DR. GOLDFOOT AND THE BIKINI MACHINE (1965)

Vincent Price incarne un savant fou qui fabrique une armada de femmes robots conçues pour séduire et ruiner des hommes riches…

DR. GOLDFOOT AND THE BIKINI MACHINE

 

1965 – USA

 

Réalisé par Norman Taurog

 

Avec Vincent Price, Frankie Avalon, Dwayne Hickman, Susan Hart, Jack Mullaney, Fred Clark, Alberta Nelson, Milton Frome, Hal Riddle, Patti Chandler

 

THEMA ROBOTS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

C’est James H. Nicholson, président de la compagnie de production American International Pictures (AIP pour les intimes), qui développe l’idée de Dr Goldfoot and the Bikini Machine, motivé par deux envies complémentaires : mettre en valeur les talents variés de la comédienne sous contrat Susan Hart (Les Dompteurs du Pacifique, War-Gods of the Deep) et pasticher la saga James Bond alors au sommet de sa vogue (Goldfinger vient à l’époque de sortir sur les écrans). La réalisation est confiée à Norman Taurog, un vétéran de la comédie américaine qui œuvre depuis le temps du cinéma muet et qui dirigea entre autres Dean Martin, Jerry Lewis et Elvis Presley. Pour tenir le rôle masculin principal du film, James Nicholson ne va pas chercher bien loin : Vincent Price, héros des adaptations d’Edgar Poe réalisées par Roger Corman pour AIP, fera l’affaire. Ce dernier s’embarque avec joie dans l’aventure, enthousiaste à l’idée de sortir du registre mélancolique des « Histoires extraordinaires » pour s’exprimer dans le domaine de l’humour et du burlesque. Sur ce point, cependant, il connaîtra une déception de taille. Dr Goldfoot est en effet conçu au départ comme une comédie musicale et Price enregistre même un numéro élaboré où il chante les vertus de sa « machine à bikini ». Mais Sam Arkoff, partenaire de James Nicholson, n’aime pas la scène et demande à la couper. L’aspect musical du film est donc évacué au profit d’une comédie plus « classique ». Vincent Price en sera profondément frustré.

Le héros taciturne de La Chute de la maison Usher et de L’Homme au masque de cire incarne ici un savant fou dont le nom (pastiche évident de celui de Goldfinger) est justifié par la ridicule paire de chaussons dorés à grelots qu’il porte aux pieds. Avec l’aide de son assistant idiot Igor (Jack Mullaney), dont nous apprenons qu’il a été ressuscité, Goldfoot a conçu une machine capable de fabriquer en série de très jolis robots féminins en bikini doré (joués principalement par des playmates habituées aux photos de charmes). Ces androïdes sexy sont chargés de séduire des hommes riches pour ensuite voler leur fortune. Ce plan machiavélique s’enraye lorsque l’un des robots, Diane alias n°11 (Susan Hart), fait tourner la tête de deux hommes : Craig Gamble (Frankie Avalon), un agent secret médiocre dont le matricule est double zéro et demi, et Todd Armstrong (Dwayne Hickman), un businessman fortuné qu’elle épouse pour pouvoir le dépouiller. En découvrant que la belle est un robot, tous deux mènent l’enquête pour tenter des déjouer les stratagèmes de Goldfoot.

L’homme aux pieds d’or

Avec un budget dépassant le million de dollars, Dr Goldfoot and the Bikini Machine est le film le plus coûteux jamais produit par AIP. Pour autant, les moyens restent faibles au regard de ses grandes ambitions. Le système D opère donc, comme souvent dans les productions Arkoff/Nicholson. Plusieurs scènes réutilisent par exemple des décors édifiés pour La Chambre des tortures (le souterrain gothique, la salle des instruments de torture, le pendule). Certains panoramas larges sont même directement « empruntés » au film de Roger Corman. Dans le même ordre d’idée, quelques plans de maquettes de bateaux militaires qui lancent des missiles proviennent de Mothra contre Godzilla (dont AIP fut le distributeur américain). Susan Hart est l’atout majeur du film, son charme indiscutable s’accompagnant d’un sens du timing comique très appréciable. Face à elle, le duo Frankie Avalon / Dwayne Hickman surjoue sans finesse, tandis que Vincent Price et Jack Mullaney cabotinent plus que de raison. Malgré quelques gags visuels réussis hérités du cartoon (le lait qui jaillit du corps de Diane quand elle boit après avoir été criblée de coups de feu) et une poursuite finale bourrée de cascades burlesques dans les rues de San Francisco, l’humour du film est globalement poussif, à base de grimaces et de pantalonnades souvent embarrassantes. Si Dr Goldfoot ne connaît qu’un succès modéré au box-office, il génère assez vite un certain culte (sans doute grâce à l’équation Vincent Price + filles sexy + science-fiction) et sera doté d’une suite en 1966, sortie chez nous sous le titre L’Espion qui venait du surgelé.

