FRISSONS D’OUTRE-TOMBE (1974)

Un étrange antiquaire incarné par Peter Cushing réserve un sort funeste à ceux qui essaient de l’escroquer…

FROM BEYOND THE GRAVE

 

1974 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Peter Cushing, Donald Pleasence, David Warner, Angela Pleasence, Ian Bannen, Diana Dors, Nyree Dawn Porter, Ian Ogilvy, Ian Carmichael

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS

Pour concurrencer la compagnie Hammer, le studio anglais Amicus s’est engouffré dans la même brèche de l’épouvante classique avec tout de même une spécificité maison : les films à sketches. En ce domaine, la société dirigée par Milton Subotsky et Max J. Rosenberg s’est montrée prolifique, enchaînant Le Train des épouvantes en 1965, Le Jardin de tortures en 1967, La Maison qui tue en 1970, Asylum et Histoires d’outre-tombe en 1972 puis Le Caveau de la terreur en 1973. Pour le dernier opus de cette série, les producteurs souhaitent donner sa chance à un réalisateur débutant et jettent leur dévolu sur Kevin Connor. Celui-ci n’est pas un nouveau venu, puisqu’il a déjà derrière lui de longues années de pratique du montage, mais la mise en scène est un pas inédit dans sa carrière. Cependant Subotsky est confiant, arguant que « les monteurs font les meilleurs réalisateurs ». Avec à sa disposition un budget réduit à sa portion congrue, Connor est chargé de porter à l’écran quatre histoires fantastiques écrites par R. Chetwynd-Hayes. Le fil conducteur entre ces courts récits est assuré par Peter Cushing, incarnant un vénérable antiquaire dont la boutique « Temptations Limited » affiche comme slogan : « des offres auxquelles vous ne pouvez pas résister ». Tous ceux qui auront le malheur d’essayer de le tromper, de le voler ou de l’escroquer connaîtront un sort funeste. Tel est le concept de Frissons d’outre-tombe.

Le premier récit s’intéresse à Edward (David Warner) qui achète un vieux miroir à l’antiquaire en le payant très en-dessous de sa valeur. Après avoir placé l’objet dans son salon, il organise une séance de spiritisme avec des amis, point de départ d’une lente descente aux enfers. Car un visage cadavérique apparaît bientôt dans le miroir, ordonnant à Edward de tuer pour lui… Dans le second sketch, Christopher Lowe (Ian Bannen), un homme méprisé par sa femme et ignoré par son fils, dérobe dans le magasin d’antiquité une croix du mérite pour se donner de l’importance. Il accepte ensuite une invitation à boire un verre chez un vieux vétéran sans le sou (Donald Pleasence) qui vit avec sa fille Emily (Angela Pleasence). Or celle-ci a un comportement très troublant… La troisième histoire nous présente Reginald Wareen (Ian Carmichael), un gentleman bien sous tous rapports qui inverse discrètement le prix de deux tabatières pour en acheter une moins cher chez l’antiquaire. Dans le train qui le ramène chez lui, il rencontre une femme excentrique, Madame Orloff (Margaret Leighton), qui affirme voir sur son épaule un « Elemental », autrement dit une créature invisible et maléfique. Au cours du quatrième segment, William Seaton (Ian Ogilvy) achète une vieille porte sculptée qu’il négocie moins cher que son prix d’origine. Il l’installe dans son bureau, mais elle semble ouvrir l’accès à une sorte de pièce fantôme…

Le bazar de l’épouvante

Frissons d’outre-tombe capitalise principalement sur la présence physique de ses acteurs vedettes : Peter Cushing en vieil homme malicieux qui cache bien son jeu, David Warner dans le registre de l’homme sûr de lui qui perd peu à peu tout contrôle, un Donald Pleasence empli de duplicité, jouant le père de sa propre fille dont le visage s’avère toujours intriguant, ou encore Lesley-Anne Down qui irradie de sa beauté le dernier sketch, probablement le plus réussi et le plus surprenant des quatre (qui rappelle beaucoup, dans l’esprit et dans la forme, les adaptations d’Edgar Poe par Roger Corman). Tous les scénarios ne se valent pas, comme souvent dans un tel exercice de style. Le premier sketch s’achemine par exemple vers une chute très attendue. Mais l’ensemble se tient plutôt bien, s’articulant autour d’une morale toute simple qu’un célèbre proverbe pourrait résumer : bien mal acquis ne profite jamais. Dans Frissons d’outre-tombe, l’avarice et la malhonnêteté sont sévèrement punies. « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux » finira d’ailleurs par dire Peter Cushing. Pour démontrer son savoir-faire, Kevin Connor multiplie les idées de mise en scène originales, notamment cette bougie à la flamme changeante accrochée à l’avant-plan d’une caméra qui tourne autour des praticiens d’une séance de spiritisme, ces gros plans au grand angle qui déforment les traits, ces contre-plongées vertigineuses, ou encore ces astucieux plans-séquence au cours desquels les décors se modifient comme par magie… Forts de cette expérience, Connor et la compagnie Amicus poursuivront leur collaboration dans un autre registre, celui des adaptations des romans d’aventure fantastique d’Edgar Rice Burroughs. Nous leur devons ainsi Le Sixième continent, Centre Terre : septième continent et Le Continent oublié.

