L’INVASION DES FEMMES ABEILLES (1973)

Dans une petite ville américaine, les victimes masculines se multiplient tandis qu’un étrange culte semble se pratiquer en secret…

INVASION OF THE BEE GIRLS

 

1973 – USA

 

Réalisé par Denis Sanders

 

Avec William Smith, Anitra Ford, Victoria Vetri, Cliff Osmond, Wright King, Ben Hammer, Anna Aries, Andre Philippe

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Même si le titre L’Invasion des femmes abeilles semble renvoyer au cinéma de science-fiction des années 50/60 (on pense bien sûr à l’inénarrable La Femme guêpe de Roger Corman), le film de Denis Sanders s’inscrit résolument dans les seventies : la libération sexuelle est au cœur du récit, les filles se dénudent sans pudeur, la mise en scène est brute et dénuée d’artifices et la musique de Charles Bernstein accompagne les scènes d’action sur un tempo funky hérité de la blaxploitation. Dans la petite ville de Peckham, en Californie, la police enquête sur une série de morts étranges. Toutes les victimes sont des hommes sans antécédent cardiaque. Plus curieux encore : ils sont tous morts d’épuisement après une intense activité sexuelle. Une bizarrerie n’arrivant jamais seule, chaque fois qu’un homme succombe en exultant, un bruit d’essaim d’abeilles envahit la bande son. Neil Agar (William Smith) enquête pour la Sécurité Nationale, tout en flirtant au passage avec Julie Zorn (Victoria Vetri, la blonde héroïne de Quand les dinosaures dominaient le monde). Nous apprenons bientôt que dans cette petite ville, tout le monde s’ennuie donc tout le monde couche avec tout le monde, surtout les scientifiques qui s’avèrent plus « inventifs » que les autres en la matière !

Nos doutes commencent à converger vers l’énigmatique Susan Harris (Anitra Ford), responsable du département entomologie du laboratoire Brandt. Et effectivement, les mœurs de cette dernière dépassent largement le cadre de l’étrangeté. Une séquence nocturne mise en scène avec beaucoup d’inventivité en témoigne. Ainsi le montage alterne-t-il les images d’un documentaire sur les insectes, visionné par Julie et Neil, et celles de la soirée que passent Susan et Herb, un savant qu’elle a invité chez elle. Dans la salle de bains, le miroir à facettes dans laquelle se mire la belle évoque déjà les yeux d’un insecte. Bien vite, les événements tournent au torride. Susan ne se donne pas tout de suite à son hôte, se livrant d’abord à une espèce de parade amoureuse. Au moment de l’extase, ses yeux s’obscurcissent tandis que sa vision subjective est désormais celle d’un insecte, comme dans La Mouche noire. Herb est donc sa nouvelle victime.

La métamorphose

Chaque fois que cette mante d’un nouveau genre tue un homme, elle enlève son épouse et la transforme en femme-abeille. La métamorphose se fait en plusieurs phases. La femme est d’abord piquée par une broche en forme d’abeille. Elle est ensuite dévêtue et soumise à un rayon étrange. Puis on l’enduit des pieds à la tête d’une substance visqueuse et épaisse. Des milliers d’abeilles viennent alors recouvrir chaque millimètre carré de son corps. Lorsque la substance visqueuse a séché, on l’en extrait, comme un papillon sort de sa chrysalide. Ensuite, c’est le prélude à l’orgie. Toutes les filles se déshabillent alors et se caressent langoureusement la poitrine, au cours de la séquence la plus culte d’un film décidément hors norme. L’auteur de ce scénario dément n’est autre que Nicholas Meyer, futur instigateur de C’était demain et Star Trek 2. Après un climax frénétique, L’Invasion des femmes abeilles s’achève sur l’image d’insectes butinant paisiblement, aux accents du « Zarathoustra » de Strauss.

 

© Gilles Penso


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DEUX NIGAUDS CONTRE LE DOCTEUR JEKYLL ET MISTER HYDE (1953)

Boris Karloff incarne un docteur Jekyll très inquiétant dans cette parodie délirante animée par le duo Abbott et Costello…

ABBOTT AND COSTELLO MEET DR JEKYLL AND MR HYDE

 

1953 – USA

 

Réalisé par Charles Lamont

 

Avec Bud Abbott, Lou Costello, Boris Karloff, Helen Wescott, Reginald Denny, Craig Stevens, John Dierkes, Edwin Parker

 

THEMA JEKYLL ET HYDE I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Dans leur souci de rencontrer tous les monstres du répertoire classique d’Universal, Bud Abbott et Lou Costello ne pouvaient décemment passer à côté du docteur Jekyll et de son redoutable alter ego. Ils incarnent ici Slim et Tubby, deux policiers américains du début du siècle. Après une bagarre générale dans un parc londonien, les sympathiques officiers sont renvoyés. Mais au détour d’une rue, ils aperçoivent le monstre qui, depuis peu, terrorise la ville. Cette créature féroce est le double du docteur Henry Jekyll (Monsieur Boris Karloff en personne), lequel se transforme périodiquement grâce à une drogue spéciale. Or Jekyll est secrètement amoureux de la charmante Vicky Edwards (Helen Westcott) convoitée depuis peu par le journaliste Bruce Adams (Craig Stevens), ce qui a tendance à exciter fortement sa jalousie. Le jeu très sérieux de Boris Karloff, les maladresses éléphantesques de Lou Costello et les charmes de Helen Westcott suffisent à eux seuls à éviter tout ennui. Le film repose donc moins sur son scénario – assez simpliste, reconnaissons-le –  que sur une succession de situations comiques qui vont crescendo jusqu’au final dément où le vrai Mister Hyde et une réplique (Costello, piqué par une seringue de Jekyll) sont poursuivis conjointement par Abbott, Adams et la police londonienne.