 

© Gilles Penso


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LES AMOURS ENCHANTÉES (1962)

Tournée en format Cinérama, cette somptueuse adaptation de trois contes des frères Grimm est gorgée de féerie et de créatures magiques…

THE WONDERFUL WORLD OF THE BROTHERS GRIMM

 

1962 – USA

 

Réalisé par Henry Levin et George Pal

 

Avec Laurence Harvey, Karlheinz Böhm, Claire Bloom, Walter Slezak, Barbara Eden, Oskar Homolka, Arnold Stang

 

THEMA CONTES I DRAGONS

L’idée d’un film conçu autour de l’œuvre des frères Grimm trottait dans la tête du cinéaste George Pal depuis le milieu des années 40. Mais ce n’est qu’en 1962 que le créateur des Puppetoons concrétisa ce projet en adaptant trois contes du fameux duo allemand : « Le Bûcheron et la princesse », « Le Savetier et les enfants » et « L’Os qui chantait ».  Dans le premier, un jeune coupeur de bois (Russ Tamblyn) utilise une cape d’invisibilité pour espionner une princesse (Yvette Mimieux) dont il est tombé amoureux. Dans le second, un vieux fabricant de souliers qui croule sous le travail (Laurence Harvey) est aidé dans sa tâche par cinq lutins facétieux. Et dans le troisième, le couard chevalier Sir Edward (Terry-Thomas) et son écuyer Hans (Buddy Hackett) doivent affronter un redoutable dragon dans une caverne. La première chose qui frappe, dans Les Amours enchantées (connu aussi sous le titre Les Merveilleux contes de Grimm), c’est son système de projection. Tourné en Cinérama, le film s’étale sur un triple écran, et la composition de chaque plan est conçue en fonction de cette immense latitude. Évidemment, le procédé perd beaucoup de sa superbe lors d’un visionnage du film sur un écran de télévision. Il faut imaginer le spectacle que représentait un tel film sur écran géant à l’époque.

Certaines scènes des Amours enchantées vont jusqu’à annoncer les « rides » des parcs d’attractions, immergeant le spectateur dans des plongeons vertigineux en caméra subjective. C’est le cas lorsque le palefrenier maladroit est suspendu dans la grotte du dragon et se balance interminablement, dans le segment « L’Os qui chante », et surtout lorsque Russ Tamblyn est accroché à une carriole qui file à vive allure sur un chemin rocailleux, dans « Le Bûcheron et la princesse ». Les trois contes qui ponctuent le récit baignent dans une naïveté pleine de charme, typique de l’univers de George Pal, riches en décors multicolores, en costumes bariolés et en jolis effets spéciaux. Dans ce dernier domaine, l’animation image par image demeure la technique la plus souvent mise à contribution. Ce fut d’ailleurs celle qui permit à George Pal de donner naissance aux personnages de sa série à succès Les Puppetoons.

Des contes très animés

Discrète dans le premier conte, l’animation permet à une fleur de bailler puis de s’endormir de manière très anthropomorphique après avoir absorbé un somnifère. Elle est largement mise à contribution dans le second, lorsque les cinq lutins entonnent un chant de travail digne de celui des nains de Blanche Neige tout en s’attelant à la tâche dans l’atelier du savetier. Dans le troisième conte, l’animation donne vie à un somptueux dragon au flanc incrusté de joyaux, conçu par Wah Chang et animé par Jim Danforth. Cet animal, qui ressemble à une version cartoon du dragon du Septième voyage de Sinbad et qui crache d’ailleurs des flammes en dessin animé, s’avère très expressif. Ses paupières clignent, ses pupilles sont très mobiles, ses lèvres se retroussent et sa langue frétille en permanence. Bref, c’est une belle réussite. Il est regrettable que George Pal ne s’en soit pas tenu à ces trois contes et qu’il ait confié à Henry Levin la réalisation d’une biographie romancée des frères Grimm qui, entre chaque segment, traîne en longueur et suscite plus d’ennui que d’intérêt. Carl Boehm, échappé du Voyeur, et Laurence Harvey (Romeo et Juliette) y incarnent les duettistes éponymes. Il faut noter tout de même un bel épilogue, dans lequel Wilhelm Grimm, mourant, voit apparaître dans sa chambre tous ses futurs héros qui le supplient de vivre pour qu’ils puissent exister.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON DE FRANKENSTEIN (1944)

Dans ce délirant crossover des monstres du studio Universal, Frankenstein, Dracula et le loup-garou se partagent la vedette…

HOUSE OF FRANKENSTEIN

 

1944 – USA

 

Réalisé par Erle C. Kenton

 

Avec Boris Karloff, Lon Chaney Jr, John Carradine, Glenn Strange, Anne Gwynne, J. Carrol Naish, Elena Verdugo

 

THEMA FRANKENSTEIN I DRACULA I LOUPS-GAROUS I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Conçue dans la foulée de Frankenstein rencontre le loup-garou, cette œuvre chorale prend les allures d’un film à sketches dont le fil conducteur est assuré par la présence du docteur Niemann, disciple du baron Frankenstein (incarné par Boris Karloff en personne), et de son assistant bossu Daniel (J. Carrol Naish). Après quinze ans de réclusion à Neustadt, les deux hommes s’évadent avec des projets plein la tête. Niemann a en effet promis à Daniel de transférer son cerveau dans un corps sain. Pendant leur cavale, ils rencontrent le forain Lampini (George Zucco) qui leur montre sa « Chambre des Horreurs » où repose le squelette de Dracula, un pieu planté dans le corps. La première partie du film est ainsi consacrée au célèbre vampire, interprété par John Carradine qui fut pressenti dans le rôle du monstre de Frankenstein en 1931. N’y allant pas par quatre chemins, Daniel tue le forain dont l’identité est dès lors usurpée par Niemann. Ayant ressuscité Dracula en ôtant le pieu fiché dans ses ossements, il lui propose de lui fournir un abri si le vampire l’aide à se venger de ceux qui l’ont condamné. Dracula se transforme dès lors en chauve-souris (via un trucage simple mais charmant signé John P. Fulton employant tour à tour un dessin animé puis une marionnette), mais finit par se désintégrer, surpris par le soleil à l’issue d’une spectaculaire poursuite en carriole.

