POSSESSOR (2020)

Grâce à une technologie permettant de contrôler les individus, une tueuse à gages accomplit la mission de trop qui pourrait lui faire perdre pied…

POSSESSOR

 

2019 – CANADA / GB

 

Réalisé par Brandon Cronenberg

 

Avec Andrea Riseborough, Christopher Abbot, Jennifer Jason Leigh, Tuppence Middleton, Sean Bean, Rossif Sutherland

 

THEMA TUEURS I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Pas facile de se faire une place dans le monde du 7ème art quand vous êtes le fils de David Cronenberg, un des auteurs les plus reconnus du cinéma fantastique des années 70/80. Et vu que Brandon Cronenberg a choisi d’œuvrer dans le même genre, il tend encore plus le dos à la critique. Faisons donc preuve d’indulgence et évitons tout parti pris : oui, les deux premiers films du fiston, Antiviral et Possessor, ont bel et bien un air de famille avec ceux de papa. Et alors ? Que celui ou celle qui n’entretient aucun point commun avec ses géniteurs lui jette la première pierre ! Brandon Cronenberg explique d’ailleurs que dans sa jeunesse, il s’« interdisait » de faire du cinéma, mais décida finalement de suivre ses envies en dépit des inévitables mauvaises langues qui l’attendraient au tournant. Son galop d’essai, Antiviral, sorti en 2013, pâtissait de ses velléités auteurisantes et négligeait la caractérisation des personnages, discourant plutôt qu’il ne racontait une histoire. Il aura presque fallu dix ans à Brandon C. pour accoucher de son second projet. Et en dix ans, la pomme a muri et s’est éloignée de l’arbre dont elle était tombée.

Possessor nous plonge sans préambule dans son univers science-fictionnel. Une fille (une call-girl ?) rejoint une fête dans un bar branché, s’approche d’un homme, sort un pistolet et l’abat froidement. Elle porte ensuite l’arme à sa bouche sans se résoudre à appuyer sur la gâchette. Mais la police arrive et la crible de balles. Elle tombe raide-morte. Plan suivant : une femme blonde est allongée sur une table dans un environnement clinique, un étrange casque sur la tête. Elle se nomme Tasya Vos (Andrea Riseborough) et travaille pour une agence disposant d’une technologie permettant de prendre le contrôle d’un hôte afin d’effectuer des missions d’infiltration/espionnage/assassinat pour le compte de corporations prêtes à enfreindre toutes les lois. Mais Tasya commence à perdre pied. À force d’habiter le corps d’autres, sa propre conscience et sa perception de la réalité sont perturbées. Elle voudrait s’offrir un break mais sa supérieure Girder (Jennifer Jason Leigh) ne le voit pas de cet œil, elle qui préfèrerait que son agent renonce à son mari et son fils et se dévoue corps et âme à ses missions. Possessor raconte cette mission (de trop ?), durant laquelle Tasya va incarner Elio (Matthew Garlick). Ce dernier va s’avérer un hôte coriace et Tasya ne sortira pas indemne de cette « cohabitation ». Brandon Cronenberg réussit parfaitement son entrée en matière : au cours des dix premières minutes résumées ci-dessus, il définit à la fois le style visuel de sa mise en scène, le tempo, l’ambiance générale et fournit les informations nécessaires à la compréhension de son argument de science-fiction – sans s’encombrer de considérations techniques. De ce point de vue, Possessor ressemblerait plus à une adaptation de Philip K. Dick et ses questionnements sur la perception de notre environnement, qu’à une quelconque tentative d’émuler les thématiques de Cronenberg Senior.

Un esprit malsain dans un corps sain

La perception distordue et les hallucinations dont souffre Tasya ont également des répercussions sur le spectateur, qui doit s’interroger sur les faits et gestes de l’hôte : qui, d’Elio ou Tasya, a l’ascendant ? La direction est bien sûr un élément-clé de la réussite du film et le réalisateur utilise beaucoup les gros plans pour mieux scruter les émotions contradictoires d’Elio. Une dualité qui évoque métaphoriquement une forme de schizophrénie, ou même, du fait de la différence de sexe entre la « possesseuse » et le « possédé », une dimension transgenre (un thème effleuré dans Ready Player One ou même Jumanji – Next Level, et traité plus frontalement dans Freaky de Chris Landon). Brandon Cronenberg avait d’ailleurs écrit une scène montrant Tasya affublée d’un pénis lors d’une de scène sexe pourtant déjà explicite à l’écran, mais se ravisa pour ne pas s’aventurer inutilement vers un hors-sujet, cet aspect physiologique n’étant finalement qu’un moyen plutôt qu’une fin dans le cadre de son histoire. Si il fallait à tout prix trouver un raccourci critique pour définir Possessor, on pourrait le décrire comme un croisement entre le pitch de la série Dollhouse, l’ambiance d’Enemy et Arrival de Denis Villeneuve, le tout mâtiné d’éléments empruntant à Philip K. Dick, pour ses thématiques et sa manière de décrire la technologie pour ce qu’elle permet sans s’attarder sur son fonctionnement. Bien qu’entretenant quelques points communs avec le très efficace Upgrade sur le papier, l’approche est ici plus intimiste, cérébrale et moins portée sur l’action. La conséquence directe est un certain déficit d’émotion envers les motivations et enjeux personnels de son héroïne. Ce qui n’a pas empêché Possessor de se voir attribuer le Grand Prix du Jury lors du Festival de Gerardmer 2021. Une récompense méritée pour une œuvre intègre et maitrisée, extrapolant intelligemment sur son postulat de départ. Malgré une légère baisse de régime à mi-parcours, le scénario tient la route jusqu’au bout, sans jamais perdre le spectateur, faisant converger ses différents éléments de façon cohérente et satisfaisante. En ces temps où le concept prime souvent sur la rigueur d’écriture, c’est plus qu’appréciable.