Les expériences de ce Jekyll fort peu engageant comprennent des animaux hybrides (un lapin qui aboie, un chien qui miaule, un singe qui meugle) et une transformation de Costello en souris géante. Hyde lui-même prend ses traits bestiaux grâce à un maquillage de Bud Westmore assez efficace, même si l’on n’y trouve guère la subtilité inhérente aux travaux précédents du grand Jack Pierce. Calquées sur celles du Loup-garou, les métamorphoses s’effectuent lentement en fondus enchaînés. Bien qu’il ne soit pas crédité au générique, c’est le cascadeur Eddie Parker qui double Karloff dans tous les plans de Mister Hyde. On notera également l’insolite assistant de Jekyll. Il ne s’agit pas d’un nain, une fois n’est pas coutume, mais au contraire d’un géant à l’aspect fort inquiétant.

Le clin d’œil du monstre de Frankenstein

Les gags visuels (multiples chutes spectaculaires de Costello, poursuite sur les toits) alternent avec les traits d’humour plus référentiels (Mister Hyde commet ses crimes à… Hyde Park !). Dans une scène mémorable, Costello poursuit Hyde jusque dans un musée de cire où une réplique du Monstre de Frankenstein, touchée par un câble électrique, se met à bouger timidement, à la grande frayeur du nigaud peureux. Le dénouement volontiers excessif voit toute une escouade de police, mordue par Costello, se transformer en monstres sosies de Hyde. Bref une parodie des plus honorables, qui marque incidemment les adieux de Boris Karloff avec Universal. Par une de ces absurdités dont la censure anglaise avait à l’époque le secret, Deux nigauds contre le docteur Jekyll et Mister Hyde se retrouva interdit aux moins de dix-huit ans sur le territoire britannique, à cause de ses monstres supposés effrayer les enfants ! Cette hérésie sera réparée quelques années plus tard lorsque le film deviendra un hit sur les chaînes anglaises pour la jeunesse.

 

© Gilles Penso

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LA LOUVE SANGUINAIRE (1976)

Hantée par une lointaine ancêtre, une jeune femme rêve toutes les nuits qu’elle se transforme en louve-garou assoiffée de sang…

LA LUPA MANNARA

 

1976 – ITALIE

 

Réalisé par Rino di Silvestro

 

Avec Annik Borel, Frederick Stafford, Tino Carraro, Andrea Scotti, Elio Zamuto, Ollie Reynolds, Tom Karnowski, Linda Harmon

 

THEMA LOUPS-GAROUS

La Louve sanguinaire s’efforce de traiter la lycanthropie sous l’angle de la pathologie tout en ne lésinant ni sur l’horreur graphique ni sur l’érotisme cru. Le film part donc sous d’excellents auspices. Hélas, Rino di Silvestro et son co-scénariste Howard Ross semblent avoir toutes les peines du monde à bâtir une intrigue cohérente et s’éparpillent un peu dans tous les sens. La scène d’introduction, très prometteuse, nous montre Annik Borel, nue comme un ver, qui s’adonne à une danse tribale autour d’un cercle de feu. Puis la pleine lune paraît dans le ciel nocturne. Aussitôt, la belle se mue en créature lupine couverte de poils à la mâchoire écumeuse garnie de dents acérées. Prise en chasse par les villageois (armés de torches comme il se doit), elle en tue un à coup de hache (avec un gros plan sur la plaie ensanglantée s’il vous plaît) puis est capturée et promise au bûcher. Mais tout ceci n’est qu’un rêve. Celui de Daniela, une jeune femme obsédée par une ancêtre accusée de lycanthropie à qui elle ressemble comme deux gouttes d’eau. Non contente de porter le poids de cet héritage complexe, elle est traumatisée par un viol qu’elle a subi dans sa prime jeunesse. Autant dire que Daniela n’est pas très équilibrée, considérant le sexe opposé d’un œil très circonspect. Ses cauchemars prennent du coup une tournure très graphique, notamment lorsqu’elle imagine que de gros reptiles rampent nuitamment sur son corps dénudé.

Une nuit, prise de sentiments contraires et hantée par la vision bestiale de son aïeule, Daniela séduit le fiancé de sa sœur (après avoir épié leurs ébats à la manière de la Catherine Deneuve de Répulsion) puis lui dévore la gorge avant de jeter son cadavre dans un ravin. Dans la foulée de cette mise à mort brutale, l’intrigue s’intéresse à une série de meurtres du même acabit et s’attarde sur des personnages secondaires sans grande envergure : le père de Daniela qui se lamente, le médecin qui échafaude des théories psychanalytiques et l’inspecteur de police qui mène l’enquête. Après s’être échappée de l’hôpital psychiatrique dans lequel elle était soignée en vain (et où elle passait ses soirées à errer dans les couloirs en nuisette, une grosse paire de ciseaux à portée de main au cas où), Daniela se range un moment auprès d’un cascadeur et semble enfin trouver son équilibre, comme le montrent quelques jolies saynètes béates au ralenti (avec plage de sable fin et coucher de soleil !).

