BEAST (2022)

Pour protéger sa famille, Idris Elba affronte un monstrueux lion revanchard au beau milieu de la savane africaine…

BEAST

 

2022 – USA

 

Réalisé par Baltasar Kormakur

 

Avec Idris Elba, Sharlto Copley, Iyana Halley, Leah Jeffries, Martin Munro, Thalepo Sebogodi, Chris Langa, Tafara Nyatsanza, Ronald Mkwanazi

 

THEMA MAMMIFÈRES

Baltasar Kormarkur est un réalisateur d’origine islandaise, signataire de plusieurs longs-métrages d’abord sur sa terre natale puis à Hollywood, parmi lesquels on se souvient notamment de 1010 Reykjavik, Contrebande, Everest ou A la dérive. Un point commun relie plusieurs de ces films : le thème de l’individu contraint de revenir à ses instincts les plus primitifs pour survivre dans un environnement naturel hostile. Rarement ce motif fut traité de manière aussi frontale que dans Beast, dont le concept se résume finalement à peu de choses : pour sauver sa famille, un homme doit se débarrasser de son costume de citoyen civilisé pour retrouver son animalité la plus élémentaire. D’emblée, nous sommes saisis par la magnifique photographie de Philippe Rousselot, sublimant les extérieurs naturels africains où fut tourné le film, et par la bande originale mi-tribale mi-lyrique de Steven Price (Gravity, Suicide Squad). C’est dans ce cadre qu’entrent en scène nos trois personnages principaux, le docteur Nate Samuels (Idris Elba) et ses deux filles adolescentes Meredith (Iyana Halley) et Norah (Leah Jeffries). L’équilibre de cette famille est instable, les tensions sont palpables. La mère tant aimée, originaire d’Afrique du Sud, est morte depuis peu, et c’est un regard accusateur que les filles portent sur leur père. Pourquoi l’a-t-il quittée avant son décès ? Pourquoi n’a-t-il pas compris qu’elle était malade ? Pourquoi n’a-t-il pas pris ses responsabilités ? Ce trio dysfonctionnel s’installe dans une réserve naturelle gérée par « l’oncle Martin » (Sharlto Copley) dont la bonhomie et la bienveillance apaisent un peu les douleurs encore à vif.

Le décor étant planté et les protagonistes bien définis, le drame peut survenir. Il prend la forme d’un lion qui, ayant échappé de peu au massacre perpétré par des braconniers, s’enfuit dans la nature et décide dès lors de massacrer tous les humains qui croisent son chemin. À ceux qui pourraient reprocher au film de dresser un portrait peu flatteur du sympathique félidé à crinière, le scénario oppose d’emblée un argument irréfutable : le prédateur de Beast n’est plus un lion mais un monstre vengeur quasi-invincible, un terminator quadrupède que plus rien ne semble pouvoir arrêter. Il dépasse donc allègrement sa nature première de mammifère pour se muer en symbole d’une nature en furie prête à rendre aux humains la monnaie de leur pièce. Œil pour œil, croc pour croc. La réalisation virtuose de Baltasar Kormakur se met au service de cette intrigue ramenée volontairement à sa plus simple expression. Les nombreux longs plans-séquence qui saisissent en temps réel la grande majorité des actions du film ont un remarquable pouvoir immersif, sans pour autant que ces effets de style répétés ne soient ostentatoires. Kormarkur n’essaie pas d’en mettre plein la vue à ses spectateurs mais à les plonger au cœur de cet impitoyable conflit.

La loi de la jungle

Pour que Beast fonctionne à plein régime, il fallait bien sûr que sa créature soit crédible. De ce point de vue, la réussite est totale. Les équipes de la société d’effets visuels Framestore, supervisées par le vétéran Enrik Pavdeja (Inception, Doctor Strange, Jurassic World : Fallen Kingdom), ont conçu un « uber-lion » incroyablement réaliste. Les ébouriffantes séquences d’attaque dans les véhicules évoquent tour à tour Cujo et Jurassic Park (cette dernière référence étant assumée par le T-shirt que porte Meredith en début de métrage). Quant au duel au corps à corps entre l’homme et l’animal, il n’est pas sans rappeler l’un des plus célèbres morceaux d’anthologie de The Revenant. Ce n’est pas un hasard : en amont du tournage, Baltasar Kormakur s’est entretenu avec son collègue mexicain Alejandro González Iñárritu pour savoir quelles techniques avaient été utilisées dans la scène de combat entre Leonardo DiCaprio et un ours. Couplé à la prestation toute en retenue d’Idris Elba, des jeunes comédiennes incarnant ses filles et d’un Sharlto Copley beaucoup plus sobre que d’habitude (nous sommes loin de ses prestations chez Neil Blomkamp ou dans Hardcore Henry), ce gigantesque tour de force technique et artistique hisse Beast au niveau des meilleurs survivals de sa génération.

 

© Gilles Penso

 

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TARZAN TROUVE UN FILS (1939)

Pour sa quatrième aventure sur grand écran, l’homme-singe incarné par Johnny Weissmuller agrandit sa famille sauvage…

TARZAN FINDS A SON !