 

© Gilles Penso

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ELECTRO-CHOC (1979)

Accusée à tort du meurtre d’une famille, une chanteuse échoue dans une prison où un savant se livre à d’inquiétantes expériences…

HUMAN EXPERIMENTS

 

1979 – USA

 

Réalisé par Gregory Goodell

 

Avec Linda Haynes, Geoffrey Lewis, Ellen Travolta, Aldo Ray, Jackie Coogan, Lurene Tuttle, Mercedes Shirley, Bobby Porter, Darlene Craviotto

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Avec Human Experiments, Gregory Goodell effectue son baptême de metteur en scène et de scénariste avec un certain panache, d’autant que ce sera son seul film conçu pour le cinéma, ses autres œuvres étant destinées aux petits écrans. Pour cette œuvre unique, qui semble à priori emprunter les sentiers balisés des films d’exploitation de la décennie précédente, Goodell nous prend par surprise. L’entame a les allures d’une chronique désenchantée de l’Amérique profonde. Linda Haynes incarne Rachel Foster, une chanteuse de country qui voyage seule à travers les États-Unis pour se produire dans de petits établissements souvent minables où elle doit composer avec des salaires dérisoires, des hôtels miteux et des employeurs lubriques. Rachel conserve malgré tout son sang-froid et une certaine bonhomie qui la pousse à répéter ses chansons au volant, le volume à fond. Son passé nous est inconnu, sa vie intime réduite à peau de chagrin. Visiblement solitaire, elle vit l’instant présent. Et c’est justement en égrenant des événements s’enchaînant au fil d’une chronologie imprévue mais implacable que se construit le scénario de Human Experiments (qui fut tourné sous le titre provisoire Beyond the Gate), œuvre du presque débutant Richard Rothstein. Dans sa hâte de quitter la dernière bourgade en date où elle vient de se produire, Rachel est victime d’un accident sur la route. Cherchant de l’aide, elle trouve ce qui semble être une maison abandonnée. Mais ce n’est qu’une apparence : un effroyable homicide multiple vient d’y être commis, et l’assassin est un enfant au visage renfrogné qui pointe un fusil dans sa direction. C’est le premier électro-choc d’un film au titre français finalement assez pertinent.

Si notre héroïne évite les balles de l’assassin en herbe, elle est en revanche accusée du massacre à sa place. Faute d’une défense solide et de preuves de sa bonne foi, elle atterrit donc dans une maison de correction. Là, Human Experiments opère donc un virage pour entrer dans les codes du film de prison de femmes. Mais ici aussi, les apparences sont trompeuses. Si tous les clichés d’usage semblent avoir été convoqués (les rivalités entre détenues, la tension avec les gardiennes, la nudité frontale, les scènes de plaisir solitaire), Gregory Goodell conserve une certaine retenue qui éloigne sa démarche de celle des productions « grindhouse » volontiers racoleuses. De fait, si la vie est loin d’être rose dans cet établissement pénitentiaire, les effectifs sont faibles, l’autorité s’y exerce sans cruauté excessive et les détenues semblent même bénéficier d’une certaine liberté de mouvement. Cette prison est pourtant loin d’être exemplaire. Car dans l’ombre, un archétype de savant fou pioche parmi les captives les cobayes de ses expériences contre-nature.

Expériences interdites

C’est là qu’Electro-choc plonge dans le fantastique, la science-fiction et l’épouvante. Mais la transition est progressive, insidieuse. Et si la menace nous est annoncée assez tôt, ses effets sur Rachel n’apparaissent que tardivement. Le savant en question est le docteur Hans Kline (excellent Geoffrey Lewis), un médecin aux méthodes révolutionnaire auquel le gouvernement a donné carte blanche en échange de résultats concrets. Il est en effet persuadé d’avoir trouvé le moyen d’éradiquer tout instinct criminel en altérant totalement la personnalité des détenues accusées de meurtres. Ses dernières expériences se sont soldées par des échecs, mais il tient bon, avec la complicité de moins en moins complaisante de la directrice de la prison. Or la prochaine patiente qu’il souhaite « traiter » est Rachel. Avant que l’horreur ne surgisse concrètement à l’écran – notamment dans une scène très éprouvante où grouillent soudain des centaines d’insectes, d’araignées, de scorpions et de mille-pattes – le malaise s’insinue sournoisement dans le film. C’est d’abord l’injustice de la situation qui nous frappe, doublé d’une totale absence de résistance qui pousse Rachel à se résigner immédiatement. Malgré son innocence, elle ne se révolte pas, acceptant son sort et provoquant chez le spectateur un profond sentiment de frustration. C’est le terreau idéal sur lequel va pousser le basculement vers la folie, jusqu’à un dénouement choc d’une délicieuse ambiguïté. Si Electro-choc est le titre français sous lequel Human Experiments est le plus connu (grâce à son exploitation en VHS), il fut également distribué sous un titre plus fidèle à l’original : Expérimentations humaines.

 

© Gilles Penso


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LA VALLÉE DE LA MORT (1982)

Un jeune enfant, sa mère et le petit-ami de cette dernière tombent dans les griffes d’un tueur psychopathe en plein désert américain…

DEATH VALLEY

 

1982 – USA

 

Réalisé par Dick Richards

 

Avec Paul Le Mat, Catherine Hicks, Stephen McHattie, Wilford Brimley, Peter Billingsley, Edward Herrmann, Jack O’Leary, Mary Steelsmith, Gina Christian

 

THEMA TUEURS

Au début des années 80, Richard Rothstein n’est pas encore le scénariste d’Universal Soldier ni le créateur de la série Le Voyageur, mais un modeste auteur dont le CV ne comporte que deux films relativement confidentiels : le western Shoot the Sun Down et le film de prison horrifique Electro-choc. L’idée de son scénario suivant lui vient alors qu’il est en vacances avec sa famille et quelques amis dans la Vallée de la mort. Sur une route isolée au milieu de nulle part, il voit surgir une voiture à l’allure sinistre qui met en branle son imagination. Et si ce véhicule mystérieux abritait un homme maléfique semant la destruction sur son passage ? Partant de ce postulat – évoquant évidemment celui de Duel -, Rothstein développe un script qui finira par s’appeler La Vallée de la mort, tout simplement. Ce projet étant susceptible de s’inscrire dans la vogue encore en plein essor du slasher, le studio Universal le produit et le distribue, confiant la mise en scène à Dick Richards. Réalisateur du western La Poussière, la sueur et la poudre, de la comédie Rafferty et les auto-stoppeuses, du polar Adieu ma jolie et de la fresque guerrière Il était une fois la légion, ce dernier est un habile faiseur qui se distingue par son éclectisme. D’ailleurs, notre homme multi-casquette parvient à réaliser La Vallée de la mort tout en produisant la même année la savoureuse comédie Tootsie avec Dustin Hoffman, Bill Murray et Jessica Lange.