Le viol du lycanthrope

Ne sachant visiblement plus comment rebondir, le scénario de La Louve sanguinaire vire subitement au « rape and revenge ». Daniela est donc violée par trois hommes qui pénètrent dans sa maison (façon Les Chiens de paille) puis se venge violemment de chacun d’entre eux (à la manière de l’héroïne de I Spit on Your Grave). Rattrapée par la police, elle est finalement arrêtée manu militari, tandis qu’une voix-off sentencieuse nous laisse entendre qu’il s’agit d’une histoire vraie et que les noms ont été changés pour protéger les innocents. Incapable de trancher entre l’épouvante à l’ancienne, le gore façon « exploitation picture » des années 70 et l’étude psychanalytique, le film s’égare dans les méandres de ses péripéties et peine à capter correctement l’attention de ses spectateurs, malgré les déshabillages fréquents et généreux de son actrice principale qui fait de son mieux pour garder les sens du public en éveil. Vingt ans après sa réalisation, La Louve sanguinaire bénéficiera d’un regain d’intérêt auprès d’une nouvelle génération de spectateurs lorsque Quentin Tarantino le désignera comme l’un de ses films culte.

 

© Gilles Penso


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LES MAINS D’ORLAC (1935)

Un savant fou incarné par Peter Lorre greffe à un pianiste de renom les mains d’un criminel pour pouvoir lui voler sa fiancée…

MAD LOVE

 

1935 – USA

 

Réalisé par Karl Freund

 

Avec Peter Lorre, Colin Clive, Frances Drake, Ted Healy, Edward Brophy, Isabel Jewell

 

THEMA MAINS VIVANTES I MÉDECINE EN FOLIE

Deuxième adaptation du roman homonyme de Maurice Renard écrit en 1920, après une version muette de Robert Vienne mettant en vedette Conrad Veidt, ces Mains d’Orlac proposent une intéressante variante sur la thématique de l’organe greffé, en intégrant un triangle amoureux fort bien servi par le jeu torturé de Peter Lorre (La Bête aux cinq doigts) et Colin Clive (Frankenstein), sous la caméra experte de Karl Freund (La Momie). Le célèbre chirurgien docteur Gogol (Lorre) est amoureux d’Yvonne (Frances Drake), une pétillante comédienne qui se produit tous les soirs au « Théâtre des horreurs » de Paris. Il ne manque jamais une représentation, se délectant avec un plaisir malsain des fausses tortures que la belle subit sur scène. Un soir, Gogol apprend qu’elle quitte définitivement la scène pour rejoindre en Angleterre son époux Stephen Orlac (Clive), un pianiste de renom. Désemparé, il fait alors l’acquisition de la statue de cire la représentant au théâtre, rêvant d’en faire sa Galatée comme le Pygmalion de la mythologie. Selon le même principe que Masques de cire, la statue est interprétée par la comédienne réelle dans les gros plans, ce qui lui confère un troublant réalisme. Une atmosphère trouble et délétère s’installe ainsi dès le prologue du film.

Le soir même, le train Fontainebleau-Paris ramène Orlac à sa belle, mais suite à un déraillement, le pianiste est blessé. Bientôt, le verdict de la médecine tombe comme un couperet : il faut lui amputer les mains. Quoi de pire pour un pianiste ? En désespoir de cause, Yvonne supplie Gogol de l’aider. Celui-ci promet de réparer les mains d’Orlac. Mais en réalité, il tente une expérience secrète qui consiste à amputer le jeune homme pour lui greffer les mains de Rollo (Edward Brophy), un lanceur de couteaux américain accusé de meurtre et fraîchement guillotiné. A l’issue de l’opération, Yvonne et Stephen se réjouissent, dans un printemps parisien qui prend les allures d’une photo de Robert Doisneau. Mais l’euphorie dure peu : la rééducation est longue et coûteuse, Orlac n’arrive plus à jouer correctement, son détestable joaillier de beau-père refuse de l’aider financièrement… Bref rien ne va plus. C’est alors qu’une mécanique narrative empruntée partiellement au mythe de Frankenstein s’enclenche.