 

1939 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, Johnny Sheffield, Ian Hunter, henry Stephenson, Frieda Inescort, henry Wilcoxon

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I THEMA TARZAN

Tarzan et Jane formant un parfait petit couple depuis trois longs-métrages à succès, il était temps que la famille s’agrandisse. Mais les mœurs américaines des années 30 étant très rigoristes, et la Censure n’étant pas du genre à plaisanter avec les sujets graves, la MGM n’osa leur donner un fils naturel en dehors des liens du mariage ! D’où l’idée de l’adoption d’un enfant sauvage. Lorsque le film commence, Richard Lancing (Morton Lowry), neveu de Lord Greystoke, se dirige en avion vers Cape Town, en compagnie de sa femme et de son bébé. Mais soudain des trous d’airs perturbent le vol et le pilote est contraint d’atterrir en catastrophe dans la jungle africaine. Seul survivant du crash, le bébé est recueilli par un groupe de singes, comme jadis le fut Tarzan. Ce dernier récupère le nouveau-né avant que des hyènes affamées n’en fassent leur goûter, et Jane décide de l’adopter après que la tribu des Zambele ait fait disparaître le corps des parents dans l’avion. Pour nourrir le bébé, Tarzan capture une biche après un sprint impressionnant. Quant à Cheetah, elle est chargée de la traire, tâche dont le chimpanzé s’acquitte avec une étonnante dextérité ! Pragmatique, Tarzan décide de nommer ce petit garçon Boy, autrement dit « garçon ».

Cinq ans plus tard, cet émule de Mowgli casse-cou et facétieux a pris les traits de Johnny Sheffield, que Johnny Weismuller lui-même sélectionna parmi des centaines de jeunes candidats (et à qui il enseigna la natation pour les besoins du film). Acrobate hors pair, Boy rivalise avec son père adoptif dans l’art de se balancer au bout des lianes, mais s’avère inconscient du danger. Il se retrouve ainsi prisonnier d’une immense toile d’araignée, menacé par six énormes tarentules (réelles dans les gros plans, remplacées par des marionnettes dans les plans larges), au cours d’une scène de suspense très efficace qui se clôt par un sauvetage in extremis. Les choses se compliquent le jour où Austin Lancing (Ian Hunter) et Sir Thomas Lancing (Henry Stephenson) débarquent dans la jungle pour retrouver le défunt père naturel de Boy, car le petit garçon est l’héritier d’une immense fortune.

Jane revient d’entre les morts

Les objectifs des deux hommes diffèrent. Car si Thomas souhaite ramener Boy à Londres pour le doter de la fortune qui est la sienne, le fourbe Austin aimerait bien toucher le pactole à la place de cet enfant sauvage. Il pousse même Jane à trahir Tarzan, en lui faisant croire qu’elle agit pour le bien de Boy, mais celle-ci comprend bien vite qu’elle a fait erreur, manquant même de mourir sous les flèches des Zambele. Le scénario original prévoyait d’ailleurs le trépas de la belle, suite aux demandes répétées de Maureen O’Sullivan d’arrêter de jouer dans la série. Mais les fans de Tarzan n’auraient jamais accepté un tel outrage. Jane s’en sort donc avec une blessure superficielle, amoureusement pansée par un Tarzan pas rancunier pour un sou, et le film s’achève sur un happy end un brin expéditif. Agrémenté d’une poignée de séquences empruntées aux opus précédents (notamment une impressionnante attaque de rhinocéros issue de Tarzan et sa compagne), Tarzan trouve un fils respecte allégrement son quota de scènes d’action exotiques, en particulier la course-poursuite au cours de laquelle Boy essaie d’échapper à un lion puis un crocodile et la traditionnelle charge finale des éléphants.

 

© Gilles Penso

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SEVEN SISTERS (2017)

Noomi Rapace incarne sept sœurs jumelles dans cette fable de futuriste où sévit une impitoyable politique de l’enfant unique…

WHAT HAPPENED TO MONDAY?

 

2017 – GB / FRANCE / USA / BELGIQUE

 

Réalisé par Tommy Wirkola

 

Avec Noomi Rapace, Clara Read, Willem Dafoe, Glenn Close, Marwan Kenzari, Pål Sverre Hagen, Adetomiwa Edun, Christian Rubreck, Santiago Cabrera, Nadiv Molcho

 

THEMA FUTUR I DOUBLES

Sans doute avait-on trop tôt collé sur le dos du réalisateur Tommy Wirkola l’étiquette de « petit malin » ne plaçant pas ses ambitions au-dessus de son impertinence potache. Il faut dire qu’avec ses deux premiers longs-métrages – le graveleux Kill Buljo et le gratiné Dead Snow -, ce jeune cinéaste d’origine norvégienne n’y allait pas avec le dos de la cuiller, exhibant son vengeur caricatural et ses zombies nazis avec une bonne humeur joyeusement éléphantesque. S’il amorçait un virage avec Hansel & Gretel : Witch Hunters, relecture des contes de Grimm façon film d’action survitaminé, la finesse n’était pas spécialement au rendez-vous, pas plus que dans l’inévitable Dead Snow 2 : Red vs. Dead. L’affaire était donc entendue : Wirkola était un réalisateur sympathique et généreux au registre limité. Or le voilà qui nous prend par surprise avec Seven Sisters, qui entre résolument en rupture avec ses films précédents. Situé dans un futur dystopique, cet haletant thriller de science-fiction s’appuie sur un scénario original de Max Botkin (Robosapien) qui figurait depuis 2010 sur la « liste noire » des meilleurs scénarios non encore produits à Hollywood. Prévu au départ pour un homme, le rôle principal multiple est finalement féminisé à la demande du cinéaste, désireux de travailler avec Noomi Rapace, un choix validé sans hésitation par la vénérable productrice Raffaella De Laurentiis.