La Vallée de la mort prend d’abord les allures d’une petite chronique urbaine. Paul Stanton (Edward Herrmann) et son fils Billy (Peter Billingsley) passent tout le générique de début à flâner dans les rues de New York, profitant d’un dernier moment de bonheur tranquille avant que ce père divorcé ne se sépare de cette petite tête blonde. Billy est en effet envoyé en Californie pour rejoindre sa mère Sally (Catherine Hicks, future héroïne de Jeu d’enfant). Celle-ci a décidé de refaire sa vie avec son ancien amour de lycée Mike, un agent immobilier sympathique mais un peu lourdaud aux allures de cowboy mal dégrossi (Paul Le Mat, gentiment inexpressif). Une poignée de petite saynètes savoureuses permet de capter l’équilibre fragile qui tente de se mettre en place entre cette femme en quête d’une seconde jeunesse, son fiancé taillé d’un bloc et le petit Billy qui peine à trouver sa place. Une scène logiquement héritée de Duel nous annonce alors un danger que seul Billy pressent : une voiture à la carrosserie agressive surgit sur la route désertique, suit celle des protagonistes puis la double, son chauffeur restant invisible. Soudain, la tonalité naturaliste et sobre du film bascule et saute à pieds joints dans les codes du slasher avec une scène de massacre dans un camping-car marchant volontiers sur les pas de la saga Vendredi 13. La situation étant posée, le drame peut commencer.

Il était une proie dans l’ouest

Le cadre du western moderne offre un contexte original qui tranche avec le tout-venant. Lors d’une de ses premières rencontres avec Billy, le tueur adopte d’ailleurs le look d’un cowboy hors-la-loi, cachant son visage avec un foulard et se coiffant d’un large chapeau. Dans cette scène, il troque d’ailleurs ses armes blanches de prédilection contre un bon vieux colt. Hélas cette touche de singularité reste isolée. L’éclectisme du réalisateur Dick Richards aurait pu être un atout, mais c’est visiblement un handicap dans le cas présent. De toute évidence aux commandes d’un genre qu’il maîtrise mal, notre homme multiplie les maladresses, abusant d’une musique exagérément dramatique même lorsqu’il ne se passe rien et étirant en longueur des séquences vaines et embarrassantes (notamment celle où l’enfant regarde d’interminables extraits d’un western tandis que sa baby-sitter boulimique dévore tout ce qu’elle peut). Le fait que la proie soit un enfant aurait pu amplifier les mécanismes de suspense, mais les motivations de l’assassin sont tellement confuses qu’elles amenuisent considérablement les séquences de traque et d’agression. Le tueur n’a rien d’un psychopathe mais agit comme tel, suit un modus operandi qui nous échappe et adopte un comportement n’obéissant à aucune logique. La Vallée de la mort peine donc à convaincre. Le film aura tout de même révélé les talents précoces de Peter Billingsley, qui poursuivra tranquillement sa carrière d’acteur et deviendra par la suite un producteur à succès (Zathura, La Rupture, Iron Man et de nombreuses séries TV).

 

© Gilles Penso

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X (2022)

À la fin des années 70, le tournage d’un petit film porno dans une ferme du Texas se transforme en jeu de massacre…

X

 

2022 – USA

 

Réalisé par Ti West

 

Avec Mia Goth, Jenna Ortega, Brittany Snow, Scott Mescudi, Martin Henderson, Owen Campbell, Stephen Ure, James Gaylyn

 

THEMA TUEURS I SAGA X

Depuis ses débuts en 2005 avec The Roost, Ti West reste fidèle au cinéma d’horreur qu’il constelle de petites perles toujours réjouissantes et très souvent conçues comme de vibrants hommages aux classiques du genre produits dans les années 70 et 80. Nous lui devons notamment The House of the Devil, The Innkeepers, The Sacrament mais aussi plusieurs épisodes de Scream, Wayward Pines, L’Exorciste ou Them. Avec X, il nous prend une nouvelle fois par surprise, conduisant ses spectateurs sur un terrain visiblement familier pour mieux les désarçonner en cours de route. Le premier plan du film, cadré depuis l’embrasure d’une porte, donne l’illusion d’une image au format 4/3, comme pour assumer ouvertement l’influence des slashers à l’ancienne. Puis un lent mouvement de caméra avance en élargissant progressivement le cadre jusqu’au 16/9. Sans ostentation, Ti West nous annonce ainsi que le cadre familier de X réserve des surprises et se nourrira de l’essence des films d’horreur « old school » tout en les revisitant sous un jour nouveau. Au cours de ce prologue intriguant, un groupe de policiers fait une découverte macabre dans une vieille maison isolée de la campagne texane. Leurs regards sont éloquents mais nous n’en savons pas plus. Puis le scénario rembobine pour nous raconter les événements survenus 24 heures plus tôt.

Nous sommes en 1979. Alors que l’industrie du cinéma pour adultes est en plein boom, une petite équipe indépendante décide de tourner son propre film X avec les moyens du bord, dans l’espoir de s’engouffrer dans une vague prometteuse pour leur carrière, leur reconnaissance et leurs finances. Le producteur Wayne (Martin Henderson), le réalisateur RJ (Owen Campbell), l’assistante Lorraine (Jenna Ortega) et les trois comédiens Maxine (Mia Goth), Bobby-Lynne (Brittany Snow) et Jackson (Scott Mescudi) s’embarquent donc dans un road trip qui les emmène jusque dans l’Amérique profonde. Là, contre une poignée de dollars, ils s’installent dans la propriété rurale d’un couple de vieux texans patibulaires et commencent à tourner « The Farmer’s Daughters ». Le malaise s’installe progressivement par petites touches (les images récurrentes du prédicateur qui harangue les foules à la télévision, le cadavre d’une vache étripée suite à une collision avec un poids-lourd, le vieux couple sinistre) mais l’ambiance reste bon enfant. Toute l’imagerie familière est par ailleurs convoquée : le petit groupe de jeunes réunis dans un van, les grandes routes texanes, les stations-service à l’abandon. L’influence de Massacre à la tronçonneuse est manifeste, jusque dans la topographie de la maison principale…