« J’ai conquis la science, 

pourquoi ne pourrais-je conquérir l’amour ? »

La goutte d’eau survient en effet lorsqu’Orlac découvre que ses mains ne lui obéissent plus et montrent une inquiétante dextérité au maniement des armes blanches. Face à ses plaintes, Gogol reste pragmatique : « Que leur reprochez-vous ? Dix doigts, et tous les nerfs et les muscles sont fonctionnels. » Et le pianiste de répondre : « Ce que je leur reproche ? C’est d’avoir une vie à elles. Toujours à l’affût d’un couteau à lancer. Et elles savent très bien le faire. » Jusqu’alors très stoïque, le chirurgien tourmenté commence à s’emporter lorsqu’Yvonne se refuse à lui. « Moi, pauvre paysan, j’ai conquis la science. Pourquoi ne pourrais-je conquérir l’amour ? » Pour parvenir à ses fins, ile sinistre savant va donc essayer de pousser Orlac au meurtre, en tuant lui-même le beau-père pour lui faire endosser le crime, puis en se déguisant en cadavre ambulant (avec des mains métalliques, une minerve et un visage grimaçant) pour faire croire à Orlac que Gogol a recousu et ressuscité Rollo. Saisissante, cette séquence délirante est le prélude d’un climax mémorable, au cours duquel Yvonne tente de se faire passer pour sa réplique en cire afin d’échapper aux griffes du médecin fou d’amour… Ce grand moment d’épouvante, produit par le studio Metro Goldwyn Meyer, s’efforçait avec talent d’entrer en concurrence avec les « Monster Movies » à succès conçus alors par le concurrent Universal. Pari réussi : Les Mains d’Orlac est depuis entré dans la légende.

 

© Gilles Penso


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L’HOMME LÉOPARD (1943)

Après La Féline et Vaudou, le réalisateur Jacques Tourneur signe un nouveau chef d’œuvre d’épouvante atmosphérique…

THE LEOPARD MAN

 

1943 – USA

 

Réalisé par Jacques Tourneur

 

Avec Dennis O’Keefe, Margo, Jean Brooks, James Bell, Isabel Jewell, Ben Bard, Margaret Landry, Abner Biberman

 

THEMA MAMMIFÈRES

Comme son titre le laisse imaginer, L’Homme léopard, troisième collaboration entre le producteur Val Lewton et le metteur en scène Jacques Tourneur, aborde les mêmes thématiques que La Féline, notamment la bestialité qui réside en chacun de nous, même si l’approche et le traitement sont ici très différents. S’inspirant du roman « Black Alibi » de Cornell Woolrich, Tourneur et ses scénaristes situent l’intrigue dans une petite ville mexicaine. « The Leopard Man » est d’abord le surnom d’un forain qui accepte de louer les services de sa magnifique panthère noire au publicitaire Jerry Manning, soucieux de faire remonter la cote de Kiki Walker, vedette de night-club un peu éclipsée par ses concurrentes, notamment la danseuse de flamenco Clo-Clo. La jeune femme se rend donc au club avec le bel animal en laisse, sous le regard pantois de l’assistance. Mais le fauve s’échappe bientôt et, peu après, une pauvre fille est découverte déchiquetée. Le massacre est attribué au léopard, et Manning est mis hors de cause. Mais d’autres carnages similaires ensanglantent la bourgade, et le doute finit par s’installer : s’agit-il toujours des méfaits de l’animal, ou sont-ce les crimes d’un esprit détraqué se prenant lui-même pour un prédateur carnassier ?

Ainsi l’animalité ne prend-elle plus ici les atours d’une malédiction ancestrale et surnaturelle mais ceux d’une maladie mentale schizophrénique. Le scénario emprunte dès lors les mécanismes du whodunit (parmi les protagonistes du drame, qui est « l’homme léopard » ?) sans s’adonner pour autant à ses tics et ses manies. Le film réserve du coup son lot de surprises et se pare de scènes d’épouvante absolument prodigieuses. La plus mémorable d’entre elles concerne la première victime, une jeune fille obligée de traverser un tunnel sombre en pleine nuit et surprise par le bruyant passage d’un train (réminiscence du tramway de La Féline), avant d’apercevoir deux points lumineux dans les ténèbres. Sans excès, sans trucage ni violence, l’horreur viscérale atteint ici son paroxysme, preuve de l’indéniable talent de Jacques Tourneur en ce domaine.

La trilogie de la terreur

Plus tard, une autre séquence de terreur porte le sceau du cinéaste. Une nouvelle jeune femme, enfermée dans un cimetière au milieu de la nuit, voit soudain des branchages bouger dans sa direction, prélude d’une attaque fulgurante. On trouve ainsi dans L’Homme léopard toutes les qualités récurrentes de l’œuvre commune de Lewton et Tourneur, notamment des acteurs solides, une photo noir et blanc splendide et une bande son très travaillée, support privilégié des effets d’épouvante. La musique de Roy Webb, quant à elle, tisse des variantes autour des sonorités sud-américaines, notamment les castagnettes qui accompagnent pas à pas la fameuse Clo-Clo. Pour la petite histoire, la panthère noire qui sévit dans le film, et qui portait le doux nom de Dynamite, est la même que celle qui jouait dans La Féline. Le duo Val Lewton/Jacques Tourneur se sépara hélas après ce nouveau chef d’œuvre de l’épouvante, chacun œuvrant dès lors de son côté sans jamais retrouver l’alchimie de l’exceptionnelle trilogie La Féline, Vaudou et L’Homme léopard.