Voilà pour le premier acte. Niemann débarque ensuite dans le village de Frankenstein. Dans les souterrains du château du savant, il découvre les corps de la créature et du loup-garou Larry Talbot, emprisonnés tous deux dans un bloc de glace. Ayant récupéré les notes de Frankenstein, il ramène les monstres à son laboratoire de Visaria. Son intention, peu louable, est de transférer les cerveaux de ses ennemis dans le corps de la créature et du loup-garou. La seconde partie du film est consacrée à Talbot (toujours joué par Lon Chaney Jr), qui remet la main sur le livre « Experience of Life and Death by Henry Frankenstein ». Au cours d’une astucieuse scène de transformation, la caméra rampe au sol et montre des empreintes de pas d’abord humaines puis de plus en plus bestiales. Une jolie Bohémienne tombée amoureuse de lui (Anne Gwynne) finira par le tuer d’une balle en argent avant de mourir à ses côtés, au cours d’une séquence étonnamment émouvante qui inspirera de nombreux films de l’acteur/scénariste espagnol Paul Naschy.

La foire aux monstres

Le Monstre de Frankenstein, quant à lui, est interprété par un acteur/cascadeur nommé Glenn Strange, Bela Lugosi n’ayant pas fait très bonne impression sous le maquillage de Jack Pierce dans Frankenstein rencontre le loup-garou. L’imposante créature ne se réveille qu’à cinq minutes de la fin pour défenestrer Daniel, se faire attaquer par les villageois et périr enlisé avec Niemann dans le marais voisin, au cours d’un final pour le moins précipité. Strange s’avère assez impressionnant sous la défroque du monstre, d’autant qu’il eut le privilège d’être conseillé pendant le tournage par Boris Karloff en personne. Dommage que son intervention soit aussi brève, malgré un titre qui laissait imaginer une présence plus importante. On pourra également regretter que la structure du film ne permette guère de confrontations entre les créatures, parmi lesquelles le prince Kharis de La Momie faillit également faire une apparition si le budget l’avait permis. Mais le réalisateur Erle C. Kenton, auteur de l’excellent L’Île du docteur Moreau, comblera cette lacune dans le non moins mouvementé La Maison de Dracula.

 

© Gilles Penso


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LE MORT DANS LE FILET (1959)

La morsure d’une improbable araignée géante transforme un imprésario en mutant psychopathe obsédé sexuel !

EIN TOTER HING IM NETZ / HORRORS OF SPIDER ISLAND

 

1959 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Fritz Boettger

 

Avec Harald Maresch, Helga Franck, Alexander D’Arcy, Allen Turner, Temple Foster, Helga Neuner, Rainer Brandt

 

THEMA ARAIGNÉES I MUTATIONS

Le scénario invraisemblable du Mort dans le filet est si ténu qu’il conviendrait tout juste à un court métrage de quelques minutes. Gary Webster, un homme de spectacle bourru et arrogant, organise un casting de danseuses pour un show qui aura lieu à Singapour. Une fois la troupe constituée, elle traverse l’océan à bord d’un avion qui, hélas, prend feu en plein vol. Après le crash, Gary et ses huit danseuses errent sur un canot de sauvetage qui prend vite les allures du Radeau de la Méduse, jusqu’à ce qu’enfin une île soit en vue. La seule trace de civilisation apparente sur ce bout de terre est une cabane, à l’intérieur de laquelle nos héros découvrent horrifiés le cadavre d’un homme pris dans une gigantesque toile d’araignée. Cet homme est un chercheur, le professeur Green, qui semblait étudier sur place des gisements d’uranium. Tandis que les filles se reposent dans la cabane, Gary s’en va inspecter les lieux nuitamment. Et là, c’est le drame. Car le voilà soudain agressé par une araignée géante, probablement la plus grotesque de l’histoire du cinéma. Qu’on essaie donc de s’imaginer une bestiole grosse comme un chat, couverte de poils, au faciès étrange arborant deux grands yeux noirs et un nez pointu, affublée de huit pattes semblables à des mains griffues, et on aura une petite idée de l’aspect surréaliste du monstre. Sans compter qu’il s’agit d’une petite marionnette fort mal animée par un technicien qui avait visiblement l’esprit ailleurs.