Face à la surpopulation de la Terre, les autorités gouvernementales ont décidé d’instaurer la politique de l’enfant unique. Cette mesure est appliquée sévèrement par le Bureau d’Allocation des Naissances, dirigé par Nicolette Cayman (Glenn Close). Si une famille se risque à déroger à la règle, ses enfants « non désirés par l’état » sont arrêtés et cryogénisés en attendant des jours meilleurs. Or voilà qu’une femme donne naissance à des septuplées et ne survit pas à l’accouchement. Malgré les lois, le père de la défunte, Terrence Settman (Willem Dafoe), décide de garder secrète l’existence de ses sept petites-filles. Toutes prénommées d’un jour de la semaine, elles devront rester confinées dans leur appartement et partager une identité unique lors de leurs sorties extérieures à tour de rôle, celle de leur mère Karen Settman. Grâce à une discipline quotidienne très rigoureuse, ce lourd secret demeure intact jusqu’à l’âge adulte. Mais alors qu’elles arrivent à l’âge de trente ans, l’une d’elle, Lundi, disparaît sans laisser de trace…

Mes doubles, mes sœurs et moi

L’atmosphère futuriste oppressante dans laquelle s’inscrit l’intrigue de Seven Sisters renvoie aux deux sources d’inspiration majeures sur lesquelles s’est appuyé Tommy Wirkola, autrement dit Blade Runner et Les Fils de l’homme. Il y a pires références, nous en conviendrons. Le réalisateur installe ainsi ses caméras en Roumanie pendant 94 jours et y reconstitue un monde autocratique crédible. Malgré un budget relativement raisonnable – 20 millions de dollars –, le film se donne les moyens de ses ambitions (scènes de surpopulation, effets visuels impeccables permettant notamment de multiplier Noomi Rapace à l’écran) et nous offre avec régularité des moments de suspense d’une redoutable efficacité. Les nombreux rebondissements du scénario laissent la part belle aux combats mano a mano qui – loin des chorégraphies stylisées à la Matrix – prônent la brutalité, la violence et le réalisme. On pourra certes regretter un flagrant manque de finesse dans la caractérisation de chacune des sœurs jumelles. Entre la blonde délurée, la « nerd » à lunettes, la junkie nerveuse, la battante aux cheveux courts et la boxeuse athlétique, nous frôlons dangereusement la caricature. Il nous semble d’ailleurs avoir plus affaire à une dissociation de personnalités multiples qu’à des septuplées. Mais la performance septuple de Noomi Rapace reste impressionnante, tout comme son implication physique et émotionnelle. Une fois que la mécanique bien huilée se dérègle, le destin multiple des sœurs Settman prend la tournure d’une fuite en avant désespérée dont l’issue demeure incertaine jusqu’au bout. Imparfait mais gorgé d’audace, cet exercice de SF audacieux a le mérite de s’écarter autant que possible des sentiers battus. Ce n’est pas le moindre de ses atouts.

 

© Gilles Penso

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LE MONDE PERDU (1998)

Surfant sur la sortie du second Jurassic Park, cette relecture très libre du roman d’Arthur Conan Doyle exhibe de bien piteux dinosaures…

THE LOST WORLD

 

1998 – USA

 

Réalisé par Bob Keen

 

Avec Patrick Bergin, Jayne Heitmeyer, Julian Casey, David Nerman, Michael Sinelnikoff, Gregoriane Minot Payeur

 

THEMA DINOSAURES

Bob Keen s’est taillé une belle réputation à travers ses activités dans le domaine des effets spéciaux. Nous lui devons notamment les maquettes de La Guerre des étoiles, Superman et Alien, les maquillages spéciaux de Krull, Lifeforce et Hellraiser, les créations animatroniques de L’Histoire sans fin ou encore les effets visuels de Dog Soldiers. Beau palmarès, ma foi ! Ses travaux de réalisateur, en revanche, sont nettement moins prestigieux, comme en témoigne ce téléfilm anonyme inspiré du roman homonyme d’Arthur Conan Doyle, dont la mise en chantier fut motivée de toute évidence par le succès des deux premiers Jurassic Park (le second portant déjà comme titre Le Monde perdu). D’ailleurs, l’influence de Michael Crichton et Steven Spielberg est si prégnante que les espèces préhistoriques découvertes par les membres de l’expédition du professeur Challenger (Patrick Bergin) dans une jungle inconnue de la Mongolie se résument principalement à un tyrannosaure (dont les membres antérieurs sont bien plus gros que la normale) et à des vélociraptors. Les mêmes que chez Spielberg, donc.

Conformément aux techniques développées par les créateurs de Jurassic Park, les monstres préhistoriques sont tour à tour des images de synthèse (au design très évasif et à l’animation excessivement saccadée) et des marionnettes vaguement animatroniques (pour le moins basiques, la pire étant probablement cette énorme gueule crocodilienne qui surgit de sous la terre et claque mécaniquement pour effrayer nos héros). La faune antédiluvienne comprend également quelques nuées de ptérosaures (plutôt efficaces) et un brontosaure qui ne fait que passer (et dont la queue, bizarrement, est hérissée de quatre pointes comme celles des stégosaures). L’intrigue, pour sa part, ne réserve que peu de surprises aux connaisseurs de l’œuvre originale et accumule les clichés de toute aventure exotique qui se respecte : romances, trahisons, dangers variés, morts brutales…

« Peut-être ce monde perdu n’était-il pas destiné à être découvert… »