 

© Gilles Penso


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ARENA (1989)

Dans le futur, des combats de catch entre différentes espèces extra-terrestres sont organisés sur une station spatiale transformée en arène…

ARENA

 

1989 – USA

 

Réalisé par Peter Manoogian

 

Avec Paul Satterfield, Hamilton Camp, Claudia Christian, Marc Alaimo, Shari Shattuck, Armin Shimerman, Brett Porter, Charles Tabansi, Michael Deak

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Les productions de l’éphémère compagnie Empire orchestrées par Charles Band ne manquaient guère d’ambition, malgré des moyens souvent très limités. Band et son partenaire Irwin Yablans lancent ainsi une série B de science-fiction au concept délirant qui semble vouloir mixer Rocky et la scène de la cantina de La Guerre des étoiles. « C’était probablement la chose la plus ridiculement chère qu’Empire ait jamais produite », avouait Band dans son autobiographie « Confessions of a Puppet Master ». Ses scénaristes Danny Bilson et Paul de Meo (signataires de Future Cop et futurs auteurs du Rocketeer de Joe Johnston) imaginent ainsi un monde futuriste dans lequel humains et créatures extra-terrestres s’affrontent devant une foule bigarrée en délire. Pour surprenant qu’il soit, leur script semble recycler plusieurs idées antérieures échappées de la série Star Trek, notamment l’épisode « Les Enchères de Triskelion » (1968), où plusieurs membres de l’équipage de l’Enterprise sont transformés malgré eux en gladiateurs, et surtout le fameux « Arena » (1967) dans lequel le capitaine Kirk lutte contre un alien reptilien sur une planète désertique. Tourné en Italie – dans les anciens studios de Dino de Laurentiis devenus ceux d’Empire -, Arena traduit dès l’entame son faible budget et son modeste niveau qualitatif : les effets visuels spatiaux se révèlent très maladroits et la musique synthétique de Richard Band manque cruellement d’emphase.

Arena se déroule en 4038. Grand bellâtre maladroit, Steve Armstrong (Paul Satterfield) est cuisinier dans le fast-food d’une station spatiale où se déroulent les tournois de sport de combat les plus populaires de la galaxie. Des lutteurs appartenant à toutes sortes de races extra-terrestres s’y affrontent mano a mano pour briguer le statut très convoité de champion de l’univers. Suite à une altercation avec un client agressif, Steve et son patron Shorty (Hamilton Camp), un extra-terrestre trapu à quatre bras, sont renvoyés de leur restaurant et se retrouvent sans emploi. Alors qu’ils sont sur le point d’être évacués de la station spatiale, l’organisatrice de combats Quinn (Claudia Christian) se laisse séduire par les capacités athlétiques de Steve et lui propose de l’entraîner. L’offre est alléchante, même si aucun humain n’est jamais parvenu à se hisser au rang de champion. Passées les premières réticences, Steve se prend au jeu, ignorant que le tout-puissant Rogor (Marc Alaimo) a misé gros sur le combat qui s’annonce et est prêt à tous les coups bas pour l’emporter…

Alien Fight Club

L’intérêt principal d’Arena réside dans sa foisonnante galerie de créatures aux designs tous plus excentriques les uns que les autres, du reptile-robot façon boîte de conserve au pirate/démon/cyborg cornu en passant par la sauterelle/chenille géante, le bibendum mi-dinosaure mi-crapaud ou toutes sortes de mixages hybrides improbables empruntant leur morphologie aux rats, aux serpents et aux insectes. Conçus à l’aide de maquillages spéciaux, de costumes et d’animatronique, ces monstres exubérants sont l’œuvre du prolifique John Carl Buechler (Re-Animator), épaulé par les ateliers de Screaming Mad George (Le Cauchemar de Freddy) et d’Alan Munro (Beetlejuice). Ce bestiaire foisonnant n’a rien à envier à celui créé jadis par les équipes de Rick Baker et Stuart Freeborn pour la cantina de La Guerre des étoiles, même si le caractère résolument « cheap » et kitsch d’Arena le rapproche finalement bien plus de l’improbable téléfilm Au temps de la guerre des étoiles que de l’épisode IV réalisé par George Lucas. D’autant que la mise en scène très académique de Peter Manoogian et ses acteurs très moyennement convaincants jouent sérieusement en défaveur du film. Malgré tout, on se laisse embarquer par ce centre de loisir absurde mêlant les combats de catch inter-espèces avec les salles de jeu, les bars, les artistes de stand-up, les danseuses, les musiciens et les bookmakers véreux, comme si nous étions transportés dans une sorte de Las Vegas cosmique. Généreux, bricolé avec les moyens du bord, laissant transparaître les mille astuces déployées par l’équipe pour masquer l’étroitesse de son budget, Arena s’efforce ainsi de tenir contre vents et marées les promesses de son concept fou.