 

 © Jérôme Muslewski

 

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WILLARD (1971)

Un jeune homme introverti se lie d’amitié avec une horde de rats et les mue en instruments de vengeance contre ceux qui l’oppriment…

WILLARD

 

1971 – USA

 

Réalisé par Daniel Mann

 

Avec Bruce Davison, Ernest Borgnine, Elsa Lanchester, Sondra Locke, Michael Dante, Jody Gilbert, William Hansen, John Myhers

 

THEMA MAMMIFÈRES

Si les attaques animales représentent un sous-genre très codifié du cinéma d’épouvante, Willard échappe un peu aux règles établies depuis 1963 avec Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock. De fait, le long-métrage de Daniel Mann prend plus volontiers les atours d’un drame psychologique que d’un film d’horreur. Tout part d’un roman de Stephen Gilbert, « Ratman’s Notebooks », publié en 1968, dans lequel un jeune homme timide balloté entre sa vieille mère malade et son patron tyrannique utilise les rats pour se venger. Trois ans après la sortie du livre, Bing Crosby décide d’en produire une adaptation pour le cinéma. Bruce Davidson y trouve le rôle de sa vie, campant une sorte d’adolescent attardé dont la prestation gauche n’est pas sans évoquer le Norman Bates de Psychose. Sa grande maison et sa mère possessive renforcent l’analogie. Une scène précise du film évoque d’ailleurs les prémisses du slasher d’Alfred Hitchcock : le client fortuné de l’entreprise où travaille Willard qui exhibe de façon presque obscène son argent devant son patron. Un passage similaire lançait l’intrigue de Psychose, avec les conséquences sanglantes que l’on sait.

Martyrisé par son patron (Ernest Borgnine, délicieusement détestable), incompris par sa mère (Elsa Lanchester, ex-Fiancée de Frankenstein), Willard finit par se prendre d’affection pour les rats qui nichent dans le jardin. Il ne peut se résoudre à les tuer, malgré les instructions de sa mère, et préfère les laisser joyeusement gambader. Il commence même à les apprivoiser, les muant en compagnons de jeu, voire en confidents… et bientôt en instruments de vengeance. Dans Willard, les animaux agressifs ne sont donc pas traités comme des monstres venus de l’extérieur mais plutôt comme une menace interne, symbole des frustrations et des bas instincts du jeune homme qui leur demande d’agir à sa place. Les rongeurs deviennent l’expression de son côté animal, le fameux « ça » cher à la psychanalyse.

La bête qui sommeille…

Le film semble vouloir aborder en filigrane une problématique importante dans les mentalités de l’époque : le choc des générations. Lorsque tous ces visages vieillissants et fardés viennent imposer leur promiscuité au timide Willard pour lui infliger un repas d’anniversaire forcé, il nous semble presque revoir la fête que subit malgré lui Dustin Hoffman dans Le Lauréat (qui sut si bien traduire les fossés générationnels de la fin des années 60). Dans Willard, tous les adultes nous paraissent vulgaires, pleutres et geignards. Seule la jeune collègue intérimaire de Willard (Sondra Locke, future égérie de Clint Eastwood) exhale une certaine idée d’innocence et de pureté. Mais Willard reste insensible à ses battements de cils et n’a d’yeux que pour ses rats. Le film de Daniel Mann nous parle aussi de la peur qu’engendre la perte de contrôle. Car si les rats semblent redonner à Willard du pouvoir sur sa destinée (le jeune homme subissait son existence plus qu’il ne la vivait jusqu’alors), ses compagnons quadrupèdes prolifèrent à une vitesse alarmante dans sa cave, et une fois de plus la situation lui échappe. En ce sens, le drame se rapproche du mythe de l’apprenti sorcier développé avec panache dans le roman « Frankenstein » : le héros crée un monstre qui finit par se retourner contre lui. Énorme succès au moment de sa sortie, Willard relance la vogue du film d’attaques animales, dont le point d’orgue sera Les Dents de la mer en 1975.

 

© Gilles Penso

 

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APE VS. MONSTER (2021)

Toujours dans les bons coups, le studio Asylum nous propose son imitation low-cost de Godzilla Vs. Kong

APE VS. MONSTER

 

2021 – USA

 

Réalisé par Daniel Lusko

 

Avec Eric Roberts, Adrianna Scott, Katie Sereika, Shayne Hartigan, Nerek Kirakossian, Irina Picard, Rudy Benz, Gregg Marcantel, R.J. Wagner, Quinn Baker

 

THEMA SINGES I REPTILES ET VOLATILES I EXTRA-TERRESTRES

En dignes successeurs de Roger Corman, qui sut en son temps sortir Carnosaur juste avant Jurassic Park pour damer le pion aux dinosaures de Steven Spielberg, les producteurs de The Asylum ne reculent devant rien et osent se lancer en quatrième vitesse dans une imitation low-cost de Godzilla vs. Kong dont ils confient la réalisation à Daniel Lusko. Celui-ci, coutumier du fait, avait signé l’année précédente un Top Gun du pauvre titré tout simplement Top Gunner, avec Eric Roberts dans le rôle d’un colonel. Le frère de Julia, décidément abonné aux films Asylum, jouait aussi dans Monster Island, qui essayait en 2019 de profiter de la sortie de Godzilla King of the Monsters. Le revoici donc au générique de Ape vs. Monster, dans un rôle différent puisque les deux films ne sont pas connectés entre eux. Cela dit, la présence de son nom en tête d’affiche est un peu abusive dans la mesure où l’ancien héros de L’Ambulance se contente ici de rester assis dans son bureau pour une poignée de séquences dialoguées. Tourné dans la précipitation, Ape vs. Monster ne peut pas vraiment s’appuyer sur le scénario de son modèle Godzilla vs. Kong, qui n’est alors pas encore sorti, et brode donc autour d’un sujet de science-fiction improbable dont certains éléments ne sont pas sans évoquer Rampage.