Soucieux de brasser large, les scénaristes canadiens Jean Lafleur et Léopold St Pierre lorgnent aussi du côté de King Kong, en particulier à travers les indigènes arborant des masques imitant les crânes des dinosaures qui capturent la blonde héroïne (Jayne Heitmeyer) pour la sacrifier à leurs dieux préhistoriques. Si quelques idées originales surnagent, comme lorsque le vénérable paléontologue Summerlee (Michael Sinelnikoff) est attaqué par un T-Rex qu’il visualise sous forme d’un squelette de musée animé, ou lorsque les héros utilisent un ballon dirigeable pour atteindre le haut plateau, ce Monde perdu génère plus d’ennui que d’intérêt, d’autant que son casting sans éclat contribue à l’affadissement général de l’entreprise. Les dialogues sont à l’avenant. « Peut-être ce monde perdu n’était-il pas destiné à être découvert, car l’homme n’y a pas sa place » lance ainsi la voix off pesante du journaliste Malone (Julian Casey). Tourné en Australie et au Canada, et censé se dérouler en 1938, le film multiplie de surcroît les anachronismes et s’achève sur un dénouement fort éloigné de celui imaginé par Arthur Conan Doyle. À vrai dire, on pense plutôt à Edgar Rice Burroughs et à son cycle « Caspak », d’autant que les derniers plans évoquent beaucoup ceux du Sixième continent de Kevin Connor.

 

© Gilles Penso


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LES GUERRIERS DE L’APOCALYPSE (1979)

Un groupe de soldats japonais en exercice se retrouve propulsé au 16ème siècle, face à des hordes de samouraïs belliqueux…

SENGOKU JIEITAI

 

1979 – JAPON

 

Réalisé par Kosei Saito

 

Avec Sonny Chiba, Toshitaka Ito, Jun Eto, Koji Naka, Isao Natsuyagi, Haruki Kadokawa, Hitoshi Omae, Kentaro Kudo, Mancho Tsuji, Shin Kishida

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Adapté d’un roman de Ryo Hanmura, Les Guerriers de l’apocalypse est le sixième long-métrage de Kosei Sato. Alors que nous suivons un groupe des forces de défense japonaises en plein exercice, sous la direction du lieutenant Yoshiaki Iba (incarné par le vétéran Sonny Chiba), le réalisateur saisit les tranches de vie furtives des soldats pour mieux ancrer son film dans un contexte réaliste : anecdotes, plaisanteries, petits tracas quotidiens. Mais il donne aussi un coup d’avance aux spectateurs en suggérant très tôt l’étrangeté, notamment à travers l’éclat lumineux anormal des phares ou des lampadaires. Puis l’insolite prend une tournure plus manifeste : la planète Venus semble avoir changé de place dans le ciel, toutes les montres s’arrêtent en même temps… Avant que nos militaires n’aient le temps de comprendre ce qui se passe, l’écran se gorge d’images déroutantes. Des nuées de mouettes saturent le ciel, des chevaux galopent au ralenti, un soleil immense se surimpressionne à l’horizon, les soldats s’immergent dans une lumière solarisante, les nuages défilent en accéléré, une pluie d’étincelles tombe sur un bateau menacé par de hautes vagues… C’est donc à travers un prisme poétique, déconnecté soudain de toute réalité, que Les Guerriers de l’apocalypse aborde le phénomène paranormal qui propulse sans explications ses protagonistes en pleine époque féodale, 400 ans dans le passé.

Et voilà nos militaires du vingtième siècle plongés au sein d’un conflit médiéval opposant deux hordes de samouraïs belliqueux. Le lieutenant Iba finit par sympathiser avec un chef de guerre exubérant, Nagao Kagetora (Isao Natsuyagi), et décide donc de prendre fait et cause pour lui et son armée, au service d’un puissant seigneur nommé Koizumi. Entre les peuplades féodales et les soldats venus du futur, des liens complexes se nouent (l’amitié, la rivalité, l’amour, la trahison) et les vrais visages finissent par se révéler. Certains abusent de la situation, pillant et violant sans vergogne. D’autres cherchent à agir avec sagesse et clairvoyance. Bientôt se pose en substance la question de l’altération du cours de l’histoire. Peut-on décemment surgir au cœur d’une guerre du 16ème siècle avec des mitrailleuses, des blindés, un tank et un hélicoptère ? L’inévitable inquiétude liée aux conséquences inattendues d’une telle intervention alimente régulièrement les dialogues, mais le scénario refuse de traiter frontalement le sujet. Nous ne saurons donc jamais à quel point le fameux « continuum espace-temps » cher au docteur Brown de Retour vers le futur a été bouleversé.

Prisonniers du temps

Les Guerriers de l’apocalypse se donne les moyens de ses ambitions, sollicitant une très importante figuration en costumes d’époques, des chevaux, de la pyrotechnie à grande échelle, des cascades vertigineuses… Pour l’arsenal, les producteurs espéraient le soutien des Forces de Défense japonaises, mais ces dernières refusèrent de s’impliquer en apprenant que certains personnages, dans le scénario, ambitionnaient de déserter pour retrouver la vie civile ! Exit donc l’aide de l’armée. D’où l’emploi de véhicules et d’armes d’occasion et même la construction d’un char de A à Z. L’affrontement entre samouraïs et militaires modernes a quelque chose de délicieusement surréaliste, ponctué de morceaux d’anthologie comme l’attaque des archers cachés sous l’eau, le pugilat contre les guerriers camouflés dans les buissons, les combattants qui s’accrochent à l’hélicoptère au cœur d’une grande échauffourée ou encore cette titanesque bataille finale qui laisse imaginer sans mal les complexités logistiques liées à sa mise en scène. Le film démontre non sans ironie que malgré leur force de frappe et le pouvoir de destruction de leurs armes modernes, les soldats de 1979 ne font pas le poids face à l’art de la guerre médiéval. Parfois déstabilisants, les effets de style de Kosei Saito alternent la violence radicale (décapitation, égorgement, corps transpercés de flèches, éclaboussures sanglantes), les montages parallèles poétiques (la jeune femme du 20ème siècle qui attend en vain l’un des soldats sur le quai d’une gare) et la surabondance de chansons kitsch anachroniques ponctuant la majorité des séquences. Tous ces éléments disparates semblent chacun appartenir à un film différent. Les Guerriers de l’apocalypse reste mémorable pour son audace et son ampleur. Un remake sera réalisé en 2005 sous le titre Samurai Commando : Mission 1549.

