidité dictée par les limitations technologiques de l’époque. Mais le jeu en vaut la chandelle. Les innombrables manifestations surnaturelles qui ponctuent le film le dotent d’un charme fou, avec comme point culminant un match de foot hilarant mené à un train d’enfer sur une île où les comédiens réels se mesurent à des animaux en dessin animé (un tour de force dirigé par Ward Kimball, vétéran des productions Disney depuis le milieu des années trente). Le cadre de la seconde guerre mondiale apporte au film une touche insolite supplémentaire, jetant un pont surprenant entre le conte de fées débridé et un contexte historique réel et réaliste. Le premier montage du film, d’une durée initiale de 141 minutes, est allégé de 23 minutes avant sa sortie en salles, ce qui nécessite la suppression d’une sous-intrigue mettant en scène Roddy McDowall et de trois séquences musicales. Madeleine de Proust pour de nombreux enfants devenus adultes, L’Apprentie sorcière occupe toujours une place particulière chez une grande majorité de spectateurs n’ayant pas oublié leurs émois et leurs rires face aux tours de magie malicieux d’Angela Lansbury.

 

© Gilles Penso

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L’AUTOROUTE DE L’ENFER (1991)

Une relecture délirante du mythe d’Orphée dans laquelle un jeune homme doit braver une multitude de créatures infernales pour retrouver sa promise…

HIGHWAY TO HELL

 

1991 – USA

 

Réalisé par Ate de Jong

 

Avec Patrick Bergin, Adam Storke, Chad Lowe, Kristy Swanson, Pamela Gidley, Jarrett Lennon, C.J. Graham, Richard Farnsworth

 

THEMA MORT I MYTHOLOGIE I DIABLE ET DÉMONS

À la fin des années 80, le réalisateur hollandais Ate de Jong se lance dans la réalisation d’une adaptation loufoque et horrifique des mésaventures mythologiques d’Orphée et Eurydice avec L’Autoroute de l’Enfer, sur un scénario de Brian Helgeland, futur auteur de L.A. Confidential et Payback. Le slogan du film en dit déjà long : « S’il y a quelque chose de pire que mourir et aller en Enfer, c’est ne pas mourir… et aller en Enfer ! » Charlie et Rachel, interprétés respectivement par Chad Lowe et Kristy Swanson, ont décidé de se marier à Las Vegas, sans demander le consentement de leurs parents. Roulant à bord d’une vieille Ford, ils sont partagés entre l’euphorie et la culpabilité et empruntent ce qu’ils croient être un itinéraire bis. Dès lors, leur vie bascule dans le cauchemar. Car sur le chemin, la jeune fiancée est soudain enlevée par un policier monstrueux et colossal dont le visage putréfié et les lunettes noires ne sont pas sans nous rappeler les zombies aquatiques du Commando des morts-vivants. Armé d’un fusil futuriste et équipé de menottes en forme de mains articulées, ce sinistre individu emmène Rachel dans les entrailles de l’Enfer. Si Charlie ne vient pas la chercher dans les 24 heures qui suivent, elle deviendra la fiancée du Prince des Ténèbres, à qui Patrick Bergin prête ses traits.

Le scénario mêle ainsi allégrement deux visions de la mort pour le moins antithétiques : les Enfers de la mythologie grecque (avec le chien Cerbère, le nocher Charon, la traversée du Styx) et un au-delà rattaché à la culture chrétienne (Satan, les démons cornus et les flammes purificatrices). Pour les besoins du film, le génial maquilleur Steve Johnson (Ghostbusters, Les Aventures de Jack Burton, Abyss) crée une multitude d’effets gore burlesques, les plus étonnants étant probablement le hideux démon femelle qui tente de séduire Charlie, le visage du Diable qui obéit à l’imagerie bestiale traditionnelle, et toute une escouade de policiers zombies qui croupissent sous des toiles d’araignée dans un bar lugubre. Les trucages visuels inventifs sont quant à eux l’œuvre de Randy Cook, qui truffe le film de maquettes et de matte paintings, et nous donne même droit à un cerbère tricéphale animé image par image. Réminiscence des chiens infernaux animés par Cook pour S.O.S. fantômes, ce chien burlesque intervient dans une scène hélas trop courte dans laquelle il interdit l’accès de l’Enfer à Charlie. 

Le Cerbère de la Porte

Road movie d’un genre très spécial, ce film atypique fonctionne presque comme une succession de sketches indépendants, d’où une inégalité inévitable dans l’intérêt des épisodes racontés. Ainsi, si les créatures décrites plus haut nous donnent droit à des séquences insolites du plus bel effet, on ne peut pas en dire autant des autres personnages, à l’intérêt pour le moins discutable. C’est le cas de cette escouade de Hell’s Angels hérités de Mad Max ou de ce cuisinier surexcité qu’interprète Ben Stiller (en totale improvisation). Le titre original se réfère bien sûr au célèbre « Highway to Hell » du groupe ACDC, mais la production n’a pas les moyens d’en acquérir les droits pour l’inclure dans sa bande originale. Tourné en 1989, L’Autoroute de l’enfer (connu aussi en nos contrées sous le titre Bienvenue en enfern’aura eu droit qu’à une brève sortie sur les écrans américains en 1992 avant d’échouer dans les bacs des marchands de vidéo, sombrant dans un quasi-anonymat dont il fut tiré le temps de quelques discrètes diffusions télévisées.

 

© Gilles Penso


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