Lancée dans l’espace en 1985, une capsule spatiale manque d’entrer en collision avec l’ISS et atterrit au milieu du désert de Virginie. Alors qu’à Washington on s’agite, le docteur Linda Murphy (Arianna Scott) convoque une réunion d’urgence du Pentagone. Elle identifie la capsule comme étant l’ELBE, une sonde secrète américano-soviétique lancée dans l’espoir d’établir un contact avec des extraterrestres. Cette mission, conçue pour mettre fin à la guerre froide, avait été considérée comme un échec suite à la disparition de la capsule. Or la revoilà, avec à son bord le chimpanzé Abraham. Mais entretemps, celui-ci est entré en contact avec une substance verte extra-terrestre et se met à grandir jusqu’à atteindre des proportions dignes de King Kong. Alors que le singe géant est capturé et installé dans un bunker sous surveillance, un reptile qui se promène dans le désert s’approche des restes de la capsule et boit à grandes gorgées le liquide vert qui traîne encore au sol. La suite est prévisible : le petit saurien va se transformer en émule de Godzilla et le grand primate va s’échapper…

Le singe et le lézard

Si l’on apprécie le fait que les scénaristes aient évité l’aberration consistant à transformer le chimpanzé en gorille au moment de son changement de taille (le Konga de Charles Lamont avait moins de scrupules), force est de constater que ce bon vieil Abraham n’est pas vraiment convaincant. Son design, son rendu, son animation, son incrustation dans les prises de vues réelles rivalisent d’approximation. Ces effets visuels bons marchés sont supervisés par Glenn Campbell, qui fut pourtant un talentueux pionnier (on le trouve aux génériques de Star Trek le film, Tron, Lifeforce ou la série X-Files) avant de s’échouer dans les micro-productions aux budgets ridicules directement conçues pour le petit écran. Pour le monstre reptilien, la production n’y va pas par quatre chemins et achète sur Internet un modèle 3D tout fait, en l’occurrence le « Dino Beast » de Turbosquid (pour la modique somme de 54 dollars, avis aux amateurs !) pour éviter d’avoir à concevoir et modéliser la créature. Il fallait y penser ! La prochaine étape consistera-t-elle à concevoir les séquences d’effets spéciaux en utilisant des applis pour smartphone ? Nous n’en sommes pas loin. De fait, ce grand reptile qui ressemble au Godzilla de Roland Emmerich n’a aucun rapport physiologique avec le saurien original, mais à ce stade du scénario plus rien ne nous étonne. D’autant que nous apprenons bientôt que la substance verte qui a transformé les animaux en titans est contrôlée par des extra-terrestres qui survolent la Terre en soucoupe volante ! Tout ceci serait un minimum réjouissant si les monstres se donnaient généreusement en spectacle. Hélas, la grande majorité du film est constituée d’interminables scènes de dialogues, de réunions au sommet et de pianotages sur ordinateur. Malgré quelques scènes d’action audacieuses à défaut d’être réussies – Le Godzi-lézard qui attaque un train et un hélicoptère, Abraham-Kong qui escalade le monument de Washington – le temps de présence des deux bêtes est très limité et leur affrontement final se règle en quelques secondes. Bref, mieux vaut encore revoir King Kong contre Godzilla d’Inoshiro Honda. Là au moins, il y avait des combats de catch inter-monstres dignes de ce nom…

 

© Gilles Penso

 

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LES DEUX VISAGES DU DOCTEUR JEKYLL (1960)

La Hammer réinvente le célèbre mythe de Jekyll et Hyde en inversant les codes établis pour mieux semer le trouble…

THE TWO FACES OF DR JEKYLL

 

1960 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Paul Massie, Dawn Adams, Christopher Lee, David Kossof, Francis De Wolff, Norma Marla, Magda Miller, Oliver Reed

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Lorsque le studio Hammer décida de s’emparer du mythe du docteur Jekyll, on s’attendait à une réinterprétation très graphique des écrits de Robert Louis Stevenson. Après tout, Terence Fisher et son équipe n’avaient-ils pas constellé de sang les canines acérées de leur Dracula ? N’avaient-ils pas fait jaillir aux yeux des spectateurs les horrifiques aberrations engendrées par les expériences du docteur Frankenstein ? Or Les Deux visages du docteur Jekyll surprend au contraire par sa retenue. Au lieu d’une escalade dans l’horreur visuelle, Fisher opte pour une angoisse plus insidieuse, plus indirecte, osant même ne jamais montrer la métamorphose physique qui mue Jekyll en Hyde, nœud dramatique de la plupart des versions précédentes. Mais l’idée la plus originale de cette nouvelle adaptation est l’inversion des caractéristiques physiques du bon savant et de son maléfique alter ego. Ici, Jekyll est un vieux savant rabougri et disgracieux, tandis que son double a les traits séduisants et la voix enjôleuse. Même la pilosité faciale, attribut généralement associé à la bestialité de Hyde, prend le chemin inverse de ses prédécesseurs. Une barbe noire et drue grignote le menton de Jekyll, alors que la figure de son âme damnée est lisse et imberbe, comme pour mieux souligner l’impunité de ses exactions.

D’ailleurs, après chacune de ses métamorphoses – et donc chacun de ses méfaits – Hyde revient sous les traits d’un Jekyll de plus en plus vieilli, affaibli et stigmatisé. C’est là que le mythe créé par Stevenson semble épouser celui du Portrait de Dorian Gray et même celui de Faust. Ce parti pris audacieux, dont Jerry Lewis s’inspirera largement pour son savoureux Docteur Jerry et Mister Love, permet au comédien Paul Massie de se livrer à une étonnante performance. Dans les moments les plus intenses du film, le comédien s’avère capable d’incarner en plan séquence Jekyll et Hyde. Quels que soient sa figure et son maquillage, un simple changement d’intonation et de regard suffit à concrétiser ces altérations furtives de sa personnalité.