La ferme de la terreur

 « Comment est le scénario ? » demande le producteur du petit film X à son actrice principale vers le début du film. « Est-ce que ça a vraiment une quelconque importance ? », répond-elle. « Personne ne vient voir ce film pour l’intrigue » dira plus tard l’assistante du réalisateur. Les deux jeunes femmes affirment ainsi explicitement que l’histoire de leur long-métrage importe peu dans la mesure où les codes du genre sont respectés (en l’occurrence ceux d’un film porno). Dans un premier temps, nous serions tentés d’en dire autant vis-à-vis du film de Ti West lui-même. Tout n’est finalement que prétexte à concocter un bon petit film d’horreur. Si ce n’est que l’abondance de clichés accumulés pendant le premier acte de X ne nous mène pas forcément là où l’on croit. Les archétypes s’effacent peu à peu, une touche de mélancolie inattendue finit même par s’installer. Car le tournage de ce film pornographique n’est pas un simple prétexte scénaristique. Le sexe, le désir, l’attirance et l’image du corps sont les moteurs de l’intrigue, ceux qui motivent les comportements des personnages et finissent par expliquer le festival d’atrocités qui surviennent à mi-parcours du métrage. Inventif en diable, Ti West multiplie les idées de montage surprenantes. Les péripéties s’enchaînent parfois via une répétition successive de plans très courts, comme si la scène précédente bégayait un peu avant de céder le pas à la suivante. D’autres fois, les séquences du film sont montées en parallèle avec celles du « film dans le film », provoquant un troublant effet de miroir. Le cinéaste s’autorise aussi quelques ruptures de ton audacieuses qui permettent par exemple de transformer subitement une séquence de meurtre graphique ultra-sanglante en moment de grâce étrangement poétique. X est donc une nouvelle réussite à mettre au compte de Ti West, qui enchaîna presque immédiatement son tournage avec celui d’une prequel titrée Pearl.

 

© Gilles Penso

 

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TARANTULAS, CARGO DE LA MORT (1977)

Un téléfilm catastrophe relativement routinier dans lequel des araignées mortelles envahissent une bourgade américaine…

TARANTULAS : THE DEADLY CARGO

 

1977 – USA

 

Réalisé par Stuart Hagmann

 

Avec Claude Akins, Pat Hingle, Charles Frank, Deborah Winters, Bert Remsen, Sandy McPeak, Pat Hingle, Tom Atkins

 

THEMA ARAIGNÉES

Vétéran des séries télévisées Mission impossible et Mannix dans les années 60, Stuart Hagmann s’est attaqué en 1977 aux araignées tueuses à l’occasion de ce Tarantula, cargo de la mort conçu lui aussi pour le petit écran, et imaginé par les deux scénaristes John Groves et Guerdon Trueblood. Ce dernier s’était déjà frotté aux invertébrés agressifs en écrivant le script de Quand les abeilles attaquent et Les Fourmis. Ici, il semble s’être inspiré d’une légende urbaine tenace relatant le transport involontaire d’animaux venimeux lors de l’importation de produits alimentaires exotiques. Les plus fréquentes de ces rumeurs racontent l’éclosion d’œufs de mygales dans des régimes de bananes face aux clients horrifiés d’un supermarché. Groves et Trueblood en conçoivent donc une variante prompte à faire frissonner les téléspectateurs. Dans leur scénario, un avion rentre en Californie avec à son bord des tarentules venimeuses ramenées accidentellement d’Amérique latine. Attaqués par ces passagères clandestines peu ragoûtantes, les pilotes y laissent leur peau. Puis l’avion s’écrase en plein désert, où une sanguinaire bataille oppose les passagers aux araignées.

Suite au crash, les tarentules s’en vont tranquillement envahir la ville la plus proche, une paisible bourgade dont la majeure partie des ressources provient de la production d’oranges. Les morts s’y multiplient plus que de raison. Une fois que les autorités admettent enfin que les tarentules venimeuses sont à l’origine du drame, il est trop tard : les redoutables arthropodes ont envahi l’usine de traitement des oranges qui trône dans la ville… Les poncifs du téléfilm catastrophe se bousculent ici sans surprise (la gentille bourgade américaine, la présentation en montage parallèle de tous les protagonistes, le jeune héros intrépide, l’enfant malicieux, le maire véreux) en obéissant à une structure ultra-classique : un prologue, une situation donnée, un danger qui s’accroît, un climax, puis une solution miracle de dernière minute.

Tarentules et queues de poisson

Les plans des tarentules dans les sacs de café puis sur les oranges sont inlassablement répétés, cinq ou six fois chacun, avec une tendance quasi-systématique à ne pas montrer les araignées et les acteurs dans le même plan. Les rares moments d’interaction offrent cependant d’intéressantes scènes d’angoisse et de suspense. Mais le scénario a tôt fait le tour du sujet, et passée la première partie (la catastrophe aérienne et la dispersion des araignées), l’ennui se propage. On note d’ailleurs au passage de grosses invraisemblances (comment peut-on remplir des sacs de café sans voir que des dizaines de tarentules y pullulent ?) et un dénouement en queue de poisson, au cours duquel les indésirables tarentules sont vaincues grâce à une trouvaille technique invraisemblable. Visiblement, notre duo de scénariste s’est trouvé en panne d’inspiration au moment du final, d’où cette résolution parfaitement absurde. Bref, Mieux vaut revoir L’Horrible invasion qui, sur le même terrain, s’avérait mille fois plus terrifiant et spectaculaire que ce téléfilm routinier généré par la vogue croissante du film catastrophe née au début des années 70.