 

© Gilles Penso


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THE GREEN INFERNO (2013)

Des jeunes activistes s’aventurent dans une jungle d’Amérique du Sud pour sauver une peuplade en péril… et finissent au menu d’une tribu cannibale !

THE GREEN INFERNO

 

2013 – USA

 

Réalisé par Eli Roth

 

Avec Lorenza Izzo, Ariel Levy, Daryl Sabara, Kirby Bliss Blanton, Magda Apanowicz, Sky Ferreira, Nicolas Martinez, Aaron Burns, Ignacia Allamand, Ramon Llao

 

THEMA CANNIBALES

Eli Roth positionne The Green Inferno comme l’ultime volet d’une trilogie « tribale » dont les deux autres opus seraient Cabin Fever et Hostel. Les trois films adoptent en effet une mécanique narrative commune : un groupe de jeunes (plus ou moins écervelés et antipathiques) quitte sa zone de confort pour s’aventurer sur un territoire totalement étranger et se retrouve plongé dans un cauchemar horrifique primaire – déclinaison gore de l’expression « choc des cultures » en quelque sorte. Le concept est intéressant mais il fixe aussi les limites du cinéma d’Eli Roth. En s’intéressant à des protagonistes ne suscitant guère d’empathie et auxquels il s’amuse à réserver un sort funeste, le réalisateur se contente souvent d’exercices de style distrayants aux enjeux dramatiques très limités. D’autant que notre homme a des difficultés à sortir de l’ombre de ses aînés, laissant l’influence de Sam Raimi (Cabin Fever), Takashi Miike (Hostel) ou Ruggero Deodato (The Green Inferno) contaminer ses films. Les hommages semblent sincères, certes, mais ne laissent guère affleurer la véritable personnalité d’un cinéaste se bornant trop souvent à jouer les « sales gosses » provocateurs.

L’entame de The Green Inferno parvient pourtant à nous captiver. Roth porte en effet un regard ambigu – et donc intéressant – sur un petit groupe d’activistes qui manifestent sur le campus de l’université Columbia de New York. Leur objectif : empêcher une entreprise pétrochimique de défricher une forêt d’Amérique du Sud et de déloger des tribus indigènes. C’est le charismatique Alejandro (Ariel Levy) qui mène ce combat d’une poigne de fer. En voyant ces manifestants de sa fenêtre, l’étudiante Justine (Lorenza Izzo), fille d’un éminent avocat travaillant pour les Nations Unies, est prise d’un sentiment de culpabilité. Pourquoi n’irait-elle pas les rejoindre, pour laisser une trace et donner un but à sa vie ? Il faut dire qu’elle n’est pas tout à fait insensible au charme ténébreux d’Alejandro. Justine se joint donc au groupe malgré quelques frictions et tous s’embarquent pour le Pérou. Mais rien ne va se passer comme prévu et la mission humanitaire va basculer dans le cauchemar…

Les dents de la jungle

Le film prend son temps pour révéler ses penchants horrifiques, laissant d’abord les spectateurs se familiariser – à défaut de s’y attacher – avec sa petite troupe de militants dont les motivations finissent par semer le doute. Sont-ils vraiment mus par un élan solidaire et une prise de conscience altruiste, ou ne vibrent-ils pas plutôt à l’idée de briller sur les réseaux sociaux avant de partir s’indigner pour une autre cause susceptible elle aussi de faire grand bruit ? Cette vision acerbe de l’activisme opportuniste est sans doute l’aspect le plus réjouissant du film, d’autant que la petite troupe devient à mi-parcours la victime de ceux qu’elle était censée protéger, autrement dit une tribu primitive aux forts penchants anthropophages. L’ironie du sort prend ici une tournure saignante. Gratinés et très réussis, les passages gore conçus par l’atelier KNB rendent bien sûr hommage aux « classiques » du genre (Cannibal Holocaust et Cannibal Ferox en tête) et s’assortissent de séquences de suspense haletantes. Mais le « méchant » qui tombe le masque en cours d’intrigue est trop caricatural pour convaincre, l’aspect « film d’aventure » voulu par Eli Roth (la fuite dans la jungle, le torrent déchaîné) n’a pas du tout l’ampleur souhaitée (même si la bande originale de Manuel Riveiro prend un caractère épique) et surtout le film ne raconte finalement pas grand-chose. Passée la salve « anti-twitteurs » du premier acte, l’intrigue se traîne maladroitement jusqu’à un dénouement bizarre où le comportement du dernier protagoniste se révèle parfaitement incompréhensible. Le bilan de The Green Inferno reste donc très mitigé. Eli Roth dirigera ensuite Lorenza Izzo (son épouse d’alors) dans le sulfureux Knock Knock.