« Je ne peux pas aimer, je ne connais rien à l’amour »

Peu d’acteurs auront aussi bien rendu l’idée abstraite d’une personnalité prisonnière du corps d’un autre. Lorsque Hyde clame « aidez-moi » avec la voix de Jekyll, l’effet est troublant. Tout comme lorsque le bellâtre diabolique, après une nuit passionnée avec une charmeuse de serpents, constate dans un élan de lucidité désenchanté : « Je ne peux pas aimer, je ne connais rien à l’amour. » Aux côtés de Massie, on trouve la belle Dawn Adams (qu’on a pu admirer dans Un Roi à New York, Le Diabolique docteur Mabuse ou The Vampire Lovers), dans le rôle de l’épouse frustrée du savant qui se jette bien vite dans les bras d’un autre. Et c’est l’incontournable Christopher Lee qui incarne l’amant suffisant et gouailleur, que l’époux éconduit ne souhaite pas laisser impuni… quitte à convoquer le monstre qui sommeille en lui. Lee incarnera d’ailleurs lui-même le double rôle du savant dans une autre adaptation anglaise de la nouvelle de Stevenson, Je suis un Monstre, réalisée en 1971 pour la firme Amicus, concurrente de la Hammer.

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION 5 (1989)

Dans ce cinquième épisode de la délirante saga hongkongaise, de vils gangsters convoitent une épée mythique ancestrale

 SAN ZEOI GAAI PAAK DONG / ACES GO PLACES 5 : THE TERRACOTTA HIT

 

1989 – HONG-KONG

 

Réalisé par Lau Kar-Leung

 

Avec Samuel Hui, Karl Maka, Leslie Cheung, Nina Li Chi, Conan Lee, Melvin Wong, Ellen Chan, Danny Lee, Fennie Yuen, Roy Cheung, Brad Kerner

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MAD MISSION

Praticien du kung fu depuis son enfance, chorégraphe attitré des productions Shaw Brothers dans les années soixante, Lau Kar-Leung a déjà une solide expérience de réalisateur lorsqu’on lui confie Mad Mission 5, sa filmographie comptant déjà une vingtaine de longs-métrages mouvementés tels que Le Combat des maîtres, La 36ème chambre de Shaolin ou Les Démons du karaté. Comparativement à ses prédécesseurs Eric Tsang, Tsui Hark ou Ringo Lam, il est donc un « vétéran » lorsqu’il s’attaque aux aventures de Sam et Cody Jack. Son influence sur cette quatrième aventure se manifeste par une orientation sensible vers les codes du film d’arts martiaux et de cape et d’épée. Si quelques allusions à l’univers de James Bond subsistent, tout le décorum lié à l’espionnage a ici tendance à s’effacer au profit d’une mise en avant d’un folklore asiatique plus traditionnel. Autre nouveauté : Sylvia Chang ne fait plus partie du casting et le duo incarné par Samuel Hui et Karl Maka partage désormais l’affiche avec deux voleurs qu’incarnent Nina Li Chin et Leslie Cheung. Ce dernier, alors à l’aube de sa carrière, deviendra l’une des superstars les plus populaires du cinéma de Hong-Kong. Chanteur et acteur à succès, il sera notamment le héros de la trilogie Histoires de fantômes chinois.

Le film démarre en Thaïlande, où Sam et Cody, devenus chasseurs de prime pour payer leurs dettes, interviennent au milieu d’une cérémonie de fiançailles et kidnappent la promise afin de la restituer à son époux légitime. La scène semble échappée d’un western, nos héros à moto étant pris en chasse par des centaines de poursuivants à cheval qui finissent par les encercler, relecture du motif de l’attaque de la diligence. Mais en comprenant que leur employeur est un sale type, ils renoncent à leur mission. Trois ans plus tard, nous voilà à Hong-Kong, où la célèbre armée de terre cuite de la ville de Xi’an est acheminée sous haute surveillance pour une exposition. Mais le « gang du gant blanc » veut mettre la main sur ce trésor national, et notamment sur l’épée de l’empereur Qin (rebaptisée « Excalibur » pour le public occidental), un artefact mythique et extrêmement précieux. Deux jeunes voleurs leur dament le pion et la subtilisent à leur place. L’un prend la fuite en se propulsant avec un canon, l’autre utilise le pouvoir de l’épée pour se frayer un chemin dans un grillage. Ces deux acrobatiques malfaiteurs s’étant faits passer pour Sam et Cody Jack, les deux amis – fâchés depuis trois ans – refont équipe pour se disculper. Ils se retrouvent rapidement pris entre le feu des autorités, de ceux qui ont usurpé leur identité et du gang du gant blanc.

L’Excalibur de Chine

Cet ultime épisode met donc le paquet sur les combats de kung-fu, tous plus virtuoses et acrobatiques les uns que les autres. Il faut saluer là l’incroyable énergie de ses comédiens, prompts à se contorsionner en tous sens pour les besoins du film. Du coup, le scénario lui-même, volontairement simpliste, est assumé comme un prétexte à un enchaînement de pugilats et de démonstrations de force. L’influence de la saga 007, plus discrète qu’auparavant, se limite à quelques accords de guitare inspirés du « James Bond Theme » et à un vilain improbable portant un gant en forme de chat blanc qu’il passe son temps à caresser ! Bien sûr, les scènes d’action n’ont rien perdu de leur grain de folie et de leur caractère vertigineux, avec une mention spéciale pour notre héros coincé dans une cabine téléphonique enlevée par une grue, ou encore cette virée en voiture qui tourne à la catastrophe. Mais la grande idée visuelle du film intervient au cours du climax, situé dans un entrepôt où sont stockées les statues des guerriers en terre cuite. La moitié d’entre elles s’avèrent être de vrais soldats costumés, ce qui occasionne un monstrueux combat surréaliste où les statues n’en finissent plus de s’animer pour contrer les protagonistes, tandis que l’épée de Qin, soudain chargée d’électricité, confèrent à ceux qui l’utilisent un pouvoir particulier. Ce beau final clôt officiellement la franchise Mad Mission, même si un ultime épisode à part, New Mad Mission, sera réalisé en 1997 avec un casting totalement différent.

 

© Gilles Penso

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LAVALANTULA (2015)

Les tempêtes de requins de Sharknado faisant fureur, les producteurs d’Asylum tentent une variante : les avalanches d’araignées incandescentes !