La bête, qui semble avoir muté à cause des radiations, mord Gary, qui parvient à la tuer d’un bon coup de pistolet. Mais soudain, le corps de l’imprésario est secoué de spasmes. Trois ans plus tard, la piqûre d’une araignée radioactive aurait transformé notre homme en super-héros rouge et bleu grimpant aux murs et tissant des toiles. Mais ici il n’en est rien. Gary se mue soudain en monstre sanguinaire. Son visage prend vaguement les allures d’un loup garou à la mâchoire garnie de trois dents pointues, et ses mains deviennent des griffes bestiales. Déambulant dans les bois, il va s’en prendre tout naturellement aux jolies danseuses. Comme un tel script ne permet pas mille rebondissements, le film passe de longs moments à exploiter les charmes de ses comédiennes, accumulant plus que de raison les séquences où elles dansent, se dévêtent, se bagarrent, se prélassent, se baignent…

Les pin-up et le monstre

Bref Le Mort dans le filet vire rapidement au calendrier de pin-up des années 50, et notre pauvre monstre mi-homme mi-araignée est régulièrement oublié en cours de scénario, se contentant de quelques apparitions de temps à autres histoire de justifier le statut de film d’horreur de cet hallucinant long-métrage. L’intrigue rebondit très mollement lorsque débarquent sur l’île deux hommes qui travaillent pour le professeur, et dans les bras desquels vont se jeter les demoiselles visiblement assoiffées de sexe. D’où de nouvelles interminables séquences de danse, de déshabillages et de disputes. Au bout d’un temps jugé suffisamment long, le monstre revient et meurt finalement enlisé dans des sables mouvants, concluant en queue de poisson ce film absurde qui sortit en Belgique sous le titre suggestif de L’île du sadique.

 

© Gilles Penso

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INCROYABLE MAIS VRAI (2022)

Alain Chabat et Léa Drucker s’installent dans une maison dont le sous-sol renferme quelque chose d’incroyable… mais vrai !

INCROYABLE MAIS VRAI

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Quentin Dupieux

 

Avec Alain Chabat, Léa Drucker, Benoît Magimel, Anaïs Demoustier, Roxane Arnal, Stéphane Pezerat, Grégoire Bonnet, Marie-Christine Orry, Michel Hazanavicius

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I MÉDECINE EN FOLIE 

Quentin Dupieux enchaîne les films aux concepts absurdes avec une régularité qui force le respect. Après la veste psychopathe de Le Daim et la mouche géante de Mandibules, voici donc Incroyable mais vrai qui marque les retrouvailles du réalisateur avec Alain Chabat, huit ans après Réalité. Pour toute une génération de spectateurs, le titre du film évoque une émission télévisée culte animée par Jacques Martin entre 1981 et 1983 sur Antenne 2, ce qui ne nous rajeunit pas. On sait Dupieux partisan d’une certaine patine rétro, d’où ce titre aux joyeuses résonnances « old school ». Mais « Incroyable mais vrai », c’est aussi la mention qui apparaît sur de nombreuses annonces publicitaires vantant dans certains magazines les mérites de solutions miracles invraisemblables : contre le vieillissement, contre la chute de cheveux, contre la prise de poids, contre l’insomnie, contre la fatigue, contre les fuites urinaires, contre la perte d’énergie sexuelle… « Incroyable mais vrai ! » peut-on lire sur ces pages pleines de promesses qui proposent tout et n’importe quoi. Bien sûr, il y a un revers de la médaille. Et c’est dans cette voie que s’engouffre Quentin Dupieux, mettant pour une fois son goût de l’absurde au service d’un message sans équivoque et d’une réflexion limpide sur certains travers humains.

Alain et Marie (Alain Chabat et Léa Drucker) sont un couple tranquille et équilibré, lui la soixantaine cool, elle la cinquantaine fringante. Alors qu’ils décident d’acheter une maison ensemble, ils en visitent une qui semble correspondre à leurs critères. Ce n’est pas le coup de foudre, mais ça pourrait faire l’affaire. L’agent immobilier qui les fait visiter (Stéphane Pezerat) tient à leur montrer une dernière chose dans le sous-sol, qu’il qualifie de « clou de la visite ». En découvrant la cave de la maison, Alain et Marie ne sont pas particulièrement impressionnés. Mais l’agent insiste : l’important ce n’est pas la cave mais la trappe qui s’y trouve. S’ils acceptent de le suivre dans cette trappe et de découvrir où mène le conduit étroit qui la prolonge, leur vie va changer à tout jamais. Amusés et perplexes, ils hésitent puis se prêtent au jeu en descendant dans le fameux conduit. Effectivement, ce qu’ils y découvrent ne va pas les laisser indemnes…

Les dangers de la vanité

Baignée dans cette photographie laiteuse dont Dupieux a fait sa signature visuelle, la première partie d’Incroyable mais vrai ne dénote pas du tout dans sa filmographie. Le point de départ est ouvertement burlesque, la mise en scène minimaliste laisse les acteurs faire leur numéro et la bande son se laisse envahir par une musique électronique « vintage » obsédante. Une fois n’est pas coutume, le réalisateur ne compose pas la bande originale du film mais emprunte plusieurs morceaux à l’album « Jon Santo Plays Bach » (dont la reprise au synthétiseur de la célèbre « Badinerie » finit par ressembler au générique de La Soupe aux choux !). La grande force de ce premier acte repose sur le décalage entre le jeu des comédiens (sobres, crédibles, naturels) et la parfaite absurdie de la situation. À ce titre, la scène du dîner avec Benoît Magimel et Anaïs Demoustier est un petit régal. Mais petit à petit, le scénario s’achemine vers une certaine gravité inattendue, décrivant par le menu l’effet dévastateur et autodestructeur d’un trop-plein de vanité et de narcissisme. Dupieux ne nous a pas habitués à une telle grille de lecture, cédant même au symbolisme par l’entremise d’une pomme révélatrice de la tentation et de ses dangers. Incroyable mais vrai n’en perd pas son impact, bien au contraire, mais bifurque là où on ne l’attendait pas. Le rythme aurait certes mérité d’être resserré. On sent bien que le scénario finit par tirer à la ligne en assénant aux spectateurs une longue séquence elliptique entièrement musicale qu’il aurait fallu drastiquement racourcir. Mais à cette réserve près, le film fait mouche, prônant une approche philosophique de la vie et s’acheminant vers un épilogue étonnamment amer.