 

© Gilles Penso

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L’HORRIBLE CAS DU DOCTEUR X (1963)

Un scientifique conçoit un collyre spécial censé élargir son champ de vision, mais les conséquences seront catastrophiques…

X : THE MAN WITH THE X-RAY EYES

 

1963 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Ray Milland, Diana Van der Vlis, Harold J. Stone, John Hoyt, Don Rickles, Dick Miller, Morris Ankrum, John Dierkes

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Connu pour développer des concepts audacieux pour des budgets extrêmement modestes, Roger Corman ne démérite pas avec cette étrange fable de science-fiction dont le coût global est estimé à 250 000 dollars. Le docteur du titre, sans rapport avec ceux de Michael Curtiz (Dr X) et Vincent Sherman (The Return of Dr X), est un chirurgien renommé du nom de James Xavier. Un an après L’Enterré vivant où il officiait déjà sous l’égide de Corman, Ray Milland interprète ce médecin passionné avec son inimitable charisme. C’est d’ailleurs Ray Russell, scénariste du même Enterré vivant, qui signe l’écriture de L’Horrible cas du docteur X avec Robert Dillon, d’après une histoire dont il est l’auteur et qui n’est pas sans évoquer le roman « Le Grand Dieu Pan » écrit en 1890 par Arthur Machen. Persuadé que l’œil humain ne perçoit que 10% de l’univers qui l’entoure, Xavier a mis au point un collyre spécial censé élargir notre champ de vision. Son premier cobaye est un singe, qui meurt aussitôt d’une attaque, comme s’il avait été terrifié par ce qu’il avait vu. Pas démonté pour autant, Xavier teste le produit sur lui-même.

Dans un premier temps, les conséquences de l’expérience sont plutôt récréatives, puisqu’il s’avère capable de voir à travers les vêtements. D’où cette scène cocasse où il déshabille littéralement du regard les jeunes filles qui se trémoussent dans une soirée où le twist est roi. Et comme Roger Corman était encore pudique, en ces jeunes années 60, il s’arrange pour que sa caméra ne cadre que les épaules ou les jambes de ses comédiennes. Le nouveau pouvoir du docteur X lui permet aussi, plus utilement, de voir sous la peau de ses patients et de diagnostiquer sans erreur la source de leurs maux. Mais à la suite d’une violente dispute avec un de ses collègues, il provoque accidentellement sa mort, et se retrouve traqué par la police. Il tombe alors bien bas, échouant dans une fête foraine où il donne en spectacle ses dons de « voyance », puis montant un cabinet improvisé de guérisseur, avant de partir faire fortune à Las Vegas grâce à sa capacité à voir à travers les cartes.

Les yeux du professeur Xavier

Mais Xavier va bientôt payer pour son imprudence. La police finit par le retrouver et le film, jusqu’alors minimaliste, se paye une course-poursuite efficace avec survol d’hélicoptère et cascades automobiles, jusqu’à ce que Xavier ne cause lui-même sa propre perte. Réfugié dans une église, il avoue à un prêtre les tourments que provoque son nouveau regard. « Je suis venu vous dire ce que je vois », affirme-t-il. « Il y a de grandes ténèbres. Plus loin que le temps lui-même. Et au-delà de ces ténèbres, une lumière qui brille, change… Et au centre de l’univers, l’œil qui nous voit tous… Non !!! » Face à cette étrange confession, le prêtre rétorque : « Vous voyez le péché et le diable ! Mais le Seigneur nous a enseigné quoi faire dans ce cas. Comme le dit Mathieu dans le chapitre cinq, si ton œil t’offense, arrache-le ! » L’Horrible cas du docteur X s’achève ainsi sur le regard fou et noir de Ray Milland, dans un de ses rôles les plus « habités » et les plus torturés.

 

© Gilles Penso


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COMMUNION SANGLANTE (1976)

Concocté par le cinéaste provocateur Alfred Sole, ce slasher anticlérical et sulfureux effraya les comités de censure de nombreux pays…

ALICE SWEET ALICE

 

1976 – USA / CANADA

 

Réalisé par Alfred Sole

 

Avec Paula Sheppard, Lilian Roth, Linda Miller, Mildred Clinton, Niles McMaster, Brooke Shields, Jane Lowry, Alfonso De Noble

 

THEMA TUEURS I ENFANTS

Né dans la commune très catholique de Paterson, dans le New Jersey, Alfred Sole fait ses études à Florence d’où il ressort avec un diplôme d’architecte, discipline qu’il pratique pendant plusieurs années. Mais Sole est piqué par le virus du cinéma, notamment sous l’influence de l’œuvre d’Alfred Hitchcock. Ses penchants provocateurs le poussent à réunir 25 000 dollars pour réaliser en 1972 son premier long-métrage, Deep Sleep. Très sexuellement explicite, pour ne pas dire pornographique, ce récit d’un homme qui tente de guérir son impuissance auprès d’un gourou est vilipendé par toutes les institutions catholiques qui en entendent parler et immédiatement retiré des salles de cinéma. Pour avoir osé se montrer si impertinent, Alfred Sole est même excommunié par l’église de Paterson ! Notre homme rumine lentement sa revanche, qui prendra quatre ans plus tard la forme d’Alice Sweet Alice, connu en France sous le titre de Communion sanglante. Plus qu’une simple charge anticléricale, ce slasher d’un genre très particulier (qui se positionne chronologiquement à mi-chemin entre Black Christmas et Halloween) montre à sa manière comment le poids des institutions religieuses et la bigoterie fanatique finissent par pulvériser les cellules familiales en déclenchant les comportements les plus excessifs et les plus déviants.