LAVALANTULA

 

2015 – USA

 

Réalisé par Mike Mendez

 

Avec Steve Guttenberg, Nia Peeples, Patrick Renna, Michael Winslow, Marion Ramsey, Leslie Easterbrook, Ralph Garman, Danny Woodburn

 

THEMA ARAIGNÉES I CATASTROPHES

En 2013, Steve Guttenberg avait été contacté par les producteurs de Sharknado pour incarner le rôle de Finn le chasseur de requins. Le concept lui paraissant absurde, l’ancien héros de Cocoon et Short Circuit avait poliment décliné l’offre, sans se douter que ce délire filmique mixant le film de monstres et le film catastrophe génèrerait un culte planétaire. Deux ans plus tard, il ne veut plus rater le coche. Lorsque se prépare Lavalantula, une variante tout aussi abracadabrante reposant sur un principe voisin, il saisit la balle au bond et accepte le rôle. Il pousse même son implication jusqu’à entraîner avec lui plusieurs comédiens qui lui donnaient la réplique dans la célèbre saga Police Academy. Michael Winslow (le spécialiste des bruitages), Marion Ramsey et Leslie Easterbrook s’embarquent donc dans cette aventure. Dans un rôle plein d’autodérision, Guttenberg incarne Colton West, un acteur star des années 90 qui est aujourd’hui ringardisé au point de jouer dans un film avec des insectes géants. De fait, l’ancien fringuant jeune homme des années 80 est devenu un sexagénaire au visage buriné, Guttenberg assumant pleinement son nouveau look et son statut d’ex-comédien vedette.

La catastrophe annoncée par le titre excentrique du film survient dès les premières minutes. Une gigantesque éruption volcanique se déclenche au beau milieu des Monts Santa Monica et projette dans les rues de Los Angeles des hordes d’araignées géantes incandescentes. Des cratères fumants s’ouvrent partout dans le bitume, laissant surgir des arachnides grands comme des hommes qui crachent du feu et pénètrent dans les habitations. Les medias parlent d’une « avalanche de tarentules de lave », d’où le terme de « Lavalantula ». Un mot composite qui, selon un scientifique, était déjà utilisé par les Mayas pour évoquer le phénomène. Or plus le désastre s’étend, plus les spécimens sont gros et agressifs. Le seul moyen de sauver la situation semble être de tuer la reine de la colonie, autrement dit la… Mamalantula ! Plongé au milieu du chaos, Colton West part à la recherche de son fils et de son épouse, tandis que les morts spectaculaires et les destructions massives s’accumulent autour de lui…

L’araignée contre l’homme-fusée

Si la mise en scène de Mike Mendez (Le Couvent, Big Ass Spider !) est plutôt efficace, les effets visuels ont du mal à suivre. Ces incrustations hasardeuses et ces images de synthèse médiocres gâchent en effet une partie du spectacle et ne parviennent jamais vraiment à rendre justice aux ambitions du scénario (co-écrit par Mendez, Neil Elman et Ashley O’Neil, oui ils s’y sont mis à trois !). Le fait que ces trucages aient été sous-traités un peu partout dans le monde pour faire baisser les coûts n’est sans doute pas étranger à l’approximation du résultat. Quelques séquences de suspense sont tout de même efficaces (Nia Peeples cachée sous une couverture de survie sur laquelle grimpe l’un des monstres, les adolescents poursuivis dans le bâtiment désaffecté) et une poignée d’effets gore softs jaillissent parfois à l’écran (les milliers d’araignées qui sortent du corps d’une fille mordue). La scène de panique sur Hollywood Boulevard permet un certain nombre de clins d’œil, des Aventuriers de l’arche perdue à Pirates des Caraïbes en passant par Sharknado. Car Ian Ziering fait ici une furtive apparition dans le rôle de Fin Shepard, affirmant à notre héros qu’il a un problème de requins à régler. Le final délirant voit Colton West endosser la tenue d’un héros qu’il incarna jadis sur grand écran (« Red Rocket », une sorte de Rocketeer) pour s’en aller affronter la titanesque reine des araignées incandescentes. Drôle et distrayant à défaut d’être subtil et abouti, Lavalantula eut son petit succès, sans comparaison tout de même avec le phénomène Sharknado. D’où une séquelle mise en chantier en 2016 et baptisée 2 Lava 2 Lantula !

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION 4 : RIEN NE SERT DE MOURIR (1986)

Sam et Cody Jack cherchent à contrer de redoutables gangsters désireux de posséder un cristal qui dote les humains de super-pouvoirs

ZUIJIA PAIDANG ZHI QIANJI JIU CHAPO / MAD MISSION IV: YOU NEVER DIE TWICE

 

1986 – HONG-KONG / NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par Ringo Lam

 

Avec Sam Hui, Karl Maka, Sylvia Chang, Sally Yeh, Roy Chiao, Tat-wah Cho, Ronald Lacey, Kwan Tak-hing

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MAD MISSION

Après Eric Tsang et Tsui Hark, c’est Ringo Lam qui passe derrière la caméra pour ce quatrième Mad Mission. Plusieurs ténors du cinéma d’action de hongkongais auront donc fait leurs premières armes avec cette franchise débridée, véritable pied à l’étrier qui aura permis à leurs carrières respectives de décoller. Car en 1986, le futur réalisateur de Double dragon, Full Contact et Réplicant n’a qu’une poignée de comédies à son actif. C’est le succès de Mad Mission 4 qui lui permettra de développer ses propres projets, notamment un City on Fire largement récompensé et adulé par Quentin Tarantino. Coproduction entre Hong-Kong et la Nouvelle-Zélande, Mad Mission 4 transporte donc son action dans les deux pays, organisant son scénario chaotique autour d’un cristal expérimental capable de doter d’une force surhumaine ceux qui sont soumis à son influence. Évidemment, une telle invention attise toutes les convoitises. Après que son inventeur (Roy Chiao) ait été enlevé par de vils gangsters, notre vaillant Sam (Sam Hui), toujours fidèle au poste, récupère le cristal au milieu d’une gigantesque fusillade et le confie à son ami policier Cody Jack (Karl Maka), qui doit gérer des problèmes domestiques compliqués avec son épouse Nancy (Sylvia Chang) et leur fiston Junior (Cyrus Wong). Mais les vilains, prêts à tout, kidnappent la famille de Cody pour le forcer à restituer le cristal. Et c’est lui-même qui servira de cobaye à l’expérience. Sam et la fille du professeur (Sally Yeh) se lancent donc à son secours…