 

© Gilles Penso

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LE SAMARITAIN (2022)

Sylvester Stallone incarne un vieux super-héros qui vit dans l’anonymat jusqu’à ce qu’un redoutable gang ne le pousse à reprendre du service…

SAMARITAN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Julius Avery

 

Avec Sylvester Stallone, Javon Walton, Pilou Asbaek, Dascha Polanco, Moisés Arias, Martin Starr, Sophia Tatum, Jared Odrick, Henry G. Sanders

 

THEMA SUPER-HÉROS

C’est à Bragi F. Schut (scénariste du Dernier des templiers, d’Escape Game et de plusieurs séries animées de la franchise Ninjago) que nous devons l’histoire du Samaritain, qui aborde le thème des super-héros sous un angle sombre et réaliste. En attendant de pouvoir en tirer un film, Schut adapte son scénario dans une série de romans graphiques dessinés par le duo Marc Olivent / Renzo Podesta et publiés par Mythos Comics. Début 2019, le studio MGM et la compagnie Balboa Productions font l’acquisition du script et se mettent au travail sur sa transposition à l’écran. La réalisation est confiée à Julius Avery, dont l’audacieux Overlord, mixage de film de guerre et de film de zombies, avait fait forte impression en 2018. Le projet semblait donc en de bonnes mains. Co-producteur du film, Sylvester Stallone annonce bientôt qu’il en tiendra aussi le premier rôle, ce qui a pour effet immédiat de faire monter d’un cran l’impatience du public. Hélas, signe des temps, Le Samaritain n’a pas les honneurs d’une distribution en salle (après que sa date de sortie ait été sans cesse repoussée) mais atterrit directement sur la plateforme Prime Video. C’est généralement mauvais signe…

Le prologue en image de synthèse, qui résume l’affrontement passé d’un super-héros (le Samaritain) et de son ennemi juré (Nemesis) dans la centrale électrique de Granite City, nous annonce d’emblée l’absence de finesse du film. Mise en image comme une animatique de jeu vidéo, narrée par une voix off enfantine, cette entrée en matière excessive ne fait pas dans la dentelle. Choisir d’ailleurs des noms aussi génériques pour les antagonistes nous laisse perplexes. Pourquoi ne pas carrément les appeler « Le Vilain » et « Le Héros » ? Ou « Le Méchant » et « Le Gentil » ? Toujours est-il que les deux surhommes ont disparu dans une grande explosion vingt-cinq ans plus tôt. Nemesis est mort et le Samaritain n’a plus jamais été revu. Le scénario s’intéresse alors à Sam Cleary (Javon Walton), un jeune garçon qui vit dans un quartier défavorisé avec sa mère. Pour pouvoir surmonter leur situation financière difficile, il commence à traîner avec les gangs qui écument le quartier. Alors qu’il se retrouve en très fâcheuse posture, Sam est sauvé par son voisin éboueur, Joe Smith (Sylvester Stallone), qui déploie sous ses yeux une force prodigieuse. Et si c’était lui, le Samaritain ?

Incassable ?

Pour être honnête, la cible visée par le film nous échappe. Choisir un garçon de treize ans comme protagoniste laisse imaginer que Le Samaritain s’adresse aux enfants et aux adolescents. Mais la brutalité, la violence et la noirceur dans lesquelles baigne le récit sont définitivement inadaptées à un tel public. Stallone lui-même semble indécis sur sa manière d’aborder le personnage, cultivant pendant la grande majorité du métrage une moue solitaire, taciturne et désabusée avant de passer sans transition à la rage bestiale d’un Hulk pendant les scènes de combat. Difficile de s’attacher à un tel super-héros. Ses déambulations monolithiques sous une capuche évoquent irrésistiblement le Bruce Willis d’Incassable, l’arme surpuissante du méchant (une masse/marteau) semble avoir été empruntée à Thor, le vilain qui harangue la foule pour la pousser à semer le chaos et l’anarchie se prend de toute évidence pour le Joker de The Dark Knight… Bref, nous avons déjà vu tout ça ailleurs. Il y a certes un antagoniste fort charismatique (Pilou Asbaek, vu dans Overlord, Ghost in the Shell et Game of Thrones) et un twist intéressant au cours du dernier acte. Mais c’est insuffisant pour dynamiser ce scénario désespérément basique nous offrant en guise de climax un gigantesque incendie numérique très peu crédible.