Dès l’entame, le malaise s’invite alors qu’il ne s’est encore rien passé. La famille Spages n’a pourtant rien de particulier. Catherine (Linda Miller) est divorcée et mère de deux petites filles : la délicieuse Karen (Brooke Shields en tout début de carrière), qui prépare sa communion, et la rebelle Alice (Paula Sheppard), qui n’en fait qu’à sa tête. Lorsque la caméra d’Alfred Sole pénètre l’enceinte religieuse, on sent bien que le dérapage est proche. Le jeune père Tom (Rudolph Willrich) n’est-il pas un peu trop attentionné avec les fillettes dont il s’occupe ? Sa bonne à tout faire madame Tredoni (Mildred Clinton) n’a-t-elle pas des réactions bizarres ? Annie (Jane Lowry), la sœur de Catherine, n’exprime-t-elle pas une dévotion trop rigide ? Quant à la petite Alice, n’adopte-t-elle pas un comportement schizophrénique de plus en plus inquiétant ? Les choses basculent brutalement lorsque Karen est assassinée le jour de sa communion par une personne emmitouflée dans un ciré jaune et portant un masque de démon. Les soupçons se portent alors immédiatement sur Alice, qui s’amuse souvent à porter ce type de déguisement. Et tandis que les liens distendus de la famille Spages volent en éclat, les meurtres se multiplient…

Le catalogue des déviances

Si Communion sanglante semble marcher sur les traces du sous-genre très codifié de l’enfant-monstre, popularisé dès 1956 par La Mauvaise graine, le scénario n’obéit à aucun archétype pour tailler sa propre route, se laissant partiellement influencer par Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg tout en ne s’interdisant aucun excès : meurtres sanglants, infanticide, pédophilie. C’est donc un véritable catalogue de déviances que porte Alfred Sole à l’écran, épaulé par son ami William Lustig (futur réalisateur de Maniac) pour la mise en scène des passages les plus violents. Plusieurs figures déséquilibrées et hautes en couleur croisent le chemin des personnages principaux et contribuent à édifier l’atmosphère trouble du métrage, notamment ce vieil évêque qui n’a plus toute sa tête ou cet affreux voisin obèse aux penchants libidineux (l’incroyable Alfonso De Noble). En ligne de mire de ce jeu de massacre, c’est bien sûr la religion qui est visée, génératrice de culpabilité, de frustrations et d’exactions commises au nom d’un dieu qui n’en demandait pas tant. Mal reçu par la critique, ignoré par le public, détesté par les institutions religieuses (comment pourrait-il en être autrement ?), Communion sanglante ne fit donc aucun éclat au box-office (malgré ses ressorties successives avec des titres différents et la mise en avant tardive du nom de Brooke Shields devenue entretemps une véritable star). Mais c’est depuis devenu un film culte dont l’importance dans le paysage cinématographique de genre est désormais unanimement reconnue.

 

© Gilles Penso


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LES MILLE ET UNE NUITS (2000)

Un ambitieux téléfilm britannique aux grandes ambitions mais aux choix artistiques souvent discutables…

ARABIAN NIGHTS

 

2000 – GB

 

Réalisé par Steve Barron

 

Avec Mili Avital, Alan Bates, James Frain, Tchéky Karyo, Jason Scott Lee, John Leguizamo, Vanessa Mae, Dougray Scott

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Après la mythologie grecque (Jason et les Argonautes), les contes de fée (Alice au pays des merveilles), les classiques de la littérature pour la jeunesse (20 000 lieues sous les mers, Les Voyages de Gulliver), la science-fiction (Dune, Dinotopia) et la bible (Au commencement), les studios britanniques Hallmark ne pouvaient décemment passer à côté des Mille et Une Nuits. Ce sont donc les contes arabes qui servent d’inspiration à ce luxueux téléfilm dirigé par Steve Barron (Electric Dreams, Les Tortues Ninja). Malheureusement, ces Mille et une nuits sont entravées par une mise en scène anonyme, un casting qui laisse parfois dubitatif (Aladin le Perse est devenu chinois sous les traits de Jason Scott Lee !), des effets spéciaux qui ont rarement les moyens de leurs ambitions et surtout un scénario convenu structuré selon le principe du film à sketches. Cette dernière faiblesse est d’autant plus flagrante que l’objet même du film est l’art de raconter une histoire, le besoin de captiver son auditoire dès les premières minutes et le secret qui empêche le public de deviner la suite du récit. Car ici, la vie de Shéhérazade (Mili Avital) dépend justement de l’intérêt et de l’originalité de sa narration.

Il faut croire que le Sultan Schariar (Dougray Scott) qui l’écoute patiemment est plutôt bon public, puisqu’il se laisse bercer sans rechigner, reportant sans cesse la mort de sa jeune épouse qu’il avait pourtant programmée le lendemain de ses noces. Le pauvre homme en veut en effet terriblement à la gent féminine depuis que sa dernière femme en date l’a trompé avec son propre frère. La belle conteuse le transporte donc de conte en conte : « Ali Baba et les quarante voleurs », « Le Bossu », « Aladin et la lampe merveilleuse », « Le Dormeur éveillé » et « Prince Ahmed ». Bien plus sympathique que dans le texte initial, où il agissait en véritable Barbe Bleue sanguinaire, notre bon sultan n’est ici qu’une victime tourmentée par le fantôme de celle qu’il tua jadis par accident.