D’emblée, ce quatrième opus marque une rupture avec les trois épisodes précédents. L’approche visuelle est plus réaliste, la violence un peu plus crue et certains combats (qui mélangent les techniques du kung-fu et du catch) étrangement brutaux (le pugilat dans les vestiaires, l’agression de Nancy Ho chez elle). Les scènes d’action semblent expurgées d’une partie de leur caractère cartoonesque, comme si Ringo Lam tentait là d’appliquer à la franchise un style différent. Et même si le « McGuffin » du film relève de la science-fiction la plus pure, le traitement se veut visiblement un peu plus « réaliste » que d’habitude. Oubliés par exemple les nombreux gadgets délirants et les véhicules futuristes qu’utilisent d’habitude Sam et ses opposants. Comme toujours, le rôle du faire-valoir comique est assuré par le producteur/comédien Karl Maka, toujours aussi déchaîné, mais aussi par Sally Yeh qui incarne la maladroite Sally Bright. Aux côtés de cette dernière, Sam semble plus macho et antipathique qu’à l’accoutumée. De fait, l’un des travers de la saga – les longues scènes d’humour balourd – ne s’est pas totalement évaporé, notamment cette séquence de match de hockey sur glace parfaitement inutile.

Le pouvoir du cristal

Fort heureusement, Mad Mission 4 se montre tout autant généreux que ses prédécesseurs en matière de séquences de suspense et de scènes d’action abracadabrantes. À ce titre, on retiendra surtout le chassé-croisé explosif entre un hélicoptère et un hors-bord, le moment démentiel où Junior se retrouve suspendu dans le vide à flanc d’immeuble, la poursuite de voitures dans les rues néo-zélandaises, l’avion de tourisme qui se crashe sur le minibus ou encore le monstrueux « gunfight » final. Après la profusion de guest-stars et de sosies sollicités par Mad Mission 3, cette séquelle met la pédale douce en la matière. On note cependant la présence réjouissante de Ronald Lacey qui reprend le rôle du sinistre Toth qu’il tenait dans Les Aventuriers de l’arche perdue, adoptant la même tenue de gestapiste et la même main brûlée. Point de rencontre de toutes les intrigues parallèles, le climax se situe dans l’immense base des méchants, suivant une mécanique James Bondienne annoncée par le sous-titre sous lequel le film est aussi connu en France, Rien ne sert de mourir. On y voit Cody Jack, soumis au pouvoir du fameux cristal, se transformer en surhomme aussi puissant et colérique que Hulk. Le délire bat donc encore son plein, mais l’on sent bien que la franchise commence à s’essouffler, ce que confirmera l’épisode suivant.

 

© Gilles Penso

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KNOCK KNOCK (2015)

Seul chez lui pour le week-end, un architecte reçoit la visite inattendue de deux jeunes filles qui cherchent un abri et cachent bien leur jeu…

KNOCK KNOCK

 

2015 – USA / CHILI

 

Réalisé par Eli Roth

 

Avec Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas, Ignacia Allamand, Dan Baily, Megan Bailt, Aaron Burns, Colleen Camp

 

THEMA TUEURS

Eli Roth est un homme sous influence. Si Cabin Fever et Green Inferno étaient respectivement inspirés par Evil Dead et Le Dernier monde cannibale, Knock Knock est quant à lui le remake officiel d’un film de Peter S. Traynor passé totalement inaperçu lors de sa sortie en 1977, Death Game (rebaptisé Ça peut vous arriver demain en France). Ce shocker d’un genre très particulier mettait en scène Sondra Locke et Colleen Camp dans le rôle de deux dangereuses psychopathes manipulatrices. Un remake non officiel avait déjà été signé en 1980 par le cinéaste espagnol Manuel Esteba sous le titre Viciosas al desnudo (« Vicieuses et dénudées », tout un programme !). Mais Knock Knock tient à créer un lien plus direct avec son modèle. Du coup, le réalisateur et les deux actrices principales de Death Game participent à la production du film, Colleen Camp acceptant même d’y jouer un rôle secondaire. Avec ses partenaires d’écriture Guillermo Amoedo et Nicolás López, Eli Roth réadapte le concept aux mentalités de 2015 et laisse notamment les réseaux sociaux jouer un rôle important dans le scénario. Le projet entre en production très vite, dès lors que Keanu Reeves donne son accord pour jouer le rôle masculin principal. L’équipe s’installe alors à Santiago du Chili pour le tournage de ce huis-clos oppressant.

La star de Matrix et de John Wick incarne Evan, architecte talentueux et père de famille comblé. Pendant le week-end de la fête des pères, son épouse et ses enfants partent à la plage mais il ne peut se joindre à eux, pris par un travail qu’il doit terminer au plus vite. Tranquillement installé dans sa vaste maison décorée par les œuvres de sa femme sculptrice, Evan se plonge dans ses designs architecturaux en écoutant des vinyles sur sa platine de DJ. La soirée est paisible, la nuit tombe et s’étire. Dehors, un violent orage gronde. Soudain, on cogne à la porte. Lorsqu’Evan ouvre, c’est pour découvrir deux jeunes filles trempées jusqu’aux os, Bel (Ana de Armas) et Genesis (Lorenza Izzo, épouse d’Eli Roth à l’époque du tournage). Perdues, désorientées, elles cherchent des amis et se sont visiblement trompées de quartier. Evan ne peut se résoudre à les laisser dans cet état. Il leur propose donc de venir se sécher et de passer un coup de fil. Mais lorsqu’elles pénètrent chez lui, c’est comme si le loup entrait dans la bergerie. Le cauchemar s’apprête à commencer…