© Gilles Penso


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FAUST (1926)

F.W. Murnau adapte avec panache la célèbre pièce de Goethe, mettant en scène un Méphisto particulièrement impressionnant…

FAUST, EINE DEUTSCHE VOLKSSAGE

 

1926 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par F.W. Murnau

 

Avec Gösta Ekman, Emil Jannings, Camilla Horn, frida Richard, William Dieterle, Yvette Guilbert, Eric Barclay, Hanna Ralph

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

« Regarde : les portes des ténèbres se sont ouvertes et les malheurs de tous les peuples s’abattent sur la Terre… » C’est en ces termes que commence Faust, chef d’œuvre incontesté d’un Friedrich Wilhelm Murnau au sommet de son art. Joignant l’image au texte, le réalisateur de Nosferatu ose envahir l’écran d’une folle chevauchée macabre, Méphisto (Gösta Ekman) et ses cavaliers de l’apocalypse galopant sur leurs noires montures dans un ciel enfumé. Cornu, déployant de larges ailes de chauve-souris, ce diable qu’on croirait issu d’une gravure médiévale lance un défi au sévère archange qui stoppe sa course, drapé dans d’immenses élytres de plumes blanches : il corrompra le plus charitable des hommes, le vénérable alchimiste Faust (Emil Jannings), et prouvera ainsi que la Terre lui appartient. L’ombre gigantesque du malin s’étend alors sur la ville, tandis que la peste s’abat sur les habitants. Incapable de sauver ses prochains, Faust perd la foi et, dans un accès de désespoir, invoque le Seigneur des Ténèbres, en une de ces nuits brumeuses et photogéniques dont seuls les maîtres de l’expressionnisme allemand avaient le secret.

Méphisto fait alors son apparition sous des traits humains et rondouillards. Le contrat ensorcelé qu’il tend à Faust énonce : « Je renonce à Dieu et à ses milices terrestres. En échange, accorde-moi pouvoir et richesse ». L’alchimiste s’effraie, bien entendu, mais l’espoir d’endiguer le fléau guide son acte irrévocable : il signe le pacte de son sang. La spirale infernale s’active aussitôt. En l’espace d’une journée, Faust retrouve sa jeunesse perdue et conquiert le jour de son mariage la splendide duchesse de Parme. Grisé, il assouvit sans encombre tous ses fantasmes et, inévitablement, sombre peu à peu dans l’ennui d’un homme trop vite comblé. Mais de retour dans sa ville natale un dimanche de Pâques, il tombe éperdument amoureux de la prude Gretchen (interprétée par Camilla Horn après que Lilian Gish et Leni Riefenstahl aient postulé tour à tour pour le rôle)…

Les facéties du diable

La première moitié de Faust est un festival ininterrompu d’effets spéciaux époustouflants, mélange de trucages optiques à la Méliès, d’effets pyrotechniques virevoltants, de maquettes minutieuses et d’expositions multiples. Ainsi les facéties incendiaires du diable, son survol du monde sur une cape magique ou les nuées de volatiles démoniaques prennent-ils corps à l’écran avec une indéniable photogénie. La suite du récit délaisse quelque peu la magie au profit du mélodrame, reléguant Méphisto au rôle de faire-valoir comique, Faust à celui d’amoureux transi et Gretchen au statut de martyr pathétique. Le film ne perd pas pour autant sa force évocatrice, s’achevant sur une rédemption émouvante. Œuvre humaniste, magistrale, importante dans l’histoire du septième art, le Faust de Murnau est un complément idéal à la lecture de la pièce homonyme de Goethe, toutes deux inspirées de la même légende populaire allemande. Et l’on ne compte plus les cinéastes, de Walt Disney à Peter Jackson en passant par Akira Kurosawa, qui y puisèrent l’inspiration pour certaines séquences clefs de leurs propres films.

 

© Gilles Penso

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TARZAN S’ÉVADE (1936)

Johnny Weissmuller incarne pour la troisième fois de sa carrière le célèbre homme-singe aux côtés d’une Jane en proie à un délicat dilemme…

TARZAN ESCAPES

 

1936 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, William Henry, John Buckler, Benita Hume, Herbert Mundin, E.E. Clive

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I THEMA TARZAN

Pour ce troisième épisode de la mythique saga inspirée d’Edgar Rice Burroughs, une véritable chaise musicale de réalisateurs s’opéra au sein de la MGM. James C. McKay commença le film en juillet 1936, mais rien ne fut conservé de ce qu’il tourna. John Farrow prit le relais. D’autres cinéastes s’attelèrent à la tâche (William A. Wellman, George B. Seitz), mais c’est finalement le vétéran Richard Thorpe (déjà auteur de cent dix longs-métrages) qui signa Tarzan s’évade. Le scénario de Cyril Hume nous fait découvrir les cousins de Jane, Rita et Eric Parker, qui décident de la retrouver pour lui faire part de l’héritage d’un demi-million de livres qui lui revient si elle accepte de repartir à Londres avec eux. Afin de la retrouver, ils se font guider par le capitaine Fry, un chasseur de fauves réputé. « Le meilleur fusil d’Afrique se transforme en guide pour touristes ? », s’interroge son bras droit Raswlins. Mais Fry a une idée derrière la tête en acceptant de diriger cette expédition. Il veut en effet capturer Tarzan, le fameux roi des singes de la légende, pour l’exhiber dans un cirque. La première partie de l’expédition abonde en stock-shots montrant toutes sortes d’animaux sauvages gambadant dans la savane africaine : éléphants, girafes, autruches, zébus…