 

© Gilles Penso

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FROM HELL (2001)

Un policier doué d’un sixième sens enquête sur les atrocités commises par Jack l’éventreur dans le Londres du 19ème siècle…

FROM HELL

 

2001 – USA

 

Réalisé par Allen et Albert Hughes

 

Avec Johnny Depp, Heather Graham, Ian Holm, Robbie Coltrane, Ian Richardson, Jason Flemyng, Katrin Cartlidge, Terence Harvey, Susan Lynch, Paul Rhys

 

THEMA TUEURS

Après plusieurs clips musicaux, notamment pour le rappeur 2Pac, Allen et Albert Hughes se lancent dans le cinéma avec le très remarqué Menace to Society, suivi du thriller Génération sacrifiée. Pour leur troisième long-métrage, les duettistes se laissent tenter par une adaptation libre du roman graphique « From Hell » écrit par Alan Moore et dessiné par Eddie Campbell. Située dans le Londres du 19ème siècle, l’histoire tourne autour d’un inspecteur de police au flair quasiment surnaturel, Frederick Abberline, lancé sur la trace du redoutable Jack l’éventreur. Pour incarner cet enquêteur taciturne et ténébreux, plusieurs noms sont évoqués. Daniel Day Lewis, Sean Connery, Brad Pitt et Jude Law sont tour à tour envisagés, avant que le rôle ne soit finalement confié à Johnny Depp. From Hell mettra du temps à se monter financièrement, d’autant que les droits d’adaptation sont partagés par plusieurs studios jusqu’à ce que la Fox ne les récupère. C’est le 5 juin 2000 que le tournage commence enfin à Prague et ses environs. Le quartier du Whitechapel de 1888 est reconstitué dans un immense décor édifié sur les plateaux des studios Barrandov en République Tchèque.

La virtuosité et le sens de l’esthétisme des frères Hughes sautent aux yeux dès le plan-séquence d’ouverture de From Hell, qui balaie le célèbre quartier mal famé londonien, siège des miséreux, des prostituées et des malfrats. C’est donc au ras du bitume que se promène la caméra des duettistes et c’est au beau milieu de cette bassesse qu’elle pioche ses protagonistes. Un an après avoir jouée une James Bond Girl parodique dans le second Austin Powers, Heather Graham entre dans la peau de Mary Kelly, qui arpente le pavé en quête de clients et subit quotidiennement les affres de la misère comme ses comparses nocturnes. L’une de ses amies, Ann Crook (Joanna Page), ancienne prostituée, est aujourd’hui mariée à un riche peintre nommé Albert (Mark Dexter) et vient de donner naissance à la petite Alice. Ce pourrait être une lueur d’espoir. Mais Ann est enlevée, et dès lors un mystérieux assassin s’en prend aux prostituées du quartier qu’il massacre et mutile sans relâche. L’inspecteur Frederick Abberline (Johnny Depp) est chargé de l’investigation, mais ses méthodes non orthodoxes ne sont pas du goût de tout le monde. Régulièrement plongé dans les vapeurs d’opium, il se laisse guider par les visions qui l’assaillent. « Jadis, on brûlait vos semblables » lui dit le sergent Godley (Robbi Coltrane), l’accusant quasiment de sorcellerie. Il semble pourtant le seul capable de dénouer cette affaire sanglante…

« Un homme bien élevé ne ferait pas ça ! »

La violence permanente qui envahit le film s’exerce principalement sur les femmes : prostituées, filles sans le sou, indigentes de tous bords. Quant aux agresseurs, ce sont des proxénètes, des médecins, des notables, bref des mâles nantis bien heureux de marquer leur ascendance et leur domination avec brutalité. Jack l’éventreur ne semble finalement être rien d’autre qu’un composite de tous ces hommes violents, une version exacerbée et spectaculaire d’un mal plus insidieux. « Un homme bien élevé ne ferait pas ça » s’entend pourtant dire Abberline par les hautes autorités lorsqu’il tente d’établir le profil du tueur. « Aucun Anglais instruit, voyons ! » Pour mettre les meurtres en image, Allen et Albert Hughes rivalisent d’inventivité. Lors du premier de ces assassinats, la victime est agrippée jusque dans un recoin sombre, puis frappée dans une impasse noire par une lame dont on ne perçoit que le scintillement dans les ténèbres, avant que la caméra ne remonte le long du faciès grimaçant d’une sinistre gargouille. Plus tard, c’est un très étonnant plan-séquence elliptique qui joue sur les altérations de cadence de prise de vue pour montrer le tueur à l’œuvre puis l’arrivée de la police et des curieux. Dans cette reconstitution somptueuse et maussade du Londres famélique du 19ème siècle, le spectateur croise aussi John Merrick, le fameux Elephant Man jadis mis en scène par David Lynch. Neuf ans plus tard, les frères Hughes ajouteront avec Le Livre d’Eli une autre pièce majeure à leur filmographie surprenante.

 

© Gilles Penso


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DAYBREAKERS (2009)

Que se passerait-il si les vampires étaient devenus l’espèce dominante de la société et si les humains n’étaient plus qu’un gibier en cavale ?

DAYBREAKERS

 

2009 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Michael et Peter Spierig

 

Avec Ethan Hawke, Willem Dafoe, Sam Neill, Claudia Karvan, Michael Dorman, Isabel Lucas, Vince Colosimo, Jay Laga’aia

 

THEMA VAMPIRES

Le premier long-métrage des frères Spierig, Undead, était une tentative originale mais un peu maladroite de renouveler le motif des zombies en s’appuyant sur un argument de science-fiction. Six ans plus tard, les duettistes australiens mettent enfin sur pied leur deuxième film, qui s’attaque cette fois-ci au mythe des vampires. Si ce thème classique de l’épouvante est une fois de plus abordé sous l’angle de la SF, les Spierig ont la bonne idée d’oublier l’humour potache de leur essai précédent pour affronter leur sujet au premier degré. Le scénario de Daybreakers circulait depuis longtemps à Hollywood, et le studio Lionsgate en fit l’acquisition dès 2004. Mais le montage financier et la réunion d’un budget suffisant (estimé à 21 millions de dollars) ne fut pas simple. Avec des moyens bien plus conséquents que sur Undead (qui avait coûté environ quatre millions de dollars), les deux frères ont les moyens de reconstituer une mégalopole futuriste et de solliciter les artistes du Weta Workshop, en charge de créer les différentes créatures du film. Partagés entre l’envie d’aborder les monstres sous un jour classique (hérité de Nosferatu) et celle de les moderniser, les Spierig évacuent les designs les plus spectaculaires pour revenir à une approche plus minimaliste. Car malgré l’extravagance apparente du concept de Daybreakers, l’un des mots d’ordres majeurs du film est le réalisme.