Les diaboliques

C’est avec une cruelle délectation que le cinéaste semble s’amuser à bâtir le cadre de vie paradisiaque de son héros pour mieux le faire voler en éclat au fil d’un récit qui se vit comme une inexorable descente aux enfers. Très inconfortable, bâti autour d’une tension qui monte lentement mais sûrement jusqu’au point de non-retour, Knock Knock (« Toc Toc », le bruit de la porte à laquelle on cogne) s’appuie énormément sur la prestation impressionnante de Keanu Reeves, qui donne beaucoup de sa personne sur un registre passif qu’on ne lui connaissait pas, lui qui joue généralement les héros durs à cuire. Ana de Armas et Lorenza Izzo ne déméritent pas, tour à tour charmantes, détestables et terrifiantes. L’horreur de la situation décrite par le film est avant tout psychologique, même si le sang finit par couler, mais c’est justement la tangibilité des faits décrits qui les rend si inquiétants. « Ça peut vous arriver demain » : le titre français de Death Game n’était pas si mal choisi. Mais si, chez Peter S. Traynor, le comportement des deux furies semblait relever d’un déséquilibre mental aigu rendant imprévisibles chacune de leurs actions, le jeu auquel jouent celles de Knock Knock semble moins immature et primaire. De fait, tout semble préparé, calculé, minuté au millimètre près. Dans les dialogues sentencieux des comédiennes, on devine trop les répliques toutes faites qu’ont écrites pour elles les scénaristes. Cette absence de spontanéité et cette idée de « préméditation » enlève beaucoup d’impact et de crédibilité à leurs actes. Il n’en demeure pas moins que le film sait distiller un malaise vénéneux et croissant jusqu’à son final désespéré et cynique.

 

© Gilles Penso

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MAD MISSION 3 (1984)

Ce troisième épisode réalisé par Tsui Hark redouble d’inventivité et multiplie les références à la saga James Bond

ZUIJIA PAIDANG ZHI NÜHANG MILING / MAD MISSION 3: OUR MAN FROM BOND STREET

 

1984 – HONG-KONG

 

Réalisé par Tsui Hark

 

Avec Sam Hui, Karl Maka, Sylvia Chang, Peter Graves, Richard Kiel, Harold Sakata, Jean Mersant, John Sham, Huguette Funfrock

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA MAD MISSION

La franchise Mad Mission ayant prouvé sa rentabilité, un troisième opus est logiquement mis en chantier par les producteurs Jim Lau et Karl Maka. Cette fois-ci, le réalisateur Eric Tsang cède sa place à Tsui Hark. S’il n’est pas encore le célèbre producteur du Syndicat du crime ou d’Histoire de fantômes chinois, Hark s’est déjà fait un nom à Hong-Kong en dirigeant The Butterfly Murders, Histoires de cannibales, L’Enfer des armes et surtout Zu, les guerriers de la montagne magique, un film de sabre et d’arts martiaux qui révolutionne le genre et assoit son style. Avoir de pouvoir tourner des œuvres plus personnelles, il joue le jeu du cinéma commercial et accepte donc de prendre la barre de ce Mad Mission 3 qui va dépasser en outrances et en références ses prédécesseurs. Le générique de début assure le lien en égrenant pendant deux minutes un best-of des cascades automobiles des deux premiers films. Puis l’action se met en place dans un Paris de carte postale. En vacances dans notre belle capitale pleine de majorettes et de policiers à képi, Sam (Sam Hui toujours) n’a guère le temps de se reposer. En quelques minutes, il se bat contre une jolie espionne sur les quais, est attaqué par un sosie du Oddjob de Goldfinger (Tsuneharu Sugiyama) qui lui lance son fameux chapeau tranchant, puis affronte sur la tour Eiffel le colossal Richard Kiel (échappé de L’Espion qui m’aimait et Moonraker) qu’il fait gonfler avec une bouteille d’oxygène comme Kananga dans Vivre et laisser mourir. Voilà un démarrage en fanfare, fidèle à la promesse référentielle du sous-titre de ce troisième opus : Our Man From Bond Street.

Mais les clins d’œil ne s’arrêtent pas là. En se jetant dans la Seine, Sam est avalé par un sous-marin en forme de requin (musique des Dents de la mer à l’appui). Là, il est accueilli par l’agent James Bond lui-même (Jean Mersant). Ce dernier lui demande de l’aider à restituer à la Reine d’Angleterre (Huguette Funfrock) les pierres précieuses de sa couronne qui ont été dérobées à Hong Kong. Puis c’est carrément le Peter Graves de Mission Impossible, en pleine période d’autodérision post-Airplane, qui fait son apparition dans le rôle d’un l’agent nommé Tom Collins. Il y a bien sûr une enveloppe qui l’attend à Hong Kong avec un message qui ne tarde pas à s’autodétruire avec perte et fracas. Collins découvre que le soi-disant James Bond est en réalité à la tête d’une organisation internationale d’escrocs professionnels. Sam a alors pour mission de récupérer les pierres tout en mettant hors d’état de nuire l’organisation…

Loufoquement vôtre

La saga James Bond, référence majeure de la franchise Mad Mission et notamment de cet épisode, vit alors ses heures les plus exubérantes en fin de période Roger Moore. La science-fiction s’invite donc un peu partout dans ce troisième épisode. D’où cette scène de « casse » high-tech où Sam déjoue des rayons lumineux à l’aide d’un dispositif dont même le Tom Cruise de Mission Impossible serait jaloux. Les gadgets délirants sont d’ailleurs légion dans le film, des baskets motorisées au bathyscaphe/aéroglisseur en passant par le skateboard à réaction. Plus rythmé et mieux équilibré que ses deux prédécesseurs, Mad Mission 3 accumule les scènes surréalistes à un rythme effréné : la pyramide humaine de gangsters déguisés en pères Noël qui s’enfuient en jet-pack, Sam et Kody accrochés à une aile volante qui fonce dans les tunnels du métro, des hélicoptères qui arrachent un yacht des flots, un commando futuriste qui s’envole depuis le pont d’un sous-marin… L’inévitable référence à Mad Max est toujours de mise, avec cette fois-ci une horde de barbares motorisés au look post-apocalyptique qui prennent d’assaut la voiture pilotée par Sam et la jeune fille dont il s’est épris. Certes, certains trucages optiques sont d’une grande maladresse, quelques fils sont visibles, la technique n’est pas toujours parfaite… Mais quel spectacle, quelle générosité ! La machine étant si bien lancée, trois autres épisodes suivront.