Télé féerique

Les séquences de pure féerie abondent certes tout au long de ces trois heures formatées pour le petit écran, mais après des splendeurs sur pellicules telles que Le Voleur de Bagdad des frères Korda ou Le 7ème voyage de Sinbad de Nathan Juran, les effets visuels 100% numériques conjointement créés par Medialab, Framestore et l’atelier Jim Henson font souvent pâle figure. Avouons que les interventions du gigantesque Djinn interprété par John Leguizamo, l’apparition du gouffre où réside la lampe merveilleuse ou l’ouverture de la caverne d’Ali Baba sont tout à fait impressionnants. Mais les deux dragons qui gardent le trésor des quarante voleurs, les poursuites en tapis volant, le démon géant du générique de début ou le combat des sorciers qui se transforment en animaux comme dans le Merlin l’enchanteur de Disney sont en revanche loin de nous convaincre. Ces Mille et une nuits laissent donc un goût d’inachevé. Reconnaissons tout de même au film des dialogues souvent savoureux et une reconstitution historique grandiose, ornée de costumes somptueux, de décors superbes et d’extérieurs de toute beauté captés notamment au Maroc, en Jordanie et en Turquie.

 

© Gilles Penso


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STAY (2005)

Ewan McGregor incarne un psychiatre qui, en cherchant à sauver la vie d’un patient suicidaire, se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique…

STAY

 

2005 – USA

 

Réalisé par Marc Forster

 

Avec Ewan McGregor, Naomi Watts, Ryan Gosling, Janeane Garofalo, B.D. Wong, Bob Hoskins, Elizabeth Reaser

 

THEMA MORT

Marc Forster est un cinéaste adepte d’éclectisme, capable de passer en un clin d’œil d’un drame campagnard axé sur le racisme et l’intolérance (À l’ombre de la haine) à une biographie romancée du créateur de Peter Pan (Neverland). Avec Stay, il s’essaie donc à un nouveau genre, le thriller psychologique fortement teinté de fantastique. Ewan McGregor y incarne Sam Foster, un brillant psychiatre new-yorkais qui, suite à l’arrêt maladie prolongé d’une de ses collègues, hérite d’un patient pour le moins étrange. Ce dernier, Henry Letham (Ryan Gosling), est un étudiant en art taciturne qui semble pouvoir prédire le futur et annonce sans sourciller qu’il se donnera la mort samedi prochain à minuit, le soir de ses 21 ans. Sa démarche semble dictée par celle d’un artiste peintre français, Tristan Rêveur, qui décrivait le suicide comme l’œuvre d’art ultime. Bouleversé, Sam va tout faire pour empêcher son jeune patient de passer à l’acte. Mais plus le psychiatre plonge dans le subconscient d’Henry, plus sa propre vie va vaciller sur ses propres bases, y compris sa relation avec Lila (Naomi Watts), une artiste qui fut jadis sa patiente.

Au fur et à mesure de sa quête, Sam fait des rencontres de plus en plus curieuses, dans un Manhattan qu’il reconnaît de moins en moins, jusqu’à ce que sa propre personnalité ne finisse par se confondre avec celle de Henry. A mi-chemin entre les expérimentations d’Alain Resnais, Michel Gondry et David Lynch, Forster bâtit dans Stay un univers dont l’étrangeté est immédiatement assumée. Tous les départements artistiques du film se donnent le mot pour participer à l’unisson à ce décollement progressif de la réalité, des décors aux costumes en passant par la photographie, la bande son et les très nombreux effets spéciaux visuels. Les protagonistes franchissent en quelques secondes des lieux censés être séparés de plusieurs kilomètres, les morts semblent revenir à la vie, les mêmes séquences se répètent sans le moindre respect de la continuité narrative traditionnelle, les personnages ont des comportements étranges, des ellipses vertigineuses scandent le récit…

Les trois pièces du puzzle

Avec une minutie perfectionniste, le cinéaste assemble ainsi son puzzle, sans toutefois perdre en cours de route ses spectateurs qui, intrigués, s’efforcent de collecter tous les indices à leur disposition afin de comprendre le fin mot de l’histoire. Mais ce n’est qu’au cours de la toute dernière séquence que le tortueux scénario de David Benioff livre enfin toutes ses clefs, en un coup de théâtre final habile et gratifiant qui cultive l’effet de surprise tout en s’avérant franchement émouvant. Ce bel exercice de style, qui place au cœur de ses questionnements la perception de la réalité et la nature de l’identité, profite du charisme indéniable de ses deux comédiens vedettes : Ewan McGregor, s’efforçant de conserver intact son cartésianisme malgré la tournure surréaliste que prennent les événements, et Naomi Watts, qui semble marcher sur le fil d’un rasoir malgré son apparente sérénité. Mais dans Stay, c’est surtout Ryan Gosling qui crève l’écran. Révélé dans des œuvres telles que Danny Balint et Le Plus beau des combats, la future star de La La Land et Blade Runner 2049 s’avère multi-facettes, véhiculant tour à tour la fragilité, la menace, la folie et la quête de rédemption.

 

© Gilles Penso


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