Nous sommes en 2019, et le monde a été frappé par une pandémie incontrôlable communiquée aux hommes par des chauves-souris. Rétrospectivement, on ne peut s’empêcher de souligner l’ironie involontaire de ce postulat, au regard de l’épidémie bien réelle du Covid-19. Dans le cas de Daybreakers, ce n’est pas un coronavirus qui a frappé la planète mais la maladie du vampirisme. La contamination fut si rapide que désormais la grande majorité de la population est friande d’hémoglobine. Toutes les sociétés du monde se sont réorganisées en ce sens, traquant les humains – devenus minoritaires et marginalisés – pour alimenter les banques du sang. Dans ce monde alternatif fort inquiétant, le docteur Edward Dalton (Ethan Hawke), hématologue, s’efforce de lutter contre la pénurie imminente de sang humain en cherchant un substitut de synthèse. La situation est d’autant plus urgente que les vampires privés de sang régressent physiquement jusqu’à se muer en créatures hybrides sauvages tenant plus de la chauve-souris que de l’homme. Alors que ses recherches stagnent, Edward croise la route d’un groupe de rebelles humains qui semblent posséder un remède contre le vampirisme…

Mauvais sang

Cette fascinante relecture d’un thème qu’on croyait avoir déjà vu décliné sous toutes ses formes offre la particularité d’inverser les codes établis. Le vampire étant devenu l’espèce dominante, nous découvrons un monde rétro-futuriste où les modes vestimentaires évoquent les années cinquante et où les activités des cités se déroulent en pleine nuit – ce qui n’est pas sans rappeler l’imagerie de Dark City. Michael et Peter Spierig s’amusent alors à réinventer notre quotidien : les employés de bureau se pressent au coffee shop pour une bonne rasade de café à l’hémoglobine, les yeux brillent dans les couloirs du métro, les reflets des automobilistes n’apparaissent pas dans leurs rétroviseurs… La présence d’une rébellion humaine et des « Subsides » (des créatures primitives vouées au cannibalisme) induit des séquences d’action originales (l’attaque du héros dans sa propre maison, la poursuite automobile dans la forêt, la fusillade nocturne en plein air, le grand massacre final). À ces séquences mouvementées s’ajoutent une rivalité fraternelle complexe et une tension sans issue entre un père et sa fille, les familles s’entredéchirant sur fond de conflit moral. Car en devenant vampires, les humains ne font que reproduire leurs travers initiaux, attirés dans leur grande majorité par le profit personnel et l’exploitation du plus faible. Point d’orgue de ce récit riche en rebondissements, l’allégorie du Phénix permet d’espérer une sorte de brasier symbolique purificateur. Ravi de cette expérience hors-norme, Ethan Hawke retrouvera les frères Spierig pour leur long-métrage suivant, Prédestination.

 

© Gilles Penso

 

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PULSIONS CANNIBALES (1980)

Revenus du Vietnam, plusieurs vétérans ont contracté un virus qui les transforme en tueurs anthropophages…

APOCALYPSE DOMANI

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti

 

Avec John Saxon, Elizabeth Turner, John Morghen, Cindy Hamilton, Tony King, Wallace Wilkinson, Ray Williams, May Heatherly, Joan Riordan

 

THEMA CANNIBALES

Le titre sous lequel Pulsions cannibales a été distribué à l’international, Cannibal Apocalypse, dit bien les intentions premières du film : tenter un mixage improbable entre Cannibal Holocaust et Apocalypse Now ! Effectivement, les premières minutes du métrage nous feraient presque croire à un film musclé sur la guerre du Vietnam, avec son lot d’explosions, de gunfights, de cascades et de pyrotechnie. Menée par le capitaine Norman Hopper (John Saxon), une escouade de soldats américains vient libérer des otages en plein territoire Viêt-Cong. Puis soudain nous basculons dans le gore. Une villageoise prend feu et tombe dans la cage de deux prisonniers qui entreprennent de la dévorer goulûment. Quand Hooper les libère, l’un d’eux le mord. Puis c’est le réveil en sursaut et la fin du flash-back. À vrai dire, la double influence de Francis Ford Coppola et Ruggero Deodato n’aura duré que le temps de ce prologue, le reste de l’intrigue se situant à Atlanta dans les années 80. Cet aspect est souligné par le titre choisi par les distributeurs américains : Cannibals in the Street. Le long-métrage du prolifique Antonio Margheriti (qui utilise son pseudonyme habituel d’Anthony Dawson) change alors de cap, oscillant entre le drame psychologique (avec les tourments de son héros en pleine période post-traumatique) et le polar musclé, s’illustrant avec une longue séquence d’assaut d’un vétéran armé d’un fusil qui tire sur tout ce qui bouge en s’enfermant dans un magasin mué en champ de bataille.