 

© Gilles Penso

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LIFEFORCE (1985)

Tobe Hooper met en scène des vampires de l’espace qui absorbent l’énergie vitale des terriens et sèment un chaos indescriptible sur notre planète…

LIFEFORCE

 

1985 – GB

 

Réalisé par Tobe Hooper

 

Avec Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Mathilda May, Patrick Stewart, Michael Gothard, Nicholas Ball, Aubrey Morris

 

THEMA VAMPIRES I EXTRA-TERRESTRES

Après ses expériences avec le studio Universal à l’occasion de Massacres dans le train fantôme et Poltergeist, Tobe Hooper se rapproche de Menahem Golan et Yoram Globus, les patrons de la Cannon, avec qui il signe un contrat pour trois films successifs. Ce package comprend Massacre à la tronçonneuse 2, L’Invasion vient de Mars, et Lifeforce, qui sera le premier des trois. Le projet s’appelle d’abord Space Vampire, titre du roman de Colin Wilson dont il s’inspire. Le sujet mixant l’horreur et la science-fiction, Golan et Globus sollicitent le scénariste Dan O’Bannon, qui sut parfaitement équilibrer ces deux genres avec Alien. O’Bannon rédige le script avec Don Jakoby (Tonnerre de feu) et les producteurs, flairant là un gros succès potentiel, allouent au film un budget confortable de 25 millions de dollars. Pour éviter une connotation trop « série B », Golan et Globus décident finalement de rejeter le titre Space Vampires (qui n’est pas sans évoquer La Planète des vampires de Mario Bava) au profit d’un plus sobre et énigmatique Lifeforce. Si le roman de Wilson demeure l’inspiration principale du film, le sujet évoque aussi beaucoup le roman « Invasion Galactique » d’A.E. Van Vogt, où des extra-terrestres avides de sang débarquaient sur Terre, mais aussi Les Monstres de l’espace de Roy Ward Baker, avec lequel il présente de nombreux points communs.

Une musique épique de Henry Mancini, digne du Basil Poledouris de Conan le barbare, se déchaîne dès le générique. Les cuivres du London Symphony Orchestra tonnent et nous transportent ainsi au fin fond de l’espace. Là, l’équipage anglo-américain de la navette Churchill découvre dans le sillage de la comète de Halley un immense objet spatial de 250 mètres de long. Cet engin aux formes organiques, dont l’intérieur évoque une gigantesque artère, abrite les corps desséchés de milliers de chauves-souris géantes en suspension. Stupéfaits, les astronautes découvrent aussi des sarcophages transparents contenant le corps de trois humanoïdes en sommeil. Poussés par la curiosité, ils décident de les ramener sur Terre pour les étudier. C’est bien sûr une très mauvaise idée. Car une fois qu’ils gagnent notre planète, les aliens reprennent vie et révèlent leur nature de redoutables vampires. Si ce n’est qu’au lieu de sucer le sang, ils aspirent l’énergie vitale de leurs victimes (d’où le titre du film). Pour traquer ces monstres, Scotland Yard mène l’enquête, tandis que le chaos se répand comme une traînée de poudre dans les rues de Londres.

Debout les morts !

La première partie de Lifeforce nous offre une série de séquences folles qu’on croirait échappées de Re-Animator, notamment ces corps desséchés qui se relèvent des tables d’autopsie pour attaquer les vivants. Un autre film nous vient alors à l’esprit : Le Retour des morts-vivants. Ce n’est sans doute pas un hasard dans la mesure où son réalisateur Dan O’Bannon est justement le co-scénariste de Lifeforce. Les deux films mettent d’ailleurs en scène quasiment la même créature : une morte au corps fripé qui revient à la vie. Tous ces « morts-vivants » rachitiques qui s’agitent en hurlant sont le fruit d’un remarquable travail animatronique supervisé par le maquilleur spécial Nick Maley (Krull, La Forteresse noire). Parmi les autres moments délirants du film, il faut aussi citer les hectolitres d’hémoglobine qui surgissent des visages de Patrick Stewart et Aubrey Morris pour reconstituer un corps féminin ensanglanté, ou encore le surgissement d’une impressionnante chauve-souris géante. Lifeforce est aussi – et surtout ? – célèbre pour les nombreuses scènes de nudité intégrale d’une Mathilda May alors totalement inconnue du public. À peine âgée de vingt ans et pas pudique pour un sou, la jeune comédienne mit en émois bien des adolescents avant de « rentrer dans le rang » en se concentrant sur un cinéma plus « respectable » (Le Cri du hibou de Claude Chabrol, Trois places pour le 26 de Jacques Demy, Là-bas… mon pays d’Alexandre Arcady). Après une première heure très efficace, le soufflé retombe un peu. Le scénario cherche alors à rationaliser et à tout expliquer aux spectateurs (Le passage d’un corps à l’autre, la lecture dans la pensée, les corps des vampires modelés sur le désir des humains), quitte à solliciter une sorte d’émule de Van Helsing en la personne du docteur Fallada (Frank Finlay). Résultat : le récit perd de sa nervosité pour aligner des péripéties peu crédibles et s’achève de manière un peu chaotique. Tobe Hooper aura le regret de voir son montage expurgé de presqu’une demi-heure pour la distribution américaine du film, une partie de la bande originale d’Henry Mancini étant remplacée à l’occasion par une musique additionnelle de Michael Kamen.

 

© Gilles Penso

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