Une fois nos héros arrivés devant l’escarpement de Mutia, un endroit difficile d’accès et nimbé de rumeurs inquiétantes qui glacent le sang des indigènes, les ennuis commencent. Rita échappe de peu aux griffes d’une lionne tandis que les redoutables Gabonis attaquent. Les cousins de Jane ne doivent leur salut qu’au cri de Tarzan qui résonne bientôt sous les frondaisons. Pendant l’escalade vertigineuse qui s’ensuit, le quota d’indigènes qui tombent dans le vide est allègrement respecté. Mais tant que le matériel est intact, la fière expédition britannique ne s’en émeut pas outre mesure ! Tandis qu’ils établissent leur camp, Fry tend un piège à Tarzan en capturant Cheetah. Notre homme singe ne se laisse pas abuser pour autant, son instinct lui ayant permis d’emblée d’émettre des doutes légitimes sur la loyauté du vil capitaine…

L’ivre de la jungle

Tarzan s’évade nous offre les visions idylliques et délicieusement surréalistes du confort moderne que l’homme-singe et sa dulcinée ont installé dans leur cabane arboricole : un ascenseur tiré par un éléphant, un ventilateur actionné par des poulies, une cuisine, une salle à manger… On se croirait presque dans un épisode des Flintstones ! C’est à n’en pas douter l’un des aspects les plus récréatifs du film. Le scénario n’est pas avare en rebondissements et en retournements de situations, s’appuyant sur un dilemme lié à la décision de Jane. Doit-elle rejoindre sa famille biologique ou rester auprès de son bien-aimé ? Une chose est sûre : la place de son sauvageon chéri est dans la jungle et nulle part ailleurs. « Ici Tarzan est un roi, là-bas, ce serait un phénomène de foire », affirme-t-elle de fait à ses cousins lorsqu’ils proposent que le couple les rejoigne à Londres. Ah gré des trahisons multiples de Fry, le film collecte quelques séquences spectaculaires, notamment l’attaque des éléphants qui saccagent un village en barrissant joyeusement, ou encore le climax situé dans une grotte sinistre où sables mouvant bouillonnants, fumigènes et iguanes visqueux se partagent la vedette. Après maints états d’âme, Jane décide finalement de rester avec son compagnon en slip léopard. Tout s’achève donc sur un beau happy end romantique, prélude à un quatrième épisode tout aussi mouvementé.

 

© Gilles Penso


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AU COMMENCEMENT (2000)

Le réalisateur du Sixième continent raconte en accéléré tout l’Ancien Testament au fil d’un long téléfilm au casting prestigieux…

IN THE BEGINNING

 

2000 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Martin Landau, Jacqueline Bisset, Bill Campbell, Eddie Cibrian, Fred Weller, Alan Bates, Steven Berkoff

 

THEMA DIEU, LA BIBLE, LES ANGES

Ce téléfilm de luxe, retitré La Terre Promise lors de son édition DVD en France, tente de relever un bien difficile défi : raconter les passages les plus importants de l’Ancien Testament en trois heures, de la création du monde jusqu’à l’arrivée du peuple Hébreu en Terre Sainte. C’était à craindre, le résultat n’est pas vraiment à la hauteur des ambitions du studio Hallmark (Les Voyages de Gulliver, Alice au pays des merveilles) et du réalisateur Kevin Connor (Le Sixième continent, Les Sept cités d’Atlantis). Car à vouloir narrer autant d’événement en si peu de temps, le scénario est obligé d’éluder bon nombre d’éléments primordiaux, comme si l’histoire avançait en vitesse accélérée. Exit la profondeur des personnages, la richesse des thématiques, l’importance des enjeux… Tout est survolé à la vitesse grand V, comme si nous assistions à un enchaînement rapide de sketches. Les protagonistes naissent, grandissent, puis meurent en cédant le pas à leur descendance sans que nous n’ayons eu la moindre possibilité de nous attacher ou même nous intéresser à eux. C’est tout de même un comble, quand on connaît la richesse du matériau initial. Sans doute un format plus long (une mini-série en trois ou quatre parties par exemple) eut été plus adapté à cette adaptation digest de l’a Genèse et l’Exode.

De plus, étant donné que certaines de ces histoires ont déjà été contées à l’écran avec autrement plus de panache, on se demande un peu où réside l’intérêt d’une telle entreprise. Le sacrifice d’Abraham, par exemple, a fait l’objet d’un traitement plus riche dans La Bible de John Huston. Quant à l’adaptation de l’histoire de Moïse, elle se contente ici de recycler les idées visuelles et narratives des Dix Commandements de Cecil B. De Mille et du formidable dessin animé Le Prince d’Égypte, évacuant tout effet de surprise auprès du spectateur qui connaît déjà non seulement le récit mais aussi ses différentes transcriptions visuelles. Comme en outre les effets visuels déployés ne sont pas particulièrement performants (le Buisson Ardent, notamment, est un sérieux ratage artistique et technique), la mise en scène de Connor manque singulièrement d’emphase lors des moments magiques ou spectaculaires.