Le concept de Pulsions cannibales est surprenant : au Vietnam, en pleine tourmente, des soldats ont contracté un virus qui les rend anthropophages. Rien n’explique d’où vient ce fléau, le film s’intéressant plutôt à ses conséquences après le retour à la civilisation. Il y a dans cette idée une métaphore osée, bien qu’à peine effleurée : les vétérans revenus de cette guerre démoralisante sont devenus des parias sauvages en total décalage avec la société qu’ils ne parviennent plus à réintégrer, tous contaminés par le même mal insidieux et viscéral. C’est cet aspect du récit qui a séduit John Saxon, l’incitant à accepter la proposition de tenir le rôle principal du film. Mais la version du scénario qu’il a eu entre les mains était une mauvaise traduction en anglais du script italien, occultant la plupart des passages gore. En découvrant la véritable teneur du film pendant le tournage, le partenaire de Bruce Lee dans Opération Dragon a sérieusement déchanté, au point d’envisager plusieurs fois d’abandonner le plateau ! Heureusement, il n’en fit rien. Car l’un des aspects les plus intéressants de cette histoire est liée aux troubles de son personnage, s’inquiétant d’être frappé lui aussi de cannibalisme après avoir été agressé par l’un de ses camarades. Est-il en train de basculer vers la bestialité ? Pourquoi regarde-t-il avec fascination la viande crue dans le frigo ? Pourquoi s’est-il senti obligé de mordre sa jeune voisine ? Or ici, l’anthropophagie se communique par morsure, comme la rage ou comme la plupart des contaminations monstrueuses du cinéma fantastique : le vampirisme, la lycanthropie, la zombification…

Les dents de la guerre

Pulsions cannibales s’interroge brièvement sur les racines de l’épidémie lorsque l’épouse du héros affirme « je ne comprends pas comment un phénomène social comme le cannibalisme peut devenir une maladie contagieuse », ce à quoi son ami médecin répond : « par le biais d’une sorte de mutation biologique due à une altération psychique. » Mais le débat ne va pas plus loin. Au cours de son dernier acte, le film abandonne les dernières couches de sa respectabilité apparente pour virer au carnage, tous les mordus plantant leurs dents dans ceux qui passent à leur portée. Gianetto de Rossi, le maquilleur attitré de Lucio Fulci, peut alors se lâcher en concoctant quelques gros plans gore gratinés. Tout s’achève par la traque de ces guerriers affamés, sortes de Rambos cannibales maniant aussi bien les crocs que les armes à feu. La propension de Pulsions cannibales à passer d’un genre à l’autre se traduit par une bande originale hésitant entre l’influence des Goblins et d’Ennio Morricone. Mais il faut reconnaître que la mise en scène de Margheriti est solide, que le montage est souvent inventif (la chute d’une maquette d’avion s’enchaîne avec une photo d’explosion au Vietnam, un gros plan d’une fille qui crie se raccorde sur le son strident d’un métro) et que Pulsions cannibales parvient habilement à renouveler un sous-genre déjà surexploité en le déplaçant de la jungle sauvage jusque sur le bitume d’une cité moderne.

 

© Gilles Penso

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PSYCHOSE PHASE 3 (1978)

Le futur réalisateur du Retour du Jedi nous invite dans une luxueuse demeure où se déroulent des phénomènes très inquiétants…

THE LEGACY

 

1978 – GB / USA

 

Réalisé par Richard Marquand

 

Avec Katharine Ross, Sam Elliott, Roger Daltrey, John Standing, Ian Hogg, Margaret Tyzack, Charles Gray, Lee Montague, Hildegard Neil, Marianne Broome

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Célèbre scénariste ayant offert à la Hammer quelques-uns de ses récits les plus mémorables (Frankenstein s’est échappé, Le Cauchemar de Dracula, La Malédiction des pharaons et beaucoup d’autres), Jimmy Sangster s’attèle avec The Legacy à un récit qu’il espère original, racontant le surgissement de manifestations surnaturelles dans un hôpital de Detroit. Le producteur David Foster aime bien ce point de départ mais souhaiterait un film plus proche de l’esprit Hammer, situé dans des extérieurs naturels anglais. Il demande donc à deux autres scénaristes, Patrick Tilley (Le Continent oublié) et Paul Wheeler (Un homme voit rouge) de remanier le script en ce sens, au grand dam de Sangster qui voulait justement échapper aux lieux communs. L’action se déroule donc dans un grand manoir et collectionne un certain nombre de stéréotypes. La mise en scène échoit à Richard Marquand, vétéran du petit écran qui s’attaque ici à son premier long-métrage pour le cinéma. Il passera à la postérité quelques années plus tard lorsque George Lucas lui confiera Le Retour du Jedi. À son actif, on compte également plusieurs thrillers comme L’Arme à l’œil ou À double tranchant.

Pete Danner (Sam Elliott) et Maggie Walsh (Katharine Ross), décorateurs d’intérieur de Los Angeles, se voient confier un travail en Angleterre. Alors qu’ils arpentent la campagne britannique en moto, ils évitent de justesse une berline qui les envoie valser dans le décor. Leur véhicule étant hors d’usage, tous deux acceptent l’hospitalité de Jason Mountolive (John Standing), le propriétaire de la berline qui se trouve être leur commanditaire. Les voilà dans un très luxueux manoir, où viennent les rejoindre d’autres invités. À partir de là s’enchaînent des accidents de plus en plus préoccupants : Pete est presque ébouillanté dans une douche soudain incontrôlable, une nageuse se noie dans la piscine, un homme qui s’étouffe avec un os de poulet est soumis à une trachéotomie improvisée qui s’achève dans un bain de sang, un autre homme est brûlé vif par un feu de cheminée agressif, une femme est transpercée de toutes parts par un miroir qui se brise devant elle… Nos décorateurs d’intérieur n’ont bien sûr qu’une hâte : quitter les lieux dès que possible. Mais il n’est pas si simple de s’échapper du manoir maudit.