 

© Gilles Penso

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LA CITÉ DES ANGES (1998)

Nicolas Cage et Meg Ryan tiennent la vedette de ce remake hollywoodien des Ailes du désir de Wim Wenders…

CITY OF ANGELS

 

1998 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Brad Siberling

 

Avec Nicolas Cage, Meg Ryan, Dennis Franz, Andre Braugher, Colm Feore, Robin Bartlett, Joanna Merlin, Sarah Dampf

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Le concept des Ailes du désir était tellement fort qu’il aurait sans doute mérité une mise en forme moins ampoulée que celle adoptée par Wim Wenders. Un grand film restait manifestement à faire sur les anges déchus par amour. Toujours prompts à recycler les bonnes idées quand elles peuvent attirer les spectateurs en salle, les producteurs hollywoodiens se sont donc lancés dans un remake ouvertement conçu pour séduire le public le plus large. Afin de respecter ce cahier des charges, la scénariste Dana Stevens (Blink) a opté pour une approche moins cérébrale et plus sensitive que celle du film initial, même si la mécanique du récit demeure très similaire. S’évadant quelque peu des films d’action dans lesquels il était alors cantonné suite à son succès dans The Rock, Les Ailes de l’enfer et Volte/face, Nicolas Cage interprète Seth, un ange des temps modernes que la vie sur Terre tente de plus en plus. Il prend donc la relève de Bruno Ganz, qui incarnait l’ange Damiel dans Les Ailes du désir.

Drapé d’un long manteau noir comme tous ses collègues, Seth observe les humains et accompagne les trépassés vers leur destination finale. En rôdant dans un hôpital pour recueillir l’âme d’un opéré du cœur, Seth tombe amoureux d’une chirurgienne de renom, Maggie, à qui Meg Ryan prête ses jolis traits, sans se départir ainsi du rôle de gentille héroïne de comédie romantique qui lui colle à la peau depuis toujours. Pour entrer en contact avec elle, Seth se matérialise. Maggie peut désormais le voir et l’entendre, et elle est immédiatement séduite. Mais peu à peu, l’aura mystérieuse qui entoure cet homme, sa mélancolie et son détachement troublent quelque peu la jeune femme. Lorsqu’elle comprend enfin qu’elle a affaire à un ange, elle s’effraie, refuse d’y croire et décide de ne plus jamais revoir Seth. Ce dernier décide alors de faire le grand saut. Par amour pour Maggie, il renonce à ses privilèges angéliques, à son immortalité, à son invulnérabilité, et il se jette du haut d’un immeuble. Lorsqu’il atterrit, meurtri et ensanglanté, il s’est mué en simple humain, et part dès lors à la reconquête de Maggie…

Tombé du ciel

Nicolas Cage et Meg Ryan trouvent ici des rôles taillés sur mesure, le regard de chien battu de l’un et la frimousse gracieuse de l’autre s’accordant merveilleusement à l’écran. À leurs côtés, Dennis Franz, héros de la série NYPD Blues, prend le relais de Peter Falk et nous livre les séquences les plus drôles et les plus attendrissantes du film. Pour faire écho à la poésie inhérente au film de Wim Wenders, Brad Silberling collectionne dans La Cité des anges les moments de pur lyrisme, notamment les séquences de rassemblement des anges sur la plage, au soleil levant, leur noire silhouette se nimbant progressivement d’une lueur dorée du plus bel effet. Ces passages fort inspirés surprennent agréablement de la part d’un réalisateur dont le seul titre de gloire sur grand écran, jusqu’alors, était le très anecdotique Casper. Hélas, toutes ces belles intentions et cette conjonction de talents finissent par se noyer dans une intrigue qui emprunte sans finesse tous les lieux communs du mélodrame amoureux larmoyant. Le postulat fantastique s’efface ainsi progressivement derrière les clichés de la romance contrariée. Ce parti pris regrettable s’achemine vers un dénouement abrupt et grotesque, conçu manifestement pour activer les glandes lacrymales des spectateurs et pour émouvoir artificiellement le tout-venant. Dommage que La Cité des anges n’ait pas placé ses ambitions plus haut.

 

© Gilles Penso

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BIONIC BOY (1977)

Un garçon de dix ans se fait greffer des membres bioniques et se prend pour une version karatéka de L’Homme qui valait trois milliards

THE BIONIC BOY

 

1977 – PHILIPPINES / HONG-KONG

 

Réalisé par Leody M. Diaz

 

Avec Johnson Yap, Joe Sison, Chito Guerrero, Danny Rojo, David McCoy, Ron Rogers, Ronny Diaz, Subas Herrero, Clem Persons, Omar Camar

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SUPER-HÉROS

Un film aussi invraisemblable que Bionic Boy permet de mesurer l’impact qu’a pu avoir la série L’Homme qui valait trois milliards à travers la planète. Son réalisateur, Leody M. Diaz, est un vétéran philippin du cinéma d’action, avec alors à son actif une quarantaine de longs-métrages. Lorsque le producteur Bobby A. Suarez l’embarque dans Bionic Boy, c’est à la fois pour surfer sur le succès des exploits télévisés de Steve Austin et pour pouvoir mettre en scène Johnson Yap, un virtuose singapourien du Taekwondo à peine âgé d’une dizaine d’années. Flairant chez lui le potentiel d’une future vedette, les initiateurs du film mettent en place une co-production entre Hong-Kong et les Philippines et s’appuient sur un scénario rocambolesque écrit par Romeo N. Galang. Le prologue du film s’efforce de vanter les nombreuses vertus physiques et morale de Sonny Lee, le jeune héros incarné par Johnson Yap. Venu à Manille pour remporter haut la main un championnat international d’arts martiaux, il est interviewé par une télévision locale et révèle sa nature de petit génie. Excellent dans toutes les matières, capable de résoudre en direct des problèmes complexes de géométrie ou de citer des compositeurs classiques, il rêve de devenir policier. « Je veux protéger les innocents contre les méchants, arrêter les criminels et les envoyer à leur place : derrière des barreaux. » Un brave petit gars, quoi.