Têtes d’affiche

Et pourtant, on sent bien qu’Hallmark a mis le paquet en termes de moyens, ne reculant pas devant les centaines de figurants, les accessoires luxueux, les costumes soignés, les éléments de décors colossaux ou les animaux traversant l’écran par troupeaux entiers. Dommage qu’un tel déploiement ne permette pas au film de posséder l’ampleur requise. On se console alors en retrouvant bon nombre de visages familiers tout au long du casting, car Au commencement surprend tout de même par les guest-stars qu’il a réussi à réunir sur un même plateau. On retiendra notamment Martin Landau (Cosmos 1999) en Abraham, Jacqueline Bisset (Bullitt) en Sarah, Bill Campbell (Rocketeer) en Moïse, Géraldine Chaplin (Docteur Jivago) en Yocheved, Christopher Lee (Dracula en personne !) en Ramsès, Diana Rigg (la trop rare Emma Peel de Chapeau melon et bottes de cuir) en Rebeccah ou encore David Warner (La Malédiction) en Eliezer. Rien que pour eux, ce téléfilm vaut un petit coup d’œil.

 

© Gilles Penso

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US (2019)

Pour son second long-métrage, le réalisateur de Get Out plonge une famille en vacances dans un cauchemar vertigineux…

US

 

2019 – USA

 

Réalisé par Jordan Peele

 

Avec Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Yahya Abdul-Mateen, Anna Diop, Evan Alex, Shahadi Wright-Joseph, Cali Sheldon, Noelle Sheldon

 

THEMA DOUBLES

L’accueil de Get Out fut tellement enthousiaste que Jordan Peele ne pouvait en rester là. Il s’attèle donc rapidement à un second long-métrage qu’il souhaite rattacher plus frontalement au genre fantastique en y injectant une bonne dose d’épouvante. Sa source d’inspiration principale est l’un des épisodes de La Quatrième dimension écrit par Rod Serling et réalisé par John Brahm en 1960. Son titre ? « Image dans un miroir ». Son sujet ? La mésaventure d’une jeune femme dans une gare routière, persuadée que son double maléfique tente de prendre le contrôle de sa vie. Bien sûr, ce postulat n’est qu’un prétexte au profit d’un discours que Peele souhaite plus profond, toujours ancré dans les préoccupations sociales de sa génération. « Il y a des milliers de kilomètres de tunnels sous les États-Unis », nous apprend un texte d’introduction. « Des réseaux de métro abandonnés, des voies de service inutilisées, et des mines qui ne sont plus exploitées. Beaucoup n’ont aucune utilisation connue. » La raison d’être de ce texte ne s’exprimera que plus tard. Pour l’heure, le prologue se situe en 1986 dans le parc d’attractions de la plage de Santa Cruz. Échappant à la surveillance de ses parents, la petite Adelaide se perd dans un inquiétant palais des glaces pendant un bon quart d’heure. Lorsqu’elle en ressort, elle est traumatisée. Nous la retrouvons à l’âge adulte, désormais épouse heureuse et mère de deux enfants. Mais ses fêlures sont toujours là. Et lorsqu’elle s’installe avec sa famille près de Santa Cruz pour les vacances, les coïncidences étranges se multiplient…

Si Get Out se suffisait amplement à lui-même, Us semble ne pouvoir pleinement exister sans les nombreuses références que Jordan Peele puise chez ses aînés. Au-delà de l’inspiration première empruntée à Rod Serling, la mécanique horrifique telle qu’elle s’installe en cours de métrage nous renvoie directement au principe des « Body Snatchers » développé dans L’Invasion des profanateurs de sépulture et ses remakes. Tout au long du film, les clins d’œil plus ou moins appuyés fusent : Génération perdue (nous sommes dans le parc de Santa Cruz en 1986) mais aussi Shining, Les Goonies, Funny Games, Vendredi 13 et même C.H.U.D., preuve que la culture de Jordan Peele en ce domaine brasse assez large. On note aussi un hommage direct à la scène d’attente angoissée sur la plage des Dents de la mer (allusion confirmée par le T-shirt que porte le jeune Jason dans cette séquence) et plusieurs références à Michael Jackson (avec notamment cet autre T-shirt à l’effigie du clip Thriller que porte l’héroïne en début de film).

De l’autre côté du miroir

Mais la référence la plus importante est d’ordre littéraire. Lorsqu’Adelaïde s’enfonce dans les sous-sols du palais des glaces et croise des dizaines de lapins blancs, comment ne pas penser à « Alice au pays des merveilles » ? D’autant qu’il est directement question ici de passage de l’autre côté du miroir, ce qui nous ramène à ce fameux épisode de La Quatrième dimension. Grâce à sa mise en scène millimétrée et à ses acteurs pleinement impliqués, Peele parvient à saisir ses spectateurs pour les plonger dans un contexte intrigant, puis carrément effrayant, voire ouvertement horrifique. La première moitié d’Us fonctionne à plein régime. Mais les situations finissent par se révéler répétitives et le cinéaste tire un peu à la ligne au lieu d’aller à l’essentiel. Résultat : les péripéties deviennent excessives, les réactions des protagonistes de moins en moins cohérentes et la peur cède le pas à l’incrédulité. Le problème s’accroit avec ces longs pavés de monologues auxquels le scénario sacrifie pour nous expliquer le fin mot de l’histoire. La subtilité tant espérée n’est pas au rendez-vous, la métaphore de la lutte des classes tombe un peu à plat et ce récit qui partait si bien nous laisse finalement un sentiment très mitigé, tout juste rattrapé par une ultime révélation habile qui remet en perspective une grande partie de l’intrigue.

 

© Gilles Penso

 

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