Le manoir maudit

À mi-chemin entre le récit mystérieux à la Agatha Christie, le film de maison hantée façon La Maison du diable et le slasher (dont il reprend le principe de l’enchaînement des morts violentes sans se départir d’un soupçon de gore), The Legacy bénéficie d’une mise en scène solide, altérée hélas par une bande originale aux accents disco qui désamorce maladroitement l’impact de plusieurs séquences. Au-delà des trépas spectaculaires, le film nous offre son lot de passages mémorables, comme cette évasion cauchemardesque dans laquelle toutes les routes empruntées par les fuyards ramènent systématiquement au manoir (variante horrifique du Prisonnier en quelque sorte). Le charisme de Sam Elliott et Katharine Ross irradie tout l’écran, même si leurs compagnons de jeu ne donnent pas forcément dans la demi-mesure (notamment un Charles Gary reprenant peu ou prou son rôle des Vierges de Satan ou un Roger Daltrey exubérant qui ne doit sa présence dans le film qu’au fait qu’il est le propriétaire du lieu de tournage, en l’occurrence le fameux manoir). Le fin mot de l’histoire nous est révélé par un final abrupt un peu décevant, rien ne justifiant par ailleurs le titre étrange choisi par les distributeurs français (Psychose phase 3) qui semble vouloir créer un lien hors-sujet avec le classique d’Alfred Hitchcock. L’une des plus heureuses conséquences de ce film aura finalement été la rencontre des comédiens Sam Elliott et Katharine Ross, qui tomberont amoureux pendant le tournage, se marieront en 1984 et formeront l’un des couples les plus durables d’Hollywood.

 

© Gilles Penso


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DARBY O’GILL ET LES FARFADETS (1959)

Sean Connery pousse la chansonnette dans ce conte produit par Walt Disney où s’animent de minuscules créatures magiques…

DARBY O’GILL AND THE LITTLE PEOPLE

 

1959 – USA

 

Réalisé par Robert Stevenson

 

Avec Albert Sharpe, Janet Munro, Sean Connery, Jimmy O’Dea, Kieron Moore, Estelle Winwood

 

THEMA CONTES I NAINS ET GÉANTS

C’est Walt Disney lui-même qui est à l’origine de Darby O’Gill et les farfadets. En 1947, à l’occasion d’un voyage en Irlande, il découvre les folklores locaux et imagine un conte fantastique qui s’en inspirerait. Le premier titre du projet est « Three Wishes » (« Trois vœux »). Le scénario est confié à Lawrence Edward Watkin (L’Île au trésor) et l’on envisage de faire cohabiter des acteurs réels et des personnages en dessin animé, suivant une méthode déjà éprouvée depuis longtemps chez Disney (qui aurait « emprunté » l’idée et la technique à son concurrent Max Fleischer). Le film ne dépasse pourtant pas le stade de l’écriture, et il faut attendre un second voyage de l’oncle Walt en terre irlandaise, une décennie plus tard, pour que le projet redémarre. Très impliqué, Disney étudie attentivement les coutumes et les légendes gaéliques à Dublin et décide de s’appuyer sur le livre pour enfants d’Herminie Templeton Kavanagh « Darby O’Gill and the Good People » publié en 1903. Watkin reste en charge du scénario et le long-métrage se concrétise enfin à la fin des années cinquante. Le tournage est un temps envisagé dans la vallée de San Fernando, mais finalement tous les décors seront construits dans les studios Disney.

Dans un petit village irlandais, le vénérable Darby O’Gill (Albert Sharpe) est employé comme régisseur du domaine du puissant Lord Fitzpatrick (Walter Fitzgerald). Mais à vrai dire, il passe beaucoup moins de temps dans les champs qu’au comptoir de la taverne du coin, où il adore régaler les clients de ses histoires abracadabrantes. Darby clame en effet à qui veut l’entendre qu’au beau milieu d’anciennes ruines, il a fait la rencontre d’un peuple de minuscules farfadets et de leur roi Brian (Jimmy O’Dea) qui lui a accordé trois vœux mais l’a poussé par malice à en exaucer un de plus, annulant tous les précédents. Il avait souhaité un chaudron plein d’or, un champ de pommes de terre et une santé de fer, mais tout s’est évaporé. Autre déconvenue, et pas des moindres : Lord Fitzpatrick a décidé de le remplacer par le jeune Michael McBride (Sean Connery). Michael et Katie (Janet Munro), la fille de Darby, ne sont pas insensibles à leurs charmes respectifs. Mais pour Darby, c’est un coup dur. Un soir, alors qu’il part à la recherche de sa jument, Darby tombe dans un puits et se retrouve à nouveau au milieu du peuple des farfadets…

 

James Bond et les nains de jardin

Si Darby O’Gill est un conte de fées relativement générique, il se distingue par plusieurs éléments qui ont marqué les mémoires. Le premier est bien sûr lié à la présence de Sean Connery, qui traine sur les plateaux de tournage de cinéma et de télévision depuis 1954 mais accède ici pour la première fois à un rôle de première importance. Troquant son accent écossais naturel contre des intonations irlandaises, il fait les yeux doux à Katie, exhibe son plus beau sourire et pousse même la chansonnette. Le second caractère mémorable du film est lié à ses effets spéciaux. Après avoir envisagé l’animation, Disney aura finalement décidé de recourir à des acteurs réels dans le rôle des farfadets. Ce choix laissait imaginer l’emploi de techniques d’effets visuels complexes mêlant les incrustations sur fond bleu et les transparences. Mais les superviseurs des trucages optiques du film, Peter Ellenshaw et Eustace Lycett, optent pour une méthode beaucoup plus astucieuse : la perspective forcée. Les acteurs « humains » sont donc placés près de la caméra, les acteurs « farfadets » beaucoup plus loin dans des décors surdimensionnés. L’astuce consiste alors à aligner parfaitement les regards et les portions de décors pour que l’illusion soit parfaite. Aujourd’hui encore, Darby O’Gill demeure une référence absolue en ce domaine. D’autres visions fantastiques parsèment le métrage, notamment ces ruines noyées dans la brume qui se dressent sur la montagne, cette paroi rocheuse qui s’ouvre pour laisser partir les farfadets et leurs minuscules chevaux, cette mort hurlante qui apparaît au cours du dernier acte (la légendaire « Banshee ») ou ce sinistre fiacre d’outre-tombe qui traverse les cieux nocturnes. En découvrant ce film, le producteur Albert Broccoli se dit que Sean Connery pourrait faire un agent 007 très acceptable. Trois ans plus tard, James Bond contre docteur No lui donna raison.

 

© Gilles Penso

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