C’est alors que nous découvrons le grand méchant de l’histoire : Franck, un chef de gang habillé comme John Travolta dans La Fièvre du samedi soir dont le rêve est de contrôler tous les trafics de la zone asiatique. Or Johnson Lee, le père du petit Sonny, déjoue l’un de leurs plans – tuer le riche industriel Ramirez – et devient donc l’homme à abattre. Pour parvenir à ses fins, Franck n’y va pas par quatre chemins. Ses hommes tendent une embuscade à Lee et écrabouillent sa voiture avec un bulldozer. L’agent et son épouse ne survivent pas, et Sonny s’en sort grièvement blessé. Ramirez est prêt à dépenser des fortunes pour prodiguer les meilleurs soins à cet enfant entre la vie et la mort. Des pionniers de la science bionique s’associent alors pour mener une expérience d’avant-garde. Leur but : remplacer tous les membres blessés de Sonny par des contreparties artificielles extrêmement performantes. Et voilà notre héros transformé en cyborg karatéka !

Super Sonny

Version miniature et asiatique de L’Homme qui valait trois milliards, notre « garçon bionique » calque ses pouvoirs sur son aîné. Il court donc au ralenti, saute très haut, voit et entend très loin. Il peut soulever une camionnette, briser un bazooka à mains nues, arracher un mirador ou défoncer un mur, toujours accompagné par un bruitage synthétique gentiment ridicule qui a vocation de souligner chacun de ses exploits. Bardée des tics inhérents au cinéma d’exploitation des années 70, la mise en scène abuse des coups de zoom intempestifs, des fusillades aux ralenti, des cascadeurs qui sautent en hurlant tandis que leur torse est bardé d’impacts de balle sanglants, et bien sûr des mannequins qui prennent le relais pour chuter dans le vide. Sans oublier les gros plans des méchants qui ricanent longuement et bruyamment. De jolies maquettes permettent de visualiser les déflagrations diverses qui ponctuent le métrage (un avion, une plateforme pétrolière, une usine, un hélicoptère) aux accents d’une bande originale funky héritée des films de Blaxploitation. Bionic Boy se laisse aussi inspirer par la saga James Bond, avec son commando d’hommes-grenouilles et sa bataille finale explosive dans le repaire du vilain. Connu également en France sous le titre Le petit roi du kung-fu, Bionic Boy s’achève sur une note étrangement amère. Une suite lui sera donnée en 1979 : l’impayable Dynamite Johnson.

 

© Gilles Penso


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LE CADEAU DU DIABLE (1974)

Une variante allemande sur le thème de la possession diabolique qui ajoute à l’influence de L’Exorciste une bonne dose d’érotisme…

MAGDALENA, VOM TEUFEL BESESSEN

 

1974 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Walter Boos

 

Avec Dagmar Hedrich, Werner Bruhns, Michael Hinz, Peter Martin Urtel, Rudolf Schündler, Karl Walter Diess, Günter Clemens

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Si les cinéastes italiens et américains s’engouffrèrent sans hésiter dans la brèche ouverte par L’Exorciste pour proposer illico leurs imitations à petit budget, l’Allemagne ne fut pas en reste avec ce Cadeau du diable fleurant bon le film d’exploitation des années 70. Tout commence dans une atmosphère à la « Jack l’éventreur ». En rentrant chez elle après une journée bien remplie, une prostituée arpente des ruelles nocturnes peu engageantes, se fait accoster par quelque poivrot de circonstance, puis fait une macabre découverte sur le seuil de son immeuble : un vieil homme a été assassiné et crucifié sur sa porte. La seule famille que l’on connaisse à l’infortuné macchabée est Magdalena, une orpheline fraîche et pimpante qui festoie innocemment dans le pensionnat où elle réside en compagnie de ses sympathiques camarades (dont un couple de lesbiennes se tripotant allègrement sous les jupons afin que le spectateur saisisse assez tôt le ton du film). La jeune fille ignore encore tout du drame, mais lorsque le cadavre de son grand-père est soudain pris d’un violent soubresaut à la morgue, le bourdonnement d’une mouche retentit dans le pensionnat et Magdalena est en proie à un accès de démence violente.

Dès lors, la pauvre vierge (oui car la belle n’a pas encore connu le loup) subit régulièrement des crises spectaculaires qui semblent étrangement familières à tous ceux qui ont déjà vu L’Exorciste : soudain dotée d’une force surhumaine, elle hurle dans des langues étrangères, gesticule dans tous les sens, déplace les meubles à distance, vomit des injures blasphématoires (dont le fameux « sale baiseur de nonnes » adressé à un prêtre dans son église), tente d’étrangler son entourage… et surtout se déshabille intégralement, exhibant le plus souvent possible son arrogante nudité à des spectateurs ébahis qui n’en demandaient pas tant. À l’horreur viscérale de William Friedkin, Walter Boos oppose donc un érotisme agressif, partant d’un postulat pour le moins trivial : une fille nue coûte moins cher que des effets spéciaux et attire tout autant les foules. Effectivement, Dagmar Hedrich est pour le moins photogénique, et l’atout majeur du film est bien la mise en contradiction de son visage angélique avec son attitude lubrique. Mais de là à ce que le film passionne les foules…

La sexorcisée !

Du Cadeau du diable, on retiendra surtout ce final absolument aberrant : alors qu’elle est victime d’une nouvelle crise, prête à découper à coups de hache tous ceux qui lui barrent la route, le médecin l’hypnotise et la force à réciter une prière. Aussitôt, un serpent noir surgit hors de la bouche de Magdalena (sans trucage, beurk !), rampe au sol et disparaît, tandis que le bon docteur déclare solennellement « il y a des choses entre le Paradis et l’Enfer » et que la possédée, enfin redevenue normale, s’enfuit bras dessus bras dessous avec son petit ami dans la campagne ensoleillée, aux accents d’une ritournelle guillerette ! Les distributeurs français exploitèrent d’abord le film sous le titre Magdalena l’exorcisée puis sous une appellation plus (s)explicite – Magdalena la Sexorcisée – avant de revenir au plus sobre Le Cadeau du diable au moment de sa diffusion en cassette vidéo, titre sous lequel il est plus communément connu désormais chez nous (avec une jaquette VHS pillant allègrement un visuel emprunté à Suspiria !).

 

© Gilles Penso

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PINOCCHIO (2022)

Robert Zemeckis retrouve Tom Hanks pour un remake en chair et en os (et en images de synthèse) du classique de 1940…

PINOCCHIO

 

2022 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Tom Hanks, Cynthia Erivo, Giuseppe Battiston, Kyanne Lamaya, Luke Evans, et les voix de Benjamin Evan Ainsworth, Joseph Gordon-Levitt, Lorraine Bracco

 

THEMA JOUETS I CONTES

Disney n’en finissant plus de recycler ses vieilles recettes en proposant des versions avec acteurs réels de ses dessins animés classiques, il était évident que le Pinocchio de 1940 (chef d’œuvre atemporel signé Hamilton Luske et Ben Sharpsteen) serait tôt ou tard en ligne de mire. La démarche fut sans doute freinée par les nombreuses autres versions « live » tirées des écrits de Collodi, mais le projet finit par s’enclencher en 2015. Le premier réalisateur envisagé est Sam Mendes (American Beauty), qui cède finalement le pas à Paul King (Paddington). Ce dernier propose à Tom Hanks de tenir le rôle de Geppetto mais ne trouve pas suffisamment de terrain d’entente avec Disney et quitte à son tour la production. C’est Hanks qui déniche lui-même le remplaçant : Robert Zemeckis. Pinocchio marque ainsi leur quatrième collaboration après Forrest Gump, Seul au monde et Le Pôle Express. Et c’est sur un scénario co-écrit par Zemeckis et Chris Weitz (auteur notamment de Fourmiz, La Famille Foldingue, A la croisée des mondes, du Cendrillon de Kenneth Branagh et de Rogue One) que se met en branle cette énième relecture des aventures du plus célèbre des pantins de bois – qui n’aura pas droit à une sortie en salles mais à une diffusion directe sur Disney +.

Au début, nous sommes circonspects. Tous ces personnages en image de synthèse qui s’agitent à l’écran (Jiminy Cricket, le chat Figaro, le poisson Chloé, la mouette Sofia) ne possèdent ni le charme, ni la finesse des créatures des films Pixar dont ils semblent pourtant directement s’inspirer. Puis apparaît ce bon vieux Geppetto, dans la peau duquel Tom Hanks entre miraculeusement. Touchant dès son entrée en scène, le marionnettiste murmure un poème à l’attention de son défunt fils tout en sculptant un pantin en bois conçu à son effigie. C’est un petit moment de grâce dont le reste du film sera hélas souvent dénué. Il nous semble d’abord que l’un des partis-pris consiste à remplacer les sempiternelles chansons par des dialogues en rimes, une idée atypique et poétique. Mais lorsque survient la Fée Bleue, il faut se faire une raison : Pinocchio sera une comédie musicale. Le rôle de la bonne fée échoit d’ailleurs à Cynthia Erivo, qui fut saluée à Broadway pour sa performance dans la version musicale de La Couleur pourpre. Le sentiment mitigé qui nous étreint alors perdurera tout au long de ce long-métrage bancal n’échappant jamais aux conventions attendues malgré quelques trop rares pointes d’audace.

Clins d’œil et citations

Sans cesse partagé entre son envie de respecter son modèle et celle de donner des coups de coude complices aux jeunes (télé)spectateurs, Pinocchio multiplie les clins d’œil balourds, notamment à l’univers Disney/Pixar dans l’échoppe de Gepetto dont les innombrables coucous s’agrémentent de jouets à l’effigie du Woody de Toy Story, de la Reine maléfique de La Belle au bois dormant, de la chouette de Merlin l’enchanteur, de Blanche Neige et des sept nains, de Dumbo, de Donald Duck et même de de Jessica et Roger Rabbit (le temps d’une auto-citation du cinéaste). Ce jeu des allusions postmodernes (et bien d’autres comme l’évocation du nom de l’acteur Chris Pine) semble incongru dans le contexte du film. L’impertinence affirmée n’est en réalité qu’un calcul savant destiné aux fans. D’ailleurs, lorsqu’il a la possibilité d’être vraiment audacieux, le film joue au contraire la carte de la prudence. La scène de la transformation des enfants en ânes, par exemple, particulièrement horrifique dans le dessin animé original, aurait mérité un traitement digne des métamorphoses de Hurlements ou Le Loup-garou de Londres pour retrouver la saveur cauchemardesque du film de 1940. Mais l’approche choisie est cartoonesque, lisse et sans aspérité. Restent quelques créations réussies de la compagnie d’animation Moving Picture Company (un beau Pinocchio fidèle à son modèle dessiné, un titanesque Monstro hybride et très impressionnant), une bande originale riche en envolées symphoniques (Alan Silvestri donne souvent le meilleur de lui-même lorsqu’il est stimulé par la mise en scène de Zemeckis) et bien sûr la prestation de Tom Hanks. C’est déjà ça, même si le film n’entrera sans doute pas pour autant dans les mémoires. Hasard des calendriers, ce Pinocchio « live » aura précédé de quelques mois à peine la version en stop-motion réalisée par Guillermo del Toro et Mark Gustafson.

 

© Gilles Penso

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